Le Déluge : une catastrophe universelle

L'Arche de Noé et de ses fils (d'après une gravure médiévale).
L’Arche de Noé et de ses fils (d’après une gravure médiévale).

Quarante jours et quarante nuits durant, le ciel se déversa sur la terre ; le monde fut inondé, toute vie détruite à l’exception d’un couple de chaque spécimen animal et d’une famille humaine : celle de Noé et de ses fils. Eux seuls avaient su trouvé grâce aux yeux de Yahvé, eux seuls avaient été épargnés par la colère divine. Tel est, en substance, le récit du 6e chapitre de la Genèse, celui du Déluge biblique. Un récit qui trouve un étonnant écho dans nombre de mythologies à travers le monde.
Loin d’être une spécificité biblique, le Déluge apparaît dans des récit sumérien, mésopotamien, grec mais également dans la mythologie hindou, scandinave et même maya. Chronologiquement, le récit le plus ancien est le texte sumérien qui fait sans doute écho, lui-même, à une tradition plus ancienne encore. Ici, le Déluge ne dure que 7 jours et 7 nuits et Noé, le « conservateur de la semence de l’humanité » a pour nom Ziusudra. C’est sans doute ce texte qui a inspiré l’Epopée de Gilgamesh (2500 av. J.-C.), un récit de la mythologie mésopotamienne, trouvé dans la bibliothèque d’Assurbanipal. La Grèce, à son tour, s’en fera l’écho dans le mythe de Deucalion, retranscris par Pindare, Ovide et Aristote.
Certains ont même voulu voir dans l’épisode de l’Atlantide, évoqué par Platon, une vision modifiée de la catastrophe. De fait, tous ces mythes pourraient être d’une même origine, Sumer et la Mésopotamie en étant alors le berceau. Abraham n’est-il pas Mésopotamien ? Sans compter que la captivité de Babylone a certainement permis un échange de mythes, voire une appropriation. Quant aux Grecs, leur mythologie foisonne littéralement de divinités orientales. Alors pourquoi ne se seraient-ils pas appropriés un mythe ? Et si les mythes hindou et scandinave évoquent la survie du Déluge du premier homme -Manu sauvé par un avatar de Vishnou-  ou du premier couple d’hommes, ils confirment simplement l’unicité originelle des mythologies indo-européennes, si ardemment défendue par Georges Dumézil. Reste tout de même la question du mythe maya. Et c’est peu dire que là on est loin de toute interpénétration possible.

Dieu faisant s'abattre le Déluge, d'après une peinture de Raphaël.
Dieu faisant s’abattre le Déluge, d’après une peinture de Raphaël.

Le père Charlevoix, qui explora l’Amérique du sud au XVIIIe siècle, rapporte un récit présent dans la mythologie des Guaranis, un peuple du Paraguay :
La génération des Guaranis, écrit-il, ne disparu pas dans les eux du déluge universel. Pourquoi ? Parce que Tammanduaré, vieux prophète de la nation guarani, se protégea des inondations, accompagné de quelques familles, au sommet d’un palmier d’une grande hauteur, lequel était chargé de fruits et leur fournit des aliments. »
Certaines pages du Codex Dresdensis, d’origine aztèque, représentent quant à elles la destruction du monde par les eaux, de même que le Popol Vuh, le plus ancien document maya, en fait le récit.
L’universalité du mythe n’est, dès lors, plus à démontrer. Reste à savoir si ce mythe en était bien un ou s’il ne faisait que rapporter un événement historique. Or, qu’est-ce qui, justement, pourrait le mieux expliquer cette universalité si ce n’est sa réalité même ?

Constantin ou l’instrumentalisation de la Foi

Constantin le Grand (274-337).
Constantin le Grand (274-337).

