Le talon d’Achille

Achille d'après une peinture murale.
Achille d’après une peinture murale.

De tous les héros grecs, Achille est sans nul doute le plus connu. Pourtant, pour beaucoup, son nom n’évoque rien d’autre qu’une banale histoire de talon…
Tout à commencer lorsque Zeus et Poséidon tombèrent amoureux de la néréide Thétis. La divinité marine était belle à en faire perdre la raison et les deux frères étaient prêts à en venir aux mains pour savoir qui aurait droit à ses faveurs quand Prométhée intervint. Le malheureux titan, qui subissait depuis des temps immémoriaux le supplice de voir son foie dévoré chaque jour par l’aigle de Zeus, convoqua donc Zeus et son frère et leur révéla que le fils de Thétis serait plus grand que son père… refroidissant ainsi sérieusement les ardeurs des dieux ! Zeus et Poséidon étaient prévenus mais si Thétis s’unissait à n’importe quel autre dieu, la concurrence risquait d’être des plus rude : Zeus décida donc de donner Thétis en mariage à un mortel.
L’heureux élu était le roi de Thessalie, Pelée, qui eut bien du mal à ne serait-ce qu’embrasser sa jeune épouse : la néréide, outrée qu’on l’ait ainsi donné à un pauvre mortel, refusait tout contact avec Pelée. Finalement, après bien des ruses, Pelée réussit à convoler avec Thétis qui, au fil des ans, lui donna huit fils. Au dernier, elle donna le nom d’Achille.
Thétis aimait tendrement ses fils et, comme toutes les mamans, elle était hantée par l’idée qu’ils puissent se blesser. Pire même, qu’ils meurent. Car si les fils de Pelée tenaient beaucoup de leur mère, il y avait une chose qu’ils avaient héritée de leur père : c’est sa mortalité ! La belle néréide décida donc de tout mettre en œuvre pour palier à cette « petite défaillance » et rendre ses fils immortels… sans grande réussite puisqu’ils périrent tous les uns après les autres dans les flammes où les plongeait leur mère. À la naissance du huitième, cependant, Pelée mit le holà. Thétis dut se résoudre à trouver un autre système que celui du baptême du feu : son dernier-né sous le bras, elle descendit donc dans les Enfers et le plongea dans les eaux purulentes du Styx. Contente de sa ruse, Thétis remonta bientôt à la surface de la terre, oubliant qu’elle avait tenu son fils par le talon durant toute l’opération.
Les années passaient et Achille grandissait. Fils d’une divinité, il avait un statut particulier chez les mortels et son éducation devait être parfaite. Elle fut donc confiée à Chiron, le maître des Centaures, qui fut également le distingué professeur d’Hercule, de Jason et d’Asclépios. Chiron, à n’en pas douter, était le meilleur dans sa partie : il lui enseigna l’art de la guerre, qui était la matière préférée d’Achille, et le nourrit même de gibier… afin, dit-on, d’accroître sa férocité… Rapidement, Achille devint célèbre pour son courage et son adresse à nul autre pareil. Et, bien entendu, lorsque le temps fut venu pour les Grecs de partir en expédition contre Troie, ils voulurent qu’Achille les accompagne… Mais voilà, Achille avait disparu !
Sachant, par on ne sait quelle prophétie, qu’Achille mourrait sous les murs de Troie, Thétis avait convaincu son fils de se cacher, déguisé en fille, dans le gynécée du roi Lycomède, à Scyros. C’est Ulysse, le plus malin des guerriers grecs, qui fut chargé de le retrouver. Déguisé en marchand, l’astucieux grec pénétra dans le palais de Lycomède et présenta aux jeunes filles assemblées un assortiment de bijoux et de soieries… ainsi que quelques armes ! Alors que toutes les filles, comme de bien entendu, s’extasiaient sur les attributs si typiquement féminins, Ulysse constata qu’une d’entre elle semblait fascinée par les armes : il sut alors qu’il avait trouvé Achille. Mais Thétis ne désarmait pas : si son fils devait combattre contre les Troyens, il le ferait dans les meilleures conditions. C’est ainsi qu’Achille embarqua pour Troie, une armure invincible spécialement conçue pour lui par Héphaïstos dans ses bagages.

Achille soignant Patrocle.
Achille soignant Patrocle.

