Delenda est Carthago

Médaille de la Carthage antique.
Médaille de la Carthage antique.

Delenda est Carthago ! (Il faut détruire Carthage !) réclame le moraliste Marcus Caton depuis son retour d’un voyage en Afrique, en 153 avant J.-C.. Et à peine un demi siècle après Zama et la reddition d’Hannibal, la puissance carthaginoise -puissance avant tout économique- effraie toujours les Romains qui, prenant prétexte de la déclaration de guerre de la cité africaine à un allié de Rome, le Numide Massinissa, qui empiétait régulièrement sur le territoire carthaginois, déclenche la troisième guerre punique.
À peine les légions romaines ont-elles débarqué que les Carthaginois livrent leurs armes et trois cents otages. Mais quand ils apprennent le véritable but de cette expédition, c’est-à-dire la destruction totale de la ville, ils se dressent fièrement face à l’oppresseur romain et décident de lui tenir tête. Ils refusent la destruction de leur flotte, fleuron du commerce méditerranéen, l’évacuation de leur cité et sa reconstruction à dix milles à l’intérieur des terres. Pour la capitale d’un peuple essentiellement composé de marins, cela signifiait la mort à petit feu… Les Carthaginois s’enferment donc dans leur ville, prêts à mourir les armes à la main !
Dans cette défense désespérée, les Carthaginois, dirigés par Hasdrubal, semblent indomptables. Dès le début, les armées romaines s’étaient établies sous les remparts de la ville et avaient entamé un siège qu’elles espéraient rapide. Grâce à l’obstination des Carthaginois, il durera trois ans…
Il faut attendre 146 avant J.-C. et l’arrivée de Scipion Émilien, digne héritier du vainqueur d’Hannibal, pour que le statu quo régnant depuis trois ans soit brisé.
En quelques mois, Scipion Émilien, qui a épuisé la ville assaut après assaut, a soumis la cité rebelle. Hasdrubal s’est rendu les armes à la main et finira prisonnier à Rome. Et malgré la défense héroïque de Carthage, Rome décide sa destruction.
Durant seize jours, les flammes lèchent les murs de l’ancienne capitale puis les Romains s’attèlent à sa destruction complète et systématique : ils abattent ses murs, éparpillent ses ruines et jettent le sel sur ses terres pour les rendre stériles.
Rome a gagné, Carthage est morte, l’orgueilleuse cité n’est plus qu’un amas de ruines…

Pergame : des Grecs à Rome

Récolte des fleurs et des grains par les Grecs (d'après une fresque antique).
Récolte des fleurs et des grains par les Grecs (d’après une fresque antique).

La tradition veut que ce soient les Grecs d’Arcadie qui aient fondé Pergame. En 481 avant J.-C., elle est donnée par le roi des Perses au Spartiate Démarate mais ce n’est qu’un siècle plus tard qu’elle devait acquérir quelque importance. Lysimaque, un des généraux d’Alexandre ayant décidé d’y entreposer ses trésors devait se voir spolier de ses biens par l’eunuque Philétère qui, en 283 avant J.-C., fonda l’Etat pergamien. Ses successeurs allaient étendre leur Etat mais, inquiétés par les désirs de conquêtes de Philippe de Macédoine, ils décideront de s’allier avec Rome. Une décision qui allait engager Pergame pour longtemps. Alliés des Romains dans la guerre contre Antiochos III, Pergame reçut, en 188 avant J.-C. au traité d’Apamée, une grande partie de l’Asie mineure. Mais l’Etat de Pergame demeuré essentiellement continental avec, pour seul port important, Attalia.
Malgré cette alliance douteuse aux yeux des Grecs, Pergame allait tout faire pour devenir le champion de l’hellénisme en Asie mineure. Avec succès, comme le prouve les monuments qui orneront la cité : un temple d’Athéna, une agora et un temple de Zeus doté de frises relatant les exploits d’Héraklès -Hercule-, fondateur légendaire de la dynastie. Sa bibliothèque, qui tentait de rivaliser avec celle d’Alexandrie, était la deuxième plus importante du monde hellénistique avec quelque 400 000 volumes. Des volumes essentiellement fait de parchemin, afin de ne pas dépendre du papyrus égyptien qui abondait à Alexandrie.
L’économie pergamienne était en grande partie étatisée : les industries telles que les parchemin, le textile ou les parfums étaient des monopoles royaux. Les villes étaient soumises à de fortes contributions et seule la capitale conservait son autonomie, le rooi n’y étant, théoriquement, qu’un simple citoyen.
Légué par son dernier souverain, Attale III, à Rome, Pergame devint, en 129 avant J.-C., la capitale de la province romaine d’Asie. Elle devait, dès lors, rapidement déclinée.

