La mosquée de Süleymaniye

Soliman le Magnifique, dit aussi Kanûni Süleyman (1495-1566).
Soliman le Magnifique, dit aussi Kanûni Süleyman (1495-1566).

Fondée sur l’ancien site mégaréen de Byzance pour être la nouvelle capitale de l’empire romain, Constantinople sera tour à tour la nouvelle Rome, le joyau de l’orthodoxie et, après sa conquête par le Turc Mahomed II, le fleuron de l’Empire ottoman. De fait, Constantinople, devenue Istanbul sous l’hégémonie ottomane (XVe siècle), sera toujours, sous quelque domination qu’elle se trouve, un carrefour commercial et intellectuel et un centre religieux de premier plan. Sainte-Sophie en est une preuve éclatante, la mosquée de Süleymaniye en est une autre.
Fondée par le sultan Soliman II, surnommé par les Occidentaux le Magnifique, la mosquée de Süleymaniye, dont le style est fortement inspiré de l’architecture de Sainte-Sophie, fait désormais partie des plus beaux monuments de la ville, signe de son ralliement à l’islam et souvenir de celui qui fut un grand conquérant, mais aussi un législateur et un mécène.

Naissance de Neuschwanstein

Romantique et rêveur à l’excès, Louis II de Bavière (1845-1886) fut un roi fou… de musique et de châteaux. Le 5 septembre 1869, il pose la première pierre du château de Neuschwanstein, inspiré d’une antique forteresse médiévale située non loin de Hohenschwangau, où est né le jeune roi. Les héros de son ami Wagner ornent les murs de Neuschwanstein : Parsifal, Sigfried et surtout Lohengrin, le « Chevalier au cygne », dont Louis reprendra l’emblème.
Le jeune souverain fait construire deux autres châteaux, Linderhof et Herrenchiemsee, qui marquent eux aussi le retour du néo-classicisme et du style néo-gothique en Allemagne comme dans toute l’Europe.
Mais ces constructions coûtent cher et le 12 juin 1886, Louis II est déposé par ses ministres qui invoquent la folie du souverain. Enfermé au château de Berg, il est retrouvé noyé le lendemain.

« La Merveille » du Mont-Saint-Michel

Le Mont-Saint-Michel, d'après une iconographie du XIXe siècle.
Le Mont-Saint-Michel, d’après une iconographie du XIXe siècle.

Parce que l’archange saint Michel le lui avait commandé lors d’une apparition, saint Aubert, évêque d’Avranches, fit construire, en 708, un petit oratoire sur un petit rocher granitique, situé à 5 kilomètres environs de la côte, au fond de la baie de Cancale. Dès 966, sous l’impulsion de Richard Ier de Normandie, l’oratoire devait laisser la place à une abbaye bénédictine, Notre-Dame-sous-Terre, à laquelle devait s’ajouter, aux XIe-XIIe siècles, une église romane dont subsiste encore la nef.
Mais ces constructions, déjà étonnantes, n’étaient rien par rapport à l’abbaye gothique, entreprise avec l’aide financière de Philippe Auguste et de saint Louis, et qui acquit rapidement le surnom de la Merveille. Centre religieux important –c’ était un lieu de pèlerinage très fréquenté au Moyen Âge- mais aussi place forte essentielle, notamment contre les Anglais, le Mont-Saint-Michel se verra également doté de différents bâtiments abbatiaux et de remparts (XIIIe-XVe siècles), qui allaient lui permettre de résister victorieusement aux attaques anglaises durant les trente dernières années de la guerre de Cent Ans. Les épisodes militaires qui ont jalonné son histoire n’ont, heureusement, pas endommagé la Merveille qui est, sans conteste, une des gloires de l’architecture médiévale, comptant parmi les plus beaux trésors de France.

Cluny, fer de lance de la réforme

Moine clunisien (gravure du XIXe siècle).
Moine clunisien (gravure du XIXe siècle).

Avant d’être la plus grande église d’Occident et le chef-d’œuvre de l’art roman, l’abbaye de Cluny connaît des débuts fort modestes. Fondée en 910 par Guillaume le Pieux, comte d’Auvergne et duc d’Aquitaine, et placée sous l’autorité immédiate du pape, elle observe la règle réformée de saint Benoît. Durant un siècle et demi, Cluny a la chance de voir se succéder à sa tête des abbés qui compteront parmi les plus grandes figures du Moyen Âge et qui feront son succès : Bernon, à qui est confiée en premier la charge d’abbé de Cluny ; saint Odon, qui permet à d’autres monastères d’observer la règle dite clunisienne et de se placer sous l’autorité du père-abbé de Cluny ; et surtout Pierre le Vénérable, qui fait autorité dans la connaissance du Coran et de l’Islam.