Figure majeure de l’histoire romaine et de l’histoire du christianisme, Constantin Ier est resté dans les mémoires comme celui qui fit du christianisme une religion officielle mais qui lui permettra de prendre son essor, qui en fera la religion des empereurs. Agissant ainsi il paraît avoir été en complète rupture avec ses prédécesseurs, notamment Dioclétien qui persécuta les chrétiens. Pourtant, Constantin agit exactement comme les empereurs depuis Auguste ; comme eux, il va utiliser le divin pour affirmer son pouvoir et se présenter en roi-prêtre, en lien privilégié entre Dieu et les hommes.
Fils du césar Constance Chlore et d’une femme de basse extraction, Hélène, Constantin naît en 274 après J.-C. à Nis, en Serbie. Proclamé césar après la mort de son père, en 306, il partage alors le pouvoir avec Galère et Sévère, augustes tous les deux, et Maximin Daïa, césar comme lui. Un partage qui ne tardera pas à être bouleversé alors qu’après avoir conquis l’Afrique et l’Italie, Maxence, fils de Maximin, s’auto-proclame auguste. En réponse à quoi Constantin va également prendre le titre d’auguste. L’empire, jusqu’en 311, sera donc gouverné par pas moins de 4 augustes. C’était un peu trop, même pour l’empire : Constantin bât Maxence au Pont Milvius, en 312 puis, l’année suivante, conclut un accord de paix avec Licinius qui a également vaincu les armées de Maximin. Licinius et Constantin reste alors seuls augustes et proclament leurs fils, Crispus, Constantin II et Licinius le Jeune césars.
Le système imaginé par Dioclétien montrait clairement ses limites ; limites déterminées essentiellement en raison de l’ambition des césars et des augustes, rarement enchanté à l’idée de partager le pouvoir. Un système dont Constantin obtiendra la fin en éliminant, en 320, Licinius et son fils. L’unité de l’empire était rétablie… au moins pour quelque temps. Un empire que Constantin a décidé de placer sous le regard de Dieu.
C’est à la veille de la bataille du Pont Milvius, en 312, que Constantin, dans son sommeil, vit le Christ qui, lui montrant un chrisme dans le ciel, lui dit : "Par ce signe, tu vaincras !" Constantin, dont la mère, Hélène, était elle-même une chrétienne, fit alors peindre sur les boucliers de ses légionnaires les initiales du Christ. La victoire allait être sans appel et explique la conversion de Constantin. Telle est du moins la légende dorée qui entoure cette "conversion". Sauf qu’il n’y eut pas vraiment de conversion, Constantin ne se faisant baptiser que sur son lit de mort…

Constance Ier, dit Constance Chlore (v.250-306).
Constance Ier, dit Constance Chlore (v.250-306).

Une omission qui ne devait pas empêcher Constantin d’agir comme un évêque, comme un pape même. Par l’édit de Milan (313), lui et Licinius -on l’oublie souvent- font de la religion chrétienne une religion équivalente aux autres. Dès ce moment, Constantin agit comme s’il dirigeait l’Eglise en même temps que l’empire : en 314, il convoque le concile d’Arles, qui condamnera l’hérésie donatiste ; en 325, c’est à Nicée que les évêques sont invités à se réunir afin de mettre un terme à l’hérésie arienne. Un concile où sera alors proclamé le fameux Credo, qui proclame les vérités de la foi chrétienne ; un concile présidé par l’empereur ! Ce faisant, Constantin n’agit guère que comme ses prédécesseurs, notamment qu’Auguste. Comme eux, il se présente en représentant de Dieu sur terre ; comme eux, il fait de sa fonction et de sa personne le lien entre le divin et l’humain. Se faisant, il divinise la fonction impériale de la même façon qu’Auguste l’avait fait, ce qui avait conduit certains empereurs julio-claudiens à diviniser leur personne même…
L’histoire fera beaucoup pour la popularité de Constantin qui apparaît volontiers comme le prince de l’Eglise naissante, comme un saint même -il est inscrit dans le calendrier orthodoxe. Pourtant, il se sera servi de l’Eglise plus qu’un autre pour asseoir son pouvoir, justifier sa couronne. Se faisant, il inaugurait une lutte qui s’étendra durant des siècles entre la papauté et les empereurs -plus tard les empereurs romains germaniques- ; entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, le second tentant d’échapper au premier.

Retour sur une religion méconnue : la religion romaine

Statuette d'un prêtre romain.
Statuette d’un prêtre romain.

