Le Déluge : une catastrophe universelle

L'Arche de Noé et de ses fils (d'après une gravure médiévale).
L’Arche de Noé et de ses fils (d’après une gravure médiévale).

Quarante jours et quarante nuits durant, le ciel se déversa sur la terre ; le monde fut inondé, toute vie détruite à l’exception d’un couple de chaque spécimen animal et d’une famille humaine : celle de Noé et de ses fils. Eux seuls avaient su trouvé grâce aux yeux de Yahvé, eux seuls avaient été épargnés par la colère divine. Tel est, en substance, le récit du 6e chapitre de la Genèse, celui du Déluge biblique. Un récit qui trouve un étonnant écho dans nombre de mythologies à travers le monde.
Loin d’être une spécificité biblique, le Déluge apparaît dans des récit sumérien, mésopotamien, grec mais également dans la mythologie hindou, scandinave et même maya. Chronologiquement, le récit le plus ancien est le texte sumérien qui fait sans doute écho, lui-même, à une tradition plus ancienne encore. Ici, le Déluge ne dure que 7 jours et 7 nuits et Noé, le « conservateur de la semence de l’humanité » a pour nom Ziusudra. C’est sans doute ce texte qui a inspiré l’Epopée de Gilgamesh (2500 av. J.-C.), un récit de la mythologie mésopotamienne, trouvé dans la bibliothèque d’Assurbanipal. La Grèce, à son tour, s’en fera l’écho dans le mythe de Deucalion, retranscris par Pindare, Ovide et Aristote.
Certains ont même voulu voir dans l’épisode de l’Atlantide, évoqué par Platon, une vision modifiée de la catastrophe. De fait, tous ces mythes pourraient être d’une même origine, Sumer et la Mésopotamie en étant alors le berceau. Abraham n’est-il pas Mésopotamien ? Sans compter que la captivité de Babylone a certainement permis un échange de mythes, voire une appropriation. Quant aux Grecs, leur mythologie foisonne littéralement de divinités orientales. Alors pourquoi ne se seraient-ils pas appropriés un mythe ? Et si les mythes hindou et scandinave évoquent la survie du Déluge du premier homme -Manu sauvé par un avatar de Vishnou-  ou du premier couple d’hommes, ils confirment simplement l’unicité originelle des mythologies indo-européennes, si ardemment défendue par Georges Dumézil. Reste tout de même la question du mythe maya. Et c’est peu dire que là on est loin de toute interpénétration possible.

Dieu faisant s'abattre le Déluge, d'après une peinture de Raphaël.
Dieu faisant s’abattre le Déluge, d’après une peinture de Raphaël.

Le père Charlevoix, qui explora l’Amérique du sud au XVIIIe siècle, rapporte un récit présent dans la mythologie des Guaranis, un peuple du Paraguay :
La génération des Guaranis, écrit-il, ne disparu pas dans les eux du déluge universel. Pourquoi ? Parce que Tammanduaré, vieux prophète de la nation guarani, se protégea des inondations, accompagné de quelques familles, au sommet d’un palmier d’une grande hauteur, lequel était chargé de fruits et leur fournit des aliments. »
Certaines pages du Codex Dresdensis, d’origine aztèque, représentent quant à elles la destruction du monde par les eaux, de même que le Popol Vuh, le plus ancien document maya, en fait le récit.
L’universalité du mythe n’est, dès lors, plus à démontrer. Reste à savoir si ce mythe en était bien un ou s’il ne faisait que rapporter un événement historique. Or, qu’est-ce qui, justement, pourrait le mieux expliquer cette universalité si ce n’est sa réalité même ?