Bès, gardien du foyer

Statue du dieu Bès.
Statue du dieu Bès.

Sorte de nain barbu, doté d’un visage peu avenant, d’une langue pendante et d’oreilles de lion, Bès, le dieu du foyer de l’ancienne Egypte, a tout pour rebuter… les mauvais esprits. Est-ce de cette fonction même qu’il tire sa laideur ? Celle-ci repousserait-elle les dangers ? Sans doute, de même que le bruit qu’il aime à produire…
Protecteur du foyer, des accouchées, du sommeil aussi, Bès a bien des point commun avec les Parques ou les Moires de la mythologie gréco-romaine. Comme elles, il préside aux événements importants de la vie –naissance, mariage ; comme elles, il est gardien du sommeil. De fait, donc, dans la mythologie égyptienne comme dans celle du monde gréco-romain –et comme dans les croyances médiévales occidentales d’ailleurs-, le rêve, le songe est vecteurs d’esprits ; il est le lien entre le monde des morts et celui des vivants. La popularité de Bès, le fait que de divinité pharaonique, il ait étendu son culte à tout le peuple, atteste, s’il en était besoin, l’inquiétude du commun face au monde des morts. Une inquiétude proportionnelle à la croyance en l’au-delà, en une vie après la mort.

Il était une fois l’écriture…

Hammourabi (IIe millénaire avant J.-C.), père du premier code de loies.
Hammourabi (IIe millénaire avant J.-C.), père du premier code de loies.

L’aventure de l’écriture débute, fort modestement, dans un pays appelé Mésopotamie. Baigné par deux grands fleuves, le Tigre et l’Euphrate, l’espace géographique qui s’étend du golfe Persique à Bagdad, l’actuelle capitale irakienne, abritait, entre le VIe et le Ier millénaire avant J.-C., deux peuples rivaux : au sud, les Sumériens et, au nord, les Akkadiens, ancêtres communs aux Arabes et aux Hébreux. Les vestiges laissés par ces peuples hautement civilisés révèlent l’existence d’une société pastorale et agricole, particulièrement bien organisée. Les inscriptions gravées sur les quelques tablettes d’argile découvertes à Sumer, sur le site de l’antique cité d’Uruk, contiennent, effectivement, des listes méticuleuses de denrées et de têtes de bétail. Quoique primitives dans leur forme, ces tablettes n’en constituent pas moins de véritables registres de comptabilité, première tentative d’un peuple pour organiser son économie.
Les inscriptions sumériennes mises au jour ne sont rien d’autre que des dessins stylisés, qui représentent ou symbolisent l’objet, l’animal ou l’être humain que l’on veut désigner.
Ces signes sommaires sont désignés sous le nom de pictogrammes. Et par la simple combinaison de plusieurs de ces symboles, leur auteur peut aussi traduire une idée : il en est ainsi de l’oiseau qui, accompagné du dessin de l’œuf, évoque la natalité.
Tout au long des siècles, ces croquis connaissent de notables transforma-tions, en liaison directe avec l’usage des instruments de tracés : les calames, roseaux qu’utilisaient les Sumériens pour creuser l’argile fraîche de leurs tablettes, ont été, peu à peu, taillés en biseau, de sorte que les empreintes prirent l’aspect de clous.
C’est ainsi que du mot latin cuneus, « clou », est née l’appellation d’écriture « cunéiforme ». Ce système que l’on peut dater de 3300 environ avant J.-C. n’a, toutefois, qu’une unique fonction de mémorisation. Il ne permet pas, en tout cas, de restituer un langage, faute de contenir l’articulation nécessaire à la composition d’une phrase.

