Philippe de Macédoine

Quel homme ! Son amour du pouvoir et de l’empire lui a valu un œil perdu, une épaule brisée, un bras et une jambe paralysés. Tel est le portrait de Philippe II de Macédoine (382-336 avant J.-C.) par son pire ennemi, l’orateur athénien Démosthène. Roi tonitruant et baroudeur de la province la plus septentrionale du monde hellénique, Philippe II règne sur une sorte de royaume féodal, que se partagent quelques huit cents «barons».

Ce génie militaire constitue une armée de dix mille hommes quasi invincible, avec laquelle il réussira l’impossible exploit : conquérir et unifier la Grèce. Il a pour femme l’étrange princesse Olympias qui prétendra, après la naissance de leur fils Alexandre, que le véritable père en est Zeus lui-même ! Le dieu l’aurait engendré en frappant de sa foudre le lit nuptial lors de la nuit de noces ! Épuisé par ses victoires autant que par ses excès de toutes sortes, ce «brave des braves» mourra assassiné par un noble macédonien, Pausanias. Il se chuchote que celui-ci avait été inspiré par Olympias et peut-être même par Alexandre…

 

 

Salamine : une muraille de bois

Buste de Thémistocle (v.528-v.462 avant J.-C.).
Buste de Thémistocle (v.528-v.462 avant J.-C.).

Au printemps de l’an 480 avant J.-C., le très puissant empereur perse Xerxès quitte Sardes, franchit l’Hellespont et lance son armée sur les rivages grecs. Les Athéniens, conscients du danger, livrent des combats de retardement : Léonidas, à la tête de dix mille hoplites, bloque, avec un courage désespéré, le défilé des Thermopyles. Harcelé durant six jours par les soldats perses qui se déversaient de leurs navires tout proches, les Spartiates de Léonidas ne doivent leur salut qu’à l’apparition soudaine des trières qui contraignent à la retraite les navires de Xerxès.
Mais l’empereur perse ne lâche pas prise : la victoire des Thermopyles n’est, pour lui, qu’un incident mineur dans le gigantesque conflit qui l’oppose à une Grèce unifiée sous l’égide de Thémistocle.
Au tout début de l’été 480, Xerxès rassemble le long des côtes d’Asie Mineure, dans la région de Smyrne, une immense flotte et réquisitionne, avec l’aide de son allié carthaginois, tous les navires égyptiens et phéniciens. Ceux qui résistent sont impitoyablement châtiés. Ainsi Polycrate, tyran de Samos, qui refuse de livrer sa flotte à Xerxès, est arrêté, crucifié devant son peuple et ses bateaux sont ainsi réquisitionnés. La Lycie, la Carie et la Cilicie mettent leurs navires (au moins trois cents) à la disposition des Perses. Artémise, reine d’Halicarnasse, s’improvise chef d’escadre et rejoint Xerxès avec quelques quatre-vingt-dix bâtiments. De mémoire d’homme, c’est la plus impressionnante flotte jamais réunie en Méditerranée ou ailleurs : mille unités la constituent.
La bataille navale de Salamine, d'après une iconographie du XIXe siècle.
La bataille navale de Salamine, d’après une iconographie du XIXe siècle.

À la fin de l’été, l’armada de Xerxès est aux portes d’Athènes. C’est alors que Thémistocle ordonne d’évacuer la ville : hommes, femmes, enfants, soldats quittent Athènes et se réfugient à Salamine, une petite île au large de l’Attique.
Sur ordre de Thémistocle, la flotte, composée surtout de trières, est divisée en trois : cent dix-neuf bateaux sur l’aile droite, cent vingt-neuf pour le corps de bataille et cent vingt sur l’aile gauche. À cette heure décisive -pour l’histoire de la Grèce comme pour celle de l’Occident tout entier- le maître d’Athènes a trente-cinq ans. C’est un homme actif, inventif mais aussi très pieux et habile à interpréter les oracles. Et que disent les oracles quand il les consulte ? Ils répondent ceci :
Athènes doit se retrancher derrière une muraille de bois.
Thémistocle n’hésite pas : la muraille de bois, c’est un rempart de bateaux. D’où la disposition de sa flotte : l’aile gauche, le centre ainsi que l’aile droite constituent un rempart continu de bois. Et quand la bataille s’engage enfin, le 28 septembre 480, dans ces passes trop étroites pour les grosses embarcations perses, les trières, plus fines, plus rapides et aussi plus à l’aise dans le chenal qui sépare Salamine de l’Attique, passent à l’action, sèment le désordre dans la flotte de Xerxès et remportent une éclatante victoire.
Après Salamine, devenu le « tombeau des ambitions perses », Xerxès et ses successeurs renonceront à la conquête de la Grèce… définitivement. Pour commémorer cet immense événement, un artiste anonyme sculptera, sur ordre de Thémistocle et aux frais de la ville d’Athènes, une des œuvres les plus célèbres de l’Antiquité : la victoire de Samothrace, la victoire de Salamine.

