Rome à feu et à sang !

Maître de Carthage depuis 439 et reconnu souverain d’Afrique par Rome en 442, Genséric, roi des Vandales, a depuis très longtemps une réputation de grande cruauté parmi toutes les populations de l’Empire.
Malgré cela, en 455, l’impératrice Eudoxie, qui vient de voir assassiner son mari, Valentinien III, l’appelle au secours. Genséric prend la route de Rome avec ses hommes mais il ne se contente pas de venger la souveraine, il soumet la ville au pillage et ravage les environs, laissant derrière lui une population terrifiée qui, pendant des siècles, dira l’effroi que lui ont inspiré ces terribles Vandales…

Qui était donc Catilina ?

Catilina (108-62 avant J.-C.), d'après un dessin moderne.
Catilina (108-62 avant J.-C.), d’après un dessin moderne.

Cicéron et Salluste ont dressé de lui un portrait qui le classe comme le héraut de tous les vices, le portrait-type d’une jeunesse sans autre ambition que de satisfaire ses plaisirs, prête à tout pour y recourir, démoralisée par les guerres privées, bref, d’une jeunesse dépravées.
Né dans une famille patricienne appauvrie, Lucius Sergius Catilina devient agent de Sylla lors des proscriptions puis se fait nommé, en 67 avant J.-C., propréteur en Afrique. Des malversations dans le gouvernement de cette province lui fera perdre le consulat en 66 avant J.-C.. Conséquence : Catilina est ruiné et prêt à tout pour recouvrer une stature politique. Il fomente un complot mêlant de jeunes nobles ruinés et des hommes de main du parti populaire mais la tentative d’assassinat de deux consuls échoue (65) de même que la candidature de Catilina en 63 avant J.-C..
Alors qu’en Toscane les soutiens de Catilina commencent à se soulever, Cicéron se fait donner des pouvoirs étendus et dénonce Catilina en pleine Sénat (7 novembre 63 avant J.-C.). Forcé de se démasquer, Catilina quitte immédiatement Rome pour l’Etrurie où il se met à la tête d’une petite armée.
Parallèlement à son action, ses complices, demeurés à rome, sont arrêtés. C’est alors que Cicéron prononce ses célèbres "Catilinaires". Quelques semaines plus tard, Catilina tombait contre Petreius, lieutenant d’Antonius, un collègue de Cicéron.
Mais qui était réellement Catilina ? De fait, le personnage demeure mystérieux, les seuls éléments que les historiens possèdent sur lui étant les écrits ou discours de deux de ses ennemis, Cicéron et Salluste. Pour le reste, certains y verront un démocrate sincère, d’autres se rangeront à l’opinion des tenants du pouvoir. Au final, le mystère reste entier.

Tu quoque mi fili ?

>Jules César (100 ou 101-44 av. J.-C.).
Jules César (100 ou 101-44 av. J.-C.).

En 509 avant J.-C., le règne tyrannique du souverain étrusque Tarquin le Superbe s’achève grâce à la révolte menée par un certain Lucius Brutus. Quatre siècles plus tard, un homme, descendant d’Énée et de Vénus, un fils de Iule, légendaire fondateur d’Albe la Longue, part à la conquête de cette royauté depuis si longtemps abolie. Il y laissera la vie…
Neveu par sa mère du célèbre général Caius Marius et gendre de Cinna, Jules César, qui proclamait également une ascendance quasi divine, avait un bel avenir devant lui. Pourtant, personne, jamais, n’aurait pu penser que ce jeune homme dissipé et grand amateur de femmes se révélerait un tel génie…
Classé d’office comme membre du parti « populaire », César suit tranquillement la carrière des honneurs : questeur en 69 avant J.-C., édile  quatre ans plus tard puis préteur en 62, il devient consul en 59 avant J.-C. et fonde le premier triumvirat avec Pompée et Crassus. Sa victoire sur Vercingétorix et la soumission de la Gaule en 52 allaient accentuer sa soif d’honneurs et de pouvoir.

