Vercingétorix : quand la Gaule défiait Rome

Statue de Vercingétorix.
Statue de Vercingétorix.

Alors que l’imagerie d’Épinal nous présente « nos ancêtres les Gaulois » comme un peuple de barbares chevelus et moustachus, depuis quelques années, celtologues et historiens remettent « les pendules à l’heure ». Ce ne sont pas les Romains, généreux dispensateurs de civilisation, on le sait, qui ont fait des Gaulois un peuple cultivé et civilisé. Les peuples celtes avaient leur propre civilisation, hautement complexe, avec leur hiérarchie, leur religion, leurs médecins, leurs architectes et leurs héros…
C’est de Marseille, comptoir gréco-celtique, que va partir toute la conquête romaine en Gaule. Pendant les guerres puniques, la cité phocéenne, craignant de voir sa force maritime supplantée par celle des Carthaginois, se fait l’alliée de Rome, alliance qui se renouvelle en 154 et en 126 avant J.-C., quand Marseille appelle les Romains à la protéger des tribus celtes environnantes. Ayant pris pied en Gaule, il ne fallut pas longtemps aux Romains pour annexer toute la côte de la Provincia. Et, au Ier siècle avant J.-C., profitant des perpétuelles divisions entre Gaulois, ils ont déjà annexé la Provence, le Languedoc-Roussillon et les rives du Rhône jusqu’à Lyon.
C’est vers cette époque que, pour les Gaulois qui sont plus des agriculteurs que des guerriers, le danger germain se fait de plus en plus précis. Et, en 58 avant J.-C., les Éduens, installés dans le Nivernais et la Bourgogne et depuis longtemps alliés de Rome, font appel aux légions afin de repousser les hordes d’Arioviste le Germain. C’est donc César, alors proconsul de la Gaule romaine, qui prend la tête des armées romaines…
Arioviste est effectivement repoussé hors des frontières gauloises mais pour le proconsul l’occasion est trop belle : à court d’argent et de gloire, César entame la conquête de la Gaule indépendante …
Les premiers à se révolter sont les tribus belges, extrêmement importantes et puissantes mais, jouant sur leur division, César les soumet sans grande difficulté. Les Armoricains tenteront, eux aussi, de repousser les légions romaines, sans plus de succès et, en 52 avant J.-C., César semble bien avoir conquis toute la Gaule.
C’est alors qu’un jeune chef arverne décide de « bouter » les Romains hors de Gaule… il s’appelle Vercingétorix !
L’histoire a très peu de sources sur ce grand personnage qu’est Vercingétorix et, fait incroyable, c’est uniquement grâce aux Commentaires de son ennemi César que son nom n’est pas tombé dans l’oubli.
Son père, Celtill, était à la tête des Arvernes, le plus grand peuple de Gaule, et avait, selon le général romain, obtenu le « principat de toute la Gaule ». Mais son ambition était trop grande et, parce qu’il avait voulu devenir roi, il fut envoyé au bûcher.
Mais quel est donc ce « principat » alors que César certifie qu’il n’y avait aucune unité entre les différents peuples de Gaule ? Certains historiens avancent l’hypothèse qu’il ne pouvait s’agir que d’un « principat » religieux, le druidisme étant le seul lien commun à tous les Gaulois… Cette thèse est intéressante et expliquerait la facilité avec laquelle Vercingétorix fédérera toute la Gaule, ce qu’il n’aurait pu faire avec l’opposition des druides. Vercingétorix reprendra donc l’idée de son père pour qui la survie de la Gaule ne pouvait se faire que dans l’unité.
« L’ami de Rome »
Quand il prend la tête de la révolte arverne, en 52 avant J.-C., Vercingétorix est loin d’être un inconnu pour le proconsul Caïus Julius César…
En effet, durant plusieurs années, le jeune chef arverne combat dans les armées de César en tant qu’auxiliaire. Il y acquiert l’art de la stratégie et la connaissance approfondie de la prodigieuse machine de guerre romaine.
Désigné au titre « d’ami de Rome », selon Dion Cassius, il est surtout proche de César qui cherche à mettre sur les trônes gaulois des hommes qui lui sont totalement dévoués. Et Vercingétorix, César le sait, est un des plus importants chefs arvernes. Sa famille est riche, il a hérité des nombreux clients -au sens romain du terme- de son père et possède un formidable talent d’orateur qui peut lui rallier tous les autres chefs. C’est ce qu’il fera… contre César !
Quand il prend la tête de la révolte, Vercingétorix a une vingtaine d’années. Il a une haute stature, un visage imberbe, comme en témoignent les pièces de monnaies qui le représentent, et possède, au plus haut point, l’art de la stratégie. Aussi attendra-t-il le départ de César à Rome pour lancer la révolte.
Les intérêts politiques du proconsul le rappelaient à Rome, aussi César quitte-t-il la Gaule au début de l’année 52 av. J.-C., laissant ses légions dans leurs quartiers d’hiver, dans le Nord, pour surveiller les Belges, et dans la Provincia. C’est le signal de la révolte.
Réunis dans la forêt des Carnutes, près de Chartres, les députés des nations gauloises font le serment de repousser l’envahisseur romain. À deux cents kilomètres de là, en Auvergne, le jeune Vercingétorix bat le rappel de tous les guerriers arvernes et, à Gergovie, sa capitale, se pose en chef de la révolte. Puis, il envoie des ambassades dans toutes les républiques gauloises afin de les rallier à sa cause.
Tout va alors très vite : Lucter, du Quercy, lui gagne le Rouergue et occupe pour lui le Lot et le Gévaudan, aux frontières de la Gaule romaine, avant de pénétrer en Provence et en Languedoc ; pendant ce temps, Vercingétorix, profitant  de la division des forces ennemies, marche sur les camps d’hiver des Romains, dans le Nord.
Mais César, averti du danger, ne tarde pas à reparaître…
La Gaule, terre brûlée

Bas-relief représentant un combat entre un Romain et un Gaulois.
Bas-relief représentant un combat entre un Romain et un Gaulois.