Les Romains eux-mêmes se voyaient volontiers comme les plus religieux, les plus pieux des hommes. De fait, la religion faisait partie de la vie quotidienne ; elle lui imposait son rythme, depuis les premiers jours de la vie jusqu’aux derniers. Mais cette religion du quotidien était également dépourvue de mythologie propre, au point d’avoir adopté sans vergogne les divinités du panthéon grec et même celles d’autres régions, notamment des divinités orientales. Cette vision, qui est celle que les historiens ont eu pendant des siècles, est aujourd’hui sujet à révision et les spécialistes se penchent avec un intérêt nouveau sur la vision du divin chez les Romains.
Si la religion était si présente dans tous les actes de la vie, c’est avant tout parce que les Romains voyaient la main des dieux partout, dans tout. C’est également parce que, dans l’espoir de parer à toute éventualité et de ne surtout pas fâcher les dieux, tout en ignorant d’ailleurs ce qu’ils désirent vraiment. Durant la période archaïque, ces divinités n’avaient pas non plus d’apparence humaine, comme les divinités grecques. Des divinités que les Romains adopteront à l’époque classique, sans pour autant abandonner leurs rites. De fait, et c’est un trait particulier de la religion romaine, rien n’est jamais supprimé. Au fil des siècles, malgré l’apport de religions nouvelles, aucun rite ne sera abandonné. Et c’est finalement fort logique et s’explique par la conception même de la religion romaine. En effet, on a dit que si les rites étaient intimement lié au quotidien de la vie, c’était dans le but de toujours satisfaire aux dieux, de parer à toute éventualité. La chose se répète dans l’addition des rites et des croyances, car pourquoi abandonné quelque chose qui pourrait éventuellement servir encore ?
Tête de Jupiter (statue antique).
Tête de Jupiter (statue antique).

Qui plus est, si les nouvelles religions attirent, elles n’ont pas le poids politique de la religion primitive. En effet, et c’est un autre aspect essentiel de la religion romaine, la religion est une sorte de garant de la légitimité du pouvoir. Et l’Etat est le médiateur entre les hommes et le divin. C’est pourquoi l’Etat romain est si attentif au respect des rites. D’ailleurs, le mot « religio » signifie « lien » ; un lien que les pouvoirs politiques ont le devoir de maintenir afin de maintenir la bienveillance des dieux ou de détourner leur colère.
On a dit qu’il n’y avait pas de mythologie proprement romaine. En fait, il semblerait bien que cette mythologie ait existé, mais qu’elle ait ensuite été désacralisée pour devenir un récit historique. Ce qui est certain, par contre, c’est que la vision romaine est imprégnée, comme toutes les mythologies indo-européennes, des trois éléments de la société : la souveraineté, représentée ici par Jupiter ; la guerre, incarnée par Mars ; enfin la fécondité et la prospérité qui seraient représentées par Quirinus. Jupiter, Mars et Quirinus, le trio que les trois flamines majeures illustrent. Que Jupiter et Mars soient un apport grec est évident, mais cela ne remet pas en question le schéma des trois divinités, représentants les trois fonctions majeures de la société. Qui plus est ils font sans doute une entrée assez rapide dans la religion romaine puisqu’on date du Ive siècle avant J.-C. l’apport des Grecs, via les Etrusques hellénisés et les marchands. Quant au dieu représentant la fécondité, son nom originel importe peu ; il correspond en fait à une constante dans les mythologies indo-européennes qui associent monde souterrain, chtonien, et fécondité -la mort et la vie.
Après Mars et Jupiter, les apports des différentes religions orientales vont se multiplier, au point, parfois, de prendre le pas sur la religion romaine. Cette dernière va devoir sa survie, comme on l’a dit, à son syncrétisme, à son pouvoir d’absorption. Une absorption d’autant plus facile que certains dieux sont forts proches des divinités vénérés dans la péninsule. C’est notamment le cas d’Aplu, dieu étrusque doté de pouvoirs guérisseurs. Au Ve siècle avant J.-C., lors d’une épidémie meurtrière, un temple voué au dieu Apollon est édifié à Rome. Aplu et Apollon, l’un vénéré à Rome, l’autre à Véies, une cité toute proche, ne feront bientôt qu’un, au point qu’Aplu le guérisseur disparaîtra. Dans les faits, d’ailleurs, Apollon guérisseur également, mais cette fois parce qu’il va perdre son don de la médecine au profit de son fils, Asclépios -Esculape pour les Romains- qui sera honoré à Rome dès le IIIe siècle.
Evolutive, dans un mouvement et une adaptation quasi permanente, la religion romaine apparaît dès lors comme bien plus complexe que la vision que l’on en avait initialement. Et son étude ne fait que commencer.

