Salamine : une muraille de bois

Buste de Thémistocle (v.528-v.462 avant J.-C.).
Buste de Thémistocle (v.528-v.462 avant J.-C.).

Au printemps de l’an 480 avant J.-C., le très puissant empereur perse Xerxès quitte Sardes, franchit l’Hellespont et lance son armée sur les rivages grecs. Les Athéniens, conscients du danger, livrent des combats de retardement : Léonidas, à la tête de dix mille hoplites, bloque, avec un courage désespéré, le défilé des Thermopyles. Harcelé durant six jours par les soldats perses qui se déversaient de leurs navires tout proches, les Spartiates de Léonidas ne doivent leur salut qu’à l’apparition soudaine des trières qui contraignent à la retraite les navires de Xerxès.
Mais l’empereur perse ne lâche pas prise : la victoire des Thermopyles n’est, pour lui, qu’un incident mineur dans le gigantesque conflit qui l’oppose à une Grèce unifiée sous l’égide de Thémistocle.
Au tout début de l’été 480, Xerxès rassemble le long des côtes d’Asie Mineure, dans la région de Smyrne, une immense flotte et réquisitionne, avec l’aide de son allié carthaginois, tous les navires égyptiens et phéniciens. Ceux qui résistent sont impitoyablement châtiés. Ainsi Polycrate, tyran de Samos, qui refuse de livrer sa flotte à Xerxès, est arrêté, crucifié devant son peuple et ses bateaux sont ainsi réquisitionnés. La Lycie, la Carie et la Cilicie mettent leurs navires (au moins trois cents) à la disposition des Perses. Artémise, reine d’Halicarnasse, s’improvise chef d’escadre et rejoint Xerxès avec quelques quatre-vingt-dix bâtiments. De mémoire d’homme, c’est la plus impressionnante flotte jamais réunie en Méditerranée ou ailleurs : mille unités la constituent.
La bataille navale de Salamine, d'après une iconographie du XIXe siècle.
La bataille navale de Salamine, d’après une iconographie du XIXe siècle.

À la fin de l’été, l’armada de Xerxès est aux portes d’Athènes. C’est alors que Thémistocle ordonne d’évacuer la ville : hommes, femmes, enfants, soldats quittent Athènes et se réfugient à Salamine, une petite île au large de l’Attique.
Sur ordre de Thémistocle, la flotte, composée surtout de trières, est divisée en trois : cent dix-neuf bateaux sur l’aile droite, cent vingt-neuf pour le corps de bataille et cent vingt sur l’aile gauche. À cette heure décisive -pour l’histoire de la Grèce comme pour celle de l’Occident tout entier- le maître d’Athènes a trente-cinq ans. C’est un homme actif, inventif mais aussi très pieux et habile à interpréter les oracles. Et que disent les oracles quand il les consulte ? Ils répondent ceci :
Athènes doit se retrancher derrière une muraille de bois.
Thémistocle n’hésite pas : la muraille de bois, c’est un rempart de bateaux. D’où la disposition de sa flotte : l’aile gauche, le centre ainsi que l’aile droite constituent un rempart continu de bois. Et quand la bataille s’engage enfin, le 28 septembre 480, dans ces passes trop étroites pour les grosses embarcations perses, les trières, plus fines, plus rapides et aussi plus à l’aise dans le chenal qui sépare Salamine de l’Attique, passent à l’action, sèment le désordre dans la flotte de Xerxès et remportent une éclatante victoire.
Après Salamine, devenu le « tombeau des ambitions perses », Xerxès et ses successeurs renonceront à la conquête de la Grèce… définitivement. Pour commémorer cet immense événement, un artiste anonyme sculptera, sur ordre de Thémistocle et aux frais de la ville d’Athènes, une des œuvres les plus célèbres de l’Antiquité : la victoire de Samothrace, la victoire de Salamine.