Le « coup » de Trafalgar

Amiral Horatio Nelson (1758-1805).
Amiral Horatio Nelson (1758-1805).

Quand l’amiral Villeneuve, commandant la flotte « combinée » franco-espagnole, reçoit l’ordre exprès de l’Empereur de quitter Cadix et de gagner Naples, les navires anglais croisent au large de la côte andalouse. Tenter une sortie serait une véritable folie mais Villeneuve n’a pas le choix, les ordres impériaux ne se discutent pas. La flotte « combinée » quitte donc Cadix avec, à ses trousses, l’amiral Nelson, le commandant de la flotte britannique. Les escadres s’affrontent le 21 octobre 1805, à Trafalgar.
La tactique de l’Anglais est simple : foncer en masse compacte et disloquer la flotte ennemie en deux points distincts. C’est la « Nelson touch » ! Le plan est suivi rigoureusement et vingt des vingt-huit navires constituant la flotte franco-espagnole tombent aux mains des Anglais. La tactique de Nelson est un franc succès mais le génial amiral a été touché d’une balle à la colonne vertébrale. Il ne survivra que trois heures à sa si brillante victoire…

Domus aurea de Néron

L’historien romain Suétone a laissé une description étonnante de la fameuse Domus aurea érigée sur ordre de l’empereur Néron lors de son grand chantier de réabilitation de Rome. Un récit à la mesure de l’ambition et de la mégalomanie de cet empereur.
Pour donner une idée de sa grandeur et de sa magnificence, il suffira de dire que dans le vestibule s’élevait une statue colossale de Néron, haute de cent vingts pieds ; que des portiques à trois rangs de colonnes mesuraient un mille ; qu’on y voyait un lac, semblable à une mer, entouré d’édifices qui faisaient songer à une ville ; que de grandes étendues, parsemées de prairies, de vignes, de pâturages et de forêts, contenaient une multitude d’animaux et de bêtes fauves.
Les diverses parties de ce palais étaient dorées partout et ornées de pierreries et de nacre. Les salles à manger avaient des plafonds faits de planches d’ivoire mobiles et répandaient sur les convives, quand on les ouvrait, des fleurs et des parfums. La salle principale était formée par une espèce de rotonde, dont le faîte tourné jour et nuit, suivait le mouvement du monde. Les bains étaient alimentés par l’eau de la mer et les sources d’Albula.
Lorsqu’enfin ce palais fut terminé et inauguré, Néron n’eut que ces seuls mots pour exprimer sa joie :
-Je commence à être logé comme un homme !

Il était une fois… l’Amérique

Des Indiens du Canada.
Des Indiens du Canada.

On a beau discuter pour savoir qui, des Vikings, de Colomb ou d’un tierce a découvert l’Amérique, le nord du continent est sans nul doute, pour une large part, le fait des Anglais. En 1497, un Génois financé par l’Angleterre, aborde les côtes du Labrador : un acte qui vaudra aux Anglais de marquer à jamais l’histoire du continent nord américain. Pendant des années, l’Amérique du Nord va être négligée au profit du sud du continent qui attire aventuriers et mandataires des grandes puissances. Et si la Floride et le Colorado sont également explorés, c’est uniquement parce qu’on les soupçonne de receler de fabuleux trésors. Ceux sont Ponce Leon et Hernando de Soto qui, au XVIe siècle, se lancent dans cette aventure. Contrairement au continent sud, qui a vu s’établir un empire espagnol, aucun établissement ne voit le jour au nord.
Les Français vont être les premiers à s’établir et à fonder des colonies. Et après la défaite de l’Invincible armada, ceux sont les Français qui vont être les principaux rivaux de l’Angleterre sur le continent. Terre-Neuve et l’embouchure du Saint-Laurent, au XVIe siècle, ouvrent la voie aux pêcheurs des côtes ouest de la France ; Verrazano, un Florentin mandaté par François Ier, débarque en Floride en 1524, explore la Caroline du Sud et prend possession, au nom du roi de France, de l’embouchure du Saint-Laurent, de Terre-Neuve et des îles voisines. C’est la fondation de la Nouvelle-France.
Le débarquement des pèlerins du Mayflower.
Le débarquement des pèlerins du Mayflower.

