Suffren, héros de la Royale

Pierre de Suffren Saint-Tropez a profondément marqué de son empreinte personnelle l’histoire navale française. Au XVIIIe siècle, la marine connaît un renouveau exceptionnel et Suffren profitera pleinement de l’impulsion donnée par Stainville, Praslin, de Castries (1744-1788) mais aussi par Louis XVI (1754-1793) passionné par ce qu’il appelait joliment ses « chères affaires maritimes ».

Né le 17 juillet 1729, au château de Saint-Cannat, près d’Aix-en-Provence,  Pierre Suffren entre dans la garde de la marine à quatorze ans ; il y reste jusqu’en 1748, date à laquelle il entre à l’ordre de Malte. Successivement  commandeur et bailli de l’ordre, il réintègre la marine royale en 1754, au plus grand désespoir des… Anglais.
Convoitant les colonies françaises du Nouveau Monde, les navires anglais attaquent les transports français sur le Saint-Laurent. La France prend sa revanche à Minorque : l’escadre de La Galissonière et de Suffren fait battre en retraite l’amiral Bing et enlève Port-Mahon en 1756. Suffren est fait prisonnier l’année suivante, mais au cours de la guerre d’Indépendance américaine, il fait subir de graves dommages à l’escadre anglaise, au large du Cap Vert. La lutte maritime entre la France et l’Angleterre s’étend ensuite aux Indes. Pendant l’année 1782, commandant une escadre de douze frégates, Suffren, allié à Haïder-Ali, inflige une série de défaites à l’amiral sir Edward Hughes dans le golfe du Bengale. De retour en France en 1783, après la paix de Versailles, le vice-amiral Suffren trouve la mort dans un duel. Il reste une des plus grandes figures de la navigation : c’est lui qui fit adopter à la marine de guerre le tir de mitraille employé par les Anglais. On tire pour « démolir » et non plus pour « démâter » : la marine française devient alors plus efficace et plus meurtrière.

Pythéas, l’explorateur méconnu

Buste de Pythéas (IVe siècle avant J.-C.).
Buste de Pythéas (IVe siècle avant J.-C.).

Nous sommes au IVe siècle avant J.-C.. Marseille est alors une ville grecque florissante et un grand port de marchandises. C’est là que vit un mathématicien astronome nommé Pythéas.
Un jour, des voyageurs reviennent du nord en racontant que, là-bas, en été, la nuit n’existe pas. Curieux de nature, Pythéas veut aller vérifier ces dires extraordinaires. Voyant là une occasion de découvrir une nouvelle voie commerciale, les Timouques, les consuls de la cité phocéenne, acceptent de financer l’expédition. Sans doute en l’an 330 avant J.-C., l’Artémis lève l’ancre. Pythéas doit emprunter la route du Nord qui conduit vers l’étain et l’ambre -deux précieuses denrées que le monde méditerranéen reçoit de l’Europe du Nord, mais qui jusqu’alors arrivent par des routes terrestres.
Il lui faut affronter les Carthaginois qui, jaloux de leur hégémonie en Méditerranée et dans l’Atlantique, ont installé un poste de surveillance à Carthagène, sur la côte espagnole. Alors Pythéas navigue la nuit, véritable exploit pour l’époque, en se guidant grâce aux étoiles. Il fait même peindre l’Artémis en noir et doit ainsi lutter contre les superstitieux qui voient dans cette couleur un signe de mauvais augure.
Enfin, douze jours après son départ (peut-être le 1er avril), il atteint les Colonnes d’Hercule (Gibraltar) où se tiennent les Carthaginois. Une nef ennemie approche… Pythéas donne l’ordre d’attaquer : le commandant de l’embarcation carthaginoise est tué. C’est alors qu’une immense clameur de joie s’élève : ce sont les prisonniers grecs enfin libérés ! Pythéas a gagné : les Colonnes d’Hercule sont franchies.

Pythéas face à un monolithe breton (gravure du XIXe siècle).
Pythéas face à un monolithe breton (gravure du XIXe siècle).

