Gaspard Monge

Mathématicien novateur et grand orateur, Gaspard Monge, fils d’un marchand forain, est né en 1746. En 1780, il entre à l’Académie des sciences. Il devient ensuite professeur d’hydrodynamique à l’école fondée au Louvre par Turgot. La Révolution lui ouvre d’autres horizons : proche des Girondins, il devient ministre de la Marine en 1792. Monge contribue à la fondation de l’École normale et de Polytechnique puis suit Bonaparte en Égypte (1798/99), où il devient professeur à l’Institut du Caire.
Son œuvre, la Géométrie descriptive, se caractérise par une vision globale réunissant analyse et pratique. Ainsi, le premier, il précise les principes de la géométrie descriptive et en développe les méthodes et les applications.
C’est surtout par l’enseignement que s’exerce son influence et il ne publiera l’ensemble de ses travaux qu’en 1799.
Mathématicien moderne, fondateur de deux grandes écoles, Gaspard Monge meurt le 29 juillet 1818, privé par la Restauration de sa charge de sénateur et de son titre de comte de Péluse : ancien d’Égypte, il paie son absolue fidélité à l’empereur déchu.

« L’honneur de La Fayette »

Marie-Joseph Gilbert du Motier, marquis de La Fayette (1757-1834).
Marie-Joseph Gilbert du Motier, marquis de La Fayette (1757-1834).

La personnalité du marquis de La Fayette est sujette à controverse. Mais il est une chose sur laquelle tout le monde s’accorde, c’est que ce noble auvergnat a eu un destin hors du commun, presque malgré lui. Voici ce que dit de lui Lamartine dans son excellente Histoire des Girondins :
Frondeur de la cour, révolutionnaire de bonne maison, aristocrate par la naissance, démocrate par principe, rayonnant d’une renommée militaire acquise au loin, il réunissait beaucoup de conditions pour rallier à lui une milice civique et devenir, dans les revues au Champ de Mars, le chef naturel d’une armée de citoyens. Sa gloire d’Amérique rejaillissait à Paris. La distance grandit tout prestige. Le sien était immense. Ce nom résumait et éclipsait tout. Necker, Mirabeau, le duc d’Orléans, ces trois popularités vigoureuses, pâlirent. La Fayette fut le nom de la nation pendant trois ans. Arbitre suprême, il portait son autorité de commandant de la garde nationale à l’Assemblée ; il rapportait à la garde nationale son autorité de membre influent de l’Assemblée. De ces deux titres réunis, il se faisait une véritable dictature de l’opinion. Comme orateur, il comptait peu ; sa parole molle, quoique spirituelle et fine, n’avait rien de ce coup ferme et électrique qui frappe l’esprit, vibre au cœur et communique son contrecoup aux hommes rassemblés. Élégante comme une parole de salon et embarrassée dans les circonlocutions d’une intelligence diplomatique, il parlait de liberté dans une langue de cour. Le seul acte parlementaire de La Fayette fut la proclamation des droits de l’homme, qu’il fit adopter par l’Assemblée nationale.
Ce décalogue de l’homme libre, retrouvé dans les forêts d’Amérique, contenait plus de phrases métaphysiques que de vraie politique. Et il s’appliquait aussi mal à une vieille société, que la nudité du sauvage aux besoins compliqués de l’homme civilisé. Mais il avait le mérite de mettre un moment l’homme à nu et, en lui montrant ce qui était lui et ce qui n’était pas lui, de rechercher, dans le préjugé, l’idéal vrai de ses devoirs et de ses droits. C’était le cri de révolte de la nature contre toutes les tyrannies. Ce cri devait faire écrouler un vieux monde usé de servitude et en faire palpiter un nouveau.
L’honneur de La Fayette fut de l’avoir proféré.
Comme quoi, lorsqu’il s’agit de célébrer les bons sentiments, l’homme est toujours en verve, même pour un personnage qui a su, avant tout, jouer sa partition avec opportunisme.