Une étape importante va toutefois être franchie, à Sumer encore, trois siècles après, par l’introduction de la phonétique : les caractères ne renvoient plus, désormais, aux objets ou aux êtres vivants mais aux sons de la langue parlée, selon le principe bien connu du rébus.
La phonétique va connaître, à son tour, au sein du système cunéiforme, une évolution complexe que l’état actuel des découvertes archéologiques ne permet pas d’appréhender totale-ment. Mais il n’en demeure pas moins que l’écriture, en tant que mode de transmission de la pensée et des idées, a pris forme en Mésopotamie et y a connu, grâce à la grande flexiblité du cunéiforme, un large rayonnement, au point de transcrire des langages radicalement différents de celui des Sumériens.
Les Akkadiens, qui ont finalement étendu leur domination à l’ensemble de la Mésopotamie à partir de l’an 2000 avant J.-C., l’adoptèrent. Il fut aussi, à partir de 1760 avant notre ère, l’écriture du royaume de Babylone puis, plus tard, de celui d’Assyrie.
La civilisation élamite, qui s’édifia à l’est de la Mésopotamie, autour de la cité de Suse, sur le territoire de l’actuel Iran, emprunta, à son tour, les signes cunéiformes qui y connurent une évolution propre.

Statue de Jean-François Champollion (1790-1832).
Marins grecs appareillant.