César avait acquis le gouvernement de la Gaule, province riche et tremplin pour d’autres conquêtes, en 58 avant J.-C.. La révolte du jeune chef arverne Vercingétorix allait être l’occasion pour le Romain de prouver son génie militaire et d’attacher à son sort des milliers de légionnaires. C’est aussi à cette époque que la rivalité entre César et Pompée va s’exacerber -Crassus était mort en 53 avant J.-C.. César, vainqueur en Gaule, traversera finalement le Rubicon et écrasera Pompée à Pharsale en 48 : à travers Pompée, c’est le Sénat qui est mis au pas et César s’empare du pouvoir. Il ne le lâchera plus !
Passé maître dans l’art subtil de la propagande, César, qui s’est déjà auto-glorifié dans les Commentaires de la guerre des Gaules et le De bello civili, s’assure durablement le soutien du peuple romain lors des triomphes de 46 et 45 avant J.-C.. Là, magnificence et faste éclatent aux yeux du peuple… déjà fortement amadoué par de très généreuses distributions d’argent ! Décidément, César, en plus d’être un soldat génial, connaît parfaitement les subtilités de la démagogie…
Ses campagnes militaires en Égypte, en Numidie ou en Espagne, conclues à chaque fois par d’éclatantes victoires, lui attachent définitivement plus de trente-neuf légions surentraînées.
César avait donc gagné l’amour du peuple et celui de ses légions. Il lui restait à mettre le Sénat à ses pieds…
Une République « sans corps ni figure »
Déjà dictateur provisoire, César devient, en 44 avant J.-C., dictateur perpétuel. La République, selon ses propres termes, n’est déjà plus qu’un « vain mot sans corps ni figure ».
Et en effet, les pouvoirs, autrefois divisés, sont tous entre ses mains. Détenteur du « droit de paix et de guerre », il impose au sénateurs et aux magistrats un serment qui les contraint à respecter absolument toutes ses décisions -serment relativement aisé à obtenir, le Sénat étant noyauté par ses partisans. Son titre d’imperator devient transmissible à ses descendants et il a aussi le droit de porter constamment le costume triomphal, la pourpre et le laurier. Il est même divinisé de son vivant : déjà grand pontife, il se voit attribuer le titre de « divin Jules » et ses statues sont presque aussi nombreuses que celles de Jupiter lui-même. César fait la pluie et le beau temps à Rome, au point que la vie constitutionnelle est littéralement bloquée lors de ses rares absences. Il ne lui manque plus que la dignité royale…
Seulement voilà : le peuple romain veut bien d’un dictateur mais pas d’un roi. Et il le fait savoir… En effet, un jour, au cours de la fête des lupercales, César décide de « prendre la température » de la populace. Alors qu’il vient d’assister à la victoire de son cher Marc Antoine à une course de char, ce dernier s’approche de César et pose sur sa tête une couronne. Un silence consterné se fait dans la foule. Quelques hommes de main ont beau crier « Vive le roi ! », rien n’y fait. Pire, le peuple gronde. Alors César, une fois de plus, se révèle génial et retourne la situation à son avantage. Repoussant la couronne que lui propose Marc Antoine, il proclame haut et fort :
-Je suis César et je ne suis pas roi !
Un tonnerre d’applaudissements suit cette déclaration. César n’est pas roi, mais il vient de réaliser un magnifique coup de génie !
Le peuple n’est pas seul à s’inquiéter des velléités de royauté qu’entretient César. Les sénateurs s’agitent aussi :

Marcus Junius Brutus (v.85-42 av. J.-C.).
Marcus Junius Brutus (v.85-42 av. J.-C.).

