De l’Espagne à Rome : une intégration réussie

Sénèque (4 av. J.-C.-65 ap. J.-C.), gravure effectuée d'après un buste.
Sénèque (4 av. J.-C.-65 ap. J.-C.), gravure effectuée d’après un buste.

Sénèque, Trajan, Hadrien, Marc-Aurèle : quatre hommes célèbres, quatre parmi les plus connus des Romains. Sauf que ce philosophe et ces empereurs ne sont pas Romains mais Espagnols. Ils font partie de ce vivier de grands hommes, nés au cœur de la péninsule ibérique, qui sont la preuve de l’étonnante réussite du système colonial romain.
Sénèque, né à Cordoue, auteur d’essais et de traités encore étudiés de nos jours, sera le malheureux instructeur de Néron, son confident, son conseiller, finalement invité à s’ouvrir les veines en 65 après J.C.. Trajan, empereur de 97 à 117 après J.-C., était un fils de la superbe Séville. C’est lui qui portera les frontières de l’empire à son extension maximum. Son  fils adoptif, Hadrien, qui gouverne de 117 à 138, consolidera cet immense empire, assainira des finances exsangues et passe pour le plus grand des empereurs romains. Marc-Aurèle, enfin, s’il paraît avoir été un souverain médiocre (161-180), peut être considéré, en revanche, comme un des esprits les plus brillants de son temps.
Autant d’exemples qui témoignent d’une authentique réussite, autant d’exemples qui confirment que la conquête n’est rien sans la colonisation culturelle, que l’essentiel de l’intégration passe par l’acceptation ou la concordance culturelle. Car ces hommes, bien que nés Espagnols, étaient totalement Romains dans leur culture, leur éducation, leur façon de pensée même, au point de se fondre totalement dans ce monde, au point même de le dominer.

Il était une fois l’écriture…

Hammourabi (IIe millénaire avant J.-C.), père du premier code de loies.
Hammourabi (IIe millénaire avant J.-C.), père du premier code de loies.

L’aventure de l’écriture débute, fort modestement, dans un pays appelé Mésopotamie. Baigné par deux grands fleuves, le Tigre et l’Euphrate, l’espace géographique qui s’étend du golfe Persique à Bagdad, l’actuelle capitale irakienne, abritait, entre le VIe et le Ier millénaire avant J.-C., deux peuples rivaux : au sud, les Sumériens et, au nord, les Akkadiens, ancêtres communs aux Arabes et aux Hébreux. Les vestiges laissés par ces peuples hautement civilisés révèlent l’existence d’une société pastorale et agricole, particulièrement bien organisée. Les inscriptions gravées sur les quelques tablettes d’argile découvertes à Sumer, sur le site de l’antique cité d’Uruk, contiennent, effectivement, des listes méticuleuses de denrées et de têtes de bétail. Quoique primitives dans leur forme, ces tablettes n’en constituent pas moins de véritables registres de comptabilité, première tentative d’un peuple pour organiser son économie.
Les inscriptions sumériennes mises au jour ne sont rien d’autre que des dessins stylisés, qui représentent ou symbolisent l’objet, l’animal ou l’être humain que l’on veut désigner.
Ces signes sommaires sont désignés sous le nom de pictogrammes. Et par la simple combinaison de plusieurs de ces symboles, leur auteur peut aussi traduire une idée : il en est ainsi de l’oiseau qui, accompagné du dessin de l’œuf, évoque la natalité.
Tout au long des siècles, ces croquis connaissent de notables transforma-tions, en liaison directe avec l’usage des instruments de tracés : les calames, roseaux qu’utilisaient les Sumériens pour creuser l’argile fraîche de leurs tablettes, ont été, peu à peu, taillés en biseau, de sorte que les empreintes prirent l’aspect de clous.
C’est ainsi que du mot latin cuneus, « clou », est née l’appellation d’écriture « cunéiforme ». Ce système que l’on peut dater de 3300 environ avant J.-C. n’a, toutefois, qu’une unique fonction de mémorisation. Il ne permet pas, en tout cas, de restituer un langage, faute de contenir l’articulation nécessaire à la composition d’une phrase.

Une étape importante va toutefois être franchie, à Sumer encore, trois siècles après, par l’introduction de la phonétique : les caractères ne renvoient plus, désormais, aux objets ou aux êtres vivants mais aux sons de la langue parlée, selon le principe bien connu du rébus.
La phonétique va connaître, à son tour, au sein du système cunéiforme, une évolution complexe que l’état actuel des découvertes archéologiques ne permet pas d’appréhender totale-ment. Mais il n’en demeure pas moins que l’écriture, en tant que mode de transmission de la pensée et des idées, a pris forme en Mésopotamie et y a connu, grâce à la grande flexiblité du cunéiforme, un large rayonnement, au point de transcrire des langages radicalement différents de celui des Sumériens.
Les Akkadiens, qui ont finalement étendu leur domination à l’ensemble de la Mésopotamie à partir de l’an 2000 avant J.-C., l’adoptèrent. Il fut aussi, à partir de 1760 avant notre ère, l’écriture du royaume de Babylone puis, plus tard, de celui d’Assyrie.
La civilisation élamite, qui s’édifia à l’est de la Mésopotamie, autour de la cité de Suse, sur le territoire de l’actuel Iran, emprunta, à son tour, les signes cunéiformes qui y connurent une évolution propre.