A la tête de ses légionnaires, le proconsul romain stope l’avance des Gaulois de Lucter, les repousse hors de Provence et décide d’éteindre la révolte dans l’œuf. Elle a commencé en Auvergne, c’est l’Auvergne qu’il attaquera ! Risquant le tout pour le tout, César franchit les Cévennes enneigées en plein hiver et fond comme un aigle sur le sud du pays.
Mais, grâce à un excellent système de routes praticables, il ne faut que quelques jours au chef arverne, alors aux environs d’Avaricum (Bourges), pour rebrousser chemin. Voyant cette armée considérable marcher sur lui, César, à la tête de ses huit légions, quitte l’Auvergne et se réfugie précipitamment chez les Éduens, ses alliés de toujours, avant de s’emparer de toutes les grandes villes gauloises qu’il croise sur sa route.
Vercingétorix, quant à lui, sait déjà qu’il ne pourra pas affronter les tacticiens romains en rase campagne : il préfère les harceler. Appliquant une politique de terre brûlée, il affame les Romains et les pousse à la faute.
Le premier affrontement a lieu à Noviodunum (Nevers). César vient d’accroître son prestige en s’emparant d’Orléans quand les guerriers gaulois fondent sur ses légionnaires. La victoire semble acquise quand le Romain, désespéré, tire sa « dernière cartouche » : il envoie à l’assaut la terrible cavalerie des Germains… Les Gaulois plient et se retirent, dépités. Mais cela ne fait que confirmer la stratégie de Vercingétorix qu’il déploiera à Avaricum (Bourges).
La capitale des Bituriges était, selon les dires de ses habitants, « la plus belle cité de Gaule » : aussi supplièrent-ils le chef arverne de l’épargner. Craignant, en anéantissant cette cité, de s’aliéner les grandes tribus gauloises, Vercingétorix cède de mauvais gré. Immédiatement après, César met le siège devant Avaricum…
La cité des Bituriges est presque totalement entourée de marécages et seul le sud est dégagé, laissant un étroit passage pour l’atteindre. C’est là que César prend position et entame le siège… sous l’étroite surveillance de l’armée gauloise qui s’est établie sur des buttes, à quelques kilomètres au sud. Et d’assiégeant, César devient vite l’assiégé…
Privés de vivres par les Gaulois, harcelés dans leurs fortifications, les Romains sont près de capituler quand Vercingétorix, qui peine de plus en plus à discipliner son armée, décide l’évacuation de la ville par le nord et la destruction de tous les vivres. Selon les dires de César lui-même, ce sont les cris des femmes et le grand tumulte qui accompagnait l’évacuation qui lui ouvrit les yeux. Comprenant le stratagème, il rassemble ses légionnaires et, dans un ultime effort, s’empare de la ville.
Ce qui pourrait paraître comme le premier échec important de l’Arverne va se transformer en gloire pour Vercingétorix. N’avait-il pas conseillé de détruire la ville ? N’a-t-il pas prouvé la valeur de sa politique de terre brûlée ? Au lieu d’être hué, l’Arverne est littéralement acclamé et définitivement reconnu comme le chef suprême de la révolte. Avaricum est une victoire politique… Gergovie sera une victoire militaire !
Le bouclier arverne
Avaricum prise, César peut croire à la victoire. Il se sépare de quatre légions, qu’il place sous les ordres de son lieutenant, Labiénus, avec ordre de juguler la révolte des Parisiens, et se dirige vers la capitale arverne. À Gergovie, il espère porter un coup fatal à l’insurrection.
Vercingétorix, qui ne démord pas de sa stratégie, tente d’épuiser son adversaire. Longeant la rive gauche de l’Allier, il coupe tous les ponts, obligeant les Romains à descendre toujours plus au sud pour trouver un gué. Le printemps est là et la montée des eaux semble un rempart idéal pour les Gaulois. Mais le rusé proconsul finit par prendre les Gaulois par surprise et, traversant la Limagne, se précipite vers Gergovie. Quand il arrive, Vercingétorix a organisé la défense de la ville et, comme à Avaricum, s’est établi avec Teutomate, chef des Nitiobriges d’Aquitaine et ancien « ami de Rome », sur les hauteurs environnant l’oppidum.
Condamné à installer son campement au pied des Dômes, César fait une cible idéale pour les archers et les cavaliers gaulois qui ne manquent pas une occasion de persécuter ses soldats. Et seul le poste avancé installé sur le piton de la Roche-Blanche permet au Romain d’organiser des attaques et d’assurer une défense relativement efficace.
Alors que César a quitté le camp pour regagner à sa cause les cavaliers éduens révoltés, une première attaque en force des Gaulois manque de débouter les Romains de toutes leurs positions. Une fois de plus, c’est la cavalerie germaine qui retourne la situation… Mais, chaque jour, la position des Romains est de plus en plus précaire, aussi César décide-t-il de faire une dernière tentative.
L’une des portes de l’oppidum, qui donne sur un col en pente douce, a été repérée par César. Vercingétorix, devinant les projets du Romain, met hâtivement cette porte en état de défense maximale.
Le jour de l’attaque, César, qui a suivi les mouvements des troupes gauloises, feint d’attaquer le col tout en envoyant le gros de ses troupes à l’assaut de l’oppidum, là où sont installés les guerriers de Teutomate…
Pris de vitesse, l’Aquitain n’a que le temps d’avertir Vercingétorix qui revient à bride abattue sur l’oppidum. Quand il arrive, les premiers assaillants escaladaient déjà le mur d’enceinte. Emportés par une fureur destructrice, les Gaulois les massacrent et César doit se replier précipitamment derrière les tranchées de son camp. Peu après, il abandonne le siège…
La nouvelle se propage alors comme une traînée de poudre. Dans toute la Gaule, le nom de Vercingétorix, vainqueur de César et libérateur du pays, est sur toutes les lèvres !
Le combat des chefs
Après ce « coup de pub » extraordinaire, les nations gauloises les plus hésitantes, y compris les Éduens, se joignent comme un seul homme derrière le vainqueur de Gergovie.
L’armée de César, renforcée par les quatre légions de Labiénus, met le cap sur l’Italie. Menacé de tous côtés, condamné à louvoyer, César dirige son armée sur la Saône quand il est intercepté par Vercingétorix, venu en droite ligne de Bibracte, où il a été reconnu par tous comme unique chef de la nouvelle unité gauloise lors d’une assemblée extraordinaire de tous les chefs gaulois.
Gardant à ses côtés les hommes nécessaires au harcèlement des légions romaines, Vercingétorix disperse les autres avec pour mission de conquérir les provinces romaines de Gaule. Peu après, d’ailleurs, le Languedoc et le Vivarais sont occupés…