Un jour, rapporte Suétone, revenant des fêtes célébrées en l’honneur de Jupiter Latialis, comme le peuple l’acclamait d’une manière excessive et immodérée, un homme de la foule posa sur sa statue une couronne de laurier qu’il fixa par une bandelette blanche -signe de la royauté. Les tribuns du peuple, Épidius Marullus et Cesetius Flavius ordonnèrent aussitôt que la bandelette fût enlevée et que l’homme fût conduit en prison. Mais César, fâché, réprimanda durement les tribuns et les priva de leur charge pour avoir mal accueilli cette allusion à la royauté, lui interdisant ainsi, comme il le disait lui-même, le mérite glorieux d’avoir refusé une couronne.
À partir de ce moment, il ne put effacer l’opprobre d’avoir voulu prétendre à la royauté…
En fait, César ne trompe personne et l’opposition se fait de plus en plus vive chez les magistrats et les sénateurs, y compris parmi ses « partisans » officiels. Laissons Suétone raconter lui-même les événements :
Plus de soixante personnes conspirèrent contre lui : C. Cassius, Marcus et Decimus Brutus étaient les chefs de la conspiration.
D’abord ils hésitèrent, ne sachant pas s’ils précipiteraient César du haut du pont du Champ de Mars pendant les élections, au moment du vote des tribus afin que les conjurés postés au préalable pussent le massacrer, ou bien s’ils le frapperaient sur la Voie Sacrée ou à l’entrée du théâtre. Mais lorsqu’ils apprirent que le Sénat était convoqué pour les ides de mars dans la salle de Pompée, ils jugèrent que le moment et le lieu étaient des plus favorables.

« César, méfie-toi des ides de mars ! »
D’évidents prodiges annoncèrent à César sa mort prochaine. Quelques mois auparavant, des colons transportés à Capoue en vertu de la loi Julia, fouillant de vieilles tombes pour construire des habitations avec un acharnement accru par la découverte de vases anciens, mirent au jour une table d’airain. Cette table trouvée, dit-on, dans le monument où avait été enterré Capys, fondateur de Capoue, portait cette inscription en grec :
Lorsque les ossements de Capys reverront le jour, un descendant de la famille Julia périra de la main de ses proches et sa mort sera bientôt vengée par des désastres qui s’abattront sur l’Italie.
Qu’on veuille bien ne pas considérer cela comme un conte ou une fiction, puisque le fait a été rapporté par Cornelius Balbus, un des plus intimes amis de César. Sur les derniers jours de sa vie, il apprit que les chevaux consacrés par lui aux dieux, en passant le Rubicon, et qui, par troupeaux erraient en liberté, refusaient obstinément de manger et versaient des larmes abondantes.
Pendant un sacrifice, l’aruspice Spurinna le prévint d’avoir à éviter un danger qui le menaçait avant les ides de mars. La veille de ces mêmes ides, des oiseaux d’espèces différentes, sortis d’un bois voisin, poursuivirent et mirent en pièces un roitelet qui s’était posé sur la salle de Pompée, un rameau d’olivier dans le bec.
La nuit qui précéda le jour de son assassinat, César, pendant son sommeil, eut l’impression de voguer tantôt au-dessus des nuages et tantôt de serrer la main de Jupiter. Sa femme Calpurnie rêva que le faîte de sa maison s’écroulait et que son mari était percé de coups dans ses bras et soudain les portes de sa chambre s’ouvrirent d’elles-mêmes.

Tous ces faits et le mauvais état de sa santé le rendaient hésitant. Tandis qu’il se demandait s’il resterait chez lui et remettrait à un autre jour les propositions qu’il comptait soumettre au Sénat, Decimus Brutus le pria de ne pas manquer de parole aux sénateurs assemblés depuis longtemps. Il se décida et sortit à la cinquième heure. Quelqu’un lui présenta sur son chemin un écrit qui lui révélait tout le complot ; mais César le mêla à d’autres papiers qu’il tenait de la main gauche, comme pour le lire plus tard. Puis, après avoir fait immoler plusieurs victimes, sans qu’aucune rendît un présage favorable, il entra au Sénat au mépris de tout sentiment religieux.
Il se moquait même de Spurinna qu’il accusait de mensonge, puisque les ides de mars étaient commencées sans qu’il lui fût arrivé aucun mal. Ce à quoi Spurinna répondit qu’elles étaient bien commencées, mais qu’elles n’étaient pas terminées…
Dès que César se fut assis, les conjurés l’entourèrent sous prétexte de lui rendre hommage et, aussitôt, Cimber Tullius, qui s’était chargé du premier rôle, s’approcha comme pour lui adresser une demande. César ayant refusé de l’entendre et, par un simple geste, ayant remis l’affaire à plus tard, Cimber saisit sa toge aux deux épaules.
-Mais c’est de la violence, s’écria César.
Alors l’un des Cassius le blessa par derrière, un peu au-dessous de la gorge, mais César, saisissant le bras de Cassius, le blessa de son stylet. Il voulut alors s’élancer, lorsqu’une autre blessure l’arrêta puis, quand il vit tous les poignards levés sur lui, il se couvrit la tête de sa toge et de sa main gauche rabattit ce vêtement jusqu’aux pieds, pour tomber décemment, en voilant la partie inférieure de son corps. Il fut percé de vingt-trois coups ; le premier lui arracha un gémissement inintelligible.
On raconte que voyant Marcus Brutus prêt à le frapper, il se serait écrié :
-Et toi aussi mon fils !
Tous les conjurés s’enfuirent, laissant son cadavre sur le sol. Enfin, trois esclaves le rapportèrent chez lui sur une litière, un bras pendant au dehors. Son médecin, Antistius, estima que de toutes les blessures qu’avait reçues César, une seule, la seconde qu’il reçut dans la poitrine, était mortelle. L’intention des conjurés était de traîner son cadavre jusqu’au Tibre, de déclarer ses biens confisqués puis d’annuler toutes ses décisions. Mais la crainte que leur inspirait le consul Marcus Antonius et Lépide, le chef de la cavalerie, les firent renoncer à leur dessein.

