Baden-Powell : scout toujours !

Robert Baden-Powell (1857-1940).
Robert Baden-Powell (1857-1940).

Mon but est simple, explique Baden-Powell. Il fallait transformer les enfants en soldats. Pas des soldats pour combattre sur le champ de bataille mais pour remporter des victoires sur… la vie !
Général anglais, devenu une idole populaire après sa victorieuse défense de Maféking, durant la guerre des Bœrs, Baden-Powell met ses expériences vécues en Afrique du Sud au service de l’éducation de la jeunesse. En 1907, dans une île au large de la Grande-Bretagne, il organise le tout premier camp, invitant des groupes de jeunes à vivre en contact avec la nature, à développer leur sens de l’observation et à se soumettre à un entraînement physique particulier.
C’est la naissance du scoutisme qui connaîtra, en peu de temps, un succès mondial.
Pendant trente ans, avec l’aide de sa sœur Agnès, il assure le développement du mouvement et ce n’est qu’en 1937 que Baden-Powell, alors âgé de soixante-dix ans, met fin à ses activités. Il se retire alors au Kenya, où il meurt le 18 novembre 1940.

Camille Desmoulins ou l’utopie vaincue

Camille Desmoulins (1760-1794).
Camille Desmoulins (1760-1794).

C’est à Guise, dans une famille bourgeoise, que naît Camille Desmoulins le 2 mars 1760. Bon élève, il est envoyé en 1771 à Paris, au collège Louis-le-Grand, où il fait la connaissance de Maximilien de Robespierre et de Georges Danton.
Licencié en droit, Desmoulins, qui est affligé d’un affreux bégaiement, s’éloigne de la carrière d’avocat pour embrasser celle de journaliste, où il brillera de tous ses feux… C’est avec Mirabeau qu’il fait ses débuts. La Révolution n’en est alors qu’à ses balbutiements mais Camille, enthousiasmé par les idées qu’elle véhicule, appelle le peuple aux armes et le conduit jusqu’à la Bastille.
Rendu célèbre par son journal, Les Révolutions de France et de Brabant, il épouse Lucile Duplessis, à qui il communique bien vite son enthousiasme révolutionnaire.
Membre du Club des cordeliers, ami de Robespierre, il participe à la chute des girondins mais rallie bien vite le camp de Danton, las, comme lui, des massacres incessants. Pour mieux combattre la Terreur, Desmoulins fonde un nouveau journal, Le Vieux Cordelier, où il défend avec ardeur la politique des « indulgents », tout en dénonçant les exactions du Comité de salut public.
Malgré les rappels à l’ordre de Robespierre, Camille, qui rêve encore d’une République juste, s’obstine et finit en prison avec Danton. Le 5 avril 1794, il monte sur l’échafaud. Sa femme, âgée de vingt-trois ans, le suivra huit jours plus tard…

Naissance de Neuschwanstein

Romantique et rêveur à l’excès, Louis II de Bavière (1845-1886) fut un roi fou… de musique et de châteaux. Le 5 septembre 1869, il pose la première pierre du château de Neuschwanstein, inspiré d’une antique forteresse médiévale située non loin de Hohenschwangau, où est né le jeune roi. Les héros de son ami Wagner ornent les murs de Neuschwanstein : Parsifal, Sigfried et surtout Lohengrin, le « Chevalier au cygne », dont Louis reprendra l’emblème.
Le jeune souverain fait construire deux autres châteaux, Linderhof et Herrenchiemsee, qui marquent eux aussi le retour du néo-classicisme et du style néo-gothique en Allemagne comme dans toute l’Europe.
Mais ces constructions coûtent cher et le 12 juin 1886, Louis II est déposé par ses ministres qui invoquent la folie du souverain. Enfermé au château de Berg, il est retrouvé noyé le lendemain.

Le premier « grand duc de Bourgogne »

Philippe le Hardi (1342-1404).
Philippe le Hardi (1342-1404).

