Fouché et les RG

Joseph Fouché, duc d'Otrante par la grâce de l'empereur Napoléon Ier (1759-1820).
Joseph Fouché, duc d’Otrante par la grâce de l’empereur Napoléon Ier (1759-1820).

Une porte s’ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, Monsieur de Talleyrand soutenu par Monsieur Fouché.
La « vision infernale » que décrit ainsi Chateaubriand évoque tout simplement le ralliement de Fouché à Louis XVIII grâce à l’habileté diplomatique de Talleyrand. Une image qui restera à jamais gravée dans la littérature et dans l’histoire. Une image qui, pour marquante qu’elle soit, exprime une opinion quelque peu exagérée, presque exaltée, de Chateaubriand : après tout, les régicides se comptaient par dizaines et les nobles décadents également ! Qui plus est, l’opinion de l’écrivain élude totalement la question principale qui est : qu’est-ce que Fouché avait donc de si remarquable pour que Louis XVIII ferme ainsi les yeux sur ses crimes, le principal, pour le roi, étant d’avoir envoyé son frère à l’échafaud ?
Député de la Convention, Girondin puis Montagnard, ce Nantais d’origine mène une « carrière révolutionnaire » somme toute assez banale : il poursuit les catholiques à Nevers et les royalistes à Lyon. Certes, il agit avec ardeur mais ses crimes n’ont rien à voir avec les agissements d’un Turreau, d’un Carrier ou même d’un Robespierre. De fait, Fouché serait sans doute resté un obscur révolutionnaire s’il n’avait « décroché », en 1799, le poste de ministre de la Police. Dans cette fonction, il va se révéler absolument remarquable, au point qu’il apparaît comme le véritable créateur de la police moderne. Le créateur de la police tout court, d’ailleurs… Car, si la charge de lieutenant de police est bien créée en 1667 –Nicolas de la Reynie en sera la premier représentant à Paris-, elle n’a rien à voir avec la police que l’on connaît. En effet, sous Louis XIV, le lieutenant de la police est bien en charge de la justice –du moins d’arrêter les suspects-, mais il doit également garantir la santé publique, l’éclairage ou encore la salubrité publique ! Fouché va, lui, se concentrer exclusivement sur la recherche et l’arrestation des suspects et, pour ce faire, il va créer, de toutes pièces, un service de renseignements des plus performants.
A peine nommé à son poste, le tout nouveau ministre de la Police se lance dans la création d’un véritable réseau d’espions –les « indics » actuels-, entreprend la formation des agents et, surtout, centralise l’ensemble de la chaîne.
Qui sait peut tout, ou presque. Bonaparte et, après lui, Louis XVIII le savaient bien, aussi n’auront-ils de cesse de s’adjoindre les services de Fouché et de son «  arme fatale ». Une arme qui survie aujourd’hui encore sous le vocable, assez flou d’ailleurs, de Renseignements généraux.

Méhémet Ali, l’homme qui fit trembler l’Orient

Méhémet Ali (gravure du XIXe siècle).
Méhémet Ali (gravure du XIXe siècle).

