L’énigme Shakespeare

Qu’y a-t-il donc en un nom ? Ce que nous nommons rose, sous un autre nom, sentirait aussi bon, écrit William Shakespeare.
Mais a-t-il vraiment existé ? Telle est la question soulevée par les critiques anglais dès le XIXe siècle, arguant du fait qu’il avait reçu une éducation trop médiocre pour avoir écrit de tels chefs-d’œuvre et qu’il n’était, en fait, qu’un prête-nom.
Auteur majeur de la troupe des King’s Men, Shakespeare produit trente-huit pièces, qui vont de la tragi-comédie à la tragédie ou à la pièce historique et sa renommée s’étend rapidement. Retiré dans sa ville natale, il y meurt le 23 avril 1616. Son génie, reconnu en Angleterre dès le XVIIe siècle, ne s’impose dans toute l’Europe qu’à partir du XVIIIe siècle, notamment grâce à Voltaire.

Le « sage » Spinoza

Baruch Spinoza (1632-1677).
Baruch Spinoza (1632-1677).

C’est dans une famille juive venue d’Espagne que naît Baruch Spinoza en 1632, à La Haye. Instruit dans le judaïsme, le jeune homme allait rapidement s’en détaché, notamment après l’étude des sciences naturelles et des théories philosophiques de Descartes. "Excommunié", c’est-à-dire mis au "hérem" par la communauté juive d’Amsterdam (1656), il restera cependant fortement marqué par la tradition juive qu’il ne voulut bien le dire.
En effet, il décida, après une blessure amoureuse, de se consacrer entièrement à sa passion intellectuelle : la philosophie. Cependant c’est bien en juif qu’il le fit. En effet, comme le voulait la tradition des anciens rabbins, Spinoza désira exercer un métier manuel, capable de lui assurer sa subsistance en toute indépendance et capable de le ramener aux réalités et aux contingences courantes.
Polisseur de verres pour les microscopes, il quitta Amsterdam pour s’établir près de Leyde où se trouvait le centre de la secte des Arminiens, des protestants rejetant la théorie de la prédestination chère à Calvin -les Méthodistes sont les héritiers des Arminiens-, avec lesquels il entretenait d’excellents rapports. C’est là qu’il acheva son premier ouvrage, un exposé du système cartésien connu sous le titre de "Renati Descartes principia philosophiae more geometrico demonstrata" (1663). Il vécut ensuite dans les faubourgs de La Haye puis à La Haye même où il poursuivit ses réflexions, libre de toute compromission. C’est ainsi qu’il se permit de rejeter l’offre de l’électeur palatin qui lui proposait une chaire à l’université de Heidelberg ; ainsi qu’il se permit également de refuser une pension offerte par Louis XIV à condition qu’il dédie une de ses œuvres au Roi-Soleil.
L’œuvre de Spinoza se veut l’héritière directe de Descartes. Mais en appliquant ses procédés jusqu’au bout, ce qui aboutit au rationalisme absolu, malgré une nette influence cabalistique. Selon le philosophe, Dieu est unique et infini, quant l’homme n’est qu’une manifestation de cette divinité absolue. D’où la conséquence que la liberté ne vient ni de Dieu ni de l’homme mais de la nature même et donc que seules les lois de la nature sont des lois divines. Un rationalisme qui lui vaudra d’être rejeté par toutes les églises de Hollande quant, appliquée au domaine politique, sa philosophie admettait une égalité absolue entre la liberté du souverain et celle de l’individu.
Isolé au niveau religieux, Baruch Spinoza mourra à La Haye en 1677, âgé de seulement quarante-cinq ans.

Le nouvel Éden de Bougainville

Louis Antoine de Bougainville (1729-1811).
Louis Antoine de Bougainville (1729-1811).

