Les Phéniciens : peuple de marins ou de marchands ?

Un navire phénicien, d'après une gravure ancienne.
Un navire phénicien, d’après une gravure ancienne.

De la même façon que les Vikings ont été contraint au voyage du fait de la rudesse de leur climat et de leur pays, les Phéniciens vont pratiquement être jetés à la mer par le relief même de leur contrée. Correspondant grossièrement au Liban actuel, la Phénicie formait une étroite bande de terre bordée par de hautes montagnes d’un côté et par la Méditerranée de l’autre. Logiquement, donc, c’est vers la mer que leurs regards vont se tourner, d’où la vocation quasi obligatoire de marins qu’auront les Phéniciens. Mais contrairement aux Vikings, les Phéniciens ne seront jamais de grands marins. Pas plus que leur conquête, purement commerciale, ne deviendra politique ou militaire, n’entraînant, de fait, aucun apport réel apport de leur civilisation. D’ailleurs, peut-on même seulement parler de civilisation quant on sait si peu de chose de ce peuple, de cette agrégation de peuples ?
Patère phénicienne, dont le style paraît nettement influencé par celui des Egyptiens.
Patère phénicienne, dont le style paraît nettement influencé par celui des Egyptiens.

Vraisemblablement originaires des côtes du golf Persique et de l’Arabie du Sud, ceux qui allaient constituer le peuple phénicien sont des sémites… dont on ne sait quasiment rien. Soumis à de multiples influences, les Phéniciens n’ont même pas de nom, celui employé étant tout simplement un terme d’origine grec signifiant « hommes rouges ». Un terme qui venait de la commercialisation de la murex qui, au IIe millénaire avant J.-C., servait à produire la couleur pourpre. Déjà, l’empreinte commerciale est là. Et rien ne changera réellement, l’histoire phénicienne étant, on l’a dit, une histoire purement commerciale. Les principales cités phéniciennes –Tyr, Sidon- vont rapidement devenir des plaques tournantes du commerce méditerranéen, aussi bien par voix de terre que par voix de mer. Les épices, les pierre précieuses, les parfums, l’or, les étoffes précieuses provenant aussi bien d’Arabie que du Caucase ou d’Afrique : tout passait entre les mains avides des commerçants phéniciens. Des commerçants qui, lorsqu’ils utilisaient la voix des mers, se limitaient presque exclusivement au cabotage, comme le prouvent d’ailleurs les multiples comptoirs qu’ils créeront en Méditerranée. Chypre, Carthage, Cadix sont au nombre de ceux-là. S’il faut y voir un essor admirable, un sens du commerce inégalé à l’époque, difficile de voir dans les Phéniciens un peuple de navigateurs. Relais d’autres civilisations, maîtres du commerce et donc des richesses, les Phéniciens vont être en proie aux désirs de peuples plus conquérants. Leur déclin, cependant, a autant à voir avec ces velléités de conquêtes qu’avec manque de cohésion de ce peuple, qui a essaimé à travers toute la Méditerranée. Et ce n’est guère qu’à travers Carthage, fondée par Tyr et Sidon, que se perpétuera le monde phénicien…

Chéops : le souverain des pyramides

Le sphinx et la pyramide de Gizeh, construite sur ordre de Chéops.
Le sphinx et la pyramide de Gizeh, construite sur ordre de Chéops.

