Hatchepsout, « pharaon » d’Egypte

Hatchepsout, d'après une statue antique.
Hatchepsout, d’après une statue antique.

Hatchepsout. Ce nom ne vous est pas inconnu ? Rien de plus normal, il circule sur toutes les ondes. En effet, sa momie vient d’être retrouvée et identifiée dans les sous-sols même du musée du Caire. Une momie de plus ? Peut-être, mais il s’agit de la momie d’une reine devenue pharaon. D’une souveraine du XVe siècle avant J.-C. qui su gouverner avec le désir de faire prospérer son pays, de favoriser le commerce, notamment vers le riche pays du Pount –situé sur les rives arabe et africaine de la Mer rouge. Une souveraine qui désira marquer les mémoires par une politique artistique et architecturale d’envergure, comme le rappel le temple de Deir el-Bahari. Une souveraine enfin dont el nom sera systématiquement effacé des listes royales, rayé de tous les monuments par son successeur, Thoutmôsis III. D’où provenait cet acharnement, cette haine qui poursuivra la reine-pharaon jusqu’après sa mort ? De sa prise de pouvoir, de son usurpation diront certains. Mais d’usurpation, il n’y en eut jamais, Hatchepsout étant la reine légitime.
Fille de Thoutmôsis Ier, Hatchepsout va, à la mort de ce dernier, régner conjointement avec son demi-frère devenu son époux. Comme le voulait la règle de légitimité dynastique, le pharaon n’ayant pas eu de fils avec sa première épouse –qui était sa sœur-, c’est un fils né de son union avec une seconde épouse qui devait prendre le titre de pharaon… à condition d’épouser une des filles du pharaon précédent et de sa première épouse. Une union nécessaire afin de conserver le sang divin d’Amon-Ré sur le trône d’Egypte. Un sang qui devait être le plus pur possible. De fait, donc, et comme le voulait la coutume, à la mort prématurée de Thoutmôsis II, c’est son épouse, Hatchepsout, fille légitime du pharaon Thoutmôsis Ier, qui devait assurer le gouvernement du pays, conjointement avec ses enfants. Mais le mariage de Thoutmôsis II et d’Hatchepsout n’avait engendré que des filles. C’est donc un fils né d’une seconde épouse qui devait régner avec elle. Le sang divin des dieux finissait par ne pas être si pur que cela. Et il est évident que la reine avait une conscience très claire de son statu de demi-déesse. Un statu que le fils de son demi-frère n’atteindrait jamais. Malgré tout, il fallait respecter les « convenances ».
Thoutmôsis III épousa-t-il Hatchepsout comme le suggère une inscription la désignant comme « sa sœur et sa divine épouse » ? L’histoire d’Hatchepsout suggère plutôt que Thoutmôsis III épousa une des filles d’Hatchepsout et de Thoutmôsis II. Car si la reine avait épouser son neveu, pourquoi aurait-elle éprouvé le besoin de se faire représenter en Osiris, portant barbe et vêtements masculins ? Pourquoi aurait-elle fait reproduire sa « naissance divine », comme fils d’Amon-Ré, sur les parois de son temple funéraire ? Pourquoi, enfin, aurait-elle totalement relégué Thoutmôsis III à un rôle de représentation, à un rôle d’ombre ?
Hatchepsout, devenu le « fils » de Ré, règnera quinze ans sur l’Egypte pharaonique en lieu et place de son neveu. A sa mort, vers 1470 avant J.-C., Thoutmôsis III s’emparera du pouvoir et s’acharnera à effacer de la mémoire collective celle qui compte parmi les plus grands « pharaons » d’Egypte.

Les jardins suspendus de Babylone

Les jardins suspendus de Babylone (d'après une reproduction antique).
Les jardins suspendus de Babylone (d’après une reproduction antique).