Arme gauloise.
Arme gauloise.

C’est sur les bords de l’Ouche que se situe la rencontre des deux armées. Là, à la vue de l’armée en fuite, Vercingétorix enflamme le cœur de ses hommes :
-Les Romains, leur dit-il, s’enfuient dans leur province et abandonnent la Gaule. C’est assez pour assurer la liberté du moment mais trop peu pour la paix et le repos de l’avenir ! Ils reviendront avec de plus grandes forces et la guerre sera sans fin !
Frissonnant d’ardeur guerrière, les chefs de la nombreuse et superbe cavalerie gauloise, que Vercingétorix a désignés pour mener l’assaut, prêtent serment devant les dieux : ils ne regagneront leur toit et leur famille qu’après avoir traversé deux fois, de part en part, la colonne ennemie !
Les Gaulois chargent l’arrière-garde romaine, donnant l’assaut sur trois flancs. Mais c’est alors qu’apparaissent… les redoutables cavaliers germains ! Le combat traîne en longueur, la résistance est farouche et César, à la tête d’une troupe de choc, porte tour à tour secours aux hommes les plus en difficulté. Lui-même manque de finir prisonnier ! Saisi à bras-le-corps par un solide géant gaulois, il ne doit la liberté qu’au manque de discernement du guerrier qui croyait ne tenir qu’un vulgaire officier. Seule l’épée du Romain restera sur le champ de bataille…
Finalement, l’acharnement des auxiliaires germains fait tourner l’avantage. Attaquant, massacrant, ils forcent les Gaulois à la retraite. Alors, c’est la débandade !
Atterré par cette cuisante défaite, Vercingétorix se replie précipitamment dans la forteresse d’Alésia, ancien lieu sacré de la Gaule. Mais les dieux semblent avoir abandonné le chef arverne… Poursuivant les fuyards, César entreprend d’affamer les assiégés.
Un nouvel échec de la cavalerie gauloise face aux Germains convainc Vercingétorix de transformer ses cavaliers en estafettes : l’appel au secours du jeune chef résonne bientôt à travers toute la Gaule…
Mais à peine les cavaliers ont-ils traversé les lignes romaines que César met en branle un formidable système de fortifications et de tranchées.
Trois fossés de quinze pieds de large et de profondeur entourent l’oppidum, l’un rempli d’eau, l’autre hérissé de pieux. Derrière ces fossés, s’élèvent le terrassement et la palissade du campement, elle aussi protégée de pieux acérés. Enfin, d’autres fossés ou puits, tapissés de pieux aigus, de pointes de fer, recouverts de terre et de branchages, sont creusés sur environ huit rangs. Ceci achevé, César ordonne la même disposition de l’autre côté du camp, pour parer à une éventuelle attaque des troupes de secours.
Alésia est verrouillée…
L’ultime bataille
En moins d’un mois, l’armée de secours, réunie sous le commandement de Comm « l’Artebate », ou « l’Artésien », rejoint Alésia à marche forcée.

Vercingétorix se rendant à César (gravure du XIXe siècle).
Vercingétorix se rendant à César (gravure du XIXe siècle).

