Vasco de Gama au Natal

Vasco de Gama (v.1469-1524).
Vasco de Gama (v.1469-1524).

Après le traité de Tordesillas qui partage le monde entre Espagne et Portugal, ce dernier obtient la zone d’influence comprenant l’Inde. Vasco de Gama part donc en expédition avec, pour mission, de contourner l’Afrique et d’atteindre l’Inde. Gama s’embarque le 8 juillet 1497 avec trois caravelles. Après avoir quitté les îles du Cap Vert, il s’enfonce profondément dans l’océan Atlantique puis revient vers le continent africain. Le 8 novembre, il est au Cap et dépasse la croix de Diaz qui marque le point le plus lointain jamais atteint par les Européens, le 16 décembre.
Le jour de Noël 1497, Gama longe toute la côte sud-est de l’Afrique du Sud et donne à ce pays le nom de Natal, Natalis signifiant Noël. Au cours de leur périple, les Portugais prennent contact avec des marins arabes puis reprennent leur route et, le 20 mai 1498, jettent l’ancre à Calcutta.
Gama et ses hommes s’allient au rajah Sahondin, le maître du pays, afin de briser le monopole du commerce arabe dans cette région. Mais l’entreprise échoue et le navigateur doit reprendre la route du Portugal.
Après des épreuves difficiles, deux des trois caravelles, avec seulement cinquante-cinq survivants, arrivent en vue de Lisbonne en septembre 1499. Malgré ce demi-échec, la route des Indes est désormais ouverte.

Du pirate au corsaire

Des pirates prêts à l'attaque, d'après un tableau moderne.
Des pirates prêts à l’attaque, d’après un tableau moderne.

La piraterie est sans doute aussi vieille que la navigation et que les relations maritimes. De fait, il apparaît que dans l’Antiquité, elle était pratiquée presque systématiquement par tous les peuples côtiers de la Méditerranée et ni les Phéniciens ni les Grecs ne voyaient de différence notable entre le commerce et la piraterie. Elle trouvait même des justifications patriotiques dans les guerres endémiques qui opposaient les cités antiques, comme, au XVIIe siècle, le corsaire français trouvera dans la lutte avec l’Angleterre ou l’Espagne la justification à ses actions.
De fait, il faut bien attendre le XVIIe siècle pour voir une distinction entre le pirate et le corsaire. Pourtant, les razzias, les coups de main contre un village ou un navire étaient tout autant valorisés par leurs auteurs aux temps antiques ou au Moyen Âge comme une action plus politique que pécunière. La Méditerranée, sera le terrain privilégiée des pirates orientaux puis des musulmans, les fameux Barbaresques qui prolongeront sur la mer la lutte éternelle entre l’islam et la chrétienté ; la Baltique, quant à elle, demeurera aux mains des Vikings et c’est en partie pour lutter contre leurs actions que la ligue de la Hanse se formera au Xe siècle.
Il faudra attendre la conquête de l’Algérie (XIXe siècle) pour mettre fin à la piraterie en Méditerranée et pour voir naître une nouvelle forme de piraterie, celle des corsaires. La différence ? Il n’y en a guère, si ce n’est le nom. Car comme contre les Barbaresques, les corsaires se livraient à une guerre de course. Et s’ils étaient "limités" à l’araisonnage des navires ennemis, on retrouve bien dans cette petite manipulation la justification politique des temps antiques.

C’est la lutte finale…

Xerxès Ier (486-465 av. J.-C.).
Xerxès Ier (486-465 av. J.-C.).

Pour la seconde fois, les Perses tentent d’envahir la Grèce qui, cette fois, est unie face au danger. Après la sanglante -et si héroïque- défaite grecque aux Thermopyles, les Perses se sont emparés d’Athènes et du Pirée et préparent leur immense flotte à l’affrontement ultime. Nous sommes alors en 480 avant Jésus-Christ.
Après les Thermopyles, les Grecs avaient pris position au-delà du détroit de Salamine où, bloqués dans la baie, leur position semblait désespérée. Le bruit courait même chez les Perses que les Grecs allaient tenter de fuir durant la nuit. Alors les navires perses se précipitèrent dans le chenal.
Là, quelle ne fut pas leur surprise quand ils découvrirent une flotte, non pas en fuite, mais bel et bien prête à combattre un ennemi gêné par l’étroitesse du passage. L’étranglement du chenal jeta l’affolement dans les rangs perses dont les navires s’entrechoquaient, brisant leur rames et laissant tout loisir aux Grecs de les achever.
Après le combat de Salamine, les lambeaux de l’armée de Xerxès prirent péniblement le chemin du retour, en abandonnant, cette fois, définitivement, la conquête de la Grèce.