La légende de Sémiramis

Née de l’amour d’un jeune Mésopotamien avec la déesse-poisson Derceta, nourrie durant toute sa petite enfance par les oiseaux du désert, Sémiramis, à la beauté déjà incomparable, fut recueillie par un haut fonctionnaire, Simma, le « prévôt royal des pasteurs de province ».
Devenue une magnifique jeune fille, elle charma Menon, le gouverneur de Syrie qui l’épousa et la ramena chez lui, à Ninive. Commença alors pour Sémiramis la vie douce et quelque peu insipide d’épouse de haut-fonctionnaire… jusqu’à ce qu’elle découvre la guerre !
Quand Ninus, roi d’Assyrie, déclara la guerre aux Bactriens, Menon son vassal n’eut d’autre choix que de le suivre, délaissant, pour la première fois, sa belle épouse. Mais, alors qu’il tentait de s’emparer de la ville de Bactre, Menon, qui désirait sans doute la garder à l’œil, fit venir sa femme auprès de lui. Intrépide, véritable amazone, Sémiramis ne se contenta pas de braver les dangers du voyage, elle alla bien plus loin et s’empara, par ruse, de la ville assiégée…
Ninus ne pouvait que désirer connaître celle qui lui livrait la ville… pour le plus grand malheur de Menon. Dès qu’il la vit, Ninus en tomba fou amoureux et se débarrassa, fort peu civilement, du mari encombrant…
Cette mauvaise action porta, sans doute, malheur à Ninus car lui aussi ne tarda pas à mourir, laissant Sémiramis veuve et régente pour leur fils Ninus II. Mais la belle Sémiramis, déjà deux fois veuve, et ravie de l’être, va s’occuper de son royaume, de ses armées, qu’elle dirigeait volontiers, et aussi des beaux soldats qui finissaient invariablement leur nuit d’amour avec la souveraine… la gorge tranchée !
Alors qu’elle est au sommet de sa gloire, Sémiramis entreprend la construction de ce qui sera son joyau : Babylone ! Tour à tour architecte et urbaniste, elle édifie une muraille extraordinaire, des ponts, des aqueducs même ! Après seulement trois cent soixante-cinq jours de labeur -sans doute particulièrement intensifs- du haut de son extraordinaire muraille, qui faisait cent vingt-deux mètres de hauteur, quatre-vingt-quatre mètres d’épaisseur et qui était renforcée de deux cent cinquante tours, Sémiramis put contempler sa ville, son œuvre, séparée en deux par l’Euphrate : Babylone.
Sémiramis voyait grand ! Aussi, une fois les temples dotés de coupes pesant trois mille cent cinquante kilos d’or, les palais construits, les canaux et les ponts installés, la souveraine, qui avait, sans doute, la nostalgie de ses jeunes années, tenta de s’emparer de l’Inde… Pour la première fois cependant, le destin ne souriait pas à la reine, qui dut rebrousser chemin. Voyant là un signe sans équivoque des dieux, elle confia le trône à son fils, s’enferma dans sa chambre et, alors qu’une envolée de pigeons passait par là, Sémiramis, dit la légende, les rejoignit, elle-même transformée en oiseau…

Les Ramessides et la restauration de l’ordre royal

Statue représentant Ramsès II.
Statue représentant Ramsès II.

Comme Toutankhamon, Horembeb, son successeur, était mort sans héritier. Une situation qui risquait de plonger l’Egypte dans l’anarchie et qu’il tenta d’éviter en associant au trône la figure montante de ses dernières années de règne : Ramessou. Devenu pharaon sous le nom de Ramsès Ier, le premier pharaon de la dynastie des Ramessides n’était jamais qu’un ancien officier, issu d’une longue lignée de militaires originaires du Delta oriental, qui avait exercer les fonctions de vizir avant d’accéder à la fonction suprême. Son nom, Ramessou, devenu Ramsès, signifiait « Rê l’a mis au monde », une façon directe et sans équivoque de mettre un terme définitif à la parenthèse atonienne en se plaçant sous le patronage direct de Rê et d’Atoum, une divinité qui rappelait que désormais le sort de l’Egypte ne se jouait plus à Thèbes mais à Memphis. Le règne du premier des ramessides ne durera guère que deux ans mais il sera déterminant notamment parce que Ramsès Ier, dans un souci d’éviter tout problèmes de succession, associe, sans doute dès la première année de son règne, son fils Sethi Ier au trône. Tous les Ramessides feront de même et tous se placeront en successeurs légitimes des premiers pharaons, Ramsès II, fils de Séthi Ier, se faisant notamment représenter en adoration devant les cartouches de tous les pharaons depuis Ménès jusqu’à Séthi Ier. Seuls les souverains d’Amarna et la reine Hatchepsout auront été gommés de cette lignée.
La dynastie des Ramessides règnera pas moins de trois siècles, de 1320 avant J.-C. à 1085 avant J.-C.. Mais dans cette longue lignée de souverains, dont neuf porteront le nom de Ramsès, d’où le nom de Ramessides, seuls les premiers sont digne d’un quelconque intérêt. Ramsès Ier et Séthi Ier avaient effectué l’accession au trône ; Ramsès II, dont le règne est l’un des plus longs de l’histoire égyptienne –il s’étend de 1304 à 1237 avant J.-C.- l’assurera. La longévité même de ce personnage sera son meilleur soutien dans cette démarche. Quant au nombre, étonnant, de sa progéniture, elle devait, sans doute, l’achever. Malgré tout, sur la centaine d’enfants que lui donneront ses sept épouses et ses multiples concubines, aucun ne parviendra réellement à assurer la succession.
Souverain prolifique, Ramsès II le sera également en terme de constructions, notamment à Abydos, Karnak, Tanis dont il fera une capitale ; il fera également bâtir des temples rupestres dont le plus célèbres est sans nul doute celui d’Abou Simbel et couvrira l’Egypte de cités portant son nom, la plus connue étant Pi-Ramsès. Ce semblant de « retour aux origines », Pi-Ramsès étant établi dans le Delta oriental, est à considérer avant tout comme une volonté de contrôler de plus près les provinces de Canaan et de Syrie sur lesquels les Hittites, qu’il combattra et vaincra à Kadesh, faisaient peser de lourdes menaces. La tradition veut d’ailleurs que ce soit pour la construction de cette cité que les Hébreux furent utilisés comme esclaves ce qui ferait, et la chronologie ne le dément pas formellement, de Ramsès II le pharaon de l’Exode.
Malgré ses victoires sur les Hittites, malgré aussi la multitude de constructions, signe, généralement, d’un règne puissant, la fin du règne de Ramsès II verra une Egypte dans un état de faiblesse proche de la décadence. Une faiblesse que les difficultés du succession qu’engendreront sa mort ne font que confirmer.