Si l’on ne sait avec précision qui fut le fondateur de Babylone et bien que l’on cite toujours, sans y croire, la légende de la belle déesse guerrière Sémiramis, la résurrection de la cité chaldéenne, elle, ne fait aucun doute : elle est le fait du grand souverain Nabuchodonosor II.
Pillée à plusieurs reprises lors de la domination assyrienne (Xe-VIIIe siècles avant J.-C.), Babylone subira un châtiment extrêmement sévère après une ultime révolte contre les Assyriens. Il faudra attendre la ruine de l’empire assyrien (VIIe siècle avant J.-C.) et l’avènement de Nabuchodonosor II pour qu’enfin la cité mésopotamienne retrouve son éclat passé. Devenue « l’ornement des royaumes, la fière parure des Chaldéens », selon le prophète Isaïe, Babylone apparut dès lors comme le symbole de la puissance de Nabuchodonosor II, qui en fit une des cités les plus somptueuses du temps, au point qu’Alexandre le Grand n’aura de cesse de la conquérir et d’en faire la capitale du nouvel Orient. Les jardins suspendus, notamment, feront rêver des générations d’auteurs antiques et d’archéologues. Voici la description que Diodore de Sicile donne de cette merveille du monde :
Les terrasses sur lesquelles on montait étaient soutenues par des colonnes qui, s’élevant graduellement de distance en distance, supportaient tout le poids des plantations ; la colonne la plus élevée, de cinquante coudées de haut (environ vingt-cinq mètres) supportait le sommet du jardin et était de niveau avec les balustrades de l’enceinte. Les murs, solidement construits à grands frais, avaient vingt-deux pieds d’épaisseur et chaque issue dix pieds de largeur. Les plateformes des terrasses étaient composées de blocs de pierre dont la longueur était de seize pieds sur quatre de largeur. Ces blocs étaient recouverts d’une couche de roseaux mêlée de beaucoup d’asphalte ; sur cette couche reposait une double rangée de briques cuites, cimentées avec du plâtre. Celles-ci étaient, à leur tour, recouvertes de lames de plomb, afin d’empêcher l’eau de filtrer à travers les atterrissements artificiels et de pénétrer dans les fondations. Sur cette couverture se trouvait répandue une masse de terre suffisante pour nourrir les racines des plus grands arbres. Ce sol factice était rempli d’arbres de toutes espèces, capables de charmer la vue par leur dimension et leur beauté. Les colonnes s’élevant graduellement laissaient, par leurs interstices, pénétrer la lumière et donnaient accès aux appartements royaux, nombreux et diversement ornés.

Titus le Bon

Buste de l'empereur Titus (39-81).
Buste de l’empereur Titus (39-81).

Néron, Caligula, Galba : les fous et les monstres se succédaient à la tête de l’Empire quand l’accession au trône de Titus apporte un immense soulagement au peuple romain.
Fils de l’empereur Vespasien, vainqueur en Bretagne, en Germanie et, surtout, en Judée, où il avait rencontré la célèbre reine Bérénice, Titus était déjà associé au pouvoir quand, en 79, il devient empereur. Adoré par ses armées, il sera bientôt acclamé par tout son peuple.
Soucieux d’équité et de justice, il n’hésite pas à puiser dans le trésor impérial pour aider les survivants de Pompéi ou les Romains touchés par l’incendie de 80, allant même jusqu’à assister personnellement les malades lors des épidémies.
Exposé à la contagion, il meurt, le 12 septembre 81, après deux ans d’un règne qui fut, sans doute, un des plus heureux de l’Empire romain.

Byzance : Rome après Rome

Constance II, empereur (337-361), d'après une fresque ancienne.
Constance II, empereur (337-361), d’après une fresque ancienne.

C’est en 286 que l’empereur Dioclétien devait instaurer la dyarchie. Pour assurer la défense des frontières contre les Barbares et, donc, la survie de l’empire romain, il avait décidé de s’associer un empereur : Maximien se vit confier la défense de l’Occident quant lui, Dioclétien, conservait la gouvernance de l’Orient. Une unité éphémère suivie la prise de pouvoir de Constantin mais, au final, l’empire demeura divisé. Et c’est à l’Est que devait se concentrer la plupart des activités du monde romain, tant dans le domaine politique que dans le domaine religieux.

On considère généralement que la division définitive de l’empire est à dater à la mort de Théodose Ier (395). De fait, les fils de Théodose se partageront l’empire, Honorius régnant sur l’Occident et Arcadius sur l’Orient. Une situation qui n’était qu’un retour à celle d’avant Constantin ; une situation qui, si elle était réelle sur le plan politique, était nettement moins évidente dans la conscience des peuples. En Orient, si la langue de culture était le grec, le latin demeurait la langue officielle ; le code Théodosien, publié en 438, était appliqué en Orient sous l’autorité de Théodose II et en Occident sous celle de Valentinien III. Le fait essentiel qui sépara les deux empires fut les invasions barbares : en Orient, où se trouvait toutes les forces vives de l’empire, fut épargné, tandis que l’Occident fut submergé. Théodose II fit d’ailleurs tout pour les éloigner, en renforçant notamment les fortifications de Constantinople ; l’empereur ira même jusqu’au paiement d’un tribu pour détourner de l’Orient les troupes d’Attila qui menaçaient la Thrace et la Macédoine.

