La Confrérie de la Passion

Dès le XIIe siècle, la littérature s’empare des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament, les adapte en langue vulgaire pour être jouées sur le parvis des églises.
Véritable moyen d’enseignement de la religion, ces Mystères acquièrent une réelle reconnaissance, quand, en 1402, la Confrérie de la Passion se forme. C’est la première naissance du théâtre. Cependant, le langage parfois grossier conduit le Parlement de Paris à interdire les Mystères en 1548.
La Confrérie de la Passion subsiste pourtant jusqu’en 1677, date à laquelle elle tombe en défaveur auprès des Parisiens, las du ridicule des pièces profanes auxquelles s’étaient essayés les confrères. Le théâtre est alors en pleine découverte du classique et les thèmes de l’Antiquité prennent le pas sur les farces et les Mystères.

Racine : le théâtre pour passion

Des héros qui se déchirent, des vers qui « tonnent et qui détonnent », tout le charme des grandes tragédies raciniennes est là. C’est pourquoi, le 1er janvier 1677, l’hôtel de Bourgogne fait salle comble pour la toute première représentation de Phèdre.
Orphelin élevé par les religieuses de Port-Royal, Jean Racine (1639-1699) arrive à Paris en 1663, date à laquelle il présente sa première tragédie, La Thébaïde. En 1677, il est au sommet de sa gloire : Andromaque, Bérénice, Britannicus, autant de triomphes qui lui ont permis de supplanter son vieil adversaire, Pierre Corneille.
Académicien depuis 1673, conseiller et historiographe du Roi-Soleil dès 1674, Racine est confiant le soir de la première. Pour lui, Phèdre est sa meilleure œuvre, celle qui transmet le mieux la passion, la haine, l’amour tourmenté qu’il sait si bien dépeindre. Pourtant, c’est un échec retentissant ! Racine décide alors de renoncer au théâtre. Il ne reprendra la plume qu’à la demande de Madame de Maintenon et écrira pour les demoiselles de Saint-Cyr, Esther (1689) puis Athalie (1691), pièces qui, tout en conservant l’accent passionné propre aux grandes tragédies raciniennes, sont des œuvres d’inspiration nettement religieuse.
Janséniste de la première heure, il meurt le 21 avril 1699, fidèle à Port-Royal.

Charlie Chaplin

Voici un petit homme coiffé d’un chapeau melon noir, portant un pantalon trop grand, des chaussures démesurées, une petite moustache et surtout une canne qui virevolte au rythme d’une démarche saccadée : voici Charlot !
Né à Londres, en 1889, où il vit une enfance malheureuse, Charles Spencer Chaplin s’embarque pour les États-Unis. Ses premiers essais de comique à Londres le poussent, en effet, à tenter sa chance à Los Angeles en 1911.
Il suffit de quelques apparitions de ce personnage de pantomine, poète et rêveur, mi-vagabond, mi-gentleman, pour créer le mythe de Charlot. Dès 1914, les grands « Charlots » défilent et lorsque, le 5 février 1921, Charlie Chaplin tente le pari du long métrage avec The Kid, le succès est mondial.
Le personnage de Charlot s’étoffe au fil des ans et, tout en conservant un style burlesque, va acquérir une profondeur de sentiments ainsi qu’une sensibilité qui font passer le spectateur constamment du rire aux larmes.
Avec l’après-guerre, s’ouvre une ère difficile car attaqué dans sa vie privée et pour ses opinions politiques -il était réputé communiste- Chaplin fuit les États-Unis pour regagner l’Europe.
Les derniers films de Chaplin vont se solder par des échecs et celui qui restera Charlot pour toujours se retire en Suisse où il meurt en 1977.

