Les Etrusques, de véritables historiens

Fresque historique étrusque.
Fresque historique étrusque.

On a souvent fait du peuple étrusque le spécialiste de la divination et de l’Etrurie la « mère et origine de toutes les superstitions », comme l’écrit Macrobe (IVe siècle après J.-C.). Les haruspices en tout genre, la divination la littérature sacrée elle-même accrédite cette idée. Pourtant, le désir de connaître l’avenir n’était pas la seule motivation des Etrusques. Il ne cadre d’ailleurs guère avec la conviction qu’ils avaient que l’histoire est un éternel recommencement. « Ce qui se produit s’est déjà produit et se reproduira », note Jean-René Jannot. On comprend dès lors la nécessité de connaître le passé, l’histoire, même véhiculée par des mythes. Une nécessité qui est la propre de l’histoire, sa raison d’être en tant que science humaine et non une quelconque volonté de compiler faits et actes de bravoure. La connaissance du passé, par définition, doit permettre à l’homme d’éclairer son avenir. Et en ce sens, les Etrusques apparaissent comme le premier peuple d’historiens véritables.

Persépolis, la splendeur des Achéménides

Bas-relief de la cité de Persépolis représentant les gardes de la cité et du souverain.
Bas-relief de la cité de Persépolis représentant les gardes de la cité et du souverain.

L’apogée de la dynastie achéménide commence en 555 avant J.-C. lorsque Cyrus, chef d’un clan perse, réunit sous son sceptre les deux tribus principales, celle des Perses et celle des Mèdes, avec qui il conquiert, en moins de vingt ans, tout l’Orient ancien. Lorsqu’il meurt, en 530 avant J.-C., seule l’Égypte avait résisté : elle sera conquise par son fils, Cambyse, qui règne jusqu’en 522. À sa mort, un de ses parents, d’une branche collatérale, reprend le flambeau conquérant des Achéménides : Darius Ier, père d’une dynastie qui régnera sur l’Orient durant près de deux siècles, est également le premier à prendre le titre de Grand roi ou de Roi des rois, titres qui révèlent assez la toute-puissance des souverains achéménides. Pourtant, cette puissance, confirmée lors des guerres médiques que menèrent les deux premiers souverains, sera ébranlée dès 465 avant J.-C. par des luttes internes, ce dont profitera très largement Alexandre le Grand lorsqu’il entreprendra la soumission du dernier Grand roi, Darius III.

La cité de Persépolis, ancienne résidence « de repos » des souverains achéménides doit, à l’image de la dynastie, sa puissance et sa beauté aux deux premiers Roi des rois, Darius Ier et son fils Xerxès. On peut notamment y voir la porte de Xerxès, ornée des statues colossales de taureaux ailés à tête humaine ; la salle d’audience du palais de Darius, qui pouvait contenir jusqu’à 10 000 personnes ; les célèbres colonnes Apadana et l’escalier dont les bas-reliefs représentent une double procession dans laquelle chaque personnage est sculpté avec un luxe de détails.

Thèbes, cité de légendes

Œdipe sera retrouvé par un berger, les pieds attachés, avant d'être confié à Polybe, roi de Corinthe (statue ancienne).
Œdipe sera retrouvé par un berger, les pieds attachés, avant d’être confié à Polybe, roi de Corinthe (statue ancienne).