Camille Desmoulins ou l’utopie vaincue

C’est à Guise, dans une famille bourgeoise, que naît Camille Desmoulins le 2 mars 1760. Bon élève, il est envoyé en 1771 à Paris, au collège Louis-le-Grand, où il fait la connaissance de Maximilien de Robespierre et de Georges Danton.
Licencié en droit, Desmoulins, qui est affligé d’un affreux bégaiement, s’éloigne de la carrière d’avocat pour embrasser celle de journaliste, où il brillera de tous ses feux… C’est avec Mirabeau qu’il fait ses débuts. La Révolution n’en est alors qu’à ses balbutiements mais Camille, enthousiasmé par les idées qu’elle véhicule, appelle le peuple aux armes et le conduit jusqu’à la Bastille.
Rendu célèbre par son journal, Les Révolutions de France et de Brabant, il épouse Lucile Duplessis, à qui il communique bien vite son enthousiasme révolutionnaire.
Membre du Club des cordeliers, ami de Robespierre, il participe à la chute des girondins mais rallie bien vite le camp de Danton, las, comme lui, des massacres incessants. Pour mieux combattre la Terreur, Desmoulins fonde un nouveau journal, Le Vieux Cordelier, où il défend avec ardeur la politique des « indulgents », tout en dénonçant les exactions du Comité de salut public.
Malgré les rappels à l’ordre de Robespierre, Camille, qui rêve encore d’une République juste, s’obstine et finit en prison avec Danton. Le 5 avril 1794, il monte sur l’échafaud. Sa femme, âgée de vingt-trois ans, le suivra huit jours plus tard…

Hoche : l’homme de l’est

Lazare Hoche (1768-1797) d'après le tableau de Simon Gérard.
Lazare Hoche (1768-1797) d’après le tableau de Simon Gérard.

Ce n’est pas en tant que cavalier que Lazare Hoche va initialement fréquenter les écuries mais comme palefrenier des écuries royales. Entré en 1784 aux gardes françaises, il est caporal lorsque éclate la Révolution. Un bouleversement qui va lui permettre de gravir les échelons à une vitesse vertigineuse, au point d’obtenir le commandement de l’armée de la Moselle en 1793. Il avait alors vingt-cinq ans.
Un premier échec, à Kaiserslautern, ne devait pas augurer de la suite ; Würmser, Landau qui suivirent allaient libérer l’Alsace de la présence prussienne. Un haut fait d’armes qui failli bien lui coûter la vie. En effet, comme son rival Pichegru avait les faveurs de Saint-Just, Hoche fut traduit devant le Comité de salut public et jeté en prison. Il ne devra sa libération, et peut-être la vie, qu’à la chute de Robespierre en 1794.
C’est à ce moment que les autorités révolutionnaires décidèrent de confier à Lazare Hoche ce qui sera sa grande affaire : mater l’insurrection vendéenne. Comme toujours, Hoche allait parvenir à ses fins, enterrant pour des décennies les ambitions royalistes dans les eaux peu profondes de la baie de Quiberon.
Hoche ne quittera l’ouest vendéen que pour retrouver les rigueurs du climat de l’est. En février 1797, il est appelé au commandement de l’armée de Sambre-et-Meuse. Là, il franchit le Rhin, bat les Autrichiens à Neuwied et ne devra la fin de ses succès militaires que par le jeu de la diplomatie qui, déjà, avait entamé les pourparlers de paix. Devenu, pour quelques mois seulement, ministre de la Guerre, Hoche n’avait encore que vingt-neuf ans lorsqu’il se vit confier l’armée d’Allemagne, qui unissant armée du Rhin et armée de Sambre-et-Meuse. Ce n’est que peu après avoir obtenu ce commandement que Lazare Hoche mourut, le 18 octobre 1797, d’une maladie de poitrine semble-t-il.