Puis viennent les expéditions de Cartier au Canada de 1534 à 1545, jusqu’à ce que les affaires européennes tiennent la France éloignée du nouveau continent durant près d’un demi siècle. Au XVIIe siècle, en 1608, Champlain installe les premières familles françaises au Canada et fonde Québec… un an après que les Anglais, soudain intéressés, aient fondé Jamestown sur la côte américaine et peu avant que les Espagnols s’établissent à Santa Fé. C’est à ce moment-là que les trois puissances européennes entrent en rivalité pour la possession de l’Amérique du Nord.
Alors que les Français occupent les rives du Saint-Laurent puis étendent la Nouvelle-France à la vallée du Mississipi avec les expéditions de Nicolet, Cavelier de la Salle, du Père Marquette, les Anglais les ont nettement devancés dans la région où naîtront les premières colonies d’Amérique. Sir Gilbert, en 1578, puis son frère, Sir Walter Raleigh en 1584, se voient octroyer le droit, par la reine Elisabeth, d’établir des colonies sur le continent. La première sera la Virginie, nommée ainsi en hommage à la Reine Vierge Elisabeth. Une autre tentative, dans l’île Roanoke, sera un échec et s’achèvera avec le massacre des colons européens, parmi lesquels le premier enfant européen né en Amérique. Vingt ans plus tard, John Smith, réitère l’entreprise et fonde Jamestown d’où les Anglais allaient lancer une vaste campagne d’exploration et de conquête. En 1614, la Virginie du Nord devient la Nouvelle-Angleterre alors qu’un an plus tard les Hollandais établissent la Nouvelle-Néerlande. En 1619, les onze colonies de la Virginie ont un gouvernement représentatif et élisent une assemblée de bourgeois, parmi lesquels Jefferson, ancêtre de l’auteur de la déclaration d’Indépendance.
En 1620, les pélerins du Mayflower, des puritains anglais, s’établissent, marquant un tournant dans la colonisation de ce continent. Car, désormais, ce ne sont plus les nations qui mandatent, des aventuriers qui explorent et fondent, mais des groupes religieux qui espèrent trouver sur cette terre plus de liberté. Ce sera le cas du Massachussetts, avec Boston pour capitale ; ce sera le cas de Rhode Island et du Connecticut, du Maryland aussi. Et tandis que les colonies anglaises se multiplient, la colonies hollandaise de la Nouvelle-Néerland se trouve encerclée. En 1664, les Anglais s’en emparent et débaptisent Nouvelle-Amsterdam du nom de New York. En 1682, William Penn fonde la Pennsylvanie, lui aussi pour échapper au carcan religieux de l’Angleterre. Quelques autres possessions viendront compléter ce qui allait devenir les Etats-Unis. Des Etats qui, alors, ne sont ni unis ni indépendants.

L’Australie : terre d’exil

Aborigène d'Australie, d'après une iconographie du XIXe siècle.
Aborigène d’Australie, d’après une iconographie du XIXe siècle.

Découverte par les Hollandais en 1606, l’Australie est une terre hostile, lointaine, inconnue lorsque, en 1770, James Cook, qui vient juste d’acquérir la Nouvelle-Zélande, en prend possession pour la couronne d’Angleterre. Ces deux colonies vont désormais remplacer les lieux d’exil et de déportation que l’Angleterre vient de perdre avec les colonies américaines.
En janvier 1788, sept cent dix-sept forçats, dont cent quatre-vingts femmes, accompagnés de deux cent dix soldats, débarquent à Port Jackson, rebaptisé Sydney par le tout premier gouverneur de l’Australie. Hommes et femmes fondent la Nouvelle-Galles du Sud, sur la côte orientale et, malgré les difficultés, organisent la colonie.
L’Australie, qui fait près de douze fois la taille de la France, n’est alors peuplée que d’environ cinq cent mille aborigènes et la grande majorité de ses terres reste longtemps inexplorée. La Nouvelle-Galles du Sud n’accède au statut de colonie britannique qu’en 1823 : ainsi naquit l’Australie… 

Guillaume de Rubrouck : un franciscain chez les Mongols

Lettrine illustrant le carnet de voyage de Guillaume de Rubrouck.
Lettrine illustrant le carnet de voyage de Guillaume de Rubrouck.