De nombreuses légendes rattachent le nom de Thèbes à la mythologie antique. Fondée par Cadmos, elle aurait vu le règne des Labdacides mais aussi d’Œdipe et de ses frères ; elle aurait connu la guerre des Sept Chefs et celle des Epigones.
Ce qui est certain, c’est que Thèbes est une des plus anciennes cités fortifiées de la Grèce et qu’elle apparaît, dès le début de l’époque classique, comme la capitale de la Béotie.
République oligarchique, elle prend la tête de la ligue béotienne mais se heurte, à la fin du VIe siècle avant J.-C., à Athènes qui soutient alors l’indépendance de Platées. Par vengeance, elle s’allie aux Perses durant la seconde guerre médique mais sera vaincue par Mardonius à Platées (479 avant J.-C.). Une défaite qui annonce la fin de sa direction de la ligue Béotienne. Affranchie d’Athènes, la rebelle Thèbes va alors s’allier avec Sparte dans la guerre du Péloponnèse mais, après la prise d’Athènes et la crainte de voir l’hégémonie spartiate empiéter sur son indépendance la feront se rapprocher de son ancienne ennemie. Avec Athènes, Corinthe et Argos, elle forme, en 396 avant J.-C., la ligue contre les Lacédémoniens. L’échec de cette ligue sera d’autant plus douloureux qu’en 393 avant J.-C., Thèbes tombe aux mains des Spartiates.
Libérée en 379, la cité allait, après maintes vicissitudes, jouer le rôle de premier plan en Grèce entre 371 et 361 avant J.-C.. Pour peu de temps cependant : à nouveau battue par Sparte, Thèbes allait finalement succomber à la volonté de conquête de Philippe de Macédoine. A sa mort, la cité béotienne crut pouvoir se révolter. Elle en sera pour ses frais. Alexandre devait lui infliger un châtiment exemplaire : en 335 avant J.-C., le Macédonien donne l’ordre de raser la cité légendaire, ne sauvegardant que la citadelle de Cadmée et la maison de Pindare, le plus illustre des Thébains.

La cité du dieu Lug

Oppidum celtique à l’origine, Ludgdunum, « le sanctuaire du dieu Lug », tient une place privilégiée en Gaule… grâce aux Romains.
En 43 avant J.-C., le 17 octobre selon certains historiens, un lieutenant de César, Lucius Munatius Plancus, saisissant tout l’intérêt stratégique de l’oppidum, organise, sur le plateau de Fourvière, une colonie romaine qui ne tarde pas à devenir très prospère.
Promue, par Auguste, capitale des trois Gaules, la Lyonnaise, l’Aquitaine et la Belgique, Lugdunum est aussi le principal nœud routier des Gaules. Tous les chemins mènent alors à Lyon, capitale religieuse du pays, où le culte gaulois de Lug a fait place à ceux de Rome et d’Auguste.
Centre économique et commercial, la ville est embellie tout au long du Ier et du IIe siècle après J.-C., mais le ravage de la ville, ordonné par Septime Sévère en 197 après J.-C., annonce son déclin.

Le talon d’Achille

Achille d'après une peinture murale.
Achille d’après une peinture murale.

