Tiahuanaco, la cité perdue

Détail de la Porte du Soleil à Tiahuanaco.
Détail de la Porte du Soleil à Tiahuanaco.

Sur les hauts plateaux de Bolivie, à quelques 4000 mètres d’altitude, à l’extrémité du lac Titicaca, s’étend un gigantesque champs de ruines. Des pyramides tronquées, d’énormes monticules artificiels, une pyramide à degré de quinze mètres de haut, des monolithes, des plates-formes de pierre, le tout surmontant des salles souterraines. Et pas n’importe quelles salles ! Jimenez de la Espalda, un conquistador, écrit :
« Il y a là un palais qui est la véritable huitième merveille du monde. Des pierres longues de 37 pieds et larges de 15 sont placées de telle manière qu’elles s’encastrent les unes dans les autres sans qu’on puisse voir leurs raccords ».
Le monument le plus impressionnant est la Porte du Soleil. Haute de 3 mètres et large de 4, elle semble taillée dans un seul bloc et est décorée de 48 figures entourant une représentation centrale. Tous les vestiges de Tiahuanaco sont proportionnés à la Porte du Soleil, comme ces « deux géants de pierres avec des couvre-chefs et des longs manteaux » que décrit Garcialaso de la Vega ; ou comme ce palais gigantesque possédant une « salle longue de 45 pieds et large de 22, avec un toit comme celui du temple du Soleil de Cuzco » (Cieza de Leon). Que dire également de ces statues qui « représentent des hommes et des femmes ; elles sont si parfaites qu’on les croit vivantes, note Diego d’Alcobaça. Quelques figures sont dans l’attitude de gens qui boivent, d’autres ont l’air de s’apprêter à traverser un ruisseau et d’autres encore sont des femmes qui donnent le sein à leur enfant ».
La Porte du Soleil, vue de l'ouest.
La Porte du Soleil, vue de l’ouest.

Les descriptions admiratives des conquistadores ne manquent pas. Mais elles ne font qu’ajouter au mystère que représente Tiahuanaco. Car cette cité extraordinaire n’est pas inca ; elle est bien antérieure à eux. La légende dit que la cité fut édifiée « quand il n’y avait pas encore d’hommes ; quand les animaux parlaient ; quand les étoiles brillaient ». Les spécialistes des Incas affirment même que ces derniers trouvèrent sans aucun doute la cité dans le même état que les conquistadores : à l’état de ruines, mais de ruines gigantesques. Or rien n’indique la raison de cette déchéance.
Les premiers travaux d’archéologie font état de deux périodes de civilisation : Tiahuanaco I, qui daterait d’avant l’ère chrétienne ; et Tiahuanaco II qui s’étalerait de 500 à 1000 après J.-C.. La décadence serait donc intervenue avant l’arrivée des Incas. Mais en quoi consistait cette civilisation ? Difficile d’y répondre sans traces écrites. Or, la civilisation de Tiahuanaco est  préhistorique -c’est-à-dire qu’elle ne connaissait pas l’écriture. Le nom même de Tiahuanaco lui aurait été donné par les Espagnols : « tierra huanaco », la « terre des guanacos ». A moins qu’il ne vienne de l’inca : « Tihuana », « la pierre lévée » et « Co », « eau » ; ou encore « Tiha-Huana-Cota », « le lieu où s’est asséché le lac », ou encore « le pays sous le lac du dieu omnipotent » etc, etc. En réalité, les étymologies possibles sont infinies et concourent aux mystère entourant la cité perdue de Tiahuanaco.