Dans les premiers temps de la guerre, les Troyens n’eurent guère à redouter l’adresse guerrière d’Achille : ce dernier, qui s’était disputé avec Agamemnon, refusait tout simplement de se battre. Il passait ses journées avec Patrocle, son ami et amant, à jouer de la lyre à l’ombre de sa tente. Un jour, pourtant, Patrocle, qui avait une conscience plus développée de son devoir, emprunta la fameuse armure d’Héphaïstos et, se faisant passer pour Achille lui-même, se lança dans la bataille. Bien mal lui en prit : il se heurta au meilleur guerrier troyen, Hector, qui, d’un coup parfaitement assuré, mit fin aux prétentions du pauvre Patrocle.
Lorsqu’Achille apprit la mort de son bien-aimé, il entra dans une rage folle et se lança -enfin- dans la bataille. Le duel entre Hector et Achille devait durer de longues heures mais, finalement, Achille eut raison du Troyen. Pourtant, sa vengeance était loin d’être assouvie : attachant le cadavre de son ennemi à son char, Achille le traîna, douze jours durant, autour de la tombe de Patrocle. Sa rage glaçait d’horreur les Troyens comme les Grecs ; les dieux eux-mêmes se révoltèrent devant pareille humiliation, au point que Zeus chargea Thétis d’intervenir. Sur les instances de sa mère, Achille mit donc un terme à sa vengeance mais, désormais, les Grecs purent compter sur sa participation. Et elle ne fut pas des moindres : guerrier accompli, sans doute le meilleur de son époque, Achille sema la mort et la désolation parmi les rangs des Troyens… jusqu’à ce que les dieux se mêlent à nouveau du conflit. C’est Apollon, favorable aux Troyens, qui devait mettre fin à la glorieuse carrière d’Achille en guidant le bras de Pâris : touché au talon par une flèche, Achille s’effondra, accomplissant ainsi la prophétie.
Personnage essentiel de l’Iliade, Achille allait devenir le type même du héros grec : un guerrier accompli, bien que d’une rare violence, un demi-dieu qui ne pouvait qu’inspirer des hommes tels qu’Alexandre le Grand…

Du culte dionysiaque aux mystères d’Eleusis

Dionysos le dieu du vin de la mythologie grecque.
Dionysos le dieu du vin de la mythologie grecque.

Né au VIe siècle avant J.-C., le culte dionysiaque traîne une réputation pour le moins erronée. Les Bacchantes latines y sont certainement pour quelque chose, ainsi qu’une vision élaborée uniquement sur les attributs les plus marquants de cette divinité.
C’est en Asie mineure, dont il porte le bonnet phrygien, que s’est d’abord développé le culte dionysiaque. Un culte entièrement tourné vers la fête débridée, vers la consommation effrénée de vin, vers une sexualité sans frein. De fait, Dionysos, fils de Zeus et de Sémélé, est, dans la mythologie grecque, le dieu du vin, du désir brutal, des arts et de l’agriculture. Deux derniers attributs qui s’effacent largement au profit des premiers ; deux attributs que l’on a tendance à reléguer, voire à occulter. Sans doute est-ce une erreur car tous ces attributs se tiennent et lorsqu’on les étudie ensemble, la vision qu’ils donnent est celle d’une divinité de la vie, de la mort et de la résurrection. Dieu de l’agriculture et du vin, Dionysos est profondément ancré dans la notion de divinité de la terre. Or c’est la terre qui régénère. C’est elle aussi qui ensevelie, accueillant les corps des défunts. Et, comme chacun sait, Dionysos est une divinité qui est né plusieurs fois. Sauvé du ventre de sa mère par Zeus, qui lui permet d’achever sa gestation dans sa propre cuisse, Dionysos devait ensuite être démembré, brûlé avant d’être ressuscité grâce à l’intervention de la déesse Rhéa. Un épisode qui fait de Dionysos le pendant d’Osiris, mais surtout une divinité de la vie et de la mort, de la vie à tout prix. C’est la célébration de cette vie que célèbre le culte dionysiaque. Un culte profondément marqué par la fête, la danse ; un culte célébrant la vie dans ce qu’elle a de plus débridée. Un culte, enfin, qui, apparaît comme une réponse à la société toujours plus encadrée, plus morale et plus contraignante qui se dessine alors.
A la même époque, l’orphisme voit le jour. Cette doctrine fondée sur la certitude d’une vie après la mort mais d’une vie dépendante de la précédente, fait au contraire la part belle à la morale, à la pureté, à l’ascétisme même. Platon, Pindare s’en font les échos annonçant, à force de purifications et d’efforts, la possibilité pour l’homme d’atteindre à un état quasi divin. C’est la première fois, dans la religion grecque antique, que l’on perçoit la possibilité pour l’homme de jouer un rôle dans sa vie après la mort, de participer à son devenir. Une spiritualité complexe donc et qui ne fera que peu d’adeptes, contrairement au plus célèbre des cultes mystiques : le culte éleusien.

Déméter, déesse de la fécondité et principale divinité du culte d'Eleusis.
Déméter, déesse de la fécondité et principale divinité du culte d’Eleusis.