Procession figurant le triomphe de Ramsès III (fresque du temple de Medinet Abou).
Procession figurant le triomphe de Ramsès III (fresque du temple de Medinet Abou).

C’est son treizième fils, Marneptah qui, en 1237 avant J.-C., devait lui succéder. Mais la succession même du fils de Ramsès va engendrer une véritable guerre entre cousins et oncles dont Séthi II, un fils de Marneptah finira par sortir vainqueur d’une usurpation, celle d’Amenmès. Une usurpation, une régence et, tout doucement, le pouvoir échoiera à Ramsès III. Y a-t-il eu changement de lignée ou changement de dynastie, l’affaire et confuse. Si l’on en croit Ramsès III, qui n’aura de cesse de se placer dans la lignée de Ramsès II, il était effectivement issu de la dynastie Ramesside, mais rien n’est certain. Ce qui l’est, par contre, c’est que Ramsès III est le dernier grand roi de cette dynastie, le dernier grand pharaon du Nouvel empire.
Monté sur le trône en 1198 avant J.-C., il héritera d’un pays épuisé par l’anarchie et surtout menacé par ses voisins. Surtout, il aura à combattre, comme Séthi II avant lui, les Peuples de la mer, qu’il défera en quatre campagnes relatées sur les murs de son temple funéraire, à Médinet Abou. A sa mort (1166 avant J.-C.), survenue dans des circonstances troubles et dans une atmosphère de complot de harem, les Ramessides avaient déjà perdu leur aura, leur puissance.

Le tombeau de Chéops

Le Sphinx et la pyramide de Gizeh, d'après une aquarelle du XIXe siècle.
Le Sphinx et la pyramide de Gizeh, d’après une aquarelle du XIXe siècle.

