Corneille : l’honneur avant tout

Pierre Corneille (1606-1684) d'après une gravure ancienne.
Pierre Corneille (1606-1684) d’après une gravure ancienne.

Corneille, déclare Jean Racine en 1685, fit voir sur la scène la raison mais la raison accompagnée de toute la pompe, de tous les ornements dont notre langue est capable.
Né à Rouen dans une famille de robe, en 1606, Pierre Corneille est avocat à dix-huit ans. Pourtant c’est la carrière poétique qui l’attire le plus et, en 1629, il écrit sa première œuvre, Mélite, et va à Paris. Remarqué par Richelieu, il fait bientôt partie des cinq auteurs pensionnés par le ministre et peut donc se consacrer à l’écriture. Il publie alors sa première tragédie, Médée (1635), bientôt suivie du Cid (1636), qui va donner lieu à une vive querelle avec l’Académie française. Mais Corneille n’en est encore qu’aux prémices de son talent qui ne cesse de grandir avec Horace (1640), Cinna (1641) ou bien encore Polyeucte (1642).
Avec Corneille naît l’art dramatique que développera, si magistralement, Racine, par la suite. Mais alors que Racine fait l’apologie de l’amour-passion, Corneille place l’honneur, la fidélité ou la foi au-dessus de tout. Le XVIIe siècle applaudit à tout rompre cet éloge de l’honneur avant de lui préférer celui des amours raciniens. De cette compétition qui l’oppose à Racine, Corneille sort perdant. Abandonné par le succès depuis 1651, il renonce définitivement au théâtre, en 1674, après l’échec retentissant de Suréna. Mais son génie de l’intrigue et des vers le place, pour l’éternité, au panthéon des auteurs français.

À la fin de l’envoi, je touche !

Cyrano de Bergerac (1619-1655).
Cyrano de Bergerac (1619-1655).

Ce sont les cadets de Gascogne, De Carbon, de Castel-Jaloux ;
Bretteurs et menteurs sans vergogne,
Ce sont les cadets de Gascogne !, s’enflamme Cyrano en présentant ses compagnons.

Le 27 décembre 1897, les spectateurs découvrent, pour la toute première fois, ce héros attachant, ce mousquetaire au grand nez, ce Gascon plein de verve : Cyrano de Bergerac ! Pourtant, Savinien Cyrano de Bergerac n’a rien d’un Gascon, son nom étant celui d’un petit domaine familial en Ile-de-France. Il n’a d’ailleurs pas grand chose à voir avec ce bretteur de première force dont Rostand a fait un héros. Etudiant au célèbre collège de Beauvais puis garde française, il sera grièvement blessé lors du siège d’Arras, en 1640. Une blessure qui va le contraindre à la retraite et lui donner l’occasion de s’adonner à sa passion : l’écriture. Ennemi des règles classiques, il s’adonne à la satire sous couvert de fantaisie et offre une œuvre tout en nuance, notamment dans ses Histoire comique des Etats et empires de la lune et Histoire comique des Etats et empires du soleil. Poète à ses heures, il s’adonne également au théâtre avec le Pédant joué, dont Molière lui-même fera de larges emprunts pour son Scapin.
Ressuscité grâce au Marseillais Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac va devenir un héros de théâtre, vibrant de romantisme, d’éclats de voix, de panache ! La pièce fera d’ailleurs le succès de son auteur au point que le vrai Cyrano devra s’effacer devant le sieur de Bergerac, théâtral, qui sait si bien rimer sur son grand nez…

Le premier film « parlant »

Le 22 octobre 1927, la compagnie cinématographique Warner Bros présente au public le premier film parlant. Le succès du Chanteur de jazz est immédiat. Le parlant donne alors un nouveau souffle et une autre dimension au cinéma. L’utilisation des disques synchronisés est très vite abandonnée au profit du son produit sur piste optique. Le parlant est enfin mis au point et il ne faut qu’une dizaine d’années pour que la reconversion soit complète. Une nouvelle génération d’acteurs et de metteurs en scène apparaît, utilisant au mieux cette  technique. Le cinéma devient alors l’art majeur du XXe siècle.

