Tyrannie contre démocratie : le faux débat

Vladimir Poutine, en premier plan, suivi de son dauphin et successeur, Dimitri Medvedev.
Vladimir Poutine, en premier plan, suivi de son dauphin et successeur, Dimitri Medvedev .

Les élections se suivent et ne se ressemblent pas. Il y a peu, Medvedev devenait le président d’un gouvernement poutiniste allègrement qualifié par les journalistes occidentaux de despotique ; demain, l’Amérique risque bien de se voir voler son élection présidentielle par excès de démocratie. Reste à savoir lequel, du Russe ou de l’Américain, est le plus légitime. Reste également à savoir lequel, dans ces circonstances, apportera le plus à son pays. Car après tout, c’est bien là qu’est la question…
Le monde occidental se fait volontiers l’avocat, pis, le chantre de la démocratie. Au point, d’ailleurs, de vouloir l’imposer au monde entier ! Une démocratie qui aux Etats-Unis même, est en train de montrer une faille inattendue. De fait, la compétition Obama-Clinton -compétition de l’image plus que du fond d’ailleurs- est si serrée que, quelle qu’en soit l’issue, une large partie des électeurs démocrates vont se sentir floués. Et cela pour la bonne et simple raison que les deux candidats, au coude à coude, sont également légitimes… mais qu’il va bien falloir en choisir un ! Choix fait par les caucus ou les primaires actuelles -par ailleurs difficiles à comprendre dans leur fonctionnement- ou par les grands électeurs, ce qui serait un comble. A force de démocratie, donc, les démocrates américains seront, à coup sûrs, les grands perdants de cette élection.
A contrario, si l’élection russe n’a guère fait planer le suspens, si Medvedev est devenu, comme prévu, "calife à la place du calife", faut-il réellement y voir un mal. Certes, les bien-pensants de notre belle démocratie ont déjà crié au viol de leur héroïne ; ils ont déjà fustigés ceux qui ont osé féliciter le nouveau président russe, mais qui sont-ils pour donner des leçons de moral au peuple russe ? De fait, on peut toujours contester les méthodes gouvernementales de Poutine, force est de constater que le tsar rouge a su sortir -et de quelle manière !- son pays de l’ornière dans laquelle la démocratie eltsinienne l’avait plongé. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, eux qui annoncent une augmentation des revenus de 2,5% et autant pour les retraites (Le Point-février 2008). Et hors les chiffres, que reste-t-il si ce n’est la rhétorique, les grands mots opposés à la réalité de quelques millions de personnes ? Qu’importe aux Russes les grands principes, les mots aussi nobles que démocratie, liberté, égalité, fraternité ! Qu’importe tant qu’ils vivent mieux ! D’ailleurs, sur les principes, ils ont déjà donné… et constatés que les mots ne nourrissent guère.
Les Grecs du VIe siècle avant J.-C. l’avaient déjà constaté eux qui, des années durant, ont préféré la tyrannie à la démocratie. Une tyrannie qui correspondra à une ère sans précédent de prospérité économique et culturelle -grands travaux publics, expansion coloniale et commerciale, protection des arts et des lettres. Une tyrannie qui servira de prémices à l’avènement démocratique -qui, pour information, ne reconnaissait le droit de s’exprimer qu’à 30 000 citoyens sur une population de pas moins de 400 000 âmes…
Quant à savoir lequel, dans ces circonstances, du dirigeant russe ou du futur dirigeant américain est le plus "légitime", ne serait-ce pas celui qui fait la prospérité de son peuple ?