Pilâtre de Rozier, l’aventurier du ciel

Jean-François Pilâtre de Rozier (1754-1785).
Jean-François Pilâtre de Rozier (1754-1785).

Chimiste et homme de lettres, Jean-François Pilâtre de Rozier est aussi un des premiers aventuriers du ciel.
Après de nombreux exploits à bord d’une montgolfière, Pilâtre de Rozier va construire une « aéro-montgolfière » composée de deux ballons, l’un étant rempli d’hydrogène et l’autre gonflé par la chaleur.
Le 15 juin 1785, en compagnie du physicien Romain, Pilâtre de Rozier tente la traversée de la Manche.
À 7h05, l’engin s’élève mais, à peine a-t-il atteint les cinq cents mètres de hauteur, que le ballon d’hydrogène se dégonfle et retombe sur la mongolfière : la machine entière prend feu et explose, ne laissant aucun survivant.
Seule une épithaphe rappelle cette tragédie :
Ci-gît un jeune téméraire,
Qui, dans son généreux transport,
De l’Olympe étonné franchissant la barrière,
Y trouva le premier et la gloire et la mort.

Sénèque : mort d’un stoïcien

Portrait de Lucius Sénèque (v. 4 av.J.-C.-65 ap.J.-C.).
Portrait de Lucius Sénèque (v. 4 av.J.-C.-65 ap.J.-C.).

Après la mort, il n’y a rien et la mort elle-même n’est rien, écrit Sénèque.
Accusé de conspiration contre Néron, Lucius Sénèque est condamné à mort le 12 avril 65 et invité à se suicider. Il s’ouvre les veines mais, constatant que son sang, glacé par l’âge, s’écoule trop lentement, se fait plonger dans un bain chaud. Plus de trois cents personnes issues des plus illustres familles de Rome ont pris part à la conspiration.
Né à Cordoue, en 4 av. J.-C., Lucius Sénèque est élevé à Rome où il étudie l’éloquence puis la philosophie qu’il abandonne très vite pour entrer dans la vie active. Rhéteur puis avocat, il devient questeur et s’enrichit de façon scandaleuse tout en prêchant une philosophie stoïcienne. Éxilé en Corse de 41 à 49, il est rappelé à Rome par la  seconde épouse de l’empereur Claude, Agrippine, pour assurer l’éducation de Néron. Durant des années, Sénèque joue le rôle de premier ministre et de confident auprès de Néron et, après le meurtre d’Agrippine, alors qu’il est en disgrâce, Sénèque a l’imprudence de demeurer auprès de son disciple qui finit par ordonner sa mort.

Exécution de Mata Hari

Margaretha Zelle, plus connue sous le nom de Mata Hari et devenue durant la guerre l’agent H. 21, est fusillée le 15 octobre 1917.
D’origine néerlandaise, Mata Hari est, depuis 1905, célèbre dans le monde du spectacle pour ses fameuses danses de Java. Profitant de sa renommée, elle entretient de nombreuses relations dans les milieux politiques, militaires et diplomatiques. Et quand la guerre éclate en 1914, Mata Hari poursuit ses déplacements à travers l’Europe.
Les services secrets britanniques, qui la soupçonnent d’être une espionne à la solde des Allemands, transmettent le dossier au chef du Deuxième Bureau français, le capitaine Ladoux. Mata Hari, qui se sait surveillée, demande à entrer dans les services secrets… français. Ladoux accepte et lui confie une fausse mission. Mata Hari, qui doit se rendre à Lisbonne, s’arrête à Madrid qui est le centre le plus important de l’espionnage allemand : le doute n’est plus permis. Le piège se referme dès le retour de l’agent H. 21 en France. Après un procès-éclair, la jeune femme est condamnée à mort. Le matin de son exécution, l’espionne la plus célèbre de l’histoire refuse d’avoir les mains liées et affronte la mort sans bandeau sur les yeux.