Chypre, le berceau d’Aphrodite

Médaille antique de Vénus-Uranie.
Médaille antique de Vénus-Uranie.

"Cypris" ou Aphrodite : tel est le nom de ce joyau de la Méditerranée. Un joyau de pierres qui, dès l’Antiquité et parce qu’elle se situe au cœur d’un intense échange commercial, devint un joyau des plus prisé. Colonisée successivement par les Phéniciens (vers 1500 avant J.-C.) puis par les Grecs (vers 1000 avant J.-C.), elle subit la domination assyrienne avant de revenir aux Phéniciens puis de passée à l’Egypte et enfin à l’empire perse. Des conquêtes et des dominations successives qui allaient lui permettre de conserver une relative autonomie, au point de sortir, vers 400 avant J.-C., de ces temps de soumission officielle, à un intense rayonnement. Les cités les plus importantes étaient alors Amathonte, Paphos et Idalie, toutes trois consacrées à la déesse Aphrodite qui serait venue y parfaire sa beauté avant de faire son entrée dans l’Olympe. Au début du IVe siècle avant J.-C., Chypre était donc indépendante, jusqu’à ce qu’elle soit intégrée à l’empire d’Alexandre. A la mort de ce dernier, elle sera d’ailleurs vivement disputée par les "héritiers" du Conquérant, qu’ils soient de Syrie ou d’Egypte. Finalement, c’est Caton, le Romain, qui s’en emparera et en fera, en 58 avant J.-C., une province romaine.
Le partage de l’empire romain placera Chypre dans l’escarcelle byzantine où elle demeurera jusqu’aux croisades. C’est Richard Cœur de Lion qui finalement s’en empare et l’offre à un seigneur français, ancien roi de Jérusalem, Guy de Lusignan. Ce dernier fonde alors le Royaume de Chypre, d’où il espère bien entamer la reconquête de Jérusalem… reconquête qui n’aura jamais lieu. L’île devait rester aux descendants de Guy durant plusieurs générations, faisant de l’île de la déesse Vénus -ou Aphrodite-, celui des fils de la fée Mélusine -la famille de Lusignan se targuant d’être issu des amours d’un seigneur et de cette fée. En 1489, Catherine Cornaro, descendante et héritière de Guy de Lusignan, vendra Chypre à Venise, qui ne la conservera pas un siècle. En effet, en 1570, les Turcs s’en emparaient. Le joyau de la Méditerranée devait alors connaître ses heures les plus sombres : laissée à l’abandon par les Turcs, l’île était dans un état déplorable lorsque, en 1878, elle fut placée sous administration britannique. Devenue colonie de la couronne en 1925, elle devait, aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, devenir le théâtre d’affrontements sanglants entre Turcs nationalistes et nationalistes grecs, chacun en réclamant l’indépendance voire le rattachement à sa patrie d’origine. Une situation qui, encore aujourd’hui, est loin d’être réglée…

La victoire de Marathon

Décidé à anéantir Athènes, obstacle majeur à la suprématie perse sur la Méditerranée, Darius Ier rassemble une puissante armée de plus de vingt mille hommes et, le 19 septembre 490 avant J.-C., fait débarquer ses troupes près de Marathon. Mais, dès que les Perses ont mis pied à terre, Miltiade, à la tête de dix mille Athéniens, lance ses hommes et prend les soldats de Darius en tenaille.

Après un combat extrêmement meurtrier, les Perses refluent vers leurs navires, laissant sept vaisseaux aux mains de Miltiade. Une légende veut que le propre frère d’Eschyle ait accompli, à cette occasion, une action d’éclat, se faisant couper les mains alors qu’il tentait de retenir un bateau ennemi. Dès que la victoire est assurée, un soldat grec court porter la nouvelle à Athènes, mais, épuisé tant par le combat que par la course de quarante kilomètres, il a tout juste le temps d’annoncer sa victoire aux Athéniens, avant de rendre l’âme.

 

Isocrate : de la rhétorique aux affaires

Un philosophe (détail d'un vase grec).
Un philosophe (détail d’un vase grec).