Plus tard, après le renversement de Romulus Augustule, qui ne "régna" en fait qu’un an, l’unité de l’empire naquit à nouveau, Odoacre se plaçant sous l’autorité de l’empereur. Son successeur fera de même, mais tout cela n’était que posture. De fait, l’unité était une illusion que Théodoric le Grand balaya en tentant une union des peuples Goths, la création d’un empire ostrogoth et wisigoth, d’un empire germanique qui, certainement, n’aurait guère de chose à voir avec l’empire d’Orient, alors dirigé par Zénon. Et ce dernier n’avait guère les moyens de ses prétentions, incapable qu’il était de protéger l’Italie ou même la papauté. Nourri de culture classique, exalté par les souvenirs du passé, Justinien Ier (527-565) sera le dernier à tenter -et à réussir- un semblant d’unité. Le génie de ses généraux devait l’y aider : Bélisaire et Narsès devaient en effet mettre à profit la faiblesse interne des états barbares pour détruire le royaume vandale (534), puis le royaume ostrogoth (552) ce qui eut pour conséquence de ramener dans le giron impérial l’Afrique du Nord et une partie de l’Italie. Des succès qui ne furent pas sans lendemain puisque les Byzantins se maintiendront en Italie du Sud jusqu’au XIe siècle. Malgré tout, l’Espagne, la Gaule, la partie septentrionale de l’Italie restaient aux mains des Germains. Dans le demi-siècle qui suivi la mort de Justinien, lequel était demeuré dans le lignée des grands empereurs romains en édictant son Code, la rupture fut définitive et sans appelle. Non seulement les Byzantins durent abandonner la plus grande partie de l’Italie aux Lombards mais l’Orient lui-même se trouva menacé par les Avares, descendus du Danube, par les Perses et par les tribus slaves qui s’établissaient à ses frontières. Byzance, seconde Rome, revivait le calvaire de Rome. Un calvaire qui durera un siècle.

Les fils du Soleil

Buste de Thoutmès III (1479-1425 avant J.-C.).
Buste de Thoutmès III (1479-1425 avant J.-C.).

Dans l’Egypte ancienne, n’est pas pharaon qui veut : fils de Rê, le dieu solaire, le pharaon est plus qu’un souverain, c’est un dieu parmi les hommes. Son sang divin est infiniment précieux et se doit de garder, au fils des générations, une pureté presque totale. C’est la raison qui va pousser les pharaons à épouser leur sœur, à la rigueur leur demi-sœur. Une union qui n’a rien d’une façade et qui était bien réelle. Quels ravages cette consanguinité presque continue a-t-elle bien pu produire ? Nul ne le sait. Sans doute, d’ailleurs les enfants débiles –au sens de faibles- n’avaient-ils guère de chance de survie.
La logique de cette légitimation par le sang acceptera bien quelques écarts, bien vite circonscris. En effet, si par malheur le pharaon et la reine n’avaient pas de fils, c’est par leur fille que se perpétrait la légitimation. Hors de question, évidemment, pour cette dernière d’épouser le premier quidam venu : c’est avec un de ses demi-frères, né de l’union du pharaon et d’une de ses autres épouses ou concubines, qu’elle devait s’unir, leur enfant étant alors doté de trois-quart de sang divin. Certes, le prince devenait chef des armées et gouvernait bel et bien l’Egypte, une femme ne pouvant s’en acquitter, mais il n’était jamais qu’une sorte de prince consort, la réalité de la souveraineté étant entièrement entre les mains de son épouse. D’ailleurs, si la reine mourrait avant son époux, ce dernier se voyait dans l’obligation de partager le pouvoir avec ses enfants, ou du moins son fils.
Les révoltes de palais, les bouleversements dynastiques ne changeront rien à l’affaire, les nouveaux pharaons se dépêchant de créer un lien, généralement en épousant une fille du pharaon précédent et de son épouse première, avec la dynastie précédente. Ainsi le sang divin d’Osiris trouvait-il à nouveau sa place à la tête de l’Egypte. Les Ptolémées, venus de Grèce, ne feront pas autre chose et c’est en tant que fils d’Amon-Rê que le premier d’entre eux, Ptolémée Ier Sôter, deviendra pharaon d’Egypte, perpétuant, dans les mariages consanguins la souveraineté divine égyptienne.