Destinées à protéger le corps après la mort, originellement, les tombes royales ne se distinguaient pas des sépultures du commun et correspondaient aux mastaba. La première véritable pyramide fut construite à Saqqara, près de Memphis, pour le roi Djoser (IIIe millénaire avant J.-C.) par son vizir et architecte Imhotep : il s’agit de la célèbre pyramide à degrés de Saqqara. S’il devait assurer une meilleure protection du corps royal, ce mastaba « amélioré », cette pyramide, avait également une signification religieuse : les degrés représentaient l’escalier qui conduirait le pharaon aux côtés du dieu Râ.
Les pyramides vont connaître, au fil des siècles, une lente évolution jusqu’à atteindre la perfection des plus célèbres d’entre elles : les pyramides de Gizeh, qui regroupent celles de Chéops, de Chéphren et de Mykérinos. Les degrés ont disparu pour laisser place à des pyramides dites régulières, les caveaux se situent désormais au cœur même de l’édifice et leur élévation nécessitait sans aucun doute une grande maîtrise architecturale, sans compter le travail des ouvriers…
Hérodote, qui, comme beaucoup d’auteurs antiques, a été fasciné par les pyramides de Gizeh, a pu obtenir certains détails sur la construction de la plus ancienne et la plus grande (147 mètres de haut sur une base de 230 mètres de côtés) des trois, la pyramide de Chéops :
Les uns furent occupés à fouiller les carrières de la montagne d’Arabie, les autres à traîner, de là jusqu’au Nil, les pierres qu’on en tirait et à passer ces pierres sur des bateaux de l’autre côté du fleuve. D’autres encore les recevaient et les traînaient jusqu’à la montagne de Libye. On employait tous les trois mois cent mille hommes à ce travail. Quant au temps pendant lequel le peuple fut ainsi tourmenté, on passa dix années à construire la chaussée par où on devait traîner les pierres. Cette chaussée est un ouvrage presque aussi considérable à mon avis que la pyramide même… Elle est de pierres polies et ornée de figures d’animaux. Ainsi, les travaux de cette chaussée durèrent dix ans, sans compter le temps qu’on employa aux ouvrages de la colline sur laquelle sont élevées les pyramides et aux édifices souterrains que le roi réservait à l’honneur de recevoir sa momie… La pyramide même coûta vingt années de travail.

Le Nouvel empire ou la grande Egypte

Buste géant de Ramsès II (v. 1304 avant J.-C.-v. 1213 avant J.-C.).
Buste géant de Ramsès II (v. 1304 avant J.-C.-v. 1213 avant J.-C.).

Cinq siècles : c’est le temps que durera le Nouvel empire (1567-1085 avant J.-C.). Cinq siècles durant lesquels la forme pyramidale est celle qui symbolise le mieux l’Egypte. Pyramide du pouvoir, d’abord, avec le pharaon, fils des dieux, qui voit son caractère divin confirmé et étendu à toute sa famille, notamment sa sœur élevée au rang d’épouse d’Amon –une divinité qui prend alors l’allure de la racine de la dynastie. Une divinisation des pharaons et de toute leur famille qui explique aussi la multiplication des temples consacrés au culte des ancêtres des souverains ; des temples qui comptent parmi les joyaux de l’architecture égyptienne, comme Louxor ou Abou Simbel. Souverain divin, le pharaon multiplie alors les lois, répercute ses exigences auprès des vizirs et d’une hiérarchie de fonctionnaires qui font de la société égyptienne une pyramide dont le pharaon est la pointe et le peuple la base. Enfin, la forme pyramidale se retrouve dans l’éclosion d’une Egypte ouverte sur le monde, une Egypte qui fait converger vers elle tous les commerces, notamment des matières les plus précieuses. De fait, au cours de ces cinq siècles, l’Egypte devient le cœur du monde méditerranéen, étend son pouvoir bien au delà de la vallée du Nil à travers des colonies et des protectorats.
Le Nouvel empire s’ouvre en 1567 avant J.-C. lorsque un prince thébain, Ahmosis, expulse les Hyksos vers le nord puis définitivement hors d’Egypte. Une expulsion qui sera suivie de la réunification du pays, imposée par le nouveau pharaon et confirmée par son fils, Aménophis Ier –forme grec du nom égyptien Amenhotep. Une unification qui devait passer autant par la conquête militaire que par l’homogénéisation de l’administration –les charges des fonctionnaires étant désormais obtenues au mérite et non héréditairement-, de la législation –qui se structure, sous l’autorité de pharaon, au Nouvel empire-, du culte et du calendrier. Le culte unifié, centralisé en quelque sorte autour de pharaon et de sa famille.
Vainqueur des Hyksos, Aménophis Ier va également unifier la politique de conquête de l’Egypte. ‘abord destinée à protéger le nouveau royaume d’invasions extérieures, cette politique va ensuite viser à assurer un pouvoir sur des contrées riches de Nubie notamment, qui devient une colonie placée sous l’autorité d’un vice-roi devant payer tribut et dont les princes seront élevés à la cour de pharaon afin d’assurer leur fidélité. Au Nord, Canaan, la Phénicie et, plus fragilement, la Syrie deviendront des protectorats, les princes de ces contrées bénéficiant du système de fonctionnariat égyptien, avec plus ou moins de succès.
C’est à Thoutmôsis III (1504-1450 avant J.-C.) que revient le mérite de la domination égyptienne. Marchant sur les pas de son père, Thoutmôsis II, et de sa belle-mère, Hatchepsout, il mènera pas moins de dix-sept campagnes qui, en vingt ans, briseront les coalitions mitanienne et kadeshienne en Asie, portant à l’Euphrate les frontières de l’Egypte.
Thoutmôsis III n’est d’ailleurs pas le seul nom célèbre de cette période qui, en réalité, se révélera la plus féconde en caractères exceptionnels. Akhénaton, Néfertiti, Horemheb et Ramsès II : autant de noms qui célèbrent la grandeur de l’Egypte. Une grandeur incontestablement atteinte au Nouvel empire. Une grandeur qui commencera à décliner dès la fin du règne de Ramsès III (1198-1166 avant J.-C.). Dernier grand pharaon conquérant, Ramsès III prend le pouvoir après une guerre de succession dont les peuples voisins ont décidé de profiter. Les Peuples de le mer –sans doute des Mycéniens et des Achéens ou, selon d’autres théories, des Européens- avaient vaincu les Hittites, Chypre et Ougarit ; les Sardes, les Grecs achéens, les Libyens enfin assaillent l’Egypte de toutes parts. Une agression, une invasion que Ramsès III saura repousser, annihiler même en incorporant les Libyens parmi ses armées qui se dotent donc de mercenaires. Une politique qui a un coût, économique autant que symbolique. Une politique qui, de paire avec la révolte des prêtres d’Amon, reléguera la pharaon au rang de simple mortel, exposant la personne du souverain aux attaques et aux complots.
Ramsès III ne sera pas le seul à être victime des conspirations ; tous ses successeurs auront à freiner les ambitions des fonctionnaires tout en constatant la perte d’influence de l’Egypte dans le monde antique. A l’anarchie grandissante, succédera la guerre civile entre le pharaon Ramsès XI et les prêtres d’Amon. Et la victoire de ces derniers annoncera la fin du Nouvel empire.