Statue de Jean-François Champollion (1790-1832).
Marins grecs appareillant.

Jusqu’aux Hittites, habitants du vaste plateau anatolien dont la langue indo-européenne, pourtant fort éloignée des langues sémitiques de la région mésopotamienne, surent également utiliser le système cunéiforme. Ils en firent une écriture officielle que les scribes utilisèrent afin de transcrire toutes les langues de l’Empire.
Tandis que l’écriture sumérienne va gagner la majeure partie de l’Asie occidentale, simultanément, l’Égypte développe un système original. Les premiers voyageurs occidentaux qui ont exploré l’Égypte ont été saisis par le foisonnement des inscriptions dont les scribes et les sculpteurs ont orné temples, tombeaux, statues et objets funéraires. L’aura de mystère entourant ces signes avait déjà frappé les Grecs qui les avaient baptisés hiéroglyphes ou « images sacrées ». Personnages de profil, animaux aux postures énigmatiques se mêlent à de multiples objets, en de savantes compositions relevant autant de l’art que de l’écriture.
De nombreux archéologues se sont interrogés sur le sens de ces signes. Représentation de lettres d’un alphabet ou idéogrammes ?
Selon Champollion, qui perça leur mystère, « c’est un système complexe, une écriture, tout à la fois, figurative, symbolique et phonétique, dans un même texte, une même phrase… je dirais presque dans le même mot ».
C’est que la fonction des hiéroglyphes est triple : idéogrammes exprimant des idées, phonogrammes traduisant des consonnes et, finalement, signes déterminatifs, destinés à préciser la signification du mot employé, en cas d’ambiguïté liée à une homonymie.
Nous sommes ainsi en présence d’un système parfaitement élaboré, d’une véritable écriture qui, contrairement au cunéiforme, fut capable, dès son apparition, de transcrire aussi bien des précis de médecine ou de droit, que des prières, des légendes, des faits historiques et toutes formes de littérature. Certains reliefs et peintures ornant les tombes contiennent aussi des textes relatant les propos tenus par les personnages.
L’Antiquité égyptienne a donc créé les premières bandes dessinées !
Par leur profusion, la grande précision des informations qu’ils contiennent et leur valeur artistique indiscutable, les hiéroglyphes sont un témoignage sur la brillante civilisation de l’Égypte pharaonique. Malgré sa remarquable inventivité, l’écriture des Égyptiens n’est, cependant, qu’une esquisse de ce qui deviendra l’écriture moderne. Le passage décisif va s’opérer par la naissance de l’alphabet.
Notre alphabet provient, en ligne directe, de celui qu’utilisaient les Romains qui l’avaient eux-mêmes reçu des Grecs. Pourtant, ni les Grecs ni les Romains ne sont les inventeurs de l’alphabet dont la paternité revient aux Phéniciens.
C’est vers la fin du XIIe siècle avant J.-C., dans la région de l’actuel Liban, qu’a été créé un alphabet de type  linéaire composé de vingt-deux signes se distinguant nettement des signes cunéiformes par leur tracé en ligne droite ou courbe.
Certains archéologues soutiennent, non sans raison, que le passage du cunéiforme au linéaire est directement lié au support utilisé. Autant l’argile fraîche des tablettes mésopotamiennes impose la gravure, autant l’usage du papyrus se prête exclusivement à une écriture linéaire, à la plume ou bien au pinceau, trempé dans l’encre. Peuple de commerçants et de marins hardis, les Phéniciens ont fait voyager leur alphabet sur les rives de la Méditerranée orientale. C’est ainsi que vers le VIIIe siècle avant J.-C. apparaît, dans une région qui s’appelait le pays d’Aram, devenue, bien plus tard, la Syrie, un alphabet dit « araméen », très proche de l’écriture phénicienne, dans lequel s’écriront quelques livres de l’Ancien Testament.
L’hébreu, écriture biblique dominante, est aussi directement issu de l’alphabet phénicien, de même que l’écriture arabe.
Les Grecs ont modifié l’alphabet phénicien afin qu’il puisse rendre compte de leur propre langage, qui comporte de nombreuses voyelles. En effet, l’alphabet phénicien ne compte que des consonnes. Cette particularité, assez peu gênante pour des langues sémitiques comme l’arabe et l’hébreu, qui offrent peu de voyelles, devenait insurmontable pour transcrire le grec.
Pour tourner la difficulté, les Grecs eurent l’idée d’emprunter à l’alphabet araméen divers signes représentant des consonnes inconnues de leur langue et d’en faire des voyelles. Ainsi sont nées les lettres A (alpha), E (epsilon), O (omicron) ou Y (upsilon).
En 146 avant J.-C., après l’annexion de la Grèce à Rome, l’alphabet grec fut assimilé par les nouveaux maîtres, moyennant des modifications.

