Aiquin ou quand les Sarrasins possédaient la Bretagne

Le Charlemagne
Le Charlemagne "des légendes" (gravure du XIXe siècle).

Un roi, sarrasin, dominant la Bretagne. Un futur empereur, franc, désireux de le débouter. Telle est l’histoire d’Aiquin, une chanson de geste du XIIe siècle.
L’aventure se situe lors d’un retour de Charlemagne de Saxe. Il est accompagné du père de Roland, de Roland lui-même, d’Olivier, d’Ogier et d’autres seigneurs qui figurent dans la Chanson de Roland. Aiquin souverain des Sarrasins a débarqué en Bretagne et la soumise. Seule la ville de Dol résiste encore grâce à son archevêque qui fait figure de héros. D’abord vainqueurs, les Francs vont être vaincus dans l’île de Cézembre et un des compagnons de Charlemagne manque d’y périr lorsque, blessé, il est mis en danger par le flux. Après maintes aventures, les Francs s’emparent de Guidalet où s’était réfugié Aiquin. Le Sarrasin prend la fuite, abandonnant son épouse qui se fait chrétienne et reçoit le baptême.
Un seul manuscrit, datant du Xve siècle, relate encore l’étrange histoire de ce Sarrasin roi de Bretagne. Une histoire si étrange que l’étude des sources a permis de reconnaître dans ces Sarrasins des Normands. L’auteur, sans doute un clerc et un Breton, les nomme même à plusieurs reprises les "Norois" ou les "gens du Nort païs". C’est dans une volonté de se mettre "au goût du jour" qu’il en a fait des Sarrasins.
Aiquin serait dès lors un seigneur normand -ou viking-, le même dont Froissart fait descendre la famille de Du Guesclin, héritier du fils d’Aiquin, que Charlemagne aurait fait baptisé en lui donnant le nom d’Olivier et à qui il aurait donné le fief de Glay Aquin.

Les Mémoires d’outre-tombe

François-René de Châteaubriand (1768-1848).
François-René de Châteaubriand (1768-1848).

Lorsque éclate la Révolution de 1789, François de Chateaubriand, jeune aristocrate breton, s’engage dans l’armée de Condé puis prend la route de l’exil qui le conduit à Londres. C’est là qu’il écrit ses premières œuvres romantiques, empreintes de la mélancolie et de la tristesse dues à l’exil et qui sera, en quelque sorte, sa « marque de fabrique ».
En 1799, il revient en France où il se met au service de Bonaparte, mais l’assassinat du jeune duc d’Enghien, en 1804, le ramènera dans l’opposition et l’éloignera de la vie politique.
Ce sera pour lui l’occasion de reprendre la plume pour la mettre, une fois de plus, au service de la religion catholique : après le Génie du christianisme en 1802, Chateaubriand publie une grande fresque antique intitulée Les Martyrs, en 1809.

À la Restauration, en 1814, François-René de Chateaubriand, qui est déjà un écrivain et un homme politique reconnu, revient sur la scène politique. Ministre, pair de France, il se verra rapidement éloigné des charges, à cause de ses écrits critiquant la politique du roi. Dès lors, Chateaubriand, pétri d’idéaux romantiques et chevaleresques, va consacrer son énergie et son talent à la cause de la branche aînée des Bourbons.
Quand il meurt, le 4 juillet 1848, il vient de publier son dernier ouvrage, pour certains un chef-d’œuvre qui immortalisera le nom de son auteur : Mémoires d’outre-tombe.

Hamlet… par Saxo Grammaticus

Hamlet et Horatio, d'après le tableau de Delacroix.
Hamlet et Horatio, d’après le tableau de Delacroix.

Lorsque, vers 1602, William Shakespeare crée Hamlet, il ne sort pas le personnage directement de son imagination… pour la simple raison qu’Hamlet, le prince de Danemark, a bel et bien existé. Un personnage dont la vie a servi de modèle plus que d’inspiration à l’auteur anglais. Si l’on en croit Saxo Grammaticus (XIIIe siècle), qui pour la première fois en fait mention, ou les légendes irlandaises, Hamlet était le fils d’un roi de Jutland, Hovendill, qui vivait au IIe siècle. Parce que son propre frère désirait sa couronne autant que son épouse, Hovendill devait périr assassiné sous les coups de ce frère. Un frère qui aurait sans aucun doute réservé un sort identique à son neveu, si ce dernier n’avait pas joué –apparemment avec talent- les fous. Une mise en scène qui devait permettre à Hamlet d’ourdir sa vengeance jusqu’à ce qu’il puisse la mettre en œuvre au cours d’un banquet. L’oncle à son tour assassiné, Hamlet fut alors reconnu roi.
Au final, c’est une histoire bien tragique que vécut ce jeune souverain ; une histoire si terrible… qu’on dirait du Shakespeare !

