Le cortège des satyres

Un satyre et une nymphe (statue actuellement conservée au Louvre).
Un satyre et une nymphe (statue actuellement conservée au Louvre).

Fainéants et lubriques, peureux et méchants selon les dires d’Hésiode (VIIIe siècle avant J.-C.), les satyres ont surtout la réputation d’être des amateurs de vin, de fêtes et de filles –de nymphes et de ménades en l’occurrence. Bref, ce sont de joyeux lurons qui ne pouvaient qu’être les compagnons idéaux du dieu du vin et de la nature, Dionysos. Et comme celle du fils de Zeus et de Sémélé, la réputation des satyres est plus qu’exagérée, elle est en fait totalement déformée.
Divinités protectrices de l’abondance agricole, les satyres sont vraisemblablement originaires du Péloponèse, d’Arcadie plus précisément. Associés au dieu Pan, également issu de cette contrée agricole, ils vont se voir doter du même physique, assez peu flatteur au demeurant, à savoir de pattes, d’une queue et de cornes de bouc. Des attributs qui classent de fait les satyres au même rang que les divinités animales présentent dans tous les cultes indo-européens et qui symbolisent les énergies naturelles, c’est-à-dire les eaux, les forêts, les montagnes, les vents.
Esprits des solitudes rocheuses selon Daremberg, les satyres n’ont guère de chose à voir avec les êtres lubriques et en perpétuel état d’ébriété qu’on en a fait ensuite. Comme les silènes, avec qui on les confond souvent, comme les ménades, « auxquelles ils s’unissent dans la fraîcheur des cavernes » selon Homère, comme Dionysos lui-même au fond, les satyres sont tout bonnement victimes du dévoiement qu’a subi le culte dionysiaque.
Avant d’être le prétexte à tous les débordements orgiaques, le culte de Dionysos avait pour but la célébration de la nature, de la vie et, il est vrai, du vin. Rien à voir cependant avec les fameuses fêtes bacchiques romaines. Les danses, le vin étaient bien présents mais dans une tout autre mesure, avec un tout autre sens. Résurgence tardive des divinités secondaires naturelles comme celles des sources, des eaux ou des montagnes, le thiase –c’est-à-dire le cortège- dionysiaque avait pour but de célébrer la vie et l’abondance. Les danses qu’ils exécutaient étaient rien de moins que des représentations rituelles, d’où naîtra d’ailleurs le théâtre grec, d’où son nom de théâtre satyrique. Quant au vin, il était utilisé, comme souvent dans les cultes orientaux –notamment d’Asie mineure- pour atteindre un état extatique nécessaire aux rituels de divination ou même de possession. On pourrait presque parler « d’ivresse religieuse », mais une ivresse maîtrisée. Une maîtrise qui, on le sait, va progressivement disparaître, notamment dans les célébrations romaines, ce qui prouve, une fois de plus, une totale méconnaissance des véritables enjeux de ce culte qui, pour le coup, va faire des satyres des êtres pervers, capables de tous les vices.

Alexandre le Grand, la conquête éclaire

Médaille représentant Alexandre le Grand.
Médaille représentant Alexandre le Grand.