Persépolis, la splendeur des Achéménides

Bas-relief de la cité de Persépolis représentant les gardes de la cité et du souverain.
Bas-relief de la cité de Persépolis représentant les gardes de la cité et du souverain.

L’apogée de la dynastie achéménide commence en 555 avant J.-C. lorsque Cyrus, chef d’un clan perse, réunit sous son sceptre les deux tribus principales, celle des Perses et celle des Mèdes, avec qui il conquiert, en moins de vingt ans, tout l’Orient ancien. Lorsqu’il meurt, en 530 avant J.-C., seule l’Égypte avait résisté : elle sera conquise par son fils, Cambyse, qui règne jusqu’en 522. À sa mort, un de ses parents, d’une branche collatérale, reprend le flambeau conquérant des Achéménides : Darius Ier, père d’une dynastie qui régnera sur l’Orient durant près de deux siècles, est également le premier à prendre le titre de Grand roi ou de Roi des rois, titres qui révèlent assez la toute-puissance des souverains achéménides. Pourtant, cette puissance, confirmée lors des guerres médiques que menèrent les deux premiers souverains, sera ébranlée dès 465 avant J.-C. par des luttes internes, ce dont profitera très largement Alexandre le Grand lorsqu’il entreprendra la soumission du dernier Grand roi, Darius III.

La cité de Persépolis, ancienne résidence « de repos » des souverains achéménides doit, à l’image de la dynastie, sa puissance et sa beauté aux deux premiers Roi des rois, Darius Ier et son fils Xerxès. On peut notamment y voir la porte de Xerxès, ornée des statues colossales de taureaux ailés à tête humaine ; la salle d’audience du palais de Darius, qui pouvait contenir jusqu’à 10 000 personnes ; les célèbres colonnes Apadana et l’escalier dont les bas-reliefs représentent une double procession dans laquelle chaque personnage est sculpté avec un luxe de détails.

Delenda est Carthago

Médaille de la Carthage antique.
Médaille de la Carthage antique.

Delenda est Carthago ! (Il faut détruire Carthage !) réclame le moraliste Marcus Caton depuis son retour d’un voyage en Afrique, en 153 avant J.-C.. Et à peine un demi siècle après Zama et la reddition d’Hannibal, la puissance carthaginoise -puissance avant tout économique- effraie toujours les Romains qui, prenant prétexte de la déclaration de guerre de la cité africaine à un allié de Rome, le Numide Massinissa, qui empiétait régulièrement sur le territoire carthaginois, déclenche la troisième guerre punique.
À peine les légions romaines ont-elles débarqué que les Carthaginois livrent leurs armes et trois cents otages. Mais quand ils apprennent le véritable but de cette expédition, c’est-à-dire la destruction totale de la ville, ils se dressent fièrement face à l’oppresseur romain et décident de lui tenir tête. Ils refusent la destruction de leur flotte, fleuron du commerce méditerranéen, l’évacuation de leur cité et sa reconstruction à dix milles à l’intérieur des terres. Pour la capitale d’un peuple essentiellement composé de marins, cela signifiait la mort à petit feu… Les Carthaginois s’enferment donc dans leur ville, prêts à mourir les armes à la main !
Dans cette défense désespérée, les Carthaginois, dirigés par Hasdrubal, semblent indomptables. Dès le début, les armées romaines s’étaient établies sous les remparts de la ville et avaient entamé un siège qu’elles espéraient rapide. Grâce à l’obstination des Carthaginois, il durera trois ans…
Il faut attendre 146 avant J.-C. et l’arrivée de Scipion Émilien, digne héritier du vainqueur d’Hannibal, pour que le statu quo régnant depuis trois ans soit brisé.
En quelques mois, Scipion Émilien, qui a épuisé la ville assaut après assaut, a soumis la cité rebelle. Hasdrubal s’est rendu les armes à la main et finira prisonnier à Rome. Et malgré la défense héroïque de Carthage, Rome décide sa destruction.
Durant seize jours, les flammes lèchent les murs de l’ancienne capitale puis les Romains s’attèlent à sa destruction complète et systématique : ils abattent ses murs, éparpillent ses ruines et jettent le sel sur ses terres pour les rendre stériles.
Rome a gagné, Carthage est morte, l’orgueilleuse cité n’est plus qu’un amas de ruines…

Pergame : des Grecs à Rome

Récolte des fleurs et des grains par les Grecs (d'après une fresque antique).
Récolte des fleurs et des grains par les Grecs (d’après une fresque antique).