Culte à mystères, dédié aux seuls initiés, le culte d’Eleusis va acquérir une popularité immense dans toute la Grèce. Plusieurs raisons à cela : la simplicité de sa doctrine -si on la compare à l’orphisme- et le retour vers une spiritualité tournée entièrement vers la nature, la fécondité naturelle et la vie. Dédié aux déesses Déméter et Coré-Perséphone, sa fille, le culte éleusien célèbre, par une série de sacrifices, par la consommation de produits issus de la terre, deux aspects essentiels pour l’homme : la vie et la mort. Une vie offerte par les dieux, notamment Déméter, divinité présidant à la fécondité de la terre, et par Coré-Perséphone qui, si elle est plus connu comme déesse des Enfers, préside également à la naissance, aux jeunes enfants. C’est donc à une célébration de la nature vivante qu’appelle le culte éleusien. Mais à une vie qui a une fin, qui conduit irrémédiablement à la mort du corps. C’est là l’autre aspect du mystère d’Eleusis : la mort, l’Au-delà. Une mort qui n’est qu’une étape pourtant, la terre offrant, encore une fois, la régénérence. Une mort enfin qui se prépare, ce qui, en ce sens, rapproche le culte éleusien de l’orphisme puisqu’on puise dans son culte la connaissance nécessaire à bien vivre sa mort, son Au-delà.
De fait, il est évident, et l’apparition de ces cultes ou de ces spiritualités en fait foi, que la spiritualité grecque a connu une rapide évolution. Une évolution qui va conduire le peuple à une quête plus personnelle, à une religion moins conventionnelle et peut-être moins convenue même si, dans les mystères également, l’aspect rituel est essentiel. Parallèlement, les religions orientales vont connaître, à travers le mithraisme, notamment, la même évolution. Une évolution qui n’est rien d’autre que la réponse à une quête spirituelle naturelle et évidente et qui se répandra dans tout le monde méditerranéen, jusqu’à Rome ou à Jérusalem.

Zeus olympien

Reconstitution par la gravure de la statue de Zeus dans le temple d'Olympie.
Reconstitution par la gravure de la statue de Zeus dans le temple d’Olympie.

Les Antiques, notamment les Grecs, avaient une assez haute opinion de leur monde et de leur savoir-faire. Sans doute est-ce ce qui les conduisit à désigner sept monuments, sept œuvres d’art, supérieures aux autres en grandeur et en magnificence.  Des chefs-d’œuvre qui, dès l’époque de Strabon, géographe du Ier siècle avant J.-C., furent connus sous le nom d’Orbis miracula : les Merveilles du monde, devenues les Sept Merveilles du monde. Parmi elles : le temple de Zeus olympien
Le site d’Olympie est un des plus célèbres de la Grèce : sanctuaire plutôt que ville, il était originellement consacré au culte de Gaïa, la Terre, et d’Héra, jusqu’à ce que le culte de Zeus (Jupiter chez les Romains) prédomine, au moins depuis le VIIIe siècle avant J.-C..
Zeus, rapporte le voyageur Lucien Augé, y avait, dit-on, combattu Cronos, qui lui disputait l’empire du monde, et c’était en commémoration de cette victoire de son père qu’Hercule avait institué les jeux solennels. Plus tard, Zeus lui-même confirma la consécration de cette terre et, frappant le sol de la foudre, il y fit une brèche. Parfois, de cet antre béant, s’échappait une voix qui chantait des oracles redoutés.
 

Le sanctuaire, ou Altis, formait un ensemble d’environ 200 mètres de côtés avec, pour monument principal, le grand temple de Zeus -de 64,12 mètres de long et de 27,66 de large-, construit vers 460 avant J.-C. par l’architecte Libon d’Élis. Mais surtout, à l’intérieur du temple, se trouvait une grande statue de Zeus Olympien, haute de 12 mètres, due au génie du sculpteur Phidias : Zeus était représenté assis sur un trône, le torse fait d’ivoire ; une couronne d’olivier ceignait son front et ses jambes étaient enveloppées dans des draperies d’or, que des fleurs émaillées constellaient. La main gauche, majestueusement relevée, soutenait un sceptre, dominé par un aigle. La hampe du sceptre rayonnait de l’éclat de pierres précieuses et les montants, le socle, le tabouret, tout retraçait les exploits des habitants de l’Olympe.
Lorsque Phidias eut achevé sa tâche, dit-on, il regarda en face le dieu qu’il avait fait et lui demanda :
-Zeus, es-tu content ?
La foudre éclata aussitôt et, tombant aux pieds du colosse, fendit le marbre du sol. Zeus avait répondu…

Epicure : pour le plaisir

Buste d'Epicure (342-270 avant J.-C.).
Buste d’Epicure (342-270 avant J.-C.).

