Beaumarchais : le style caustique

Aux vertus qu’on exige dans un domestique, Votre Excellence connaît-elle beaucoup de maîtres qui fussent dignes d’être valets ?, clame le personnage de Figaro dans Le Barbier de Séville.
À cette réplique entendue pour la toute première fois le 23 février 1775,  le public, essentiellement composé d’aristocrates, applaudit à tout rompre. La pièce est un triomphe comme le sera bientôt, Le Mariage de Figaro, en 1784. Ce n’est qu’une « cascade éblouissante de répliques et de tirades, un jaillissement continuel de réflexions ironiques, de mots serrés » qui témoignent de l’esprit vif et caustique de leur auteur.
Mais la pièce de Pierre Caron de Beaumarchais (1732-1799) est avant tout une critique acérée de cette noblesse qui l’acclame. Et pour Beaumarchais, c’est la consécration !
Fils d’un horloger, Pierre Caron entre à la cour en tant que musicien et il acquiert la noblesse en achetant sa charge. Spéculateur chanceux, il fait fortune puis devient agent secret du roi. Protégé par une certaine noblesse piquée d’idées révolutionnaires, il fait jouer ses pièces en dépit de la censure mais seules Le Barbier et Le Mariage de Figaro connaîtront un réel succès.
Épargné par la Révolution, il meurt dans la misère et l’oubli en 1799.

Louis XVI, l’homme méprisé

Buste de Louis XVI (1754-1793).
Buste de Louis XVI (1754-1793).
Un combat au Xe siècle, d’après une peinture murale.
Rarement on aura autant médit sur un roi. Pourtant, son accession au trône, en 1774, fait naître un immense espoir : le petit-fils de Louis XV a alors 20 ans et il forme, avec son épouse, le couple idéal. Intelligent, cultivé –féru d’histoire et de géographie notamment-, Louis XVI n’a qu’un désir : faire le bien de son peuple, procéder aux réformes nécessaires… Ce qu’il n’aura guère l’occasion de faire après avoir rappelé, dès son accession au trône, un Parlement plus désireux de s’opposer que de servir. Qui plus est, le souverain était d’un caractère paisible, plutôt timide ; un caractère manquant de la nécessaire autorité pour brider le Parlement et faire passer ses idées de réformes.
On a souvent fait de Louis XVI une sorte de benêt, sans envergure et préoccupé uniquement d’horlogerie. Une image réductrice et volontairement véhiculée par les très républicains historiens du XIXe siècle ; des historiens qui oublièrent sciemment qu’il était de tradition chez les Bourbons d’apprendre un métier manuel : ce sera l’horlogerie pour Louis XVI comme ça l’avait été pour Louis XIV, la menuiserie pour Louis XV. Et les historiens du XIXe siècle ne seront pas les seuls à se railler de Louis XVI : la noblesse, en son temps, l’avait fait, après être passé bien près de perdre bien des privilèges.
De fait, il apparaît que ce roi, décapité par la Révolution, fut sans doute le plus révolutionnaire le plus proche du peuple, le plus attaché à l’égalité de tous els Bourbons. Avec ses ministres, Turgot, Malesherbes, Vergenne, Necker, Calonne, Loménie de Brienne, il va prendre des mesures en faveur des libertés économiques, de l’égalité fiscale ; tenter de promouvoir la liberté de conscience ; supprimer les lettres de cachets et la torture, abolir l’esclavage… Autant de mesures qui soulèveront l’opposition nobiliaire, qui se heurteront au Parlement. Saint-Germain, son ministre de la Guerre, réorganisera l’armée, ouvrant le corps des officiers aux roturiers, alors que le roi se passionnait pour les expéditions de La Pérouse.
De fait, la Révolution, mère de l’égalité et de la liberté, aurait pu trouver son meilleur porte-parole en la personne du roi. Elle aurait pu, si elle n’avait été le fruit des conspirations bourgeoises et nobiliaires, jusqu’à ce que ces derniers soient totalement dépassés par les événements.
Prisonnier de son propre peuple, Louis XVI sera finalement jugé et décapité le 21 janvier 1793. Et c’est en souverain qu’il vivra ses derniers mois…

Le poète Regnard perdu par les femmes

Jean-François Regnard (1655-1709).
Jean-François Regnard (1655-1709).