Le nouvel Éden de Bougainville

Louis Antoine de Bougainville (1729-1811).
Louis Antoine de Bougainville (1729-1811).

Je suis un voyageur et un marin, c’est-à-dire un menteur et un imbécile aux yeux de cette classe d’écrivains paresseux qui, dans les ombres de leur cabinet, philosophent à perte de vue sur ce monde et ses habitants.
Fils d’un notaire parisien, Antoine de Bougainville, après des études de mathématiques puis de droit, entre dans la Royale et découvre le Canada et le goût de l’aventure. Emporté par le virus de la découverte, Bougainville entame, en 1766, un tour du monde qui le conduira, du moins l’espère-t-il, vers un nouvel Éden.
Et début avril 1768, son rêve devient réalité : sous ses yeux émerveillés apparaît… Tahiti !
Enthousiasmé, Bougainville en fait une description idyllique, bien qu’il n’y soit resté que sept jours ! De retour en France, il tentera un dernier voyage mais c’est à Paris, en août 1811 que s’éteint un des plus grands navigateurs français.

La bataille d’Agosta

L'amiral Michel de Ruyter (1607-1676).
L’amiral Michel de Ruyter (1607-1676).

La révolte de Messine contre les autorités espagnoles, en 1676, est le prétexte tout trouvé pour Louis XIV de s’opposer encore à l’Espagne. C’est également l’occasion pour Duquesne d’affronter, une fois de plus, l’amiral hollandais Ruyter, venu soutenir les Espagnols. Après quelques combats, les navires ennemis s’opposent, de nouveau, à Agosta, le 22 avril 1676.
Le choc est terrible. Les deux chefs se retrouvent face à face. « Bientôt on vit quelque chose d’extraordinaire se passer sur La Concorde. Son feu chancela, elle vira de bord à la faveur des nuages épais que formaient, de part et d’autres, les canonnades. Ruyter vient de tomber, frappé à mort. ».
La nouvelle sème le désordre dans la flotte hollandaise qui rompt le combat. Duquesne s’incline devant la dépouille de son ennemi vaincu et, sur le passage du vaisseau qui ramène le Hollandais chez lui, Louis XIV ordonne qu’on lui rende les honneurs militaires.

Grotius et le droit maritime

Commun à tous et n’étant propre à personne, tel est l’air qui nous environne et parce qu’il ne peut être occupé et parce qu’il se prête en com-mun à l’usage de tous. Pour les mêmes raisons… la mer est donc au nombre des choses qui ne sont point dans le commerce, c’est-à-dire qui ne peuvent devenir propriétés privées. La mer, étant insaisissable comme l’air, ne peut être ajoutée au domaine d’un peuple… Personne n’ignore qu’un navire qui traverse la mer n’y prend pas plus de droit qu’il n’y laisse de trace.
Ces mots publiés, le 11 mars 1609, pour la toute première fois, dans De la liberté de la mer de Grotius, témoignent, une fois de plus, de la volonté de son auteur de protéger la liberté des peuples.
Hugo de Groot (1583-1645), appelé Grotius, historiographe et philosophe hollandais, est connu comme le «père du droit international», réputation que lui vaut la publication de nombreux ouvrages, particulièrement Du droit de la guerre et de la paix, en 1625. Poursuivi pour ses opinions par les calvinistes et par Maurice de Nassau, Grotius, chantre de la liberté, quitte son pays en 1618 pour se réfugier en France où il devient ambassadeur de Suède au service de la reine Christine. Le « père du droit des peuples » sera un des premiers à se pencher sur le droit maritime.

Amerigo Vespucci, le voleur de gloire ?

Amerigo Vespucci (1454-1512), d'après une gravure ancienne.
Amerigo Vespucci (1454-1512), d’après une gravure ancienne.