Un grand commis de l’État nommé Colbert

En septembre 1680, peu après l’arrestion de Nicolas Fouquet, Jean-Baptiste Colbert devient « grand commis » de l’État, assumant la quasi totalité du pouvoir. Ce Champenois, fils d’un drapier, qui commença sa carrière dans l’ombre de Mazarin, va, durant un quart de siècle, administrer le royaume de France.
Travailleur acharné, gestionnaire sérieux, Colbert tente d’équilibrer les finances royales, en pratiquant une économie protectionniste à outrance. Sa politique, qui pénalise le commerce des autres puissances européennes, sera l’une des causes des interminables guerres engagées par Louis XIV.
Son action réformatrice aura pourtant des effets durables et bénéfiques dans de nombreux domaines. Colbert sait encourager les entreprises nouvelles : il crée les compagnies commerciales, protège les arts et les lettres, développe les manufactures royales et aménage les ports de Toulon, Brest, Rochefort et Cherbourg.
Tout dévoué à l’État, Colbert, qui fut un des plus grands ministres du Roi-Soleil, se voit pourtant écarter du pouvoir par Louvois. Menacé de disgrâce, il meurt le 6 septembre 1683.

Cromwell l’implacable

Oliver Cromwell (1599-1658).
Oliver Cromwell (1599-1658).

En 1642, la révolution éclate en Angleterre. Le roi Charles Ier Stuart (1625-1646) a dressé contre lui le Parlement et le peuple qu’il accable d’impôts. Cette révolte va être menée par un chef alliant le génie militaire et la compétence politique, Cromwell.
Issu d’une famille de petits seigneurs, Oliver Cromwell va, durant la guerre civile, organiser puis diriger une armée parlementaire tout aussi disciplinée qu’implacable.
En 1646, les armées royales sont défaites et Charles Ier est en fuite. Livré par les Écossais, le roi est condamné à mort et exécuté le 30 janvier 1649, sous la pression de Cromwell qui reste alors seul maître de l’Angleterre, devenue un Commonwealth.
Proclamé Lord Protecteur, il conquiert l’Irlande, soumet l’Écosse et donne naissance à la Grande-Bretagne.
Malgré des qualités indéniables, Cromwell se fait détester par le peuple. Sa mort, survenue le 3 septembre 1668, est accueillie avec soulagement par le pays excédé par son fanatisme et son puritanisme.

Lyautey ou la conquête des âmes

Louis Hubert Lyautey (1854-1934), gravure moderne.
Louis Hubert Lyautey (1854-1934), gravure moderne.

De l’Algérie au Tonkin, de Madagascar au Maroc, Louis Hubert Gonzalve Lyautey fut l’une des plus illustres figures de l’Empire colonial français.
Né à Nancy, le 17 novembre 1854, il choisit, très tôt, le métier des armes. Il sert d’abord en Algérie (1880-1882) puis rejoint le Tonkin où il se retrouve sous le commandement de Galliéni. Rappelé en France en 1902, après un court séjour à Madagascar, Lyautey est nommé commandant de la subdivision d’Aïn-Séfra par le gouverneur général de l’Algérie, Jonnard, et il a l’insigne honneur, en 1907, de s’emparer d’Oudja.
Cinq ans plus tard, il devient, en avril 1912, le premier résident général de France au Maroc où, tout en menant une guerre implacable contre les troupes du rebelle Abdel-Krim, Lyautey consacre tous ses efforts à moderniser le pays. Plus qu’un stratège, le résident général se révèle un administrateur de premier plan : entretenant des relations confiantes avec la population, rénovant les structures du pays, respectant les us et coutumes de ses administrés, Lyautey pratique davantage la persuasion que la répression.
La conquête d’un territoire, écrit-il, ne vaut rien sans la conquête des âmes.