Marco Polo, pour célèbre qu’il fut, n’est certes pas le premier voyageur européen à avoir atteint la cour du grand khan. Guillaume de Rubrouck l’avait fait avant lui. Mais ses motivations étaient rien moins que marchandes et cette cour n’était pas celle de Chine…
Arrivé en Terre sainte en 1252, ce moine franciscain va être chargé par saint Louis d’une étrange mission : se rendre à la cour du grand khan, en l’occurrence Mangou khan, le petit-fils de Gengis khan, et obtenir de ce haut personnage son soutien dans la lutte… contre l’islam. De fait, cette étrange demande répondait à une croyance largement répandue dans l’aide que les peuples, autres que chrétiens et européens, pourraient un jour apporter à l’Europe chrétienne dans sa lutte contre la monde islamique. Une sorte "d’union sacrée" symbolisée par la croyance en ce personnage légendaire qu’était le Prêtre Jean. Un souverain oriental qui va alimenter les espoirs des Européens durant des années ; un souverain légendaire mais dont l’existence avait quelques fondements historiques, d’où la mission de Guillaume de Rubrouck.
Au printemps 1253, donc, le franciscains quitte la Terre sainte, munies de lettres portant la signature du roi de Jérusalem, Baudouin II.
Constantinople, les comptoirs italiens de Crimée, Batou khan puis, enfin, Karakoroum, où résidait le grand khan. Trois mois de voyage suffiront pour parcourir près de 8000 kilomètres. Notre moine rencontra donc le grand khan, fit connaissance avec les prêtres nestoriens qui l’entouraient -preuve que le christianisme, même s’il s’agissait d’un christianisme hérétique, avait porté loin sa voix- mais échoua totalement dans son ambassade, autant du point de vue religieux -il n’était pas interdit d’espérer une conversion- que politique. En 1255, Rubrouck était de retour à Tripoli. Le roi de France ne l’avait pas attendu et était revenu dans son royaume, raison pour laquelle Rubrouck allait s’atteler à rédiger une relation la plus complète possible de son voyage, un "carnet de voyage" d’autant plus précieux qu’il est le premier à donner une description aussi complète de l’empire mongol du XIIIe siècle.

Le Radeau de la Méduse

Tout le monde connaît le superbe et fascinant tableau de Théodore Géricault intitulé Le Radeau de la Méduse. Personne n’a pu, à la vue de ce chef-d’œuvre, rester insensible à la détresse des personnages, affamés et assoiffés… Ce tableau n’est que l’expression de la réalité, telle que les survivants l’ont décrite à Géricault.
Tout a commencé le 2 juillet 1816. La frégate La Méduse, ayant quelques quatre cents marins à son bord, cingle vers les côtes du Sénégal où elle doit reprendre possession des comptoirs annexés par les Anglais. Mais une manœuvre malencontreuse du capitaine de Chaumareyx fait échouer le bateau sur des récifs au large des côtes sahariennes.
Les canots étant insuffisants, cent cinquante hommes prennent place sur un radeau improvisé. C’est alors que commencent douze jours d’horreur. Dérivant lentement sous une chaleur écrasante, le radeau semble définitivement perdu quand, le 14 juillet, le brick anglais Argus découvre le radeau. Sur les cent cinquante matelots embarqués, il n’en reste que quinze ; les autres sont morts de faim, de soif, se sont suicidés ou ont été dévorés par leurs compagnons…

Les aventuriers du Tibet

Statue de Bouddha.
Statue de Bouddha.

Tout le monde, ou presque, a entendu parler du Tibet, cette région d’Asie centrale formée d’un vaste plateau, bordée par la Chine, l’Inde, le Bouthan et le Népal. Situé en moyenne à une altitude de 4500 mètres, le Tibet apparaît comme la première marche conduisant à l’Himalaya, le toit du monde… Pour beaucoup, le Tibet est la terre d’origine du dalaï-lama, symbole du bouddhisme ; pour d’autres, c’est également un pays martyr dont on connaît peu l’histoire, si ce n’est à travers quelques films ; pour tous cependant, le Tibet apparaît comme une terre fascinante, une terre presque inconnue…
A peine cité par Marco Polo dans le Livre des Merveilles, le Tibet est si reculé, si inaccessible, qu’il restera longtemps ignoré des explorateurs, à quelques exceptions près, et il faudra attendre le XVIIIe et surtout le XIXe siècle, pour qu’il retienne l’attention des plus téméraires d’entre eux.
Selon une vieille chronique germanique, il semble que c’est saint Hyacinthe qui, le premier, pénétra au Tibet au XIIIe siècle. Au siècle suivant, c’est le tour du moine Odorico de Pordenone qui, de 1316 à 1330, résida à Lhassa, la capitale de ce royaume interdit. Puis, durant trois siècles, plus rien : pas un voyageur, pas un religieux. En effet, ce n’est qu’en 1624, que le jésuite Antonio d’Andrada, poursuivant, selon l’exemple de saint François Xavier, la conversion de l’Asie, pénètre au Tibet, bientôt imité par d’autres religieux : en 1661, les pères Grueber et Dorville passent de Chine en Hindoustan en traversant le Tibet et les pères Freyre et Désideri viennent en 1690 prêcher dans ce pays.

