C’est la lutte finale…

Xerxès Ier (486-465 av. J.-C.).
Xerxès Ier (486-465 av. J.-C.).

Pour la seconde fois, les Perses tentent d’envahir la Grèce qui, cette fois, est unie face au danger. Après la sanglante -et si héroïque- défaite grecque aux Thermopyles, les Perses se sont emparés d’Athènes et du Pirée et préparent leur immense flotte à l’affrontement ultime. Nous sommes alors en 480 avant Jésus-Christ.
Après les Thermopyles, les Grecs avaient pris position au-delà du détroit de Salamine où, bloqués dans la baie, leur position semblait désespérée. Le bruit courait même chez les Perses que les Grecs allaient tenter de fuir durant la nuit. Alors les navires perses se précipitèrent dans le chenal.
Là, quelle ne fut pas leur surprise quand ils découvrirent une flotte, non pas en fuite, mais bel et bien prête à combattre un ennemi gêné par l’étroitesse du passage. L’étranglement du chenal jeta l’affolement dans les rangs perses dont les navires s’entrechoquaient, brisant leur rames et laissant tout loisir aux Grecs de les achever.
Après le combat de Salamine, les lambeaux de l’armée de Xerxès prirent péniblement le chemin du retour, en abandonnant, cette fois, définitivement, la conquête de la Grèce.

Les Cabot : explorateurs de père en fils

Sébastien Cabot (vers 1480-1557).
Sébastien Cabot (vers 1480-1557).

Il faut reconnaître que Sébastien Cabot a de qui tenir. Son père, en effet, Giovanni Caboto, devenu John Cabot par la grâce de son bienfaiteur le roi d’Angleterre Henri VII, a déjà abordé les rivages américains lors de l’expédition de 1497. Mais on ignore le lieu précis du débarquement : est-ce le Labrador, Terre-Neuve ou l’île du Cap Breton ?
Un an plus tard, en 1498, John Cabot, toujours poussé par Henri VII, tenta une nouvelle fois d’ouvrir un chemin maritime, par l’ouest, vers l’Inde et la Chine et cette fois, on a la certitude qu’il atteignit le Labrador.
Le jeune Sébastien Cabot fut donc bercé dès son enfance par ces récits de découvertes et d’aventures où son père jouait un rôle de premier plan. Il passe son enfance à Bristol, une des plus grandes métropoles commerciales de l’Angleterre. Dans cette cité portuaire où se mêlaient marins et marchands venus des quatre coins du monde, le jeune Sébastien se prend de passion pour la mer et ses promesses illimitées de gloire et de richesse. Mais il ne se contente pas d’être un marin intrépide ; il poursuit également de solides études classiques : il apprend le grec et le latin, dévore les auteurs de l’Antiquité et surtout Hérodote, le premier et le plus grand reporter-historien de son temps (au Ve siècle avant J.-C.), découvre avec ardeur les récits des voyageurs arabes, notamment ceux de Massoudi,  l’auteur des Prairies d’or qui constitue la plus vaste compilation sur le monde au Xe siècle.
C’est d’ailleurs chez Massoudi que Cabot s’initie à l’astronomie et à la cosmogonie.
À l’âge de vingt et un ans, Sébastien Cabot participe à l’expédition organisée par son père et débarque en Amérique le 24 juin 1497. Il fera aussi partie des autres voyages accomplis par son père en 1498 et en 1500. Après la mort d’Henri VII, en 1509, Sébastien Cabot quitte l’Angleterre et va s’installer à Séville, en Espagne, où le roi Ferdinand II le Catholique lui accorde une rente mensuelle somptueuse (cinquante mille maravedis, ce qui correspond aujourd’hui à vingt mille francs) et le titre de premier cosmographe du royaume.
Sous le règne de Charles Quint, Sébastien Cabot devient le piloto mayor de l’empereur et membre du conseil des Indes. Après plusieurs voyages d’exploration en Amérique du Sud, notamment au Paraguay, Cabot, sans doute par désir d’améliorer son statut et de s’initier à de nouvelles expéditions, quitte l’Espagne et revient à Londres. De là, il ne dirigera plus qu’une expédition vers l’Est cette fois et la mer de Glace. Son retour à Londres sera son dernier voyage et c’est dans la capitale anglaise qu’il meurt en 1557.