Beaumarchais : le style caustique

Aux vertus qu’on exige dans un domestique, Votre Excellence connaît-elle beaucoup de maîtres qui fussent dignes d’être valets ?, clame le personnage de Figaro dans Le Barbier de Séville.
À cette réplique entendue pour la toute première fois le 23 février 1775,  le public, essentiellement composé d’aristocrates, applaudit à tout rompre. La pièce est un triomphe comme le sera bientôt, Le Mariage de Figaro, en 1784. Ce n’est qu’une « cascade éblouissante de répliques et de tirades, un jaillissement continuel de réflexions ironiques, de mots serrés » qui témoignent de l’esprit vif et caustique de leur auteur.
Mais la pièce de Pierre Caron de Beaumarchais (1732-1799) est avant tout une critique acérée de cette noblesse qui l’acclame. Et pour Beaumarchais, c’est la consécration !
Fils d’un horloger, Pierre Caron entre à la cour en tant que musicien et il acquiert la noblesse en achetant sa charge. Spéculateur chanceux, il fait fortune puis devient agent secret du roi. Protégé par une certaine noblesse piquée d’idées révolutionnaires, il fait jouer ses pièces en dépit de la censure mais seules Le Barbier et Le Mariage de Figaro connaîtront un réel succès.
Épargné par la Révolution, il meurt dans la misère et l’oubli en 1799.

Arlequin à Paris

Quatre mois après avoir célébré leur union à l’église de Notre-Dame de Mézières, Charles IX et Élisabeth d’Autriche font leur entrée solennelle à Paris, en mars 1571, au son des fifres et des tambourins. Les habitants de la capitale, accourus en très grand nombre pour assister aux festivités, voient pour la première fois se produire une troupe de comédiens italiens. C’est Catherine de Médicis, la mère du roi, qui a pris l’initiative de faire venir à Paris ces comédiens qui ont enchanté son enfance. Surpris et amusés, les Parisiens s’émerveillent devant les pantomines grotesques de Pantalon et d’Arlequin, habillés de couleurs chatoyantes.
Cependant les membres austères du Parlement ne sont guère amusés par le caractère irrévérencieux de ces « pantalonnades », si prisées de la reine-mère et de tous les Italiens.
Revenus six ans plus tard, en 1577, les comédiens italiens s’installent à Paris et obtiennent un vif succès auprès du public. Mais la réussite sera de fort courte durée : un mois plus tard, ils seront « interdits de séjour » et renvoyés dans leur péninsule… La France ne les accueillera de nouveau que bien plus tard, au XVIIe siècle : les comédiens italiens seront l’un des divertissements les plus appréciés de Louis XIV et la coqueluche des grands du royaume comme du menu peuple.

L’énigme Shakespeare

Qu’y a-t-il donc en un nom ? Ce que nous nommons rose, sous un autre nom, sentirait aussi bon, écrit William Shakespeare.
Mais a-t-il vraiment existé ? Telle est la question soulevée par les critiques anglais dès le XIXe siècle, arguant du fait qu’il avait reçu une éducation trop médiocre pour avoir écrit de tels chefs-d’œuvre et qu’il n’était, en fait, qu’un prête-nom.
Auteur majeur de la troupe des King’s Men, Shakespeare produit trente-huit pièces, qui vont de la tragi-comédie à la tragédie ou à la pièce historique et sa renommée s’étend rapidement. Retiré dans sa ville natale, il y meurt le 23 avril 1616. Son génie, reconnu en Angleterre dès le XVIIe siècle, ne s’impose dans toute l’Europe qu’à partir du XVIIIe siècle, notamment grâce à Voltaire.

Corneille : l’honneur avant tout

Pierre Corneille (1606-1684) d'après une gravure ancienne.
Pierre Corneille (1606-1684) d’après une gravure ancienne.

Corneille, déclare Jean Racine en 1685, fit voir sur la scène la raison mais la raison accompagnée de toute la pompe, de tous les ornements dont notre langue est capable.
Né à Rouen dans une famille de robe, en 1606, Pierre Corneille est avocat à dix-huit ans. Pourtant c’est la carrière poétique qui l’attire le plus et, en 1629, il écrit sa première œuvre, Mélite, et va à Paris. Remarqué par Richelieu, il fait bientôt partie des cinq auteurs pensionnés par le ministre et peut donc se consacrer à l’écriture. Il publie alors sa première tragédie, Médée (1635), bientôt suivie du Cid (1636), qui va donner lieu à une vive querelle avec l’Académie française. Mais Corneille n’en est encore qu’aux prémices de son talent qui ne cesse de grandir avec Horace (1640), Cinna (1641) ou bien encore Polyeucte (1642).
Avec Corneille naît l’art dramatique que développera, si magistralement, Racine, par la suite. Mais alors que Racine fait l’apologie de l’amour-passion, Corneille place l’honneur, la fidélité ou la foi au-dessus de tout. Le XVIIe siècle applaudit à tout rompre cet éloge de l’honneur avant de lui préférer celui des amours raciniens. De cette compétition qui l’oppose à Racine, Corneille sort perdant. Abandonné par le succès depuis 1651, il renonce définitivement au théâtre, en 1674, après l’échec retentissant de Suréna. Mais son génie de l’intrigue et des vers le place, pour l’éternité, au panthéon des auteurs français.

