» Seigneur, donnez-moi un fils ! »

Sceau de Louis VII le Jeune.
Sceau de Louis VII le Jeune.

« Seigneur, souvenez-vous de moi, je vous prie, et n’entrez pas en jugement avec votre serviteur, car nul home vivant ne sera trouvé juste devant vous. Mais jetez un regard propice sur le pécheur qui vous prie et donnez-moi un fils pour hériter de mon royaume, afin qu’il puisse régner glorieusement sur les Français.
Que mes ennemis ne puissent pas dire : « Tes espérances ont été déçues ; tu as perdu tes aumônes et tes prières ». »
Cette supplique, rapportées dans les Grandes chroniques de France, révèle parfaitement le désarroi qui, des années durant, dû être celui du roi Louis VII. Un souverain qui devait attendre 28 ans de règne et « consommé » pas moins de trois unions avant de se voir donner, enfin, un héritier mâle.
C’est à peine âgé de 17 ans que Louis VII, dit le Jeune, succède à son père sur le trône de France. Quelques mois avant son couronnement à Bourges –il avait déjà été sacré à Reims et associé au pouvoir du vivant de son père-, il avait épousé la jeune duchesse d’Aquitaine, Aliénor. Une union que l’on pourrait qualifiée de « mariage du siècle » tant les possessions de la dame étaient impressionnantes. La Guyenne, la Gascogne, le Poitou, la Marche, le Limousin, l’Angoumois, le Périgord et la Saintonge, bref, tout le quart sud-ouest de la France actuelle : telle était la dot de la jeune fille. On comprend l’importance de cette union… comme on comprend qu’une telle souveraine, petite-fille du maître du fin’amor, administratrice avertie, n’ait jamais accepté de s’en laisser compter, serait-ce par le roi de France son époux. De fait, on s’est ingénié à faire de Louis VII un être faible face à son épouse, un dévot en mal de prière, écrasé par le poids de la couronne et l’ardeur de sa jeune épouse. Pourtant, rien dans la vie ni dans le règne de Louis VII ne supporte une telle image. Que Louis VII ait été un roi pieux, plus que la moyenne ou que ses prédécesseurs, peut-être. Après tout, l’influence et l’attachement de Suger, son conseiller, sans parler du véritable renouveau religieux que l’Europe connaît à l’époque suffit à l’expliquer. Mais rien, absolument rien, ne laisse imaginer une nature plus monacale que conjugale. Car, au fond, c’est bien ce que l’on reproche à Louis VII : de ne pas avoir su conserver l’amour de sa première épouse.
De fait, les caractères des deux époux n’avaient guère de point commun, pas plus que leur éducation. Aliénor était vive, enjouée, maîtresse d’un domaine riche et puissant ; Louis était roi. Roi depuis toujours, roi d’un petit royaume sans cesse en but aux velléités de ses vassaux. Et c’est sans aucun doute sous le signe du devoir qu’il faut placer la vie de ce souverain. Son différent avec la papauté, né de sa volonté d’imposer un prélat de son choix, illustre son souci de préserver la moindre parcelle de pouvoir. La croisade, engagée avec son épouse Aliénor, reflète quant à elle les différences de préoccupations du souverain et de son épouse. Tout entier tourné vers le geste d’expiation entrepris après son excommunication puis sa réconciliation avec la papauté, Louis n’aura de cesse de rallier Jérusalem. Aliénor, de son côté, verra dans cette croisade l’occasion de soutenir sa parentèle, en la personne de son oncle, Raymond de Poitiers, prince d’Antioche. L’un n’espère qu’un retour rapide en France, l’autre, comme le féal qu’elle était au fond, fait passer sa famille avant le royaume.

Louis combattant en Terre sainte (gravure du XIXe siècle).
Louis combattant en Terre sainte (gravure du XIXe siècle).

La croisade ratée de Louis VII –il y perdra une fortune en argent et en hommes- consacrera le différent entre les époux et, en mars 1152, le concile de Beaugency prononcera l’annulation de mariage entre le roi de France et la duchesse d’Aquitaine. Une erreur –mais en était-ce vraiment une ?- que les historiens reprocheront toujours à Louis. De fait, Aliénor était à peine libérée de cette union qu’elle en contracta une autre avec Henri Plantagenêt, comte d’Anjou, sacré deux ans plus tard roi d’Angleterre. Par ce mariage, la France se voyait amputée des possessions remise par la duchesse lors de son mariage, possessions qui entraient dès lors dans l’escarcelle anglaise. On sait ce qu’il en résultera : un conflit multi générationnel entre la France et l’Angleterre. Mais comment en accuser uniquement Louis VII ?
Mal aimé des historiens, Louis VII aura pourtant une action positive à la tête du royaume : il publie les premières ordonnances royales, étend l’autorité monarchique, entame l’émancipation des serfs, favorise l’économie urbaine en accordant des privilèges aux villes et aux bourgeois, remanie les campagnes. Bref, agit comme un souverain soucieux de son royaume.