Je suis un voyageur et un marin, c’est-à-dire un menteur et un imbécile aux yeux de cette classe d’écrivains paresseux qui, dans les ombres de leur cabinet, philosophent à perte de vue sur ce monde et ses habitants.
Fils d’un notaire parisien, Antoine de Bougainville, après des études de mathématiques puis de droit, entre dans la Royale et découvre le Canada et le goût de l’aventure. Emporté par le virus de la découverte, Bougainville entame, en 1766, un tour du monde qui le conduira, du moins l’espère-t-il, vers un nouvel Éden.
Et début avril 1768, son rêve devient réalité : sous ses yeux émerveillés apparaît… Tahiti !
Enthousiasmé, Bougainville en fait une description idyllique, bien qu’il n’y soit resté que sept jours ! De retour en France, il tentera un dernier voyage mais c’est à Paris, en août 1811 que s’éteint un des plus grands navigateurs français.

Gaspard Monge

Mathématicien novateur et grand orateur, Gaspard Monge, fils d’un marchand forain, est né en 1746. En 1780, il entre à l’Académie des sciences. Il devient ensuite professeur d’hydrodynamique à l’école fondée au Louvre par Turgot. La Révolution lui ouvre d’autres horizons : proche des Girondins, il devient ministre de la Marine en 1792. Monge contribue à la fondation de l’École normale et de Polytechnique puis suit Bonaparte en Égypte (1798/99), où il devient professeur à l’Institut du Caire.
Son œuvre, la Géométrie descriptive, se caractérise par une vision globale réunissant analyse et pratique. Ainsi, le premier, il précise les principes de la géométrie descriptive et en développe les méthodes et les applications.
C’est surtout par l’enseignement que s’exerce son influence et il ne publiera l’ensemble de ses travaux qu’en 1799.
Mathématicien moderne, fondateur de deux grandes écoles, Gaspard Monge meurt le 29 juillet 1818, privé par la Restauration de sa charge de sénateur et de son titre de comte de Péluse : ancien d’Égypte, il paie son absolue fidélité à l’empereur déchu.

« L’honneur de La Fayette »

Marie-Joseph Gilbert du Motier, marquis de La Fayette (1757-1834).
Marie-Joseph Gilbert du Motier, marquis de La Fayette (1757-1834).

La personnalité du marquis de La Fayette est sujette à controverse. Mais il est une chose sur laquelle tout le monde s’accorde, c’est que ce noble auvergnat a eu un destin hors du commun, presque malgré lui. Voici ce que dit de lui Lamartine dans son excellente Histoire des Girondins :
Frondeur de la cour, révolutionnaire de bonne maison, aristocrate par la naissance, démocrate par principe, rayonnant d’une renommée militaire acquise au loin, il réunissait beaucoup de conditions pour rallier à lui une milice civique et devenir, dans les revues au Champ de Mars, le chef naturel d’une armée de citoyens. Sa gloire d’Amérique rejaillissait à Paris. La distance grandit tout prestige. Le sien était immense. Ce nom résumait et éclipsait tout. Necker, Mirabeau, le duc d’Orléans, ces trois popularités vigoureuses, pâlirent. La Fayette fut le nom de la nation pendant trois ans. Arbitre suprême, il portait son autorité de commandant de la garde nationale à l’Assemblée ; il rapportait à la garde nationale son autorité de membre influent de l’Assemblée. De ces deux titres réunis, il se faisait une véritable dictature de l’opinion. Comme orateur, il comptait peu ; sa parole molle, quoique spirituelle et fine, n’avait rien de ce coup ferme et électrique qui frappe l’esprit, vibre au cœur et communique son contrecoup aux hommes rassemblés. Élégante comme une parole de salon et embarrassée dans les circonlocutions d’une intelligence diplomatique, il parlait de liberté dans une langue de cour. Le seul acte parlementaire de La Fayette fut la proclamation des droits de l’homme, qu’il fit adopter par l’Assemblée nationale.
Ce décalogue de l’homme libre, retrouvé dans les forêts d’Amérique, contenait plus de phrases métaphysiques que de vraie politique. Et il s’appliquait aussi mal à une vieille société, que la nudité du sauvage aux besoins compliqués de l’homme civilisé. Mais il avait le mérite de mettre un moment l’homme à nu et, en lui montrant ce qui était lui et ce qui n’était pas lui, de rechercher, dans le préjugé, l’idéal vrai de ses devoirs et de ses droits. C’était le cri de révolte de la nature contre toutes les tyrannies. Ce cri devait faire écrouler un vieux monde usé de servitude et en faire palpiter un nouveau.
L’honneur de La Fayette fut de l’avoir proféré.
Comme quoi, lorsqu’il s’agit de célébrer les bons sentiments, l’homme est toujours en verve, même pour un personnage qui a su, avant tout, jouer sa partition avec opportunisme.