Echantillon de l'écriture phénicienne lapidaire.
Echantillon de l’écriture phénicienne lapidaire.

Il s’est étendu, à partir des IIe et IIIe siècles de notre ère, à toutes les régions de l’Europe où les Romains s’étaient implantés et où s’écrivait le latin.
L’invention de l’alphabet constitue, véritablement, une étape décisive pour la diffusion et la démocratisation de l’écriture. La multiplicité et la complexité de fonctionnement des hiéroglyphes, comme des signes cunéiformes, avaient placé l’écriture entre les mains d’une très puissante oligarchie de scribes, détenteurs d’un savoir mystérieux. Car seule une élite était en mesure de maîtriser les milliers de signes et de symboles utilisés en Égypte et en Mésopotamie.
Et même si l’apprentissage de notre écriture moderne implique, souvent, de surmonter des difficultés orthographiques, l’introduction de l’alphabet a permis la transcription de toutes les subtilités d’une langue avec la seule assistance de vingt-six lettres.

Les Achéens ou l’histoire d’une expansion

Vestiges de la porte des Lionnes, à Mycènes.
Vestiges de la porte des Lionnes, à Mycènes.

Si dans les poèmes homériques le terme d’Achéens désigne indistinctement les Grecs participant au siège de Troie, il est certain qu’ils constituaient une famille bien particulière, sans doute la plus ancienne de la race hellénique.
Arrivés en Grèce au début du IIe millénaire avant J.-C., ces guerriers de type nordique, adeptes de l’usage du cuivre, refoulèrent les Pélasges dans les zones montagneuses et s’établirent en Thessalie puis dans la Grèce centrale et dans le Péloponèse, apportant une nouvelle langue d’où devait sortir le grec. Ignorants des choses de la mer, les Achéens se limiteront longtemps à la Grèce continentale où ils feront émerger la civilisation mycénienne (XVIe-XIIIe siècles avant J.-C.). La porte des Lionnes à Mycènes, l’Acropole de Tirynthe conservent le souvenir de cette race guerrière, prônant la force et la sévérité.
C’est en côtoyant les Crétois que les Achéens vont se faire marins. Ils établissent alors des relations commerciales avec l’Egypte, les Hittites, Chypre enfin. Mais c’est en profitant de la ruine de la civilisation minoenne que la civilisation mycénienne prend toute son ampleur et rayonne alors sur la Méditerranée orientale et en Sicile.
Guerriers grecs (dessin moderne).
Guerriers grecs (dessin moderne).

Vers 1200 avant J.-C., l’arrivée des Doriens -des Indo-européens de race nordique- bousculent les Achéens en Grèce. Sans doute est-ce la raison pour laquelle ils tentent alors de s’établir en Asie. Sans doute aussi est-ce ainsi qu’il faut voir ou interpréter la guerre de Troie (XIIe siècle avant J.-C.). En Grèce même, les Achéens seront désormais confinés en Thessalie et dans la partie septentrionale du Péloponèse qui prendra le nom d’Achaïe. Plus jamais les Achéens ne retrouveront l’aura qu’ils avaient eu. Ce ne sera pourtant pas faute d’essayer.
Au Ve siècle avant J.-C., l’Achaïe regroupe une douzaine de cités unies en une fédération. L’une des plus importantes, Hélikê devait disparaître suite à un tremblement de terre (373 avant J.-C.). La première fédération achéenne devait disparaître sans histoire mais, en 280 avant J.-C., une nouvelle "ligue achéenne" vit le jour. Indépendante sur le plan administratif, les cités de la ligue s’unissaient dans le domaine militaire ou de politique étrangère. La direction militaire était d’ailleurs confiée à un stratège unique. Sous l’impulsion d’Aratos de Sicyone, la ligue allait devenir une force militaire redoutable, capable d’affronter les Macédoniens (vers 243 avant J.-C.). La prise de l’Acrocorinthe par Aratos devait produire une onde de choc et rallier à la ligue achéenne les cités de l’isthme, privant ainsi Antigone Ier, roi de Macédoine, de clefs du Péloponèse. L’Arcadie entra ensuite dans la sphère d’influence de la ligue achéenne et de son chef militaire, Aratos, sans pour autant convaincre Athènes d’en faire autant. Cette tentative d’unir les Grecs du Péloponèse et de la Grèce centrale allait cependant se heurter aux ambitions de Sparte. Vaincue par le Spartiate Cléomène en 227 avant J.-C. à Mégalopolis, le ligue achéenne se tourna alors vers la Macédoine. Les rêves d’expansion des uns et des autres allaient finalement se heurter aux désirs d’expansion et d’influence de Rome qui profitera pleinement des querelles internes aux divers alliés. En 146 avant J.-C., les Romains abattent la ligue achéenne, s’emparent de Corinthe, pillent et rasent la cité. C’en était fini -et depuis longtemps, des Achéens.

