Le trésor de Priam

Heinrich Schliemann (1822-1890), d'après un dessin moderne.
Heinrich Schliemann (1822-1890), d’après un dessin moderne.

Et si le récit d’Homère –auteur de l’Iliade et de l’Odyssée, était plus qu’une œuvre littéraire ? S’il fallait y voir une œuvre historique, une chronique ? C’est la question que se posa, au siècle dernier, Heinrich Schliemann.
Fils d’un pasteur au mœurs contestables, commis épicier devenu homme d’affaires prospère, Schliemann est un personnage à part dans l’histoire de l’archéologie. Passionné par les récits homériques, autodidacte, il apprend, par simple curiosité intellectuelle, le grec, moderne et ancien, suit des cours de langues orientales, s’initie au sanskrit et enfin à l’égyptologie avant de découvrir, à Pompéï, l’archéologie. Il n’a alors aucune ambition précise… jusqu’à ce qu’il croise la route, en 1867, d’Ernst Ziller. Cet architecte passionné d’archéologie étudie alors l’emplacement hypothétique de la légendaire ville de Troie. Un simple voyage avec l’architecte aux Dardanelles va convaincre Schliemann : il fait sienne la passion de Ziller et se montre persuadé que le récit d’Homère est à étudier au même titre qu’une œuvre historique.
Etant homme à aller au bout de ses idées, il publie, en 1869, Ithaque, le Péloponnèse, Troie, thèse dans laquelle il démontre que le site de Troie ne se situerait pas, comme le pensaient alors les archéologues, à Bunarbashi mais sur la colline d’Hissarlik.
Le site de Troie
Cette même année, sans la moindre autorisation officielle, Schliemann entame les fouilles. Sans aucun résultat probant. Mais l’archéologue amateur, sans se décourager, relance les fouilles en 1872 : la découverte de la Métope du Soleil, élément architectural d’un temple dédié à Athéna encourage le chercheur et commence à susciter des réactions. Et l’année suivante, il met au jour non seulement une forteresse mais surtout 250 objets d’or. Ca y est : il a trouvé «  le trésor de Priam » !
Le nom sonne bien et Schliemann devient une sommité… du moins pour les amateurs. Homme d’affaires redoutable, doué d’un sens de la communication exceptionnel, Heinrich Schliemann a multiplié les articles dans les journaux européens et, ce, tout le temps qu’on duré les fouilles. Ce faisant, il a acquis une notoriété certaine mais uniquement dans les milieux non spécialisés, les Paris-Match de l’époque. A ce moment-là, tout le monde ou presque se pique d’être archéologues et ceux qu’on a appelés les « antiquaires » font fureur. Cependant, s’il acquiert le ralliement des amateurs, Schliemann s’est ainsi attiré le mépris des professionnels. Il faut dire également qu’il multiplie les erreurs de datation, en même temps que les hypothèses les plus romanesques. Le fameux «  trésor de Priam » en est un exemple frappant. Car il ne s’agit évidemment pas des biens du fameux roi de Troie, ce qui n’enlève rien à l’importance de la découverte.
La mauvaise réputation

Gravure représentant le légendaire cheval de Troie qui permis la prise de la ville par les Grecs.
Gravure représentant le légendaire cheval de Troie qui permis la prise de la ville par les Grecs.

Une importance que Schliemann voit très clairement au point de faire passer clandestinement ces découvertes hors de Turquie. Et si, en 1877, lors de l’exposition de son «  trésor » à Londres le succès est au rendez-vous, l’archéologue amateur vient d’achever de se discréditer auprès de la communauté scientifique. Toutes les autres découvertes de Schliemann, comme les sépultures royales de Mycènes ou les masques d’or –dont il prétend qu’il s’agit de celui d’Agamemnon- sont empreintes de doute.
Guidé par ses seuls rêves et ses lectures, Schliemann doit pourtant être reconnu comme un archéologue de génie –les spécialistes le reconnaîtront d’ailleurs. Mais cet homme, qui su si bien gérer ses découvertes comme autant de coups «  marketing » n’aura jamais réussi à « se vendre » et c’est pourquoi le découvreur de la légendaire Troie ne sera jamais regardé qu’avec méfiance et condescendance par ses pairs et par leurs successeurs.

L’éphémère empire des Hittites

Guerriers nubiens de l'armée égyptienne.
Guerriers nubiens de l’armée égyptienne.

La Bible comme les textes égyptiens évoquent volontiers certains peuples, désormais oubliés. C’est le cas de Hittites qui apparaissent, au début du IIe millénaire avant J.-C., au nord-est de l’Asie mineure. D’origine indo-européenne, les Hittites vont rapidement s’intégrer au monde oriental. Surtout, ils vont adopter l’usage de son écriture, dite cunéiforme. On retrouve malgré tout un terreau indo-européen, un héritage qui perdure dans l’application de la réparation en lieu et place de la loi du talion en usage en Orient, ou encore dans la structure même de la société hittite, qui était de type féodale. Enfin, les Hittites connaissaient l’emploi du fer qu’ils contribueront à répandre en Orient.
Créé sur les cendres du royaume de Hattousa, le premier empire hittite, apparu au XVIIIe siècle avant J.-C. en Anatolie, ne durera guère, en proie qu’il était aux divisions internes. Mais deux siècles plus tard, les Hittites seront amenés à jouer un grand rôle. A leur tête, Moursil Ier qui s’empare d’Alep, puis de Babylone (1515 avant J.-C.) où il renverse la dynastie amorrite.Dès lors, les Hittites menacent la Syrie du Nord, qu’ils disputent aux Mitanni. Ces derniers s’allieront aux Egyptiens dans l’espoir d’échapper aux Hittites, en vain. Au XIVe siècle avant J.-C., Souppilouliouma, le plus grand souverain hittite, impose aux Mintanni une de ses créatures et constitue un véritable Etat fédéral qui s’étend du Pont-Euxin à l’Oronte et à l’Euphrate, englobant l’Anatolie, la Syrie et la Palestine jusqu’à Jérusalem.
Trois ennemis viendront à bout de l’empire de Souppilouliouma . Les Assyriens, alliés aux « peuples de la mer, et les Egyptiens. Les jeux d’alliances se multiplieront entre ces trois forces, qui, tout au long du XIIIe siècle avant J.-C. Ne cesseront de se combattre. Les grands perdants, dans cette affaire, seront les Hittites dont la force disparaît vers 1200 avant J.-C.. Seul leur nom subsistera encore… jusqu’au VIIe siècle avant J.-C., sur une mince bande de terre des bords de l’Euphrate.