Camille Desmoulins ou l’utopie vaincue

C’est à Guise, dans une famille bourgeoise, que naît Camille Desmoulins le 2 mars 1760. Bon élève, il est envoyé en 1771 à Paris, au collège Louis-le-Grand, où il fait la connaissance de Maximilien de Robespierre et de Georges Danton.
Licencié en droit, Desmoulins, qui est affligé d’un affreux bégaiement, s’éloigne de la carrière d’avocat pour embrasser celle de journaliste, où il brillera de tous ses feux… C’est avec Mirabeau qu’il fait ses débuts. La Révolution n’en est alors qu’à ses balbutiements mais Camille, enthousiasmé par les idées qu’elle véhicule, appelle le peuple aux armes et le conduit jusqu’à la Bastille.
Rendu célèbre par son journal, Les Révolutions de France et de Brabant, il épouse Lucile Duplessis, à qui il communique bien vite son enthousiasme révolutionnaire.
Membre du Club des cordeliers, ami de Robespierre, il participe à la chute des girondins mais rallie bien vite le camp de Danton, las, comme lui, des massacres incessants. Pour mieux combattre la Terreur, Desmoulins fonde un nouveau journal, Le Vieux Cordelier, où il défend avec ardeur la politique des « indulgents », tout en dénonçant les exactions du Comité de salut public.
Malgré les rappels à l’ordre de Robespierre, Camille, qui rêve encore d’une République juste, s’obstine et finit en prison avec Danton. Le 5 avril 1794, il monte sur l’échafaud. Sa femme, âgée de vingt-trois ans, le suivra huit jours plus tard…

Hoche : l’homme de l’est

Lazare Hoche (1768-1797) d'après le tableau de Simon Gérard.
Lazare Hoche (1768-1797) d’après le tableau de Simon Gérard.

Ce n’est pas en tant que cavalier que Lazare Hoche va initialement fréquenter les écuries mais comme palefrenier des écuries royales. Entré en 1784 aux gardes françaises, il est caporal lorsque éclate la Révolution. Un bouleversement qui va lui permettre de gravir les échelons à une vitesse vertigineuse, au point d’obtenir le commandement de l’armée de la Moselle en 1793. Il avait alors vingt-cinq ans.
Un premier échec, à Kaiserslautern, ne devait pas augurer de la suite ; Würmser, Landau qui suivirent allaient libérer l’Alsace de la présence prussienne. Un haut fait d’armes qui failli bien lui coûter la vie. En effet, comme son rival Pichegru avait les faveurs de Saint-Just, Hoche fut traduit devant le Comité de salut public et jeté en prison. Il ne devra sa libération, et peut-être la vie, qu’à la chute de Robespierre en 1794.
C’est à ce moment que les autorités révolutionnaires décidèrent de confier à Lazare Hoche ce qui sera sa grande affaire : mater l’insurrection vendéenne. Comme toujours, Hoche allait parvenir à ses fins, enterrant pour des décennies les ambitions royalistes dans les eaux peu profondes de la baie de Quiberon.
Hoche ne quittera l’ouest vendéen que pour retrouver les rigueurs du climat de l’est. En février 1797, il est appelé au commandement de l’armée de Sambre-et-Meuse. Là, il franchit le Rhin, bat les Autrichiens à Neuwied et ne devra la fin de ses succès militaires que par le jeu de la diplomatie qui, déjà, avait entamé les pourparlers de paix. Devenu, pour quelques mois seulement, ministre de la Guerre, Hoche n’avait encore que vingt-neuf ans lorsqu’il se vit confier l’armée d’Allemagne, qui unissant armée du Rhin et armée de Sambre-et-Meuse. Ce n’est que peu après avoir obtenu ce commandement que Lazare Hoche mourut, le 18 octobre 1797, d’une maladie de poitrine semble-t-il.