Jusqu’aux Hittites, habitants du vaste plateau anatolien dont la langue indo-européenne, pourtant fort éloignée des langues sémitiques de la région mésopotamienne, surent également utiliser le système cunéiforme. Ils en firent une écriture officielle que les scribes utilisèrent afin de transcrire toutes les langues de l’Empire.
Tandis que l’écriture sumérienne va gagner la majeure partie de l’Asie occidentale, simultanément, l’Égypte développe un système original. Les premiers voyageurs occidentaux qui ont exploré l’Égypte ont été saisis par le foisonnement des inscriptions dont les scribes et les sculpteurs ont orné temples, tombeaux, statues et objets funéraires. L’aura de mystère entourant ces signes avait déjà frappé les Grecs qui les avaient baptisés hiéroglyphes ou « images sacrées ». Personnages de profil, animaux aux postures énigmatiques se mêlent à de multiples objets, en de savantes compositions relevant autant de l’art que de l’écriture.
De nombreux archéologues se sont interrogés sur le sens de ces signes. Représentation de lettres d’un alphabet ou idéogrammes ?
Selon Champollion, qui perça leur mystère, « c’est un système complexe, une écriture, tout à la fois, figurative, symbolique et phonétique, dans un même texte, une même phrase… je dirais presque dans le même mot ».
C’est que la fonction des hiéroglyphes est triple : idéogrammes exprimant des idées, phonogrammes traduisant des consonnes et, finalement, signes déterminatifs, destinés à préciser la signification du mot employé, en cas d’ambiguïté liée à une homonymie.
Nous sommes ainsi en présence d’un système parfaitement élaboré, d’une véritable écriture qui, contrairement au cunéiforme, fut capable, dès son apparition, de transcrire aussi bien des précis de médecine ou de droit, que des prières, des légendes, des faits historiques et toutes formes de littérature. Certains reliefs et peintures ornant les tombes contiennent aussi des textes relatant les propos tenus par les personnages.
L’Antiquité égyptienne a donc créé les premières bandes dessinées !
Par leur profusion, la grande précision des informations qu’ils contiennent et leur valeur artistique indiscutable, les hiéroglyphes sont un témoignage sur la brillante civilisation de l’Égypte pharaonique. Malgré sa remarquable inventivité, l’écriture des Égyptiens n’est, cependant, qu’une esquisse de ce qui deviendra l’écriture moderne. Le passage décisif va s’opérer par la naissance de l’alphabet.
Notre alphabet provient, en ligne directe, de celui qu’utilisaient les Romains qui l’avaient eux-mêmes reçu des Grecs. Pourtant, ni les Grecs ni les Romains ne sont les inventeurs de l’alphabet dont la paternité revient aux Phéniciens.
C’est vers la fin du XIIe siècle avant J.-C., dans la région de l’actuel Liban, qu’a été créé un alphabet de type  linéaire composé de vingt-deux signes se distinguant nettement des signes cunéiformes par leur tracé en ligne droite ou courbe.
Certains archéologues soutiennent, non sans raison, que le passage du cunéiforme au linéaire est directement lié au support utilisé. Autant l’argile fraîche des tablettes mésopotamiennes impose la gravure, autant l’usage du papyrus se prête exclusivement à une écriture linéaire, à la plume ou bien au pinceau, trempé dans l’encre. Peuple de commerçants et de marins hardis, les Phéniciens ont fait voyager leur alphabet sur les rives de la Méditerranée orientale. C’est ainsi que vers le VIIIe siècle avant J.-C. apparaît, dans une région qui s’appelait le pays d’Aram, devenue, bien plus tard, la Syrie, un alphabet dit « araméen », très proche de l’écriture phénicienne, dans lequel s’écriront quelques livres de l’Ancien Testament.
L’hébreu, écriture biblique dominante, est aussi directement issu de l’alphabet phénicien, de même que l’écriture arabe.
Les Grecs ont modifié l’alphabet phénicien afin qu’il puisse rendre compte de leur propre langage, qui comporte de nombreuses voyelles. En effet, l’alphabet phénicien ne compte que des consonnes. Cette particularité, assez peu gênante pour des langues sémitiques comme l’arabe et l’hébreu, qui offrent peu de voyelles, devenait insurmontable pour transcrire le grec.
Pour tourner la difficulté, les Grecs eurent l’idée d’emprunter à l’alphabet araméen divers signes représentant des consonnes inconnues de leur langue et d’en faire des voyelles. Ainsi sont nées les lettres A (alpha), E (epsilon), O (omicron) ou Y (upsilon).
En 146 avant J.-C., après l’annexion de la Grèce à Rome, l’alphabet grec fut assimilé par les nouveaux maîtres, moyennant des modifications.

Echantillon de l'écriture phénicienne lapidaire.
Echantillon de l’écriture phénicienne lapidaire.

Il s’est étendu, à partir des IIe et IIIe siècles de notre ère, à toutes les régions de l’Europe où les Romains s’étaient implantés et où s’écrivait le latin.
L’invention de l’alphabet constitue, véritablement, une étape décisive pour la diffusion et la démocratisation de l’écriture. La multiplicité et la complexité de fonctionnement des hiéroglyphes, comme des signes cunéiformes, avaient placé l’écriture entre les mains d’une très puissante oligarchie de scribes, détenteurs d’un savoir mystérieux. Car seule une élite était en mesure de maîtriser les milliers de signes et de symboles utilisés en Égypte et en Mésopotamie.
Et même si l’apprentissage de notre écriture moderne implique, souvent, de surmonter des difficultés orthographiques, l’introduction de l’alphabet a permis la transcription de toutes les subtilités d’une langue avec la seule assistance de vingt-six lettres.

L’Empire du Grand Roi

Le dais royal : vestige de l'époque perse qui représente le roi, sa cour et ses guerriers.
Le dais royal : vestige de l’époque perse qui représente le roi, sa cour et ses guerriers.