De tous les héros grecs, Achille est sans nul doute le plus connu. Pourtant, pour beaucoup, son nom n’évoque rien d’autre qu’une banale histoire de talon…
Tout à commencer lorsque Zeus et Poséidon tombèrent amoureux de la néréide Thétis. La divinité marine était belle à en faire perdre la raison et les deux frères étaient prêts à en venir aux mains pour savoir qui aurait droit à ses faveurs quand Prométhée intervint. Le malheureux titan, qui subissait depuis des temps immémoriaux le supplice de voir son foie dévoré chaque jour par l’aigle de Zeus, convoqua donc Zeus et son frère et leur révéla que le fils de Thétis serait plus grand que son père… refroidissant ainsi sérieusement les ardeurs des dieux ! Zeus et Poséidon étaient prévenus mais si Thétis s’unissait à n’importe quel autre dieu, la concurrence risquait d’être des plus rude : Zeus décida donc de donner Thétis en mariage à un mortel.
L’heureux élu était le roi de Thessalie, Pelée, qui eut bien du mal à ne serait-ce qu’embrasser sa jeune épouse : la néréide, outrée qu’on l’ait ainsi donné à un pauvre mortel, refusait tout contact avec Pelée. Finalement, après bien des ruses, Pelée réussit à convoler avec Thétis qui, au fil des ans, lui donna huit fils. Au dernier, elle donna le nom d’Achille.
Thétis aimait tendrement ses fils et, comme toutes les mamans, elle était hantée par l’idée qu’ils puissent se blesser. Pire même, qu’ils meurent. Car si les fils de Pelée tenaient beaucoup de leur mère, il y avait une chose qu’ils avaient héritée de leur père : c’est sa mortalité ! La belle néréide décida donc de tout mettre en œuvre pour palier à cette « petite défaillance » et rendre ses fils immortels… sans grande réussite puisqu’ils périrent tous les uns après les autres dans les flammes où les plongeait leur mère. À la naissance du huitième, cependant, Pelée mit le holà. Thétis dut se résoudre à trouver un autre système que celui du baptême du feu : son dernier-né sous le bras, elle descendit donc dans les Enfers et le plongea dans les eaux purulentes du Styx. Contente de sa ruse, Thétis remonta bientôt à la surface de la terre, oubliant qu’elle avait tenu son fils par le talon durant toute l’opération.
Les années passaient et Achille grandissait. Fils d’une divinité, il avait un statut particulier chez les mortels et son éducation devait être parfaite. Elle fut donc confiée à Chiron, le maître des Centaures, qui fut également le distingué professeur d’Hercule, de Jason et d’Asclépios. Chiron, à n’en pas douter, était le meilleur dans sa partie : il lui enseigna l’art de la guerre, qui était la matière préférée d’Achille, et le nourrit même de gibier… afin, dit-on, d’accroître sa férocité… Rapidement, Achille devint célèbre pour son courage et son adresse à nul autre pareil. Et, bien entendu, lorsque le temps fut venu pour les Grecs de partir en expédition contre Troie, ils voulurent qu’Achille les accompagne… Mais voilà, Achille avait disparu !
Sachant, par on ne sait quelle prophétie, qu’Achille mourrait sous les murs de Troie, Thétis avait convaincu son fils de se cacher, déguisé en fille, dans le gynécée du roi Lycomède, à Scyros. C’est Ulysse, le plus malin des guerriers grecs, qui fut chargé de le retrouver. Déguisé en marchand, l’astucieux grec pénétra dans le palais de Lycomède et présenta aux jeunes filles assemblées un assortiment de bijoux et de soieries… ainsi que quelques armes ! Alors que toutes les filles, comme de bien entendu, s’extasiaient sur les attributs si typiquement féminins, Ulysse constata qu’une d’entre elle semblait fascinée par les armes : il sut alors qu’il avait trouvé Achille. Mais Thétis ne désarmait pas : si son fils devait combattre contre les Troyens, il le ferait dans les meilleures conditions. C’est ainsi qu’Achille embarqua pour Troie, une armure invincible spécialement conçue pour lui par Héphaïstos dans ses bagages.

Achille soignant Patrocle.
Achille soignant Patrocle.

Dans les premiers temps de la guerre, les Troyens n’eurent guère à redouter l’adresse guerrière d’Achille : ce dernier, qui s’était disputé avec Agamemnon, refusait tout simplement de se battre. Il passait ses journées avec Patrocle, son ami et amant, à jouer de la lyre à l’ombre de sa tente. Un jour, pourtant, Patrocle, qui avait une conscience plus développée de son devoir, emprunta la fameuse armure d’Héphaïstos et, se faisant passer pour Achille lui-même, se lança dans la bataille. Bien mal lui en prit : il se heurta au meilleur guerrier troyen, Hector, qui, d’un coup parfaitement assuré, mit fin aux prétentions du pauvre Patrocle.
Lorsqu’Achille apprit la mort de son bien-aimé, il entra dans une rage folle et se lança -enfin- dans la bataille. Le duel entre Hector et Achille devait durer de longues heures mais, finalement, Achille eut raison du Troyen. Pourtant, sa vengeance était loin d’être assouvie : attachant le cadavre de son ennemi à son char, Achille le traîna, douze jours durant, autour de la tombe de Patrocle. Sa rage glaçait d’horreur les Troyens comme les Grecs ; les dieux eux-mêmes se révoltèrent devant pareille humiliation, au point que Zeus chargea Thétis d’intervenir. Sur les instances de sa mère, Achille mit donc un terme à sa vengeance mais, désormais, les Grecs purent compter sur sa participation. Et elle ne fut pas des moindres : guerrier accompli, sans doute le meilleur de son époque, Achille sema la mort et la désolation parmi les rangs des Troyens… jusqu’à ce que les dieux se mêlent à nouveau du conflit. C’est Apollon, favorable aux Troyens, qui devait mettre fin à la glorieuse carrière d’Achille en guidant le bras de Pâris : touché au talon par une flèche, Achille s’effondra, accomplissant ainsi la prophétie.
Personnage essentiel de l’Iliade, Achille allait devenir le type même du héros grec : un guerrier accompli, bien que d’une rare violence, un demi-dieu qui ne pouvait qu’inspirer des hommes tels qu’Alexandre le Grand…