Darius Ier le Grand

Darius Ier le Grand (mort en 486 avant J.-C.). Dessin réalisé d'après un bas-relief.
Darius Ier le Grand (mort en 486 avant J.-C.). Dessin réalisé d’après un bas-relief.

Membre de la garde royale de Cambyse, fils d’un satrape –un gouverneur de province- de Parthie, Darius devra à un  coup du sort –qu’il prétendra guidé par les dieux- de prendre la succession du souverain achéménide. En révolte contre le successeur de Cambyse, il s’associe avec sept autres jeunes nobles, défait le pseudo usurpateur, laissant à l’hippomancie –la divination par les chevaux- le choix du nouveau souverain. Grâce aux dieux, le cheval de Darius sera le premier à hennir, faisant de lui le successeur des Achéménides (521 avant J.-C.). Il faudra pourtant pas moins de deux ans au représentant des dieux pour convaincre son  peuple, deux années au cours desquelles les révoltes se multiplieront, deux années au cours desquelles Darius Ier livrera pas moins de dix-neuf batailles contre ses détracteurs. La légende qu’il forgera faisant de lui un Achéménide et donc l’héritier naturel de Cambyse n’y changera rien, l’ensemble des gouverneurs perses ne pouvant que constater sa prise de pouvoir, son  coup d’Etat.
Le royaume perse revenu à la stabilité, Darius Ier fera montre des mêmes ambitions que ses prédécesseurs : Cyrus Ier et Cambyse avait étendu le royaume à tout l’Orient, englobant leur sphère d’influence à l’Asie Mineure, à la Babylonie, à la Surie et à l’Egypte. Darius Ier enverra une expédition au Pendjab, désignera l’amiral Scylax pour descendre l’Indus, reconnaître la route maritime vers l’Egypte, se rendre jusqu’en Arabie. Darius fera même rouvrir le canal reliant le Nil à la Mer Rouge, confirmant, s’il le fallait, son  intérêt pour cette région éminemment commerciale. Ses désirs de conquêtes vers la Russie ne connaîtront pas le même succès, les Scythes mettant rapidement fin aux velléités perses. Mais c’est dans sa tentative de conquête de la Grèce que Darius Ier est le plus célèbre. Une tentative aussi peu glorieuse que la précédente d’ailleurs puis qu’après avoir essuyé un premier échec, assemblée une  flotte et une armée à nulle autre pareille –elle sera balayée par une tempête-, il s’assurera la neutralité de la plupart des cités grecques et, en 490 avant J.-C., lancera son ultime assaut… avec toujours le même succès. Cette fois, point de tempête, point de Scythes non plus mais la résistance de deux cités, Athènes et Sparte qui auront raison des armées perses, au point que la victoire grecque de Marathon aura un retentissement immense dans tout le monde méditerranéen.
Contrairement à ses prédécesseurs, à ces « ancêtres » selon ses dires, Darius Ier n’aura décidément pas été un grand conquérant. Par contre, il est évident que la centralisation du gouvernement perse, l’absolutisation du pouvoir autant que l’organisation du royaume achéménide sont à mettre à son crédit. Un royaume aux multiples visages, dirigé par de nombreux satrapes, eux-mêmes surveillés par autant de secrétaires royaux, de fonctionnaires civils ou militaires ; un royaume qui, pour asseoir son emprise, saura jouer des diversités culturelles ou religieuses.

Babylone, « la perle des royaumes »

Un amas de pierres dans le désert irakien : voilà tout ce qui reste de l’antique Babylone. Mais la cité mythique, chantée par les Grecs, condamnée par la Bible et où mourut le plus grand conquérant de tous les temps, Alexandre le Grand, revit à travers l’histoire, véridique ou parfois légendaire, de ses rois et de ses reines.
Indispensables « outils » de l’histoire, les archéologues, depuis un siècle et demi, tentent d’arracher au sable du désert les derniers vestiges de cette cité, placée au-dessus de toutes les autres.
L’histoire de Babylone débute véritablement avec celle du roi Sargon l’Ancien qui, vers 2334 avant J.-C., s’empare du pays de Sumer qui prend le nom d’Akkadie, avant de devenir la Babylonie.
Jardinier devenu gouverneur d’un roi de Kish, Sargon fonde la cité d’Akkadé (ou Agadé qui, en sumérien, signifie « Ville des ancêtres »), en utilisant, selon la légende, la terre de Babylone, puis va étendre son pouvoir jusqu’à fonder le premier Empire babylonien.
Sargon « sauvé des eaux »

Sargon l’Ancien

Le personnage de Sargon l’Ancien, dont le nom akkadien, Sarru-kin, signifie le « roi est la vérité », fera l’objet d’une multitude de légendes, qui donnent au « fils de personne » une dimension tout à fait mythique.
Je suis Sargon, le roi puissant, le roi d’Akkad.
Ma mère était une prêtresse ; j’ignore qui fut mon père…
Ma mère, la grande prêtresse, me conçut et m’enfanta en secret.
Elle me mit dans une corbeille de joncs…
Elle me jeta dans la rivière…