 «Son dessein, note Plutarque dans ses Vies parallèles, ne fut pas de courir fourrager l’Asie comme un capitaine de larrons, ni de la saccager, ni de la piller…
Sa volonté fut de rendre toute la terre habitable sujette à une même raison
et tous les hommes, citoyens d’un même État. La façon dont il réalisa son expédition nous montre qu’il agit en vrai philosophe.»
Philosophe plus que conquérant ? La question ne se pose guère au regard des premiers pas politiques d’Alexandre.
A peine Philippe II tombe-t-il sous les coups de Pausanias, qu’Alexandre se fait acclamer roi par l’armée. Fut-il, lui-même, l’instigateur de ce meurtre ? Y aurait-il vu un moyen de s’assurer la succession ? Toujours est-il que l’armée de Macédoine ne fait pas tout et que, dès son avènement, Alexandre III -qui n’est pas encore le Grand- doit faire face à une véritable levée de bouclier, à laquelle le nouveau roi met fin avec une certaine fermeté : une expédition éclair lui assure, dès l’été 336 avant J.-C., la succession comme archonte de Tessalie, amphiction de Thèbes et hégémone de la Ligue de Corinthe ; enfin, l’année suivante, Thèbes est rasée.
Son pouvoir consolidé en Grèce, Alexandre va reprendre à son compte les projets de son père.
Au printemps 334 avant J.-C., il part à la conquête de l’Asie. La résistance perse se fait tout d’abord discrète et la majorité des cités grecques de la côte préfèrent se donner au Macédonien, que ce soit par peur ou pour échapper au pouvoir perse. Un sursaut de la part de la marine perse qui, sous les ordres de Memnon, va conduire à la reprise de la quasi totalité des îles et des ports grecs d’Asie ne suffira pas à sauver les Perses qui réalisent la puissance des Grecs après la victoire d’Issos, en 333 avant J.-C.. La fuite de Darius III au cours de l’affrontement illustre parfaitement le désarroi des Perses qui se voient dépouiller, entre 332 et 330 avant J.-C. de la Phénicie, de l’Egypte, où sera fondé Alexandrie, de la Cyrénaïque -qui se donne au conquérant. Ce dernier pénètre alors au cœur même de l’empire achéménide : la Babylonie est soumise et Persépolis ravagée. Darius III, toujours en fuite, finira lamentablement sous les coups de quelques rebelles. Nous sommes alors en 330 avant J.-C. et Alexandre se lance dans la conquête des satrapies orientales : Bactriane, Sogdiane, Drangiane. Parler de conquête est d’ailleurs hasardeux tant elle paraît aléatoire dans les hautes terres afghanes. L’armée grecque fait défection, au point qu’Alexandre doit faire appel à des contingents locaux ; qu’il doit jouer de la diplomatie et des alliances. C’est également à cette période, en 330 avant J.-C., qu’Alexandre doit faire face à la première vraie crise dans son entourage immédiat qui lui reproche son mode de vie " à la perse".

Alexandre le Grand (dessin moderne).
Alexandre le Grand (dessin moderne).

A l’été 327 avant J.-C., malgré tout, Alexandre se lance dans sa dernière conquête : l’Inde. Une conquête de trop pour ses hommes qui, ayant atteints les rives de l’Hyphase, un affluent de l’Indus, l’obligent à faire demi-tour.
Dès le début de sa vaste conquête, Alexandre a tenté de rallier à lui les satrapes (gouverneurs) perses en leur donnant d’importantes fonctions une fois le pays conquis. L’empire ne pouvait survivre qu’avec l’aide et la collaboration active des élites : aussi Alexandre encourage-t-il les mariages entre ses proches ou ses soldats et les peuples conquis. Il y aura bien sûr l’affaire des mariages forcés de Suse, où 90 gréco-macédoniens seront enjoints d’épouser des filles de nobles perses ou mèdes ; mais également la création, subventionnée pourrait-on dire, d’un nouveau peuple, avec 10 000 unions récompensées. Alexandre avait d’ailleurs donné lui-même l’exemple en épousant, en 327 avant J.-C., la fille d’un noble perse. L’union, hautement symbolique, était intervenue alors qu’Alexandre venait de réprimer sévèrement la révolte de son entourage macédonien qui lui reprochait de se conformer de plus en plus aux us et coutumes perses… Non seulement il avait adopté la langue et les costumes perses, comme le feront également nombre de ses satrapes, mais s’entourait d’Orientaux dans ses conseils et exigeait même les marques de respect qui étaient dues à Darius III. Philotas, accusé de complot, sera exécuté ; Kleitos, le frère de lait du Conquérant, périra de ses mains et Callisthène, neveu d’Aristote, sera jeté en prison.
De fait, le Conquérant est en pleine tourmente interne lorsqu’il meurt à Babylone le 13 juin 323 avant J.-C.. Il n’avait alors que 33 ans mais son héritage même pose question. Et plus que de savoir si il fut plus un conquérant qu’un administrateur, que l’un ne saurait allait sans l’autre, la question est aussi de savoir quel fut le dessein réel d’Alexandre. Héritier des ambitions paternelles, se vit-il, dès 336 avant J.-C. comme successeur de Darius III ou a-t-il était poussé par le succès ? A-t-il planifier ses conquêtes, jusque dans les plus lointaines, par souci stratégique, afin de consolider ses acquis, ou a-t-il rêver d’un empire universel ? Est-ce cela qui fait le Conquérant ?