Néron-Caligula : la folie dans le sang ?

Caligula (12-41).
Caligula (12-41).

Il est fort étonnant de constater combien les destins de Caligula et de Néron sont semblables. Tous deux atteignent à la pourpre impériale très jeunes ; tous deux sont adulés par le peuple de Rome avant de basculer dans la folie. Le fait est que ces « jeunes espoirs » de la dynastie julio-claudienne n’avaient guère de chance d’échapper à ce sombre destin. Et le premier responsable n’est autre qu’Auguste lui-même.
Certes, Auguste avait toujours refusé le titre impérial, mais il avait fait plus : il avait promu la divinisation de sa personne et, de fait, de ses successeurs. Une divinisation que jeunes esprits tels que ceux de Caligula et de Néron ne sauront assumer qu’en plongeant dans la folie, l’un se prenant pour Jupiter, l’autre pour Apollon. Une folie qui se manifestera par un culte excessif de leur personne –Caligula multipliera les triomphes imaginaires, Néron les statues le représentant-, l’appropriation d’un droit de vie ou de mort y compris sur leurs proches. A l’image des pharaons d’Egypte qui se mariaient avec leurs sœurs afin de conserver un sang divin le plus pur possible, Caligula commettra même l’inceste avec ses sœurs…
Quant aux autres représentants de cette « auguste » dynastie, ils ne valent guère mieux : Tibère multipliera les meurtres et condamnera pour crime de lèse-majesté –presque que lèse-majesté divine- pour une simple parole, une simple diffamation. Seul l’empereur Claude semble avoir été épargné par cette folie, préoccupé qu’il était de l’administration de l’Empire. Etonnement, il sera l’objet de toutes les railleries aussi bien de la part de ses contemporains que des historiens qui commencent, seulement, à réviser leur piètre opinion.

De la constitution de l’Egypte à la volonté de conquête

Ramsès II et la déesse Anouké (bas-relief antique).
Ramsès II et la déesse Anouké (bas-relief antique).

