Sully, l’alter ego d’Henri

Maximilien de Béthune, duc de Sully (1559-1641).
Maximilien de Béthune, duc de Sully (1559-1641).

On a tendance, en histoire comme ailleurs, à mettre une étiquette sur les personnages historiques, y compris et même surtout, les plus éminents. Homme sage et économe, ayant la rigidité du protestant : telle est l’image que l’on se fait de Sully. Ce n’est certes pas faux, mais c’est un peu rapide pour décrire l’un des hommes politiques majeurs du règne de Louis XIV.
Maximilien de Béthune né en 1560 à Rosny, près de Mantes. A l’âge de 11 ans, ce fils de famille protestante s’attache à Henri de Navarre, futur Henri IV. Il le suivra dans toutes ses guerres, se distinguant par ses talents d’ingénieur militaire. Un talent qui ferait presque oublier que Sully a été aussi un militaire de valeur, qui sera même blessé à la bataille d’Ivry en 1590. C’est lui, dit-on, qui poussa Henri IV à abjurer, ce que lui-même se refusera toujours à faire.
Devenu fort riche après son mariage, en 1584, avec Anne de Courtenay, il obtient, en 1598, la charge de surintendant des Finances. Dès ce moment, il s’attachera à remettre l’économie de la France en état ; une économie fort mal en point après des décennies de guerre interne. Pour ce faire, Sully -en fait il n’acquière le titre de duc de Sully qu’en 1606- va réduire les tailles, supprimer les charges inutiles, poursuivre tous les abus et toutes les prodigalités, donner la liberté aux exportations de blé et de vin, abolir nombre de péages, construire des routes, des ponts, le canal de Briare. Surtout, il va encourager formidablement l’agriculture qui peinait à se remettre des temps de guerre.
Devenu, en plus de sa charge de surintendant des Finances, grand maître de l’artillerie et des fortifications, puis gouverneur de la Bastille, surintendant des bâtiments et gouverneur de Poitou, Sully était sans nul doute, à la fin de la vie d’Henri IV, l’homme fort du régime. Un homme d’autant plus fort et d’autant plus fiable, qu’il était l’opposé et le complément indispensable au roi. Fidèle à sa religion quand Henri pouvait passé pour un renégat ; sage et prudent quand le roi se permettait tous les abus ; économe quand la cour engloutissait -déjà- des sommes folles : Sully était, en quelque sorte, la caution morale du roi. Une caution qui n’avait plus lieu d’être au jour de la mort d’Henri. Et, de fait, malgré sa nomination au conseil de régence, il est évident que la carrière du protestant s’arrêta au jour de la mort du roi.
Il se maintiendra pourtant encore six ans, six années pendant lesquelles son pouvoir et son influence ne cessèrent de décroitre, d’être mises à mal. Retiré en 1616 sur ses terres, Sully, dont la carrière avait pourtant été longue, devait encore jouer de son influence pour tenter de ramener ses coreligionnaires à plus d’obéissance vis-à-vis de Louis XIII. Une action qui lui vaudra le titre de maréchal de France en 1634. Mais cette dernière fidélité, au roi et à la France, sera entachée d’amertume pour le monde qui se profilait et qu’il décrira avec tristesse dans ses mémoires. Et c’est dans une certaine indifférence qu’il mourra en 1641. La France, alors, s’était dotée -et depuis de nombreuses années déjà- d’un nouvel homme fort : un certain Richelieu, qui mourra l’année suivante.