Philippe de Macédoine

Quel homme ! Son amour du pouvoir et de l’empire lui a valu un œil perdu, une épaule brisée, un bras et une jambe paralysés. Tel est le portrait de Philippe II de Macédoine (382-336 avant J.-C.) par son pire ennemi, l’orateur athénien Démosthène. Roi tonitruant et baroudeur de la province la plus septentrionale du monde hellénique, Philippe II règne sur une sorte de royaume féodal, que se partagent quelques huit cents «barons».

Ce génie militaire constitue une armée de dix mille hommes quasi invincible, avec laquelle il réussira l’impossible exploit : conquérir et unifier la Grèce. Il a pour femme l’étrange princesse Olympias qui prétendra, après la naissance de leur fils Alexandre, que le véritable père en est Zeus lui-même ! Le dieu l’aurait engendré en frappant de sa foudre le lit nuptial lors de la nuit de noces ! Épuisé par ses victoires autant que par ses excès de toutes sortes, ce «brave des braves» mourra assassiné par un noble macédonien, Pausanias. Il se chuchote que celui-ci avait été inspiré par Olympias et peut-être même par Alexandre…

 

 

Salamine : une muraille de bois

Buste de Thémistocle (v.528-v.462 avant J.-C.).
Buste de Thémistocle (v.528-v.462 avant J.-C.).

Au printemps de l’an 480 avant J.-C., le très puissant empereur perse Xerxès quitte Sardes, franchit l’Hellespont et lance son armée sur les rivages grecs. Les Athéniens, conscients du danger, livrent des combats de retardement : Léonidas, à la tête de dix mille hoplites, bloque, avec un courage désespéré, le défilé des Thermopyles. Harcelé durant six jours par les soldats perses qui se déversaient de leurs navires tout proches, les Spartiates de Léonidas ne doivent leur salut qu’à l’apparition soudaine des trières qui contraignent à la retraite les navires de Xerxès.
Mais l’empereur perse ne lâche pas prise : la victoire des Thermopyles n’est, pour lui, qu’un incident mineur dans le gigantesque conflit qui l’oppose à une Grèce unifiée sous l’égide de Thémistocle.
Au tout début de l’été 480, Xerxès rassemble le long des côtes d’Asie Mineure, dans la région de Smyrne, une immense flotte et réquisitionne, avec l’aide de son allié carthaginois, tous les navires égyptiens et phéniciens. Ceux qui résistent sont impitoyablement châtiés. Ainsi Polycrate, tyran de Samos, qui refuse de livrer sa flotte à Xerxès, est arrêté, crucifié devant son peuple et ses bateaux sont ainsi réquisitionnés. La Lycie, la Carie et la Cilicie mettent leurs navires (au moins trois cents) à la disposition des Perses. Artémise, reine d’Halicarnasse, s’improvise chef d’escadre et rejoint Xerxès avec quelques quatre-vingt-dix bâtiments. De mémoire d’homme, c’est la plus impressionnante flotte jamais réunie en Méditerranée ou ailleurs : mille unités la constituent.
La bataille navale de Salamine, d'après une iconographie du XIXe siècle.
La bataille navale de Salamine, d’après une iconographie du XIXe siècle.