Écrivain et auteur dramatique, Jean-François Regnard (1655-1709), mène une vie des plus aventureuses avant de se consacrer à l’écriture.
Le 4 octobre 1678, alors qu’il rejoint Marseille, son bateau est capturé par des pirates algériens. Racheté par un seigneur de la ville, il devient son chef cuisinier. Grâce à ses manières et à ses dons culinaires, il voit alors s’ouvrir les portes du harem. Mais, rapidement découvert, Regnard n’a d’autre choix que de se convertir à l’islam s’il veut garder la vie sauve. Il est prêt à le faire quand le consul français intervient et le rachète. De retour en France, Regnard entreprend un voyage en Laponie, puis s’adonne à l’écriture, annonçant, dans des pièces légères, le style de Marivaux.

Suffren, héros de la Royale

Pierre de Suffren Saint-Tropez a profondément marqué de son empreinte personnelle l’histoire navale française. Au XVIIIe siècle, la marine connaît un renouveau exceptionnel et Suffren profitera pleinement de l’impulsion donnée par Stainville, Praslin, de Castries (1744-1788) mais aussi par Louis XVI (1754-1793) passionné par ce qu’il appelait joliment ses « chères affaires maritimes ».

Né le 17 juillet 1729, au château de Saint-Cannat, près d’Aix-en-Provence,  Pierre Suffren entre dans la garde de la marine à quatorze ans ; il y reste jusqu’en 1748, date à laquelle il entre à l’ordre de Malte. Successivement  commandeur et bailli de l’ordre, il réintègre la marine royale en 1754, au plus grand désespoir des… Anglais.
Convoitant les colonies françaises du Nouveau Monde, les navires anglais attaquent les transports français sur le Saint-Laurent. La France prend sa revanche à Minorque : l’escadre de La Galissonière et de Suffren fait battre en retraite l’amiral Bing et enlève Port-Mahon en 1756. Suffren est fait prisonnier l’année suivante, mais au cours de la guerre d’Indépendance américaine, il fait subir de graves dommages à l’escadre anglaise, au large du Cap Vert. La lutte maritime entre la France et l’Angleterre s’étend ensuite aux Indes. Pendant l’année 1782, commandant une escadre de douze frégates, Suffren, allié à Haïder-Ali, inflige une série de défaites à l’amiral sir Edward Hughes dans le golfe du Bengale. De retour en France en 1783, après la paix de Versailles, le vice-amiral Suffren trouve la mort dans un duel. Il reste une des plus grandes figures de la navigation : c’est lui qui fit adopter à la marine de guerre le tir de mitraille employé par les Anglais. On tire pour « démolir » et non plus pour « démâter » : la marine française devient alors plus efficace et plus meurtrière.

Mazarin ou l’amour de la France

Mazarin et Anne d'Autriche.
Mazarin et Anne d’Autriche.

Entré dans la carrière ecclésiastique, il ne fut jamais ordonné prêtre ; envoyé par le gouvernement italien en mission en France, il embrasse les intérêts de ce dernier pays au détriment du sien et ses études en droit canon à l’université d’Alcala ne feront pas de lui un « bon et fidèle chrétien » : toute la vie de Mazarin aura été, selon le mot cruel de Michelet qui ne l’aimait guère, « une série de malentendus, de compromissions et de paradoxes où la fidélité à une cause ou bien à un souverain ne trouvera jamais place ».
Jugement injuste : les historiens, qui se sont attachés à restituer, de façon équitable, le rôle joué par ce grand commis de l’État, montrent qu’il a aimé passionnément la France et l’a servie avec une abnégation sans limite. Pourtant, aucun homme politique ne fut autant tourné en dérision, humilié, trahi, diffamé. Ses caricaturistes ont même créé un genre : les mazarinades, où le cardinal italien est ridiculisé au-delà de toute mesure. Il y en aura plus de quatre mille et certains de leurs auteurs sont célèbres, comme Scarron, le cardinal de Retz ou Guy Patin.
« Il a eu bien du mérite à aimer la France », dira Voltaire qui appréciait chez le conseiller d’Anne d’Autriche un « mélange de souplesse, de fermeté et de vigilance ».
La mort de Mazarin, d'après une gravure du XIXe siècle.
La mort de Mazarin, d’après une gravure du XIXe siècle.