La tradition veut que ce soient les Grecs d’Arcadie qui aient fondé Pergame. En 481 avant J.-C., elle est donnée par le roi des Perses au Spartiate Démarate mais ce n’est qu’un siècle plus tard qu’elle devait acquérir quelque importance. Lysimaque, un des généraux d’Alexandre ayant décidé d’y entreposer ses trésors devait se voir spolier de ses biens par l’eunuque Philétère qui, en 283 avant J.-C., fonda l’Etat pergamien. Ses successeurs allaient étendre leur Etat mais, inquiétés par les désirs de conquêtes de Philippe de Macédoine, ils décideront de s’allier avec Rome. Une décision qui allait engager Pergame pour longtemps. Alliés des Romains dans la guerre contre Antiochos III, Pergame reçut, en 188 avant J.-C. au traité d’Apamée, une grande partie de l’Asie mineure. Mais l’Etat de Pergame demeuré essentiellement continental avec, pour seul port important, Attalia.
Malgré cette alliance douteuse aux yeux des Grecs, Pergame allait tout faire pour devenir le champion de l’hellénisme en Asie mineure. Avec succès, comme le prouve les monuments qui orneront la cité : un temple d’Athéna, une agora et un temple de Zeus doté de frises relatant les exploits d’Héraklès -Hercule-, fondateur légendaire de la dynastie. Sa bibliothèque, qui tentait de rivaliser avec celle d’Alexandrie, était la deuxième plus importante du monde hellénistique avec quelque 400 000 volumes. Des volumes essentiellement fait de parchemin, afin de ne pas dépendre du papyrus égyptien qui abondait à Alexandrie.
L’économie pergamienne était en grande partie étatisée : les industries telles que les parchemin, le textile ou les parfums étaient des monopoles royaux. Les villes étaient soumises à de fortes contributions et seule la capitale conservait son autonomie, le rooi n’y étant, théoriquement, qu’un simple citoyen.
Légué par son dernier souverain, Attale III, à Rome, Pergame devint, en 129 avant J.-C., la capitale de la province romaine d’Asie. Elle devait, dès lors, rapidement déclinée.

Bès, gardien du foyer

Statue du dieu Bès.
Statue du dieu Bès.

Sorte de nain barbu, doté d’un visage peu avenant, d’une langue pendante et d’oreilles de lion, Bès, le dieu du foyer de l’ancienne Egypte, a tout pour rebuter… les mauvais esprits. Est-ce de cette fonction même qu’il tire sa laideur ? Celle-ci repousserait-elle les dangers ? Sans doute, de même que le bruit qu’il aime à produire…
Protecteur du foyer, des accouchées, du sommeil aussi, Bès a bien des point commun avec les Parques ou les Moires de la mythologie gréco-romaine. Comme elles, il préside aux événements importants de la vie –naissance, mariage ; comme elles, il est gardien du sommeil. De fait, donc, dans la mythologie égyptienne comme dans celle du monde gréco-romain –et comme dans les croyances médiévales occidentales d’ailleurs-, le rêve, le songe est vecteurs d’esprits ; il est le lien entre le monde des morts et celui des vivants. La popularité de Bès, le fait que de divinité pharaonique, il ait étendu son culte à tout le peuple, atteste, s’il en était besoin, l’inquiétude du commun face au monde des morts. Une inquiétude proportionnelle à la croyance en l’au-delà, en une vie après la mort.

Il était une fois l’écriture…

Hammourabi (IIe millénaire avant J.-C.), père du premier code de loies.
Hammourabi (IIe millénaire avant J.-C.), père du premier code de loies.