Portugal : naissance d’un nouvel empire maritime

Petit par la taille et grand par l’ambition : telle pourrait être la devise qui résume le mieux l’histoire du Portugal. C’est en effet ce petit pays, peuplé d’à peine un million d’habitants, qui va inaugurer, le premier et bien avant la très puissante Espagne, sa voisine et sa rivale, une ère nouvelle dans l’histoire de l’Europe et du monde. Un formidable défi accompli grâce à Henri le Navigateur et à quelques autres souverains portugais comme Alfonse V ou Joao II.
Avec dom Joao Ier, une nouvelle ère s’ouvre dans l’histoire du Portugal qui va se lancer dans de vastes entreprises outre-mer de manière systématique. Le tout premier aspect que prend l’expansion maritime portugaise est celui d’une croisade. En 1415, en effet, dom Joao Ier décide de prendre la place de Ceuta (au nord du Maroc), pour des raisons complexes où il est bien difficile de distinguer les motifs religieux, politiques ou encore économiques.
Au cours de cette expédition, les Portugais reçoivent des marchands arabes et juifs qu’ils rencontrent des renseignements précieux sur les routes et les pays dont, bientôt, ils voudront se rendre maîtres. Pourtant, cette politique marocaine se solde par un échec : le désastre de Tanger en 1437. Suite à cette défaite, Fernando, « l’infant martyr » restera prisonnier des Maures jusqu’à sa mort à Fès, en 1448.
Le prince Henrique, frère de l’infant Fernando, est à la tête des entreprises maritimes portugaises et donne l’impulsion aux voyages en direction du sud, le long de la côte atlantique de l’Afrique. Madère est découverte dès 1418, les Açores de 1427 en 1450, les îles du Cap-Vert en 1457.
En 1433, les bateaux de la flotte qu’il a fait lui-même construire pénètrent dans le golfe d’Arguim. Poursuivant leur avance vers le sud, ils parviennent à la hauteur du Sénégal et atteignent la Guinée. En 1460, ils arrivent à la Sierra Leone. À la mort d’Henrique, plus connu sous le nom « d’Henrique le Navigateur », les caravelles portugaises approchent de l’équateur et longent la côte du Liberia actuel.
À partir de 1460, l’exploration et le commerce sur les côtes de Guinée sont confiés à Fernao Gomes, qui a pour mission de découvrir chaque année près de cent lieues de littoral ! Grâce à l’expérience accumulée ainsi qu’aux progrès réalisés par les Portugais dans l’art de la navigation, Fernao Gomes avance progressivement vers le sud et développe efficacement le commerce dans la région de la Guinée.
Devenu roi en 1438, dom Alfonso V, désireux aussi de venger la défaite et le martyre de son frère, intensifie la politique nord-africaine. Il reprend la politique de conquête au Maroc et, en 1471, il s’empare d’Argila, de Tanger et de Larache. C’est à la suite de ces victoires qu’il adopte le titre de « roi du Portugal d’en-deçà et d’au-delà de la mer, en Afrique ».
Avant et après Vasco de Gama
Les successeurs de dom Alfonso V ne poursuivent guère sa politique marocaine. Dom Joao II, quant à lui, souhaite avant tout détourner vers Lisbonne le courant des épices qui fait la fortune des Ottomans et des Vénitiens. Il fait alors explorer systématiquement les côtes de l’Afrique et rechercher les meilleures routes dans l’Atlantique Sud. En 1487, les navires de Bartolomeu Diaz doublent le cap des Tempêtes, rebaptisé cap de Bonne-Espérance : ce voyage prouve que l’océan Indien communique avec l’océan Atlantique et qu’il est donc possible d’atteindre les Indes… en contournant l’Afrique.