Grâce à cette légende, à l’arrière-goût quelque peu biblique, Sargon n’est plus le « fils de personne » mais est issu de la noblesse, à moins qu’il ne soit de sang royal, comme le suggère l’allusion à une mère grande prêtresse. Enfant chéri des dieux et, particuliè-rement, de la déesse Ishtar, Sargon, en fondant sa propre ville, fait le premier pas qui va le conduire jusqu’au trône. Le second pas sera, tout simplement, de renverser Lugalzagesi d’Uruk, le souverain de Kish, puis de devenir « calife à la place du calife ».
Les conquêtes vont alors se succéder et la puissante Ur, comme presque toutes les villes du Sud, doit aussi se soumettre : l’empire de Sargon, celui qui « gouvernait le monde entier », dit un texte babylonien, s’étendra sur près de mille quatre cents kilomètres, allant de Meluhha, au nord-ouest de l’Inde, à Ebla, au sud d’Alep.
Après chaque victoire, dans chaque ville conquise, Sargon met en place un pouvoir fort, en installant une garnison et un gouvernement composé exclusi-vement d’Akkadiens, système qui sera employé, près de deux mille  ans plus tard, par Alexandre le Grand…
Les derniers feux de la dynastie sargonique
De cet immense empire, où il fait régner l’ordre, Sargon va créer la plus grande place commerciale de tout l’Orient : Akkad devient le port d’attache obligatoire pour tous les navires de commerce, ce qui permet à Sargon d’avoir entre les mains le monopole du commerce. Dès lors, la Mésopotamie est la plaque tournante du commerce où transitent les plus grandes richesses de cette partie du monde.
Souverain tout puissant, « à qui Enlil n’a donné aucun rival » et entouré, selon la légende, d’une « garde prétorienne » de près de cinq mille quatre cents hommes, Sargon est le cœur et la force même de son empire.
À sa mort, ses deux fils lui succèdent. Ils se montrent, certes, des souverains compétents mais c’est avec Naram-Sin (2291-2255 avant J.-C.), son petit-fils, que la dynastie sargonique connaît ses ultimes moments de gloire. Et pourtant, c’est ce même Naram-Sin qui va conduire la dynastie sargonique à sa perte. Le petit-fils de Sargon, aveuglé par sa toute-puissance, osera défier les dieux qui le puniront en lançant sur la Babylonie les hordes des Gutis…
Peuplade nomade du Kurdistan, les Gutis domineront la Babylonie durant un siècle et demi, jusqu’à l’arrivée des rois d’Ur, grâce auxquels le royaume va connaître son deuxième âge d’or…
Reconnue comme capitale culturelle du pays, Akkad va prendre la tête du mouvement littéraire de l’époque, notamment sous le règne de Shulgi, qui gouverne pendant quarante-huit ans. C’est aussi sous la domination des souverains de la IIIe dynastie d’Ur que la Babylonie va connaître les prémices d’une nouvelle justice, celle d’une loi écrite, autre que la loi du talion, alors pratiquée dans tous les pays sémites.
Mais là encore, l’empire d’Ur ne perdure pas et notamment après les attaques des Élamites et des Amorites, peuples semi-nomades, qui évincent la IIIe dynastie d’Ur. Et les cités-États viennent tout juste de retrouver leur indépendance quand elles doivent se soumettre à une nouvelle dynastie, d’origine amorite, cette fois établie à Babylone. Ce qui n’était jusque-là qu’une modeste bourgade va, bientôt, dominer toute la Mésopotamie…
Babylone, la « porte des dieux »

Le Code Hammurabi, conservé au Louvre

Située à l’embouchure du principal lit de l’Euphrate, Babylone, dont le nom akkadien, « bab-il », signifie la « porte des dieux », va devenir, rapidement, une capitale aussi bien stratégique que commerciale.
Mais c’est avec l’arrivée sur le trône d’Hammourabi (1792-1750 av. J.-C.) qu’elle va prendre tout son essor. En quarante ans, Hammourabi va faire de Babylone la plus grande puissance militaire de Mésopotamie, ce qui lui permettra de s’attaquer aux royaumes limitrophes du Nord, comme Ninive, et de contrôler les routes commerciales d’Iran, situées au nord-est.
L’empire d’Ur renaissait… Royaume prospère, puissance militaire inégalée, Babylone apparaît, sous l’égide du plus célèbre de ses rois, comme une cité où règne la justice, celle dictée par le célèbre code Hammourabi :
(…) À ce moment, Anu et Enlil m’appelèrent par mon nom, Hammourabi, le prince déférent qui craint les dieux, afin de faire le bien pour le peuple, pour faire que la justice brille dans le pays, pour détruire le mauvais et le maudit, pour assurer que le fort n’oppresse point le faible.
La Babylone d’Hammourabi  brillera de tous ses feux jusqu’à la mort de ce dernier ; ses successeurs seront loin d’être à sa hauteur. Tant bien que mal, ils vont tenter de maintenir le royaume originel de Babylone, jusqu’au sac de la ville, en 1595 avant J.-C., par les Hittites, originaires d’Anatolie.
Cet épisode marque donc la fin d’un empire. S’ensuit alors une période de troubles dont profiteront les peuples venus d’Anatolie ou du Zagros, les Kassites et les Hourrites, qui apportent, dans leurs « bagages », un nouveau moyen de transport : le cheval !
Marduk, le dieu souverain de Babylone