Vue de Lhassa.
Vue de Lhassa.

Au cours du XVIIIe siècle, ce sont les capucins qui prennent le relais et viennent en nombre évangéliser -en vain- le Tibet ; durant cette même époque, des Anglais, des Français, des Hollandais parcourent le pays bien que, depuis l’installation des Chinois au Tibet, au milieu du XVIIIe siècle, la ville de Lhassa soit strictement interdite aux Européens. Une situation qui allait relancer les explorations dans ce pays, devenu encore plus fascinant parce qu’interdit… Le mouvement s’intensifie même plutôt durant tout le XIXe siècle : en 1811, le docteur Manning parcourt le pays, déguisé en médecin indigène, suivi, de 1844 à 1846, de deux missionnaires lazaristes, Huc et Gabet, qui, au cours d’un périple audacieux en Mongolie, pénètrent à Lhassa. Les deux « lamas de Jéhovah », comme ils se faisaient appeler, seront les derniers Européens à entrer dans la cité sainte du Tibet, la résidence du Bouddha vivant. Et il faudra attendre 1904 pour qu’un Anglais, appuyé d’un corps d’armée, puisse y entrer à son tour. D’ailleurs, peu après, le Tibet semble vouloir se fermer définitivement et, en 1854, la Société des Missions, à peine établie au Tibet, en est chassée. Enfin, à la fin du XIXe siècle, Gabriel Bonvalot et Henri d’Orléans, racontent leur périple, un des plus audacieux du XIXe siècle.
L’aventure de Bonvalot et du prince d’Orléans

Pierre-Gabriel Bonvalot et Henri d'Orléans.
Pierre-Gabriel Bonvalot et Henri d’Orléans.

Lorsqu’il décida d’accomplir ce voyage, Pierre-Gabriel Bonvalot était déjà un habitué de cette partie du monde, qui était devenue depuis « son domaine », sa spécialité : en 1880, il parcourt le Turkestan, Boukhara, Samarkande, explore les contreforts des monts Thian Shan et s’avance jusqu’au fleuve Amour ; en 1885, il parcourt le Lenkoran, en Perse ; à deux reprises, il tente de pénétrer en Afghanistan, en vain, puis organise une première expédition vers le plateau du Pamir, le « toit du monde », qu’il compte atteindre en plein hiver. L’aventure tibétaine n’est donc pas pour l’effrayer, malgré les conditions très dures que les explorateurs rencontreront.
En effet, au Tibet, les vents soufflent avec une violence inouïe et les températures peuvent descendre à 40° au-dessous de zéro ; la végétation est maigre et le relief dangereusement accidenté ; sans parler des quelques deux mille habitants hostiles à toute pénétration.
Peu importe pour Bonvalot et Orléans, ils comptent bien arriver jusqu’à Lhassa, la cité interdite aux Européens. Le 6 septembre 1889, ils partent donc de Kouldja, aux confins de l’Empire chinois, puis gagnent Tcharchlik, franchissent l’Altyntag et traversent la vallée de Tsaï-Dam. Ils ont réussi… enfin presque : en effet, les deux explorateurs vont effectivement s’approcher de Lhassa, mais ne pourront entrer dans la ville. Déçus, ils poursuivent néanmoins leur voyage vers l’est, atteignent Batang, puis le 29 septembre 1890, Hanoï, dans l’actuel Viêt-Nam.
Ce périple, qui a duré plus d’un an, leur aura permis de découvrir des régions totalement inexplorées et surtout d’observer les habitants des pays qu’ils visitaient, leurs coutumes, la faune et la flore, et de ramener ainsi une quantité d’informations extrêmement précieuses en Europe.  
Devenus d’éminentes célébrités, Gabriel Bonvalot et Henri d’Orléans vont pouvoir tenir en France de nombreuses conférences sur leur extraordinaire randonnée asiatique, conférences auxquelles le public, tant à Paris qu’en province, réservera un accueil chaleureux. Déjà, le Tibet fascine…