Le supplice de Semblançay

Vous avez beau être le meilleur homme du monde et le plus honnête, note un chroniqueur anonyme, toutes ces vertus ne vous mettent guère à l’abri de la vindicte. Jacques de Beaune, seigneur de Semblançay a servi avec loyauté trois rois successifs, Charles VIII, Louis XII et François 1er. Surintendant des finances depuis 1518, il déploie toute son énergie pour assainir l’économie du pays. Rude besogne car il fallait, surtout sous le règne de François 1er, pourvoir à la fois aux exigences des guerres d’Italie et aux dépenses excessives de la cour. Un tel dévouement va précipiter sa ruine. Durant sa régence, la très rapace Louise de Savoie, ennemie déclarée de Semblançay, détourne l’argent destiné aux troupes du Milanais et accuse de ce forfait le malheureux surintendant.
Il est acquitté une première fois. Mais la régente récidive en 1527 et le fait de nouveau traduire devant un tribunal qui, cette fois, le condamne à mort. Le 12 avril 1527, Semblançay est pendu, place du Châtelet, à Paris et son corps restera exposé, « par ordre de la régente », pendant douze jours. J’ai bien mérité la mort pour avoir plus servi aux rois qu’à Dieu, a murmuré Semblançay avant de monter sur le gibet.

Ambroise Paré

Véritable fondateur de la chirurgie moderne, Ambroise Paré (1509-1590) est surtout un grand réformateur du XVIe siècle. Apprenti-barbier puis barbier-chirurgien, il crée de nouvelles méthodes pour soigner les blessures causées par les armes à feu.
Autodidacte, sachant à peine le latin, il subit toute sa vie les railleries de la Faculté de médecine, malgré son statut de « chirurgien des rois », puisqu’il fut successivement celui d’Henri II et de ses trois fils.
Il meurt le 20 décembre 1590, après une vie entière consacrée à la recherche de nouvelles méthodes chirurgicales : 
Il reste plus de choses à trouver qu’il n’y en a de trouvées… dira-t-il.

La « dame de fer » de Louis XIV

Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon (1635-1719).
Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon (1635-1719).

Des maîtresses, des favorites, Louis XIV en eut. Mais une seule sut se faire épouser : Madame de Maintenon, dont l’influence sur le Roi-Soleil est évidente.
Petite-fille du célèbre poète protestant Agrippa d’Aubigné, Françoise d’Aubigné va connaître, avant même sa venue à la cour, une vie fort mouvementée. Née en 1635 dans la prison de Niort, elle grandit à la Martinique puis revient en France où elle passe d’une tante à l’autre, abjurant le protestantisme au passage. Arrivée à Paris en 1652 dans le dénuement le plus complet, elle est contrainte d’épouser le poète paralytique Scarron qui fait d’elle un des plus « beaux esprits » de la capitale.
Mais le véritable tournant dans la vie de Françoise d’Aubigné a lieu en 1669, quand Madame de Montespan, alors favorite du roi, lui confie l’éducation des bâtards royaux. Quand ceux-ci sont légitimés, elle fait son entrée à la cour et obtient le titre de marquise de Maintenon.
Son intelligence, sa dignité, l’amour qu’elle éprouva pour les enfants d’Athénaïs de Montespan et sa grande piété vont lui donner un ascendant grandissant sur le Roi-Soleil qui en fait sa maîtresse après la disgrâce de la belle Athénaïs et sa femme à la mort de la reine Marie-Thérèse.
On a beaucoup écrit sur le rôle politique que joua Madame de Maintenon, notamment lors de la révocation de l’édit de Nantes, mais, bien que l’on ne puisse nier son influence, elle fut grandement exagérée.
Pédagogue née, elle consacrera la fin de sa vie à la maison de Saint-Cyr, qu’elle fonda en 1686, pour l’éducation des jeunes filles nobles sans fortune. À la mort du roi, c’est là qu’elle se retire et qu’elle meurt le 14 avril 1719.