À la fin de l’été, l’armada de Xerxès est aux portes d’Athènes. C’est alors que Thémistocle ordonne d’évacuer la ville : hommes, femmes, enfants, soldats quittent Athènes et se réfugient à Salamine, une petite île au large de l’Attique.
Sur ordre de Thémistocle, la flotte, composée surtout de trières, est divisée en trois : cent dix-neuf bateaux sur l’aile droite, cent vingt-neuf pour le corps de bataille et cent vingt sur l’aile gauche. À cette heure décisive -pour l’histoire de la Grèce comme pour celle de l’Occident tout entier- le maître d’Athènes a trente-cinq ans. C’est un homme actif, inventif mais aussi très pieux et habile à interpréter les oracles. Et que disent les oracles quand il les consulte ? Ils répondent ceci :
Athènes doit se retrancher derrière une muraille de bois.
Thémistocle n’hésite pas : la muraille de bois, c’est un rempart de bateaux. D’où la disposition de sa flotte : l’aile gauche, le centre ainsi que l’aile droite constituent un rempart continu de bois. Et quand la bataille s’engage enfin, le 28 septembre 480, dans ces passes trop étroites pour les grosses embarcations perses, les trières, plus fines, plus rapides et aussi plus à l’aise dans le chenal qui sépare Salamine de l’Attique, passent à l’action, sèment le désordre dans la flotte de Xerxès et remportent une éclatante victoire.
Après Salamine, devenu le « tombeau des ambitions perses », Xerxès et ses successeurs renonceront à la conquête de la Grèce… définitivement. Pour commémorer cet immense événement, un artiste anonyme sculptera, sur ordre de Thémistocle et aux frais de la ville d’Athènes, une des œuvres les plus célèbres de l’Antiquité : la victoire de Samothrace, la victoire de Salamine.

Chypre, le berceau d’Aphrodite

Médaille antique de Vénus-Uranie.
Médaille antique de Vénus-Uranie.

"Cypris" ou Aphrodite : tel est le nom de ce joyau de la Méditerranée. Un joyau de pierres qui, dès l’Antiquité et parce qu’elle se situe au cœur d’un intense échange commercial, devint un joyau des plus prisé. Colonisée successivement par les Phéniciens (vers 1500 avant J.-C.) puis par les Grecs (vers 1000 avant J.-C.), elle subit la domination assyrienne avant de revenir aux Phéniciens puis de passée à l’Egypte et enfin à l’empire perse. Des conquêtes et des dominations successives qui allaient lui permettre de conserver une relative autonomie, au point de sortir, vers 400 avant J.-C., de ces temps de soumission officielle, à un intense rayonnement. Les cités les plus importantes étaient alors Amathonte, Paphos et Idalie, toutes trois consacrées à la déesse Aphrodite qui serait venue y parfaire sa beauté avant de faire son entrée dans l’Olympe. Au début du IVe siècle avant J.-C., Chypre était donc indépendante, jusqu’à ce qu’elle soit intégrée à l’empire d’Alexandre. A la mort de ce dernier, elle sera d’ailleurs vivement disputée par les "héritiers" du Conquérant, qu’ils soient de Syrie ou d’Egypte. Finalement, c’est Caton, le Romain, qui s’en emparera et en fera, en 58 avant J.-C., une province romaine.
Le partage de l’empire romain placera Chypre dans l’escarcelle byzantine où elle demeurera jusqu’aux croisades. C’est Richard Cœur de Lion qui finalement s’en empare et l’offre à un seigneur français, ancien roi de Jérusalem, Guy de Lusignan. Ce dernier fonde alors le Royaume de Chypre, d’où il espère bien entamer la reconquête de Jérusalem… reconquête qui n’aura jamais lieu. L’île devait rester aux descendants de Guy durant plusieurs générations, faisant de l’île de la déesse Vénus -ou Aphrodite-, celui des fils de la fée Mélusine -la famille de Lusignan se targuant d’être issu des amours d’un seigneur et de cette fée. En 1489, Catherine Cornaro, descendante et héritière de Guy de Lusignan, vendra Chypre à Venise, qui ne la conservera pas un siècle. En effet, en 1570, les Turcs s’en emparaient. Le joyau de la Méditerranée devait alors connaître ses heures les plus sombres : laissée à l’abandon par les Turcs, l’île était dans un état déplorable lorsque, en 1878, elle fut placée sous administration britannique. Devenue colonie de la couronne en 1925, elle devait, aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, devenir le théâtre d’affrontements sanglants entre Turcs nationalistes et nationalistes grecs, chacun en réclamant l’indépendance voire le rattachement à sa patrie d’origine. Une situation qui, encore aujourd’hui, est loin d’être réglée…