En 334, lorsqu’Alexandre le Grand s’en empare, l’Empire perse -ou achéménide, du nom de la dynastie régnante- est vieux de plus de deux siècles. En effet, dès le milieu du VIe siècle avant J.-C., le peuple perse, mené par Cyrus le Grand, s’est lancé à la conquête des royaumes du Moyen-Orient. À l’époque de Darius, cet empire s’étend de l’Égypte à l’Indus et du Syr-Darya au golfe Persique.
Soutenu par la noblesse perse qui fournit les administrateurs et les généraux dont il a besoin, le Grand Roi maintient l’unité de l’Empire autour de sa personne. Il est représenté dans toutes les provinces de l’empire par des satrapes d’origine perse et les routes royales, qui relient les provinces les plus éloignées avec les centres de décision, permettent une administration unifiée. Enfin, pour asseoir son pouvoir avec efficacité, le Grand Roi possède un trésor immense qui lui permet d’entretenir une armée considérable qui est capable de faire immédiatement face au moindre soulèvement comme à une invasion d’origine étrangère.
Malgré la domination perse, chaque pays garde sa langue, son écriture, sa religion de même que ses coutumes. Ainsi, les Perses ont pu fonder un pouvoir durable avec la collaboration active des élites locales, comme tentera de le faire, à son tour, Alexandre le Conquérant.

Babylone, l’orgueil des Chaldéens

Bas-relief retrouvé à Ninive.
Bas-relief retrouvé à Ninive.

C’est sous la domination des Assyriens que commence le Ier millénaire avant J.-C.. Marchands, diplomates, dotés d’une langue proche de l’akkadien, les Assyriens vont se faire guerriers au service de souverains adeptes de la conquête. Téglat Pileser Ier –qui règne de 1112 à 1073 avant J.-C.- passera ses trente-neuf années de règne dans une guerre permanente, passant pas moins de vingt-huit fois l’Euphrate. Autant dire que l’armée était alors une armée professionnelle et permanente et qui le restera sous ses susccesseurs : Sargon d’Assyrie (721-705 avant J.-C., Sennachérib (705-681), Assarhaddon (681-669) et Assurbanipal (669-627). Babylone ne sera alors guère plus qu’une province de l’empire assyrien, alors dominé par la capitale, Ninive. Une province riche cependant et que les souverains assyriens gouverneront directement ou au travers de rois fantoches. Une province en proie à la révolte cependant et qui, au cours de l’une de ces révoltes va faire périr le fils aîné de Sennachérib. Pillée, brûlée, entièrement rasée sur ordre de l’Assyrien, Babylone n’est plus qu’un immense marécage…
La destruction de la ville provoque un choc immense. À la mort de Sennachérib, son fils et successeur, Esarhaddon, réalise que jamais les rois d’Assyrie ne se feront accepter après un tel outrage… à moins de faire réparation. Le nouveau roi va donc se consacrer entièrement à la reconstruction de l’antique cité, lui redonnant sa splendeur passée, dotant ses temples de richesses immenses. Reconnaissante, la Babylonie se soumet au roi assyrien, plus sûrement que s’il l’avait conquise avec les armes.
À la mort d’Esarhaddon, ses deux fils se partagent l’immense empire de leur père : Assurbanipal, le cadet, reçoit l’Assyrie en héritage et son frère aîné, Shamash-shum-ukin, la Babylonie, vassale de l’Assyrie. Une vassalité pour la forme, une soumission de peu de temps, Assurbanipal récupérant bientôt la possession de son frère.
Déjà sous le règne d’Assurbanipal l’empire assyrien touche à sa fin. Et en 612 avant J.-C., les Babyloniens s’allient aux Mèdes afin de repousser les suzerains de Ninive. La capitale assyrienne tombe et un nouvel empire babylonien semble devoir renaître. Un empire dont la figure la plus marquante est le célèbre Nebuchadnezzar II, plus connu grâce à la Bible sous le nom de Nabuchodonosor, second roi de la dynastie chaldéenne. Ninive détruite, il fera plier les armées égyptiennes, s’emparera de la Syrie et de la Palestine, soumettra, par deux fois, la ville de Jérusalem.