La mort de César, d'après une représentation du XIXe siècle.
La mort de César, d’après une représentation du XIXe siècle.

L’assassinat de César n’est certes pas le premier commis par des conjurés soucieux de mettre fin aux ambitions démesurées d’un dictateur. Que ce soit dans l’Égypte ancienne, en Chaldée ou en Assyrie, au temps des premiers balbutiements de l’histoire humaine, il y eut des mises à mort dont le souvenir a fini par se perdre au fil des millénaires. Mais la mort de César est le premier « crime politique » dont nous connaissons les moindres détails. Un crime qui en annonce beaucoup d’autres… dans les siècles à venir.

Sylla, le fils des dieux

Buste de Sylla (138 avant J.-C.-78 avant J.-C.).
Buste de Sylla (138 avant J.-C.-78 avant J.-C.).

La fin du IIe siècle et le début du Ier siècle avant J.-C., avaient vu l’émergence de nouvelles revendications à Rome. Les Gracques avaient initié un mouvement qui allait aboutir, entre 91 et 95 avant J.-C., à une véritable guerre sociale opposant les Populares, partisans de la plèbe, et les Optimates, les clans sénatoriaux. Marius, homme d’humble extraction qui avait accédé au consulat en 107 avant J.-C., avait tenté de mener à bien les guerres extérieures -celle contre Jugurtha notamment-, et quelques réformes, mais les lois romaines elles-mêmes, le statu des uns et des autres se trouvait bouleversé du fait même des conquêtes. Des peuples de la péninsule avaient réclamé le statu de citoyen romain, avaient même créé une ligue indépendante ; les partis classiques se déchiraient, au point d’arriver à la guerre civile.
C’est dans cette situation critique pour Rome, qu’apparaît Sylla. Un homme qui va jouer le premier acte qui mènera à l’empire, donc à la fin de la République.
Aristocrate ambitieux, militaire de talent lors de la guerre sociale, Sylla atteint le rang de consul en 88 avant J.-C.. Surtout, il est un adversaire acharné des Populares et milite pour la conservation du pouvoir par les grandes familles romaines. Mais Sylla est plus qu’un conservateur. En fait, il se voit comme l’homme que les dieux ont désigné pour… régner. Exactement comme César après lui, comme Auguste et comme tous les empereurs qui feront l’empire.
Le premier acte augurant la fin de la République va se jouer alors que Sylla, élu consul, part en guerre contre Mithridate, roi du Pont. A peine Sylla, mandaté par le Sénat, a-t-il quitté Rome que les Populares font transférer ses pouvoirs sur le vieux Marius. Sylla est alors à Capoue avec ses légions. Des légions qui, depuis la réforme militaire de Marius -et c’est là toute l’ironie de la chose- n’ont plus à débourser le cens minimum, ce qui permet à des prolétaires de s’engager et de faire carrière. Cette réforme, qui avait pour but d’accroître le nombre de militaires et d’ouvrir des perspectives aux plus pauvres, aura un impact que, sans doute, Marius n’avait pas prévu. Car ces légionnaires de carrière seront désormais dévoués corps et âme à leur général, permettant tous les coups d’Etat, toutes les audaces. Ce que Marius n’avait pas compris, Sylla, qui se disait lui-même fils de Vénus, le comprendra et l’appliquera. A peine apprend-il sa destitution qu’il reprend la route de Rome avec ses troupes. Et c’est toujours avec ses légionnaires qu’il fait son entrée dans l’enceinte sacrée, ce qui bafoue les lois le plus sacrées de la République. Sylla reprend la main… puis reprend la route de l’Orient, ce qui allait le tenir éloigné de Rome de 87 à 83 avant J.-C..  A son retour, alors qu’il est vainqueur de Mithridate, la guerre civile fait rage entre ses partisans et les marianistes. Une fois encore, Sylla va utiliser son armée -car elle est désormais sienne pleinement, totalement- pour mettre le siège devant Rome. Devenu le maître de la cité, il se fait plébisciter dictateur. Une position qui va lui permettre de se débarrasser de ses adversaires, les armes à la main. La suite, ce sera la diminution des pouvoirs du Sénat et des magistrats -notamment ceux de la plèbe-, ce qui laisse à penser que, peut-être, il ambitionnait de restaurer la monarchie. Etonnament, pourtant, Sylla abdique en 79 avant J.-C.. Il mourra l’année suivante.
Si les intentions de Sylla ne sont pas parfaitement claires, elles laissent augurer que l’idée de l’empire -ou du rétablissement de la monarchie, comme on veut- était dans la logique des choses. Une logique que César ne poussera pas jusqu’au bout -sans doute du fait de son assassinat- mais qui permet de comprendre comment, quelques dizaines d’années après Sylla et après cinq siècles de République, les Romains acceptèrent, sans grande difficulté, l’empire.