La légende de Sémiramis

Née de l’amour d’un jeune Mésopotamien avec la déesse-poisson Derceta, nourrie durant toute sa petite enfance par les oiseaux du désert, Sémiramis, à la beauté déjà incomparable, fut recueillie par un haut fonctionnaire, Simma, le « prévôt royal des pasteurs de province ».
Devenue une magnifique jeune fille, elle charma Menon, le gouverneur de Syrie qui l’épousa et la ramena chez lui, à Ninive. Commença alors pour Sémiramis la vie douce et quelque peu insipide d’épouse de haut-fonctionnaire… jusqu’à ce qu’elle découvre la guerre !
Quand Ninus, roi d’Assyrie, déclara la guerre aux Bactriens, Menon son vassal n’eut d’autre choix que de le suivre, délaissant, pour la première fois, sa belle épouse. Mais, alors qu’il tentait de s’emparer de la ville de Bactre, Menon, qui désirait sans doute la garder à l’œil, fit venir sa femme auprès de lui. Intrépide, véritable amazone, Sémiramis ne se contenta pas de braver les dangers du voyage, elle alla bien plus loin et s’empara, par ruse, de la ville assiégée…
Ninus ne pouvait que désirer connaître celle qui lui livrait la ville… pour le plus grand malheur de Menon. Dès qu’il la vit, Ninus en tomba fou amoureux et se débarrassa, fort peu civilement, du mari encombrant…
Cette mauvaise action porta, sans doute, malheur à Ninus car lui aussi ne tarda pas à mourir, laissant Sémiramis veuve et régente pour leur fils Ninus II. Mais la belle Sémiramis, déjà deux fois veuve, et ravie de l’être, va s’occuper de son royaume, de ses armées, qu’elle dirigeait volontiers, et aussi des beaux soldats qui finissaient invariablement leur nuit d’amour avec la souveraine… la gorge tranchée !
Alors qu’elle est au sommet de sa gloire, Sémiramis entreprend la construction de ce qui sera son joyau : Babylone ! Tour à tour architecte et urbaniste, elle édifie une muraille extraordinaire, des ponts, des aqueducs même ! Après seulement trois cent soixante-cinq jours de labeur -sans doute particulièrement intensifs- du haut de son extraordinaire muraille, qui faisait cent vingt-deux mètres de hauteur, quatre-vingt-quatre mètres d’épaisseur et qui était renforcée de deux cent cinquante tours, Sémiramis put contempler sa ville, son œuvre, séparée en deux par l’Euphrate : Babylone.
Sémiramis voyait grand ! Aussi, une fois les temples dotés de coupes pesant trois mille cent cinquante kilos d’or, les palais construits, les canaux et les ponts installés, la souveraine, qui avait, sans doute, la nostalgie de ses jeunes années, tenta de s’emparer de l’Inde… Pour la première fois cependant, le destin ne souriait pas à la reine, qui dut rebrousser chemin. Voyant là un signe sans équivoque des dieux, elle confia le trône à son fils, s’enferma dans sa chambre et, alors qu’une envolée de pigeons passait par là, Sémiramis, dit la légende, les rejoignit, elle-même transformée en oiseau…

Les Gauloises : femmes de pouvoir

>Jeune gauloise, d'après une iconographie du XIXe siècle.
Jeune gauloise, d’après une iconographie du XIXe siècle.

La place des femmes dans la société gauloise est, encore de nos jours, sujette à controverse, notamment dans les milieux spécialisés : certains historiens considèrent que la Gauloise n’eut guère que la part de l’ombre -après tout, selon César, l’homme avait sur elle droit de vie et de mort ; mais d’autres historiens, s’appuyant tout autant sur les témoignages d’auteurs antiques que sur ceux de l’archéologie, ont été amenés à réviser leur jugement et à donner à la femme gauloise une part nettement plus importante, notamment si on la compare avec la place de la femme à Rome. Et il faut reconnaître que leurs arguments sont convaincants.
Vers 2000 avant J.-C., l’apparition du bronze va entraîner un premier bouleversement de l’Europe. Lorsque les épées, les faux, les marteaux ou autres haches voient le jour, les échanges commerciaux se multiplient, d’autant que l’étain et le cuivre, nécessaires à la fabrication du bronze, ne se trouvent pas partout.
Bracelet et torque celtes.
Bracelet et torque celtes.