La rhétorique, l’éloquence sont des arts que pratiquaient volontiers les Antiques. Les Grecs plus particulièrement, qui fondèrent les premières écoles de rhétorique. Aristote lui-même s’y adonna, exposant ses principes dans La Rhétorique ; d’autres philosophes propagèrent la discipline à travers le monde hellénistique, de Pergame à Alexandrie ou à Rhodes. Quant aux « écoles », elles variaient d’un maître à l’autre.
Le plus célèbre d’entre eux, cependant, avait une manière bien à lui de vivre de son art. Isocrate, qui vivait au IVe siècle av.J.-C., avait en effet créé une école exclusivement réservée aux fils de familles aisées. Durant 4 ou 5 ans, ils séjournaient auprès de lui… gratuitement. Et c’est là tout l’art d’Isocrate –hors la rhétorique bien sûr- car, si les étudiants officiels ne payaient pas, tous les étrangers –c’est-à-dire les non-athéniens- assistant à ses leçons étaient invités à payer. Quant aux familles des étudiants athéniens, elles s’acquittaient volontiers de ce qu’on ne leur demandait pas par de splendides présents. Une manière comme une autre de sponsoriser l’enseignement supérieur de leurs rejetons.

L’ostracisme ou la démocratie démagogue

Buste de Thémistocle (528-462 av.J.-C).
Buste de Thémistocle (528-462 av.J.-C).

La démocratie : rares sont les politiques actuels à ne pas revendiquer les valeurs qui y sont attachées. Mais la démocratie s’accompagne parfois -et même souvent- de démagogie et c’est à ce moment-là qu’elle commet les pires abus. Sans entrer dans un débat sur l’actualité -chacun pourra faire les rapprochements qu’ils désirent-, il suffit, pour s’en convaincre, de regarder l’histoire. De regarder même au berceau de la démocratie : l’antique Athènes.
Dans l’Athènes de l’Antiquité, à l’époque où la démocratie forge la puissance de la cité et fait sa gloire, la justice, si elle joue le jeu de la démocratie, va aussi être celui de la démagogie et, au final, de l’injustice et de l’abus. L’ostracisme, notamment, en est un exemple frappant.
C’est en 508 avant J.-C. que l’ostracisme est approuvé dans le cadre des réformes de Clisthène qu’apparaît cette nouvelle forme de justice. C’était un jugement par lequel les Athéniens avaient possibilité de bannir, pour une période déterminée, un citoyen jugé dangereux pour les libertés et l’ordre public.
Chaque année, l’assemblée générale du peuple décidait donc si l’ostracisme devait être appliqué. En ce cas, on procédait à un vote et chaque citoyen inscrivait sur un "ostraka" -un morceau de poterie- le nom du citoyen qu’il désirait voir bannir. Si une même personne avait 6 000 voix contre elle, elle avait dix jours pour quitter la cité. L’exil, qui devait initialement durer dix ans, sera ensuite ramené à cinq ans. Le condamné pouvait cependant vivre où il le désirait et profiter de ses biens.
On conçoit aisément le défaut de cette législation qui, par ailleurs, se voulait parfaitement démocratique. Il suffisait donc de quelques rumeurs, d’acheter quelques citoyens ou de jouer de leur naïveté ; il suffisait de faire œuvre de démagogie pour faire condamner n’importe qui. D’ailleurs, les abus ne manqueront pas et plusieurs sommités athéniennes allaient en faire les frais, tels Miltiade, Thémistocle, Aristide ou encore Alcibiade. Et ce ne sont que les plus connus. De fait, l’ostracisme fut tant et tant détourné de sa fin que cette disposition ne tint pas même cent ans : en 415 avant J.-C., elle était abandonnée.

La guerre de Troie a bien eu lieu

Hélène, Priam, Achille, Ménélas, Hector, Ulysse : autant de noms et de personnages qui, depuis plusieurs millénaires, stimulent notre imaginaire. Selon les Anciens, la guerre de Troie, racontée par Homère dans l’Iliade, se serait terminée, le 29 mai 1183 avant J.-C., avec la prise de la ville par les Grecs qui, après dix ans de siège, s’en sont emparés en cachant trois cents de leurs hommes dans le ventre d’un cheval de bois offert à Athéna, déesse protectrice de la ville.
Plus sérieusement, les historiens et les archéologues, après des années de recherche, ont mis au jour le site de l’ancienne Troie, détruite par les Grecs qui voyaient dans cette puissante ville un obstacle à la colonisation des rives d’Asie Mineure. La guerre de Troie a bien eu lieu…

Mon père ce héros

Sacrifice fait aux Mânes (d'après une fresque antique).
Sacrifice fait aux Mânes (d’après une fresque antique).