Le supplice de Semblançay

Vous avez beau être le meilleur homme du monde et le plus honnête, note un chroniqueur anonyme, toutes ces vertus ne vous mettent guère à l’abri de la vindicte. Jacques de Beaune, seigneur de Semblançay a servi avec loyauté trois rois successifs, Charles VIII, Louis XII et François 1er. Surintendant des finances depuis 1518, il déploie toute son énergie pour assainir l’économie du pays. Rude besogne car il fallait, surtout sous le règne de François 1er, pourvoir à la fois aux exigences des guerres d’Italie et aux dépenses excessives de la cour. Un tel dévouement va précipiter sa ruine. Durant sa régence, la très rapace Louise de Savoie, ennemie déclarée de Semblançay, détourne l’argent destiné aux troupes du Milanais et accuse de ce forfait le malheureux surintendant.
Il est acquitté une première fois. Mais la régente récidive en 1527 et le fait de nouveau traduire devant un tribunal qui, cette fois, le condamne à mort. Le 12 avril 1527, Semblançay est pendu, place du Châtelet, à Paris et son corps restera exposé, « par ordre de la régente », pendant douze jours. J’ai bien mérité la mort pour avoir plus servi aux rois qu’à Dieu, a murmuré Semblançay avant de monter sur le gibet.

Ambroise Paré

Véritable fondateur de la chirurgie moderne, Ambroise Paré (1509-1590) est surtout un grand réformateur du XVIe siècle. Apprenti-barbier puis barbier-chirurgien, il crée de nouvelles méthodes pour soigner les blessures causées par les armes à feu.
Autodidacte, sachant à peine le latin, il subit toute sa vie les railleries de la Faculté de médecine, malgré son statut de « chirurgien des rois », puisqu’il fut successivement celui d’Henri II et de ses trois fils.
Il meurt le 20 décembre 1590, après une vie entière consacrée à la recherche de nouvelles méthodes chirurgicales : 
Il reste plus de choses à trouver qu’il n’y en a de trouvées… dira-t-il.

La « dame de fer » de Louis XIV

Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon (1635-1719).
Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon (1635-1719).

Des maîtresses, des favorites, Louis XIV en eut. Mais une seule sut se faire épouser : Madame de Maintenon, dont l’influence sur le Roi-Soleil est évidente.
Petite-fille du célèbre poète protestant Agrippa d’Aubigné, Françoise d’Aubigné va connaître, avant même sa venue à la cour, une vie fort mouvementée. Née en 1635 dans la prison de Niort, elle grandit à la Martinique puis revient en France où elle passe d’une tante à l’autre, abjurant le protestantisme au passage. Arrivée à Paris en 1652 dans le dénuement le plus complet, elle est contrainte d’épouser le poète paralytique Scarron qui fait d’elle un des plus « beaux esprits » de la capitale.
Mais le véritable tournant dans la vie de Françoise d’Aubigné a lieu en 1669, quand Madame de Montespan, alors favorite du roi, lui confie l’éducation des bâtards royaux. Quand ceux-ci sont légitimés, elle fait son entrée à la cour et obtient le titre de marquise de Maintenon.
Son intelligence, sa dignité, l’amour qu’elle éprouva pour les enfants d’Athénaïs de Montespan et sa grande piété vont lui donner un ascendant grandissant sur le Roi-Soleil qui en fait sa maîtresse après la disgrâce de la belle Athénaïs et sa femme à la mort de la reine Marie-Thérèse.
On a beaucoup écrit sur le rôle politique que joua Madame de Maintenon, notamment lors de la révocation de l’édit de Nantes, mais, bien que l’on ne puisse nier son influence, elle fut grandement exagérée.
Pédagogue née, elle consacrera la fin de sa vie à la maison de Saint-Cyr, qu’elle fonda en 1686, pour l’éducation des jeunes filles nobles sans fortune. À la mort du roi, c’est là qu’elle se retire et qu’elle meurt le 14 avril 1719.