Mais dom Joao II meurt en 1495, avant d’avoir pu achever son œuvre. Deux ans plus tard, le 8 juillet 1497, dom Manuel « O Venturoso » (c’est-à-dire l’Aventurier) confie à Vasco de Gama la flotte qu’il a lui-même organisée avec soin et qui prend le départ à Belem. Pour la première fois, les flottes portugaises se composent de nefs puissantes et rapides, qui sont à la fois des navires de guerre bien armés et des bateaux de transport. À son voyage d’aller, la flotte décrit un large détour dans l’Atlantique Sud, pour éviter les vents contraires. Ayant doublé le cap de Bonne-Espérance, elle aborde au Mozambique ainsi qu’à Mombasa. Le voyage, éprouvant, se poursuit vers Mélinde et Calicut, que Vasco de Gama atteint en 1498 et où il traite avec le chef local, le Samorim.
Le Portugal a ouvert au monde occidental le monde fascinant de l’Orient. Dorénavant, s’opère l’intercommunication de tous les cycles culturels, écrit Arnold Toynbee, qui a divisé l’histoire universelle en deux grandes époques : avant Vasco de Gama et après Vasco de Gama.
En 1500, la puissante flotte de Pedro Alvarez Cabral s’engage sur la route de l’Inde. Poursuivant sa route, comme le relate une lettre du pilote Pero Vaz de Caminha à dom Manuel, elle trouve une terre ferme, la Terra de Santa Cruz, à la suite d’un large détour en direction sud-ouest, ce qui semble suggérer qu’il s’agit d’une reconnaissance ou d’une prise de possession officielle de la côte brésilienne. Cette même année, les Portugais atteignent la côte orientale de l’Amérique du Nord. Auparavant déjà, quelques expéditions parties du Portugal ont abordé au Groenland et à Terre-Neuve.
Pedro Alvarez Cabral, après avoir contourné le continent sud-américain, jette l’ancre sur la côte indienne, à Cochin, la toute première forteresse portugaise. D’autres expéditions se rendent en Orient ; mais les intérêts déjà établis là-bas, aussi bien politiques qu’économiques, sont très forts et se dressent contre la puissance portugaise.
Dom Manuel envoie alors en Inde, comme vice-roi, Francisco de Almeida, chargé de développer la région et d’enrayer toute opposition. Celui-ci entreprend la construction de plusieurs forteresses à Angedive, Cananore et Cochin. La défaite infligée près de Diu aux escadres du sultan d’Égypte, allié aux Vénitiens, détermine pour un siècle la domination portugaise dans l’océan Indien.
Création de l’Empire lusitanien
L’avance portugaise se poursuit. En 1510 Alfonso Albuquerque, second gouverneur de l’Inde, conquiert Goa qui devient alors le centre de l’administration portugaise en Inde. En 1511, il s’empare de Malacca, qui domine les chemins de l’Extrême-Orient, et étend le commerce royal jusqu’aux Moluques. Puis, n’étant pas parvenu à conquérir Aden en 1515, il érige une forteresse à Ormuz. Outre la domination portugaise sur le commerce oriental, Albuquerque vise au rapprochement avec l’Inde, comme le montre sa politique matrimoniale, et il s’efforce d’intéresser les natifs à l’administration des territoires intégrés dans la souveraineté portugaise.
Entre 1515 et 1520, un navigateur portugais expérimenté qui s’est mis au service de l’Espagne, Fernand de Magellan, se propose de parvenir aux Moluques par les mers occidentales et il obtient que Charles Quint lui confie une petite flotte de cinq vaisseaux. Magellan, empruntant le détroit qui portera son nom, arrive en vue des Philippines, où il est assassiné. Son second, Sebastiano del Cano, achève le voyage jusqu’en Espagne, cette fois par le chemin portugais : le voyage de navigation autour de la terre se trouve ainsi accompli.
Les conséquences de ces découvertes et de ces conquêtes sont d’une extrême importance, autant pour l’histoire du Portugal que pour l’histoire universelle. Sur le plan strictement portugais, elles entraînent la création d’un Empire lusitanien, assurant à travers le monde la souveraineté politique portugaise. Sur le plan international, les horizons humains se trouvent élargis et les sciences expérimentales (géographie, cosmographie, science nautique ou médecine) se développent.