Chaucer ou les premières lettres anglaises

Geoffrey Chaucer (v. 1343-1400), d'après un vitrail.
Geoffrey Chaucer (v. 1343-1400), d’après un vitrail.

On dit de lui qu’il est le créateur de la littérature anglaise et le premier poète de son temps, mais c’est en Italie qu’il va d’abord s’initier à la littérature.
Fils d’un aubergiste de Londres, Geoffrey Chaucer devient page du duc de Clarence et, en 1358, embarque avec les armées d’Edouard III pour la France. Prisonnier après seulement un an de combats, il sera relâché après le paiement d’une rançon. De retour en Angleterre, où il bénéficie de l’amitié du duc de Lancastre, il épouse une suivante de la reine et se voit chargé de plusieurs missions diplomatiques entre 1372 et 1378. C’est au cours d’un de ces missions en Italie, qu’il découvre les œuvres de Dante et de Boccace. On pense même qu’il est entré en relation avec Pétrarque.
C’est tout d’abord sous l’influence de la France que le génie de Chaucer s’était révélé avec une traduction du Roman de la Rose.
La découverte de l’Italie va achever de dévoiler son talent. Sous l’influence de Dante, il écrit la Maison de la renommée (1379-1380) et le Parlement des oiseaux (1382) ; il adapte également le Filostrato de Boccace avant de se lancer dans une œuvre plus personnelle. La première sera La légende des femmes exemplaires (1385) suivi des Contes de Canterbury (1387), son chef-d’œuvre, où il dresse un tableau vivant de la société de son temps.
Contrôleur des douanes au port de Londres en 1374, il devient membre du parlement du Kent en 1386 mais l’opposition de ce parlement à Richard II allait lui faire perdre son emploi, ses soutiens, son crédit. Et les dernières années de sa vie se dérouleront dans le dénuement.

Le poète Regnard perdu par… les femmes

Jean-François Regnard (1655-1709).
Jean-François Regnard (1655-1709).

Écrivain et auteur dramatique, Jean-François Regnard (1655-1709), mène une vie des plus aventureuses avant de se consacrer à l’écriture.
Le 4 octobre 1678, alors qu’il rejoint Marseille, son bateau est capturé par des pirates algériens. Racheté par un seigneur de la ville, il devient son chef cuisinier. Grâce à ses manières et à ses dons culinaires, il voit alors s’ouvrir les portes du harem. Mais, rapidement découvert, Regnard n’a d’autre choix que de se convertir à l’islam s’il veut garder la vie sauve. Il est prêt à le faire quand le consul français intervient et le rachète. De retour en France, Regnard entreprend un voyage en Laponie, puis s’adonne à l’écriture, annonçant, dans des pièces légères, le style de Marivaux.

Robin des Bois : l’idole des pauvres ?

Affiche du film Robin des Bois, avec Errol Flynn.
Affiche du film Robin des Bois, avec Errol Flynn.

Cartouche, Mandrin sont les héritiers de Robin des Bois. Et à plus d’un titre. Brigands devenus héros, inconnus placés au rang d’icônes nationales, Robin et ses prédécesseurs ont tout du mythe, y compris la portée de leur action. De fait, les uns comme les autres ne furent jamais que des voleurs de plus ou moins grande envergure à qui on a attribué, pour des raisons politiques, un rôle héroïque.
C’est dans la seconde moitié du XIVe siècle qu’apparaît, pour la première fois, Robin des Bois, un personnage de roman qui n’acquiert à la célébrité qu’au XVIe-XVIIe siècles. C’est également là qu’il évolue sous le règne des Plantagenêts. Fidèle du roi Richard pour les uns, résistant saxon pour les autres, Robin se voit annobli, doté d’une terre et d’une habitude : celle de redistribuer ses rapines aux pauvres. De fait, parce qu’il a désormais le statu de héros, il doit également avoir celui de saint homme, à des époques où le peuple se fait plus remuant, joue de la révolte.
Déjà, la date de création ou d’apparition de son personnage -1377- coïncide parfaitement avec une période de tension : le règne du faible Richard II commence tout juste et, dans peu de temps, il devra faire face à la révolte paysanne de Wat Tyler. Le reste de la conquête littéraire de Robin correspond également à un temps troublé en Angleterre : la guerre de Cent Ans finit à peine et le pays se voit plonger dans une période de crise aussi bien politique -la guerre des Deux Roses viendra bientôt- évidemment suivi par une période de forte tension économique.
De la même façon, Cartouche ou Mandrin séviront alors que la révolte, la famine se font plus pressant. Et tous, au final, atteindront au statu de héros du peuple plus par volonté politique que par réalisme. Car ni les uns ni les autres ne se soucieront du peuple ne volant que pour leur propre compte ; les uns et les autres séviront en un temps de révolte populaire, une révolte que leurs personnages devaient porter plus loin, avec plus d’intensité.