Représentation ancienne du dieu Marduk

La domination des Kassites durera quatre cent quarante ans et elle permettra la résurgence de la littérature babylonienne, éteinte depuis la IIIe dynastie d’Ur. Mais la pression exercée par l’Élam et l’Assyrie est trop forte et la Babylonie, séparée en deux, se voit assujettie à ses puissants voisins jusqu’à l’arrivée sur le trône de la IIe dynastie d’Isin.
On ne sait que peu de choses sur les premiers souverains de cette dynastie mais un nom est resté célèbre, celui de Nebuchadnezzar Ier (1124-1103 av. J.-C.) qui, grâce à son génie militaire, va remettre Babylone sur la voie de la conquête.
« Le roi Nebuchadnezzar se dressa victorieux, il s’empara du pays d’Élam, il prit ses biens en dépouilles », rendant ainsi à la Babylonie son dieu souverain, Marduk, jadis emporté en Élam. Marduk retrouvait enfin son temple, la célèbre… « tour de Babel ».
Mais les exploits de Nebuchadnezzar, que chantent volontiers les scribes, ne se limitent pas à des faits d’armes. Le souverain babylonien va restaurer les temples et réglementer les revenus, redonnant à l’antique cité son rôle administratif.
Redevenue une terre riche et fertile, la Mésopotamie va, de nouveau, être le théâtre des migrations massives de peuplades, attirées par cette terre baignée par l’Euphrate. Ce sont alors les razzias et l’intrusion, toujours plus marquée, des Araméens… Babylone, alors sous le contrôle de dynasties fantoches, tombe, rapidement, dans l’impuissance, l’économie se sclérose et le pays, unifié par Nebuchadnezzar, vole en éclats…
Les Araméens vont, petit à petit, se sédentariser et, revenant à leur antique profession commerciale, prendre le contrôle de toute la région. Bientôt d’ailleurs, l’araméen supplante le sumérien, l’ancienne langue courante, et devient, en peu de temps, la langue internationale de tout le Proche-Orient, depuis l’Iran jusqu’à l’Égypte.
Et il restera la langue officielle et diplomatique jusqu’à la conquête d’Alexandre le Grand.
La colère du roi d’Assyrie
Le VIIIe siècle av. J.-C. marquera, à nouveau, une grande période de troubles en Babylonie, au point que, durant deux siècles, les souverains assyriens vont s’emparer du pouvoir et faire du royaume de Babylone une simple province de leur empire. Depuis déjà fort longtemps, l’Assyrie lorgnait avec envie sur toutes les richesses de Babylone et c’est à l’occasion des troubles qui, de nouveau, agitent le royaume babylonien que les rois assy-riens s’emparent du gouvernement du pays, directement ou indirectement, sous le couvert de rois fantoches.
Seul Méodach-Baladan, un Chaldéen, donnera un sursaut d’indépendance au royaume babylonien. Après avoir infligé une redoutable défaite au roi Sargon d’Assyrie, il monte sur le trône de Babylone qu’il conservera durant douze ans.
Pendant ce temps, Sargon d’Assyrie fourbit ses armes… Allié aux Babyloniens de souche, Sargon neutralise le royaume d’Élam, soutien de Méodach-Baladan, et écrase les armées de ce dernier. Aux cérémonies du Nouvel An de 709 avant J.-C., la Babylonie a un nouveau souverain, qui n’est autre que Sargon d’Assyrie.
Mais la révolte couve, particulière-ment dans les régions du Sud, restées fidèles à Méodach-Baladan. Et, bien que Sennachérib, le fils de Sargon, soit revenu au système, somme toute assez sûr, du roi fantoche, Babylone va, durant des années, être le théâtre de tous les coups d’État. Cela ne va cesser qu’avec la destruction de la cité ! L’assassinat, lors d’une de ces révoltes, du fils aîné de Sennachérib entraînera la terrible colère du roi : pillée, brûlée, entièrement rasée, la cité de Babylone n’est plus qu’un immense marécage…
Babylone, « l’orgueil des Chaldéens »

Un souverain assyrien représenté sur son char de combat

La destruction de la superbe ville de Babylone, symbole de toute une culture, berceau de la langue et de la littérature mésopotamienne, provo-que un choc immense. À la mort de Sennachérib, son fils et successeur, Esarhaddon, réalise que jamais les rois d’Assyrie ne se feront accepter après un tel outrage… à moins de faire réparation. Le nouveau roi va donc se consacrer entièrement à la reconstruction de l’antique cité, lui redonnant sa splendeur passée, dotant ses temples de richesses immenses. Et, reconnaissante, la Babylonie se soumet au roi assyrien, plus sûrement que s’il l’avait conquise avec les armes.
À la mort d’Esarhaddon, ses deux fils se partagent l’immense empire de leur père : Assurbanipal, le cadet, reçoit l’Assyrie en héritage et son frère aîné, Shamash-shum-ukin, la Babylonie, vassale de l’Assyrie.
Shamash-shum-ukin va se consacrer à son nouveau royaume, qui, sous son gouvernement, redevient prospère. Mais, las de se soumettre à son frère, il se rebelle. Après une guerre de dix-huit mois, le roi Shamash-shum-ukin capitule, laissant la Babylonie sous la coupe assyrienne…
C’est à la mort d’Assurbanipal, roi d’Assyrie et de Babylonie, qu’apparaît un autre personnage : Nabopolassar, le nouveau Sargon, lui aussi « fils de personne », qui va non seulement s’emparer du trône de Babylone mais aussi -et c’est là sa plus grande fierté- pousser ses conquêtes jusqu’à Assur, l’antique capitale d’Assyrie.
Son fils, le célèbre Nebuchadnezzar II, plus connu, grâce à la Bible, sous le nom de Nabuchodonosor, ira plus loin encore, faisant plier les armées égyp-tiennes, s’emparant de la Syrie et de la Palestine et soumettant, par deux fois, la ville de Jérusalem.
Grand conquérant, Nabuchodonosor se révèlera, aussi, un souverain sage et soucieux de son peuple et c’est à lui que l’on doit les plus magnifiques constructions de Babylone, qui feront de la capitale la « perle des royaumes, l’orgueil des Chaldéens ».
La période néo-babylonienne, qui marque la fin du royaume indépendant, sera, aussi, celle de toutes les audaces artistiques et architecturales. La cité atteint alors un degré de splendeur inégalée avec les « jardins suspendus » du palais-sud et la superbe muraille qui ceint la ville, deux ouvrages qui comptent parmi les Sept Merveilles du monde.
Et quand, en 539, Cyrus le Perse s’empare du trône babylonien, la cité incomparable possède encore cette aura de grandeur, qui fait rêver les hommes et érige les mythes… avant qu’elle ne se perde définitivement dans les sables du désert :
À bas ! Assieds-toi dans la poussière, Vierge, fille de Babylone !
Assieds-toi à terre, détrônée, fille des Chaldéens !
Car on cessera de t’appeler la douce, l’exquise.

Akhenaton, le pharaon du soleil

Dessin d'après une statue supposée d'Akhenaton.
Dessin d’après une statue supposée d’Akhenaton.