On voit donc des routes commerciales se former entre la Bretagne et l’Italie, l’Europe de l’Est et la Grèce : la civilisation celte s’uniformise sur toute l’Europe et la Gaule devient un carrefour commercial de première importance. Aux IXe-VIIIe siècles avant J.-C., c’est l’apparition de l’âge du Fer et du VIIIe au VIe siècle, les sites fortifiés, qui permettent de contrôler les voies d’échanges commerciaux, se multiplient et passent sous l’autorité de l’aristocratie princière. C’est ainsi que se définie alors la hiérarchie sociale et les cours princières, contrôlant les échanges avec l’étranger, qui non seulement s’enrichissent mais découvrent également des coutumes venant d’autres pays.
Comme on le voit déjà, l’aristocratie gauloise est loin d’être « barbare » et elle a laissé nombre de témoignages, notamment archéologiques, qui permettent d’avoir une idée plus juste de cette société et de la place des femmes.
En 1953, René Joffroy, professeur de philosophie passionné d’archéologie, met au jour une nécropole à Vix, en Bourgogne. Là, gît une jeune femme, âgée de 30 à 35 ans, et morte entre 510 et 490 av. J.-C.. Elle est allongée sur un char dont les roues ont été ôtées et posées sur le côté, comme c’est la coutume. Elle-même porte sur elle une véritable fortune : sa tête est ceinte d’une sorte de diadème en or, elle porte un torque en bronze, un collier d’ambre, de diorite et de serpentine, des bracelets à chaque poignet, un anneau à chaque cheville et huit fibules ornées de matières précieuses. Une richesse qui ne peut être que celle d’une personne importante… D’autant que cette jeune femme a également été en relation avec l’étranger, comme le suggèrent les trois bassins de bronze venant d’Étrurie et le magnifique vase de facture grecque, lui aussi en bronze, que renferme sa tombe. Ce dernier, le fameux « cratère de Vix », est le plus grand vase grec connu à ce jour. Il est magnifiquement ouvré et orné, sur le couvercle, d’une statuette de femme, qui est peut-être une représentation de la dame elle-même.
Place commerciale internationale, Vix voyait transiter dans son oppidum les richesses de tous les pays. On suppose donc que certains des magnifiques objets trouvés dans la tombe étaient des présents afin de remercier ou d’amadouer la dame du lieu afin d’obtenir un droit de passage.
Mais n’était-elle que l’épouse du chef ou gouvernait-elle elle-même ? L’absence, aux environs de la nécropole, de tombe masculine permet d’opter pour la seconde hypothèse. Cela n’aurait rien de saugrenu et de nombreuses preuves renforcent l’idée que la femme gauloise détenait un certain pouvoir et pouvait être, juridiquement, l’égale de l’homme.
Il apparaît en effet que les Gauloises étaient libres du choix de leur époux et que, si elles apportaient une dot, « le mari devait prendre sur son bien une valeur égale », qui constituerait le « douaire » de la jeune femme. À la mort de leur mari, elles étaient même les premières héritières, avant les enfants.
Un oiseau de proie perché sur sa tête
Archéologie, témoignages d’historiens antiques, mythologie même : toutes les sources sur la civilisation gauloise affirment qu’un certain nombre de femmes de haut rang ont exercé le pouvoir, au même titre que les hommes.
Ainsi en est-il, en Allemagne, de la dame de Reinheim qui fut enterrée avec une grande quantité de bijoux au IVe siècle avant J.-C.. Le torque et les bracelets trouvés avec elle révèlent l’image « d’une femme, les mains croisées sur la poitrine à la manière d’une morte, un grand oiseau de proie perché sur sa tête ». Est-ce un symbole mythologique ? Est-ce une image ou un symbole propre à la dame de Reinheim ? Si tel est le cas, cela supposerait que cette femme détenait une grande puissance et une influence telle qu’elle pouvait « commander ses propres parures ou qu’elle possédait assez d’autorité de son vivant pour que sa dépouille fût parée de joyaux spécialement réalisés à son intention », commente avec justesse Miranda Green dans Les Druides.
Cartimandua, Boudicca et Aristarché
Les auteurs classiques apportent également leur contribution : Plutarque révèle que, dans certaines tribus, les femmes intervenaient dans les conseils réunis « en vue de la guerre ou de la paix » ou lors de conflits avec des étrangers ; Tacite  et Dion Cassius évoquent longuement l’histoire de la reine Boudicca, ainsi que celle de Cartimandua.
Statue de la reine Boudicca, entourée de ses filles.
Statue de la reine Boudicca, entourée de ses filles.