Il longe les côtes ibériques, atteint le cap Finisterre, au nord-ouest de l’Espagne où il est obligé de naviguer sans voir la terre, fait exceptionnel pour l’époque. Au large d’Ouessant, il mouille dans une large baie aux eaux calmes afin de se reposer. Soudain, l’équipage se réveille : il n’y a plus d’eau sous le bateau ! Pythéas vient de découvrir la marée.
Il remonte ensuite le long de la côte anglaise, à l’est et au nord, et voit d’énormes cachalots qu’il nomme orques. Les îles des Orques seront appelées Orcades. Il entend dire que c’est vers l’étoile polaire, ou Thul-Al, que dort le soleil. Il emprunte donc le chemin que suivront quelques siècles plus tard les Vikings. Il accède ainsi à Thulé, l’Islande : endroit étonnant, où flottent des îles bleues et blanches, les icebergs, et où l’air est si épais de brouillard qu’il semble se mêler à l’eau et à la terre. Mais ses hommes sont tellement effrayés qu’il doit retourner sur ses pas.
Ayant recueilli un Scandinave égaré, il arrive, grâce à ce guide, jusqu’en Norvège. À Marseille, on s’impatiente. Que devient-il ? Alors Pythéas prend le chemin du retour.
Il profite du brouillard pour franchir les Colonnes d’Hercule et échappe ainsi, une fois encore, aux Carthaginois. Quand l’Artémis accoste à Marseille après cinq mois et dix jours de voyage, c’est sous les vivats et les félicitations : les cales sont chargées d’ambre et d’étain et tous ses hommes sont sains et saufs. Alors Pythéas raconte son étrange épopée. Une aventure si extraordinaire qu’on ne le croit pas ! Mensonges, affabulations ! Jusqu’à la fin de ses jours, il devra subir les railleries et les moqueries. Il faudra attendre des siècles pour que le navigateur soit enfin réhabilité.

Bataille navale d’Algésiras

La paix de Lunéville (9 février 1801) qui garantissait à la France la paix sur le continent vient d’être signée, quand la guerre maritime se déclenche avec l’Angleterre.
Par le blocus de Malte et l’isolement dans lequel l’Angleterre tient l’Égypte, elle prouve qu’elle est, sans conteste, maîtresse des océans. Pourtant, ces succès sont entachés par les incursions incessantes de la marine française en Méditerranée.
Les Anglais, avec leurs cent quatre-vingt-quinze vaisseaux de ligne et leurs deux cent cinquante frégates, ont une considérable force navale. Sous l’impulsion du premier consul et le commandement de marins prestigieux, la marine française renoue avec sa gloire d’antan.
La victoire d’Algésiras le prouve : le 5 juillet 1801, au détroit de Gibraltar, le contre-amiral Linois inflige une sévère défaite à l’orgueilleuse Albion. Linois, avec trois vaisseaux, va détruire deux navires anglais et endommager gravement six autres. Ce succès, bien qu’éphémère, contribuera à rehausser le prestige de la marine de France en plein renouveau et désormais prête à affronter l’Angleterre en Méditerranée comme ailleurs.

Les Cabot : explorateurs de père en fils

Sébastien Cabot (vers 1480-1557).
Sébastien Cabot (vers 1480-1557).