« Tu as vaincu, Galiléen ! »

Il fut la plus terrible menace pour le christianisme naissant : pendant son très court règne (361-363), l’empereur romain Julien l’Apostat, qui succède à Constance II, le 2 novembre 361, abjure et engage contre l’Église catholique une lutte sans merci. Ralliant autour de lui les hérétiques et les ennemis de la religion nouvelle, il crée une école philosophique qui prône le paganisme. Les auteurs ecclésiastiques racontent que saint Basile le Grand eut, durant une nuit de prière, une vision prémonitoire : l’empereur impie était terrassé par un ange venu du ciel.
L’iconographie byzantine a popularisé cette vision et, dit la légende, Julien l’Apostat, transpercé par la flèche de l’ange, s’écria avant de mourir :
-Tu as vaincu, Galiléen !

Le tombeau de Chéops

Le Sphinx et la pyramide de Gizeh, d'après une aquarelle du XIXe siècle.
Le Sphinx et la pyramide de Gizeh, d’après une aquarelle du XIXe siècle.

Destinées à protéger le corps après la mort, originellement, les tombes royales ne se distinguaient pas des sépultures du commun et correspondaient aux mastaba. La première véritable pyramide fut construite à Saqqara, près de Memphis, pour le roi Djoser (IIIe millénaire avant J.-C.) par son vizir et architecte Imhotep : il s’agit de la célèbre pyramide à degrés de Saqqara. S’il devait assurer une meilleure protection du corps royal, ce mastaba « amélioré », cette pyramide, avait également une signification religieuse : les degrés représentaient l’escalier qui conduirait le pharaon aux côtés du dieu Râ.
Les pyramides vont connaître, au fil des siècles, une lente évolution jusqu’à atteindre la perfection des plus célèbres d’entre elles : les pyramides de Gizeh, qui regroupent celles de Chéops, de Chéphren et de Mykérinos. Les degrés ont disparu pour laisser place à des pyramides dites régulières, les caveaux se situent désormais au cœur même de l’édifice et leur élévation nécessitait sans aucun doute une grande maîtrise architecturale, sans compter le travail des ouvriers…
Hérodote, qui, comme beaucoup d’auteurs antiques, a été fasciné par les pyramides de Gizeh, a pu obtenir certains détails sur la construction de la plus ancienne et la plus grande (147 mètres de haut sur une base de 230 mètres de côtés) des trois, la pyramide de Chéops :
Les uns furent occupés à fouiller les carrières de la montagne d’Arabie, les autres à traîner, de là jusqu’au Nil, les pierres qu’on en tirait et à passer ces pierres sur des bateaux de l’autre côté du fleuve. D’autres encore les recevaient et les traînaient jusqu’à la montagne de Libye. On employait tous les trois mois cent mille hommes à ce travail. Quant au temps pendant lequel le peuple fut ainsi tourmenté, on passa dix années à construire la chaussée par où on devait traîner les pierres. Cette chaussée est un ouvrage presque aussi considérable à mon avis que la pyramide même… Elle est de pierres polies et ornée de figures d’animaux. Ainsi, les travaux de cette chaussée durèrent dix ans, sans compter le temps qu’on employa aux ouvrages de la colline sur laquelle sont élevées les pyramides et aux édifices souterrains que le roi réservait à l’honneur de recevoir sa momie… La pyramide même coûta vingt années de travail.

Mécène ou l’amour des arts

Caius Maecenas ou Mécène (70 avant J.-C.-8 avant J.-C.).
Caius Maecenas ou Mécène (70 avant J.-C.-8 avant J.-C.).