L’aventure de l’écriture débute, fort modestement, dans un pays appelé Mésopotamie. Baigné par deux grands fleuves, le Tigre et l’Euphrate, l’espace géographique qui s’étend du golfe Persique à Bagdad, l’actuelle capitale irakienne, abritait, entre le VIe et le Ier millénaire avant J.-C., deux peuples rivaux : au sud, les Sumériens et, au nord, les Akkadiens, ancêtres communs aux Arabes et aux Hébreux. Les vestiges laissés par ces peuples hautement civilisés révèlent l’existence d’une société pastorale et agricole, particulièrement bien organisée. Les inscriptions gravées sur les quelques tablettes d’argile découvertes à Sumer, sur le site de l’antique cité d’Uruk, contiennent, effectivement, des listes méticuleuses de denrées et de têtes de bétail. Quoique primitives dans leur forme, ces tablettes n’en constituent pas moins de véritables registres de comptabilité, première tentative d’un peuple pour organiser son économie.
Les inscriptions sumériennes mises au jour ne sont rien d’autre que des dessins stylisés, qui représentent ou symbolisent l’objet, l’animal ou l’être humain que l’on veut désigner.
Ces signes sommaires sont désignés sous le nom de pictogrammes. Et par la simple combinaison de plusieurs de ces symboles, leur auteur peut aussi traduire une idée : il en est ainsi de l’oiseau qui, accompagné du dessin de l’œuf, évoque la natalité.
Tout au long des siècles, ces croquis connaissent de notables transforma-tions, en liaison directe avec l’usage des instruments de tracés : les calames, roseaux qu’utilisaient les Sumériens pour creuser l’argile fraîche de leurs tablettes, ont été, peu à peu, taillés en biseau, de sorte que les empreintes prirent l’aspect de clous.
C’est ainsi que du mot latin cuneus, « clou », est née l’appellation d’écriture « cunéiforme ». Ce système que l’on peut dater de 3300 environ avant J.-C. n’a, toutefois, qu’une unique fonction de mémorisation. Il ne permet pas, en tout cas, de restituer un langage, faute de contenir l’articulation nécessaire à la composition d’une phrase.

Une étape importante va toutefois être franchie, à Sumer encore, trois siècles après, par l’introduction de la phonétique : les caractères ne renvoient plus, désormais, aux objets ou aux êtres vivants mais aux sons de la langue parlée, selon le principe bien connu du rébus.
La phonétique va connaître, à son tour, au sein du système cunéiforme, une évolution complexe que l’état actuel des découvertes archéologiques ne permet pas d’appréhender totale-ment. Mais il n’en demeure pas moins que l’écriture, en tant que mode de transmission de la pensée et des idées, a pris forme en Mésopotamie et y a connu, grâce à la grande flexiblité du cunéiforme, un large rayonnement, au point de transcrire des langages radicalement différents de celui des Sumériens.
Les Akkadiens, qui ont finalement étendu leur domination à l’ensemble de la Mésopotamie à partir de l’an 2000 avant J.-C., l’adoptèrent. Il fut aussi, à partir de 1760 avant notre ère, l’écriture du royaume de Babylone puis, plus tard, de celui d’Assyrie.
La civilisation élamite, qui s’édifia à l’est de la Mésopotamie, autour de la cité de Suse, sur le territoire de l’actuel Iran, emprunta, à son tour, les signes cunéiformes qui y connurent une évolution propre.

Statue de Jean-François Champollion (1790-1832).
Marins grecs appareillant.