Parce qu’il se veut l’apôtre d’une vie sans dieux, sans superstition, où seul le plaisir de l’homme compte, on a trop souvent tendance à associer l’épicurisme à la transgression, au plaisir des sens assouvi sans limite. Pourtant, la philosophie ou plutôt le modèle de vie prôné par cet Athénien du IVe-IIIe siècle avant J.-C. se veut d’abord comme une opposition à la religion grecque de l’époque. Fils d’une magicienne, Epicure vouait une haine sans limite à tout ce qui touchait à la superstition. Or, la religion grecque est entièrement, alors, tournée vers la superstition. Le succès de la Pythie, sensée révéler aux hommes le désir des dieux, mais également celui des cultes à mystères comme le culte dionysiaque et, surtout, le culte éleusien sont pétris de rituels, de croyances qui, pour certains, se limite à de la superstition. De fait, si la religion grecque originelle est une religion presque étatique, que l’on pratique avec ses concitoyens, elle est surtout une religion qui n’implique jamais l’individu si ce n’est à l’occasion de quelques sacrifices. En quête d’une religion plus personnelle, d’une véritable spiritualité, les Grecs vont alors se tourner, toujours plus nombreux, vers les cultes à mystères qui, s’ils font la part belle au rituel, invitent à une implication de l’homme, annoncent la nécessité d’agir pour se sauver. Une conception très moderne donc, presque chrétienne mais qui, mal comprise, peut se révéler désastreuse. C’est ainsi qu’il faut comprendre les excès du culte dionysiaque, comme plus tard des Bacchanales ; c’est également comme cela qu’il faut comprendre l’épicurisme. Un mode de vie qui se veut une réaction à ces excès commis au nom d’une religion mal comprise, apparentant cette religion à de la superstition.
Réaction à des excès, l’épicurisme va, rapidement, connaître le même sort, le même dévoiement que les religions qu’il combattait. Car si Epicure prônait le plaisir, c’était le plaisir durable, calme. Les passions érotiques, la recherche effrénée de pouvoir : autant d’occasions de souffrir et donc autant d’occasions de fuir. L’indifférence aux dieux, l’indifférence à la vie après la mort et la seule préoccupation du présent et du bien du corps : telle était la philosophie d’Epicure. Une philosophie qu’il va détailler dans près de 300 ouvrages. Mais une philosophie qui va se répandre en se dévoyant, donnant alors au plaisir des sens, à son assouvissement à tout prix, la première place. Un destin qui explique sans doute que l’on fasse de l’épicurisme la philosophie de toutes les décadences…

Le chant des sirènes

La sirène classique, d'après un tableau du XIXe siècle.
La sirène classique, d’après un tableau du XIXe siècle.

S’il est l’être merveilleux qui nous paraît le plus familier, paradoxalement, la sirène est le plus méconnue. Point de jambes changées en queue de poisson ; pas de mélopées ensorcelantes : la sirène, décidément, n’a rien à voir avec l’image qu’on s’en fait.
C’est Homère, dans l’Odyssée, qui, la première fois évoque les sirènes. L’épisode est connu : mis en garde par Circé, Ulysse bouchera les oreilles de ses marins et se fera attacher au mât de son navire afin de profiter, seul et sans danger, du « chant » enivrant de ces dames. Mais s’il les cite, pas une fois, Homère ne décrit les sirènes. Quant à leur don en matière de chant, nous aurons l’occasion d’y revenir.
A partir de cet épisode, va se construire un des mythes les plus fameux. Les successeurs d’Homère vont étoffer ce mythe, allant jusqu’à doter les sirènes d’une ascendance. Filles d’Achéloos -un dieu fleuve- ou de Phorcys –un dieu marin- et, au choix, de Stéropé –une des Pléïades-, de Calliope –muse de la poésie-, de Melpomène –muse du chant- ou de Gaïa –la Terre-, les sirènes vont aussi se multipliées. Au nombre de deux chez Homère, elles sont ensuite trois ou six et sont parfois associées à Perséphone, déesse des Enfers, dont elles forment le cortège. On s’en doute, les auteurs antiques vont broder à loisir sur les aventures impliquant les sirènes qui, après Ulysse, vont échouer à séduire Jason puis Orphée. Il semblerait d’ailleurs qu’elles n’aient guère remporté de succès… Pas même dans les concours de chant ! 

Pausanias, qui écrit au IIe siècle de notre ère, rapporte en effet qu’Héra avait organisé un concours opposant les sirènes aux Muses. Le but, évidemment, était de départager les deux clans qui prétendaient tous deux détenir le monopole de l’art du chant. Et, une fois encore, les sirènes devaient échouer ! Eternelles perdantes, elles n’en eurent pas moins une longévité littéraire et mythologique hors du commun. Car si les Muses se limitent à la sphère gréco-romaine, le mythe des sirènes va s’étendre en Europe et jusqu’au Moyen Âge, époque à laquelle elles acquièrent des jambes de sirènes, donc une queue de poisson…
Elles peuplent les cauchemars

La sirène antique d'après la vase de Caere.
La sirène antique d’après la vase de Caere.