Cook : l’invitation au voyage

James Cook (1728-1779).
James Cook (1728-1779).

C’est sur la terre ferme que naquit James Cook en 1728. Fils d’un fermier du Yorkshire, il devient apprenti épicier avant d’apprendre le métier de marin avec des pécheurs de sa région. Dès lors, Cook ne devait plus voir sa vie que sur la mer. Il acquit, en autodidacte, des notions de mathématiques et d’astronomie et entra, en 1755, dans la marine royale anglaise. Tout en prenant part aux opérations navales dans les eaux canadiennes, Cook complète sa formation scientifique et se voit confier, entre 1763 et 1767, de lever les côtes de Terre-Neuve. Cette première mission fait office de ban d’essai et, à peine Cook a-t-il mener cette entreprise à bien qu’il se voit confier une nouvelle mission, autrement plus importante, plus motivante aussi. Trois fois de suite, en effet, le gouvernement britannique devait charger le marin d’accomplir un tour du monde. Le premier, de 1768 à 1771, avait pour but d’observer le passage de Vénus sur le soleil à Tahiti. Parti de Plymouth à bord de l’Endeavour, Cook séjourna sur l’île d’avril à juillet 1769 puis découvrit les îles de la Société, reconnut la Nouvelle-Zélande, redécouvrit le détroit de Torres et regagna l’Angleterre en juillet 1771. Le second voyage de Cook avait pour objet de résoudre le problème du continent austral, qui tourmentait depuis longtemps les géographes. Parti en juillet 1772 avec deux navires, la Resolution et l’Adventure, Cook et ses équipages devaient faire trois croisières antarctiques et acquérir la certitude de l’inexistence d’un grand continent austral.
L'équipe de Cook à Java (tableau du XVIIIe siècle).
L’équipe de Cook à Java (tableau du XVIIIe siècle).

Au cours de ce même voyage, il fit de nouvelles visites aux îles Sandwich, visiter la Calédonie avant de rentrer en Angleterre en 1775. Un troisième voyage, à bord de la Resolution et de la Discovery, conduira Cook vers les côtes américaines. Avant de les longer, il découvrit les îles Hawaï (1778) puis tenta de percer le passage du Nord-Ouest, en vain. C’est lors d’un second séjour à Hawaï, en février 1779, que James Cook devait périr, tué par les indigènes.
L’héritage de Cook est cependant impressionnant : il apparaît en effet comme le premier navigateur scientifique moderne et le plus complet. Sa curiosité, manifeste dans sa vocation et dans son action, trouvera un écho dans les carnets de ses trois voyages autour du monde que Cook prendra soin de décrire par le menu, poursuivant ainsi une tradition d’information et de relevés scientifiques que tous les grands navigateurs scientifiques sauront appliquer.

Guillaume Penn fonde la Pennsylvanie

Guillaume Penn (1644-1718).
Guillaume Penn (1644-1718).

Né à Londres en 1644, Guillaume Penn devient, à l’âge de vingt-deux ans, un fervent adepte de la religion des amis, le quakerisme. Après quelques séjours à la Tour de Londres, Penn décide de quitter l’Angleterre. Il parcourt l’Allemagne et la Hollande en prêchant. En 1681, il revient à Londres et obtient, contre une créance de seize mille livres, une concession pour un territoire du Nouveau Monde. Sous son égide, cette terre, située à l’ouest de la Delaware, devient une colonie qui prend le nom de Pennsylvania.
Le 25 avril 1682, Guillaume Penn donne aux colons une constitution en vingt-quatre articles qui font de la Pennsylvanie l’un des premiers États démocratiques. Terre d’asile, ce pays devient le refuge des persécutés.
En 1684, Penn décide de rentrer à Londres. Ami du roi Jacques II Stuart, il tente alors d’inspirer au souverain une politique de tolérance religieuse : en 1687, il obtient la Déclaration d’indulgence. À la chute des Stuart, un an plus tard, Penn est à nouveau persécuté et privé du gouvernement de sa colonie de 1692 à 1694. Resté en Angleterre, Guillaume Penn meurt près de Londres le 30 juillet 1718. Mais son œuvre lui survit : la constitution donnée à la Pennsylvanie inspirera largement la future constitution des États-Unis.

Gama ouvre l’Inde au monde

Vasco de Gama (vers 1469-1524) devant le roi de Calicutt (iconographie du XIXe siècle).
Vasco de Gama (vers 1469-1524) devant le roi de Calicutt (iconographie du XIXe siècle).