Des prisonniers de guerre conduits au souverain, d'après un bas-relief antique.
Des prisonniers de guerre conduits au souverain, d’après un bas-relief antique.

Grand conquérant, Nabuchodonosor se révèlera, aussi, un souverain sage et soucieux de son peuple et c’est à lui que l’on doit les plus magnifiques constructions de Babylone, qui feront de la capitale la « perle des royaumes, l’orgueil des Chaldéens ».
La période néo-babylonienne, qui marque la fin du royaume indépendant, sera, aussi, celle de toutes les audaces artistiques et architecturales. La cité atteint alors un degré de splendeur inégalée avec les « jardins suspendus » du palais-sud et la superbe muraille qui ceint la ville, deux ouvrages qui comptent parmi les Sept Merveilles du monde.
Une splendeur qui attisera le désir de conquête des Perses, avec Cyrus le Grand –il annexe la ville et sa région à l’empire perse en 539 avant J.-C.-, puis des Grecs avec Alexandre le Grand.

David ou l’invention de la monarchie de droit divin

David, vainqueur de Goliath, par Verrocchio.
David, vainqueur de Goliath, par Verrocchio.

Si les écrits bibliques sont la source principale de la vie du roi David, le personnage historique est réel et son existence a été prouvée, notamment par la découverte de la stèle de Tel Dan qui cite expressément la « maison de David » en tant que dynastie royale. De fait, il est donc évident que David a été le fondateur d’une dynastie royale, une dynastie qui n’est pas à l’origine du royaume d’Israël. Tout porte donc à croire en la véracité du texte biblique qui fait de l’avènement de David l’acte fondateur de la monarchie de droit divin. En effet, si le premier choix inspiré par Yahvé s’était porté sur Saül (vers 1030 avant J.-C.), David est désigné comme « l’oint du Seigneur », celui que Dieu a expressément destiné à unir son peuple. Une unité du peuple hébreux rendue nécessaire par la pression guerrière des Philistins, des Amalécites et d’autres tribus du désert. Un choix rendu nécessaire par la division même du peuple, éparpillé en tribus et qui n’avait jusqu’alors comme seul segment d’unification la religion. Saül échouera à conserver l’approbation du peuple et des prophètes, d’où le choix de David qui devient souverain d’Israël vers 1005 avant J.-C.. Le nouveau roi créera un Etat centralisé autour de Jérusalem, sa capitale ; il tentera d’établir une imposition commune, bref, de faire d’Israël un véritable royaume avec lequel il fallait compter. C’est le fils cadet de David, cependant, Salomon, qui y parviendra. Un fils désigné, cette fois-ci, non par Dieu mais bien par son père.

Au commencement était Sumer

Statuette mésopotamienne.
Statuette mésopotamienne.