Il faut reconnaître que Sébastien Cabot a de qui tenir. Son père, en effet, Giovanni Caboto, devenu John Cabot par la grâce de son bienfaiteur le roi d’Angleterre Henri VII, a déjà abordé les rivages américains lors de l’expédition de 1497. Mais on ignore le lieu précis du débarquement : est-ce le Labrador, Terre-Neuve ou l’île du Cap Breton ?
Un an plus tard, en 1498, John Cabot, toujours poussé par Henri VII, tenta une nouvelle fois d’ouvrir un chemin maritime, par l’ouest, vers l’Inde et la Chine et cette fois, on a la certitude qu’il atteignit le Labrador.
Le jeune Sébastien Cabot fut donc bercé dès son enfance par ces récits de découvertes et d’aventures où son père jouait un rôle de premier plan. Il passe son enfance à Bristol, une des plus grandes métropoles commerciales de l’Angleterre. Dans cette cité portuaire où se mêlaient marins et marchands venus des quatre coins du monde, le jeune Sébastien se prend de passion pour la mer et ses promesses illimitées de gloire et de richesse. Mais il ne se contente pas d’être un marin intrépide ; il poursuit également de solides études classiques : il apprend le grec et le latin, dévore les auteurs de l’Antiquité et surtout Hérodote, le premier et le plus grand reporter-historien de son temps (au Ve siècle avant J.-C.), découvre avec ardeur les récits des voyageurs arabes, notamment ceux de Massoudi,  l’auteur des Prairies d’or qui constitue la plus vaste compilation sur le monde au Xe siècle.
C’est d’ailleurs chez Massoudi que Cabot s’initie à l’astronomie et à la cosmogonie.
À l’âge de vingt et un ans, Sébastien Cabot participe à l’expédition organisée par son père et débarque en Amérique le 24 juin 1497. Il fera aussi partie des autres voyages accomplis par son père en 1498 et en 1500. Après la mort d’Henri VII, en 1509, Sébastien Cabot quitte l’Angleterre et va s’installer à Séville, en Espagne, où le roi Ferdinand II le Catholique lui accorde une rente mensuelle somptueuse (cinquante mille maravedis, ce qui correspond aujourd’hui à vingt mille francs) et le titre de premier cosmographe du royaume.
Sous le règne de Charles Quint, Sébastien Cabot devient le piloto mayor de l’empereur et membre du conseil des Indes. Après plusieurs voyages d’exploration en Amérique du Sud, notamment au Paraguay, Cabot, sans doute par désir d’améliorer son statut et de s’initier à de nouvelles expéditions, quitte l’Espagne et revient à Londres. De là, il ne dirigera plus qu’une expédition vers l’Est cette fois et la mer de Glace. Son retour à Londres sera son dernier voyage et c’est dans la capitale anglaise qu’il meurt en 1557.

Surcouf, l’aventurier des mers

Immortalisé par toute la littérature populaire, Robert Surcouf est né à Saint-Malo le 12 décembre 1773.
Fougueux et indiscipliné dès son plus jeune âge, il embarque pour les Indes en tant que mousse : il a à peine treize ans. Devenu lieutenant en 1791, il fait plusieurs voyages entre Madagascar et l’île Bourbon (La Réunion) comme négrier. Mais c’est surtout en tant que corsaire que Surcouf se distingue : à bord de l’Émilie, de la Clarisse, de la Confiance et du Revenant, il sillonne l’océan Indien, attaquant les navires anglais qu’il rencontre. Surcouf devient alors la «bête noire» de la Compagnie des Indes qui met sa tête à prix, sans aucun succès.
Devenu extrêmement riche, il revient à Saint-Malo où il s’installe comme armateur avant de mourir en 1827. Surcouf reste l’un des pirates les plus admirés et ses aventures ne cessent de faire rêver les adultes et les enfants.

Gama ouvre l’Inde au monde

Vasco de Gama (vers 1469-1524) devant le roi de Calicutt (iconographie du XIXe siècle).
Vasco de Gama (vers 1469-1524) devant le roi de Calicutt (iconographie du XIXe siècle).