Quand ils arrivent enfin en vue de l’oppidum, les assiégés, qui n’ont plus de vivres, ont dû expulser les habitants de la ville, hommes, femmes et enfants. Perdus dans le no man’s land qui sépare les deux adversaires, les Mandubiens imploreront la grâce de César… en vain !
À l’arrivée de Comm, les assiégés reprennent courage et, dans un dernier sursaut d’énergie, se lancent à l’attaque. Pris entre deux feux, les Romains résistent tant bien que mal aux ravages que font les archers gaulois dans leurs rangs, jusqu’à l’arrivée… des cavaliers germains ! « Massés en un seul point, en escadrons serrés, les cavaliers germains chargent l’ennemi et le refoulent » puis ils isolent les archers et les massacrent un à un…
Une deuxième attaque a lieu de nuit : c’est un nouvel échec et, au lever du jour, César, satisfait, peut contempler les pièges et les chausse-trappes jonchés de corps empalés. César a prouvé son génie militaire mais il semble que les forces gauloises soient inépuisables et, le troisième jour, environ cinquante mille nouveaux guerriers surgissent du nord de la ville et lancent un ultime assaut.
Les Gaulois se déploient sur tout le nord et l’ouest des fortifications, sachant pertinemment que le proconsul ne pourra résister à une attaque d’une telle ampleur à l’intérieur et à l’extérieur du siège. Pourtant, une fois de plus, les Romains sont sauvés par les Germains qui prennent l’armée de secours à revers et la mettent en pièces.
Les lauriers de César
Les vivres sont épuisés et le désespoir s’est emparé des assiégés après cette dernière défaite. Une seule chose pourra sauver les Gaulois révoltés : le sacrifice du chef.
Alors que tous les chefs gaulois se rendent, désarmés et vaincus, à César, le proconsul voit se présenter celui qui lui a tenu tête neuf mois durant. Paré de ses plus beaux ornements, Vercingétorix, dans le silence le plus complet, jette ses armes aux pieds de son vainqueur…
Six ans plus tard, lors du triomphe de César, les Romains peuvent contempler le fier guerrier, tout juste sorti de la prison Mamertine, enchaîné et amaigri. Le lendemain, il est exécuté…
Ainsi finit le héros de nos siècles anciens, conclut Henri Martin ; ainsi tomba cette première France qu’on appelait la Gaule…

Marseille, cité provençale

Fondée par les Grecs au VIe siècle avant J.-C., Marseille devient l’un des foyers du commerce méditerranéen durant l’Antiquité et un centre de rayonnement de la culture grecque et romaine en Gaule. Les invasions des barbares (Francs, Wisigoths ou Burgondes) et la menace des Sarrasins réduisent pendant quelques temps son rôle commercial mais, dès la première croisade, la cité phocéenne retrouve toute sa grandeur. Autonome, dirigée par des consuls, fière de son indépendance, elle forme une sorte d’enclave « républicaine » à l’intérieur des terres provençales,

ce qui est bien loin de satisfaire Charles d’Anjou, alors comte de Provence. Le 2 juin 1257, après un siège de plusieurs mois, Marseille capitule et devient une possession provençale à part entière.

La dernière bataille d’Alésia

Reconstitution du siège d'Alésia.
Reconstitution du siège d’Alésia.

Depuis le XVIe siècle, Alise-Sainte-Reine, modeste bourgade de la Côte d’Or située sur le mont Auxois, était considérée comme l’ancien site d’Alésia.
Mais, au milieu du XIXe siècle, époque où tout un chacun se piquait de celtomanie et où l’archéologie vivait son âge d’or, cette conviction fut fortement ébranlée par la découverte d’un architecte de Besançon, Alphonse Delacroix. Au cours de ses périples dans le Jura, Delacroix, président de la Société d’émulation du Doubs, découvre le site escarpé d’Alaise, dont il acquiert bien vite la conviction qu’il s’agit de l’antique Alésia. Cette « découverte » ne serait sans doute pas sortie des registres de la Société d’émulation du Doubs si le médiéviste Jules Quicherat et le spécialiste de la Gaule Ernest Desjardins n’avaient pris fait et cause pour la théorie de Delacroix.
Le monde archéologique et historique se déchaînent et c’est en pleine guerre Alise-Alaise que, le 4 mai 1861, commencent les fouilles d’Alise-Sainte-Reine. Des épées, des javelots et des casques gaulois sont mis au jour, semblant confirmer la théorie des partisans d’Alise, alors que celle d’Alaise conclut par l’absence totale de traces évoquant une armée gauloise ou même romaine.
Les fouilles d’Alise se poursuivent jusqu’au milieu du XXe siècle et débouchent sur la découverte d’une ville gallo-romaine qui succéda sans doute à l’oppidum dans lequel s’était battu Vercingétorix.
La preuve est alors faite. Pourtant, jusqu’au milieu du XXe siècle, et même encore de nos jours, certains érudits mettent en doute l’authenticité du site d’Alise-Sainte-Reine, jadis appelée… Alésia.

Sainte Geneviève, patronne de Paris

Sainte Geneviève (422-502).
Sainte Geneviève (422-502).