Fort logiquement, les premiers siècles de l’histoire égyptienne ne sont pas ceux d’une véritable armée. Logiquement parce que le royaume n’est pas encore constitué –ou de manière temporaire-, qu’il n’y d’unité nationale que de manière accidentelle et que le régime qui prédomine, notamment sous l’Ancien empire, est celui des nomarques. L’Egypte elle-même étant en pleine constitution, ses souverains n’allaient guère se lancer dans des expéditions conquérantes et l’armée sera donc à l’image de cette « amateurisme ». Des milices levées par les nomarques des provinces, des mercenaires engagés pour l’occasion : tel sera le système en pratique jusqu’au Moyen empire. Les armées elles-mêmes sont encore au stade de l’équipement léger avec la massue –qui symbolise le commandement et qui sera ensuite une arme d’apparat du pharaon-, l’arc, la fronde et la lance. Un équipement qui n’évoluera guère au Moyen empire sauf peut-être avec l’ajout du « harpè », une sorte de petite épée courbe que l’on retrouvera sur els représentations des souverains du Nouvel empire.
Au Moyen empire, le recrutement se professionnalise et correspond, en gros, au service militaire qui aura été en application en France jusqu’en 2001. C’était au scribe des armées qu’était dévolu le recrutement pour servir temporairement le pharaon. Un service militaire qui ne permettra pas de vastes campagnes mais qui servait essentiellement à constituer des milices policières que ce soit pour faire régner la paix dans les cités ou pour protéger les convois dans les mines du désert. Enfin, une infime partie de ces contingents allaient participer aux expéditions maritimes vers le pays du Pount –sur les rives de la mer Rouge.
Ce n’est guère qu’à la fin du Moyen empire que des troupes permanentes vont être établi aux postes frontières et ce n’est guère que sous le Nouvel empire, dont les pharaons vont mettre en place une véritable politique de conquête que vont être créer des armées permanentes.
Sous la XVIIIe dynastie va apparaître la division de l’armée en corps de troupes. Désignés sous les noms des dieux –Amon ; Beauté du disque solaire, Ptah, Rê, Seth aussi sous Ramsès II. A l’époque d’Horemheb, général  d’Akhénaton avant d’accéder lui-même au titre de pharaon (de 1348 à 1320 avant J.-C.), l’armée était divisée en deux grands corps, l’un occupant le Delta et l’autre le sud du pays, notamment afin de faciliter les interventions en Nubie. Séthi Ier (1318-1304 avant J.-C.) étendra la division à trois corps, Ramsès II (1304-1237 avant J.-C.) à quatre. Chacune de ces divisions étaient elles-mêmes séparées en compagnies de deux cents hommes chacune, encore dispersés en 4 corps de 50 hommes. Chaque compagnie répondait aux ordres d’un chef de corps ou porte-enseigne.
Une belle armée nationale donc, sauf que la guerre n’était vraiment pas le fort des Egyptiens qui recruteront largement les mercenaires. De fait, sous les Ramessides, qui auront été parmi les plus conquérants des pharaons, sur 5000 hommes, 1900 sont Egyptiens contre 3100 qui étaient issus de Libye, de Nubie, pour ce qui est du corps des policiers, ou des tribus de bédouins, qui constituaient l’essentiel des archers.
Si le gros des troupes était en majorité étranger, le commandement, quant à lui, demeurait aux mains des Egyptiens. Au sommet de cette organisation, le pharaon avait officiellement le rang de commandant suprême mais c’est surtout le vizir qui, avec l’aide et le conseil du général en chef, assurait le recrutement, l’entretien et l’entraînement des troupes. Quant à l’encadrement, c’est-à-dire aux officiers, ils étaient généralement issus de l’école des scribes et pouvaient se voir proposer de brillantes carrières, notamment dans la conduite des chars. De fait, les récompenses étaient si intéressantes, les gratifications si nombreuses que cette carrière allait attirer de véritables dynasties de militaires qui, au final, vont constituer des castes distinctes. C’est des rangs de cette « aristocratie militaire » que sortiront des pharaons comme Horemheb ou Ramsès Ier.

Civa, le dieu des dieux

Buste de Civa.
Buste de Civa.

Pour les adeptes de du civaïsme, qui représentent un mouvement sectaire de l’hindouisme, Civa est le dieu suprême ; il est en fait l’héritier de Yogin, retrouvé à Mohenjo-Daro, un des principaux centres de la civilisation de l’Indus, ce qui fait de lui le plus ancien des dieux indiens.
Comme Civa lui-même représente l’alpha et l’omega de la vie, qu’il est l’ensemble de l’univers, son culte possède des aspects extrêmement contradictoires, depuis les pratiques d’ascèse les plus primitives et même brutales, jusqu’à un idéalisme absolu. Les sectes civaïtes prônant l’ascèse ont généralement fait du yoga la forme la plus visible de leur règle de vie. Certains, intransigeants, refusent tout rapport avec les représentants d’autres divinités et vénèrent en Civa le dieu de la fécondité.
Dès le Ier siècle de notre ère, le civaïsme rayonnait dans toute l’Inde méridionale et c’est contre le bouddhisme qu’il eut à combattre en une lutte violente. Malgré tout, le civaïsme parvint à se maintenir, jusqu’à connaître un âge d’or au Xe-XIe siècles lorsque les monarques indiens l’adoptèrent. Le culte de Vishnou devait engendrer, au XIIIe siècle, un net recul du civaïsme jusqu’à sa disparition quasi complète, excepté dans le sud de l’Inde, avec Bénarès pour capitale.