C’est Joao Ier et surtout son fils, Henri le Navigateur, qui sont à l’origine de l’extraordinaire expansion maritime du Portugal au XVe siècle. Fondateur d’un immense chantier naval, inspirateur d’une véritable « école » de géographes, Henri le Navigateur verra sous son règne la découverte de Madère, des Açores, du Cap-Vert, de la Guinée et du Sierra Leone. À sa mort, les caravelles portugaises approchent de l’équateur et longent la côte du Liberia actuel. L’impulsion est donnée et, à partir de 1460, l’exploration et le commerce sur les côtes de Guinée sont confiés à Fernao Gomes, qui a pour mission de découvrir chaque année près de cent lieues de littoral ! Grâce à l’expérience accumulée ainsi qu’aux progrès réalisés par les Portugais dans l’art de la navigation, Fernao Gomes avance progressivement vers le sud, tout en développant efficacement le commerce dans la région de la Guinée. Désirant détourner vers Lisbonne le courant des épices qui fait la fortune des Ottomans et des Vénitiens, Joao II fera explorer systématiquement les côtes de l’Afrique et rechercher les meilleures routes dans l’Atlantique Sud. C’est ainsi qu’en 1487, les navires de Bartolomé Diaz doublent le cap des Tempêtes, rebaptisé cap de Bonne-Espérance : l’océan Indien communique avec l’océan Atlantique et il est donc possible d’atteindre les Indes… en contournant l’Afrique.
C’est ce qu’entreprendra Vasco de Gama, sur la demande de dom Manuel « O Venturoso » (c’est-à-dire l’Aventurier). En juillet 1497, Gama quitte Belem, au Portugal, double le cap de Bonne-Espérance et aborde le Mozambique avant d’atteindre Calcutta en 1498. Une odyssée fascinante, relatée par un de ses compagnons, Alvaro Velho. Devenu Amiral des Indes, il entreprendra une seconde expédition, en 1502, qui marque le début de l’empire colonial portugais. Un empire commercial qui fera la richesse du Portugal durant des années.
Avec Gama, écrit Arnold Toynbee, « le Portugal a ouvert à l’Occident le monde fascinant de l’Orient. Dorénavant, s’opère l’intercommunication de tous les cycles culturels qui a divisé l’histoire en deux grandes époques : avant Vasco de Gama et après Vasco de Gama ».