Dans les pires moments de son histoire, la France a été sauvée par des femmes, c’est pourquoi sainte Geneviève, au même titre que sainte Jeanne d’Arc, est la patronne de la France.
Selon sa Vie, sainte Geneviève s’est elle-même consacrée à Dieu alors qu’elle n’avait que sept ans et a pris le voile à l’âge plus raisonnable de quinze ans.
Mais c’est en 451 que sainte Geneviève va acquérir ce titre de patronne de la France et de Paris : Attila, ce barbare venu du fond de la Tartarie, « s’avance vers le Rhin à la tête de cinq cent mille hommes,

écrase les Bourguignons qui opposent une vaine résistance à son passage, met tout à feu et à sang dans les provinces du Nord et… marche droit sur Paris afin d’y traverser la Seine ».
Les habitants, affolés, sont prêts à fuir devant les hordes des Huns mais la petite Geneviève leur redonne courage et prépare la résistance de la capitale. Attila finit par abandonner Paris et se dirige vers Orléans. Paris est sauvée…
À sa mort, le 3 janvier 502, sainte Geneviève est enterrée à Nanterre, sa ville natale, avant de voir ses reliques transportées à Saint-Pierre-et-Saint-Paul, l’actuel Panthéon. Elle y sera vénérée jusqu’à la Révolution où ses reliques seront brûlées et dispersées en place de Grève…

Le héros d’un seul peuple

Monnaie portant le portrait présumé de Vercingétorix.
Monnaie portant le portrait présumé de Vercingétorix.

Comme le dit assez justement l’historien Paul Martin, « Vercingétorix est, à quelques nuances près, l’homme d’un seul livre, celui de Jules César, et le héros d’un seul peuple, le peuple français ».
Homme d’un seul livre parce qu’il semble bien que seul Jules César ait trouvé quelque intérêt, que ce soit un intérêt militaire ou, plus vraisemblablement, un intérêt politique, à évoquer le chef arverne.
En effet, pas un historien romain pour ne serait-ce que l’évoquer. Pas une ligne dans les monumentales Histoires de Justin quand le sort même de l’Arverne, celui d’un homme à abattre, aurait du lui valoir quelque estime, une oraison funèbre. Mais Vercingétorix, vaincu à Alésia, était-il vraiment « l’homme à abattre » ? Ou n’était-il qu’un prisonnier encombrant dont le corps martyrisé ne vaudra guère plus que d’être jeté -voué- aux gémonies romaines -lieu où l’on exposait les corps des suppliciés.
En fait, Vercingétorix apparaît plus, au regard de l’histoire, comme le symbole d’un monde déjà révolu : celui de l’unité gauloise et de la puissance arverne.

Lorsque Vercingétorix né à Gergovie, la capitale des Arvernes, la puissance de ces derniers n’est déjà plus qu’un lointain souvenir. Les Belges, au nord, les Romains, au sud, ont fait voler en éclat la toute-puissance arverne. Et c’est à Rome, en 120 avant J.-C., que reviendra « l’honneur » de jouer le premier acte de cette perte d’autorité en retirant de l’influence arverne les Volques, les Sallyens ou les Allobroges qui allaient intégrer la Provincia romaine. Un premier « coup de canif » dans le « bouclier arverne » qui annonçait la fin d’un monde. Pourtant, les Arvernes possédaient encore de beaux restes et étendait leur puissance sur la Limagne, l’Arvernie et la Sequanie ainsi que sur quelques peuples vassaux comme les Cadurques, les Rutènes ou les Gabales. C’est à ce reste de puissance, à cet espoir de reconquête que Vercingétorix et ses compatriotes vont s’accrocher… en vain.

Prophétesses, magiciennes, druidesses et déesses

Les auteurs anciens, sources essentielles dans la compréhension du monde gaulois, sont les premiers à nous mettre sur la piste des prophétesses.
Elles étaient grises parce qu’âgées, raconte Strabon dans sa Géographie, portaient des tuniques blanches recouvertes par des manteaux du lin le plus fin et des ceintures de bronze. Ces femmes pénétraient dans le camp l’épée à la main, se précipitaient sur les prisonniers, les couronnaient puis les conduisaient jusqu’à un chaudron de bronze… Une femme montait sur une marche et, se penchant au-dessus du chaudron, tranchait la gorge du prisonnier que l’on maintenait sur le bord du récipient. D’autres découpaient le corps et, après avoir examiné les entrailles, prédisaient la victoire…
Si Strabon fait preuve d’un certain dégoût en décrivant les actions des prophétesses, les empereurs romains se montreront bien moins tatillons. En effet, dès le règne de Claude, certains empereurs -notamment Dioclétien, Aurélien ou Alexandre Sévère-, dédaignant les traditionnels haruspices, ont préféré voir l’avenir à travers le regard des Gauloises. Et leur pouvoir était tel qu’elles ont pu jouir, dans leur tribu, d’un statut presque divin. Ce fut sans doute le cas de Velléda, dont parle Tacite dans Histoires :
Il était interdit à quiconque d’approcher Velléda ou de s’adresser à elle… Elle restait emmurée dans une haute tour, d’où un membre de sa famille était chargé de transmettre questions et réponses, comme s’il s’agissait d’une médiation entre un dieu et un adorateur.
Mais les prophétesses ne furent pas les seules à séduire les notables romains : les magiciennes gauloises étaient fort demandées, bien que discrètement, pour fabriquer des filtres ou lancer des malédictions.
En Gaule même, leur réputation n’était plus à faire et elles formaient même des clans ou des « guildes » de magiciennes. C’est en tout cas ce que révèle une tablette en plomb, couverte d’inscriptions en gaulois, qui fut trouvée en 1983 dans le Larzac. Elle évoque une véritable « guerre de malédictions », que se livrèrent deux groupes de « femmes douées de magie » et dont un des clans a retracé l’histoire. Sans doute est-ce la mort de l’une des principales magiciennes -la femme trouvée dans la tombe- qui mit fin à l’affrontement.
Mais la magie et les prophéties ne font pas une religion. Les Gauloises avaient-elles donc un véritable rôle religieux ? C’est ce que prétend Pomponius Mela, auteur romain du Ier siècle après J.-C., en parlant des neuf vierges, gardiennes de l’île de Sein, à l’Ouest de la Bretagne. Strabon confirme à son tour en évoquant des prêtresses vivant sur une île à l’embouchure de la Loire. Dans ce lieu interdit aux hommes, la coutume voulait que chaque année les druidesses reconstruisent, en une journée, le sanctuaire dont elles étaient les gardiennes, sans faire tomber un seul matériau, sous peine de mort. Enfin, la découverte à Chamalières, dans le Puy-de-Dôme, d’une statue féminine portant torque et voile -deux signes religieux- suggère qu’il s’agit là de la représentation de la druidesse, prêtresse du sanctuaire.
Des femmes druides en Gaule ? Il y en eut certainement. Et, quand on sait le rôle primordial des druides, leur haute fonction et leur pouvoir immense, cela ne fait que confirmer la place importante des femmes dans la société gauloise.