Profitant de cette influence grandissante, Cluny va, dès le XIe siècle, devenir le véritable fer de lance de la réforme grégorienne, propageant ces principes dans toute l’Europe, avant d’être à son tour touchée par les vices qu’elle combattait.

Cluny, qui regroupait alors près de mille quatre cents maisons, va, peu à peu, perdre son influence strictement religieuse au bénéfice de Cîteaux et deviendra avant tout un foyer intellectuel et artistique.

L’obélisque de la Concorde

Paris, le 25 octobre 1836, 11h30. Une immense foule a envahi la place de la Concorde pour admirer un piedestal de granit orné de pièces d’or et d’argent et de deux médailles à l’effigie de Louis-Philippe, roi des Français. Trois cents artilleurs tirent les palans, tandis que le son du clairon rythme l’élévation de l’obélisque. À 15h00 précises, le monument est enfin mis en place.
Il a fallu huit ans pour que la France obtienne ce don de Méhémet Ali. Jean-François Champollion, chargé de convaincre le vice-roi d’Égypte, disait volontiers que si l’on doit voir un obélisque à Paris, autant que ce soit un de ceux de Louxor.
En effet, Louxor, quartier sud de Thèbes, l’ancienne capitale d’Égypte, possède les plus prestigieux vestiges de l’Égypte ancienne. Ce fameux obélisque, édifié par Ramsès II, ornait l’entrée du temple pharaonique relié à celui de Karnak et dédié au tout-puissant dieu Amon. Depuis, il orne la célèbre place parisienne.

Le Tâj Mahal : un « poème de pierre »

Vue du Tâj Mahal, d'après une gravure du XIXe siècle.
Vue du Tâj Mahal, d’après une gravure du XIXe siècle.

Sous le règne de Shâh Jahân, « roi du monde », l’Empire mogol est au faîte de sa gloire. Il soumet pour de bon le Dekkan en 1635 et s’entoure de ministres compétents qui administrent le pays avec générosité.
Douze ans avant son avènement, Shâh Jahân avait épousé Mumtaz-i Mahal, une douce princesse qui ne devait guère profiter des joies de la cour : elle mourut en effet peu après son mariage, à Burhampour. Inconsolable, Shâh Jahân, désormais sur le trône, voulut donner à son épouse un témoignage d’amour dépassant en grandeur tout ce qu’on avait pu voir. En effet, il faudra dix-huit ans, de 1630 à 1648, et pas moins de vingt mille ouvriers pour édifier le Tâj Maha, véritable joyau de l’art musulman, tout en marbre blanc, incrusté de pierreries, ne laissant pénétré qu’une lumière tamisée, comme pour respecter, encore, l’intimité des deux amants. La beauté extraordinaire de ce « symbole de l’amour » a mérité toues les épithètes, de « rêve de marbre », à « poème de pierre », mais il demeure surtout une des merveilles du monde indien.

Pétra, la cité rose

Le Khazneh à Petra (photo récente).
Le Khazneh à Petra (photo récente).

Un paysage désertique, rocailleux ; des falaises abruptes, lisses ; une flore parsemée et une faune qui se cache. Tel est la vision qu’avaient les caravaniers arabes, lorsqu’ils remontaient les côtes de la mer Rouge pour atteindre les ports commerciaux de Méditerranée. Et soudain, Pétra ! Une cité creusée dans le roc rose des falaises. Un monde de temples et de tombes, un monde qui fascine, comme ce Monastère, à la façade imposante de 42 mètres de haut et 45 de large ; comme le tombeau à l’Urne ou comme le tombeau Renaissance ; enfin, comme la Khazneh, orné d’une double série de colonnes, d’une rotonde et d’une statue d’Isis, temple probablement fondé par l’empereur Hadrien et qui doit son nom aux Arabes qui croyaient qu’il contenait un trésor (el Khazneh signifie « le trésor des pharaons »).
Ville antique, Pétra fut la capitale des Édomites et des Nabatéens avant d’être occupée par les Romains à qui l’on doit sans doute ces monuments merveilleux et qui firent de cette cité fascinante la capitale de l’Arabie Pétrée. Tombée dans l’oubli après la conquête musulmane, Pétra devra sa redécouverte et même sa résurrection aux archéologues qui, à la suite de Burckhardt, seront attirés, tout comme des centaines de touristes, par la ville aux multiples tombes, la cité rose de l’Arabie Pétrée.