Prasutag, roi des Icéniens, une tribu de l’actuelle East Anglie, avait fait un pacte avec les Romains afin de conserver son royaume. À sa mort, sa veuve, Bouddica, prend le pouvoir, comme il est de coutume chez les Celtes. Une coutume qui ne reçoit pas l’approbation des Romains qui tentent alors d’évincer la souveraine. C’est ce qui déclenchera la révolte de Boudicca. Elle s’allie avec les Trinovantes, ses voisins et, de 60 à 61 après J.-C., mène une guerre sans merci contre le pouvoir impérial. Ainsi, elle s’emparera et détruira, avec d’ailleurs des raffinements de cruauté, trois des principales villes romaines de Bretagne : Colchester, Londres et Verulamium, devenue Saint-Albans. Finalement vaincue par les légions romaines, Boudicca se suicidera. Elle avait été près d’arracher à Rome sa plus récente province…
L’histoire de Cartimandua, toujours au Ier siècle, est en quelque sorte l’antithèse de celle de Boudicca. En effet, loin de se révolter, Cartimandua, reine des Brigantes, est une alliée active des Romains, qui, dans l’intérêt de l’empire, ont passé outre leur « aversion envers les femmes au pouvoir ». Car ce n’est pas de Rome que Cartimandua détient son pouvoir : Tacite raconte en effet que son rang lui venait de sa naissance. Elle est donc souveraine par naissance et héritage et exercera le pouvoir durant douze ans.
De son côté, Strabon, dans la relation -certes quelque peu légendaire- qu’il fait de la fondation de Massilia, donne le premier rôle à une femme :
Or, voici qu’Aristarché, l’une des femmes les plus considérées de la ville, vit en songe la déesse se dresser devant elle et lui ordonner de s’embarquer avec les Phocéens, en prenant avec elle une copie des images sacrées…

Ce qui paraît pourtant le plus étonnant dans ce bref aperçu du pouvoir réel des femmes celtes -qui étaient aussi druidesses et prophétesses d’ailleurs-, c’est l’idée si largement répandue que les Celtes étaient des barbares -or il paraît clair que leur société était évoluée-, notamment si on les compare avec les Romains chez qui, justement, la femme n’avait ni place ni droit, sinon celui que voulait bien lui déléguer le paterfamilias. De la même façon, les historiens présenteront toujours la Renaissance européenne comme la " libération " de la femme alors que c’est justement l’époque où la société, sous l’influence du protestantisme -religion faisant la part bel au père- et peut-être aussi à cause de ce fameux " retour aux antiques", va peu à peu supprimer tous droits et tout pouvoir aux femmes.

Les thermes de Caracalla

Thermes romaines -ici de Dioclétien-, d'après une aquarelle moderne d'E.Paulin.
Thermes romaines -ici de Dioclétien-, d’après une aquarelle moderne d’E.Paulin.

Sortes de bains publics, les thermes n’avaient pas pour fonction première de permettre aux Romains de se laver : c’était avant tout un lieu de rencontre, un endroit où il fallait se montrer, notamment si l’on était « quelqu’un ». On s’y retrouvait vers le début d’après-midi, peu avant la cena -le grand repas de l’après-midi. L’entrée des thermes était généralement gratuite et leurs constructions étaient le fait de riches particuliers ou d’empereurs. Les premières thermes de Rome furent ainsi édifiées à la requête d’Agrippa, vers 19 avant J.-C., et, à l’époque impériale, Rome en comptait une bonne centaine, dont les plus célèbres sont les thermes de Dioclétien, les plus grandes, celles de Constantin et surtout celles de Caracalla.
Construites en 217 après J.-C. dans un faubourg proche de la voie Appienne, ces thermes couvraient une surface de 118000 m2 sur lesquels l’établissement de bains n’occupait lui-même que 25000 m2. En effet, outre le frigidarium (eau froide), le tepidarium (eau tiède) et le caldarium (eau chaude), lui-même entouré de loges contenant des baignoires, on trouvait également des salles de gymnastiques, des salles de réunion, des bibliothèques et un stade, qui faisait le tour du parc au cœur duquel se trouvait les thermes proprement dites…

La dernière bataille d’Alésia

Reconstitution du siège d'Alésia.
Reconstitution du siège d’Alésia.