La victoire de Marathon

Décidé à anéantir Athènes, obstacle majeur à la suprématie perse sur la Méditerranée, Darius Ier rassemble une puissante armée de plus de vingt mille hommes et, le 19 septembre 490 avant J.-C., fait débarquer ses troupes près de Marathon. Mais, dès que les Perses ont mis pied à terre, Miltiade, à la tête de dix mille Athéniens, lance ses hommes et prend les soldats de Darius en tenaille.

Après un combat extrêmement meurtrier, les Perses refluent vers leurs navires, laissant sept vaisseaux aux mains de Miltiade. Une légende veut que le propre frère d’Eschyle ait accompli, à cette occasion, une action d’éclat, se faisant couper les mains alors qu’il tentait de retenir un bateau ennemi. Dès que la victoire est assurée, un soldat grec court porter la nouvelle à Athènes, mais, épuisé tant par le combat que par la course de quarante kilomètres, il a tout juste le temps d’annoncer sa victoire aux Athéniens, avant de rendre l’âme.

 

Isocrate : de la rhétorique aux affaires

Un philosophe (détail d'un vase grec).
Un philosophe (détail d’un vase grec).

La rhétorique, l’éloquence sont des arts que pratiquaient volontiers les Antiques. Les Grecs plus particulièrement, qui fondèrent les premières écoles de rhétorique. Aristote lui-même s’y adonna, exposant ses principes dans La Rhétorique ; d’autres philosophes propagèrent la discipline à travers le monde hellénistique, de Pergame à Alexandrie ou à Rhodes. Quant aux « écoles », elles variaient d’un maître à l’autre.
Le plus célèbre d’entre eux, cependant, avait une manière bien à lui de vivre de son art. Isocrate, qui vivait au IVe siècle av.J.-C., avait en effet créé une école exclusivement réservée aux fils de familles aisées. Durant 4 ou 5 ans, ils séjournaient auprès de lui… gratuitement. Et c’est là tout l’art d’Isocrate –hors la rhétorique bien sûr- car, si les étudiants officiels ne payaient pas, tous les étrangers –c’est-à-dire les non-athéniens- assistant à ses leçons étaient invités à payer. Quant aux familles des étudiants athéniens, elles s’acquittaient volontiers de ce qu’on ne leur demandait pas par de splendides présents. Une manière comme une autre de sponsoriser l’enseignement supérieur de leurs rejetons.

L’ostracisme ou la démocratie démagogue

Buste de Thémistocle (528-462 av.J.-C).
Buste de Thémistocle (528-462 av.J.-C).