Domus aurea de Néron

L’historien romain Suétone a laissé une description étonnante de la fameuse Domus aurea érigée sur ordre de l’empereur Néron lors de son grand chantier de réabilitation de Rome. Un récit à la mesure de l’ambition et de la mégalomanie de cet empereur.
Pour donner une idée de sa grandeur et de sa magnificence, il suffira de dire que dans le vestibule s’élevait une statue colossale de Néron, haute de cent vingts pieds ; que des portiques à trois rangs de colonnes mesuraient un mille ; qu’on y voyait un lac, semblable à une mer, entouré d’édifices qui faisaient songer à une ville ; que de grandes étendues, parsemées de prairies, de vignes, de pâturages et de forêts, contenaient une multitude d’animaux et de bêtes fauves.
Les diverses parties de ce palais étaient dorées partout et ornées de pierreries et de nacre. Les salles à manger avaient des plafonds faits de planches d’ivoire mobiles et répandaient sur les convives, quand on les ouvrait, des fleurs et des parfums. La salle principale était formée par une espèce de rotonde, dont le faîte tourné jour et nuit, suivait le mouvement du monde. Les bains étaient alimentés par l’eau de la mer et les sources d’Albula.
Lorsqu’enfin ce palais fut terminé et inauguré, Néron n’eut que ces seuls mots pour exprimer sa joie :
-Je commence à être logé comme un homme !

Pétra, la cité rose

Kazneh de Petra.

C’était une première : le 6 juillet dernier, un sondage géant, mondial, permettait de désigner les nouvelles Merveilles du monde. Des Merveilles présentes sur les cinq continents ; des Merveilles produites par des civilisations aussi diverses que celle des Aztèques, que les Brésiliens de Rio de Janeiro ou que les architectes de Pétra. Des Merveilles qui, si elles ne sont plus seulement sept, comme à l’époque antique, ont cependant conservé un critère essentiel : celui de révéler le génie artistique, l’esprit de grandeur d’un peuple tout entier, à l’image de l’antique cité de Pétra.
Un paysage désertique, rocailleux ; des falaises abruptes, lisses ; une flore parsemée et une faune qui se cache. Tel est la vision qu’avaient les caravaniers arabes, lorsqu’ils remontaient les côtes de la mer Rouge pour atteindre les ports commerciaux de Méditerranée. Et soudain, Pétra ! Une cité creusée dans le roc rose des falaises. Un monde de temples et de tombes, un monde qui fascine, comme ce Monastère, à la façade imposante de 42 mètres de haut et 45 de large ; comme le tombeau à l’Urne ou comme le tombeau Renaissance ; enfin, comme la Khazneh, orné d’une double série de colonnes, d’une rotonde et d’une statue d’Isis, temple probablement fondé par l’empereur Hadrien et qui doit son nom aux Arabes qui croyaient qu’il contenait un trésor (el Khazneh signifie « le trésor des pharaons »). 
Ville antique, Pétra fut la capitale des Édomites et des Nabatéens avant d’être occupée par les Romains à qui l’on doit sans doute ces monuments merveilleux et qui firent de cette cité fascinante la capitale de l’Arabie Pétrée. Tombée dans l’oubli après la conquête musulmane, Pétra devra sa redécouverte et même sa résurrection aux archéologues qui, à la suite de Burckhardt, seront attirés, tout comme des centaines de touristes, par la ville aux multiples tombes, la cité rose de l’Arabie Pétrée.

De l’art roman aux cathédrales

Abbaye de Fontevrault où sera, notamment, enterrée Aliénor d'Aquitaine.
Abbaye de Fontevrault où sera, notamment, enterrée Aliénor d’Aquitaine.

On vit reconstruire des églises dans presque tout l’univers, mais surtout en Italie et en Gaule. On le faisait même quand cela n’était pas nécessaire, chaque communauté chrétienne se piquant d’émulation pour édifier des sanctuaires plus somptueux que ceux de ses voisins. On eût dit que le monde secouait ses haillons pour se parer d’une robe blanche d’églises.
Ainsi parle, au milieu du XIe siècle, vers l’an 1048, Raoul Glaber le moine bourguignon de Cluny, qui est conscient d’assister à un événement important : la naissance de ce que, des siècles et des siècles plus tard, un archéologue normand, Charles de Gerville, appellera « l’art roman ».
Qu’est-ce que cet art roman, auquel, semble-t-il, il ne manque qu’un iota pour être romain ? Définition officielle : « art de la construction et du décor que connut l’Occident au temps des premiers Capétiens, pendant les XIe et XIIe siècles ». Ensuite, c’est « l’art gothique ».
L’art roman est méditerranéen et monastique ; l’art gothique est nordique (s’entend : nord de la Loire…) : c’est celui de la plupart des grandes cathédrales et des constructions élevées du XIIIe siècle à la Renaissance. Différence ? Bach et Beethoven. À Chartres, Amiens, Bourges, Notre-Dame de Paris, cela vibre, bouge, palpite, monte, étincelle. À Saint-Benoît-sur-Loire, Saint-Étienne-de-Nevers, Paray-le-Monial, Fontevraud, Vézelay, cela médite, veille, s’immobilise, se calme, prie.
Cet art roman qui définit et signe les débuts de la civilisation européenne, comment est-il né ?
Dans l’Empire romain finissant, tout monument était une basilique : une salle rectangulaire, avec des rangées de colonnes latérales (ce qui a donné la nef centrale et les nefs latérales) et, à une des extrémités, un hémicycle (c’est l’abside). Ces basiliques romaines étaient aussi bien temples païens, tribunaux, premières églises chrétiennes…