Qu’est-ce qui, à l’époque antique, a initié le culte des morts et des ancêtres ? On sait que dans la Grèce primitive, les morts se voyaient dévolus à une sorte de non-mort, à un état de semi-conscience de l’âme qui errait, sans but et sans raison, dans les Enfers. L’absence de conscience, de châtiments aussi, devait conduire fort logiquement au désintérêt total des vivants pour les morts… Pourtant, il n’en fut rien. Bien au contraire. Les Grecs comme les Etrusques et plus tard les Romains vont faire du culte des morts un des axes majeurs de leurs religions. Les Etrusques plus que les autres, eux qui élèveront d’imposants monuments en l’honneur de leurs ancêtres. Mais ce culte des morts, plus qu’un hommage aux ancêtres, doit être vu et compris comme une promotion des vivants à travers l’héroïsation des ancêtres. En clair, plus on rendait un culte important à ces ancêtres, plus on en faisait des personnages importants, plus on était, soi-même, important, le culte des morts agissant dès lors avec un "effet boomerang". Mon père était un héros, j’en suis donc un également -implicitement. D’où la création d’une véritable aristocratie des vivants comme des morts. D’où également une divinisation des morts, que l’on reconnaît aisément dans le culte rendu aux dieux lares.

Serfs et servage dans l’Antiquité

Médaille d'esclave grec ou romain.
Médaille d’esclave grec ou romain.

C’est bien à tort que l’on assimile le mot de servage ou de serf avec le Moyen Âge. C’est à tort également qu’on le confond avec l’esclavage. De fait, le servage est une condition intermédiaire entre l’esclave et l’homme libre. Certes, le serf n’est pas son propre maître et dépend d’un autre homme, mais il jouit d’une certaine protection légale, quant l’esclave n’est rien de plus que l’équivalent d’un meuble ou d’un animal.
La Grèce antique offre plusieurs exemples de servage. Le plus connu est le cas des hilotes de Sparte. Appelés à cultiver la terre, les hilotes n’avaient en principe aucun droit ni aucune liberté. Dans les faits cependant, ils étaient parfaitement libres de cultiver comme bon leur semblait, pouvaient améliorer leur condition de vie et même acheter leur affranchissement, le tout moyennant une redevance fixe.
Sous les Ptolémées et les Séleucides, le servage était également monnaie courante, notamment du au fait que les Grecs préféraient imposer une sujétion héréditaire plutôt que de réduire en esclavage. Une sujétion qui impliquait également l’attachement à la terre. Cette institution orientale semble avoir été le socle du "colonat" des Romains, qui devait se répandre au IIe et IIIe siècles de notre ère.
A côté des esclaves et des hommes libres, se forma alors une catégorie de plus en plus importante d’hommes demi-libres, de serfs. Apparu en Asie, en Egypte, en Afrique du Nord ou en Gaule, le colonat se composait de descendants de cultivateurs qui se voyaient assigner de petites exploitations découpées dans de grandes seigneuries. Hommes libres ayant tous les droits inhérents à la puissance paternelle, les colons étaient cependant fixés à la terre qui leur avait été attribuée -le colonat devient héréditaire au IVe siècle. S’ils abandonnaient cette terre, ils pouvaient être poursuivi comme des esclaves fugitifs. En revanche, nul ne pouvait les séparer de leur terre. Par ailleurs, ils devaient au maître ou au seigneur de la terre, 1/10e de leur récolte, ainsi que des corvées de travail sur les terres directement exploitées par le maître. Invités à produire le plus possible, ils avaient le droit de garder le produit de ce travail. 1/10e de la récolte quand, aux temps modernes, on doit 40% de son travail, de quoi faire -presque- rêver…

Sparte écrase Athènes

Depuis une soixantaine d’années, Sparte et Athènes, les deux plus importantes métropoles de la Grèce antique, s’opposent. Face à l’ambition d’Athènes, Sparte reste le seul recours des autres villes du Péloponèse, telles Corinthe et Thèbes. La guerre débute réellement en 431 av. J.-C..
Sparte, réalisant sa faiblesse sur mer, forge une marine expérimentée. Et en 408 av. J.-C., Athènes perd totalement le contrôle des mers au profit de son adversaire.
La chute d’Athènes n’est plus qu’une question de temps et assiégée par le roi Pausanias sur terre et par la flotte de Lysandre, la cité d’Athènes finit par capituler , le 25 avril 404 av. J.-C..