Sans lui, l’Enéide n’aurait sans doute jamais été écrite. Pas plus d’ailleurs que nombre d’autres œuvres de Virgile, d’Horace, de Properce ou de Varius. Compagnon d’Octave, ami d’Auguste, Caïus Cilnius Mécène refusera tous les honneurs, toutes les charges, pourvu qu’il puisse poursuivre son œuvre personnelle : la protection des artistes. Elevé en partie en Grèce, issu d’une famille qui prétendait remonter aux souverains de l’antique Etrurie, Mécène était surtout à la tête d’une fortune qui lui permettait de satisfaire, sans trop de dommages, tous ses caprices. Et ses "caprices" étaient avant tout d’ordre intellectuel, artistique même. Ecrivain lui-même, il s’était entouré d’une véritable cour qu’il alimentait, au propre comme au figuré, jouant les protecteurs autant que les inspirateurs, au point d’ailleurs que son nom servira désormais à illustrer une pratique qui perdurera jusqu’aux temps modernes : le mécénat.

« Ceux qui vont mourir »…

Mosaïque antique représentant un combat de gladiateurs.
Mosaïque antique représentant un combat de gladiateurs.

264 avant J.-C. ; Junius Brutus Pera, de la famille des Junii Bruti vient de mourir. A l’occasion de ses obsèques et parce qu’elle désire que cette mort marque durablement le peuple, la famille du défunt offre au peuple le spectacle d’un combat opposant six prisonniers de guerre. Cet usage funéraire, qui se pratique alors en Etrurie et en Campagnie, est la forme moderne d’un rituel de sacrifice. C’est également le moyen qu’ont trouvé les Romains de se débarrasser des nombreux prisonniers de guerre, plutôt que de les égorger sur les tombes des vainqueurs ou de les soumettre à l’esclavage.
L’origine supposée de ces combats remonterait au delà du Ve siècle avant J.-C. -date à laquelle ils sont pratiqués dans toute l’Etrurie. Le jeu du Phersu, qui en est à l’origine, voulait qu’un condamné à mort soit livré aux assauts d’un chien de combat, la tête couverte d’un sac et armé d’un unique bâton, ce qui ne lui laissait guère de chance de survie. Une seconde hypothèse veut que ces combats aient été inspirés d’une coutume samnite qui organisait des combats de corps à corps, notamment entre les prisonniers de guerre.
A final, lorsqu’en 264 avant J.-C. la famille Junii Bruti décide d’offrir un combat de gladiateurs afin d’honorer son défunt, elle initie surtout une véritable mode. Les familles aristocratiques devaient saisir la moindre occasion pour organiser des combats semblables, pour le plus grand plaisir de la plèbe. En 122 avant J.-C., Caius Gracchus fera voter une loi instaurant la gratuité de l’événement. Un événement qui, dès le IIe siècle avant J.-C., n’a plus grand chose à voir avec les funérailles ou avec le religieux mais qui devient alors un moyen incontournable pour amadouer le peuple… et tenter de se faire élire édile ou consul.
Certains édiles y trouveront la ruine plutôt que la fortune d’ailleurs. Désigné sous le terme élégant de "munus gladiatorum", soit de "cadeau du peuple", ces combats n’étaient rien de plus qu’une manière de corrompre le peuple… dans tous les sens du terme.
Alors qu’ils se multipliaient les combats de gladiateurs vont également se professionnaliser. Esclaves, prisonniers de guerre, les gladiateurs vont également se recruter parmi les hommes libres, souvent contraints à embrasser cette "carrière" poussé par la misère.
Les grands personnages de l’Etat iront même jusqu’à créer leurs écoles personnelles -celle de César comptait quelques 5 000 combattants ; plus tard, sous l’Empire, les jeux serviront le pouvoir pour "acheter" le peuple, pour lui faire oublier la misère, les réformes impopulaires ou encore une usurpation, un assassinat politique. Et avec ses quelques 120 jours fériés par an, les occasions ne manquaient guère…

C’est la lutte finale…

Xerxès Ier (486-465 av. J.-C.).
Xerxès Ier (486-465 av. J.-C.).