Mécène ou l’amour des arts

Caius Maecenas ou Mécène (70 avant J.-C.-8 avant J.-C.).
Caius Maecenas ou Mécène (70 avant J.-C.-8 avant J.-C.).

Sans lui, l’Enéide n’aurait sans doute jamais été écrite. Pas plus d’ailleurs que nombre d’autres œuvres de Virgile, d’Horace, de Properce ou de Varius. Compagnon d’Octave, ami d’Auguste, Caïus Cilnius Mécène refusera tous les honneurs, toutes les charges, pourvu qu’il puisse poursuivre son œuvre personnelle : la protection des artistes. Elevé en partie en Grèce, issu d’une famille qui prétendait remonter aux souverains de l’antique Etrurie, Mécène était surtout à la tête d’une fortune qui lui permettait de satisfaire, sans trop de dommages, tous ses caprices. Et ses "caprices" étaient avant tout d’ordre intellectuel, artistique même. Ecrivain lui-même, il s’était entouré d’une véritable cour qu’il alimentait, au propre comme au figuré, jouant les protecteurs autant que les inspirateurs, au point d’ailleurs que son nom servira désormais à illustrer une pratique qui perdurera jusqu’aux temps modernes : le mécénat.

« Tu as vaincu, Galiléen ! »

Il fut la plus terrible menace pour le christianisme naissant : pendant son très court règne (361-363), l’empereur romain Julien l’Apostat, qui succède à Constance II, le 2 novembre 361, abjure et engage contre l’Église catholique une lutte sans merci. Ralliant autour de lui les hérétiques et les ennemis de la religion nouvelle, il crée une école philosophique qui prône le paganisme. Les auteurs ecclésiastiques racontent que saint Basile le Grand eut, durant une nuit de prière, une vision prémonitoire : l’empereur impie était terrassé par un ange venu du ciel.
L’iconographie byzantine a popularisé cette vision et, dit la légende, Julien l’Apostat, transpercé par la flèche de l’ange, s’écria avant de mourir :
-Tu as vaincu, Galiléen !

Le Forum romanum

Ruines du Forum romain (gravure du XIXe siècle).
Ruines du Forum romain (gravure du XIXe siècle).