Viennent les Barbares qui envahissent le monde romain, s’y infiltrent, s’y installent… et, bien sûr, s’y convertissent. Sur les ruines du vieil empire, après maintes péripéties au fil de quelques siècles, naît un nouveau et fort puissant empire : l’Empire carolingien. Consciemment, celui-ci veut renouer avec la tradition romaine : au IXe siècle, c’est la Renaissance carolingienne, aux amples églises qui sont évidemment d’exactes basiliques. Avec des innovations, par exemple, des tours encastrées dans la façade, que l’art gothique retrouvera avec enthousiasme.
Puis viennent les Normands en France et les Hongrois (ou Magyars) en Italie du Nord. Incendies, pillages, destructions : tout est rasé, les villes disparaissent, le monde européen redevient agricole et quasi préhistorique. Les seules communautés survivantes sont les communautés monastiques. Les Normands assimilés et les Magyars refoulés, voici le temps, comme après toute guerre totale, de la reconstruction.
Il n’y a plus beaucoup de maçons dans cette Europe ravagée du XIe siècle ; les seuls ateliers capables de faire face à l’afflux de commandes sont les ateliers des maçons lombards de l’Italie du Nord, dont la filiation remonte d’ailleurs souvent jusqu’à l’antiquité. Ils vont circuler en France du Midi et remonter le long de la vallée du Rhône jusqu’en Bourgogne et même atteindre la Rhénanie. Ils donnent à ce premier âge roman une forte unité de style : une grande simplicité de plan, souvent des murs à deux étages superposés de colonnades, clocher bas, pierres grossièrement concassées ou taillées et surtout charpente de bois.
Les chroniques de l’époque sont pleines de récits d’incendies détruisant ces églises, qu’il faut perpétuellement reconstruire et qui sont perpétuellement à la merci des flammes dévastatrices. Ainsi naît l’idée, à la fin du XIe siècle, de remplacer le bois par la pierre « pour protéger l’édifice du feu et pour rendre sa structure plus parfaite ».
Le second âge roman est né.
Difficilement. Car se pose alors un problème technique complexe : une charpente de bois est droite ; des pierres ne peuvent être posées qu’en voûte, appuyée sur des arcs ou berceaux. Mais cette voûte pèse lourd et « pousse » obliquement : les arcs en plein cintre, c’est-à-dire en demi cercle, ont la poussée la plus forte, cette poussée est réduite quand l’arc est « brisé » au milieu parfois aussi, la voûte est divisée en plusieurs coupoles juxtaposées. L’architecture romane est le résultat de la lutte opiniâtre sans cesse recommencée des maçons d’il y a mille ans contre la « poussée » de voûtes de pierre. Il y a eu des échecs : ainsi les moines de Cluny voulurent une église de la même longueur que celle de Saint-Pierre, dans l’ambition d’être une « seconde Rome », soit 130 mètres. Et la voûte fut élevée à 128 mètres. Elle s’écroula en 1125.
Mais, quand on parle d’art roman, on privilégie trop fortement ces contraintes techniques qui ont eu certes leur importance. L’essentiel pourtant est-il là ? Car l’art roman n’est pas qu’architecture : il est aussi, il est surtout, sculpture.
Au premier âge roman, c’est la peinture murale qui est encore l’élément décoratif essentiel. Il reste de rares témoignages comme le chœur peint de l’église de Vicq, en Berry, ou Brinay, dans le Cher. Mais sous les voûtes de pierre aux murs percés de rares fenêtres, la lumière se fait pénombre et la peinture est remplacée par la sculpture.
Ces sculptures sont à l’intérieur de l’église, mais surtout à l’entrée : le grand portail sculpté est une invention absolument originale de l’art roman, dont on ne voit l’origine ni dans l’antiquité ni dans l’art barbare. La maladresse sublime des sculptures se fond dans une composition qui est, elle, au contraire, d’une fermeté très élaborée.
Saints de pierre aux plis raides, Vierges à l’enfant hiératiques, êtres humains aux yeux d’angoisse aveugle, monstres du tourment métaphysique cachés à l’ombre d’une sombre colonne, rois à jamais figés, maigres Christs de bois aux dorures que le temps écaille…