La démocratie : rares sont les politiques actuels à ne pas revendiquer les valeurs qui y sont attachées. Mais la démocratie s’accompagne parfois -et même souvent- de démagogie et c’est à ce moment-là qu’elle commet les pires abus. Sans entrer dans un débat sur l’actualité -chacun pourra faire les rapprochements qu’ils désirent-, il suffit, pour s’en convaincre, de regarder l’histoire. De regarder même au berceau de la démocratie : l’antique Athènes.
Dans l’Athènes de l’Antiquité, à l’époque où la démocratie forge la puissance de la cité et fait sa gloire, la justice, si elle joue le jeu de la démocratie, va aussi être celui de la démagogie et, au final, de l’injustice et de l’abus. L’ostracisme, notamment, en est un exemple frappant.
C’est en 508 avant J.-C. que l’ostracisme est approuvé dans le cadre des réformes de Clisthène qu’apparaît cette nouvelle forme de justice. C’était un jugement par lequel les Athéniens avaient possibilité de bannir, pour une période déterminée, un citoyen jugé dangereux pour les libertés et l’ordre public.
Chaque année, l’assemblée générale du peuple décidait donc si l’ostracisme devait être appliqué. En ce cas, on procédait à un vote et chaque citoyen inscrivait sur un "ostraka" -un morceau de poterie- le nom du citoyen qu’il désirait voir bannir. Si une même personne avait 6 000 voix contre elle, elle avait dix jours pour quitter la cité. L’exil, qui devait initialement durer dix ans, sera ensuite ramené à cinq ans. Le condamné pouvait cependant vivre où il le désirait et profiter de ses biens.
On conçoit aisément le défaut de cette législation qui, par ailleurs, se voulait parfaitement démocratique. Il suffisait donc de quelques rumeurs, d’acheter quelques citoyens ou de jouer de leur naïveté ; il suffisait de faire œuvre de démagogie pour faire condamner n’importe qui. D’ailleurs, les abus ne manqueront pas et plusieurs sommités athéniennes allaient en faire les frais, tels Miltiade, Thémistocle, Aristide ou encore Alcibiade. Et ce ne sont que les plus connus. De fait, l’ostracisme fut tant et tant détourné de sa fin que cette disposition ne tint pas même cent ans : en 415 avant J.-C., elle était abandonnée.

La guerre de Troie a bien eu lieu

Hélène, Priam, Achille, Ménélas, Hector, Ulysse : autant de noms et de personnages qui, depuis plusieurs millénaires, stimulent notre imaginaire. Selon les Anciens, la guerre de Troie, racontée par Homère dans l’Iliade, se serait terminée, le 29 mai 1183 avant J.-C., avec la prise de la ville par les Grecs qui, après dix ans de siège, s’en sont emparés en cachant trois cents de leurs hommes dans le ventre d’un cheval de bois offert à Athéna, déesse protectrice de la ville.
Plus sérieusement, les historiens et les archéologues, après des années de recherche, ont mis au jour le site de l’ancienne Troie, détruite par les Grecs qui voyaient dans cette puissante ville un obstacle à la colonisation des rives d’Asie Mineure. La guerre de Troie a bien eu lieu…

Mon père ce héros

Sacrifice fait aux Mânes (d'après une fresque antique).
Sacrifice fait aux Mânes (d’après une fresque antique).

Qu’est-ce qui, à l’époque antique, a initié le culte des morts et des ancêtres ? On sait que dans la Grèce primitive, les morts se voyaient dévolus à une sorte de non-mort, à un état de semi-conscience de l’âme qui errait, sans but et sans raison, dans les Enfers. L’absence de conscience, de châtiments aussi, devait conduire fort logiquement au désintérêt total des vivants pour les morts… Pourtant, il n’en fut rien. Bien au contraire. Les Grecs comme les Etrusques et plus tard les Romains vont faire du culte des morts un des axes majeurs de leurs religions. Les Etrusques plus que les autres, eux qui élèveront d’imposants monuments en l’honneur de leurs ancêtres. Mais ce culte des morts, plus qu’un hommage aux ancêtres, doit être vu et compris comme une promotion des vivants à travers l’héroïsation des ancêtres. En clair, plus on rendait un culte important à ces ancêtres, plus on en faisait des personnages importants, plus on était, soi-même, important, le culte des morts agissant dès lors avec un "effet boomerang". Mon père était un héros, j’en suis donc un également -implicitement. D’où la création d’une véritable aristocratie des vivants comme des morts. D’où également une divinisation des morts, que l’on reconnaît aisément dans le culte rendu aux dieux lares.