Sophocle : le poète du Destin

Buste de Sophocle (v. 495-406 avant J.-C.).
Buste de Sophocle (v. 495-406 avant J.-C.).

Tout comme Corneille et Racine, Sophocle et Eschyle, considérés comme les plus grands poètes grecs après Homère, se sont adonnés à une concurrence permanente au cours de leur vie. Une concurrence qui, certainement, aura pour conséquence de pousser les deux dramaturges à se donner avec toujours plus de passion et de talent à leur art. Et à ce petit jeu, il semble que Sophocle ait eu quelque avantage… Il faut dire que celui qui sera le plus couronné des auteurs grecs écrira pas moins de 120 pièces… dont sept seulement ont survécu au passage des siècles. Des chefs-d’œuvre qui font la part belle aux légendes grecques, aux mythes des plus grands héros tels qu’Œdipe, Hercule, Electre ; des chefs-d’œuvre qui sont aussi la voix du Destin, lequel paraît tout-puissant dans les tragédies de Sophocle.
Ami de Périclès, nommé stratège par deux fois, Sophocle apparaît avant tout comme un poète d’une modernité étonnante dans le style, en favorisant l’action sur les chants et les chœurs également. Un poète également qui, tout en plaçant le Destin au centre de ses drames, favorise la volonté humaine, l’auto-détermination de l’homme.

Talma : l’amour du théâtre

François-Joseph Talma (1763-1826) est le tragédien qui aura dominé toute la fin du XVIIIe siècle. Il fait ses débuts à la Comédie-Française dans Mahomet de Voltaire, mais c’est en créant, en 1789, Charles IX de Chénier qu’il accède à la célébrité. La pièce, critique du règne de Charles IX, est d’abord interdite. Puis, imposée par le régime révolutionnaire, elle obtient un grand succès. Peu après, Talma, quitte la Comédie-Française et fonde son propre théâtre où il joue surtout des œuvres de Shakespeare. En 1799, il revient à la Comédie-Française et joue les premiers rôles de Corneille, s’assurant, par son immense talent, la protection et les faveurs de Napoléon. À sa mort, le 19 octobre 1826, Talma a profondément réformé le théâtre, proposant une diction et des costumes qui tendent vers le naturel, ainsi qu’un jeu de scène plus véridique.

Le succès d’Andromaque

Jean Racine (1639-1699), d'après une gravure du XIXe siècle.
Jean Racine (1639-1699), d’après une gravure du XIXe siècle.

Je conçois comment, à force de travail, on réussit à faire une scène de Corneille, sans être né Corneille ; je n’ai jamais conçu comment on réussissait à faire une scène de Racine sans être né Racine, écrivait Diderot dans son Discours sur la poésie dramatique.
De tous temps, on s’est ingénié à comparer Racine avec son vieux rival, Pierre Corneille. Une rivalité existant déjà du temps des deux auteurs, mais qui cessera presque complètement après le triomphe d’Andromaque, le 17 novembre 1667, représentation qui marque la victoire de Jean Racine sur Pierre Corneille. Pourtant, ces deux théâtres sont assez peu comparables, Corneille décrivant « le monde tel qu’il devrait être et Racine tel qu’il est ». En effet, Racine décrit les passions, l’amour, la mort, la haine, avec un art consommé. Et sans doute est-ce de là que vient tout son succès…

Le théâtre classique est-il misogyne ?

Lorsque l’on parle de théâtre classique, deux noms viennent systématiquement à l’esprit : celui de Pierre Corneille et celui de Jean Racine. Les deux auteurs les plus célèbres du XVIIe siècle vont, au fil de leurs pièces, montrer deux aspects du genre humain. Monsieur Corneille fait la part belle à l’honneur, à la noblesse de cœur, à la raison et on remarque que toutes ses pièces ont pour titre un nom d’homme -Horace, Polyeucte, Britannicus… Racine, par contre, s’est attaché à dépeindre un monde où dominent les passions, comme la vengeance, l’amour, la haine et ses pièces portent des noms de femmes -Phèdre, Andromaque, Athalie…
Le théâtre classique serait-il misogyne ?