C’est au XIXe siècle, alors qu’à la suite de l’expédition de Bonaparte et des découvertes de Champollion l’Egypte était devenue le terrain de chasse privilégié des archéologues, qu’apparaît le nom d’Akhenaton ou Akhnaton.
Oublié de la liste des monarques établie par Manéthon, effacé de la mémoire des hommes et des annales égyptiennes, Akhenaton ne doit sa « résurrection » qu’à l’obstination de quelques aventuriers, comme von Humboldt,, las de parcourir les sites de Karnak, Louxor ou Thèbes, de quelques égyptologues, tels Gaston Maspéro. Pourtant, il est à compter au nombre des pharaons majeurs de l’histoire de l’Egypte antique.
Fils d’Aménophis III, sans doute, comme c’était la coutume, co-régent avec lui entre 1379 et 1367 avant J.-C., Aménophis IV, devenu par la suite Akhenaton, règnera jusqu’en 1362. Dix-sept années de règne, dont seulement cinq sans son père, qui vont être le théâtre d’une véritable tentative de bouleversement religieux, d’une révolution.
Si l’on associe immanquablement Aménophis IV à la révolution atonienne, il paraît bien difficile cependant de penser qu’elle ne s’est jouer que sous son règne. Né dans les temples d’Héliopolis, le culte d’Aton semble avoir fait l’objet d’une certaine bienveillance sous le règne d’Aménophis III qui, déjà, avait baptiser son navire « Splendeur d’Aton ». Un culte qui, surtout, avait l’avantage non négligeable d’atténuer le pouvoir immense des prêtres d’Amon –dont on sait qu’ils « règneront » même sur une partie de l’Egypte. Sans doute est-ce donc dans cette volonté de contrebalancer le pouvoir des prêtres de Thèbes qu’il faut comprendre l’intérêt premier que les pharaons verront dans le culte d’Aton. Favorisé par le père, donc, et par son épouse, la nubienne Tiy, le culte atonien connaît la consécration à l’avènement d’Aménophis IV. De fait, le nouveau pharaon va alors tenter d’imposer, par la force, ce culte au détriment de tous les autres, seul le culte de Rê trouvant grâce à ces yeux. Personnalité mystique, comme le prouve l’Hymne d’Aton attribué au pharaon, Aménophis IV va déposséder les prêtres d’Amon de leurs biens –qui étaient immenses-, de leurs prérogatives –qui l’étaient autant ; il va faire marteler le nom du dieu des stèles et des temples et persécuter ses serviteurs. Enfin, en l’an IV de son règne, soit en 1363 avant J.-C., il changera son nom en celui d’Akhenaton, ce qui signifie « Serviteur d’Aton », quitter Thèbes pour établir sa capitale à Akhetaton –actuel site de Tell el-Amarna-, une région vierge de toute divinité.
Le changement était radical. Car si le culte était toujours tourné vers une divinité céleste, il était désormais accroché à la célébration de la vie quant les cultes osiriens ou amonites se préoccupaient avant tout de la mort, de l’au-delà. Surtout, c’était un culte sans intermédiaire, si ce n’est le pharaon lui-même, devenu un véritable roi-prêtre. Un pharaon qui, se faisant, se réappropriait le pouvoir religieux, comme au temps des premiers souverains. Rien de plus qu’un retour aux sources en fait. Mais c’était sans compter avec les prêtres d’Amon…

Hiéroglyphe reconstitué d'Akhenaton.
Hiéroglyphe reconstitué d’Akhenaton.

Entièrement préoccupé de son dieu et du culte qu’il lui rendait dans la cité qu’il lui avait dédiée, Akhenaton va rapidement délaisser les affaires de l’empire. Des révoltes, favorisées par les prêtres d’Amon, éclatèrent un peu partout dans le royaume ; les pays voisins en profitèrent pour s’émanciper, voir pour s’emparer de provinces vassales de l’Egypte. Néfertiti elle-même, qui avait pourtant jouer un rôle de premier plan dans l’édification du nouveau culte, fut écartée du pouvoir, sans doute parce qu’elle avait entamer une réconciliation avec les prêtres thébains. De son remplaçant comme co-régent, Sémenkharê, on ne sait pas grand-chose, pas même son origine. Certains ont voulu y voir Néfertiti elle-même, associée comme « pharaon ». Mais l’hypothèse ne tient guère, d’autant que Néfertiti semble avoir conserver, malgré sa disgrâce, un palais à Tell el-Amarna, d’où elle poursuivra les tractations, où elle accueillera Toutankhamon. C’est d’ailleurs lui qui, à la mort d’Akhenaton, lui succèdera, rétablissant le culte d’Amon, reprenant le chemin de Thèbes. Dès lors, la cité du dieu Aton sera rendue aux sables, toute trace du passage d’Akhenaton sera effacée des fresques et des tombeaux. Seule la découverte de tablettes de correspondance et le manque de rigueur des hommes délégués au saccage de la cité d’Akhetaton permettront, des siècles plus tard, de faire état de ce règne où certains ont voulu voir l’émergence d’un monothéisme égyptien.

Ptolémée Ier, le « sauveur » de l’Egypte

Buste de Ptolémée Ier Sôter (v.367-283 av.J.-C.).
Buste de Ptolémée Ier Sôter (v.367-283 av.J.-C.).