Il est sans doute l’un des plus célèbres pharaons d’Egypte. Pourtant, on ne sait pratiquement rien de lui. Chéops est le deuxième souverain de la Ive dynastie ; il aurait régné de 2590 à 2567 avant J.-C. environ ; son nom n’était pas Chéops mais Khnoum Khoufou. Voilà, sur deux lignes, toute la vie de Chéops. Toute, si ce n’est qu’il sera le bâtisseur de la plus grande pyramide de Gizeh, lieu où il aurait établi sa capitale. L’exploitation des mines de cuivre de turquoise et de cuivre ; la guerre contre les Bédouins du désert ; l’étendue même de son empire, qui s’étend jusqu’en Haute-Egypte, à Dendérah : des faits qui ponctuent son règne et que l’on oublie au détriment de quelques fables rapportées par Hérodote. De fait, Chéops est un souverain méconnu parce que mal connu. Un souverain qui sera la proie des légendes les plus folles, faisant de ce souverain un ennemi de la religion, un empêcheur de pratiquer et de sacrifier en paix, un ennemi des prêtres et donc du dieu Rê. Un souverain qui n’hésitera pas, rapporte Hérodote, à vendre le corps de sa propre fille pour payer les travaux de "sa" pyramide, celle qu’il avait décidée d’élever à sa gloire.
De fait, ces légendes ne sont… que des légendes. Et Hérodote ne fait guère que s’en faire l’écho. Seule chose étonnante dans cette histoire : que les scribes et historiens de l’Antique Egypte en aient voulu à Chéops d’avoir construit une pyramide, à leur yeux impie car construite pour sa gloire propre et non pour celle des dieux. D’où sa réputation d’impiété ; d’où les légendes qui l’entourent… Pourtant, quoi de plus étonnant lorsque l’on sait le statu des souverains égyptiens ? Quoi de plus étonnant quand on sait qu’ils étaient fils de Rê ; qu’ils étaient considérés comme des êtres divins ? La construction de la pyramide, si en effet elle avait été édifiée pour la plus grande gloire de Chéops, n’aurait donc rien eu d’impie, bien au contraire…

C’est la lutte finale…

Xerxès Ier (486-465 av. J.-C.).
Xerxès Ier (486-465 av. J.-C.).

Pour la seconde fois, les Perses tentent d’envahir la Grèce qui, cette fois, est unie face au danger. Après la sanglante -et si héroïque- défaite grecque aux Thermopyles, les Perses se sont emparés d’Athènes et du Pirée et préparent leur immense flotte à l’affrontement ultime. Nous sommes alors en 480 avant Jésus-Christ.
Après les Thermopyles, les Grecs avaient pris position au-delà du détroit de Salamine où, bloqués dans la baie, leur position semblait désespérée. Le bruit courait même chez les Perses que les Grecs allaient tenter de fuir durant la nuit. Alors les navires perses se précipitèrent dans le chenal.
Là, quelle ne fut pas leur surprise quand ils découvrirent une flotte, non pas en fuite, mais bel et bien prête à combattre un ennemi gêné par l’étroitesse du passage. L’étranglement du chenal jeta l’affolement dans les rangs perses dont les navires s’entrechoquaient, brisant leur rames et laissant tout loisir aux Grecs de les achever.
Après le combat de Salamine, les lambeaux de l’armée de Xerxès prirent péniblement le chemin du retour, en abandonnant, cette fois, définitivement, la conquête de la Grèce.

Amon contre Aton ?

Buste d'Aménophis IV devenu Akhenaton.
Buste d’Aménophis IV devenu Akhenaton.