Etrange destin que celui de ce marin florentin dont la renommée dépasse celle des plus grands et qui, pourtant, n’a jamais rien découvert. Et c’est bien ce qu’on lui reproche. Voleur de gloire, Amerigo ? Opportuniste ? Ou simple victime d’une querelle perpétuelle entre l’Espagne et le Portugal ?
Le fait est que Vespucci n’a pas découvert le continent qui porte son prénom. C’est clair pour tout le monde, du moins à l’époque, cette découverte est le fait de Christophe Colomb. Mais Colomb ne pensait-il pas aborder les rives des Indes ?
Fils d’un notaire, issu d’une famille riche et considérée, Amerigo Vespucci quitte Florence et se rend en Espagne où il devient commis puis » directeur » d’une grande maison de commerce, celle d’un Florentin, comme lui. Chef comptable, il assurera l’armement des navires de la troisième expédition de Colomb. Peut-être cette transaction et le fait qu’un de ses frères se soit embarqué dans l’aventure en Orient –il a établi un comptoir à Jérusalem- vont pousser Vespucci à désirer découvrir, par lui-même, ces terres lointaines. A-t-il aborder les côtes mêmes du nouveau continent avant Colomb (qui, rappelons-le, aborde, lors de ses premiers voyages, les Antilles) ?
Peu importe, en fait car, même si cela avait été le cas et même si l’argument du lieu géographique pouvait tenir, les frères Cabot seraient alors, eux aussi, les découvreurs du continent, ayant aborder les côtes du Labrador en juin 1497, comme Vespucci, soit un an avant Colomb mais six ans après sa découverte des Antilles. En fait, Vespucci qui fera quatre voyages aux Amériques a surtout fait la découverte, essentielle, que ce continent n’était pas les Indes ou la Chine mais bien un nouveau continent. Et c’est sous les couleurs du Portugal qu’il fait cette constatation, un fait politique qui ne fera qu’alimenter la controverse. Qui l’alimentera mais qui ne la fera pas naître. Car si l’Amérique porte désormais et pour l’éternité le prénom de Vespucci, ce n’est pas par désir d’une  quelconque gloire de la part du Florentin. C’est tout simplement parce que cet homme lettré, amoureux des sciences et des découvertes, va écrire une relation de ses voyages. Et ces relations, ou du moins l’une d’elle –sans doute son troisième voyage-, va tomber entre les mains d’un certain Martin Walltzemüller, un imprimeur allemand ou lorrain. A la lecture des relations de voyages de Vespucci, Walltzemüller publie un petit traité de géographie, axé essentiellement sur les nouvelles découvertes, et donne au nouveau continent le nom d’America. Le nom restera, même si, à l’époque, personne n’a la moindre idée de ce que représente cette découverte ? Le nom restera et donnera à Vespucci une gloire éternelle, une gloire bien amère.

Suffren, héros de la Royale

Pierre de Suffren Saint-Tropez a profondément marqué de son empreinte personnelle l’histoire navale française. Au XVIIIe siècle, la marine connaît un renouveau exceptionnel et Suffren profitera pleinement de l’impulsion donnée par Stainville, Praslin, de Castries (1744-1788) mais aussi par Louis XVI (1754-1793) passionné par ce qu’il appelait joliment ses « chères affaires maritimes ».

Né le 17 juillet 1729, au château de Saint-Cannat, près d’Aix-en-Provence,  Pierre Suffren entre dans la garde de la marine à quatorze ans ; il y reste jusqu’en 1748, date à laquelle il entre à l’ordre de Malte. Successivement  commandeur et bailli de l’ordre, il réintègre la marine royale en 1754, au plus grand désespoir des… Anglais.
Convoitant les colonies françaises du Nouveau Monde, les navires anglais attaquent les transports français sur le Saint-Laurent. La France prend sa revanche à Minorque : l’escadre de La Galissonière et de Suffren fait battre en retraite l’amiral Bing et enlève Port-Mahon en 1756. Suffren est fait prisonnier l’année suivante, mais au cours de la guerre d’Indépendance américaine, il fait subir de graves dommages à l’escadre anglaise, au large du Cap Vert. La lutte maritime entre la France et l’Angleterre s’étend ensuite aux Indes. Pendant l’année 1782, commandant une escadre de douze frégates, Suffren, allié à Haïder-Ali, inflige une série de défaites à l’amiral sir Edward Hughes dans le golfe du Bengale. De retour en France en 1783, après la paix de Versailles, le vice-amiral Suffren trouve la mort dans un duel. Il reste une des plus grandes figures de la navigation : c’est lui qui fit adopter à la marine de guerre le tir de mitraille employé par les Anglais. On tire pour « démolir » et non plus pour « démâter » : la marine française devient alors plus efficace et plus meurtrière.