Alexandre le Grand sera passée dans l’histoire à la vitesse d’un météore. En douze ans de règne à peine, il aura conquis l’Asie Mineure, la Phénicie, l’Egypte, Babylone, l’Iran et aura conduit ses armées jusqu’aux rives de l’Indus. Au fur et à mesure de ses conquêtes, il tentera d’assurer son pouvoir par un subtil mélange de nouveaux gouverneurs –grecque d’origine- et de conservation des traditions. Et c’est exactement ce que fera le plus célèbre de ses généraux, Ptolémée qui hérite de la satrapie –le gouvernement- de l’Egypte.
Fils bâtard de Philippe II de Macédoine selon certains auteurs antiques, Ptolémée n’aura pas le même désir de conquête qu’Alexandre, ni sa fascination de l’Asie. Pour lui, l’Egypte est un trésor, un royaume qu’il mettra toute son énergie à redresser, au point de faire de sa capitale, Alexandrie, le fleuron de la Méditerranée et de la civilisation grecque. Pourtant, si la « patte » grecque est incontestable, Ptolémée Ier, qui ne prend le titre de roi qu’en 306 avant J.-C., va engager un véritable travail d’intégration en Egypte. Prenant exemple sur Alexandre qui s’était désigné comme un fils d’Amon, il va se faire reconnaître, et ses descendants avec lui, comme l’authentique successeur des pharaons.
Et s’il instaure un véritable culte en l’honneur d’Alexandre –dont le tombeau sera édifié à Alexandrie-, s’il est à son tour divinisé, jamais il ne s’opposera au clergé égyptien dont l’influence s’avérait essentielle. Bien au contraire, la « colonie » grecque, qui se limitera d’ailleurs à quelques villes, honorera bien volontiers les dieux égyptiens, notamment à travers le culte d’Isis, au point de trouver un écho dans tout le monde méditerranéen.
Sous l’autorité des Lagides –du nom de Lagos, le père officiel et peut-être véritable de Ptolémée-, l’Egypte ne perd aucun de ses caractères propres, Ptolémée et ses successeurs se contentant de réglementer et surtout de contrôler, notamment à travers un système de taxes. Une armée de 250 000 hommes, une flotte de guerre –la plus importante en Méditerranée à l’époque- de deux cents navires sous Ptolémée Ier seront l’arme nécessaire pour contrôler le commerce et se défendre contre les ambitions d’un Antigone par exemple, un autre général d’Alexandre qui voulait le contrôle total de l’empire du Macédonien.
Cette armée, ces conflits externes, mais aussi la construction de Ptolémaïs et d’Alexandrie expliquent l’importance du contrôle des taxes et le véritable souci permanent pour Ptolémée de remplir les caisses. Ces deux cités, véritables fleurons de la culture grecque en Egypte puis dans tout le monde hellénistique, seront les seules villes qu’édifiera Ptolémée, laissant aux anciennes cités religieuses, comme Thèbes, leur aura et leur intérêt. Elles suffiront cependant à asseoir la gloire de Ptolémée, dit Sôter, soit le Sauveur, à travers les siècles.
Alexandrie : la cité des Lagides

La Bibliothèque d'Alexandrie, d'après une gravure du XIXe siècle.
La Bibliothèque d’Alexandrie, d’après une gravure du XIXe siècle.

C’est à la suite d’un rêve, rapporte Plutarque, qu’Alexandre le Grand décida la construction d’Alexandrie. Le plan en avait été établi dès 331 avant J.-C. et nécessitera des travaux titanesques, notamment pour la construction du phare. Ptolémée ne fera qu’accomplir la volonté d’Alexandre, mais avec un talent rare, car c’est bien au Lagides qu’Alexandrie doit son rayonnement.
Dès l’arrivée, nous disent les auteurs antiques, on était impressionné par la phare, qui comptera au rang des Sept Merveilles du monde. Les temples fleurissent : nombreux sont ceux consacrés à Isis, d’autres sont dévolus au culte de la dynastie en place ou à Alexandre, qui repose dans la Sema. Des Grecs, venus de tous horizons, ont trouvé dans cette cité une seconde patrie ; des Syriens, des Juifs ont établis également leur communauté, faisant d’Alexandrie une cité cosmopolite où commerce et culture sont rois.
Plaque tournante du commerce entre l’Afrique et la Méditerranée, la cité devient un acteur incontournable de l’économie de l’époque. La ville elle-même a su développer un artisanat propre, presque exclusivement tourné vers le luxe, ce qui est d’abord dû à la richesse de ceux qui y vivent. Le travail de l’or et de l’argent, la confection de bijoux ou de camés sont parmi les points forts du commerce alexandrin. Mais la gloire d’Alexandrie, c’est bien évidemment le fameux Musée.
La tradition veut que ce soit Démétrios de Phalère, un philosophe de l’école aristotélicienne, qui ait conseillé à Ptolémée l’édification de ce monument dédié à la culture et au savoir. Placé au cœur du quartier royal, le Musée regroupe une université, une bibliothèque et un centre de recherche. Les plus grands savants, les artistes de tout le monde méditerranéen y travaillent, notamment grâce au mécénat mis en place ar Ptolémée Philadelphe, le fils et successeur de Ptolémée Ier. C’est également Ptolémée II qui désira réunir, dans la Bibliothèque, la copie de toutes les œuvres grecques ou traduites en grec : un travail gigantesque qui sera l’occasion d’entreprendre une véritable recherche critique –les premières questions sur la sagas d’Homère s’y poseront- et d’alimenter, par de nouveaux écrits, cette étonnante compilation de savoir. C’est notamment à Alexandrie que sera rédigée la première traduction en grec de la Bible, dite Bible des Septante.
Le phénomène, durant des années, ira en s’amplifiant, Alexandrie agissant comme un aimant sur tous les hommes de savoirs et d’art. Et, de fait, la cité va acquérir un rayonnement jusqu’alors inégalé durant le IIIe et le IIe siècle avant notre ère.
Symbole de la réussite éclatante des Lagides, l’aura d’Alexandrie perdurera bien après le déclin et la fin de la dynastie qui, dès Ptolémée IV, connaît un lent mais inexorable déclin… jusqu’à sa fin. Le destin exceptionnel de Ptolémée Ier, le Sauveur, et de sa dynastie s’achèvera, dans l’indifférence quasi générale à l’époque, dans le suicide de sa dernière descendante, la fameuse Cléopâtre.

Civa, le dieu des dieux

Buste de Civa.
Buste de Civa.

Pour les adeptes de du civaïsme, qui représentent un mouvement sectaire de l’hindouisme, Civa est le dieu suprême ; il est en fait l’héritier de Yogin, retrouvé à Mohenjo-Daro, un des principaux centres de la civilisation de l’Indus, ce qui fait de lui le plus ancien des dieux indiens.
Comme Civa lui-même représente l’alpha et l’omega de la vie, qu’il est l’ensemble de l’univers, son culte possède des aspects extrêmement contradictoires, depuis les pratiques d’ascèse les plus primitives et même brutales, jusqu’à un idéalisme absolu. Les sectes civaïtes prônant l’ascèse ont généralement fait du yoga la forme la plus visible de leur règle de vie. Certains, intransigeants, refusent tout rapport avec les représentants d’autres divinités et vénèrent en Civa le dieu de la fécondité.
Dès le Ier siècle de notre ère, le civaïsme rayonnait dans toute l’Inde méridionale et c’est contre le bouddhisme qu’il eut à combattre en une lutte violente. Malgré tout, le civaïsme parvint à se maintenir, jusqu’à connaître un âge d’or au Xe-XIe siècles lorsque les monarques indiens l’adoptèrent. Le culte de Vishnou devait engendrer, au XIIIe siècle, un net recul du civaïsme jusqu’à sa disparition quasi complète, excepté dans le sud de l’Inde, avec Bénarès pour capitale.