Equivalent à l’agora grecque, le forum romain servait à l’origine exclusivement de marché ; très rapidement, cependant, il allait prendre le véritable cœur de la cité, son centre politique et judiciaire. A Rome même, le Forum devait jouer un rôle particulièrement important à l’époque républicaine. C’est là que siégeait le Sénat, que les assemblées du peuple tenaient leurs réunions -le comitium notamment-, que les orateurs discouraient du haut de la tribune aux harangues. Autour d’eux, on discutait, on s’échauffait, on se battait parfois ; bref, on faisait de la politique. C’est également au Forum qu’étaient jugés les grands procès politiques : Verrès, Clodius, Milon, y défileront, vêtus de deuil, poussant les enfants devant eux afin d’émouvoir les juges, tout cela au milieu des boutiques de courtiers, de banquiers, de changeurs, mais aussi de bijoutiers, de parfumeurs, de copistes. Des bouchers, un marché aux poissons finissaient d’animer la place.
Situé à l’emplacement d’un ancien marais, le Forum romanum était placé entre les collines du Palatin et du Capitole.
Encombré de statues, le Forum était également environné d’édifices publics aussi importants que la salle du Sénat, dite Curia hostilia, la tribune des Rostres, la colonne de Duilius, qui célébrait la première victoire navale des Romains, la basilique Porcia, érigée par Caton le Censeur et où les tribuns de la plèbe rendaient la justice, et enfin la basilique Æmilia, la plus grande de la Rome républicaine, d’où les spectateurs pouvaient assister aux combats de gladiateurs. La Regia, résidence du Grand pontife, ainsi que le temple de Vesta, celui de Castor et celui de Vénus donnaient au Forum un caractère religieux indispensable.
Ainsi, bien que sous l’Empire le Forum ait perdu son caractère politique, il devait demeurer le rendez-vous de prédilection des Romains.

Commode, l’empereur méconnu

Buste de l'empereur Commode, en Hercule (161-192).
Buste de l’empereur Commode, en Hercule (161-192).

Fils du très sage empereur-philosophe Marc Aurèle (121-180), Commode a acquis une large part de ce qui fait actuellement sa célébrité grâce au non moins célèbre film de Ridley Scott, Gladiator. Et s’il est assez rare qu’un cinéaste rende justice à un personnage historique, force est de constater que, dans ce cas précis, Scott ne se fait que l’écho de la plupart des historiens antiques. La question est donc de savoir s’il a eut raison de leur faire confiance…
Car en effet le tableau est des plus sombres. La cruauté, la débauche semblent avoir été son quotidien ; sans compter l’assassinat, y compris dans sa propre famille, et des dépenses telles qu’elles conduisirent quasiment à la ruine de l’Empire. Néron lui-même, prend, à la lectures de ces récits, l’allure d’un saint homme ! D’ailleurs, comme lui, Commode se prenait pour Hercule et, rapportent ses détracteurs, il n’était pas rare de voir l’empereur, ce géant doté d’une taille et d’une force extraordinaires, défier les gladiateurs ou des bêtes sauvages vêtu comme le fils de Zeus. Et si les témoignages de ses contemporains ne suffisaient pas, la numismatique est là pour donner son aval. Ainsi, l’empereur s’était fait représenter portant une massue et drapé d’une peau d’animal sur de nombreuses pièces (Octave, en s’attribuant le titre d’Auguste avait mis les empereurs –en l’occurrence lui-même- au niveau des dieux, alors, se présenter sous les atours d’un fils de Zeus paraît relativement bénin) !
Qu’importe, il lui en sera fait grief !
Comme au dernier représentant de la dynastie des julio-claudiens (Néron), Commode, dernier rejeton de celle des Antonins, se verra accabler de tous les maux, tous les vices, toutes les atrocités. Alors, peut-être, en effet, y a-t-il une part de vérité dans la légende noire qui accompagne les deux empereurs. Mais si la politique exigeait d’oublier avec diplomatie les progrès inspirés par Néron (il suffirait de rappeler la nécessaire réfection de Rome, la mise en place du système contre les incendies), le règne de Commode est tout bonnement à réécrire… Comment, en effet, créditer d’une bonne foi aveugle des textes dictés par le Sénat romain, ou simplement des compte-rendus, quand on sait que le règne de Commode n’a été qu’un affrontement permanent avec ce même Sénat ?
Tout a commencé en 176, quand Marc Aurèle, alors aux prises avec les Germains qui avaient franchi le Danube et menaçaient l’Italie, décida d’associer son fils, Commode, à l’Empire. Une décision qui devait mécontenter fortement les sénateurs, d’abord parce qu’ils n’avaient pas été consultés, ensuite parce qu’ils espéraient bien que Marc Aurèle fasse un choix parmi eux (il est vrai que le fils de l’empereur n’était alors âgé que de quinze ans).
Son père mort (en 180), Commode allait s’emparer des clefs du pouvoir et sa première décision sera de mettre fin au conflit qui perdurait sur les bords du Danube. Plus aucune guerre ne devait troubler le règne du jeune empereur. Mais si la paix régna à l’extérieur des frontières, elle devait faire rage dans les arcanes du pouvoir. On peut d’ailleurs supposer, sans grand danger de se tromper, que si Commode agit avec une telle rapidité, c’est qu’il désirait concentrer toute son énergie à la lutte intestine qui couvait. Bien lui en prit, ses relations avec les sénateurs et l’aristocratie n’ayant cessé de s’envenimer, notamment après qu’il désigné un Bithynien (originaire du nord-ouest de l’Anatolie) puis un Phrygien (également en Asie Mineure) pour conseillers. Les complots se multiplièrent, avec leurs lots de d’exécutions répressives.
Sans compter que cet empereur, décidément hors norme, éprouvait une véritable fascination pour les cultes orientaux, notamment celui de Mithra, auquel, dit-on, il s’initia.
Après avoir échappé à de multiples tentatives d’assassinat, Commode devait succomber, le 31 décembre 192, après seulement douze ans de règne. La légende noire de cet empereur méconnu allait pouvoir se propager… jusqu’au XXIe siècle !