Pour la seconde fois, les Perses tentent d’envahir la Grèce qui, cette fois, est unie face au danger. Après la sanglante -et si héroïque- défaite grecque aux Thermopyles, les Perses se sont emparés d’Athènes et du Pirée et préparent leur immense flotte à l’affrontement ultime. Nous sommes alors en 480 avant Jésus-Christ.
Après les Thermopyles, les Grecs avaient pris position au-delà du détroit de Salamine où, bloqués dans la baie, leur position semblait désespérée. Le bruit courait même chez les Perses que les Grecs allaient tenter de fuir durant la nuit. Alors les navires perses se précipitèrent dans le chenal.
Là, quelle ne fut pas leur surprise quand ils découvrirent une flotte, non pas en fuite, mais bel et bien prête à combattre un ennemi gêné par l’étroitesse du passage. L’étranglement du chenal jeta l’affolement dans les rangs perses dont les navires s’entrechoquaient, brisant leur rames et laissant tout loisir aux Grecs de les achever.
Après le combat de Salamine, les lambeaux de l’armée de Xerxès prirent péniblement le chemin du retour, en abandonnant, cette fois, définitivement, la conquête de la Grèce.

De l’Espagne à Rome : une intégration réussie

Sénèque (4 av. J.-C.-65 ap. J.-C.), gravure effectuée d'après un buste.
Sénèque (4 av. J.-C.-65 ap. J.-C.), gravure effectuée d’après un buste.

Sénèque, Trajan, Hadrien, Marc-Aurèle : quatre hommes célèbres, quatre parmi les plus connus des Romains. Sauf que ce philosophe et ces empereurs ne sont pas Romains mais Espagnols. Ils font partie de ce vivier de grands hommes, nés au cœur de la péninsule ibérique, qui sont la preuve de l’étonnante réussite du système colonial romain.
Sénèque, né à Cordoue, auteur d’essais et de traités encore étudiés de nos jours, sera le malheureux instructeur de Néron, son confident, son conseiller, finalement invité à s’ouvrir les veines en 65 après J.C.. Trajan, empereur de 97 à 117 après J.-C., était un fils de la superbe Séville. C’est lui qui portera les frontières de l’empire à son extension maximum. Son  fils adoptif, Hadrien, qui gouverne de 117 à 138, consolidera cet immense empire, assainira des finances exsangues et passe pour le plus grand des empereurs romains. Marc-Aurèle, enfin, s’il paraît avoir été un souverain médiocre (161-180), peut être considéré, en revanche, comme un des esprits les plus brillants de son temps.
Autant d’exemples qui témoignent d’une authentique réussite, autant d’exemples qui confirment que la conquête n’est rien sans la colonisation culturelle, que l’essentiel de l’intégration passe par l’acceptation ou la concordance culturelle. Car ces hommes, bien que nés Espagnols, étaient totalement Romains dans leur culture, leur éducation, leur façon de pensée même, au point de se fondre totalement dans ce monde, au point même de le dominer.

Il était une fois l’écriture…

Hammourabi (IIe millénaire avant J.-C.), père du premier code de loies.
Hammourabi (IIe millénaire avant J.-C.), père du premier code de loies.