Comment les représentaient-on avant l’époque médiévale ? On l’a dit, Homère n’a jamais fait la moindre description des sirènes, ce qui laisse à penser qu’elles avaient l’apparence de femmes comme les autres… à moins que le mythe de la sirène soit si connu et si commun à l’époque qu’il n’ait pas jugé bon de les décrire ! Ce qui est certain, c’est que toute l’Antiquité a une seule et même vision des sirènes, c’est-à-dire des oiseaux à tête de femme ou des êtres mi femmes –pour la tête et le torse- mi oiseau –pour le bas du corps et les ailes. Des plats, des vases, même contemporains de l’Odyssée, les représentent ainsi. Mais si Homère n’a pas fait de description, comment pouvons-nous dire que ces représentations sont bien celles de sirènes et non de chimères ou de stryges –qui non seulement ont la même apparence mais qui sont également redoutées pour leur cri. Et du cri au chant, il n’y a qu’un pas… tout est question de perception ! Un vase, découvert à Caere et actuellement exposé au Louvre, permet d’être relativement catégorique. A côté d ‘une femme à corps d’oiseau apparaît l’inscription suivante : « siren eimi » -je suis la sirène. Voilà qui est on ne peut plus clair, d’autant que ce vase est à peine plus récent que le texte de l’Odyssée. Pourtant, la parenté avec les stryges n’est peut être pas uniquement physique. Ces êtres, qui apparaissent essentiellement dans la tradition et la littérature romaine, sont des démons femelles réputées pour sucer le sang des nouveaux-nés et pour les enlever. Une réputation qui va les poursuivre jusqu’au Moyen Âge puisqu’on les retrouve dans les écrits de Gervais de Tilbury (1152-1221). Saint Augustin les évoque également mais les associe plus généralement aux morts. Or, on l’a vu, dans la mythologie grecque, les sirènes sont aussi les compagnes de Perséphone, qui règne sur les Enfers. Certaines productions antiques les représentent même enlevant une âme. Le parallèle entre sirènes et stryges est assez étonnant. Mais il ne s’arrête pas là : en effet, les deux catégories d’êtres merveilleux vont avoir une autre destinée commune jusqu’au Moyen Âge. Non contentes d’être associées aux morts, elles semblent peupler ou faire naître les cauchemars… De là à penser qu’il s’agit, au final, d’une seule et même famille…
La connaissance de toutes choses

Statue du poète Homère.
Statue du poète Homère.

De cette démonstration il ressort clairement que les sirènes n’ont guère de chose à voir, physiquement, avec l’image populaire actuelle. Mais au delà du physique, qu’en est-il de ce fameux chant ? On l’a vu, les sirènes, pourtant si célèbres et si redoutées pour ce don, sont allées, dans la littérature antique, d’échec en échec. Au fond, ce don était-il si fameux ? Et si, plus simplement, il ne s’agissait pas de mélodie ?
Si Homère évoque explicitement le chant des sirènes –« il est perdu celui qui, par imprudence, écoute leur chant »- faut-il pour autant le prendre au sens littéral comme le feront ceux qui, à sa suite, vont écrire sur les sirènes ? Cicéron, dans le De Finibus, analyse ainsi le passage des sirènes : selon lui, ce chant représente en fait la promesse d’une science merveilleuse, absolue.
Ulysse, redit l’Odyssée, l’honneur de la Grèce, dirige vers nous son vaisseau et viens prêter l’oreille à nos chants… l’esprit tout plein de nos doctes merveilles… Rien ne nous échappe de tout ce qui arrive dans ce vaste univers.
Et Homère, note Cicéron, vit bien qu’il n’y avait aucune vraisemblance dans sa fable s’il représentait un aussi grand homme qu’Ulysse séduit par des chansons. Elles lui promettaient la science…

L’analyse est sensée, convaincante même et donne au fameux chant des sirènes celui d’une vaine promesse. Car qui peut se targuer de connaître toutes choses ?

Démosthène : tout sauf le Macédonien

Buste de Démosthène (384-322 avant J.-C.).
Buste de Démosthène (384-322 avant J.-C.).