Plaute, l’homme qui faisait rire Rome

Masque comique antique.
Masque comique antique.

L’origine populaire de Plaute ne fait guère de doute : ses vingt-et-une comédies reconnues, les dix-neuf qui lui sont parfois attribuées, le prouvent. Comédien, directeur de troupe, il vivra la ruine et même la misère -il sera tourneur de meule pour un meunier- avant de goûter à nouveau au succès et à l’aisance. Un succès qui réside dans une formule simple : la réappropriation des auteurs grecs -dont il reprendra des scènes entières- et la mise au goût romain. De fait, les pièces de Plaute ne brillent pas par l’originalité : les personnages -caricaturaux-, les intrigues sont toujours les mêmes. Mais Molière a-t-il fait toujours preuve d’une grande originalité ? Ou Molière ? Ou Racine ? Comme Molière, Plaute saura adapter ses pièces au monde romain et au monde populaire. Surtout, il dépeint, par petites touches, le monde de ses contemporains, leur vie quotidienne, des faits qui marquèrent leur époque. Et si l’intrigue est négligée, Plaute se fait poète en inventant de nouveaux mots, en usant de toutes les subtilités de la langue romaine. Un art, sans aucun doute, qui fera de lui un des auteurs favoris de l’antiquité romaine jusqu’à l’époque impériale où on continuait de reprendre ses pièces.

La Confrérie de la Passion

Dès le XIIe siècle, la littérature s’empare des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament, les adapte en langue vulgaire pour être jouées sur le parvis des églises.
Véritable moyen d’enseignement de la religion, ces Mystères acquièrent une réelle reconnaissance, quand, en 1402, la Confrérie de la Passion se forme. C’est la première naissance du théâtre. Cependant, le langage parfois grossier conduit le Parlement de Paris à interdire les Mystères en 1548.
La Confrérie de la Passion subsiste pourtant jusqu’en 1677, date à laquelle elle tombe en défaveur auprès des Parisiens, las du ridicule des pièces profanes auxquelles s’étaient essayés les confrères. Le théâtre est alors en pleine découverte du classique et les thèmes de l’Antiquité prennent le pas sur les farces et les Mystères.

Racine : le théâtre pour passion

Des héros qui se déchirent, des vers qui « tonnent et qui détonnent », tout le charme des grandes tragédies raciniennes est là. C’est pourquoi, le 1er janvier 1677, l’hôtel de Bourgogne fait salle comble pour la toute première représentation de Phèdre.
Orphelin élevé par les religieuses de Port-Royal, Jean Racine (1639-1699) arrive à Paris en 1663, date à laquelle il présente sa première tragédie, La Thébaïde. En 1677, il est au sommet de sa gloire : Andromaque, Bérénice, Britannicus, autant de triomphes qui lui ont permis de supplanter son vieil adversaire, Pierre Corneille.
Académicien depuis 1673, conseiller et historiographe du Roi-Soleil dès 1674, Racine est confiant le soir de la première. Pour lui, Phèdre est sa meilleure œuvre, celle qui transmet le mieux la passion, la haine, l’amour tourmenté qu’il sait si bien dépeindre. Pourtant, c’est un échec retentissant ! Racine décide alors de renoncer au théâtre. Il ne reprendra la plume qu’à la demande de Madame de Maintenon et écrira pour les demoiselles de Saint-Cyr, Esther (1689) puis Athalie (1691), pièces qui, tout en conservant l’accent passionné propre aux grandes tragédies raciniennes, sont des œuvres d’inspiration nettement religieuse.
Janséniste de la première heure, il meurt le 21 avril 1699, fidèle à Port-Royal.