Grotius et le droit maritime

Commun à tous et n’étant propre à personne, tel est l’air qui nous environne et parce qu’il ne peut être occupé et parce qu’il se prête en com-mun à l’usage de tous. Pour les mêmes raisons… la mer est donc au nombre des choses qui ne sont point dans le commerce, c’est-à-dire qui ne peuvent devenir propriétés privées. La mer, étant insaisissable comme l’air, ne peut être ajoutée au domaine d’un peuple… Personne n’ignore qu’un navire qui traverse la mer n’y prend pas plus de droit qu’il n’y laisse de trace.
Ces mots publiés, le 11 mars 1609, pour la toute première fois, dans De la liberté de la mer de Grotius, témoignent, une fois de plus, de la volonté de son auteur de protéger la liberté des peuples.
Hugo de Groot (1583-1645), appelé Grotius, historiographe et philosophe hollandais, est connu comme le «père du droit international», réputation que lui vaut la publication de nombreux ouvrages, particulièrement Du droit de la guerre et de la paix, en 1625. Poursuivi pour ses opinions par les calvinistes et par Maurice de Nassau, Grotius, chantre de la liberté, quitte son pays en 1618 pour se réfugier en France où il devient ambassadeur de Suède au service de la reine Christine. Le « père du droit des peuples » sera un des premiers à se pencher sur le droit maritime.

Les aventuriers du Tibet

Statue tibétaine de Jokhang.
Statue tibétaine de Jokhang.

Tout le monde, ou presque, a entendu parler du Tibet, cette région d’Asie centrale formée d’un vaste plateau, bordée par la Chine, l’Inde, le Bouthan et le Népal. Situé en moyenne à une altitude de 4500 mètres, le Tibet apparaît comme la première marche conduisant à l’Himalaya, le toit du monde… Pour beaucoup, le Tibet est la terre d’origine du dalaï-lama, symbole du bouddhisme ; pour d’autres, c’est également un pays martyr dont on connaît peu l’histoire, si ce n’est à travers quelques films ; pour tous cependant, le Tibet apparaît comme une terre fascinante, une terre presque inconnue…
À peine cité par Marco Polo dans le Livre des Merveilles, le Tibet est si reculé, si inaccessible, qu’il restera longtemps ignoré des explorateurs, à quelques exceptions près, et il faudra attendre le XVIIIe et surtout le XIXe siècle, pour qu’il retienne l’attention des plus téméraires d’entre eux.
Six siècles d’explorations
Selon une vieille chronique germanique, il semble que c’est saint Hyacinthe qui, le premier, pénétra au Tibet au XIIIe siècle. Au siècle suivant, c’est le tour du moine Odorico de Pordenone qui, de 1316 à 1330, résida à Lhassa, la capitale de ce royaume interdit. Puis, durant trois siècles, plus rien : pas un voyageur, pas un religieux. En effet, ce n’est qu’en 1624, que le jésuite Antonio d’Andrada, poursuivant, selon l’exemple de saint François Xavier, la conversion de l’Asie, pénètre au Tibet, bientôt imité par d’autres religieux : en 1661, les pères Grueber et Dorville passent de Chine en Hindoustan en traversant le Tibet et les pères Freyre et Désideri viennent en 1690 prêcher dans ce pays.
Au cours du XVIIIe siècle, ce sont les capucins qui prennent le relais et viennent en nombre évangéliser -en vain- le Tibet ; durant cette même époque, des Anglais, des Français, des Hollandais parcourent le pays bien que, depuis l’installation des Chinois au Tibet, au milieu du XVIIIe siècle, la ville de Lhassa soit strictement interdite aux Européens. Une situation qui allait relancer les explorations dans ce pays, devenu encore plus fascinant parce qu’interdit… Le mouvement s’intensifie même plutôt durant tout le XIXe siècle : en 1811, le docteur Manning parcourt le pays, déguisé en médecin indigène, suivi, de 1844 à 1846 de deux missionnaires lazaristes, Huc et Gabet, qui, au cours d’un périple audacieux en Mongolie, pénètrent à Lhassa. Les deux « lamas de Jéhovah », comme ils se faisaient appeler, seront les derniers Européens à entrer dans la cité sainte du Tibet, la résidence du Bouddha vivant. Et il faudra attendre 1904 pour qu’un Anglais, appuyé d’un corps d’armée, puisse y entrer à son tour. D’ailleurs, peu après, le Tibet semble vouloir se fermer définitivement et, en 1854, la Société des Missions, à peine établit au Tibet, en est chassée. Enfin, à la fin du XIXe siècle, Gabriel Bonvalot et Henri d’Orléans, racontent leur périple, un des plus audacieux du XIXe siècle.
L’aventure de Bonvalot et du prince d’Orléans
Lorsqu’il décida d’accomplir ce voyage, Pierre-Gabriel Bonvalot était déjà un habitué de cette partie du monde, qui était devenue depuis « son domaine », sa spécialité : en 1880, il parcourt le Turkestan, Boukhara, Samarkande, explore les contreforts des monts Thian Shan et s’avance jusqu’au fleuve Amour ; en 1885, il parcourt le Lenkoran, en Perse ; à deux reprises, il tente de pénétrer en Afghanistan, en vain, puis organise une première expédition vers le plateau du Pamir, le « toit du monde », qu’il compte atteindre en plein hiver. L’aventure tibétaine n’est donc pas pour l’effrayer, malgré les conditions très dures que les explorateurs rencontreront.
En effet, au Tibet, les vents soufflent avec une violence inouïe et les températures peuvent descendre à 40° au-dessous de zéro ; la végétation est maigre et le relief dangereusement accidenté ; sans parler des quelque deux mille habitants hostiles à toute pénétration.

