La victoire de Marathon

Décidé à anéantir Athènes, obstacle majeur à la suprématie perse sur la Méditerranée, Darius Ier rassemble une puissante armée de plus de vingt mille hommes et, le 19 septembre 490 avant J.-C., fait débarquer ses troupes près de Marathon. Mais, dès que les Perses ont mis pied à terre, Miltiade, à la tête de dix mille Athéniens, lance ses hommes et prend les soldats de Darius en tenaille.

Après un combat extrêmement meurtrier, les Perses refluent vers leurs navires, laissant sept vaisseaux aux mains de Miltiade. Une légende veut que le propre frère d’Eschyle ait accompli, à cette occasion, une action d’éclat, se faisant couper les mains alors qu’il tentait de retenir un bateau ennemi. Dès que la victoire est assurée, un soldat grec court porter la nouvelle à Athènes, mais, épuisé tant par le combat que par la course de quarante kilomètres, il a tout juste le temps d’annoncer sa victoire aux Athéniens, avant de rendre l’âme.

 

Isocrate : de la rhétorique aux affaires

Un philosophe (détail d'un vase grec).
Un philosophe (détail d’un vase grec).

La rhétorique, l’éloquence sont des arts que pratiquaient volontiers les Antiques. Les Grecs plus particulièrement, qui fondèrent les premières écoles de rhétorique. Aristote lui-même s’y adonna, exposant ses principes dans La Rhétorique ; d’autres philosophes propagèrent la discipline à travers le monde hellénistique, de Pergame à Alexandrie ou à Rhodes. Quant aux « écoles », elles variaient d’un maître à l’autre.
Le plus célèbre d’entre eux, cependant, avait une manière bien à lui de vivre de son art. Isocrate, qui vivait au IVe siècle av.J.-C., avait en effet créé une école exclusivement réservée aux fils de familles aisées. Durant 4 ou 5 ans, ils séjournaient auprès de lui… gratuitement. Et c’est là tout l’art d’Isocrate –hors la rhétorique bien sûr- car, si les étudiants officiels ne payaient pas, tous les étrangers –c’est-à-dire les non-athéniens- assistant à ses leçons étaient invités à payer. Quant aux familles des étudiants athéniens, elles s’acquittaient volontiers de ce qu’on ne leur demandait pas par de splendides présents. Une manière comme une autre de sponsoriser l’enseignement supérieur de leurs rejetons.

L’ostracisme ou la démocratie démagogue

Buste de Thémistocle (528-462 av.J.-C).
Buste de Thémistocle (528-462 av.J.-C).

La démocratie : rares sont les politiques actuels à ne pas revendiquer les valeurs qui y sont attachées. Mais la démocratie s’accompagne parfois -et même souvent- de démagogie et c’est à ce moment-là qu’elle commet les pires abus. Sans entrer dans un débat sur l’actualité -chacun pourra faire les rapprochements qu’ils désirent-, il suffit, pour s’en convaincre, de regarder l’histoire. De regarder même au berceau de la démocratie : l’antique Athènes.
Dans l’Athènes de l’Antiquité, à l’époque où la démocratie forge la puissance de la cité et fait sa gloire, la justice, si elle joue le jeu de la démocratie, va aussi être celui de la démagogie et, au final, de l’injustice et de l’abus. L’ostracisme, notamment, en est un exemple frappant.
C’est en 508 avant J.-C. que l’ostracisme est approuvé dans le cadre des réformes de Clisthène qu’apparaît cette nouvelle forme de justice. C’était un jugement par lequel les Athéniens avaient possibilité de bannir, pour une période déterminée, un citoyen jugé dangereux pour les libertés et l’ordre public.
Chaque année, l’assemblée générale du peuple décidait donc si l’ostracisme devait être appliqué. En ce cas, on procédait à un vote et chaque citoyen inscrivait sur un "ostraka" -un morceau de poterie- le nom du citoyen qu’il désirait voir bannir. Si une même personne avait 6 000 voix contre elle, elle avait dix jours pour quitter la cité. L’exil, qui devait initialement durer dix ans, sera ensuite ramené à cinq ans. Le condamné pouvait cependant vivre où il le désirait et profiter de ses biens.
On conçoit aisément le défaut de cette législation qui, par ailleurs, se voulait parfaitement démocratique. Il suffisait donc de quelques rumeurs, d’acheter quelques citoyens ou de jouer de leur naïveté ; il suffisait de faire œuvre de démagogie pour faire condamner n’importe qui. D’ailleurs, les abus ne manqueront pas et plusieurs sommités athéniennes allaient en faire les frais, tels Miltiade, Thémistocle, Aristide ou encore Alcibiade. Et ce ne sont que les plus connus. De fait, l’ostracisme fut tant et tant détourné de sa fin que cette disposition ne tint pas même cent ans : en 415 avant J.-C., elle était abandonnée.

