Un Burgonde en terre tchèque

Vue du château de Prague, situé sur les hauteurs de la ville (gravure du XIXe siècle).
Vue du château de Prague, situé sur les hauteurs de la ville (gravure du XIXe siècle).

On peut être saint et avoir ordonné un crime ; naître en terre de France et  faire l’objet de vénération en Tchécoslovaquie. C’est le cas de saint Sigismond, prince Burgonde, fils du célèbre auteur de la loi Gombette, Gondebaud.

Comme la grande majorité des "barbares" d’origine germanique qui, au IVe siècle, avaient entrepris la conquête de l’Europe de l’ouest, Sigismond était né arien. Une hérésie qui n’avait épargné que les Francs, demeurés païens, et qui allait éloigné les évêques gaulois de tous les princes… exceptés ceux de la nation franque. On connaît la suite : soutenu par le clergé, Clovis, le jeune roi des Francs, dominera bientôt toute l’ancienne Gaule. Parmi les autres peuples germaniques, la conversion sera plus lente et passera, presque à chaque fois, par celle de leurs princes. Ainsi en sera-t-il des Wisigoths d’Espagne ; ainsi en sera-t-il également des Burgondes. La religion catholique avait alors fort mauvaise presse en Burgondie. On sait que les parents de la reine Clotilde avaient été massacrés en raison, notamment, de leur conversion au catholicisme. Il faudra la conversion du souverain lui-même pour modifier cet état de fait. Et c’est bien ce qui se passa : vers 501, après qu’il ait connu les enseignements de saint Avit, Sigismond, fils du roi Gondebaud, abandonna l’arianisme pour le catholicisme.

Quinze ans plus tard, alors qu’il succédait à son père à la tête du royaume de Bourgogne, il devait autoriser l’exercice de cette religion dans tous ses Etats et même fonder le monastère de Saint-Maurice d’Agaume, dans le Valais. C’est là qu’il trouvera refuge après avoir fait étrangler son propre fils, injustement accusé de comploter contre son père (522). C’est également là qu’il devait périr, en 523, après que Clodomir, roi d’Orléans, fils de Clovis se soit vu offert, par le peuple même de Sigismond sa couronne. L’indignation des Burgondes sera même telle, qu’ils feront massacrer leur ancien souverain et toute sa famille…
La vie de Sigismond est, certes, loin de donner l’exemple. Pourtant, dès après sa mort, il sera vénéré comme un saint et, au XIVe siècle, ses reliques seront transportées à Prague par l’empereur Charles IV où elles devaient faire l’objet de toutes les attentions…