Plaine fertile, baignée par les riches eaux de l’Euphrate et du Tigre, la Mésopotamie fut sans doute le berceau des plus évoluées des civilisations anciennes, mais également le lieu de tous les conflits, de toutes les conquêtes. Cette histoire troublée, cette histoire de trois millénaires, commence avec Sumer.
Ô Sumer, dit un poème religieux, grand pays entre les pays de l’univers
Toujours plein de lumière ;
Toi qui, du Levant au Couchant dispense à tous les peuples tes lois divines ;
[…]
Le savoir vrai que tu apportes
Comme le ciel est intouchable.
Rien de plus exact dans ce poème en forme de promotion. Pourtant Sumer n’est pas un empire, pas même une ville mais plutôt une juxtaposition de sites aux noms désormais célèbres : Ur, Uruk, Kish, Isin, toutes situées en basse Mésopotamie dans un périmètre de quelques milliers de kilomètres carrés. Des cités qui, toutes, se vantent d’être à l’origine des autres, d’avoir supplanter les autres. En réalité, et c’est là le drame de Sumer, aucune cité ne sortira du lot et toutes se feront dévorer par le conquérant du IIe millénaire avant J.-C. : l’Akkadien.
L’apport des Sumériens aura pourtant était essentiel, notamment en terme de justice et de code social. Ce peuple aura, en fait, était très largement en avance sur tous les autres au point que tous les Etats alentours et jusqu’à la Grèce mycénienne imiteront. Déjà, au XXIe siècle avant J.-C., le souverain de Ur, Nammu, avait composé un code de lois permettant la lutte contre les fonctionnaires malhonnêtes, interdisant la fraude, protégeant « l’orphelin du riche et la veuve du puissant ». Un code, une loi qu’il fallait faire appliquer d’où la création, sans doute parallèlement à celle de l’Egypte ancienne, d’une armée de scribes –on pourrait dire de fonctionnaires- pour lesquels, d’ailleurs, sera créer le système des impôts.
On l’a dit, le drame de Sumer aura été de ne pas savoir s’unir. En réalité, un souverain, Lugal Zaggisi –« lugal » signifie « roi » saura réunir, vers 2400 avant J.-C., les cités d’Umma et d’Uruk. La chose n’est pas nouvelle et des tentatives, toujours avortées, ont déjà étaient réalisées. Lugal Zaggisi, quant à lui, prétend étendre sa domination du golfe Persique à la Méditerranée. Pour peu de temps cependant : en 2350 avant J.-C. un nouveau venu met fin à ses prétentions et fait prisonnier le souverain sumérien. Son nom : Sargon Ier.

Le trésor de Priam

Heinrich Schliemann (1822-1890), d'après un dessin moderne.
Heinrich Schliemann (1822-1890), d’après un dessin moderne.

Et si le récit d’Homère –auteur de l’Iliade et de l’Odyssée, était plus qu’une œuvre littéraire ? S’il fallait y voir une œuvre historique, une chronique ? C’est la question que se posa, au siècle dernier, Heinrich Schliemann.
Fils d’un pasteur au mœurs contestables, commis épicier devenu homme d’affaires prospère, Schliemann est un personnage à part dans l’histoire de l’archéologie. Passionné par les récits homériques, autodidacte, il apprend, par simple curiosité intellectuelle, le grec, moderne et ancien, suit des cours de langues orientales, s’initie au sanskrit et enfin à l’égyptologie avant de découvrir, à Pompéï, l’archéologie. Il n’a alors aucune ambition précise… jusqu’à ce qu’il croise la route, en 1867, d’Ernst Ziller. Cet architecte passionné d’archéologie étudie alors l’emplacement hypothétique de la légendaire ville de Troie. Un simple voyage avec l’architecte aux Dardanelles va convaincre Schliemann : il fait sienne la passion de Ziller et se montre persuadé que le récit d’Homère est à étudier au même titre qu’une œuvre historique.
Etant homme à aller au bout de ses idées, il publie, en 1869, Ithaque, le Péloponnèse, Troie, thèse dans laquelle il démontre que le site de Troie ne se situerait pas, comme le pensaient alors les archéologues, à Bunarbashi mais sur la colline d’Hissarlik.
Le site de Troie
Cette même année, sans la moindre autorisation officielle, Schliemann entame les fouilles. Sans aucun résultat probant. Mais l’archéologue amateur, sans se décourager, relance les fouilles en 1872 : la découverte de la Métope du Soleil, élément architectural d’un temple dédié à Athéna encourage le chercheur et commence à susciter des réactions. Et l’année suivante, il met au jour non seulement une forteresse mais surtout 250 objets d’or. Ca y est : il a trouvé «  le trésor de Priam » !
Le nom sonne bien et Schliemann devient une sommité… du moins pour les amateurs. Homme d’affaires redoutable, doué d’un sens de la communication exceptionnel, Heinrich Schliemann a multiplié les articles dans les journaux européens et, ce, tout le temps qu’on duré les fouilles. Ce faisant, il a acquis une notoriété certaine mais uniquement dans les milieux non spécialisés, les Paris-Match de l’époque. A ce moment-là, tout le monde ou presque se pique d’être archéologues et ceux qu’on a appelés les « antiquaires » font fureur. Cependant, s’il acquiert le ralliement des amateurs, Schliemann s’est ainsi attiré le mépris des professionnels. Il faut dire également qu’il multiplie les erreurs de datation, en même temps que les hypothèses les plus romanesques. Le fameux «  trésor de Priam » en est un exemple frappant. Car il ne s’agit évidemment pas des biens du fameux roi de Troie, ce qui n’enlève rien à l’importance de la découverte.
La mauvaise réputation