Depuis le XVIe siècle, Alise-Sainte-Reine, modeste bourgade de la Côte d’Or située sur le mont Auxois, était considérée comme l’ancien site d’Alésia.
Mais, au milieu du XIXe siècle, époque où tout un chacun se piquait de celtomanie et où l’archéologie vivait son âge d’or, cette conviction fut fortement ébranlée par la découverte d’un architecte de Besançon, Alphonse Delacroix. Au cours de ses périples dans le Jura, Delacroix, président de la Société d’émulation du Doubs, découvre le site escarpé d’Alaise, dont il acquiert bien vite la conviction qu’il s’agit de l’antique Alésia. Cette « découverte » ne serait sans doute pas sortie des registres de la Société d’émulation du Doubs si le médiéviste Jules Quicherat et le spécialiste de la Gaule Ernest Desjardins n’avaient pris fait et cause pour la théorie de Delacroix.
Le monde archéologique et historique se déchaînent et c’est en pleine guerre Alise-Alaise que, le 4 mai 1861, commencent les fouilles d’Alise-Sainte-Reine. Des épées, des javelots et des casques gaulois sont mis au jour, semblant confirmer la théorie des partisans d’Alise, alors que celle d’Alaise conclut par l’absence totale de traces évoquant une armée gauloise ou même romaine.
Les fouilles d’Alise se poursuivent jusqu’au milieu du XXe siècle et débouchent sur la découverte d’une ville gallo-romaine qui succéda sans doute à l’oppidum dans lequel s’était battu Vercingétorix.
La preuve est alors faite. Pourtant, jusqu’au milieu du XXe siècle, et même encore de nos jours, certains érudits mettent en doute l’authenticité du site d’Alise-Sainte-Reine, jadis appelée… Alésia.

Le Nouvel empire ou la grande Egypte

Buste géant de Ramsès II (v. 1304 avant J.-C.-v. 1213 avant J.-C.).
Buste géant de Ramsès II (v. 1304 avant J.-C.-v. 1213 avant J.-C.).

Cinq siècles : c’est le temps que durera le Nouvel empire (1567-1085 avant J.-C.). Cinq siècles durant lesquels la forme pyramidale est celle qui symbolise le mieux l’Egypte. Pyramide du pouvoir, d’abord, avec le pharaon, fils des dieux, qui voit son caractère divin confirmé et étendu à toute sa famille, notamment sa sœur élevée au rang d’épouse d’Amon –une divinité qui prend alors l’allure de la racine de la dynastie. Une divinisation des pharaons et de toute leur famille qui explique aussi la multiplication des temples consacrés au culte des ancêtres des souverains ; des temples qui comptent parmi les joyaux de l’architecture égyptienne, comme Louxor ou Abou Simbel. Souverain divin, le pharaon multiplie alors les lois, répercute ses exigences auprès des vizirs et d’une hiérarchie de fonctionnaires qui font de la société égyptienne une pyramide dont le pharaon est la pointe et le peuple la base. Enfin, la forme pyramidale se retrouve dans l’éclosion d’une Egypte ouverte sur le monde, une Egypte qui fait converger vers elle tous les commerces, notamment des matières les plus précieuses. De fait, au cours de ces cinq siècles, l’Egypte devient le cœur du monde méditerranéen, étend son pouvoir bien au delà de la vallée du Nil à travers des colonies et des protectorats.
Le Nouvel empire s’ouvre en 1567 avant J.-C. lorsque un prince thébain, Ahmosis, expulse les Hyksos vers le nord puis définitivement hors d’Egypte. Une expulsion qui sera suivie de la réunification du pays, imposée par le nouveau pharaon et confirmée par son fils, Aménophis Ier –forme grec du nom égyptien Amenhotep. Une unification qui devait passer autant par la conquête militaire que par l’homogénéisation de l’administration –les charges des fonctionnaires étant désormais obtenues au mérite et non héréditairement-, de la législation –qui se structure, sous l’autorité de pharaon, au Nouvel empire-, du culte et du calendrier. Le culte unifié, centralisé en quelque sorte autour de pharaon et de sa famille.
Vainqueur des Hyksos, Aménophis Ier va également unifier la politique de conquête de l’Egypte. ‘abord destinée à protéger le nouveau royaume d’invasions extérieures, cette politique va ensuite viser à assurer un pouvoir sur des contrées riches de Nubie notamment, qui devient une colonie placée sous l’autorité d’un vice-roi devant payer tribut et dont les princes seront élevés à la cour de pharaon afin d’assurer leur fidélité. Au Nord, Canaan, la Phénicie et, plus fragilement, la Syrie deviendront des protectorats, les princes de ces contrées bénéficiant du système de fonctionnariat égyptien, avec plus ou moins de succès.
C’est à Thoutmôsis III (1504-1450 avant J.-C.) que revient le mérite de la domination égyptienne. Marchant sur les pas de son père, Thoutmôsis II, et de sa belle-mère, Hatchepsout, il mènera pas moins de dix-sept campagnes qui, en vingt ans, briseront les coalitions mitanienne et kadeshienne en Asie, portant à l’Euphrate les frontières de l’Egypte.
Thoutmôsis III n’est d’ailleurs pas le seul nom célèbre de cette période qui, en réalité, se révélera la plus féconde en caractères exceptionnels. Akhénaton, Néfertiti, Horemheb et Ramsès II : autant de noms qui célèbrent la grandeur de l’Egypte. Une grandeur incontestablement atteinte au Nouvel empire. Une grandeur qui commencera à décliner dès la fin du règne de Ramsès III (1198-1166 avant J.-C.). Dernier grand pharaon conquérant, Ramsès III prend le pouvoir après une guerre de succession dont les peuples voisins ont décidé de profiter. Les Peuples de le mer –sans doute des Mycéniens et des Achéens ou, selon d’autres théories, des Européens- avaient vaincu les Hittites, Chypre et Ougarit ; les Sardes, les Grecs achéens, les Libyens enfin assaillent l’Egypte de toutes parts. Une agression, une invasion que Ramsès III saura repousser, annihiler même en incorporant les Libyens parmi ses armées qui se dotent donc de mercenaires. Une politique qui a un coût, économique autant que symbolique. Une politique qui, de paire avec la révolte des prêtres d’Amon, reléguera la pharaon au rang de simple mortel, exposant la personne du souverain aux attaques et aux complots.
Ramsès III ne sera pas le seul à être victime des conspirations ; tous ses successeurs auront à freiner les ambitions des fonctionnaires tout en constatant la perte d’influence de l’Egypte dans le monde antique. A l’anarchie grandissante, succédera la guerre civile entre le pharaon Ramsès XI et les prêtres d’Amon. Et la victoire de ces derniers annoncera la fin du Nouvel empire.