Jusqu’aux Hittites, habitants du vaste plateau anatolien dont la langue indo-européenne, pourtant fort éloignée des langues sémitiques de la région mésopotamienne, surent également utiliser le système cunéiforme. Ils en firent une écriture officielle que les scribes utilisèrent afin de transcrire toutes les langues de l’Empire.
Tandis que l’écriture sumérienne va gagner la majeure partie de l’Asie occidentale, simultanément, l’Égypte développe un système original. Les premiers voyageurs occidentaux qui ont exploré l’Égypte ont été saisis par le foisonnement des inscriptions dont les scribes et les sculpteurs ont orné temples, tombeaux, statues et objets funéraires. L’aura de mystère entourant ces signes avait déjà frappé les Grecs qui les avaient baptisés hiéroglyphes ou « images sacrées ». Personnages de profil, animaux aux postures énigmatiques se mêlent à de multiples objets, en de savantes compositions relevant autant de l’art que de l’écriture.
De nombreux archéologues se sont interrogés sur le sens de ces signes. Représentation de lettres d’un alphabet ou idéogrammes ?
Selon Champollion, qui perça leur mystère, « c’est un système complexe, une écriture, tout à la fois, figurative, symbolique et phonétique, dans un même texte, une même phrase… je dirais presque dans le même mot ».
C’est que la fonction des hiéroglyphes est triple : idéogrammes exprimant des idées, phonogrammes traduisant des consonnes et, finalement, signes déterminatifs, destinés à préciser la signification du mot employé, en cas d’ambiguïté liée à une homonymie.
Nous sommes ainsi en présence d’un système parfaitement élaboré, d’une véritable écriture qui, contrairement au cunéiforme, fut capable, dès son apparition, de transcrire aussi bien des précis de médecine ou de droit, que des prières, des légendes, des faits historiques et toutes formes de littérature. Certains reliefs et peintures ornant les tombes contiennent aussi des textes relatant les propos tenus par les personnages.
L’Antiquité égyptienne a donc créé les premières bandes dessinées !
Par leur profusion, la grande précision des informations qu’ils contiennent et leur valeur artistique indiscutable, les hiéroglyphes sont un témoignage sur la brillante civilisation de l’Égypte pharaonique. Malgré sa remarquable inventivité, l’écriture des Égyptiens n’est, cependant, qu’une esquisse de ce qui deviendra l’écriture moderne. Le passage décisif va s’opérer par la naissance de l’alphabet.
Notre alphabet provient, en ligne directe, de celui qu’utilisaient les Romains qui l’avaient eux-mêmes reçu des Grecs. Pourtant, ni les Grecs ni les Romains ne sont les inventeurs de l’alphabet dont la paternité revient aux Phéniciens.
C’est vers la fin du XIIe siècle avant J.-C., dans la région de l’actuel Liban, qu’a été créé un alphabet de type  linéaire composé de vingt-deux signes se distinguant nettement des signes cunéiformes par leur tracé en ligne droite ou courbe.
Certains archéologues soutiennent, non sans raison, que le passage du cunéiforme au linéaire est directement lié au support utilisé. Autant l’argile fraîche des tablettes mésopotamiennes impose la gravure, autant l’usage du papyrus se prête exclusivement à une écriture linéaire, à la plume ou bien au pinceau, trempé dans l’encre. Peuple de commerçants et de marins hardis, les Phéniciens ont fait voyager leur alphabet sur les rives de la Méditerranée orientale. C’est ainsi que vers le VIIIe siècle avant J.-C. apparaît, dans une région qui s’appelait le pays d’Aram, devenue, bien plus tard, la Syrie, un alphabet dit « araméen », très proche de l’écriture phénicienne, dans lequel s’écriront quelques livres de l’Ancien Testament.
L’hébreu, écriture biblique dominante, est aussi directement issu de l’alphabet phénicien, de même que l’écriture arabe.
Les Grecs ont modifié l’alphabet phénicien afin qu’il puisse rendre compte de leur propre langage, qui comporte de nombreuses voyelles. En effet, l’alphabet phénicien ne compte que des consonnes. Cette particularité, assez peu gênante pour des langues sémitiques comme l’arabe et l’hébreu, qui offrent peu de voyelles, devenait insurmontable pour transcrire le grec.
Pour tourner la difficulté, les Grecs eurent l’idée d’emprunter à l’alphabet araméen divers signes représentant des consonnes inconnues de leur langue et d’en faire des voyelles. Ainsi sont nées les lettres A (alpha), E (epsilon), O (omicron) ou Y (upsilon).
En 146 avant J.-C., après l’annexion de la Grèce à Rome, l’alphabet grec fut assimilé par les nouveaux maîtres, moyennant des modifications.

Echantillon de l'écriture phénicienne lapidaire.
Echantillon de l’écriture phénicienne lapidaire.

Il s’est étendu, à partir des IIe et IIIe siècles de notre ère, à toutes les régions de l’Europe où les Romains s’étaient implantés et où s’écrivait le latin.
L’invention de l’alphabet constitue, véritablement, une étape décisive pour la diffusion et la démocratisation de l’écriture. La multiplicité et la complexité de fonctionnement des hiéroglyphes, comme des signes cunéiformes, avaient placé l’écriture entre les mains d’une très puissante oligarchie de scribes, détenteurs d’un savoir mystérieux. Car seule une élite était en mesure de maîtriser les milliers de signes et de symboles utilisés en Égypte et en Mésopotamie.
Et même si l’apprentissage de notre écriture moderne implique, souvent, de surmonter des difficultés orthographiques, l’introduction de l’alphabet a permis la transcription de toutes les subtilités d’une langue avec la seule assistance de vingt-six lettres.