C’est en combattant les Français en Egypte que ce soldat de fortune d’origine turque ou albanaise devait se distinguer. Venu avec un corps expéditionnaire albanais, il devait  se révéler lors de la bataille d’Aboukir, en 1799. Paradoxalement, cette défaite allait être le début d’une brillante carrière et annoncer une ambition démesurée. En 1804, il s’est emparé du pour et se fait reconnaître pacha d’Egypte. Quelques résistances devaient se faire jour. Pour peu de temps cependant : après que Méhémet Ali eu fait massacrer 480 chefs mamelouk, tout rentra dans l’ordre et il devint le chef incontesté de l’Egypte.
Energique et ambitieux, Méhémet était également un réformateur remarquable. En 1814, il procède à la nationalisation de toutes les terres dont les propriétaires devinrent des fermiers ; il se lance dans un vaste programme de constructions de routes, de canaux, d’atelier ; il développe la culture du coton et introduit celle de la canne à sucre ; transforme le système scolaire, envoie les étudiants égyptiens en Europe et accueille les spécialistes français, qu’ils soient civils ou militaires.
Avec Soliman Pacha, il crée une armée moderne après quoi il n’hésitera guère, sous prétexte de défendre son suzerain le sultan de Constantinople, à provoquer et à chasser les Wahhabites du Hedjaz. Soucieux de préserver les voies de communication et de commerce, il va nettoyer les côtes de la mer Rouge, infestées de pirates, et fera la conquête du Soudan septentrional où il fondera Karthoum.
Doté, grâce aux ingénieurs français, d’une marine digne de ce nom, Méhémet Ali soumet, dans un premier temps, les Grecs insurgés mais l’intervention combinée de la France, de l’Angleterre et de la Russie lui inflige la défaite de Navarin (1827). Malgré cette dernière défaite et le rappel de son fils Ibrahim, Méhémet Ali devait faire payer au sultan de Constantinople le prix de son intervention : Chypre lui sera cédé, alors que la Syrie, qu’il réclamait, lui sera refusé. Malgré tout, on imagine le pouvoir de Méhémet, capable d’imposer, peu ou prou ses désiderata à son suzerain… Un pouvoir dont le pacha d’Egypte était parfaitement conscient puisqu’il n’hésitera pas, suite à ce refus, à rompre les relations avec Constantinople et à lancer l’armée égyptienne, commandée par Ibrahim, à l’assaut de la Palestine et de la Syrie qu’il devait conquérir (1831-1832). L’armée d’Ibrahim marchait sur Constantinople (1832), lorsqu’elle fut arrêtée par l’intervention des Européens. L’année suivante, Méhémet Ali se résignait à la paix tout en conservant la Syrie. La guerre avec la Turquie allait reprendre en 1839. La punition, pour les Turcs, sera la même et, une fois de plus, l’Egypte, malgré le soutien de la France, se vit privée des fruits de sa victoire. Pire, même, sous la pression des Anglais, qui firent bombarder Beyrouth et Acre, les Egyptiens allaient évacuer la Syrie, la Crête, le Hedjaz. Trente années de conquêtes réduites à néant. Ou presque : seule compensation, Méhémet Ali obtint la possession héréditaire de l’Egypte et du Soudan. Sa famille y règnera jusqu’en 1952.

Philippe de Macédoine

Quel homme ! Son amour du pouvoir et de l’empire lui a valu un œil perdu, une épaule brisée, un bras et une jambe paralysés. Tel est le portrait de Philippe II de Macédoine (382-336 avant J.-C.) par son pire ennemi, l’orateur athénien Démosthène. Roi tonitruant et baroudeur de la province la plus septentrionale du monde hellénique, Philippe II règne sur une sorte de royaume féodal, que se partagent quelques huit cents «barons».

Ce génie militaire constitue une armée de dix mille hommes quasi invincible, avec laquelle il réussira l’impossible exploit : conquérir et unifier la Grèce. Il a pour femme l’étrange princesse Olympias qui prétendra, après la naissance de leur fils Alexandre, que le véritable père en est Zeus lui-même ! Le dieu l’aurait engendré en frappant de sa foudre le lit nuptial lors de la nuit de noces ! Épuisé par ses victoires autant que par ses excès de toutes sortes, ce «brave des braves» mourra assassiné par un noble macédonien, Pausanias. Il se chuchote que celui-ci avait été inspiré par Olympias et peut-être même par Alexandre…

 

 

L’édit de Caracalla

Un empereur romain tel qu’on les aime : voilà Caracalla ! Né le 4 avril 188 de Septime Sévère et de Julia Domna, Caracalla devient empereur en 211, conjointement avec son frère Geta, et meurt assassiné par sa garde en 217.
Extrêmement intelligent mais surtout avide de pouvoir, il assassine son frère en 212, fait exécuter tous les partisans de ce dernier et n’a qu’un rêve : égaler Alexandre le Grand. Ses victoires contre les Alamans et les Parthes révèlent son génie militaire ; les thermes et tous les monuments qu’il a laissés à Rome dévoilent le grand bâtisseur ; mais l’édit de Caracalla, en 212, marque un tournant majeur dans l’histoire romaine en accordant la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l’empire.

Le Père Joseph : l’éminence grise de Son Eminence

François Joseph Leclerc du Tremblay, dit le Père Joseph (1577-1638).
François Joseph Leclerc du Tremblay, dit le Père Joseph (1577-1638).