Né à Pescina dans les Abruzzes en 1602, Mazarin fait un bref séjour chez les Jésuites et dans l’armée pontificale avant d’arriver en France. Sa rencontre en 1630 avec Richelieu scelle son destin. Un an plus tard, il contribue à la paix de Cherasco qui offre Pignerol à la France. Vice-légat à Avignon puis nonce à la cour de France, il s’attache désormais à Richelieu.
Le ministre de Louis XIII, qui a perçu chez le jeune prélat italien l’étoffe d’un homme d’État, va donc assurer l’ascension de Mazarin. Il lui donne, en 1639, en souvenir de Pignerol, ses lettres de naturalisation puis le nomme cardinal l’année suivante. À sa mort, il le recommande à Louis XIII qui le désignera dans son testament comme membre du conseil de régence auprès de la reine, la très dévote Anne d’Autriche. Fut-il, comme l’affirme la légende, son amant ? A-t-il été uni à elle par un mariage secret ? Aucun historien n’a pu le démontrer avec certitude. Ce qu’on sait, par contre, c’est sa fidélité absolue à la régente, son dévouement au jeune Louis XIV, surtout pendant le terrible épisode de la Fronde, et sa contribution -décisive et indiscutée- aux grandes victoires remportées par les troupes royales à Rocroi (1643), Nordlingen (1645), Lens (1648) et à leur heureuse et fertile conclusion pour le pays, c’est-à-dire la paix de Westphalie (octobre 1648) qui rétablit la paix entre la France et l’Empire. Sans compter le diabolique traité des Pyrénées qui, tout en scellant le mariage de Louis XIV avec l’infante Marie-Thérèse, offrira, quelques années plus tard, le trône espagnol à un petit-fils de France.
Son décès, survenu à Vincennes en 1661, va priver la monarchie française de l’un de ses plus sûrs soutiens.

Lulli, père de l’opéra français

Arrivé en France dès treize ans, le jeune Jean-Baptiste Lulli entre au service de Mademoiselle de Montpensier où il passe rapidement maître dans l’art de jouer du violon et de fomenter des intrigues. Admis dans l’entourage de Louis XIV pour ses talents de danseur et d’acteur comique, il devient chef de la « bande des petits violons » et se met à composer quelques ballets.
Associé à Molière, pour lequel il écrit plusieurs comédies-ballets, il devient surintendant de la musique en 1661. Commence alors, pour Lulli, une autre carrière, plus ambitieuse, plus prolifique. Dédaignant l’influence italienne, Lulli se lance avec un vif succès dans l’art lyrique.
Directeur de l’Académie royale de musique (1672), il crée des dizaines d’opéras dont les plus connus, Cadmus et Hermione, Alceste, Thésée ou bien Acis et Galatée, assurent son triomphe. Devenu immensément riche, Lulli ne se contente pas des honneurs musicaux… et obtient la charge de conseiller puis de secrétaire du roi.
Celui qui est considéré comme le créateur de l’opéra français meurt à Paris, le 22 mars 1687.

Le Prince Eugène

Le Prince Eugène de Savoie-Carignan (1663-1736).
Le Prince Eugène de Savoie-Carignan (1663-1736).