Un danseur tibétain, d'après une gravure du XIXe siècle.
Un danseur tibétain, d’après une gravure du XIXe siècle.

Peu importe pour Bonvalot et Orléans, ils comptent bien arriver jusqu’à Lhassa, la cité interdite aux Européens. Le 6 septembre 1889, ils partent donc de Kouldja, aux confins de l’Empire chinois, puis gagnent Tcharchlik, franchissent l’Altyntag et traversent la vallée de Tsaï-Dam. Ils ont réussi… enfin presque : en effet, es deux explorateurs vont effectivement s’approcher de Lhassa, mais ne pourront entrer dans la ville. Déçus, ils poursuivent néanmoins leur voyage vers l’est, atteignent Batang, puis le 29 septembre 1890, Hanoï, dans l’actuel Viêt-Nam.
Ce périple, qui a duré plus d’un an, leur aura permis de découvrir des régions totalement inexplorées et surtout d’observer les habitants des pays qu’ils visitaient, leurs coutumes, la faune et la flore, et de ramener ainsi une quantité d’informations extrêmement précieuses en Europe.  
Devenus d’éminentes célébrités, Gabriel Bonvalot et Henri d’Orléans vont pouvoir tenir en France de nombreuses conférences sur leur extraordinaire randonnée asiatique, conférences auxquelles le public, tant à Paris qu’en province, réservera un accueil chaleureux. Déjà, le Tibet fascine…

Alger est tombée ce matin

Audiance donnée au Général Hulin par le Bey d’Alger (1802)

Depuis le XVIIe siècle, l’Algérie était gouvernée par des deys, assistés par une élite turque, qui devinrent rapidement les champions de la guerre de course en Méditerranée. À tel point d’ailleurs que, ne pouvant rien contre les pirates algériens, la plupart des puissance occidentales durent verser un tribut annuel pour assurer leur sécurité.
Pourtant, au début du XIXe siècle, la France, contrairement aux autres puissances européennes, entretient de bonnes relations commerciales avec le dey d’Alger. Mais, en 1827, à la suite d’une obscure affaire de créances dues par la France, le dey Hussein soufflette le consul de France !
La réplique française ne se fait pas attendre : après avoir établi un blocus sur Alger, le roi Charles X décide, en 1830, de lancer une expédition militaire. Trente sept mille hommes, commandés par l’amiral Duperré et par le maréchal de Bourmont, débarquent sur les côtes algériennes le 14 juin. Après la victoire française de Staouéli, Alger capitule. C’était le matin du 5 juillet 1830.