J’ai perdu mon bras droit, affirme Richelieu à la mort de son plus sûr confident, le Père Joseph.
Fils d’un président du Parlement, François Joseph Leclerc du Tremblay est né à Paris le 4 novembre 1577. Après un brillant passage à l’armée et à la cour, il entre dans les ordres où il devient le « Père Joseph ».
Homme d’action comme de réflexion, il prêche dans les églises, envoie des missions à l’étranger, fonde le couvent des « Filles du Calvaire » et travaille à la conversion des protestants. En 1616, il est appelé pour servir de médiateur entre Marie de Médicis et les princes. Entré malgré lui dans l’arène politique, le capucin gagne l’estime et l’amitié de Richelieu, qui, en 1624, le prend comme conseiller personnel.
Véritable « éminence grise » du cardinal, le Père Joseph a surtout une influence considérable dans la lutte contre la maison de Habsbourg et sur la politique envers les protestants.
Il meurt le 18 décembre 1638 et son souvenir restera à jamais associé à celui de Richelieu.

Un Burgonde en terre tchèque

Vue du château de Prague, situé sur les hauteurs de la ville (gravure du XIXe siècle).
Vue du château de Prague, situé sur les hauteurs de la ville (gravure du XIXe siècle).

On peut être saint et avoir ordonné un crime ; naître en terre de France et  faire l’objet de vénération en Tchécoslovaquie. C’est le cas de saint Sigismond, prince Burgonde, fils du célèbre auteur de la loi Gombette, Gondebaud.

Comme la grande majorité des "barbares" d’origine germanique qui, au IVe siècle, avaient entrepris la conquête de l’Europe de l’ouest, Sigismond était né arien. Une hérésie qui n’avait épargné que les Francs, demeurés païens, et qui allait éloigné les évêques gaulois de tous les princes… exceptés ceux de la nation franque. On connaît la suite : soutenu par le clergé, Clovis, le jeune roi des Francs, dominera bientôt toute l’ancienne Gaule. Parmi les autres peuples germaniques, la conversion sera plus lente et passera, presque à chaque fois, par celle de leurs princes. Ainsi en sera-t-il des Wisigoths d’Espagne ; ainsi en sera-t-il également des Burgondes. La religion catholique avait alors fort mauvaise presse en Burgondie. On sait que les parents de la reine Clotilde avaient été massacrés en raison, notamment, de leur conversion au catholicisme. Il faudra la conversion du souverain lui-même pour modifier cet état de fait. Et c’est bien ce qui se passa : vers 501, après qu’il ait connu les enseignements de saint Avit, Sigismond, fils du roi Gondebaud, abandonna l’arianisme pour le catholicisme.

Quinze ans plus tard, alors qu’il succédait à son père à la tête du royaume de Bourgogne, il devait autoriser l’exercice de cette religion dans tous ses Etats et même fonder le monastère de Saint-Maurice d’Agaume, dans le Valais. C’est là qu’il trouvera refuge après avoir fait étrangler son propre fils, injustement accusé de comploter contre son père (522). C’est également là qu’il devait périr, en 523, après que Clodomir, roi d’Orléans, fils de Clovis se soit vu offert, par le peuple même de Sigismond sa couronne. L’indignation des Burgondes sera même telle, qu’ils feront massacrer leur ancien souverain et toute sa famille…
La vie de Sigismond est, certes, loin de donner l’exemple. Pourtant, dès après sa mort, il sera vénéré comme un saint et, au XIVe siècle, ses reliques seront transportées à Prague par l’empereur Charles IV où elles devaient faire l’objet de toutes les attentions…

Un faux tsar nommé Pougatchev

En 1762, Pierre III, tsar de Russie, est renversé puis emprisonné à Robscha. Le septième jour de sa détention, il meurt âgé seulement de trente-quatre ans. Son corps, ramené à Saint-Pétersbourg, est exposé aux yeux du peuple. Malgré cette preuve publique, des imposteurs, originaires de multiples provinces, tentent de se faire passer pour le tsar défunt. Le plus célèbre d’entre eux est Pougatchev.
Iémélian Pougatchev, né vers 1742 à Simoveisk sur le Don, est un simple cosaque comme son père. Ayant servi dans la guerre contre la Prusse, puis dans celle opposant les Russes aux Turcs, il finit par déserter. Repris le 1er juillet 1770 à Kazan, il s’évade et réapparaît dans la steppe où il affirme être le tsar Pierre III. Promettant l’abolition du servage aux paysans, il s’entoure de rebelles et prend d’assaut de nombreuses fortifications ; en 1773, il assiège Orenbourg. Les Cosaques de l’Oural, les serfs et les ouvriers de plusieurs provinces, ainsi que les Tartares, se rallient à son mouvement et c’est à la tête de trente mille hommes qu’il assiège et prend Tcheliabinsk, en février 1774. Dans sa marche vers Saint-Pétersbourg et vers Moscou, il est arrêté à Orenbourg. Une série de défaites marquent l’année 1774 pour le faux tsar. Catherine II la Grande (1762-1796) met sa tête à prix et après une ultime défaite, Pougatchev se réfugie dans la steppe. Livré par ses cosaques, il est transporté dans une cage de fer à Moscou où il est décapité le 10 janvier 1775.