Une anecdote en fait un des plus connus des orateurs grecs. Ce fils d’armurier, qui avait été dépouillé de son héritage après la mort de son père -il n’avait alors que sept ans-, s’adonnera à l’art de parler à l’école d’Isée. Mais Démosthène avait un défaut de prononciation qui le faisait railler de ses camarades. Pour y remédier, le jeune Démosthène s’entraînera à parler avec des cailloux dans la bouche. Une réussite semble-t-il puisqu’il deviendra un orateur réputé de la cité d’Athènes. Un don qu’il devait rapidement mettre au service de sa ville dont il sera un des plus ardents défenseurs. De fait, Athènes semblait le dernier obstacle aux ambitions démesurées d’un certain Philippe de Macédoine, le père d’Alexandre le Grand. Toute l’énergie de Démosthène sera mise en branle afin de tenter d’arracher les Athéniens à leur insouciance, à leur manque de perspective. Une énergie qui se traduira par des discours enflammés, les Philippiques, les Olynthiennes, le discours Contre la lettre de Philippe participent à cette tentative ultime. En vain. Car Philippe devait vaincre cette résistance par les armes. En 338 avant J.-C., il battait les Athéniens à Chéronée.
Démosthène garda cependant toute son influence, ce qui devait conduire Alexandre le Grand, qui poursuivait la politique hégémonique de son père, à se faire livrer l’orateur avec neuf de ses compères. Il ne sera sauvé que grâce à l’intervention d’un proche d’Alexandre mais devait, malgré tout, perdre tout son prestige… par sa faute même. Car s’il était bon orateur, Démosthène était également avide de biens matériels. C’est ce qui le perdra. Alors que l’intendant d’Alexandre avait trouvé refuge à Athènes avec des trésors qu’il avait pillé, Démosthène accepta de l’aider… contre "rançon". Une faiblesse, certes, mais qui sera mise au jour. Le procès qui s’ensuivit ne permit pas à l’orateur de se disculper : condamné à une amende qu’il ne pouvait payé, mis aux fers, Démosthène parviendra à s’enfuir à Egine puis à Trézène, en Argolide. Rappelé par les Athéniens après la mort d’Alexandre, il reprit son activité politique et participa au soulèvement contre Antipater. Un échec là encore. Sommé de se livrer, il prit la fuite, encore. Mais pour peu de temps cette fois-ci. Débusqué dans le temple de Poséidon, à Calaurie, il se donna la mort en 322 avant J.-C..

Sparte : au temps des soviets…

Un guerrier spartiate, d'après une illustration moderne.
Un guerrier spartiate, d’après une illustration moderne.

Militaire par l’entraînement intensif de ses fils et de ses filles, communiste par son système de prise en charge complète de l’individu et par un partage égal des terres, la cité de Sparte n’a pas toujours eu ce statu si particulier qui fit sa gloire… et sa déchéance.
Réputée pour la finesse de ses céramiques et pour sa production de figurines en bronze, haut lieu de l’art poétique, la Sparte primitive sera également une des première à se doter d’une constitution. En effet, c’est sans doute vers 700 avant J.-C. qu’est établie la Rhètra (littéralement « la loi ») qui servira de base à la première constitution spartiate. Etablie sous forme d’oracle, elle incite à la mise en place d’un système politique assez proche, en apparence, de celui de nos démocratie. Ainsi, il est établie qu’à l’âge d’homme -30 ans-, les Spartiates sont invités à élire une gérousia –une assemblée d’hommes plus âgés comme l’indique son nom- parmi lesquels seront désignés deux souverains.

Pourquoi deux ? Nul ne le sait. Ce n’est certainement pas par désir de préserver un quelconque équilibre, une équité, les rois de Sparte n’ayant guère qu’un rôle mineur. Chefs de guerre, grands prêtres de la cité, ils sont en fait assujettis, comme le reste de la population, à la gérousia, qui détient le véritable pouvoir. Or cette assemblée, sous des dehors démocratique –après tout elle est élue- est une oligarchie. Elus à vie, les membres de la gérousia détiennent les pleins pouvoirs, notamment judiciaires –elle n’a laissé aux rois que quelques miettes tout à fait mineures-, et n’ont de compte à rendre à personne. Une situation politique qui appelle nécessairement des abus.
Et c’est de cette démocratie dévoyée que va naître la Sparte célèbre, la Sparte combattante mais aussi esclavagiste, inégalitaire et communautaire –les enfants sont élévés par la communauté de 7 à 30 ans. Une Sparte, enfin, qui paraît bien proche de l’idéal soviétique…

Cnossos : sous le signe du taureau

Elevage des taureaux, d'après une gravure ancienne.
Elevage des taureaux, d’après une gravure ancienne.

Si l’archéologie est une science, basée sur des recherches scientifiques, il arrive bien souvent que la motivation du chercheur soit tout autre ; qu’elle ait un relent de légende plus que d’histoire. L’archéologie au XIXe siècle est profondément marquée par ce côté légendaire et mythologique, du fait même qu’elle est alors pratiquée autant par des spécialistes que par des amateurs. Et ce sont eux qui vont doter cette science de son côté "quête du Graal". Une quête qui, parfois, aboutira sur la découverte de trésors inestimables, telle la mise au jour des ruines de l’antique Troie, par Schliemann, ou celle du célèbre palais de Cnossos.
La Crète est fortement présente dans toute la mythologie grecque. C’est là que Zeus est né, là qu’il aurait séduit la nymphe Europe, là encore que se serait établi leur fils, Minos, qui, outre le fait d’avoir pour beau-fils un être mi-homme mi-taureau, deviendra l’un des trois juges des Enfers. Une fonction qui ne lui est sans doute pas dévolue par hasard, qui doit tout à sa filiation divine. Une fonction qui a sans doute également un lien étroit avec le personnage du Minotaure.
De fait, le taureau paraît omniprésent à Cnossos. Des fresques du palais -mis au jour en 1900-,  aux multiples salles, qui ne sont pas sans évoquer le fameux Labyrinthe de Dédale, il est "la" marque de fabrique de la Crète, son symbole le plus fort. Or que représente réellement le taureau dans l’Antiquité méditerranéenne ? Dans la religion de Mithra, apparue en Perse au IIe siècle avant J.-C., il symbolise les forces du mal, celle que le dieu a vaincu. Une victoire reprise lors de l’initiation avec le taurobole, le sacrifice d’un taureau suivi de l’aspersion du nouvel adepte avec son sang. Dans la religion de Cybèle, venue de Phrygie, le taureau accompagne la déesse de la fécondité ; il est la puissance de la nature, sa force, sa vie. Le taureau de Crète, celui des palais comme de la mythologie est tout cela à la fois : il est la vie foisonnante lorsque Zeus prend son apparence pour séduire Europe ; il est la mort et le mal lorsque Pasiphaé -l’épouse de Minos- trompe son époux et met au monde un être monstrueux, lorsque l’île est soumise aux Minotaure, qui réclame sa ration de chair fraîche. C’est tout cela que représente le taureau. Et c’est également tout cela que représente Minos, roi de Crète et juge des Enfers : une vie, un monde placé sous le signe du taureau.