La guerre de Troie a bien eu lieu

Hélène, Priam, Achille, Ménélas, Hector, Ulysse : autant de noms et de personnages qui, depuis plusieurs millénaires, stimulent notre imaginaire. Selon les Anciens, la guerre de Troie, racontée par Homère dans l’Iliade, se serait terminée, le 29 mai 1183 avant J.-C., avec la prise de la ville par les Grecs qui, après dix ans de siège, s’en sont emparés en cachant trois cents de leurs hommes dans le ventre d’un cheval de bois offert à Athéna, déesse protectrice de la ville.
Plus sérieusement, les historiens et les archéologues, après des années de recherche, ont mis au jour le site de l’ancienne Troie, détruite par les Grecs qui voyaient dans cette puissante ville un obstacle à la colonisation des rives d’Asie Mineure. La guerre de Troie a bien eu lieu…

Mon père ce héros

Sacrifice fait aux Mânes (d'après une fresque antique).
Sacrifice fait aux Mânes (d’après une fresque antique).

Qu’est-ce qui, à l’époque antique, a initié le culte des morts et des ancêtres ? On sait que dans la Grèce primitive, les morts se voyaient dévolus à une sorte de non-mort, à un état de semi-conscience de l’âme qui errait, sans but et sans raison, dans les Enfers. L’absence de conscience, de châtiments aussi, devait conduire fort logiquement au désintérêt total des vivants pour les morts… Pourtant, il n’en fut rien. Bien au contraire. Les Grecs comme les Etrusques et plus tard les Romains vont faire du culte des morts un des axes majeurs de leurs religions. Les Etrusques plus que les autres, eux qui élèveront d’imposants monuments en l’honneur de leurs ancêtres. Mais ce culte des morts, plus qu’un hommage aux ancêtres, doit être vu et compris comme une promotion des vivants à travers l’héroïsation des ancêtres. En clair, plus on rendait un culte important à ces ancêtres, plus on en faisait des personnages importants, plus on était, soi-même, important, le culte des morts agissant dès lors avec un "effet boomerang". Mon père était un héros, j’en suis donc un également -implicitement. D’où la création d’une véritable aristocratie des vivants comme des morts. D’où également une divinisation des morts, que l’on reconnaît aisément dans le culte rendu aux dieux lares.

Serfs et servage dans l’Antiquité

Médaille d'esclave grec ou romain.
Médaille d’esclave grec ou romain.

