Y a-t-il eu un culte de l’ours ?

Le squelette de l'homme du Regourdou, en position fœtale, ce qu est très significatif d'une croyance en un retour à la vie.
Le squelette de l’homme du Regourdou, en position fœtale, ce qu est très significatif d’une croyance en un retour à la vie.

On le sait, les Néandertaliens enterraient leurs morts. Mais cela signifie-t-il qu’ils croyaient forcément en l’Au-delà ? Allons plus loin : cela implique-t-il également que l’homme de Néandertal pratiquait une forme de culte ? Et dans ce cas, quel culte ?
En ce qui concerne la première interrogation la démonstration de Gabriel Camps, préhistorien éminent, suffira à convaincre. Et nul besoin d’être spécialiste pour la comprendre. Dans toutes civilisations, explique-t-il en substance, le fait d’enterrer intentionnellement les morts a impliquer une croyance en l’Au-delà. Sinon, pourquoi prendre cette peine ? Une croyance en une vie après la mort que l’on retrouve… même parmi les sociétés qui nient cet Au-delà. Exemple dans des systèmes contemporains : les sociétés marxistes, passées ou encore actuelles, n’ont eu de cesse de déclarer que la religion était «  l’opium du peuple ». Pourtant, ce sont bien dans ces sociétés là que l’on voit les dirigeants adulés tels des dieux et des dieux pour qui ont organise des manifestations plus grandioses et martiales les unes que les autres. De la même façon, en France, les fils de la Révolution de 1789 qui, depuis deux siècles n’ont que le mot «  laïcité » à la bouche, ont fait d’une église réquisitionnée et désacralisée –le Panthéon- un véritable lieu de pèlerinage afin d’honorer les héros de la Nation. Or, ces «  héros » sont bien morts, alors n’est-ce pas leur âme que l’on honore ainsi ? On le voit, la démonstration est simple, claire et ne souffre guère de discussion. Ce n’est pas le cas de nos autres interrogations…
On a donc vu qu’il était bien difficile de nier le lien entre inhumation et croyance dans une survivance de l’âme –même si à l’époque préhistorique, le mot n’existe pas. Et cette croyance est encore renforcée par la présence, dans nombre de sites de fouilles, d’offrandes accompagnant le squelette : bijoux, armes, os d’animaux travaillés. Certaines de ces tombes révèlent également la présence d’ocre rouge, généralement recouvrant le corps, qui serait, selon les spécialistes, une image du sang régénérateur. La découverte de l’homme de Menton est encore plus parlante : l’ocre n’était pas, cette fois-ci, étalé sur le corps mais placé dans un léger creux faisant office de récipient et relié à la tête du défunt par un sillon. L’utilisation de l’ocre dépasse pourtant l’usage mortuaire et, toujours selon Gabriel Camps, se retrouve «  dans le comportement cultuel ». Par ces quelques morts, le spécialiste accrédite donc l’idée d’un culte néandertalien. La question désormais est de savoir à quel sorte de culte on a à faire ?
Elaborée suite à la découverte du site du Regourdou la théorie d’un culte de l’ours est loin d’être prouvée. Sur ce site, fut mise au jour une tombe double : un homme et un ours se faisaient face. Nier qu’il y ait là la moindre arrière-pensée religieuse serait un non sens: ce n’est certainement pas par hasard que cet ours a trouvé sa place dans cette tombe. Et que dire alors de la découverte de la grotte de Montespan ? Là, les hommes préhistoriques ont façonné une sculpture d’ours sans tête et placé, dans les pattes de l’effigie, une tête d’ourson. La mise en scène, très étudiée, montre l’importance accordée à l’ours.  Faut-il donc y voir la preuve d’un culte rendu à l’ours ?
Les spécialistes sont fortement divisés sur le sujet, les partisans d’un culte y voyant le symbole ou les prémices d’un culte rendu aux ancêtres. Et, en effet, l’ours symbolise les ancêtres… chez les Inuits et chez certains peuples de Sibérie ! C’est peut-être chercher le parallèle un peu loin…
De fait, dans l’état actuel des recherches archéologiques, si la question d’un culte de l’ours ou des ancêtres reste posée, il est certain que le Néandertalien a exercé un culte, ne serait-ce qu’aux morts, ce qui lui vaut le nom d’Homo religiosus.