La Renaissance et les femmes : le retour aux antiques

C’est en Italie, sous l’influence de Pétrarque et de Boccace, qui traduit Homère en latin, que naît le mouvement humaniste. Rapidement, une douzaine d’auteurs vont leur emboîter le pas et déclencher cet « engouement pour Platon », au point qu’en 1445 une académie est fondée à seule fin d’étudier ce philosophe. Et cette mode, cette redécouverte, dont tous les penseurs de la Renaissance vont se nourrir, va faire porter un regard nouveau sur la femme, ce qui est assez logique quand on sait la place des femmes dans la société antique. Aristote ne doutait-il pas qu’elles aient une âme ? Platon ne voyait-il pas en elle un être trop vil « pour être une partenaire de l’Amour », c’est-à-dire du sentiment, non de l’acte sexuel ? Mettre en valeur l’homme n’est certes pas une mauvaise chose, mais le mettre au-dessus de tout, comme le fait la pensée humaniste, conduit tout simplement à rabaisser la femme.
Issue de la pensée humaniste, ce que l’on a appelé la Querelle des femmes ne fait que confirmer ce changement.
Déclenchée par un juriste qui proposait une nouvelle forme de contrat de mariage, la Querelle des femmes va animer les milieux intellectuels durant les trente premières années du XVIe siècle et conduire à une réflexion sur la femme elle-même, son statut, son éducation. Mais si l’initiateur de la Querelle, André Tiraqueau, affirme la nécessité d’une réciproque affection dans le mariage, il affirme clairement la supériorité de l’homme sur la femme, accordant, selon Catherine Claude, « un rôle de protecteur au mari puisqu’il est supérieur à la femme ». Difficile de ne pas superposer à la vision de Tiraqueau celle du paterfamilias antique. La polémique, animée par d’autres penseurs humanistes d’ailleurs, glissera bien vite du mariage aux vertus féminines, aux défauts féminins bien sûr puis à la nécessaire éducation des femmes -qui existait pourtant déjà comme l’ont prouvé nombre de femmes, de Christine de Pisan à Marguerite de Navarre. Rien de bien intéressant ne sortira de cette fameuse Querelle, si ce n’est la supériorité, soutenue par tous, d’un modèle familial de type patriarcal.
Paradoxalement, si la pensée humaniste dessert la gent féminine, certaines femmes vont jouer le rôle de conducteur, de propagateur de cette pensée dans les milieux intellectuels.
En effet, alors que politiquement les femmes n’ont plus désormais qu’un rôle mineur, nombre d’entre elles vont se distinguer au niveau philosophique ou artistique.
Ainsi en est-il de Marguerite de Navarre, sœur de François Ier. Née d’une mère qui attachait une importance capitale à l’éducation, Marguerite étudiera donc l’hébreu, le latin, la philosophie, la théologie et les langues vivantes : un « bagage » qui allait faire d’elle une des figures majeures des milieux intellectuels. Passionnée d’érudition et de poésie, mécène dans l’âme, elle fera de la cour de Navarre un foyer actif de la Renaissance et de l’humanisme, s’assurant les services et l’amitié d’un Robert Estienne, d’un Clément Marot, d’un Rabelais aussi. En cela, elle poursuit l’ambition des femmes du Moyen Âge qui, à l’image d’une Aliénor d’Aquitaine, ont su faire de leur cour ou de leur château des lieux de réflexion ou de propagation de l’art.
De la même façon, la belle Paule de Viguier, devenue veuve et fort riche, utilisera sa fortune et sa réputation de beauté incomparable pour attirer dans son château poètes et écrivains et introduire ainsi à Toulouse l’art et l’esprit de la Renaissance.