Gravure représentant le légendaire cheval de Troie qui permis la prise de la ville par les Grecs.
Gravure représentant le légendaire cheval de Troie qui permis la prise de la ville par les Grecs.

Une importance que Schliemann voit très clairement au point de faire passer clandestinement ces découvertes hors de Turquie. Et si, en 1877, lors de l’exposition de son «  trésor » à Londres le succès est au rendez-vous, l’archéologue amateur vient d’achever de se discréditer auprès de la communauté scientifique. Toutes les autres découvertes de Schliemann, comme les sépultures royales de Mycènes ou les masques d’or –dont il prétend qu’il s’agit de celui d’Agamemnon- sont empreintes de doute.
Guidé par ses seuls rêves et ses lectures, Schliemann doit pourtant être reconnu comme un archéologue de génie –les spécialistes le reconnaîtront d’ailleurs. Mais cet homme, qui su si bien gérer ses découvertes comme autant de coups «  marketing » n’aura jamais réussi à « se vendre » et c’est pourquoi le découvreur de la légendaire Troie ne sera jamais regardé qu’avec méfiance et condescendance par ses pairs et par leurs successeurs.

L’éphémère empire des Hittites

Guerriers nubiens de l'armée égyptienne.
Guerriers nubiens de l’armée égyptienne.

La Bible comme les textes égyptiens évoquent volontiers certains peuples, désormais oubliés. C’est le cas de Hittites qui apparaissent, au début du IIe millénaire avant J.-C., au nord-est de l’Asie mineure. D’origine indo-européenne, les Hittites vont rapidement s’intégrer au monde oriental. Surtout, ils vont adopter l’usage de son écriture, dite cunéiforme. On retrouve malgré tout un terreau indo-européen, un héritage qui perdure dans l’application de la réparation en lieu et place de la loi du talion en usage en Orient, ou encore dans la structure même de la société hittite, qui était de type féodale. Enfin, les Hittites connaissaient l’emploi du fer qu’ils contribueront à répandre en Orient.
Créé sur les cendres du royaume de Hattousa, le premier empire hittite, apparu au XVIIIe siècle avant J.-C. en Anatolie, ne durera guère, en proie qu’il était aux divisions internes. Mais deux siècles plus tard, les Hittites seront amenés à jouer un grand rôle. A leur tête, Moursil Ier qui s’empare d’Alep, puis de Babylone (1515 avant J.-C.) où il renverse la dynastie amorrite.Dès lors, les Hittites menacent la Syrie du Nord, qu’ils disputent aux Mitanni. Ces derniers s’allieront aux Egyptiens dans l’espoir d’échapper aux Hittites, en vain. Au XIVe siècle avant J.-C., Souppilouliouma, le plus grand souverain hittite, impose aux Mintanni une de ses créatures et constitue un véritable Etat fédéral qui s’étend du Pont-Euxin à l’Oronte et à l’Euphrate, englobant l’Anatolie, la Syrie et la Palestine jusqu’à Jérusalem.
Trois ennemis viendront à bout de l’empire de Souppilouliouma . Les Assyriens, alliés aux « peuples de la mer, et les Egyptiens. Les jeux d’alliances se multiplieront entre ces trois forces, qui, tout au long du XIIIe siècle avant J.-C. Ne cesseront de se combattre. Les grands perdants, dans cette affaire, seront les Hittites dont la force disparaît vers 1200 avant J.-C.. Seul leur nom subsistera encore… jusqu’au VIIe siècle avant J.-C., sur une mince bande de terre des bords de l’Euphrate.