Portugal : naissance d’un nouvel empire maritime

Petit par la taille et grand par l’ambition : telle pourrait être la devise qui résume le mieux l’histoire du Portugal. C’est en effet ce petit pays, peuplé d’à peine un million d’habitants, qui va inaugurer, le premier et bien avant la très puissante Espagne, sa voisine et sa rivale, une ère nouvelle dans l’histoire de l’Europe et du monde. Un formidable défi accompli grâce à Henri le Navigateur et à quelques autres souverains portugais comme Alfonse V ou Joao II.
Avec dom Joao Ier, une nouvelle ère s’ouvre dans l’histoire du Portugal qui va se lancer dans de vastes entreprises outre-mer de manière systématique. Le tout premier aspect que prend l’expansion maritime portugaise est celui d’une croisade. En 1415, en effet, dom Joao Ier décide de prendre la place de Ceuta (au nord du Maroc), pour des raisons complexes où il est bien difficile de distinguer les motifs religieux, politiques ou encore économiques.
Au cours de cette expédition, les Portugais reçoivent des marchands arabes et juifs qu’ils rencontrent des renseignements précieux sur les routes et les pays dont, bientôt, ils voudront se rendre maîtres. Pourtant, cette politique marocaine se solde par un échec : le désastre de Tanger en 1437. Suite à cette défaite, Fernando, « l’infant martyr » restera prisonnier des Maures jusqu’à sa mort à Fès, en 1448.
Le prince Henrique, frère de l’infant Fernando, est à la tête des entreprises maritimes portugaises et donne l’impulsion aux voyages en direction du sud, le long de la côte atlantique de l’Afrique. Madère est découverte dès 1418, les Açores de 1427 en 1450, les îles du Cap-Vert en 1457.
En 1433, les bateaux de la flotte qu’il a fait lui-même construire pénètrent dans le golfe d’Arguim. Poursuivant leur avance vers le sud, ils parviennent à la hauteur du Sénégal et atteignent la Guinée. En 1460, ils arrivent à la Sierra Leone. À la mort d’Henrique, plus connu sous le nom « d’Henrique le Navigateur », les caravelles portugaises approchent de l’équateur et longent la côte du Liberia actuel.
À partir de 1460, l’exploration et le commerce sur les côtes de Guinée sont confiés à Fernao Gomes, qui a pour mission de découvrir chaque année près de cent lieues de littoral ! Grâce à l’expérience accumulée ainsi qu’aux progrès réalisés par les Portugais dans l’art de la navigation, Fernao Gomes avance progressivement vers le sud et développe efficacement le commerce dans la région de la Guinée.
Devenu roi en 1438, dom Alfonso V, désireux aussi de venger la défaite et le martyre de son frère, intensifie la politique nord-africaine. Il reprend la politique de conquête au Maroc et, en 1471, il s’empare d’Argila, de Tanger et de Larache. C’est à la suite de ces victoires qu’il adopte le titre de « roi du Portugal d’en-deçà et d’au-delà de la mer, en Afrique ».
Avant et après Vasco de Gama
Les successeurs de dom Alfonso V ne poursuivent guère sa politique marocaine. Dom Joao II, quant à lui, souhaite avant tout détourner vers Lisbonne le courant des épices qui fait la fortune des Ottomans et des Vénitiens. Il fait alors explorer systématiquement les côtes de l’Afrique et rechercher les meilleures routes dans l’Atlantique Sud. En 1487, les navires de Bartolomeu Diaz doublent le cap des Tempêtes, rebaptisé cap de Bonne-Espérance : ce voyage prouve que l’océan Indien communique avec l’océan Atlantique et qu’il est donc possible d’atteindre les Indes… en contournant l’Afrique.
Mais dom Joao II meurt en 1495, avant d’avoir pu achever son œuvre. Deux ans plus tard, le 8 juillet 1497, dom Manuel « O Venturoso » (c’est-à-dire l’Aventurier) confie à Vasco de Gama la flotte qu’il a lui-même organisée avec soin et qui prend le départ à Belem. Pour la première fois, les flottes portugaises se composent de nefs puissantes et rapides, qui sont à la fois des navires de guerre bien armés et des bateaux de transport. À son voyage d’aller, la flotte décrit un large détour dans l’Atlantique Sud, pour éviter les vents contraires. Ayant doublé le cap de Bonne-Espérance, elle aborde au Mozambique ainsi qu’à Mombasa. Le voyage, éprouvant, se poursuit vers Mélinde et Calicut, que Vasco de Gama atteint en 1498 et où il traite avec le chef local, le Samorim.
Le Portugal a ouvert au monde occidental le monde fascinant de l’Orient. Dorénavant, s’opère l’intercommunication de tous les cycles culturels, écrit Arnold Toynbee, qui a divisé l’histoire universelle en deux grandes époques : avant Vasco de Gama et après Vasco de Gama.
En 1500, la puissante flotte de Pedro Alvarez Cabral s’engage sur la route de l’Inde. Poursuivant sa route, comme le relate une lettre du pilote Pero Vaz de Caminha à dom Manuel, elle trouve une terre ferme, la Terra de Santa Cruz, à la suite d’un large détour en direction sud-ouest, ce qui semble suggérer qu’il s’agit d’une reconnaissance ou d’une prise de possession officielle de la côte brésilienne. Cette même année, les Portugais atteignent la côte orientale de l’Amérique du Nord. Auparavant déjà, quelques expéditions parties du Portugal ont abordé au Groenland et à Terre-Neuve.
Pedro Alvarez Cabral, après avoir contourné le continent sud-américain, jette l’ancre sur la côte indienne, à Cochin, la toute première forteresse portugaise. D’autres expéditions se rendent en Orient ; mais les intérêts déjà établis là-bas, aussi bien politiques qu’économiques, sont très forts et se dressent contre la puissance portugaise.
Dom Manuel envoie alors en Inde, comme vice-roi, Francisco de Almeida, chargé de développer la région et d’enrayer toute opposition. Celui-ci entreprend la construction de plusieurs forteresses à Angedive, Cananore et Cochin. La défaite infligée près de Diu aux escadres du sultan d’Égypte, allié aux Vénitiens, détermine pour un siècle la domination portugaise dans l’océan Indien.
Création de l’Empire lusitanien
L’avance portugaise se poursuit. En 1510 Alfonso Albuquerque, second gouverneur de l’Inde, conquiert Goa qui devient alors le centre de l’administration portugaise en Inde. En 1511, il s’empare de Malacca, qui domine les chemins de l’Extrême-Orient, et étend le commerce royal jusqu’aux Moluques. Puis, n’étant pas parvenu à conquérir Aden en 1515, il érige une forteresse à Ormuz. Outre la domination portugaise sur le commerce oriental, Albuquerque vise au rapprochement avec l’Inde, comme le montre sa politique matrimoniale, et il s’efforce d’intéresser les natifs à l’administration des territoires intégrés dans la souveraineté portugaise.
Entre 1515 et 1520, un navigateur portugais expérimenté qui s’est mis au service de l’Espagne, Fernand de Magellan, se propose de parvenir aux Moluques par les mers occidentales et il obtient que Charles Quint lui confie une petite flotte de cinq vaisseaux. Magellan, empruntant le détroit qui portera son nom, arrive en vue des Philippines, où il est assassiné. Son second, Sebastiano del Cano, achève le voyage jusqu’en Espagne, cette fois par le chemin portugais : le voyage de navigation autour de la terre se trouve ainsi accompli.
Les conséquences de ces découvertes et de ces conquêtes sont d’une extrême importance, autant pour l’histoire du Portugal que pour l’histoire universelle. Sur le plan strictement portugais, elles entraînent la création d’un Empire lusitanien, assurant à travers le monde la souveraineté politique portugaise. Sur le plan international, les horizons humains se trouvent élargis et les sciences expérimentales (géographie, cosmographie, science nautique ou médecine) se développent.

