Tradition et religion : la grande confusion

Rachida Dati, Garde des Sceaux de la République française.
Rachida Dati, Garde des Sceaux de la République française.

Depuis bientôt une semaine, l’affaire fait la « Une » des médias. Politiques et sociologues, écrivains et philosophes sont invités à s’exprimer sur le sujet et multiplient, à l’occasion, les poncifs les plus grossiers. De fait, l’annulation d’un mariage civil à Lille remet en cause les certitudes des politiques –sans pour autant qu’ils le reconnaissent d’ailleurs- et pose une multitude de questions –auxquelles personne ne veut vraiment répondre.
Deux interventions, à 24 heures d’intervalle, donnent une idée de la pensée prédominante. Elisabeth Badinter, invitée d’une émission télévisée matinale, déclarait, le 7 juin dernier, que ce genre d’attitude rétrograde –à savoir le désir d’épouser une jeune fille vierge- était le fait de fondamentalistes et de fondamentalistes de toutes religions, précisait-elle. Le lendemain, Edouard Balladur faisait un parallèle entre cette affaire et un mariage catholique dans lequel un des époux, après avoir affirmé le contraire à l’église, refuserait d’aller à la messe le dimanche. Pourrait-on y voir une cause d’annulation ? Du point de vue civil, évidemment non…
On le voit, pour Elisabeth Badinter comme pour Edouard Balladur, tout, ici, est question de religion. Pour eux comme pour les hommes politiques qui se sont indignés devant la décision de la magistrate lilloise, appelant à la sauvegarde de la laïcité. Le fait qu’il s’agisse dans cette affaire de l’annulation d’un mariage civil –et par définition laïc- ne semble pas les frapper outre mesure. C’est qu’il y a depuis longtemps, confusion entre tradition et religion. Or, la question de la virginité d’une épouse tient de la tradition et non de la religion. Une tradition que l’on retrouve principalement dans les sociétés patriarcales du bassin méditerranéen, du Proche et du Moyen Orient. Une tradition rendue nécessaire afin de protéger des femmes qui, sans cela, auraient été abaissées au simple rang d’objet sexuel, pouvant être offerte par un père ou bien un frère à une multitude d’hommes et pour bien peu de gain en vérité. Une tradition qui n’apparaît nullement dans les sociétés germaniques, où une vierge vaut –pénalement- moins qu’une femme enceinte ou qu’une mère de famille. D’ailleurs, dans ces sociétés de type matriarcal, la virginité était-elle seulement désirée ? Sans doute pas, l’essentiel étant dans la préservation du clan et de ses traditions, relayées par les femmes.
Voilà donc pour les origines de la tradition. Une tradition à laquelle certaines religions –notamment d’origine orientale- vont s’adosser au point de créer une véritable confusion. Une tradition qui, la preuve en est, est encore parfaitement vivace. Le fait que, comme l’a justement rappelé la Garde des Sceaux, Rachida Dati, la proclamation du non respect de cette tradition soit un moyen pour certaines femmes d’éviter un mariage forcé, annonce son importance. La décision de la magistrate de Lille était donc, d’ailleurs, parfaitement justifiée. D’autant que l’épouse comme l’époux consentaient à cette annulation…
Alors si l’on peut excuser la révolte des associations féministes, difficile de comprendre l’attitude de nos politiques qui n’a rien à voir avec la défense de la laïcité. De fait, il est évident que c’est pour masquer leur déconvenue qu’ils font, volontairement, l’amalgame, accusant, comme Madame Badinter, les fondamentalistes. Car comment expliquer qu’un ingénieur, qu’une famille vivant en France depuis plusieurs générations soit attachée à ces traditions ? Comment l’expliquer sans reconnaître l’échec de 30 années de politique d’intégration, de 30 années de négation des origines, le « tous Français » faisant force de loi naturelle ?