Le cortège des satyres

Un satyre et une nymphe (statue actuellement conservée au Louvre).
Un satyre et une nymphe (statue actuellement conservée au Louvre).

Fainéants et lubriques, peureux et méchants selon les dires d’Hésiode (VIIIe siècle avant J.-C.), les satyres ont surtout la réputation d’être des amateurs de vin, de fêtes et de filles –de nymphes et de ménades en l’occurrence. Bref, ce sont de joyeux lurons qui ne pouvaient qu’être les compagnons idéaux du dieu du vin et de la nature, Dionysos. Et comme celle du fils de Zeus et de Sémélé, la réputation des satyres est plus qu’exagérée, elle est en fait totalement déformée.
Divinités protectrices de l’abondance agricole, les satyres sont vraisemblablement originaires du Péloponèse, d’Arcadie plus précisément. Associés au dieu Pan, également issu de cette contrée agricole, ils vont se voir doter du même physique, assez peu flatteur au demeurant, à savoir de pattes, d’une queue et de cornes de bouc. Des attributs qui classent de fait les satyres au même rang que les divinités animales présentent dans tous les cultes indo-européens et qui symbolisent les énergies naturelles, c’est-à-dire les eaux, les forêts, les montagnes, les vents.
Esprits des solitudes rocheuses selon Daremberg, les satyres n’ont guère de chose à voir avec les êtres lubriques et en perpétuel état d’ébriété qu’on en a fait ensuite. Comme les silènes, avec qui on les confond souvent, comme les ménades, « auxquelles ils s’unissent dans la fraîcheur des cavernes » selon Homère, comme Dionysos lui-même au fond, les satyres sont tout bonnement victimes du dévoiement qu’a subi le culte dionysiaque.
Avant d’être le prétexte à tous les débordements orgiaques, le culte de Dionysos avait pour but la célébration de la nature, de la vie et, il est vrai, du vin. Rien à voir cependant avec les fameuses fêtes bacchiques romaines. Les danses, le vin étaient bien présents mais dans une tout autre mesure, avec un tout autre sens. Résurgence tardive des divinités secondaires naturelles comme celles des sources, des eaux ou des montagnes, le thiase –c’est-à-dire le cortège- dionysiaque avait pour but de célébrer la vie et l’abondance. Les danses qu’ils exécutaient étaient rien de moins que des représentations rituelles, d’où naîtra d’ailleurs le théâtre grec, d’où son nom de théâtre satyrique. Quant au vin, il était utilisé, comme souvent dans les cultes orientaux –notamment d’Asie mineure- pour atteindre un état extatique nécessaire aux rituels de divination ou même de possession. On pourrait presque parler « d’ivresse religieuse », mais une ivresse maîtrisée. Une maîtrise qui, on le sait, va progressivement disparaître, notamment dans les célébrations romaines, ce qui prouve, une fois de plus, une totale méconnaissance des véritables enjeux de ce culte qui, pour le coup, va faire des satyres des êtres pervers, capables de tous les vices.

Alexandre le Grand, la conquête éclaire

Médaille représentant Alexandre le Grand.
Médaille représentant Alexandre le Grand.