Le « coup » de Trafalgar

Amiral Horatio Nelson (1758-1805).
Amiral Horatio Nelson (1758-1805).

Quand l’amiral Villeneuve, commandant la flotte « combinée » franco-espagnole, reçoit l’ordre exprès de l’Empereur de quitter Cadix et de gagner Naples, les navires anglais croisent au large de la côte andalouse. Tenter une sortie serait une véritable folie mais Villeneuve n’a pas le choix, les ordres impériaux ne se discutent pas. La flotte « combinée » quitte donc Cadix avec, à ses trousses, l’amiral Nelson, le commandant de la flotte britannique. Les escadres s’affrontent le 21 octobre 1805, à Trafalgar.
La tactique de l’Anglais est simple : foncer en masse compacte et disloquer la flotte ennemie en deux points distincts. C’est la « Nelson touch » ! Le plan est suivi rigoureusement et vingt des vingt-huit navires constituant la flotte franco-espagnole tombent aux mains des Anglais. La tactique de Nelson est un franc succès mais le génial amiral a été touché d’une balle à la colonne vertébrale. Il ne survivra que trois heures à sa si brillante victoire…

Le Radeau de la Méduse

Tout le monde connaît le superbe et fascinant tableau de Théodore Géricault intitulé Le Radeau de la Méduse. Personne n’a pu, à la vue de ce chef-d’œuvre, rester insensible à la détresse des personnages, affamés et assoiffés… Ce tableau n’est que l’expression de la réalité, telle que les survivants l’ont décrite à Géricault.
Tout a commencé le 2 juillet 1816. La frégate La Méduse, ayant quelques quatre cents marins à son bord, cingle vers les côtes du Sénégal où elle doit reprendre possession des comptoirs annexés par les Anglais. Mais une manœuvre malencontreuse du capitaine de Chaumareyx fait échouer le bateau sur des récifs au large des côtes sahariennes.
Les canots étant insuffisants, cent cinquante hommes prennent place sur un radeau improvisé. C’est alors que commencent douze jours d’horreur. Dérivant lentement sous une chaleur écrasante, le radeau semble définitivement perdu quand, le 14 juillet, le brick anglais Argus découvre le radeau. Sur les cent cinquante matelots embarqués, il n’en reste que quinze ; les autres sont morts de faim, de soif, se sont suicidés ou ont été dévorés par leurs compagnons…