Tibère, l’empereur républicain

Buste de l'empereur Tibère (42 avant J.-C.-37 après J.-C.).
Buste de l’empereur Tibère (42 avant J.-C.-37 après J.-C.).

Si Auguste avait fait semblant de respecter la République tout en mettant en place l’empire -ou du moins le principat-, Tibère, son successeur sera bel et bien empereur… sans pour autant en avoir l’envie, le désir. Et il s’en faudra de peu pour que le rêve d’Auguste ne s’effondre avec un retour à la République.
De fait, lorsque Auguste meurt, en 14 après J.-C., c’est le règne de l’incertitude et de l’inaction. Tibère ne veut pas réclamer les pouvoirs qui lui seront nécessaires pour régner ; et le Sénat hésite à accéder à la volonté d’Auguste et à reprendre les pouvoirs qui lui avait été ravis, ce qui équivaudrait  à un retour à la République pleine et entière et non plus apparente comme sous le « règne » d’Auguste. Un mois durant, le Sénat va hésiter, osciller pour finalement octroyer à l’héritier désigné ce qui signe l’acte de décès de la République. Le plus étonnant, c’est que Tibère sera sans nul doute l’empereur le plus attaché aux valeurs de la République, celui qui la regrettera la plus, qui comprendra le plus ce qu’elle représentait… pour la bonne et simple raison qu’il était lui-même fils de la République.
Né en 42 avant J.-C., Tibère est le fils d’un officier d’Auguste. Il ‘a que quatre ans lorsque sa mère, alors enceinte de son frère Drusus, se sépare de son père et épouse Auguste. La question de sa succession va être au coeur des dernières années de « règne » d’Auguste et le moins que l’on puisse dire c’est que Tibère n’était pas dans ses préférés. Son frère, Drusus, avait plus de charme aux yeux d’Auguste ; mais surtout, celui-ci comptait sur sa fille, Julie, mariée à Agrippa, un général, pour lui assurer une descendance. Elle semblait devoir être incarnée par les fils d’Agrippa et de Julie, Caïus et Lucius, mais la mort d’Agrippa, en 12 avant J.-C., allait poussé Livie, la mère de Tibère, à jouer la carte de ses rejetons : elle poussa Tibère à se séparer de sa femme et à épouser Julie, devenant de fait le beau-fils et le gendre d’Auguste. La mort de Drusus, en 9 avant J.-C., puis celle des deux petits-fils d’Auguste, en 2 et en 4 après J.-C. Avait fait le vide dans les prétendants désignés à la succession d’Auguste. Ne restaient que Tibère et que le fils de Drusus, son neveu Germanicus, qu’il adoptera alors même qu’Auguste faisait de Tibère son fils. Un imbroglio dynastique qui sera l’apanage de la dynastie julio-claudienne. Avec lui commence la dynastie des julio-claudiens, les premiers, la gens Julia, descendant d’Auguste, la seconde, la gens Claudia, descendant, comme Tibère lui-même, de Livie.