 «Son dessein, note Plutarque dans ses Vies parallèles, ne fut pas de courir fourrager l’Asie comme un capitaine de larrons, ni de la saccager, ni de la piller…
Sa volonté fut de rendre toute la terre habitable sujette à une même raison
et tous les hommes, citoyens d’un même État. La façon dont il réalisa son expédition nous montre qu’il agit en vrai philosophe.»
Philosophe plus que conquérant ? La question ne se pose guère au regard des premiers pas politiques d’Alexandre.
A peine Philippe II tombe-t-il sous les coups de Pausanias, qu’Alexandre se fait acclamer roi par l’armée. Fut-il, lui-même, l’instigateur de ce meurtre ? Y aurait-il vu un moyen de s’assurer la succession ? Toujours est-il que l’armée de Macédoine ne fait pas tout et que, dès son avènement, Alexandre III -qui n’est pas encore le Grand- doit faire face à une véritable levée de bouclier, à laquelle le nouveau roi met fin avec une certaine fermeté : une expédition éclair lui assure, dès l’été 336 avant J.-C., la succession comme archonte de Tessalie, amphiction de Thèbes et hégémone de la Ligue de Corinthe ; enfin, l’année suivante, Thèbes est rasée.
Son pouvoir consolidé en Grèce, Alexandre va reprendre à son compte les projets de son père.
Au printemps 334 avant J.-C., il part à la conquête de l’Asie. La résistance perse se fait tout d’abord discrète et la majorité des cités grecques de la côte préfèrent se donner au Macédonien, que ce soit par peur ou pour échapper au pouvoir perse. Un sursaut de la part de la marine perse qui, sous les ordres de Memnon, va conduire à la reprise de la quasi totalité des îles et des ports grecs d’Asie ne suffira pas à sauver les Perses qui réalisent la puissance des Grecs après la victoire d’Issos, en 333 avant J.-C.. La fuite de Darius III au cours de l’affrontement illustre parfaitement le désarroi des Perses qui se voient dépouiller, entre 332 et 330 avant J.-C. de la Phénicie, de l’Egypte, où sera fondé Alexandrie, de la Cyrénaïque -qui se donne au conquérant. Ce dernier pénètre alors au cœur même de l’empire achéménide : la Babylonie est soumise et Persépolis ravagée. Darius III, toujours en fuite, finira lamentablement sous les coups de quelques rebelles. Nous sommes alors en 330 avant J.-C. et Alexandre se lance dans la conquête des satrapies orientales : Bactriane, Sogdiane, Drangiane. Parler de conquête est d’ailleurs hasardeux tant elle paraît aléatoire dans les hautes terres afghanes. L’armée grecque fait défection, au point qu’Alexandre doit faire appel à des contingents locaux ; qu’il doit jouer de la diplomatie et des alliances. C’est également à cette période, en 330 avant J.-C., qu’Alexandre doit faire face à la première vraie crise dans son entourage immédiat qui lui reproche son mode de vie " à la perse".

Alexandre le Grand (dessin moderne).
Alexandre le Grand (dessin moderne).

A l’été 327 avant J.-C., malgré tout, Alexandre se lance dans sa dernière conquête : l’Inde. Une conquête de trop pour ses hommes qui, ayant atteints les rives de l’Hyphase, un affluent de l’Indus, l’obligent à faire demi-tour.
Dès le début de sa vaste conquête, Alexandre a tenté de rallier à lui les satrapes (gouverneurs) perses en leur donnant d’importantes fonctions une fois le pays conquis. L’empire ne pouvait survivre qu’avec l’aide et la collaboration active des élites : aussi Alexandre encourage-t-il les mariages entre ses proches ou ses soldats et les peuples conquis. Il y aura bien sûr l’affaire des mariages forcés de Suse, où 90 gréco-macédoniens seront enjoints d’épouser des filles de nobles perses ou mèdes ; mais également la création, subventionnée pourrait-on dire, d’un nouveau peuple, avec 10 000 unions récompensées. Alexandre avait d’ailleurs donné lui-même l’exemple en épousant, en 327 avant J.-C., la fille d’un noble perse. L’union, hautement symbolique, était intervenue alors qu’Alexandre venait de réprimer sévèrement la révolte de son entourage macédonien qui lui reprochait de se conformer de plus en plus aux us et coutumes perses… Non seulement il avait adopté la langue et les costumes perses, comme le feront également nombre de ses satrapes, mais s’entourait d’Orientaux dans ses conseils et exigeait même les marques de respect qui étaient dues à Darius III. Philotas, accusé de complot, sera exécuté ; Kleitos, le frère de lait du Conquérant, périra de ses mains et Callisthène, neveu d’Aristote, sera jeté en prison.
De fait, le Conquérant est en pleine tourmente interne lorsqu’il meurt à Babylone le 13 juin 323 avant J.-C.. Il n’avait alors que 33 ans mais son héritage même pose question. Et plus que de savoir si il fut plus un conquérant qu’un administrateur, que l’un ne saurait allait sans l’autre, la question est aussi de savoir quel fut le dessein réel d’Alexandre. Héritier des ambitions paternelles, se vit-il, dès 336 avant J.-C. comme successeur de Darius III ou a-t-il était poussé par le succès ? A-t-il planifier ses conquêtes, jusque dans les plus lointaines, par souci stratégique, afin de consolider ses acquis, ou a-t-il rêver d’un empire universel ? Est-ce cela qui fait le Conquérant ?