Parce qu’Akhenaton a persécuté les prêtres d’Amon, fait effacer les cartouches même de la divinité ; parce que la réponse de Toutankhamon et, à travers lui, du clergé thébain, atteint à la même brutalité, le même radicalisme, on a tendance à opposer les deux divinités. Pourtant, peut-on vraiment opposer Amon à Aton ?
"Dieu caché", "Dieu mystérieux", selon les significations qui sont faites de son nom, Amon fait partie, dès l’origine, des divinités célestes. Mais ce n’est qu’après son association avec le dieu Soleil Rê, qu’il prend une dimension véritablement nationale (sous la XIIe dynastie, soit entre le XXe et le XVIIIe siècle avant J.-C.). Une "solarisation" qui s’étend à d’autres divinités égyptiennes et qui revient à faire de Rê le dispensateur de la vie, le principe de la création. Roi des dieux, roi créateur parce qu’associé au soleil, dieu de la vie, représentée par l’attribut de l’ankh -la croix ansée-, "seigneur de l’éternité" mais aussi de la justice, "dieu de pitié", protecteur des pauvres, "berger qui pardonne", Amon est, d’après les hymnes et les prières qui lui sont adressées, une divinité multifonctions, une divinité qui concentre en elle tous les pouvoirs… au point d’acquérir un statu d’unicité. Une unicité qui n’est pas un monothéisme et qui se retrouve dans la plupart des mythologies ; une unicité que l’on retrouve chez Aton avec, là aussi, des suspicions de monothéisme ; une multifonctionalité semblable à celle perceptible chez Atoum et qui fait également de cette divinité un dieu primordial, un dieu créateur. Comme chez Amon, la divinité solaire de Rê lui sera associée jusqu’à ce qu’Atoum apparaisse comme le soleil levé mais également couché et donc, en tant que tel, comme une divinité de la mort. Un statu qu’évoque le Livre des morts, qui fait finalement d’Atoum l’incarnation nocturne du soleil quand Rê en est la représentation diurne.
Né au cœur des temples d’Héliopolis, le culte d’Aton n’est, quant à lui, rien de plus que la concentration du culte sur le Soleil, que l’incarnation de cette puissance de vie en une divinité à part entière. De fait, cette concentration autour de Rê est la suite logique de la solarisation qui se fait jour depuis le XXe siècle avant J.-C.. Une tendance que l’on retouve notamment dans les livres funéraires, le Livre des Portes ou les litanies solaires ; une tendance qui fait finalement de Rê le dispensateur de toute vie, son créateur et son propagateur. Le culte d’Aton choisit clairement d’en adorer le signe le plus sensible, à savoir le disque solaire mais de là à opposer Aton à Amon ou, mieux, d’y voir un quelconque monothéisme, il y a une marge.
De fait, si rien n’oppose clairement les deux divinités, il n’en est rien des cultes. Et c’est bien là que tout ce joue. Mystique de tempérament, Aménophis IV se verra avant tout comme le "Serviteur d’Aton", comme celui qui est "Agréable à Aton". Un serviteur qui, évidemment, n’avait guère besoin de l’intervention d’un clergé spécialisé. Et de fait, sans doute est-ce là la grande différence entre le culte d’Amon et celui d’Aton : Aton permet une perception immédiate du divin quant Amon demeure, malgré son association à Rê, le "dieu caché". Point de monothéisme ici ; tout juste une révolution cultuelle.

Hatchepsout, « pharaon » d’Egypte

Hatchepsout, d'après une statue antique.
Hatchepsout, d’après une statue antique.

Hatchepsout. Ce nom ne vous est pas inconnu ? Rien de plus normal, il circule sur toutes les ondes. En effet, sa momie vient d’être retrouvée et identifiée dans les sous-sols même du musée du Caire. Une momie de plus ? Peut-être, mais il s’agit de la momie d’une reine devenue pharaon. D’une souveraine du XVe siècle avant J.-C. qui su gouverner avec le désir de faire prospérer son pays, de favoriser le commerce, notamment vers le riche pays du Pount –situé sur les rives arabe et africaine de la Mer rouge. Une souveraine qui désira marquer les mémoires par une politique artistique et architecturale d’envergure, comme le rappel le temple de Deir el-Bahari. Une souveraine enfin dont el nom sera systématiquement effacé des listes royales, rayé de tous les monuments par son successeur, Thoutmôsis III. D’où provenait cet acharnement, cette haine qui poursuivra la reine-pharaon jusqu’après sa mort ? De sa prise de pouvoir, de son usurpation diront certains. Mais d’usurpation, il n’y en eut jamais, Hatchepsout étant la reine légitime.
Fille de Thoutmôsis Ier, Hatchepsout va, à la mort de ce dernier, régner conjointement avec son demi-frère devenu son époux. Comme le voulait la règle de légitimité dynastique, le pharaon n’ayant pas eu de fils avec sa première épouse –qui était sa sœur-, c’est un fils né de son union avec une seconde épouse qui devait prendre le titre de pharaon… à condition d’épouser une des filles du pharaon précédent et de sa première épouse. Une union nécessaire afin de conserver le sang divin d’Amon-Ré sur le trône d’Egypte. Un sang qui devait être le plus pur possible. De fait, donc, et comme le voulait la coutume, à la mort prématurée de Thoutmôsis II, c’est son épouse, Hatchepsout, fille légitime du pharaon Thoutmôsis Ier, qui devait assurer le gouvernement du pays, conjointement avec ses enfants. Mais le mariage de Thoutmôsis II et d’Hatchepsout n’avait engendré que des filles. C’est donc un fils né d’une seconde épouse qui devait régner avec elle. Le sang divin des dieux finissait par ne pas être si pur que cela. Et il est évident que la reine avait une conscience très claire de son statu de demi-déesse. Un statu que le fils de son demi-frère n’atteindrait jamais. Malgré tout, il fallait respecter les « convenances ».
Thoutmôsis III épousa-t-il Hatchepsout comme le suggère une inscription la désignant comme « sa sœur et sa divine épouse » ? L’histoire d’Hatchepsout suggère plutôt que Thoutmôsis III épousa une des filles d’Hatchepsout et de Thoutmôsis II. Car si la reine avait épouser son neveu, pourquoi aurait-elle éprouvé le besoin de se faire représenter en Osiris, portant barbe et vêtements masculins ? Pourquoi aurait-elle fait reproduire sa « naissance divine », comme fils d’Amon-Ré, sur les parois de son temple funéraire ? Pourquoi, enfin, aurait-elle totalement relégué Thoutmôsis III à un rôle de représentation, à un rôle d’ombre ?
Hatchepsout, devenu le « fils » de Ré, règnera quinze ans sur l’Egypte pharaonique en lieu et place de son neveu. A sa mort, vers 1470 avant J.-C., Thoutmôsis III s’emparera du pouvoir et s’acharnera à effacer de la mémoire collective celle qui compte parmi les plus grands « pharaons » d’Egypte.