Racine : le théâtre pour passion

Des héros qui se déchirent, des vers qui « tonnent et qui détonnent », tout le charme des grandes tragédies raciniennes est là. C’est pourquoi, le 1er janvier 1677, l’hôtel de Bourgogne fait salle comble pour la toute première représentation de Phèdre.
Orphelin élevé par les religieuses de Port-Royal, Jean Racine (1639-1699) arrive à Paris en 1663, date à laquelle il présente sa première tragédie, La Thébaïde. En 1677, il est au sommet de sa gloire : Andromaque, Bérénice, Britannicus, autant de triomphes qui lui ont permis de supplanter son vieil adversaire, Pierre Corneille.
Académicien depuis 1673, conseiller et historiographe du Roi-Soleil dès 1674, Racine est confiant le soir de la première. Pour lui, Phèdre est sa meilleure œuvre, celle qui transmet le mieux la passion, la haine, l’amour tourmenté qu’il sait si bien dépeindre. Pourtant, c’est un échec retentissant ! Racine décide alors de renoncer au théâtre. Il ne reprendra la plume qu’à la demande de Madame de Maintenon et écrira pour les demoiselles de Saint-Cyr, Esther (1689) puis Athalie (1691), pièces qui, tout en conservant l’accent passionné propre aux grandes tragédies raciniennes, sont des œuvres d’inspiration nettement religieuse.
Janséniste de la première heure, il meurt le 21 avril 1699, fidèle à Port-Royal.

Haussmann, le baron-bâtisseur

Le baron Haussmann (1809-1891).
Le baron Haussmann (1809-1891).

Paris est le cœur de la France. Mettons tous nos efforts à embellir cette grande cité et à améliorer le sort de ses habitants, proclamait Louis-Napoléon Bonaparte en 1850.
Pour réussir cette entreprise, le prince-président désigne Georges-Eugène Haussmann (1809-1884), préfet de la Seine depuis 1853. Tout en épargnant des quartiers comme le Marais ou bien Montmartre, Haussmann dégage les principaux monuments et élabore la «grande croisée» qui traverse Paris d’est en ouest et du nord au sud (Saint-Michel, Rivoli, Sébastopol et enfin Strasbourg).
Ensuite, il met en œuvre le tracé des grands boulevards et, pour finir, il restaure les communes telles qu’Auteuil, Passy, Vaugirard et fait aménager des espaces verts dans la capitale et à sa périphérie.
Avec Haussmann, Paris, transformé, devient une métropole moderne sans pour autant perdre son charme.

Fouché et les RG

Joseph Fouché, duc d'Otrante par la grâce de l'empereur Napoléon Ier (1759-1820).
Joseph Fouché, duc d’Otrante par la grâce de l’empereur Napoléon Ier (1759-1820).

Une porte s’ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, Monsieur de Talleyrand soutenu par Monsieur Fouché.
La « vision infernale » que décrit ainsi Chateaubriand évoque tout simplement le ralliement de Fouché à Louis XVIII grâce à l’habileté diplomatique de Talleyrand. Une image qui restera à jamais gravée dans la littérature et dans l’histoire. Une image qui, pour marquante qu’elle soit, exprime une opinion quelque peu exagérée, presque exaltée, de Chateaubriand : après tout, les régicides se comptaient par dizaines et les nobles décadents également ! Qui plus est, l’opinion de l’écrivain élude totalement la question principale qui est : qu’est-ce que Fouché avait donc de si remarquable pour que Louis XVIII ferme ainsi les yeux sur ses crimes, le principal, pour le roi, étant d’avoir envoyé son frère à l’échafaud ?
Député de la Convention, Girondin puis Montagnard, ce Nantais d’origine mène une « carrière révolutionnaire » somme toute assez banale : il poursuit les catholiques à Nevers et les royalistes à Lyon. Certes, il agit avec ardeur mais ses crimes n’ont rien à voir avec les agissements d’un Turreau, d’un Carrier ou même d’un Robespierre. De fait, Fouché serait sans doute resté un obscur révolutionnaire s’il n’avait « décroché », en 1799, le poste de ministre de la Police. Dans cette fonction, il va se révéler absolument remarquable, au point qu’il apparaît comme le véritable créateur de la police moderne. Le créateur de la police tout court, d’ailleurs… Car, si la charge de lieutenant de police est bien créée en 1667 –Nicolas de la Reynie en sera la premier représentant à Paris-, elle n’a rien à voir avec la police que l’on connaît. En effet, sous Louis XIV, le lieutenant de la police est bien en charge de la justice –du moins d’arrêter les suspects-, mais il doit également garantir la santé publique, l’éclairage ou encore la salubrité publique ! Fouché va, lui, se concentrer exclusivement sur la recherche et l’arrestation des suspects et, pour ce faire, il va créer, de toutes pièces, un service de renseignements des plus performants.
A peine nommé à son poste, le tout nouveau ministre de la Police se lance dans la création d’un véritable réseau d’espions –les « indics » actuels-, entreprend la formation des agents et, surtout, centralise l’ensemble de la chaîne.
Qui sait peut tout, ou presque. Bonaparte et, après lui, Louis XVIII le savaient bien, aussi n’auront-ils de cesse de s’adjoindre les services de Fouché et de son «  arme fatale ». Une arme qui survie aujourd’hui encore sous le vocable, assez flou d’ailleurs, de Renseignements généraux.