« Les lauriers de César »

Vercingétorix, jeune chef arverne, vient de reconnaître sa défaite. Il quitte Alésia où il s’était retranché et pénètre dans le camp romain. Là, devant César, il jette ses armes aux pieds du vainqueur et se constitue prisonnier.
Dernier rempart contre la conquête romaine, Vercingétorix avait réussi, après maints efforts, à rallier tous les peuples gaulois sous son pavois. Mais, malgré la victoire de Gergovie, en août 52 av. J.-C., les légions romaines avançaient implacablement.
Le siège d’Alésia, preuve du génie militaire et stratégique romain, ne sera qu’une lente agonie. Enfermés dans la ville, les Gaulois mouraient de faim et leur rares tentatives de sortie étaient vouées à l’échec. Il ne restait qu’un seul espoir : l’arrivée de renforts… qui sont immédiatement repoussés, le 26 septembre 52 av. J.-C.. Dès lors, l’issue est inéluctable et, après la reddition de Vercingétorix, qui suit cet événement, la soumission de la Gaule toute entière n’est plus qu’une question de temps…

Ptolémée Ier, le « sauveur » de l’Egypte

Buste de Ptolémée Ier Sôter (v.367-283 av.J.-C.).
Buste de Ptolémée Ier Sôter (v.367-283 av.J.-C.).

Alexandre le Grand sera passée dans l’histoire à la vitesse d’un météore. En douze ans de règne à peine, il aura conquis l’Asie Mineure, la Phénicie, l’Egypte, Babylone, l’Iran et aura conduit ses armées jusqu’aux rives de l’Indus. Au fur et à mesure de ses conquêtes, il tentera d’assurer son pouvoir par un subtil mélange de nouveaux gouverneurs –grecque d’origine- et de conservation des traditions. Et c’est exactement ce que fera le plus célèbre de ses généraux, Ptolémée qui hérite de la satrapie –le gouvernement- de l’Egypte.
Fils bâtard de Philippe II de Macédoine selon certains auteurs antiques, Ptolémée n’aura pas le même désir de conquête qu’Alexandre, ni sa fascination de l’Asie. Pour lui, l’Egypte est un trésor, un royaume qu’il mettra toute son énergie à redresser, au point de faire de sa capitale, Alexandrie, le fleuron de la Méditerranée et de la civilisation grecque. Pourtant, si la « patte » grecque est incontestable, Ptolémée Ier, qui ne prend le titre de roi qu’en 306 avant J.-C., va engager un véritable travail d’intégration en Egypte. Prenant exemple sur Alexandre qui s’était désigné comme un fils d’Amon, il va se faire reconnaître, et ses descendants avec lui, comme l’authentique successeur des pharaons.
Et s’il instaure un véritable culte en l’honneur d’Alexandre –dont le tombeau sera édifié à Alexandrie-, s’il est à son tour divinisé, jamais il ne s’opposera au clergé égyptien dont l’influence s’avérait essentielle. Bien au contraire, la « colonie » grecque, qui se limitera d’ailleurs à quelques villes, honorera bien volontiers les dieux égyptiens, notamment à travers le culte d’Isis, au point de trouver un écho dans tout le monde méditerranéen.
Sous l’autorité des Lagides –du nom de Lagos, le père officiel et peut-être véritable de Ptolémée-, l’Egypte ne perd aucun de ses caractères propres, Ptolémée et ses successeurs se contentant de réglementer et surtout de contrôler, notamment à travers un système de taxes. Une armée de 250 000 hommes, une flotte de guerre –la plus importante en Méditerranée à l’époque- de deux cents navires sous Ptolémée Ier seront l’arme nécessaire pour contrôler le commerce et se défendre contre les ambitions d’un Antigone par exemple, un autre général d’Alexandre qui voulait le contrôle total de l’empire du Macédonien.
Cette armée, ces conflits externes, mais aussi la construction de Ptolémaïs et d’Alexandrie expliquent l’importance du contrôle des taxes et le véritable souci permanent pour Ptolémée de remplir les caisses. Ces deux cités, véritables fleurons de la culture grecque en Egypte puis dans tout le monde hellénistique, seront les seules villes qu’édifiera Ptolémée, laissant aux anciennes cités religieuses, comme Thèbes, leur aura et leur intérêt. Elles suffiront cependant à asseoir la gloire de Ptolémée, dit Sôter, soit le Sauveur, à travers les siècles.
Alexandrie : la cité des Lagides