Pythéas, l’explorateur méconnu

Buste de Pythéas (IVe siècle avant J.-C.).
Buste de Pythéas (IVe siècle avant J.-C.).

Nous sommes au IVe siècle avant J.-C.. Marseille est alors une ville grecque florissante et un grand port de marchandises. C’est là que vit un mathématicien astronome nommé Pythéas.
Un jour, des voyageurs reviennent du nord en racontant que, là-bas, en été, la nuit n’existe pas. Curieux de nature, Pythéas veut aller vérifier ces dires extraordinaires. Voyant là une occasion de découvrir une nouvelle voie commerciale, les Timouques, les consuls de la cité phocéenne, acceptent de financer l’expédition. Sans doute en l’an 330 avant J.-C., l’Artémis lève l’ancre. Pythéas doit emprunter la route du Nord qui conduit vers l’étain et l’ambre -deux précieuses denrées que le monde méditerranéen reçoit de l’Europe du Nord, mais qui jusqu’alors arrivent par des routes terrestres.
Il lui faut affronter les Carthaginois qui, jaloux de leur hégémonie en Méditerranée et dans l’Atlantique, ont installé un poste de surveillance à Carthagène, sur la côte espagnole. Alors Pythéas navigue la nuit, véritable exploit pour l’époque, en se guidant grâce aux étoiles. Il fait même peindre l’Artémis en noir et doit ainsi lutter contre les superstitieux qui voient dans cette couleur un signe de mauvais augure.
Enfin, douze jours après son départ (peut-être le 1er avril), il atteint les Colonnes d’Hercule (Gibraltar) où se tiennent les Carthaginois. Une nef ennemie approche… Pythéas donne l’ordre d’attaquer : le commandant de l’embarcation carthaginoise est tué. C’est alors qu’une immense clameur de joie s’élève : ce sont les prisonniers grecs enfin libérés ! Pythéas a gagné : les Colonnes d’Hercule sont franchies.

Pythéas face à un monolithe breton (gravure du XIXe siècle).
Pythéas face à un monolithe breton (gravure du XIXe siècle).

Il longe les côtes ibériques, atteint le cap Finisterre, au nord-ouest de l’Espagne où il est obligé de naviguer sans voir la terre, fait exceptionnel pour l’époque. Au large d’Ouessant, il mouille dans une large baie aux eaux calmes afin de se reposer. Soudain, l’équipage se réveille : il n’y a plus d’eau sous le bateau ! Pythéas vient de découvrir la marée.
Il remonte ensuite le long de la côte anglaise, à l’est et au nord, et voit d’énormes cachalots qu’il nomme orques. Les îles des Orques seront appelées Orcades. Il entend dire que c’est vers l’étoile polaire, ou Thul-Al, que dort le soleil. Il emprunte donc le chemin que suivront quelques siècles plus tard les Vikings. Il accède ainsi à Thulé, l’Islande : endroit étonnant, où flottent des îles bleues et blanches, les icebergs, et où l’air est si épais de brouillard qu’il semble se mêler à l’eau et à la terre. Mais ses hommes sont tellement effrayés qu’il doit retourner sur ses pas.
Ayant recueilli un Scandinave égaré, il arrive, grâce à ce guide, jusqu’en Norvège. À Marseille, on s’impatiente. Que devient-il ? Alors Pythéas prend le chemin du retour.
Il profite du brouillard pour franchir les Colonnes d’Hercule et échappe ainsi, une fois encore, aux Carthaginois. Quand l’Artémis accoste à Marseille après cinq mois et dix jours de voyage, c’est sous les vivats et les félicitations : les cales sont chargées d’ambre et d’étain et tous ses hommes sont sains et saufs. Alors Pythéas raconte son étrange épopée. Une aventure si extraordinaire qu’on ne le croit pas ! Mensonges, affabulations ! Jusqu’à la fin de ses jours, il devra subir les railleries et les moqueries. Il faudra attendre des siècles pour que le navigateur soit enfin réhabilité.