Trajan, l’empereur commercial

Buste de l'empereur Trajan (v. 53-117).
Buste de l’empereur Trajan (v. 53-117).

Certes, les commentaires ont dû aller bon train dans la Rome des sénateurs, des nobles et des intellectuels : un empereur se faisait l’apôtre des commerçants, calculait sa politique extérieure sur les intérêts des marchands ! Point d’empereur philosophe, pas plus que de prince poète ici : prosaïque en diable, Trajan alliait le bon sens au réalisme d’où une politique plus commerciale que sénatoriale. Qui plus est, il n’était pas même Romain !
Né d’une famille d’origine espagnole, fils d’un soldat de fortune élevé aux honneurs par Vespasien, Trajan est l’image même de l’empereur élevé au mérite. Excellent administrateur, bon soldat, adepte d’une vie aux mœurs spartiates, il commencera sa carrière sous les ordres de son père, en Syrie, avant de se voir élevé au rang de consul en 91 après J.-C. puis de gouverneur de Germanie en 96. Adopté par Nerva l’année suivante, il sera proclamé empereur à la mort du souverain mais tardera à se présenter à Rome, préférant, d’abord, assurer les limites de l’empire. Un empire qui connaîtra son extension maximum sous son règne ; un empire dont la politique extérieure sera, on l’a dit, avant tout axée sur des préoccupations économiques : la conquête de la Dacie, achevée en 107, visait à s’approprier des mines d’or ; la guerre que l’empereur portera en Orient n’aura d’autre but que d’assurer le contrôle de Rome sur les axes commerciaux.
Vue de la colonne Trajanne à Rome (gravure du XIXe siècle).
Vue de la colonne Trajanne à Rome (gravure du XIXe siècle).

L’Arabie Pétrée, annexée en 106, l’Arménie, l’Assyrie, la Mésopotamie : autant de conquêtes à mettre au compte de l’empereur Trajan et qu’ Hadrien restituera. Pourtant, la politique économique et conquérante de Trajan produira, de son vivant même, nombre de bienfaits. Elle permettra, notamment, de remédier à la grave crise économique qui menaçait l’Italie en inaugurant l’interventionnisme d’Etat. C’est ainsi que l’empereur entreprendra une vaste politique d’aide à l’agriculture, aidera les petits propriétaires fonciers en leur faisant bénéficier de prêts à intérêts réduits, secourera les familles nombreuses et lancera un programme de travaux publics dans le but de donner du travail aux chômeurs. Une politique économique, certes, mais une politique qui trouvera un écho plus que favorable auprès du sénat et du peuple romain qui reconnaîtront dans Trajan "le meilleur d’entre nous"…