Le Déluge : une catastrophe universelle

L'Arche de Noé et de ses fils (d'après une gravure médiévale).
L’Arche de Noé et de ses fils (d’après une gravure médiévale).

Quarante jours et quarante nuits durant, le ciel se déversa sur la terre ; le monde fut inondé, toute vie détruite à l’exception d’un couple de chaque spécimen animal et d’une famille humaine : celle de Noé et de ses fils. Eux seuls avaient su trouvé grâce aux yeux de Yahvé, eux seuls avaient été épargnés par la colère divine. Tel est, en substance, le récit du 6e chapitre de la Genèse, celui du Déluge biblique. Un récit qui trouve un étonnant écho dans nombre de mythologies à travers le monde.
Loin d’être une spécificité biblique, le Déluge apparaît dans des récit sumérien, mésopotamien, grec mais également dans la mythologie hindou, scandinave et même maya. Chronologiquement, le récit le plus ancien est le texte sumérien qui fait sans doute écho, lui-même, à une tradition plus ancienne encore. Ici, le Déluge ne dure que 7 jours et 7 nuits et Noé, le « conservateur de la semence de l’humanité » a pour nom Ziusudra. C’est sans doute ce texte qui a inspiré l’Epopée de Gilgamesh (2500 av. J.-C.), un récit de la mythologie mésopotamienne, trouvé dans la bibliothèque d’Assurbanipal. La Grèce, à son tour, s’en fera l’écho dans le mythe de Deucalion, retranscris par Pindare, Ovide et Aristote.
Certains ont même voulu voir dans l’épisode de l’Atlantide, évoqué par Platon, une vision modifiée de la catastrophe. De fait, tous ces mythes pourraient être d’une même origine, Sumer et la Mésopotamie en étant alors le berceau. Abraham n’est-il pas Mésopotamien ? Sans compter que la captivité de Babylone a certainement permis un échange de mythes, voire une appropriation. Quant aux Grecs, leur mythologie foisonne littéralement de divinités orientales. Alors pourquoi ne se seraient-ils pas appropriés un mythe ? Et si les mythes hindou et scandinave évoquent la survie du Déluge du premier homme -Manu sauvé par un avatar de Vishnou-  ou du premier couple d’hommes, ils confirment simplement l’unicité originelle des mythologies indo-européennes, si ardemment défendue par Georges Dumézil. Reste tout de même la question du mythe maya. Et c’est peu dire que là on est loin de toute interpénétration possible.

Dieu faisant s'abattre le Déluge, d'après une peinture de Raphaël.
Dieu faisant s’abattre le Déluge, d’après une peinture de Raphaël.

Le père Charlevoix, qui explora l’Amérique du sud au XVIIIe siècle, rapporte un récit présent dans la mythologie des Guaranis, un peuple du Paraguay :
La génération des Guaranis, écrit-il, ne disparu pas dans les eux du déluge universel. Pourquoi ? Parce que Tammanduaré, vieux prophète de la nation guarani, se protégea des inondations, accompagné de quelques familles, au sommet d’un palmier d’une grande hauteur, lequel était chargé de fruits et leur fournit des aliments. »
Certaines pages du Codex Dresdensis, d’origine aztèque, représentent quant à elles la destruction du monde par les eaux, de même que le Popol Vuh, le plus ancien document maya, en fait le récit.
L’universalité du mythe n’est, dès lors, plus à démontrer. Reste à savoir si ce mythe en était bien un ou s’il ne faisait que rapporter un événement historique. Or, qu’est-ce qui, justement, pourrait le mieux expliquer cette universalité si ce n’est sa réalité même ?

La légende de Sémiramis

Née de l’amour d’un jeune Mésopotamien avec la déesse-poisson Derceta, nourrie durant toute sa petite enfance par les oiseaux du désert, Sémiramis, à la beauté déjà incomparable, fut recueillie par un haut fonctionnaire, Simma, le « prévôt royal des pasteurs de province ».
Devenue une magnifique jeune fille, elle charma Menon, le gouverneur de Syrie qui l’épousa et la ramena chez lui, à Ninive. Commença alors pour Sémiramis la vie douce et quelque peu insipide d’épouse de haut-fonctionnaire… jusqu’à ce qu’elle découvre la guerre !
Quand Ninus, roi d’Assyrie, déclara la guerre aux Bactriens, Menon son vassal n’eut d’autre choix que de le suivre, délaissant, pour la première fois, sa belle épouse. Mais, alors qu’il tentait de s’emparer de la ville de Bactre, Menon, qui désirait sans doute la garder à l’œil, fit venir sa femme auprès de lui. Intrépide, véritable amazone, Sémiramis ne se contenta pas de braver les dangers du voyage, elle alla bien plus loin et s’empara, par ruse, de la ville assiégée…
Ninus ne pouvait que désirer connaître celle qui lui livrait la ville… pour le plus grand malheur de Menon. Dès qu’il la vit, Ninus en tomba fou amoureux et se débarrassa, fort peu civilement, du mari encombrant…
Cette mauvaise action porta, sans doute, malheur à Ninus car lui aussi ne tarda pas à mourir, laissant Sémiramis veuve et régente pour leur fils Ninus II. Mais la belle Sémiramis, déjà deux fois veuve, et ravie de l’être, va s’occuper de son royaume, de ses armées, qu’elle dirigeait volontiers, et aussi des beaux soldats qui finissaient invariablement leur nuit d’amour avec la souveraine… la gorge tranchée !
Alors qu’elle est au sommet de sa gloire, Sémiramis entreprend la construction de ce qui sera son joyau : Babylone ! Tour à tour architecte et urbaniste, elle édifie une muraille extraordinaire, des ponts, des aqueducs même ! Après seulement trois cent soixante-cinq jours de labeur -sans doute particulièrement intensifs- du haut de son extraordinaire muraille, qui faisait cent vingt-deux mètres de hauteur, quatre-vingt-quatre mètres d’épaisseur et qui était renforcée de deux cent cinquante tours, Sémiramis put contempler sa ville, son œuvre, séparée en deux par l’Euphrate : Babylone.
Sémiramis voyait grand ! Aussi, une fois les temples dotés de coupes pesant trois mille cent cinquante kilos d’or, les palais construits, les canaux et les ponts installés, la souveraine, qui avait, sans doute, la nostalgie de ses jeunes années, tenta de s’emparer de l’Inde… Pour la première fois cependant, le destin ne souriait pas à la reine, qui dut rebrousser chemin. Voyant là un signe sans équivoque des dieux, elle confia le trône à son fils, s’enferma dans sa chambre et, alors qu’une envolée de pigeons passait par là, Sémiramis, dit la légende, les rejoignit, elle-même transformée en oiseau…