La déesse-cheval Epona.
La déesse-cheval Epona.

La mythologie n’est pas non plus en reste : le culte d’Épona, la déesse cheval, est commun à presque toute la Gaule et sera adopté par les légions romaines ; de même, le culte des « déesses-mères, qui existe depuis le néolithique, est, selon Renée Grimaud, profondément ancré dans la tradition religieuse gauloise ». Déesses de l’abondance, de la fertilité, de la fécondité, protectrices des nouveau-nés, elles se retrouvent dans tout le monde celtique, sous forme de statues ou de bas-reliefs. Quant à Bélisama, si, à l’est de la Gaule, elle est une sorte de déesse multifonctions du foyer, de la forge, de la poterie et de l’émail, d’après Jacques Marseille, elle devient, au sud de la Seine, une « divinité guerrière, une déesse féroce de la bataille et du carnage, volant au-dessus des combattants et jetant la panique chez l’ennemi ».
Des déesses qui n’ont donc rien à voir avec celles de la mythologie grecque ou romaine, désignées généralement comme la femme ou la fille d’un dieu. Les déesses gauloises sont indépendantes et ne doivent leur pouvoir à personne…

Les bosquet sacrés des Celtes

Réunion de druides (gravure du XIXe siècle).
Réunion de druides (gravure du XIXe siècle).

Dans La Guerre des Gaules, César évoquent clairement des réunions de druides dans des bois sacrés :
« Chaque année, à date fixe, les druides tiennent leurs assises en un lieu consacré, dans le pays des Carnutes, qui passe pour occuper le centre de la Gaule. »
Or, si les druides avaient indéniablement un rôle politique et parfois judiciaire, ils sont surtout restés fameux pour le côté religieux de leur fonction ; et, justement, c’est dans les forêts que les Celtes avaient pour usage de vénérer leurs dieux.
De fait, la religion celte était intimement liée à la nature et notamment au monde sylvestre ou aux sources dans lesquels les Celtes voyaient volontiers la demeure des esprits, des dieux. Lacs, sources, bosquets : autant de lieux parfaitement anodin au yeux des Romains et des Grecs qui étaient en fait des lieux sacrés, de véritables temples naturels. Lucain, un auteur du Ier siècle , raconte que l’armée de César avait détruit un de ces lieux sacrés découvert dans une forêt. Dans La Pharsale, il évoque précisément « un bois sacré qui, depuis les temps les plus anciens, n’avait jamais été profané ». Mais la description qu’il en fait évoque clairement l’Au-delà, le monde des morts plus que des dieux :
«… entourant de ses branches entrelacées les ténèbres et les ombres glacées, à l’écart des mouvements du soleil ».
L’ombre, les ténèbres : voilà à quoi songe Lucain en décrivant ce bois sacré. Serait-ce que le monde des dieux est également celui des défunts ? Ou bien que les défunts sont assimilés à des divinités, qu’elles soient mineures ou non ?
De fait, et c’est étonnant à relever, la description que Lucain fait de ce bois sacré rappelle, selon la remarque de Miranda Green, spécialiste du monde celte, la description des Enfers dans L’Odyssée d’Homère. Un parallèle qui, même si l’on accepte l’idée que Lucain ait retranscrit un passage qu’il connaissait déjà pour illustrer son propos gaulois, laisse entendre que les Grecs anciens, avant de s’adonner à l’élévation de temples plus élaborés les uns que les autres, avaient une vision de l’Autre monde relativement proche de celle des Celtes et que c’est dans les bois, les ondes ou les entrailles de la terre qu’ils imaginaient la demeure des dieux.