C’est bien à tort que l’on assimile le mot de servage ou de serf avec le Moyen Âge. C’est à tort également qu’on le confond avec l’esclavage. De fait, le servage est une condition intermédiaire entre l’esclave et l’homme libre. Certes, le serf n’est pas son propre maître et dépend d’un autre homme, mais il jouit d’une certaine protection légale, quant l’esclave n’est rien de plus que l’équivalent d’un meuble ou d’un animal.
La Grèce antique offre plusieurs exemples de servage. Le plus connu est le cas des hilotes de Sparte. Appelés à cultiver la terre, les hilotes n’avaient en principe aucun droit ni aucune liberté. Dans les faits cependant, ils étaient parfaitement libres de cultiver comme bon leur semblait, pouvaient améliorer leur condition de vie et même acheter leur affranchissement, le tout moyennant une redevance fixe.
Sous les Ptolémées et les Séleucides, le servage était également monnaie courante, notamment du au fait que les Grecs préféraient imposer une sujétion héréditaire plutôt que de réduire en esclavage. Une sujétion qui impliquait également l’attachement à la terre. Cette institution orientale semble avoir été le socle du "colonat" des Romains, qui devait se répandre au IIe et IIIe siècles de notre ère.
A côté des esclaves et des hommes libres, se forma alors une catégorie de plus en plus importante d’hommes demi-libres, de serfs. Apparu en Asie, en Egypte, en Afrique du Nord ou en Gaule, le colonat se composait de descendants de cultivateurs qui se voyaient assigner de petites exploitations découpées dans de grandes seigneuries. Hommes libres ayant tous les droits inhérents à la puissance paternelle, les colons étaient cependant fixés à la terre qui leur avait été attribuée -le colonat devient héréditaire au IVe siècle. S’ils abandonnaient cette terre, ils pouvaient être poursuivi comme des esclaves fugitifs. En revanche, nul ne pouvait les séparer de leur terre. Par ailleurs, ils devaient au maître ou au seigneur de la terre, 1/10e de leur récolte, ainsi que des corvées de travail sur les terres directement exploitées par le maître. Invités à produire le plus possible, ils avaient le droit de garder le produit de ce travail. 1/10e de la récolte quand, aux temps modernes, on doit 40% de son travail, de quoi faire -presque- rêver…

Sparte écrase Athènes

Depuis une soixantaine d’années, Sparte et Athènes, les deux plus importantes métropoles de la Grèce antique, s’opposent. Face à l’ambition d’Athènes, Sparte reste le seul recours des autres villes du Péloponèse, telles Corinthe et Thèbes. La guerre débute réellement en 431 av. J.-C..
Sparte, réalisant sa faiblesse sur mer, forge une marine expérimentée. Et en 408 av. J.-C., Athènes perd totalement le contrôle des mers au profit de son adversaire.
La chute d’Athènes n’est plus qu’une question de temps et assiégée par le roi Pausanias sur terre et par la flotte de Lysandre, la cité d’Athènes finit par capituler , le 25 avril 404 av. J.-C..

Antipater ou la fin de l’empire d’Alexandre

Médaille d'Alexandre le Grand.
Médaille d’Alexandre le Grand.

Contrairement à une idée répandue, la mort d’Alexandre le Grand n’avait pas signifié la fin de son empire. Prévoyant, tout entier tourné vers ses conquêtes, le Macédonien avait depuis longtemps prévu une forme de régence. La première d’entre elles, la plus ancienne, celle de la Macédoine, avait été confiée à Antipater, un valeureux lieutenant de Philippe, le père du Conquérant. Dès 334 avant J.-C., soit dès le début de l’expédition d’Alexandre en Asie, c’est lui qui assurera le gouvernement effectif du royaume. Cette régence, en quelque sorte, va d’ailleurs révéler immédiatement sa raison d’être, Sparte et la Thrace profitant de l’absence du souverain pour se rebeller. Des rébellions qu’Antipater s’empressera d’étouffer, confirmant par son action la confiance qu’Alexandre avait placé en sa personne. Ecarté pendant un temps suite aux intrigues d’Olympias, la mère du Conquérant, Antipater retrouvera sa place et son rôle… à la mort d’Alexandre (323 avant J.-C.) ! De fait, la situation était critique et la Macédoine, comme l’empire d’Alexandre, avait un besoin vital d’unité ou du moins d’unité affichée. De fait, Antipater saura admirablement incarner cette unité, luttant efficacement contre Athènes, contre Lamia ou contre toute autre ville affichant quelque velléité d’indépendance. Grâce à lui, l’empire d’Alexandre devait survivre à Alexandre… il ne se disloquera qu’en 319 avant J.-C., soit à la mort d’Antipater.