La Bibliothèque d'Alexandrie, d'après une gravure du XIXe siècle.
La Bibliothèque d’Alexandrie, d’après une gravure du XIXe siècle.

C’est à la suite d’un rêve, rapporte Plutarque, qu’Alexandre le Grand décida la construction d’Alexandrie. Le plan en avait été établi dès 331 avant J.-C. et nécessitera des travaux titanesques, notamment pour la construction du phare. Ptolémée ne fera qu’accomplir la volonté d’Alexandre, mais avec un talent rare, car c’est bien au Lagides qu’Alexandrie doit son rayonnement.
Dès l’arrivée, nous disent les auteurs antiques, on était impressionné par la phare, qui comptera au rang des Sept Merveilles du monde. Les temples fleurissent : nombreux sont ceux consacrés à Isis, d’autres sont dévolus au culte de la dynastie en place ou à Alexandre, qui repose dans la Sema. Des Grecs, venus de tous horizons, ont trouvé dans cette cité une seconde patrie ; des Syriens, des Juifs ont établis également leur communauté, faisant d’Alexandrie une cité cosmopolite où commerce et culture sont rois.
Plaque tournante du commerce entre l’Afrique et la Méditerranée, la cité devient un acteur incontournable de l’économie de l’époque. La ville elle-même a su développer un artisanat propre, presque exclusivement tourné vers le luxe, ce qui est d’abord dû à la richesse de ceux qui y vivent. Le travail de l’or et de l’argent, la confection de bijoux ou de camés sont parmi les points forts du commerce alexandrin. Mais la gloire d’Alexandrie, c’est bien évidemment le fameux Musée.
La tradition veut que ce soit Démétrios de Phalère, un philosophe de l’école aristotélicienne, qui ait conseillé à Ptolémée l’édification de ce monument dédié à la culture et au savoir. Placé au cœur du quartier royal, le Musée regroupe une université, une bibliothèque et un centre de recherche. Les plus grands savants, les artistes de tout le monde méditerranéen y travaillent, notamment grâce au mécénat mis en place ar Ptolémée Philadelphe, le fils et successeur de Ptolémée Ier. C’est également Ptolémée II qui désira réunir, dans la Bibliothèque, la copie de toutes les œuvres grecques ou traduites en grec : un travail gigantesque qui sera l’occasion d’entreprendre une véritable recherche critique –les premières questions sur la sagas d’Homère s’y poseront- et d’alimenter, par de nouveaux écrits, cette étonnante compilation de savoir. C’est notamment à Alexandrie que sera rédigée la première traduction en grec de la Bible, dite Bible des Septante.
Le phénomène, durant des années, ira en s’amplifiant, Alexandrie agissant comme un aimant sur tous les hommes de savoirs et d’art. Et, de fait, la cité va acquérir un rayonnement jusqu’alors inégalé durant le IIIe et le IIe siècle avant notre ère.
Symbole de la réussite éclatante des Lagides, l’aura d’Alexandrie perdurera bien après le déclin et la fin de la dynastie qui, dès Ptolémée IV, connaît un lent mais inexorable déclin… jusqu’à sa fin. Le destin exceptionnel de Ptolémée Ier, le Sauveur, et de sa dynastie s’achèvera, dans l’indifférence quasi générale à l’époque, dans le suicide de sa dernière descendante, la fameuse Cléopâtre.