La religion celte : de Bélénos à la tribu de Dana

Bien qu’il se limite actuellement à la Bretagne, à la Grande-Bretagne, à l’Irlande, à la Galice et à l’île de Man, le monde celtique était beaucoup plus étendu au début de notre ère et recouvrait aussi la Gaule, la Belgique et une grande partie de l’Allemagne et de l’Espagne. Après l’adoption du christianisme comme religion officielle de Rome, les cultes et les mythologies celtiques commencèrent à décliner.
Au Ve siècle, seul le Pays de Galles et l’Irlande conservaient encore le souvenir de la culture et des légendes celtes. Au Pays de Galles, où on se méfiait des écrits, le souvenir était entretenu dans les mémoires mais, en Irlande, les premiers moines missionnaires s’astreignirent, dès cette époque, à coucher sur le papier un nombre étonnant de légendes et de mythes. Cet effort de conservation, unique dans le monde celte, explique que l’on assimile aisément la « celtitude » à la mythologie irlandaise. Cet aspect réducteur n’est pourtant qu’une apparence. En effet, si les légendes et certains cycles mythologiques sont incontestablement de sources typiquement irlandaises, la religion était la même pour tout le monde celtique. Une religion étroitement liée à la nature et dont les divinités ne sont pas sans rappeler, par bien des côtés, celles de la mythologie scandinave.
Si, depuis le XVIIIe siècle, de nombreux historiens se sont intéressés à la mythologie celtique ou à l’étude du druidisme, bien peu ont tenté de percer le mystère des dieux celtes, notamment gaulois. La raison en est sans doute l’incroyable confusion dans laquelle se trouvèrent les Romains -qui sont pourtant nos meilleurs informateurs- au moment de décrire la religion des Celtes. Certes, grâce à eux, on connaît le rôle essentiel -aussi bien au point de vue politique que religieux- des druides ; on sait que les Celtes pratiquaient les sacrifices humains et qu’ils croyaient à une vie après la mort. Mais de leurs dieux, rien n’est dit, ou presque… À peine quelques lignes, quelques noms sont-ils donnés. Habitués à un panthéon gréco-romain parfaitement hiérarchisé, où chaque dieu a une fonction précise, ils se trouvèrent totalement désemparés face à un monde comprenant un peu plus de quatre mille divinités, aux attributs mal définis, aux noms variant selon les régions.
À l’image des Romains, les historiens modernes seraient, eux aussi, bien embarrassés, n’était l’incroyable matériel récolté par les moines irlandais. En Gaule, par exemple, seules quelques grandes figures se détachent de cette foule de divinités…
Les dieux secrets de la Gaule
D’après César, la divinité la plus vénérée en Gaule était Mercure. Certes, il ne s’agit pas là du même dieu que celui des Romains mais d’un dieu possédant à peu près les mêmes attributs que ceux de la divinité des maîtres de la péninsule. Aux dires du vainqueur des Gaules, « ils le considèrent comme l’inventeur de tous les arts ; il est pour eux le dieu qui indique la route à suivre, qui guide le voyageur ; il est celui qui est le plus capable de faire gagner de l’argent et de protéger le commerce ». Selon certains historiens, ce dieu « multifonctions », dont César ne révèle pas le nom, ne peut être que Lug, le dieu du soleil. Surnommé « Samildanach » en Irlande, ce dieu est effectivement un « artisan multiple » et son culte est fort répandu dans tout le monde celtique : en Irlande, il combat et vainc les Formorii ; en Gaule, des villes lui sont consacrées -Lugdunum, Lyon- et un lieu de culte célèbre lui est dédié sur le Puy-de-Dôme. Pourtant, hors le fait que le culte de Lug soit répandu dans tout le monde celtique, le dieu soleil ne semble pas avoir beaucoup de points communs avec ce « Mercure » décrit par Jules César. Celui-ci semble même plus proche du dieu Ésus, une des divinités majeures des Celtes, dont le nom signifie « Seigneur », « Maître » et qui est le dieu des voyages et des chemins, le défricheur des forêts, un inventeur et un constructeur. À moins, bien entendu, que Mercure ne soit Cernunnos, dieu de l’abondance, mais également des forêts et des animaux sauvages, et que les Romains ont parfois assimilés à Mercure…

Bas-relief, évoquant Taranis, le Tonnant, armé de sa célèbre roue.
Bas-relief, évoquant Taranis, le Tonnant, armé de sa célèbre roue.