Marduk, le voleur de dons

Bas-relief du dieu Marduk.
Bas-relief du dieu Marduk.

Marduk. S’il est une divinité irrémédiablement associée à Babylone : c’est bien lui. Une divinité d’origine inconnue, ni sumérienne ni akkadienne comme le reste du panthéon babylonien ; une divinité dont l’aura sera telle, dans toute la Mésopotamie, qu’elle absorbera littéralement toutes les autres.
Dieu de la magie et de la divination, de la sagesse et de la fertilité, il est symbolisé par le très universel dragon-serpent, un être du monde souterrain, du monde des morts. De fait, les multiples attributs de Marduk, s’ils semblent provenir de l’absorption de diverses divinités locales faisant de ce dieu un véritable « vampire » divin, incitent également à voir dans Mraduk, a contrario, LA divinité, celle des origines. Le parallèle avec les déesses primitives grecques, scandinaves ou celtes est en effet frappant ; on y retrouve les mêmes caractéristiques. La multitude des dons et, parmi ces dons, la fertilité couplée à la mort, parfois –c’est le cas pour Marduk, à la divination. Marduk serait donc, plus qu’un voleur de dons, un gardien primitif, le souvenir d’un temps où la mort et la vie étaient si unies qu’elles ne faisaient qu’un…

Le joyau de la Vallée des Rois

Située en face de Thèbes sur la rive gauche du Nil, la célèbre Vallée des Rois abrite les tombeaux des pharaons de la XVIIIe à la XXe dynastie. Au début du XXe siècle, alors que l’archéologie est devenue une science, on dénombre soixante tombeaux, tous pillés au cours des siècles… excepté celui du célèbre Toutânkhamon.
Le 24 novembre 1922, Howard Carter et lord Carnavon pénètrent, pour la première fois, dans un tombeau qu’ils reconnaissent, avec certitude, comme étant celui du célèbre pharaon.
L’archéologie vit là un de ses plus grands moments !

De la constitution de l’Egypte à la volonté de conquête

Ramsès II et la déesse Anouké (bas-relief antique).
Ramsès II et la déesse Anouké (bas-relief antique).