L’aventure de l’écriture débute, fort modestement, dans un pays appelé Mésopotamie. Baigné par deux grands fleuves, le Tigre et l’Euphrate, l’espace géographique qui s’étend du golfe Persique à Bagdad, l’actuelle capitale irakienne, abritait, entre le VIe et le Ier millénaire avant J.-C., deux peuples rivaux : au sud, les Sumériens et, au nord, les Akkadiens, ancêtres communs aux Arabes et aux Hébreux. Les vestiges laissés par ces peuples hautement civilisés révèlent l’existence d’une société pastorale et agricole, particulièrement bien organisée. Les inscriptions gravées sur les quelques tablettes d’argile découvertes à Sumer, sur le site de l’antique cité d’Uruk, contiennent, effectivement, des listes méticuleuses de denrées et de têtes de bétail. Quoique primitives dans leur forme, ces tablettes n’en constituent pas moins de véritables registres de comptabilité, première tentative d’un peuple pour organiser son économie.
Les inscriptions sumériennes mises au jour ne sont rien d’autre que des dessins stylisés, qui représentent ou symbolisent l’objet, l’animal ou l’être humain que l’on veut désigner.
Ces signes sommaires sont désignés sous le nom de pictogrammes. Et par la simple combinaison de plusieurs de ces symboles, leur auteur peut aussi traduire une idée : il en est ainsi de l’oiseau qui, accompagné du dessin de l’œuf, évoque la natalité.
Tout au long des siècles, ces croquis connaissent de notables transforma-tions, en liaison directe avec l’usage des instruments de tracés : les calames, roseaux qu’utilisaient les Sumériens pour creuser l’argile fraîche de leurs tablettes, ont été, peu à peu, taillés en biseau, de sorte que les empreintes prirent l’aspect de clous.
C’est ainsi que du mot latin cuneus, « clou », est née l’appellation d’écriture « cunéiforme ». Ce système que l’on peut dater de 3300 environ avant J.-C. n’a, toutefois, qu’une unique fonction de mémorisation. Il ne permet pas, en tout cas, de restituer un langage, faute de contenir l’articulation nécessaire à la composition d’une phrase.

Une étape importante va toutefois être franchie, à Sumer encore, trois siècles après, par l’introduction de la phonétique : les caractères ne renvoient plus, désormais, aux objets ou aux êtres vivants mais aux sons de la langue parlée, selon le principe bien connu du rébus.
La phonétique va connaître, à son tour, au sein du système cunéiforme, une évolution complexe que l’état actuel des découvertes archéologiques ne permet pas d’appréhender totale-ment. Mais il n’en demeure pas moins que l’écriture, en tant que mode de transmission de la pensée et des idées, a pris forme en Mésopotamie et y a connu, grâce à la grande flexiblité du cunéiforme, un large rayonnement, au point de transcrire des langages radicalement différents de celui des Sumériens.
Les Akkadiens, qui ont finalement étendu leur domination à l’ensemble de la Mésopotamie à partir de l’an 2000 avant J.-C., l’adoptèrent. Il fut aussi, à partir de 1760 avant notre ère, l’écriture du royaume de Babylone puis, plus tard, de celui d’Assyrie.
La civilisation élamite, qui s’édifia à l’est de la Mésopotamie, autour de la cité de Suse, sur le territoire de l’actuel Iran, emprunta, à son tour, les signes cunéiformes qui y connurent une évolution propre.

Statue de Jean-François Champollion (1790-1832).
Marins grecs appareillant.