La romanisation des dieux
Vient ensuite Taranis le « Tonnant » qui, portant une roue et armé d’un éclair, ressemble fort au Jupiter romain. Épona, quant à elle, apparaît dans l’ensemble du monde celtique, avec quelques variantes dans le nom : ainsi, on l’associe parfois à Rhiannon, un personnage malheureux de la mythologie galloise. Teutatès, bien qu’il soit présent dans nombre de régions, a une personnalité à double facette : pour certains, il est le dieu de la guerre, violent et cruel, pour d’autres, il apparaît comme un dieu fort paisible, protecteur de la tribu. La raison de cet étonnant « dédoublement de la personnalité » réside peut-être tout simplement dans le fait qu’il s’agit en réalité de dieux différents. En effet, Teutatès signifierait « peuple » ou « tribu » et pourrait n’être qu’un adjectif désignant des dieux locaux.
Une chose paraît claire cependant : ces dieux que nous venons de citer ont peut-être été des personnages majeurs de la mythologie celtique, mais leur réputation est incontestablement le fait des Romains qui les considéraient comme les équivalents de certains de leurs dieux. Ésus ou Lug sont attachés à Mercure, Taranis à Jupiter, Teutatès à Mars. Quant au succès du culte de la déesse cheval Épona, il vient de ce que les légions romaines elles-mêmes l’ont adopté avec enthousiasme dès le début de la conquête.
En fait, les dieux celtiques de Gaule restent bien mystérieux…
Les Tuatha de Danann
La mythologie irlandaise demeure donc la seule que nous connaissions vraiment. Et elle met largement en avant ses liens avec la mythologie scandinave. En effet, non seulement les dieux irlandais sont généralement associés à la nature, comme chez les Vikings, mais on retrouve également l’idée que l’univers est divisé en plusieurs mondes -il en existe neuf dans la mythologie scandinave. Par contre, à l’inverse des dieux Vikings, les divinités celtiques ont de multiples liens avec le monde des hommes.
L’épopée celte d’Irlande est divisée en quatre cycles : le cycle mythologique ou des dieux ; le cycle héroïque, dit encore cycle des Ulates (les habitants de l’Ulster) ou de la Branche rouge ; le cycle fenian ou ossianique et, enfin, le cycle historique ou des rois, cycle assez tardif et qui marque le déclin des lettres gaéliques.
Le cycle mythologique, relatif au peuplement de l’Irlande, débute avec l’arrivée des Firbolg, les « hommes sacs » qui, malgré leur nom, sont bien des dieux. Cette invasion allait provoquer la colère des Formorii, dieux marins, violents et possessifs, qui sortirent des flots à l’arrivée des Firbolg, bientôt suivis des Tuatha de Danann.
Le dieu le plus important des Tuatha de Danann, « tribu de la déesse Dana », est Dagda, « le dieu bon ». Sage, versé dans l’art de la magie, ce dieu, qui a le pouvoir de ressusciter les morts et de donner l’abondance, verra l’apogée des Tuatha de Danann mais aussi leur déclin…
Malgré le rôle essentiel de Dagda dans la mythologie irlandaise, c’est pourtant Nuada, un chef des Tuatha de Danann, qui est chargé de diriger les nouveaux dieux lors du premier affontement pour la possession de l’Irlande. Un affrontement qui allait sonner le glas des Firbolg. Reste alors, pour les Tuatha de Danann, à combattre les Formorii, à la tête desquels se trouve Balor le Cyclope. Le second engagement met donc aux prises les champions des deux clans : Balor et Lug.

Bas relief représentant le célèbre dieu Lug, omniprésent dans tous les pays celtes.
Bas relief représentant le célèbre dieu Lug, omniprésent dans tous les pays celtes.

Le triomphe du dieu Lug
Né des amours secrets de Dian Cecht, dieu de la guérison de la race de Dana, et d’Ethlinn, fille unique du Formorii Balor, Lug, le dieu soleil, se voit confier le commandement des Tuatha de Danann après l’abdication de Nuada.
Le choix de Nuada n’est d’ailleurs pas anodin : en effet, une prophétie aurait annoncé à Balor qu’il serait tué par un de ses petits-fils. Les précautions qu’il avait prises pour tenir sa fille éloignée de tout dieu n’ayant servi à rien, la prophétie était en passe de se réaliser. Mais Balor le Cyclope est un combattant redoutable, dont l’œil unique pétrifie ceux qu’il regarde et les tue tout net ! Lug, le dieu soleil, malgré sa jeunesse et sa valeur, décide de jouer la carte de l’ingéniosité… C’est donc armé d’une fronde qu’il se présente sur le champ de bataille de Magh Tuireadh. Là, tel David face à Goliath, il atteint Balor en pleine tête. Déséquilibré, le Cyclope lance un dernier regard sur ses frères Formorii… qui sont foudroyés sur place !
La victoire est totale, mais une victoire qui montera rapidement à la tête du jeune dieu Lug, pris soudain d’une rage sans nom, caractéristique que l’on retrouvera chez son fils.
Ainsi, s’ouvrait l’ère des Tuatha de Danann, qui succèdent aux Formorii et aux Fribolg comme, dans la mythologie viking, les Ases avaient succédé aux Vanes.
Le temps des Gaëls
Mais, à peine commence-t-il, que le temps de la domination des dieux est en passe de prendre fin. Il s’achève définitivement avec l’arrivée des fils de Milésius : les Gaëls.
Milésius est un guerrier espagnol qui, soucieux de venger la mort de son neveu, Ith, décide d’envahir l’Irlande et de chasser les Tuatha de Danann. Milésius ne survivra pas à ce voyage, mais ses fils se chargeront d’accomplir sa vengeance et de prendre possession de l’île.
Chassés, bannis de la terre d’Irlande, les Tuatha de Danann ne la quitteront cependant qu’en surface : en effet, guidés par Dagda, ils se réfugieront sous terre. Là, on dit qu’ils survécurent sous l’apparence de Banshee, c’est-à-dire de fées, à moins qu’ils ne soient devenus des elfes et de lutins.
Mais si l’on quitte effectivement le cycle mythologique, les deux cycles suivants, le cycle héroïque et le cycle ossianique, mettent en scène des personnages qui ne sont pas sans rapport avec les divinités : les fils de Lug et d’Aengus deviennent les héros de l’Irlande, tandis que les magiciens font le lien entre notre monde et celui des dieux…