Quand Hamlet vivait encore

William Shakespeare (1564-1616).
William Shakespeare (1564-1616).

Si tout le monde est bien convaincu que Richard II ou Henri V, héros des pièces éponymes de Shakespeare, sont bien des personnages historiques, bien peu imaginent qu’il puisse en être de même du personnage d’Hamlet. L’est-il d’ailleurs ? Le fait est que le nom d’Hamlet et son histoire sont bien antérieures à la pièce de l’Anglais. Le premier à le mentionner est Saxo Grammaticus, un historien du XIIIe siècle. Selon lui, Hamlet était un prince danois qui vivait au IIe siècle. De nombreuses sagas nordiques relatent également son histoire, celle du fils d’Horvendill, roi de Jutland. Ce dernier aurait été assassiné par son frère, Fengo, qui aurait ensuite épousé la veuve d’Horvendill. Hamlet, héritier légitime et témoin du meurtre, représente un danger dans la prise de pouvoir de Fengo, qui tente de l’assassiner. Afin d’échapper aux sbires de son oncle, Hamlet feint alors la folie.
La fin de l’histoire varie. Saxo Grammaticus ne donne aucune conclusion ; quant aux sagas, certaines précisent qu’Hamlet assassine son oncle au cours d’une orgie et qu’il reprend le trône de son père, celui qui devait légitimement lui revenir.
Ainsi vécut Hamlet, héros de l’histoire danoise avant d’être immortalisé par William Shakespeare à la fin du XVIe siècle.

Le cardinal de Polignac

Le cardinal Melchior de Polignac.
Le cardinal Melchior de Polignac.

Le cardinal, qui sur un nouveau ton,
En vers latins fait parler la sagesse,
Réunissant Virgile avec Platon,
Vengeur du ciel et vainqueur de Lucrèce.

Brillant diplomate, le fameux cardinal Melchior de Polignac (1661-1742) se distingue en évitant la rupture entre le Saint-Siège et la France sur la question du gallicanisme, en 1689. Malgré son échec dans la tentative de mettre sur le trône de Pologne le prince de Conti, il participe au traité d’Utrecht (1710).
Relégué dans l’obsurité pendant la Régence, le cardinal de Polignac quitte sa retraite en 1724 puis contribue à l’élection du pape Benoît XIII, auprès duquel il est nommé ambassadeur. Sacré évêque d’Auch en 1726, il écrit l’Anti-Lucrétius, un poème opposé aux doctrines épicuriennes.
Quand il meurt, le 20 novembre 1742, son œuvre reste inachevée et elle ne sera publiée qu’en 1745.

Raconte-moi une histoire…

Le Chat botté (illustration du XIXe siècle).
Le Chat botté (illustration du XIXe siècle).

Qu’est-ce qu’un conte ? Selon la définition que l’on trouve dans les ouvrages de littérature, il s’agit d’une nouvelle « à laquelle personne ne croit, ni l’auteur, ni le lecteur, et qui plaît seulement soit par le piquant du style, soit par l’extravagance des situations, soit par l’intention satirique ou philosophique… » Mais l’intention satirique ou philosophique est-elle vraiment ce qui motiva Perrault, le plus célèbre des auteurs de contes français ? On pourrait en douter…
Fils d’un avocat au Parlement, Charles Perrault se destine tout d’abord au droit, comme son père, avant de se laisser prendre par l’amour des belles lettres. En 1671, il entre à l’Académie française mais ses intérêts le poussent plus à écrire des poèmes et à discuter des points de littérature. Ce n’est qu’en 1697 que Perrault publie son premier recueil de contes avec Peau d’âne, une vieille légende populaire transmise d’âge en âge. Ainsi en sera-t-il de tous ses contes, de la Belle au bois dormant, au Petit Poucet, en passant par Riquet à la houppe et par le Chat botté. En fait, sous le titre des Histoires ou contes du temps passé, Perrault s’est fait le dépositaire de la mémoire populaire, pour le plus grand plaisir de tous. Et il n’y là aucune intention philosophique si l’on en croit Perrault lui-même :
Le conte de Peau d’âne est difficile à croire,
Mais tant que dans le monde on aura des enfants,
Des mères et des mères-grand,
On en gardera la mémoire.