Les jardins suspendus de Babylone

Les jardins suspendus de Babylone (d'après une reproduction antique).
Les jardins suspendus de Babylone (d’après une reproduction antique).

Si l’on ne sait avec précision qui fut le fondateur de Babylone et bien que l’on cite toujours, sans y croire, la légende de la belle déesse guerrière Sémiramis, la résurrection de la cité chaldéenne, elle, ne fait aucun doute : elle est le fait du grand souverain Nabuchodonosor II.
Pillée à plusieurs reprises lors de la domination assyrienne (Xe-VIIIe siècles avant J.-C.), Babylone subira un châtiment extrêmement sévère après une ultime révolte contre les Assyriens. Il faudra attendre la ruine de l’empire assyrien (VIIe siècle avant J.-C.) et l’avènement de Nabuchodonosor II pour qu’enfin la cité mésopotamienne retrouve son éclat passé. Devenue « l’ornement des royaumes, la fière parure des Chaldéens », selon le prophète Isaïe, Babylone apparut dès lors comme le symbole de la puissance de Nabuchodonosor II, qui en fit une des cités les plus somptueuses du temps, au point qu’Alexandre le Grand n’aura de cesse de la conquérir et d’en faire la capitale du nouvel Orient. Les jardins suspendus, notamment, feront rêver des générations d’auteurs antiques et d’archéologues. Voici la description que Diodore de Sicile donne de cette merveille du monde :
Les terrasses sur lesquelles on montait étaient soutenues par des colonnes qui, s’élevant graduellement de distance en distance, supportaient tout le poids des plantations ; la colonne la plus élevée, de cinquante coudées de haut (environ vingt-cinq mètres) supportait le sommet du jardin et était de niveau avec les balustrades de l’enceinte. Les murs, solidement construits à grands frais, avaient vingt-deux pieds d’épaisseur et chaque issue dix pieds de largeur. Les plateformes des terrasses étaient composées de blocs de pierre dont la longueur était de seize pieds sur quatre de largeur. Ces blocs étaient recouverts d’une couche de roseaux mêlée de beaucoup d’asphalte ; sur cette couche reposait une double rangée de briques cuites, cimentées avec du plâtre. Celles-ci étaient, à leur tour, recouvertes de lames de plomb, afin d’empêcher l’eau de filtrer à travers les atterrissements artificiels et de pénétrer dans les fondations. Sur cette couverture se trouvait répandue une masse de terre suffisante pour nourrir les racines des plus grands arbres. Ce sol factice était rempli d’arbres de toutes espèces, capables de charmer la vue par leur dimension et leur beauté. Les colonnes s’élevant graduellement laissaient, par leurs interstices, pénétrer la lumière et donnaient accès aux appartements royaux, nombreux et diversement ornés.

Titus le Bon

Buste de l'empereur Titus (39-81).
Buste de l’empereur Titus (39-81).