Parce que Louis XIV l’avait écarté, ce petit-neveu de Mazarin par sa mère, également fils et héritier du duc de Savoie-Carignan, va offrir ses services à l’Autriche… qui certainement due en être fort reconnaissante au Roi-Soleil. De fait, le Prince Eugène, qui entre au service de l’Autriche en 1683, devient feld-maréchal d’empire à peine quatre ans après. Il ne cessera, par la suite, de s’illustrer, que ce soit contre les Turcs -à Mohacs en 1687 et, surtout, à Zenta en 1697 où il remporte une victoire décisive- ; dans la guerre de Sucession d’Espagne, durant laquelle il remporte de grandes victoires contre les Français en Italie du nord ; en Allemagne ou, avec la complicité du duc de Marlborough, il anéantit l’armée franco-bavaroise et plaça tout le Milanais et la Lombardie sous l’influence autrichienne ; en Flandre, où il met les Français en déroute à Oudenaarde. C’est finalement Villars qui, à Denain, en 1712, aura raison du Prince Eugène. En 1714, alors qu’il est désigné parmi les négociateurs du traité de Rastatt, il se révèle un diplomate habile mais c’est encore vers la guerre le porteront ses pas, les hostilités ayant repris avec les Turcs. Peterwaradin, Belgrade : autant de victoires, autant de conquêtes ou de reconquêtes qu’il n’aura de cesse d’assurer, favorisant la colonisation des terres conquises sur les Turcs, étendant au mieux l’influence impériale.
Sa dernière action, alors qu’il était septuagénaire, sera sans doute de trop : la paix avec la France ayant été rompue suite à la question de la succession de Pologne (qui concernait le beau-père du roi de France, Stanislas Leczinski), le Prince Eugène repris le commandement de l’armée impériale (1734) mais se laissa prendre à Philipsbourg et se hâta de signer la paix. Un acte qui mettait fin à la carrière d’un des stratèges et des militaires les plus doués de son temps.

Jeannin, l’art de la diplomatie

En 1607, Henri IV soutient les Pays-Bas insurgés contre l’Espagne et veut en faire un État indépendant qui serait l’allié naturel de la France. Dans ce but, le souverain français envoie à La Haye Pierre Jeannin (1540-1623), dit le président Jeannin, fils d’un tanneur d’Autun. Cet ancien ligueur, devenu président du parlement de Dijon, est l’un des conseillers les plus écoutés du roi.
Se posant en médiateur incontournable, Jeannin dirige les négociations entre l’Espagne et les États révoltés. Elles aboutissent, le 9 avril 1609, à une trêve de douze années qui marque la naissance des Provinces-Unies. C’est un succès absolu pour la France.
Considéré comme un maître de l’art diplomatique, Pierre Jeannin meurt le 31 octobre 1622, après avoir écrit les Négociations, un traité sur la diplomatie qui fera autorité pendant de nombreuses décennies.

La pomme de Newton

Isaac Newton est né dans le comté de Lincoln en 1642, l’année même où meurt… Galilée. Après des études studieuses à Cambridge, Newton y enseigne dès 1665. Ses recherches scientifiques sont rapidement publiées, notamment par la Société royale de Londres, mais la nouveauté de ses idées entraîne nombre de désaccords. Astronome, mathématicien, il publie en 1687 son œuvre maîtresse intitulée Principes mathématiques de la philosophie naturelle, où il expose sa théorie sur la loi de l’attraction universelle. Une anecdote dit qu’il énonça ce principe, voyant tomber une pomme.
En 1688, il devient membre du parlement pour défendre les droits de l’Université contre les prétentions du roi Jacques II Stuart. Plus tard, on le charge de représenter l’Université à la chambre des communes. En 1705, il est anobli et fait chevalier. Il meurt à Kensington en 1727.

Cette chère princesse de Lamballe

Marie-Thérèse de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe (1749-1792).
Marie-Thérèse de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe (1749-1792).

La fidélité : sans doute est-ce le trait de caractère que l’histoire devra retenir de la princesse de Lamballe.
Née à Turin le 8 septembre 1749, Marie-Thérèse Louise de Savoie-Carignan épouse en l’an 1767 Louis de Bourbon-Penthièvre, prince de Lamballe, et fait son entrée à la cour de France. Sa jeunesse et sa beauté lui gagnent rapidement les faveurs de la jeune Marie-Antoinette. Veuve à dix-huit ans mais surtout princesse, par naissance et par mariage, madame de Lamballe devient la confidente de Marie-Antoinette qui lui accorde la charge de surintendante de la maison de la reine. Supplantée un temps dans l’amitié royale par la duchesse de Polignac, la princesse de Lamballe restera cependant toujours fidèle à la reine : revenue d’Angleterre en 1792, elle accompagne la famille royale au Temple puis sera transférée à la prison de la Force. Quelques jours plus tard, elle sera victime des massacres de septembre et la populace s’amusera à promener sa tête, plantée au bout d’une pique, sous les fenêtres de la reine. Tel fut le prix de sa fidélité…