Dioclétien stabilise l’Empire

Dioclétien (245-313).
Dioclétien (245-313).

Après cinquante années d’anarchie, pendant lesquelles les légions se disputent le pouvoir, donnant le trône à des empereurs éphémères, l’armée de Chalcédoine élit, en 284, un nouvel empereur du nom de Dioclétien. D’humble naissance ce dernier va cependant faire preuve d’une grande intelligence politique et stabiliser enfin l’empire.
Trop vaste pour être gouverné par un seul homme, l’empire comprend alors tout le pourtour méditerranéen, l’Espagne, la Gaule, la Bretagne, une partie de la Germanie, les Balkans actuels, la Turquie et une partie de l’Égypte. Aussi, quand il prend le pouvoir, Dioclétien commence-t-il par partager l’empire : lui-même se réserve le gouvernement de l’Orient pendant que Maximien prend en charge l’Occident.
En 293, il améliore son idée première en instituant une tétrarchie : les deux augustes, Dioclétien et Maximien, seront assistés de deux césars, Constance et Galère, Dioclétien se réservant la suprématie sur l’ensemble du gouvernement de l’empire. Cette répartition du pouvoir allait rapidement montrer son efficacité, notamment sur le plan militaire, et permettre à Dioclétien de se concentrer sur les réformes administratives -institutions des diocèses, édit sur les prix.
Quand Dioclétien, malade, décide d’abdiquer, en 305, Maximien le suit dans sa démarche et les deux Augustes voient les Césars leur succéder. Dioclétien se retire alors en Dalmatie, son pays d’origine, où il fait construire un magnifique palais dédié à Jupiter autour duquel s’est édifié la cité de Split. La grandeur de l’empire romain semble dès lors restaurée. Seule ombre au tableau, une terrible persécution contre les chrétiens, ordonnée en 303 et qui durera dix ans…

Titus le Bon

Buste de l'empereur Titus (39-81).
Buste de l’empereur Titus (39-81).

Néron, Caligula, Galba : les fous et les monstres se succédaient à la tête de l’Empire quand l’accession au trône de Titus apporte un immense soulagement au peuple romain.
Fils de l’empereur Vespasien, vainqueur en Bretagne, en Germanie et, surtout, en Judée, où il avait rencontré la célèbre reine Bérénice, Titus était déjà associé au pouvoir quand, en 79, il devient empereur. Adoré par ses armées, il sera bientôt acclamé par tout son peuple.
Soucieux d’équité et de justice, il n’hésite pas à puiser dans le trésor impérial pour aider les survivants de Pompéi ou les Romains touchés par l’incendie de 80, allant même jusqu’à assister personnellement les malades lors des épidémies.
Exposé à la contagion, il meurt, le 12 septembre 81, après deux ans d’un règne qui fut, sans doute, un des plus heureux de l’Empire romain.

Caligula : plus puissant que les dieux

Caligula (12-41)
Caligula (12-41)

Il fut aussi envieux et méchant qu’orgueilleux et cruel envers les hommes de toutes les époques de l’histoire, déclare Suétone à propos de Caligula dans Vies des Douze Césars.
Pourtant, le règne de Caius Caesar Germanicus, surnommé Caligula, c’est-à-dire « petite caligue » (les chaussures du soldat) dans les camps où il passa son enfance, avait commencé sous d’heureux auspices.
Mais rapidement, Caligula allait se conduire en despote cruel et dément : il prenait plaisir à voir mourir ses semblables, fit même exécuter certains de ses proches parents et s’empara de la fortune de beaucoup.
Sa folie allait grandissante -il se croyait même supérieur aux dieux et fit décapiter toutes leurs statues pour mettre la sienne à la place- et ses extravagances semblaient ne jamais devoir cesser quand, le 24 janvier 41, les officiers de sa garde prétorienne l’assassinèrent…

Sénèque : mort d’un stoïcien

Portrait de Lucius Sénèque (v. 4 av.J.-C.-65 ap.J.-C.).
Portrait de Lucius Sénèque (v. 4 av.J.-C.-65 ap.J.-C.).