C’est Joao Ier et surtout son fils, Henri le Navigateur, qui sont à l’origine de l’extraordinaire expansion maritime du Portugal au XVe siècle. Fondateur d’un immense chantier naval, inspirateur d’une véritable « école » de géographes, Henri le Navigateur verra sous son règne la découverte de Madère, des Açores, du Cap-Vert, de la Guinée et du Sierra Leone. À sa mort, les caravelles portugaises approchent de l’équateur et longent la côte du Liberia actuel. L’impulsion est donnée et, à partir de 1460, l’exploration et le commerce sur les côtes de Guinée sont confiés à Fernao Gomes, qui a pour mission de découvrir chaque année près de cent lieues de littoral ! Grâce à l’expérience accumulée ainsi qu’aux progrès réalisés par les Portugais dans l’art de la navigation, Fernao Gomes avance progressivement vers le sud, tout en développant efficacement le commerce dans la région de la Guinée. Désirant détourner vers Lisbonne le courant des épices qui fait la fortune des Ottomans et des Vénitiens, Joao II fera explorer systématiquement les côtes de l’Afrique et rechercher les meilleures routes dans l’Atlantique Sud. C’est ainsi qu’en 1487, les navires de Bartolomé Diaz doublent le cap des Tempêtes, rebaptisé cap de Bonne-Espérance : l’océan Indien communique avec l’océan Atlantique et il est donc possible d’atteindre les Indes… en contournant l’Afrique.
C’est ce qu’entreprendra Vasco de Gama, sur la demande de dom Manuel « O Venturoso » (c’est-à-dire l’Aventurier). En juillet 1497, Gama quitte Belem, au Portugal, double le cap de Bonne-Espérance et aborde le Mozambique avant d’atteindre Calcutta en 1498. Une odyssée fascinante, relatée par un de ses compagnons, Alvaro Velho. Devenu Amiral des Indes, il entreprendra une seconde expédition, en 1502, qui marque le début de l’empire colonial portugais. Un empire commercial qui fera la richesse du Portugal durant des années.
Avec Gama, écrit Arnold Toynbee, « le Portugal a ouvert à l’Occident le monde fascinant de l’Orient. Dorénavant, s’opère l’intercommunication de tous les cycles culturels qui a divisé l’histoire en deux grandes époques : avant Vasco de Gama et après Vasco de Gama ».

Villegaignon au Brésil

Nicolas Durand de Villegaignon (1510-1571) atteint la baie de Rio de Janeiro le 10 novembre 1555, avec ses trois vaisseaux : l’expédition a pour but de chasser les Portugais du Brésil et de faire de ce pays la «France antarctique». Les pionniers français sont, en majorité, des « têtes brûlées » recrutées dans les prisons de Rouen ou de Paris et Villegaignon a toutes les peines du monde à se faire obéir. Abandonné par ses hommes, le chef de l’expédition se réfugie à Fort-Coligny puis à Henryville.
En réponse à ses appels au secours, l’amiral de Coligny envoie quelques protestants, espérant ainsi fonder une communauté réformée. Mais l’arrivée du contingent huguenot, en 1557, va compliquer encore plus la position de Villegaignon qui échoue à diriger la colonie.
De retour en France, il est attaqué aussi bien par les catholiques que par les protestants. À sa mort, en 1571, le Brésil est entièrement sous le contrôle des Portugais depuis 1560.

La Sardaigne, objet de toutes les convoitises

La mort de l'épouse de Bélisaire par Kinsoen (XIXe siècle).
La mort de l’épouse de Bélisaire par Kinsoen (XIXe siècle).