Fort logiquement, les premiers siècles de l’histoire égyptienne ne sont pas ceux d’une véritable armée. Logiquement parce que le royaume n’est pas encore constitué –ou de manière temporaire-, qu’il n’y d’unité nationale que de manière accidentelle et que le régime qui prédomine, notamment sous l’Ancien empire, est celui des nomarques. L’Egypte elle-même étant en pleine constitution, ses souverains n’allaient guère se lancer dans des expéditions conquérantes et l’armée sera donc à l’image de cette « amateurisme ». Des milices levées par les nomarques des provinces, des mercenaires engagés pour l’occasion : tel sera le système en pratique jusqu’au Moyen empire. Les armées elles-mêmes sont encore au stade de l’équipement léger avec la massue –qui symbolise le commandement et qui sera ensuite une arme d’apparat du pharaon-, l’arc, la fronde et la lance. Un équipement qui n’évoluera guère au Moyen empire sauf peut-être avec l’ajout du « harpè », une sorte de petite épée courbe que l’on retrouvera sur els représentations des souverains du Nouvel empire.
Au Moyen empire, le recrutement se professionnalise et correspond, en gros, au service militaire qui aura été en application en France jusqu’en 2001. C’était au scribe des armées qu’était dévolu le recrutement pour servir temporairement le pharaon. Un service militaire qui ne permettra pas de vastes campagnes mais qui servait essentiellement à constituer des milices policières que ce soit pour faire régner la paix dans les cités ou pour protéger les convois dans les mines du désert. Enfin, une infime partie de ces contingents allaient participer aux expéditions maritimes vers le pays du Pount –sur les rives de la mer Rouge.
Ce n’est guère qu’à la fin du Moyen empire que des troupes permanentes vont être établi aux postes frontières et ce n’est guère que sous le Nouvel empire, dont les pharaons vont mettre en place une véritable politique de conquête que vont être créer des armées permanentes.
Sous la XVIIIe dynastie va apparaître la division de l’armée en corps de troupes. Désignés sous les noms des dieux –Amon ; Beauté du disque solaire, Ptah, Rê, Seth aussi sous Ramsès II. A l’époque d’Horemheb, général  d’Akhénaton avant d’accéder lui-même au titre de pharaon (de 1348 à 1320 avant J.-C.), l’armée était divisée en deux grands corps, l’un occupant le Delta et l’autre le sud du pays, notamment afin de faciliter les interventions en Nubie. Séthi Ier (1318-1304 avant J.-C.) étendra la division à trois corps, Ramsès II (1304-1237 avant J.-C.) à quatre. Chacune de ces divisions étaient elles-mêmes séparées en compagnies de deux cents hommes chacune, encore dispersés en 4 corps de 50 hommes. Chaque compagnie répondait aux ordres d’un chef de corps ou porte-enseigne.
Une belle armée nationale donc, sauf que la guerre n’était vraiment pas le fort des Egyptiens qui recruteront largement les mercenaires. De fait, sous les Ramessides, qui auront été parmi les plus conquérants des pharaons, sur 5000 hommes, 1900 sont Egyptiens contre 3100 qui étaient issus de Libye, de Nubie, pour ce qui est du corps des policiers, ou des tribus de bédouins, qui constituaient l’essentiel des archers.
Si le gros des troupes était en majorité étranger, le commandement, quant à lui, demeurait aux mains des Egyptiens. Au sommet de cette organisation, le pharaon avait officiellement le rang de commandant suprême mais c’est surtout le vizir qui, avec l’aide et le conseil du général en chef, assurait le recrutement, l’entretien et l’entraînement des troupes. Quant à l’encadrement, c’est-à-dire aux officiers, ils étaient généralement issus de l’école des scribes et pouvaient se voir proposer de brillantes carrières, notamment dans la conduite des chars. De fait, les récompenses étaient si intéressantes, les gratifications si nombreuses que cette carrière allait attirer de véritables dynasties de militaires qui, au final, vont constituer des castes distinctes. C’est des rangs de cette « aristocratie militaire » que sortiront des pharaons comme Horemheb ou Ramsès Ier.

Carthage : la cité orgueilleuse

Un guerrier carthaginois, d'après une statuette antique.
Un guerrier carthaginois, d’après une statuette antique.