Les Ramessides et la restauration de l’ordre royal

Statue représentant Ramsès II.
Statue représentant Ramsès II.

Comme Toutankhamon, Horembeb, son successeur, était mort sans héritier. Une situation qui risquait de plonger l’Egypte dans l’anarchie et qu’il tenta d’éviter en associant au trône la figure montante de ses dernières années de règne : Ramessou. Devenu pharaon sous le nom de Ramsès Ier, le premier pharaon de la dynastie des Ramessides n’était jamais qu’un ancien officier, issu d’une longue lignée de militaires originaires du Delta oriental, qui avait exercer les fonctions de vizir avant d’accéder à la fonction suprême. Son nom, Ramessou, devenu Ramsès, signifiait « Rê l’a mis au monde », une façon directe et sans équivoque de mettre un terme définitif à la parenthèse atonienne en se plaçant sous le patronage direct de Rê et d’Atoum, une divinité qui rappelait que désormais le sort de l’Egypte ne se jouait plus à Thèbes mais à Memphis. Le règne du premier des ramessides ne durera guère que deux ans mais il sera déterminant notamment parce que Ramsès Ier, dans un souci d’éviter tout problèmes de succession, associe, sans doute dès la première année de son règne, son fils Sethi Ier au trône. Tous les Ramessides feront de même et tous se placeront en successeurs légitimes des premiers pharaons, Ramsès II, fils de Séthi Ier, se faisant notamment représenter en adoration devant les cartouches de tous les pharaons depuis Ménès jusqu’à Séthi Ier. Seuls les souverains d’Amarna et la reine Hatchepsout auront été gommés de cette lignée.
La dynastie des Ramessides règnera pas moins de trois siècles, de 1320 avant J.-C. à 1085 avant J.-C.. Mais dans cette longue lignée de souverains, dont neuf porteront le nom de Ramsès, d’où le nom de Ramessides, seuls les premiers sont digne d’un quelconque intérêt. Ramsès Ier et Séthi Ier avaient effectué l’accession au trône ; Ramsès II, dont le règne est l’un des plus longs de l’histoire égyptienne –il s’étend de 1304 à 1237 avant J.-C.- l’assurera. La longévité même de ce personnage sera son meilleur soutien dans cette démarche. Quant au nombre, étonnant, de sa progéniture, elle devait, sans doute, l’achever. Malgré tout, sur la centaine d’enfants que lui donneront ses sept épouses et ses multiples concubines, aucun ne parviendra réellement à assurer la succession.
Souverain prolifique, Ramsès II le sera également en terme de constructions, notamment à Abydos, Karnak, Tanis dont il fera une capitale ; il fera également bâtir des temples rupestres dont le plus célèbres est sans nul doute celui d’Abou Simbel et couvrira l’Egypte de cités portant son nom, la plus connue étant Pi-Ramsès. Ce semblant de « retour aux origines », Pi-Ramsès étant établi dans le Delta oriental, est à considérer avant tout comme une volonté de contrôler de plus près les provinces de Canaan et de Syrie sur lesquels les Hittites, qu’il combattra et vaincra à Kadesh, faisaient peser de lourdes menaces. La tradition veut d’ailleurs que ce soit pour la construction de cette cité que les Hébreux furent utilisés comme esclaves ce qui ferait, et la chronologie ne le dément pas formellement, de Ramsès II le pharaon de l’Exode.
Malgré ses victoires sur les Hittites, malgré aussi la multitude de constructions, signe, généralement, d’un règne puissant, la fin du règne de Ramsès II verra une Egypte dans un état de faiblesse proche de la décadence. Une faiblesse que les difficultés du succession qu’engendreront sa mort ne font que confirmer.

Procession figurant le triomphe de Ramsès III (fresque du temple de Medinet Abou).
Procession figurant le triomphe de Ramsès III (fresque du temple de Medinet Abou).

C’est son treizième fils, Marneptah qui, en 1237 avant J.-C., devait lui succéder. Mais la succession même du fils de Ramsès va engendrer une véritable guerre entre cousins et oncles dont Séthi II, un fils de Marneptah finira par sortir vainqueur d’une usurpation, celle d’Amenmès. Une usurpation, une régence et, tout doucement, le pouvoir échoiera à Ramsès III. Y a-t-il eu changement de lignée ou changement de dynastie, l’affaire et confuse. Si l’on en croit Ramsès III, qui n’aura de cesse de se placer dans la lignée de Ramsès II, il était effectivement issu de la dynastie Ramesside, mais rien n’est certain. Ce qui l’est, par contre, c’est que Ramsès III est le dernier grand roi de cette dynastie, le dernier grand pharaon du Nouvel empire.
Monté sur le trône en 1198 avant J.-C., il héritera d’un pays épuisé par l’anarchie et surtout menacé par ses voisins. Surtout, il aura à combattre, comme Séthi II avant lui, les Peuples de la mer, qu’il défera en quatre campagnes relatées sur les murs de son temple funéraire, à Médinet Abou. A sa mort (1166 avant J.-C.), survenue dans des circonstances troubles et dans une atmosphère de complot de harem, les Ramessides avaient déjà perdu leur aura, leur puissance.