Habitée depuis le IIIe millénaire avant J.-C., la Sardaigne va entretenir très rapidement des relations avec ses voisins, plus ou moins proche, notamment avec l’Espagne. L’apogée de la civilisation du bronze, vers 1400-1500 avant J.-C., s’y manifeste par de nombreux monuments qui témoignent d’une intense vie religieuse. Très rapidement également, cette île allait être l’objet de toutes les convoitises : les Phéniciens y établissent trois comptoirs, les Phocéens un. C’est la coalition punico-étrusque qui, au VIe siècle avant J.-C., va rejeter l’influence phocéenne et placer la Sardaigne dans la mouvance carthaginoise. Dès 259 avant J.-C., les Romains commenceront à lorgner sur l’île qui, après la guerre des Mercenaires (238 avant J.-C.), fera partie, avec la Corse, de la deuxième province romaine, la Sicile étant la première. La pacification fut cependant bien difficile. Détachée de la Corse et érigée en province sénatoriale (Ier siècle de notre ère), elle devint province impériale et fut occupée par les légions, preuve, s’il en est, que, plus de deux siècles après sa conquête, la pacification n’était pas achevée. Séjour peu enviable en raison des fièvres qui y sévissaient, l’île devint un lieu de déportation où les condamnés étaient appelés à travailler dans les mines.
Occupée par les Vandales au Ve siècle, où ils devaient déporter les évêques d’Afrique, la Sardaigne sera reconquise par Bélisaire. Malgré tout, les Byzantins ne réussirent pas à empêcher l’installation arabe dès le milieu du VIIIe siècle. En 1022, soutenue par Gênes et Pise, l’île devait recouvrer sa liberté. Façon de parler bien sûr puisqu’elle devint alors l’objet d’un partage entre les deux cités, l’une ayant le soutien des Hohensaufen et l’autre jouant la carte de "l’indépendance". Finalement, la Sardaigne allait être attribuée à l’Aragon par Boniface VIII. Elle passa ensuite à l’Espagne qui la conserva jusqu’au traité d’Utrecht (1713), date à laquelle elle passa sous influence autrichienne. En 1720, l’empereur Charles VI, désireux de reconstituer le royaume des Deux-Siciles, devait échanger la Sardaigne contre la Sicile au duc de Savoie. Ainsi fut constitué le Royaume de Sardaigne ou les Etats sardes, qui seront intégrés au royaume d’Italie en 1861.

Le nouvel Éden de Bougainville

Louis Antoine de Bougainville (1729-1811).
Louis Antoine de Bougainville (1729-1811).

Je suis un voyageur et un marin, c’est-à-dire un menteur et un imbécile aux yeux de cette classe d’écrivains paresseux qui, dans les ombres de leur cabinet, philosophent à perte de vue sur ce monde et ses habitants.
Fils d’un notaire parisien, Antoine de Bougainville, après des études de mathématiques puis de droit, entre dans la Royale et découvre le Canada et le goût de l’aventure. Emporté par le virus de la découverte, Bougainville entame, en 1766, un tour du monde qui le conduira, du moins l’espère-t-il, vers un nouvel Éden.
Et début avril 1768, son rêve devient réalité : sous ses yeux émerveillés apparaît… Tahiti !
Enthousiasmé, Bougainville en fait une description idyllique, bien qu’il n’y soit resté que sept jours ! De retour en France, il tentera un dernier voyage mais c’est à Paris, en août 1811 que s’éteint un des plus grands navigateurs français.

Formose « la belle »

Carte de l'île de Formose (XVIIIe siècle).
Carte de l’île de Formose (XVIIIe siècle).

Ce sont les Portugais qui, lors de leur première apparition sur l’île, en 1590, vont lui donner le nom de Formose, qui signifie « la belle ». de fait, l’île de T’ai-wan –de son nom chinois- sera l’objet de bien des conquêtes, de bien des convoitises. Occupée par les Hollandais qui, à partir de 1624, en font un riche comptoir commercial, elle sera successivement occupée par la Chine –qui l’interdit aux étrangers jusqu’en 1858-, du Japon (1874), des Français (1884-1885), à nouveau du Japon (1895) et encore de la Chine. Mais si belle soit elle, cette île aurait sans doute connue le sort de la multitude d’îlots placés sous le contrôle de l’Empire chinois si, à partir de 1949, elle n’avait abrité le gouvernement nationaliste de Tchiang Kaï-chek.
Refuge des exilés du communisme, symbole d’une autre Chine, une Chine ouverte, libre, Taïwan représente, depuis plus de 60 ans, un véritable camouflet pour le pouvoir communiste qui, malgré ses prétentions néo-capitalistes, n’en continue pas moins de proclamer la prochaine « libération » de l’île…