Un grand commis de l’État nommé Colbert

En septembre 1680, peu après l’arrestion de Nicolas Fouquet, Jean-Baptiste Colbert devient « grand commis » de l’État, assumant la quasi totalité du pouvoir. Ce Champenois, fils d’un drapier, qui commença sa carrière dans l’ombre de Mazarin, va, durant un quart de siècle, administrer le royaume de France.
Travailleur acharné, gestionnaire sérieux, Colbert tente d’équilibrer les finances royales, en pratiquant une économie protectionniste à outrance. Sa politique, qui pénalise le commerce des autres puissances européennes, sera l’une des causes des interminables guerres engagées par Louis XIV.
Son action réformatrice aura pourtant des effets durables et bénéfiques dans de nombreux domaines. Colbert sait encourager les entreprises nouvelles : il crée les compagnies commerciales, protège les arts et les lettres, développe les manufactures royales et aménage les ports de Toulon, Brest, Rochefort et Cherbourg.
Tout dévoué à l’État, Colbert, qui fut un des plus grands ministres du Roi-Soleil, se voit pourtant écarter du pouvoir par Louvois. Menacé de disgrâce, il meurt le 6 septembre 1683.

Cromwell l’implacable

Oliver Cromwell (1599-1658).
Oliver Cromwell (1599-1658).

En 1642, la révolution éclate en Angleterre. Le roi Charles Ier Stuart (1625-1646) a dressé contre lui le Parlement et le peuple qu’il accable d’impôts. Cette révolte va être menée par un chef alliant le génie militaire et la compétence politique, Cromwell.
Issu d’une famille de petits seigneurs, Oliver Cromwell va, durant la guerre civile, organiser puis diriger une armée parlementaire tout aussi disciplinée qu’implacable.
En 1646, les armées royales sont défaites et Charles Ier est en fuite. Livré par les Écossais, le roi est condamné à mort et exécuté le 30 janvier 1649, sous la pression de Cromwell qui reste alors seul maître de l’Angleterre, devenue un Commonwealth.
Proclamé Lord Protecteur, il conquiert l’Irlande, soumet l’Écosse et donne naissance à la Grande-Bretagne.
Malgré des qualités indéniables, Cromwell se fait détester par le peuple. Sa mort, survenue le 3 septembre 1668, est accueillie avec soulagement par le pays excédé par son fanatisme et son puritanisme.

Anne, dernière duchesse de Bretagne

Anne, héritière de François II, duc de Bretagne, succède à son père à la tête du duché en 1488… elle a tout juste douze ans. Très vite, la petite duchesse saura rallier tout son peuple autour d’elle pour tenter de préserver l’indépendance du duché. Mais c’est peine perdue et, en 1492, après que la Bretagne ait été soumise, Anne doit finalement se marier avec le jeune roi de France, Charles VIII (1483-1498).
Très rapidement, elle va mettre la cour de France au diapason de celle du duché. Son goût des lettres et du luxe attire nombre d’artistes au Louvre, qui devient un haut lieu de la littérature et du raffinement. Mais, le 7 avril 1498, Charles VIII meurt des suites d’une blessure à la tête. Anne, veuve, regagne son duché de Bretagne qu’elle va enfin pouvoir administrer. Mais l’histoire entre cette Bretonne et la couronne de France ne s’arrête pas là…
De son mariage avec Charles VIII, aucun enfant n’a survécu et le trône échoit au cousin et beau-frère du roi défunt, Louis d’Orléans qui devient Louis XII (1498-1515). Ce dernier, qui tient absolument à garder la Bretagne comme vassale, décide d’en épouser la duchesse. Mais cette fois-ci, Anne pose ses conditions : elle n’épousera le roi que s’il fait annuler son union avec Jeanne de France avant un an, ou la Bretagne recouvrera son indépendance pleine et entière. En cas de mariage, Anne exige aussi que le duché revienne en héritage à sa descendance de quelque sexe qu’elle soit et en cas de rupture dans la lignée, qu’il soit transmis à ses plus proches parents. La duchesse est très claire : jamais la Bretagne ne deviendra une simple possession du roi de France !
Elle épouse le roi en 1499 et lui donne deux filles. C’est elle-même qui dirige son duché, devenu florissant et tente de contrer les projets de Louis XII qui veut marier leur fille Claude, héritière de Bretagne, au futur François Ier… Elle donnerait plutôt la Bretagne aux Habsbourg en mariant sa fille à Charles de Gand, futur Charles-Quint.
La question est en suspens lorsque Anne meurt le 9 janvier 1514. Mais celle qui eut le destin, unique dans notre histoire, d’être deux fois reine de France fut, avant tout, la dernière duchesse de Bretagne.