Jusqu’aux Hittites, habitants du vaste plateau anatolien dont la langue indo-européenne, pourtant fort éloignée des langues sémitiques de la région mésopotamienne, surent également utiliser le système cunéiforme. Ils en firent une écriture officielle que les scribes utilisèrent afin de transcrire toutes les langues de l’Empire.
Tandis que l’écriture sumérienne va gagner la majeure partie de l’Asie occidentale, simultanément, l’Égypte développe un système original. Les premiers voyageurs occidentaux qui ont exploré l’Égypte ont été saisis par le foisonnement des inscriptions dont les scribes et les sculpteurs ont orné temples, tombeaux, statues et objets funéraires. L’aura de mystère entourant ces signes avait déjà frappé les Grecs qui les avaient baptisés hiéroglyphes ou « images sacrées ». Personnages de profil, animaux aux postures énigmatiques se mêlent à de multiples objets, en de savantes compositions relevant autant de l’art que de l’écriture.
De nombreux archéologues se sont interrogés sur le sens de ces signes. Représentation de lettres d’un alphabet ou idéogrammes ?
Selon Champollion, qui perça leur mystère, « c’est un système complexe, une écriture, tout à la fois, figurative, symbolique et phonétique, dans un même texte, une même phrase… je dirais presque dans le même mot ».
C’est que la fonction des hiéroglyphes est triple : idéogrammes exprimant des idées, phonogrammes traduisant des consonnes et, finalement, signes déterminatifs, destinés à préciser la signification du mot employé, en cas d’ambiguïté liée à une homonymie.
Nous sommes ainsi en présence d’un système parfaitement élaboré, d’une véritable écriture qui, contrairement au cunéiforme, fut capable, dès son apparition, de transcrire aussi bien des précis de médecine ou de droit, que des prières, des légendes, des faits historiques et toutes formes de littérature. Certains reliefs et peintures ornant les tombes contiennent aussi des textes relatant les propos tenus par les personnages.
L’Antiquité égyptienne a donc créé les premières bandes dessinées !
Par leur profusion, la grande précision des informations qu’ils contiennent et leur valeur artistique indiscutable, les hiéroglyphes sont un témoignage sur la brillante civilisation de l’Égypte pharaonique. Malgré sa remarquable inventivité, l’écriture des Égyptiens n’est, cependant, qu’une esquisse de ce qui deviendra l’écriture moderne. Le passage décisif va s’opérer par la naissance de l’alphabet.
Notre alphabet provient, en ligne directe, de celui qu’utilisaient les Romains qui l’avaient eux-mêmes reçu des Grecs. Pourtant, ni les Grecs ni les Romains ne sont les inventeurs de l’alphabet dont la paternité revient aux Phéniciens.
C’est vers la fin du XIIe siècle avant J.-C., dans la région de l’actuel Liban, qu’a été créé un alphabet de type  linéaire composé de vingt-deux signes se distinguant nettement des signes cunéiformes par leur tracé en ligne droite ou courbe.
Certains archéologues soutiennent, non sans raison, que le passage du cunéiforme au linéaire est directement lié au support utilisé. Autant l’argile fraîche des tablettes mésopotamiennes impose la gravure, autant l’usage du papyrus se prête exclusivement à une écriture linéaire, à la plume ou bien au pinceau, trempé dans l’encre. Peuple de commerçants et de marins hardis, les Phéniciens ont fait voyager leur alphabet sur les rives de la Méditerranée orientale. C’est ainsi que vers le VIIIe siècle avant J.-C. apparaît, dans une région qui s’appelait le pays d’Aram, devenue, bien plus tard, la Syrie, un alphabet dit « araméen », très proche de l’écriture phénicienne, dans lequel s’écriront quelques livres de l’Ancien Testament.
L’hébreu, écriture biblique dominante, est aussi directement issu de l’alphabet phénicien, de même que l’écriture arabe.
Les Grecs ont modifié l’alphabet phénicien afin qu’il puisse rendre compte de leur propre langage, qui comporte de nombreuses voyelles. En effet, l’alphabet phénicien ne compte que des consonnes. Cette particularité, assez peu gênante pour des langues sémitiques comme l’arabe et l’hébreu, qui offrent peu de voyelles, devenait insurmontable pour transcrire le grec.
Pour tourner la difficulté, les Grecs eurent l’idée d’emprunter à l’alphabet araméen divers signes représentant des consonnes inconnues de leur langue et d’en faire des voyelles. Ainsi sont nées les lettres A (alpha), E (epsilon), O (omicron) ou Y (upsilon).
En 146 avant J.-C., après l’annexion de la Grèce à Rome, l’alphabet grec fut assimilé par les nouveaux maîtres, moyennant des modifications.

Echantillon de l'écriture phénicienne lapidaire.
Echantillon de l’écriture phénicienne lapidaire.

Il s’est étendu, à partir des IIe et IIIe siècles de notre ère, à toutes les régions de l’Europe où les Romains s’étaient implantés et où s’écrivait le latin.
L’invention de l’alphabet constitue, véritablement, une étape décisive pour la diffusion et la démocratisation de l’écriture. La multiplicité et la complexité de fonctionnement des hiéroglyphes, comme des signes cunéiformes, avaient placé l’écriture entre les mains d’une très puissante oligarchie de scribes, détenteurs d’un savoir mystérieux. Car seule une élite était en mesure de maîtriser les milliers de signes et de symboles utilisés en Égypte et en Mésopotamie.
Et même si l’apprentissage de notre écriture moderne implique, souvent, de surmonter des difficultés orthographiques, l’introduction de l’alphabet a permis la transcription de toutes les subtilités d’une langue avec la seule assistance de vingt-six lettres.