Néron, Caligula, Galba : les fous et les monstres se succédaient à la tête de l’Empire quand l’accession au trône de Titus apporte un immense soulagement au peuple romain.
Fils de l’empereur Vespasien, vainqueur en Bretagne, en Germanie et, surtout, en Judée, où il avait rencontré la célèbre reine Bérénice, Titus était déjà associé au pouvoir quand, en 79, il devient empereur. Adoré par ses armées, il sera bientôt acclamé par tout son peuple.
Soucieux d’équité et de justice, il n’hésite pas à puiser dans le trésor impérial pour aider les survivants de Pompéi ou les Romains touchés par l’incendie de 80, allant même jusqu’à assister personnellement les malades lors des épidémies.
Exposé à la contagion, il meurt, le 12 septembre 81, après deux ans d’un règne qui fut, sans doute, un des plus heureux de l’Empire romain.

Byzance : Rome après Rome

Constance II, empereur (337-361), d'après une fresque ancienne.
Constance II, empereur (337-361), d’après une fresque ancienne.

C’est en 286 que l’empereur Dioclétien devait instaurer la dyarchie. Pour assurer la défense des frontières contre les Barbares et, donc, la survie de l’empire romain, il avait décidé de s’associer un empereur : Maximien se vit confier la défense de l’Occident quant lui, Dioclétien, conservait la gouvernance de l’Orient. Une unité éphémère suivie la prise de pouvoir de Constantin mais, au final, l’empire demeura divisé. Et c’est à l’Est que devait se concentrer la plupart des activités du monde romain, tant dans le domaine politique que dans le domaine religieux.

On considère généralement que la division définitive de l’empire est à dater à la mort de Théodose Ier (395). De fait, les fils de Théodose se partageront l’empire, Honorius régnant sur l’Occident et Arcadius sur l’Orient. Une situation qui n’était qu’un retour à celle d’avant Constantin ; une situation qui, si elle était réelle sur le plan politique, était nettement moins évidente dans la conscience des peuples. En Orient, si la langue de culture était le grec, le latin demeurait la langue officielle ; le code Théodosien, publié en 438, était appliqué en Orient sous l’autorité de Théodose II et en Occident sous celle de Valentinien III. Le fait essentiel qui sépara les deux empires fut les invasions barbares : en Orient, où se trouvait toutes les forces vives de l’empire, fut épargné, tandis que l’Occident fut submergé. Théodose II fit d’ailleurs tout pour les éloigner, en renforçant notamment les fortifications de Constantinople ; l’empereur ira même jusqu’au paiement d’un tribu pour détourner de l’Orient les troupes d’Attila qui menaçaient la Thrace et la Macédoine.

Plus tard, après le renversement de Romulus Augustule, qui ne "régna" en fait qu’un an, l’unité de l’empire naquit à nouveau, Odoacre se plaçant sous l’autorité de l’empereur. Son successeur fera de même, mais tout cela n’était que posture. De fait, l’unité était une illusion que Théodoric le Grand balaya en tentant une union des peuples Goths, la création d’un empire ostrogoth et wisigoth, d’un empire germanique qui, certainement, n’aurait guère de chose à voir avec l’empire d’Orient, alors dirigé par Zénon. Et ce dernier n’avait guère les moyens de ses prétentions, incapable qu’il était de protéger l’Italie ou même la papauté. Nourri de culture classique, exalté par les souvenirs du passé, Justinien Ier (527-565) sera le dernier à tenter -et à réussir- un semblant d’unité. Le génie de ses généraux devait l’y aider : Bélisaire et Narsès devaient en effet mettre à profit la faiblesse interne des états barbares pour détruire le royaume vandale (534), puis le royaume ostrogoth (552) ce qui eut pour conséquence de ramener dans le giron impérial l’Afrique du Nord et une partie de l’Italie. Des succès qui ne furent pas sans lendemain puisque les Byzantins se maintiendront en Italie du Sud jusqu’au XIe siècle. Malgré tout, l’Espagne, la Gaule, la partie septentrionale de l’Italie restaient aux mains des Germains. Dans le demi-siècle qui suivi la mort de Justinien, lequel était demeuré dans le lignée des grands empereurs romains en édictant son Code, la rupture fut définitive et sans appelle. Non seulement les Byzantins durent abandonner la plus grande partie de l’Italie aux Lombards mais l’Orient lui-même se trouva menacé par les Avares, descendus du Danube, par les Perses et par les tribus slaves qui s’établissaient à ses frontières. Byzance, seconde Rome, revivait le calvaire de Rome. Un calvaire qui durera un siècle.