Méhémet Ali, l’homme qui fit trembler l’Orient

Méhémet Ali (gravure du XIXe siècle).
Méhémet Ali (gravure du XIXe siècle).

C’est en combattant les Français en Egypte que ce soldat de fortune d’origine turque ou albanaise devait se distinguer. Venu avec un corps expéditionnaire albanais, il devait  se révéler lors de la bataille d’Aboukir, en 1799. Paradoxalement, cette défaite allait être le début d’une brillante carrière et annoncer une ambition démesurée. En 1804, il s’est emparé du pour et se fait reconnaître pacha d’Egypte. Quelques résistances devaient se faire jour. Pour peu de temps cependant : après que Méhémet Ali eu fait massacrer 480 chefs mamelouk, tout rentra dans l’ordre et il devint le chef incontesté de l’Egypte.
Energique et ambitieux, Méhémet était également un réformateur remarquable. En 1814, il procède à la nationalisation de toutes les terres dont les propriétaires devinrent des fermiers ; il se lance dans un vaste programme de constructions de routes, de canaux, d’atelier ; il développe la culture du coton et introduit celle de la canne à sucre ; transforme le système scolaire, envoie les étudiants égyptiens en Europe et accueille les spécialistes français, qu’ils soient civils ou militaires.
Avec Soliman Pacha, il crée une armée moderne après quoi il n’hésitera guère, sous prétexte de défendre son suzerain le sultan de Constantinople, à provoquer et à chasser les Wahhabites du Hedjaz. Soucieux de préserver les voies de communication et de commerce, il va nettoyer les côtes de la mer Rouge, infestées de pirates, et fera la conquête du Soudan septentrional où il fondera Karthoum.
Doté, grâce aux ingénieurs français, d’une marine digne de ce nom, Méhémet Ali soumet, dans un premier temps, les Grecs insurgés mais l’intervention combinée de la France, de l’Angleterre et de la Russie lui inflige la défaite de Navarin (1827). Malgré cette dernière défaite et le rappel de son fils Ibrahim, Méhémet Ali devait faire payer au sultan de Constantinople le prix de son intervention : Chypre lui sera cédé, alors que la Syrie, qu’il réclamait, lui sera refusé. Malgré tout, on imagine le pouvoir de Méhémet, capable d’imposer, peu ou prou ses désiderata à son suzerain… Un pouvoir dont le pacha d’Egypte était parfaitement conscient puisqu’il n’hésitera pas, suite à ce refus, à rompre les relations avec Constantinople et à lancer l’armée égyptienne, commandée par Ibrahim, à l’assaut de la Palestine et de la Syrie qu’il devait conquérir (1831-1832). L’armée d’Ibrahim marchait sur Constantinople (1832), lorsqu’elle fut arrêtée par l’intervention des Européens. L’année suivante, Méhémet Ali se résignait à la paix tout en conservant la Syrie. La guerre avec la Turquie allait reprendre en 1839. La punition, pour les Turcs, sera la même et, une fois de plus, l’Egypte, malgré le soutien de la France, se vit privée des fruits de sa victoire. Pire, même, sous la pression des Anglais, qui firent bombarder Beyrouth et Acre, les Egyptiens allaient évacuer la Syrie, la Crête, le Hedjaz. Trente années de conquêtes réduites à néant. Ou presque : seule compensation, Méhémet Ali obtint la possession héréditaire de l’Egypte et du Soudan. Sa famille y règnera jusqu’en 1952.