Père, gardez-vous à droite ! Père, gardez-vous à gauche !, clamait le jeune prince Philippe à son père Jean II le Bon (1350-1364).
Né à Pontoise le 15 janvier 1342, Philippe est le plus jeune des fils du roi de France. Sa conduite courageuse lors de la bataille de Poitiers en 1356 lui vaut le surnom de Hardi et, en 1363, le roi Jean lui donne en récompense l’apanage de la Bourgogne. Devenu duc d’une des plus riches régions de France, Philippe épouse Marguerite de Maele, unique héritière d’Artois, de Flandres et de Franche-Comté, en 1369. Philippe le Hardi se trouve alors en possession de terres sans doute aussi importantes que celles de son frère, le roi de France, Charles V le Sage (1364-1380).
Régent de France à la mort de celui-ci, en 1380, Philippe entame alors une politique d’extension du duché, poursuivie par ses descendants. Grand seigneur, amateur d’art et de richesses, le premier « grand duc de Bourgogne » meurt en 1404. Il sera enterré à la Chartreuse de Champmol, le Saint-Denis des ducs de Bourgogne, qu’il a fait édifier à Dijon.

Dufy : la peinture sur tous les tons

La fenêtre ouverte, Nice, de Raoul Dufy.
La fenêtre ouverte, Nice, de Raoul Dufy.

De l’impressionnisme au fauvisme, du fauvisme au cubisme et du cubisme à la… haute couture ! Raoul Dufy (1877-1953) traverse le siècle en touche-à-tout génial. Ami des plus  grands peintres, il ne se cantonnera jamais dans un genre mais préfèrera s’initier à tous les courants picturaux du moment. Dufy a tellement peur de s’enfermer dans une façon de peindre, qu’il se force à pratiquer son art de la main gauche alors qu’il est droitier. Mais la véritable particularité de Raoul Dufy est l’emploi de son art au service de la haute couture.
Ami de Paul Poiret, il se met à peindre sur bois puis à faire des gravures pour l’impression des tissus employés par le couturier. Ainsi, de 1911 à 1919, Dufy s’adonne à la peinture sur tissu, invente des modèles et des motifs, sans pour autant cesser la peinture sur toile.
En 1940, il se réfugie dans le sud de la France : c’est pendant cette période particulièrement féconde qu’il peint la série des Orchestres puis le Bal du Moulin de la Galette. Après un court séjour aux États-Unis, où il fait déjà autorité, il revient à Forcalquier, en Provence, où il meurt le 23 mars 1953.

Louis XVI, l’homme méprisé

Buste de Louis XVI (1754-1793).
Buste de Louis XVI (1754-1793).
Un combat au Xe siècle, d’après une peinture murale.
Rarement on aura autant médit sur un roi. Pourtant, son accession au trône, en 1774, fait naître un immense espoir : le petit-fils de Louis XV a alors 20 ans et il forme, avec son épouse, le couple idéal. Intelligent, cultivé –féru d’histoire et de géographie notamment-, Louis XVI n’a qu’un désir : faire le bien de son peuple, procéder aux réformes nécessaires… Ce qu’il n’aura guère l’occasion de faire après avoir rappelé, dès son accession au trône, un Parlement plus désireux de s’opposer que de servir. Qui plus est, le souverain était d’un caractère paisible, plutôt timide ; un caractère manquant de la nécessaire autorité pour brider le Parlement et faire passer ses idées de réformes.
On a souvent fait de Louis XVI une sorte de benêt, sans envergure et préoccupé uniquement d’horlogerie. Une image réductrice et volontairement véhiculée par les très républicains historiens du XIXe siècle ; des historiens qui oublièrent sciemment qu’il était de tradition chez les Bourbons d’apprendre un métier manuel : ce sera l’horlogerie pour Louis XVI comme ça l’avait été pour Louis XIV, la menuiserie pour Louis XV. Et les historiens du XIXe siècle ne seront pas les seuls à se railler de Louis XVI : la noblesse, en son temps, l’avait fait, après être passé bien près de perdre bien des privilèges.
De fait, il apparaît que ce roi, décapité par la Révolution, fut sans doute le plus révolutionnaire le plus proche du peuple, le plus attaché à l’égalité de tous els Bourbons. Avec ses ministres, Turgot, Malesherbes, Vergenne, Necker, Calonne, Loménie de Brienne, il va prendre des mesures en faveur des libertés économiques, de l’égalité fiscale ; tenter de promouvoir la liberté de conscience ; supprimer les lettres de cachets et la torture, abolir l’esclavage… Autant de mesures qui soulèveront l’opposition nobiliaire, qui se heurteront au Parlement. Saint-Germain, son ministre de la Guerre, réorganisera l’armée, ouvrant le corps des officiers aux roturiers, alors que le roi se passionnait pour les expéditions de La Pérouse.
De fait, la Révolution, mère de l’égalité et de la liberté, aurait pu trouver son meilleur porte-parole en la personne du roi. Elle aurait pu, si elle n’avait été le fruit des conspirations bourgeoises et nobiliaires, jusqu’à ce que ces derniers soient totalement dépassés par les événements.
Prisonnier de son propre peuple, Louis XVI sera finalement jugé et décapité le 21 janvier 1793. Et c’est en souverain qu’il vivra ses derniers mois…