Les fils du Soleil

Buste de Thoutmès III (1479-1425 avant J.-C.).
Buste de Thoutmès III (1479-1425 avant J.-C.).

Dans l’Egypte ancienne, n’est pas pharaon qui veut : fils de Rê, le dieu solaire, le pharaon est plus qu’un souverain, c’est un dieu parmi les hommes. Son sang divin est infiniment précieux et se doit de garder, au fils des générations, une pureté presque totale. C’est la raison qui va pousser les pharaons à épouser leur sœur, à la rigueur leur demi-sœur. Une union qui n’a rien d’une façade et qui était bien réelle. Quels ravages cette consanguinité presque continue a-t-elle bien pu produire ? Nul ne le sait. Sans doute, d’ailleurs les enfants débiles –au sens de faibles- n’avaient-ils guère de chance de survie.
La logique de cette légitimation par le sang acceptera bien quelques écarts, bien vite circonscris. En effet, si par malheur le pharaon et la reine n’avaient pas de fils, c’est par leur fille que se perpétrait la légitimation. Hors de question, évidemment, pour cette dernière d’épouser le premier quidam venu : c’est avec un de ses demi-frères, né de l’union du pharaon et d’une de ses autres épouses ou concubines, qu’elle devait s’unir, leur enfant étant alors doté de trois-quart de sang divin. Certes, le prince devenait chef des armées et gouvernait bel et bien l’Egypte, une femme ne pouvant s’en acquitter, mais il n’était jamais qu’une sorte de prince consort, la réalité de la souveraineté étant entièrement entre les mains de son épouse. D’ailleurs, si la reine mourrait avant son époux, ce dernier se voyait dans l’obligation de partager le pouvoir avec ses enfants, ou du moins son fils.
Les révoltes de palais, les bouleversements dynastiques ne changeront rien à l’affaire, les nouveaux pharaons se dépêchant de créer un lien, généralement en épousant une fille du pharaon précédent et de son épouse première, avec la dynastie précédente. Ainsi le sang divin d’Osiris trouvait-il à nouveau sa place à la tête de l’Egypte. Les Ptolémées, venus de Grèce, ne feront pas autre chose et c’est en tant que fils d’Amon-Rê que le premier d’entre eux, Ptolémée Ier Sôter, deviendra pharaon d’Egypte, perpétuant, dans les mariages consanguins la souveraineté divine égyptienne.

Persépolis, la splendeur des Achéménides

Bas-relief de la cité de Persépolis représentant les gardes de la cité et du souverain.
Bas-relief de la cité de Persépolis représentant les gardes de la cité et du souverain.

L’apogée de la dynastie achéménide commence en 555 avant J.-C. lorsque Cyrus, chef d’un clan perse, réunit sous son sceptre les deux tribus principales, celle des Perses et celle des Mèdes, avec qui il conquiert, en moins de vingt ans, tout l’Orient ancien. Lorsqu’il meurt, en 530 avant J.-C., seule l’Égypte avait résisté : elle sera conquise par son fils, Cambyse, qui règne jusqu’en 522. À sa mort, un de ses parents, d’une branche collatérale, reprend le flambeau conquérant des Achéménides : Darius Ier, père d’une dynastie qui régnera sur l’Orient durant près de deux siècles, est également le premier à prendre le titre de Grand roi ou de Roi des rois, titres qui révèlent assez la toute-puissance des souverains achéménides. Pourtant, cette puissance, confirmée lors des guerres médiques que menèrent les deux premiers souverains, sera ébranlée dès 465 avant J.-C. par des luttes internes, ce dont profitera très largement Alexandre le Grand lorsqu’il entreprendra la soumission du dernier Grand roi, Darius III.

La cité de Persépolis, ancienne résidence « de repos » des souverains achéménides doit, à l’image de la dynastie, sa puissance et sa beauté aux deux premiers Roi des rois, Darius Ier et son fils Xerxès. On peut notamment y voir la porte de Xerxès, ornée des statues colossales de taureaux ailés à tête humaine ; la salle d’audience du palais de Darius, qui pouvait contenir jusqu’à 10 000 personnes ; les célèbres colonnes Apadana et l’escalier dont les bas-reliefs représentent une double procession dans laquelle chaque personnage est sculpté avec un luxe de détails.