Thèbes, cité de légendes

Œdipe sera retrouvé par un berger, les pieds attachés, avant d'être confié à Polybe, roi de Corinthe (statue ancienne).
Œdipe sera retrouvé par un berger, les pieds attachés, avant d’être confié à Polybe, roi de Corinthe (statue ancienne).

De nombreuses légendes rattachent le nom de Thèbes à la mythologie antique. Fondée par Cadmos, elle aurait vu le règne des Labdacides mais aussi d’Œdipe et de ses frères ; elle aurait connu la guerre des Sept Chefs et celle des Epigones.
Ce qui est certain, c’est que Thèbes est une des plus anciennes cités fortifiées de la Grèce et qu’elle apparaît, dès le début de l’époque classique, comme la capitale de la Béotie.
République oligarchique, elle prend la tête de la ligue béotienne mais se heurte, à la fin du VIe siècle avant J.-C., à Athènes qui soutient alors l’indépendance de Platées. Par vengeance, elle s’allie aux Perses durant la seconde guerre médique mais sera vaincue par Mardonius à Platées (479 avant J.-C.). Une défaite qui annonce la fin de sa direction de la ligue Béotienne. Affranchie d’Athènes, la rebelle Thèbes va alors s’allier avec Sparte dans la guerre du Péloponnèse mais, après la prise d’Athènes et la crainte de voir l’hégémonie spartiate empiéter sur son indépendance la feront se rapprocher de son ancienne ennemie. Avec Athènes, Corinthe et Argos, elle forme, en 396 avant J.-C., la ligue contre les Lacédémoniens. L’échec de cette ligue sera d’autant plus douloureux qu’en 393 avant J.-C., Thèbes tombe aux mains des Spartiates.
Libérée en 379, la cité allait, après maintes vicissitudes, jouer le rôle de premier plan en Grèce entre 371 et 361 avant J.-C.. Pour peu de temps cependant : à nouveau battue par Sparte, Thèbes allait finalement succomber à la volonté de conquête de Philippe de Macédoine. A sa mort, la cité béotienne crut pouvoir se révolter. Elle en sera pour ses frais. Alexandre devait lui infliger un châtiment exemplaire : en 335 avant J.-C., le Macédonien donne l’ordre de raser la cité légendaire, ne sauvegardant que la citadelle de Cadmée et la maison de Pindare, le plus illustre des Thébains.

C’est la lutte finale…

Xerxès Ier (486-465 av. J.-C.).
Xerxès Ier (486-465 av. J.-C.).

Pour la seconde fois, les Perses tentent d’envahir la Grèce qui, cette fois, est unie face au danger. Après la sanglante -et si héroïque- défaite grecque aux Thermopyles, les Perses se sont emparés d’Athènes et du Pirée et préparent leur immense flotte à l’affrontement ultime. Nous sommes alors en 480 avant Jésus-Christ.
Après les Thermopyles, les Grecs avaient pris position au-delà du détroit de Salamine où, bloqués dans la baie, leur position semblait désespérée. Le bruit courait même chez les Perses que les Grecs allaient tenter de fuir durant la nuit. Alors les navires perses se précipitèrent dans le chenal.
Là, quelle ne fut pas leur surprise quand ils découvrirent une flotte, non pas en fuite, mais bel et bien prête à combattre un ennemi gêné par l’étroitesse du passage. L’étranglement du chenal jeta l’affolement dans les rangs perses dont les navires s’entrechoquaient, brisant leur rames et laissant tout loisir aux Grecs de les achever.
Après le combat de Salamine, les lambeaux de l’armée de Xerxès prirent péniblement le chemin du retour, en abandonnant, cette fois, définitivement, la conquête de la Grèce.