Talma : l’amour du théâtre

François-Joseph Talma (1763-1826) est le tragédien qui aura dominé toute la fin du XVIIIe siècle. Il fait ses débuts à la Comédie-Française dans Mahomet de Voltaire, mais c’est en créant, en 1789, Charles IX de Chénier qu’il accède à la célébrité. La pièce, critique du règne de Charles IX, est d’abord interdite. Puis, imposée par le régime révolutionnaire, elle obtient un grand succès. Peu après, Talma, quitte la Comédie-Française et fonde son propre théâtre où il joue surtout des œuvres de Shakespeare. En 1799, il revient à la Comédie-Française et joue les premiers rôles de Corneille, s’assurant, par son immense talent, la protection et les faveurs de Napoléon. À sa mort, le 19 octobre 1826, Talma a profondément réformé le théâtre, proposant une diction et des costumes qui tendent vers le naturel, ainsi qu’un jeu de scène plus véridique.

Jacques Cœur, l’argentier du roi

Fils d’un marchand de Bourges, Jacques Cœur (1395-1456) fait fortune dans des secteurs aussi variés que la banque, le négoce, le change, l’extraction minière ou le transport sur terre et sur mer. Parallèlement, il mène avec beaucoup de succès une carrière publique.
Maître des monnaies puis argentier du roi, commissaire au Languedoc et enfin conseiller de Charles VII, il est cependant arrêté, en 1451, sur ordre du souverain et emprisonné. Accusé de malversations, d’exactions et d’avoir empoisonné la maîtresse du roi, Agnès Sorel, il a surtout eu le tort d’étaler sa richesse. Rapidement innocenté du crime d’empoisonnement, Jacques Cœur reste cependant accusé de celui de lèse-majesté. Après un procès de deux ans, il reconnaît, sous la torture, tous les chefs d’accusation. Il échappe à la peine de mort, mais, sommé de payer quatre cent mille écus qu’il ne possède pas, il est laissé en prison.
Après plus de trois ans de réclusion, Jacques Cœur s’évade et gagne Rome puis l’île de Chio tenue par les Turcs où il meurt le 25 novembre 1456.

Titus le Bon

Buste de l'empereur Titus (39-81).
Buste de l’empereur Titus (39-81).

Néron, Caligula, Galba : les fous et les monstres se succédaient à la tête de l’Empire quand l’accession au trône de Titus apporte un immense soulagement au peuple romain.
Fils de l’empereur Vespasien, vainqueur en Bretagne, en Germanie et, surtout, en Judée, où il avait rencontré la célèbre reine Bérénice, Titus était déjà associé au pouvoir quand, en 79, il devient empereur. Adoré par ses armées, il sera bientôt acclamé par tout son peuple.
Soucieux d’équité et de justice, il n’hésite pas à puiser dans le trésor impérial pour aider les survivants de Pompéi ou les Romains touchés par l’incendie de 80, allant même jusqu’à assister personnellement les malades lors des épidémies.
Exposé à la contagion, il meurt, le 12 septembre 81, après deux ans d’un règne qui fut, sans doute, un des plus heureux de l’Empire romain.

