Le succès d’Andromaque

Jean Racine (1639-1699), d'après une gravure du XIXe siècle.
Jean Racine (1639-1699), d’après une gravure du XIXe siècle.

Je conçois comment, à force de travail, on réussit à faire une scène de Corneille, sans être né Corneille ; je n’ai jamais conçu comment on réussissait à faire une scène de Racine sans être né Racine, écrivait Diderot dans son Discours sur la poésie dramatique.
De tous temps, on s’est ingénié à comparer Racine avec son vieux rival, Pierre Corneille. Une rivalité existant déjà du temps des deux auteurs, mais qui cessera presque complètement après le triomphe d’Andromaque, le 17 novembre 1667, représentation qui marque la victoire de Jean Racine sur Pierre Corneille. Pourtant, ces deux théâtres sont assez peu comparables, Corneille décrivant « le monde tel qu’il devrait être et Racine tel qu’il est ». En effet, Racine décrit les passions, l’amour, la mort, la haine, avec un art consommé. Et sans doute est-ce de là que vient tout son succès…

Le théâtre classique est-il misogyne ?

Lorsque l’on parle de théâtre classique, deux noms viennent systématiquement à l’esprit : celui de Pierre Corneille et celui de Jean Racine. Les deux auteurs les plus célèbres du XVIIe siècle vont, au fil de leurs pièces, montrer deux aspects du genre humain. Monsieur Corneille fait la part belle à l’honneur, à la noblesse de cœur, à la raison et on remarque que toutes ses pièces ont pour titre un nom d’homme -Horace, Polyeucte, Britannicus… Racine, par contre, s’est attaché à dépeindre un monde où dominent les passions, comme la vengeance, l’amour, la haine et ses pièces portent des noms de femmes -Phèdre, Andromaque, Athalie…
Le théâtre classique serait-il misogyne ?

Plaute, l’homme qui faisait rire Rome

Masque comique antique.
Masque comique antique.

L’origine populaire de Plaute ne fait guère de doute : ses vingt-et-une comédies reconnues, les dix-neuf qui lui sont parfois attribuées, le prouvent. Comédien, directeur de troupe, il vivra la ruine et même la misère -il sera tourneur de meule pour un meunier- avant de goûter à nouveau au succès et à l’aisance. Un succès qui réside dans une formule simple : la réappropriation des auteurs grecs -dont il reprendra des scènes entières- et la mise au goût romain. De fait, les pièces de Plaute ne brillent pas par l’originalité : les personnages -caricaturaux-, les intrigues sont toujours les mêmes. Mais Molière a-t-il fait toujours preuve d’une grande originalité ? Ou Molière ? Ou Racine ? Comme Molière, Plaute saura adapter ses pièces au monde romain et au monde populaire. Surtout, il dépeint, par petites touches, le monde de ses contemporains, leur vie quotidienne, des faits qui marquèrent leur époque. Et si l’intrigue est négligée, Plaute se fait poète en inventant de nouveaux mots, en usant de toutes les subtilités de la langue romaine. Un art, sans aucun doute, qui fera de lui un des auteurs favoris de l’antiquité romaine jusqu’à l’époque impériale où on continuait de reprendre ses pièces.

La Confrérie de la Passion

Dès le XIIe siècle, la littérature s’empare des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament, les adapte en langue vulgaire pour être jouées sur le parvis des églises.
Véritable moyen d’enseignement de la religion, ces Mystères acquièrent une réelle reconnaissance, quand, en 1402, la Confrérie de la Passion se forme. C’est la première naissance du théâtre. Cependant, le langage parfois grossier conduit le Parlement de Paris à interdire les Mystères en 1548.
La Confrérie de la Passion subsiste pourtant jusqu’en 1677, date à laquelle elle tombe en défaveur auprès des Parisiens, las du ridicule des pièces profanes auxquelles s’étaient essayés les confrères. Le théâtre est alors en pleine découverte du classique et les thèmes de l’Antiquité prennent le pas sur les farces et les Mystères.