Abd El-Kader, « sultan des Arabes »

Abd El-Kader (1808-1883)
Partis en 1830 pour une simple expédition punitive contre le dey d’Alger, les Français se retrouvent rapidement maîtres de la ville et de plusieurs ports. Limitant la présence française au littoral, Louis-Philippe favorise alors les alliances avec les chefs indigènes.
Le marabout Abd El-Kader, proclamé le 22 novembre 1832, «sultan des Arabes» par des tribus de l’Oranie, devient l’allié des Français.
Soutenu par la France, il s’empare rapidement de la plus grande partie du territoire algérien alors aux mains des Turcs et organise un État arabe unifié.
Mais, en octobre 1839, Abd El-Kader rompt les accords avec la France qu’il suspecte de chercher à étendre la colonisation et décrète la guerre sainte. La Mitidja est envahie et les colons massacrés. Alors s’engage une guerre sans merci. Adoptant les techniques guerrières de son ennemi, le général Bugeaud, qui s’appuie sur la Légion étrangère, les « Bat’ d’Af » (bataillons d’Afrique) et les spahis, prend très rapidement l’avantage. Après trois ans de guerre, le général Bugeaud contrôle la plus grande partie du pays.
Le marabout Abd El-Kader, traqué, fuit désespérément devant les Français. Le 16 mai 1843, il est pris au piège par le duc d’Aumale qui lance la charge : Abd El-Kader s’enfuit, perdant ainsi le soutien du peuple. L’Algérie se soumet rapidement et le « sultan des Arabes », réfugié en Turquie, meurt en 1883.

Wagner et l’Or du Rhin

Richard Wagner (1813-1883).
Richard Wagner (1813-1883).

Si nous avions une vraie vie, nous n’aurions pas besoin d’art, a écrit Richard Wagner dans la préface de Siegfried. L’art commence précisément où la vie réelle cesse, où il n’y a plus rien devant nous.
Et la musique violente et passionnée de Richard Wagner fait véritablement revivre toutes les légendes oubliées des Niebelungen, de Tannhaüser, de Lohengrin ou de Tristan et Iseult. Né à Bellagio, le 22 mai 1813, dans une famille d’artistes amateurs, Wagner, qui est un chef d’orchestre reconnu, atteint la plénitude de son art avec la légende germanique en quatre volets de L’Anneau du Niebelung : L’Or du Rhin, La Walkyrie, Siegfried et Le Crépuscule des dieux.
Cette œuvre magistrale et fascinante, peuplée de lutins, de dragons et semée de sombres histoires de vengeance, a donné un nouveau souffle au théâtre lyrique de l’époque, qui trouvera, toujours sous l’impulsion de Wagner, son lieu de prédilection à Bayreuth.

Le roi Très catholique

Charles Quint et le pape Clément VII (gravure ancienne).
Charles Quint et le pape Clément VII (gravure ancienne).

Depuis toujours, la même querelle opposait la papauté au Saint Empire romain germanique : elle concernait les impôts demandés par l’Église, les exactions financières que l’on constatait périodiquement et la tentative du pape d’étendre son pouvoir politique. Bref, Luther dans son Manifeste à la noblesse allemande et la Captivité de Babylone ne fait que reprendre un sujet longuement ruminé et se place donc tout naturellement sous la protection de celui qu’il appelle lui-même « ce noble jeune homme », Charles Quint.

Mais Luther semble oublier que Charles Quint est, non seulement un Autrichien, mais aussi, et surtout, un Espagnol ; qu’il est le Très catholique roi d’Espagne ! Le 19 avril 1521, après que Luther ait refusé de se soumettre à l’Église, Charles Quint fait son choix :

-Je descends d’une longue lignée d’empereurs chrétiens de cette noble nation allemande, des rois catholiques d’Espagne, des archiducs d’Autriche et des rois de Bourgogne, déclare-t-il. Ils furent tous fidèles jusqu’à la mort à l’Église de Rome et ils défendirent la foi catholique et l’honneur de Dieu. J’ai décidé de suivre leurs traces…