L’obélisque de la Concorde

Paris, le 25 octobre 1836, 11h30. Une immense foule a envahi la place de la Concorde pour admirer un piedestal de granit orné de pièces d’or et d’argent et de deux médailles à l’effigie de Louis-Philippe, roi des Français. Trois cents artilleurs tirent les palans, tandis que le son du clairon rythme l’élévation de l’obélisque. À 15h00 précises, le monument est enfin mis en place.
Il a fallu huit ans pour que la France obtienne ce don de Méhémet Ali. Jean-François Champollion, chargé de convaincre le vice-roi d’Égypte, disait volontiers que si l’on doit voir un obélisque à Paris, autant que ce soit un de ceux de Louxor.
En effet, Louxor, quartier sud de Thèbes, l’ancienne capitale d’Égypte, possède les plus prestigieux vestiges de l’Égypte ancienne. Ce fameux obélisque, édifié par Ramsès II, ornait l’entrée du temple pharaonique relié à celui de Karnak et dédié au tout-puissant dieu Amon. Depuis, il orne la célèbre place parisienne.

Sparte : au temps des soviets…

Un guerrier spartiate, d'après une illustration moderne.
Un guerrier spartiate, d’après une illustration moderne.

Militaire par l’entraînement intensif de ses fils et de ses filles, communiste par son système de prise en charge complète de l’individu et par un partage égal des terres, la cité de Sparte n’a pas toujours eu ce statu si particulier qui fit sa gloire… et sa déchéance.
Réputée pour la finesse de ses céramiques et pour sa production de figurines en bronze, haut lieu de l’art poétique, la Sparte primitive sera également une des première à se doter d’une constitution. En effet, c’est sans doute vers 700 avant J.-C. qu’est établie la Rhètra (littéralement « la loi ») qui servira de base à la première constitution spartiate. Etablie sous forme d’oracle, elle incite à la mise en place d’un système politique assez proche, en apparence, de celui de nos démocratie. Ainsi, il est établie qu’à l’âge d’homme -30 ans-, les Spartiates sont invités à élire une gérousia –une assemblée d’hommes plus âgés comme l’indique son nom- parmi lesquels seront désignés deux souverains.

Pourquoi deux ? Nul ne le sait. Ce n’est certainement pas par désir de préserver un quelconque équilibre, une équité, les rois de Sparte n’ayant guère qu’un rôle mineur. Chefs de guerre, grands prêtres de la cité, ils sont en fait assujettis, comme le reste de la population, à la gérousia, qui détient le véritable pouvoir. Or cette assemblée, sous des dehors démocratique –après tout elle est élue- est une oligarchie. Elus à vie, les membres de la gérousia détiennent les pleins pouvoirs, notamment judiciaires –elle n’a laissé aux rois que quelques miettes tout à fait mineures-, et n’ont de compte à rendre à personne. Une situation politique qui appelle nécessairement des abus.
Et c’est de cette démocratie dévoyée que va naître la Sparte célèbre, la Sparte combattante mais aussi esclavagiste, inégalitaire et communautaire –les enfants sont élévés par la communauté de 7 à 30 ans. Une Sparte, enfin, qui paraît bien proche de l’idéal soviétique…