Savonarole, pourfendeur d’un siècle corrompu

Jérôme Savonarole (1452-1498).
Jérôme Savonarole (1452-1498).

Petit-fils d’un médecin de Ferrare, Girolamo Savonarola –ou Jérôme Savonarole- se destinait initialement à cette carrière  avant de se tourner vers les ordres. Sa haine de la corruption, son rejet d’un siècle tout entier tourné vers le culte du corps, vers l’individualisme et vers les plaisirs vont finalement l’orienter vers la spiritualité et, en 1475, il entre chez les dominicains de Bologne. Ascète strict, prédicateur moyen, il semblait avoir bien mal choisi son ordre, un ordre ouvert sur le monde mais un ordre qui, lors de sa création par saint Dominique de Guzman, annonçait un renouveau de l’Eglise. Le pape l’avait d’ailleurs accueilli comme un pilier indispensable –avec l’ordre franciscain- dans le redressement de l’Eglise. Il en avait même rêvé… Peut-être est-ce donc ce qui incita Savonarole à se réfugier chez les Frères prêcheurs. C’est cependant à Florence, où il est envoyé en 1482, qu’il se révèle comme le pourfendeur des mœurs de ce siècle. La Renaissance artistique, d’inspiration si profondément païenne, les vices du peuple et des clercs, illustrés notamment par l’inconduite du pape Alexandre VI Borgia lui-même : autant de dérives qu’il dénoncera avec ardeur, se découvrant pour l’occasion un talent insoupçonné de prédicateur.
Quant à son ton résolument apocalyptique, loin de rebuter les foules, il allait les attirer, fascinant autant le peuple que la haute société. Pic de la Mirandole, Botticelli compteront au nombre de ses fidèles. Au final, Savonarole allait prendre un tel ascendant sur la cité florentine qu’il saura profiter de l’intervention française dans la péninsule –c’est l’époque des rêveries italiennes de Charles VIII- pour s’emparer du pouvoir au détriment des Médicis (1494). Initiateur d’une République théocratique qui  se prolongera quatre années durant, Savonarole allait cependant plonger la ville dans un climat de peur et de suspicion tel que sa république pour Dieu ressemblera bien vite à une dictature morale et spirituelle. Si l’usure sera heureusement bannie de la cité, les fêtes et les chants profanes le seront aussi ; sans compter la surveillance permanente, alimentée par une dénonciation amicale et familiale. La purification, certes, mais pas au prix de la vie privée ni à celui de l’art, si fermement condamné par le dominicain qui élèvera un bûcher des vanités qui fera périr nombre de chefs d’œuvre. Au final, c’est cette outrance morale et ascétique qui allait conduire le peuple de Florence à se révolter contre le moine. Une population largement soutenue par le pape, sans doute las de se voir insulter à chaque sermon, de voir ce petit moine jouer les gouvernants.
Isolé, abandonné de ses ouailles, Savonarole sera finalement jeté en prison et envoyé au bûcher en mai 1498.
Certains ont voulu voir dans ce moine quelque peu illuminé un précurseur de la Réforme. Pourtant il y a bien peu de point commun entre Savonarole et Luther. Certes, tous deux ont su dénoncer, avec vigueur et raison, une Eglise alors corrompue ; certes, tous deux ont rêvé d’un retour à la pureté évangélique, mais jamais le dominicain italien n’a désiré autre chose qu’un retour « aux sources » de l’Eglise. Jamais il n’a prétendu remettre en cause les dogmes. De fait, la révolte de Savonarole ressemble étrangement à celle qui anima sans doute un Grégoire le Grand, père de la réforme portant son nom, un saint François d’Assise ou un saint Dominique. Seule différence –et de taille- entre les saints et le Florentin : ce dernier ne saura utiliser que l’admonestation, la terreur pour réformer ce qui devait l’être. De fait, il échoua… Raison pour laquelle, les autres réussir, quand il fut rejeté ; ils furent canonisés alors qu’il fut condamné.