Au final, c’est donc le plus républicain des héritiers d’Auguste qui accède au pouvoir. Après les expéditions menées sous l’autorité de son beau-père et père, Tibère va préférer jouer la paix, en préservant a Pax romana, ce qui consistait à ne pas entreprendre d’expéditions offensives et à se contenter des frontières existantes de l’empire. Côté politique intérieure, Tibère va, dans un premier temps, augmenter les pouvoirs du Sénat. Mais rapidement, la gestion familiale de Tibère va entrainer de vives tensions avec le Sénat, preuve qu’il est désormais acquis que la République est morte puisque des affaires de familles deviennent des affaires d’Etat. Les tensions seront même telles que Tibère, dégoûté des attaques incessantes du Sénat qui l’accusait d’avoir fait assassiner son neveu -le fils de Drusus- Germanicus, et des complots multiples, décidera de quitter Rome et de se retirer à Capri (26 après J.-C.). Atteint, selon Tacite et Suétone -dont la partialité est à démontrer- de délire de persécution, voir de folie, l’empereur avait laissé le pouvoir aux mains de son conseiller, Séjan qui saura largement en tirer profit. De fait, durant quelques années, c’est bien Séjan qui gouverne l’empire. C’est lui aussi qui multiplie les tensions, quitte, pour se faire, à inventer des complots : assassin lui-même de Drusus, le fils de Tibère, Séjan tentera d’impliquer les héritiers de Germanicus dans ses intrigues contre l’empereur. Le complot dénoncé, Agrippine la vieille, épouse de Germanicus, ainsi que deux de ses fils seront emprisonnés et Séjan tué avec toute sa famille (31 après J.-C.). Seul survivant de l’affaire : Caligula, le dernier fils de Germanicus et d’Agrippine, qui sera l’héritier de Tibère. Ce dernier, toujours retiré à Capri, mourra en 37. L’histoire veut qu’il soit tombé évanoui et que l’on ait cru un peu rapidement à sa mort. Le préfet s’étant empressé de proclamer Caligula empereur devait rapidement rectifier son erreur… en étouffant Tibère qui venait de reprendre connaissance.

Bélisaire, le sauveur de l’Empire

Fresque représentant l'empereur Justinien Ier (483-565).
Fresque représentant l’empereur Justinien Ier (483-565).

L’effondrement de l’Empire romain date, officiellement, du Ve siècle. Mais en réalité, ce fut une longue agonie qui s’étend sur plusieurs siècles.
Face à la « déferlante barbare », quelques généraux et quelques empereurs tentèrent de réagir. Parmi eux, l’empereur Justinien, qui comptait sur l’habileté de son meilleur général, Bélisaire, pour reconstituer l’unité de l’Empire éclaté. Le premier objectif est le royaume vandale : Bélisaire débarque en Afrique du Nord avec une flotte de cinq cents navires et, après une brillante campagne de quelques mois, s’empare de Carthage en septembre 533. Une victoire qui sonne le glas du royaume vandale. Justinien lancera ensuite son général à la conquête de l’Italie, sous domination Ostrogoth. Là encore, Bélisaire se pose en vainqueur : il reconquiert la Sicile, Naples, Rome et enfin Ravenne, où Vitigès, le roi ostrogoth, tenait sa cour. Mais de tels succès devaient attirer la jalousie, notamment celle de l’empereur lui-même : dès lors, Justinien ne cessera de se défier de Bélisaire, tout en faisant appel à ses talents lorsque l’Empire est en danger…