Caligula : plus puissant que les dieux

Caligula (12-41)
Caligula (12-41)

Il fut aussi envieux et méchant qu’orgueilleux et cruel envers les hommes de toutes les époques de l’histoire, déclare Suétone à propos de Caligula dans Vies des Douze Césars.
Pourtant, le règne de Caius Caesar Germanicus, surnommé Caligula, c’est-à-dire « petite caligue » (les chaussures du soldat) dans les camps où il passa son enfance, avait commencé sous d’heureux auspices.
Mais rapidement, Caligula allait se conduire en despote cruel et dément : il prenait plaisir à voir mourir ses semblables, fit même exécuter certains de ses proches parents et s’empara de la fortune de beaucoup.
Sa folie allait grandissante -il se croyait même supérieur aux dieux et fit décapiter toutes leurs statues pour mettre la sienne à la place- et ses extravagances semblaient ne jamais devoir cesser quand, le 24 janvier 41, les officiers de sa garde prétorienne l’assassinèrent…

Sénèque : mort d’un stoïcien

Portrait de Lucius Sénèque (v. 4 av.J.-C.-65 ap.J.-C.).
Portrait de Lucius Sénèque (v. 4 av.J.-C.-65 ap.J.-C.).

Après la mort, il n’y a rien et la mort elle-même n’est rien, écrit Sénèque.
Accusé de conspiration contre Néron, Lucius Sénèque est condamné à mort le 12 avril 65 et invité à se suicider. Il s’ouvre les veines mais, constatant que son sang, glacé par l’âge, s’écoule trop lentement, se fait plonger dans un bain chaud. Plus de trois cents personnes issues des plus illustres familles de Rome ont pris part à la conspiration.
Né à Cordoue, en 4 av. J.-C., Lucius Sénèque est élevé à Rome où il étudie l’éloquence puis la philosophie qu’il abandonne très vite pour entrer dans la vie active. Rhéteur puis avocat, il devient questeur et s’enrichit de façon scandaleuse tout en prêchant une philosophie stoïcienne. Éxilé en Corse de 41 à 49, il est rappelé à Rome par la  seconde épouse de l’empereur Claude, Agrippine, pour assurer l’éducation de Néron. Durant des années, Sénèque joue le rôle de premier ministre et de confident auprès de Néron et, après le meurtre d’Agrippine, alors qu’il est en disgrâce, Sénèque a l’imprudence de demeurer auprès de son disciple qui finit par ordonner sa mort.

Philippe de Macédoine

Quel homme ! Son amour du pouvoir et de l’empire lui a valu un œil perdu, une épaule brisée, un bras et une jambe paralysés. Tel est le portrait de Philippe II de Macédoine (382-336 avant J.-C.) par son pire ennemi, l’orateur athénien Démosthène. Roi tonitruant et baroudeur de la province la plus septentrionale du monde hellénique, Philippe II règne sur une sorte de royaume féodal, que se partagent quelques huit cents «barons».

Ce génie militaire constitue une armée de dix mille hommes quasi invincible, avec laquelle il réussira l’impossible exploit : conquérir et unifier la Grèce. Il a pour femme l’étrange princesse Olympias qui prétendra, après la naissance de leur fils Alexandre, que le véritable père en est Zeus lui-même ! Le dieu l’aurait engendré en frappant de sa foudre le lit nuptial lors de la nuit de noces ! Épuisé par ses victoires autant que par ses excès de toutes sortes, ce «brave des braves» mourra assassiné par un noble macédonien, Pausanias. Il se chuchote que celui-ci avait été inspiré par Olympias et peut-être même par Alexandre…

 

 

Héraclite l’obscur : l’anachorète antique

Un philosophe grec, d'après un bas-relief antique.
Un philosophe grec, d’après un bas-relief antique.