Selon la légende, ce serait la fameuse reine Didon, sœur du roi de Tyr Pygmalion, qui fonda Carthage. La même Didon que le héros de Virgile, Enée, quitte à regret pour fonder… Rome. Etonnant comme ces deux orgueilleuses cités semblent profondément liées, même dans l’esprit d’un Romain. Mais l’histoire de Rome et de Carthage n’est pas une histoire commune ; seules quelques années de guerre les uniront dans l’histoire du monde pour l’éternité. Au contraire, c’est comme si ces deux cités conquérantes avaient grandi en parallèle, comme si elles s’étaient étendues, chacune d’un côté de la Méditerranée jusqu’à ce qu’elles finissent par se heurter.
Fondée au IXe siècle avant J.-C., par Didon selon la légende et par des marins et des commerçants phéniciens selon l’histoire, Carthage, dont le nom « Kart hadasht » signifie « la nouvelle ville », comptait à l’origine parmi les multiples comptoirs phéniciens. Elle ne devra son changement de statu qu’à la ruine de Tyr, cité dont elle était issue, ce qui la libérera de toute allégeance et attirera vers elle les autres colonies phéniciennes de la Méditerranée occidentale.
Royauté assistée d’un Sénat, Carthage devient, au VIe-Ve siècle av. J.-C., une république oligarchique dotée de deux magistrats suprêmes, les suffètes, élus pour un an, d’un Sénat d’environ trois cents membres et d’un Conseil permanent issu du Sénat. C’est sous l’impulsion de ces sénateurs et de ce conseil que Carthage va si admirablement développer son commerce et, par là même, sa puissance. Des expéditions sont organisées vers le Sénégal, l’Afrique équatoriale, l’Angleterre, riche en étain ; des comptoirs sont installés, des relations commerciales nouées avec l’Espagne (Cadix), la Sicile (Palerme, Solonte), Malte, la Sardaigne ou encore les Baléares… Rien ne semblait devoir arrêter la formidable expansion de la cité marchande ; rien, si ce n’est Rome… C’est sur la mainmise de Carthage en Sicile que les deux empires conquérants vont se heurter, chacun travaillant à placer cette île, si riche et si stratégique en Méditerranée, sous sa domination.

La cité antique de Carthage, d'après une reproduction récente.
La cité antique de Carthage, d’après une reproduction récente.

Les guerres puniques seront au nombre de trois. Trois conflits qui font faire perdre à Carthage la Sicile, l’Espagne et qui, finalement, conduira à la destruction même de la cité africaine. Pourtant, la performance militaire de Carthage n’est pas mince puisque ses troupes iront, à dos d’éléphants, porter la guerre aux portes mêmes de Rome –Ou presque. Une performance d’autant plus remarquable que Carthage n’avait pas d’armée et qu’elle n’en constituera une qu’à l’occasion des guerres contre Rome, faisant appel, pour l’occasion, à des mercenaires ! Malgré leur échec final, ces derniers méritèrent cent fois leur salaire, tant ils mirent de génie, d’audace et d’acharnement à combattre Rome.
Conquise après un siège de trois ans (146 av. J.-C.), Carthage sera pillée, livrée aux flammes, abattue pierre après pierre et son sol sera salé afin que jamais rien ne repousse sur cette terre maudite. Carthage l’orgueilleuse n’était pourtant pas tout à fait morte et il suffira que César décide de relever la ville –à quelques kilomètres de l’antique cité phénicienne- pour que, tout naturellement, elle redevienne, en quelques années, le centre le plus important de l’Afrique romaine…

La bonne aventure selon Amon

Bas-relief d'Amon-Ra.
Bas-relief d’Amon-Ra.

L’oracle d’Amon dans l’oasis de Siouah était si célèbre en Egypte et dans tout le bassin méditerranéen qu’Alexandre lui-même s’y rendit ; si célèbre que les auteurs anciens -grecs notamment- y font référence. Pourtant, force est de constater que les oracles n’étaient guère plus que nos horoscopes modernes, des "Madame Soleil" en puissance.
Alors que l’oracle de Delphes, en Grèce, représentait la connaissance de toute chose et son approfondissement, la découverte du cycle universel, l’oracle d’Amon ou toutes les autres techniques oraculaires égyptiennes n’allaient jamais plus loin que la connaissance d’un futur très personnel, terre-à-terre et somme toute inintéressant. L’avenir professionnel, l’avenir amoureux, retrouver un objet ou un être même : telles étaient les préoccupations des Egyptiens qui consultaient ces oracles. De fait, les prêtres eux-mêmes ne semblaient pas prendre leur rôle bien au sérieux, au point « d’aménager, selon l’égyptologue Guy Rachet, des conduits acoustiques dans les statues afin de leur prêter leur voix pour répondre directement aux questions qui leur étaient posées par les dévots ».