À la fin de l’envoi, je touche !

Cyrano de Bergerac (1619-1655).
Cyrano de Bergerac (1619-1655).

Ce sont les cadets de Gascogne, De Carbon, de Castel-Jaloux ;
Bretteurs et menteurs sans vergogne,
Ce sont les cadets de Gascogne !, s’enflamme Cyrano en présentant ses compagnons.

Le 27 décembre 1897, les spectateurs découvrent, pour la toute première fois, ce héros attachant, ce mousquetaire au grand nez, ce Gascon plein de verve : Cyrano de Bergerac ! Pourtant, Savinien Cyrano de Bergerac n’a rien d’un Gascon, son nom étant celui d’un petit domaine familial en Ile-de-France. Il n’a d’ailleurs pas grand chose à voir avec ce bretteur de première force dont Rostand a fait un héros. Etudiant au célèbre collège de Beauvais puis garde française, il sera grièvement blessé lors du siège d’Arras, en 1640. Une blessure qui va le contraindre à la retraite et lui donner l’occasion de s’adonner à sa passion : l’écriture. Ennemi des règles classiques, il s’adonne à la satire sous couvert de fantaisie et offre une œuvre tout en nuance, notamment dans ses Histoire comique des Etats et empires de la lune et Histoire comique des Etats et empires du soleil. Poète à ses heures, il s’adonne également au théâtre avec le Pédant joué, dont Molière lui-même fera de larges emprunts pour son Scapin.
Ressuscité grâce au Marseillais Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac va devenir un héros de théâtre, vibrant de romantisme, d’éclats de voix, de panache ! La pièce fera d’ailleurs le succès de son auteur au point que le vrai Cyrano devra s’effacer devant le sieur de Bergerac, théâtral, qui sait si bien rimer sur son grand nez…

Le premier film « parlant »

Le 22 octobre 1927, la compagnie cinématographique Warner Bros présente au public le premier film parlant. Le succès du Chanteur de jazz est immédiat. Le parlant donne alors un nouveau souffle et une autre dimension au cinéma. L’utilisation des disques synchronisés est très vite abandonnée au profit du son produit sur piste optique. Le parlant est enfin mis au point et il ne faut qu’une dizaine d’années pour que la reconversion soit complète. Une nouvelle génération d’acteurs et de metteurs en scène apparaît, utilisant au mieux cette  technique. Le cinéma devient alors l’art majeur du XXe siècle.

Sophocle : le poète du Destin

Buste de Sophocle (v. 495-406 avant J.-C.).
Buste de Sophocle (v. 495-406 avant J.-C.).

Tout comme Corneille et Racine, Sophocle et Eschyle, considérés comme les plus grands poètes grecs après Homère, se sont adonnés à une concurrence permanente au cours de leur vie. Une concurrence qui, certainement, aura pour conséquence de pousser les deux dramaturges à se donner avec toujours plus de passion et de talent à leur art. Et à ce petit jeu, il semble que Sophocle ait eu quelque avantage… Il faut dire que celui qui sera le plus couronné des auteurs grecs écrira pas moins de 120 pièces… dont sept seulement ont survécu au passage des siècles. Des chefs-d’œuvre qui font la part belle aux légendes grecques, aux mythes des plus grands héros tels qu’Œdipe, Hercule, Electre ; des chefs-d’œuvre qui sont aussi la voix du Destin, lequel paraît tout-puissant dans les tragédies de Sophocle.
Ami de Périclès, nommé stratège par deux fois, Sophocle apparaît avant tout comme un poète d’une modernité étonnante dans le style, en favorisant l’action sur les chants et les chœurs également. Un poète également qui, tout en plaçant le Destin au centre de ses drames, favorise la volonté humaine, l’auto-détermination de l’homme.