Après la mort, il n’y a rien et la mort elle-même n’est rien, écrit Sénèque.
Accusé de conspiration contre Néron, Lucius Sénèque est condamné à mort le 12 avril 65 et invité à se suicider. Il s’ouvre les veines mais, constatant que son sang, glacé par l’âge, s’écoule trop lentement, se fait plonger dans un bain chaud. Plus de trois cents personnes issues des plus illustres familles de Rome ont pris part à la conspiration.
Né à Cordoue, en 4 av. J.-C., Lucius Sénèque est élevé à Rome où il étudie l’éloquence puis la philosophie qu’il abandonne très vite pour entrer dans la vie active. Rhéteur puis avocat, il devient questeur et s’enrichit de façon scandaleuse tout en prêchant une philosophie stoïcienne. Éxilé en Corse de 41 à 49, il est rappelé à Rome par la  seconde épouse de l’empereur Claude, Agrippine, pour assurer l’éducation de Néron. Durant des années, Sénèque joue le rôle de premier ministre et de confident auprès de Néron et, après le meurtre d’Agrippine, alors qu’il est en disgrâce, Sénèque a l’imprudence de demeurer auprès de son disciple qui finit par ordonner sa mort.

Philippe de Macédoine

Quel homme ! Son amour du pouvoir et de l’empire lui a valu un œil perdu, une épaule brisée, un bras et une jambe paralysés. Tel est le portrait de Philippe II de Macédoine (382-336 avant J.-C.) par son pire ennemi, l’orateur athénien Démosthène. Roi tonitruant et baroudeur de la province la plus septentrionale du monde hellénique, Philippe II règne sur une sorte de royaume féodal, que se partagent quelques huit cents «barons».

Ce génie militaire constitue une armée de dix mille hommes quasi invincible, avec laquelle il réussira l’impossible exploit : conquérir et unifier la Grèce. Il a pour femme l’étrange princesse Olympias qui prétendra, après la naissance de leur fils Alexandre, que le véritable père en est Zeus lui-même ! Le dieu l’aurait engendré en frappant de sa foudre le lit nuptial lors de la nuit de noces ! Épuisé par ses victoires autant que par ses excès de toutes sortes, ce «brave des braves» mourra assassiné par un noble macédonien, Pausanias. Il se chuchote que celui-ci avait été inspiré par Olympias et peut-être même par Alexandre…

 

 

Héraclite l’obscur : l’anachorète antique

Un philosophe grec, d'après un bas-relief antique.
Un philosophe grec, d’après un bas-relief antique.

Le Ve siècle avant J.-C. est, sans conteste, un âge d’or de la pensée grecque. Les cités, enfin unies, ont réussi à repousser l’envahisseur perse, Athènes domine l’Attique et tente d’imposer son propre concept politique : la démocratie. C’est dans ce monde et ce cadre précis que nait Héraclite, nom latinisé d’Hérakléitos.
Né au début du V e siècle, issu d’une famille sacerdotale, ce qui explique sans doute sa profonde connaissance des mystères et son goût des formules obscures, voire sibyllines, Héraclite, dit l’Obscur, apparaît comme une sorte d’ancêtre des anachorètes du désert. En effet, ayant abandonné ses privilèges à son frère, il décide de se retirer du monde, s’établit sur le flanc escarpé d’une montagne et vit d’herbes et de racines. Certes, ce principe de vie allait conduire le jeune grec à créer une philosophie propre, fondée sur l’union des contraires ; il allait l’amener à développer l’idée d’une réalité universelle du devenir, mais il pose surtout la question de savoir si ce retrait de la vie publique était plus d’inspiration philosophique que religieuse. On sait et la vie entière d’Aristote le prouve, que la recherche philosophique va souvent de pair avec la recherche religieuse. On sait également que la religion grecque va conduire à une quête particulière qui trouvera sa finalité dans les mystères, généralement issus du monde oriental. La démarche d’Héraclite entrait-elle dans cette optique ? Y fut-elle, naturellement conduite ? On peut légitimement s’interroger tant la démarche rappelle celle des moines chrétiens, des anachorètes.
Au final, Héraclite payera sa démarche de sa vie : accablé d’infirmités diverses, il se laissera mourir de faim vers l’âge de 60 ans -tout de même-, disparaissant pour des siècles des études et des cercles de réflexion.