Le Ve siècle avant J.-C. est, sans conteste, un âge d’or de la pensée grecque. Les cités, enfin unies, ont réussi à repousser l’envahisseur perse, Athènes domine l’Attique et tente d’imposer son propre concept politique : la démocratie. C’est dans ce monde et ce cadre précis que nait Héraclite, nom latinisé d’Hérakléitos.
Né au début du V e siècle, issu d’une famille sacerdotale, ce qui explique sans doute sa profonde connaissance des mystères et son goût des formules obscures, voire sibyllines, Héraclite, dit l’Obscur, apparaît comme une sorte d’ancêtre des anachorètes du désert. En effet, ayant abandonné ses privilèges à son frère, il décide de se retirer du monde, s’établit sur le flanc escarpé d’une montagne et vit d’herbes et de racines. Certes, ce principe de vie allait conduire le jeune grec à créer une philosophie propre, fondée sur l’union des contraires ; il allait l’amener à développer l’idée d’une réalité universelle du devenir, mais il pose surtout la question de savoir si ce retrait de la vie publique était plus d’inspiration philosophique que religieuse. On sait et la vie entière d’Aristote le prouve, que la recherche philosophique va souvent de pair avec la recherche religieuse. On sait également que la religion grecque va conduire à une quête particulière qui trouvera sa finalité dans les mystères, généralement issus du monde oriental. La démarche d’Héraclite entrait-elle dans cette optique ? Y fut-elle, naturellement conduite ? On peut légitimement s’interroger tant la démarche rappelle celle des moines chrétiens, des anachorètes.
Au final, Héraclite payera sa démarche de sa vie : accablé d’infirmités diverses, il se laissera mourir de faim vers l’âge de 60 ans -tout de même-, disparaissant pour des siècles des études et des cercles de réflexion.

Marc-Aurèle, l’empereur-philosophe

Issu d’une illustre famille d’origine espagnole, Marc Aurèle est, dès son plus jeune âge, profondément marqué par la philosophie stoïcienne qu’il pratiquera toute sa vie. Nommé préfet de Rome par Hadrien, il est adopté par l’empereur Antonin dont il épouse la fille, Faustine. À la mort d’Antonin, en 161, il gouverne conjointement avec Lucius Vérus, son beau-frère, puis reste seul empereur à la mort de ce dernier en 169.

Son règne, pendant lequel il rénove l’administration financière et judiciaire et assure la mainmise de l’État sur l’économie, est marqué par les luttes incessantes contre les Parthes et les Germains. À sa mort, survenue le 17 mars 180, Marc Aurèle ne laisse pas l’image d’un grand empereur, mais ses Pensées le désignent comme l’un des derniers philosophes stoïciens de l’Antiquité.

Germanicus : l’espoir évanoui

Détail d'une statue de Germanicus (15 avant J.-C.-19 après J.-C.).
Détail d’une statue de Germanicus (15 avant J.-C.-19 après J.-C.).

Il doit son nom à sa conquête de la Germanie. Une conquête menée sur ordre d’Auguste, mais une conquête qui allait tourner  à l’anéantissement systématique du pays. De fait, Germanicus, né Julius César, fils de Drusus et d’Antonia, petit-neveu d’Auguste, petit-fils du même par alliance, fils adoptif de Tibère -adoption ordonnée par Auguste, encore- n’avait rien du conquérant haineux. De noble naissance mais surtout de noble caractère, cultivé, il avait déjà fait ses preuves contre les Dalmates et les Panonniens avant d’être envoyé sur les rives du Rhin. Là, il aura à réprimer quatre rébellions de légions romaines. Des rébellions consécutives à la mort d’Auguste. des rébellions qu’il saura si habilement contenir qu’il va se voir proclamer Auguste par ces mêmes légions. Au point d’inquiéter Tibère, le tout nouvel empereur. De fait, la popularité de Germanicus ne se démentira guère et cela malgré son action peu glorieuse en Germanie. Ayant repris la lutte contre les Germains, il se lança, alors, dans la destruction du pays. Une politique qui n’entamera en rien sa popularité, au point que Tibère le rappela à Rome avant de l’envoyer en Orient.
C’est là que Germanicus devait trouver la mort. Une mort suspecte, sans doute due à un empoisonnement. Une mort dont sera accusée un proche de Tibère, le gouverneur de Syrie Pison. Abandonné par Tibère, traduit devant le Sénat, Pison se donnera la mort peu après.
De fait, la mort de Germanicus paraît avoir été providentielle… pour Tibère. Providentielle mais certes pas unique. En fait elle annonce une série de massacres dans la famille même de Germanicus. Quant à l’empire, il reviendra à son frère, Claude, à son fils, Caligula, à son petit-fils, Néron. Tous trois profiteront de la popularité posthume de Germanicus. Et tous trois mourront assassinés ou suicidés.