Ravenne, la dernière capitale

Détail d'une des célèbres mosaïque de Ravenne (Ve siècle).
Détail d’une des célèbres mosaïque de Ravenne (Ve siècle).

Déjà sous Auguste, Ravenne avait acquis un statu particulier lorsque l’empereur avait fait de son avant-port, Classis, la station principale de la flotte de l’Adriatique. Il faudra cependant la menace barbare pour en faire la capitale de l’empire romain d’Occident. En effet, en 404 et sous le conseil de Stilicon, l’empereur Honorius décida de quitter Rome et d’établir sa nouvelle capitale à Ravenne. Les raisons de ce choix ? Les marécages entourant la cité, ce qui la rendait plus aisément défendable que la cité érigée par Romulus. Un calcul qui ne suffira pas à sauver l’empire romain des barbares qui finiront par s’emparer de l’empire et par s’établir eux-même à Ravenne. Odoacre et surtout Théodoric vont d’ailleurs donner à Ravenne son véritable rôle politique tout en ornant la capitale de ce qui était leur empire de palais et d’églises magnifiques. De fait, Ravenne, qui est la dernière capitale, est surtout une capitale marquée du sceau des barbares. Au mausolée de l’impératrice Galla Placidia succédera ainsi la basilique arienne Sant’Apollinare Nuovo, le baptistère santa Maria et le tombeau de Théodoric, la fameuse Rotonde. Nourrit au lait de la culture classique, élevé durant son enfance à Constantinople, Théodoric avait, par ses constructions, imprégné de style byzantin les rues de sa capitale… qui devait tomber, en 540, sous les coups de Bélisaire et donc sous domination byzantine.
L’architecture ne s’en trouvera que plus marquée encore, jusqu’à sa prise, au VIIIe siècle, par le Lombard Aistofl, puis par Pépin le Bref qui devait la donner au nouveau « maître de Rome » : le pape. Une autorité toute nominale et que les Souverains pontifes n’exerceront jamais vraiment tant l’influence des évêques de Ravenne était grande… au point d’ailleurs de souhaiter et de tenter d’obtenir l’indépendance. Finalement, c’est Frédéric II de Hohenstaufen qui tranchera en s’emparant de la ville et en en faisant un de ses fleurons.

Le Colosse de Rhodes

Le colosse de Rhodes, d'après une gravure ancienne.
Le colosse de Rhodes, d’après une gravure ancienne.

Et qui oserait me disputer le premier rang, interroge le Colosse de Lucien de Samosate, auteur satirique du IIe siècle après J.-C., dans la pièce Jupiter tragique. Qui l’oserait à moi qui suis le soleil et dont la taille est si gigantesque ? Si les Rhodiens n’eussent pas voulu me donner une grandeur énorme et prodigieuse, ils se seraient fait seize dieux d’or pour le même prix. Je puis donc, avec quelque raison, passer pour le plus riche ; d’ailleurs, l’art et la perfection de l’ouvrage s’unissent en moi à une pareille grosseur.
Passant successivement, durant les nombreux conflits du IVe siècle avant J.-C., sous la domination de Sparte puis d’Athènes, Rhodes s’était toujours révélée une cité relativement peu combative. Aussi, lorsque le général macédonien Démétrios Poliorcète, ce qui signifie « le preneur de villes », mit le siège devant la cité, en 305, il ne s’attendit pas à la moindre résistance. Étonnamment, Rhodes résista… un an durant et finalement le Macédonien céda, laissant même derrière lui ses machines de guerre.
Les Rhodiens se devaient d’immortaliser cet exploit, jusqu’à présent unique dans leur histoire, et édifièrent pour l’occasion le célèbre Colosse de Rhodes qui devait garder l’entrée du port. Plus tard, les Rhodiens, visiblement satisfaits de leur « œuvre », multiplièrent les statues, au point que la ville compta jusqu’à cinq cents statues d’airain, disséminées à travers la ville, parmi lesquelles, selon Pline, « cent autres colosses plus petits ». Mais pas une n’atteindra la taille du premier.
Statue d’airain, sise au sommet d’une colonne de cent coudées, selon Ampélius, le colosse de Rhodes était une représentation du soleil. Il n’était ni très beau, ni fait de métaux précieux : il était simplement gigantesque et c’est cette envergure seule qui le fera désigner comme une des Sept Merveilles du monde et qui marquera les antiques, même après sa destruction par un tremblement de terre en 225 avant J.-C..
Tout abattue qu’est cette statue, dira Pline, elle excite l’admiration : peu d’hommes en embrassent le pouce, les doigts sont plus gros que la plupart des statues. Le vide de ses membres rompus ressemble à de vastes casernes. Au dedans, on voit des pierres énormes par le poids desquelles l’artiste avait affermi sa statue en l’établissant. Elle fut achevée, dit-on, en douze ans et coûta trois cents talents provenant des machines de guerre abandonnées par le roi Démétrios…

Le temple du Ciel au cœur de la Cité interdite

Capitale du royaume Ken à l’époque des Royaumes combattants (Ve-IIIe siècles avant J.-C.), simple chef-lieu du IIIe siècle avant J.-C. au IIIe siècle après J.-C., occupée par les Barbares de la steppe puis réoccupée par les Chinois sous les T’ang (VIIe-Xe siècles), Pékin a fait l’objet de toutes les ambitions, subi toutes les conquêtes. Prise et détruite par Gengis Khan en 1215, elle sera finalement reconstruite par Kubilaï qui, en décidant d’en faire sa capitale, lui donnera un statut définitif et exceptionnel.
Pékin n’est plus seulement une capitale administrative : Kubilaï fonde, au cœur même de la cité, une « Ville intérieure », symbole de son pouvoir et de sa royauté presque divine. La description qu’en fit Marco Polo révèle déjà sa splendeur :
Toute murée de murs de terre gros au bas de bien dix pas. Ils sont tous crénelés, avec des créneaux blancs, et sont hauts de plus de dix pas. La ville a douze portes et, sur chaque porte, il y a un grand palais très beau, de sorte que chaque côté a trois portes et cinq palais, parce qu’il y a un palais très grand et très beau à chaque coin. Les rues sont si droites qu’on les voit d’un bout à l’autre et qu’une porte se voit de l’autre, aux deux bouts de la ville.
La Cité interdite, enserrée par la Ville intérieure, regorge de palais et de temples, parmi lesquels le temple du Ciel, fondé en 1420, et qui apparaît comme un des plus beaux et des plus symboliques de la capitale chinoise. En effet, il était d’usage que l’empereur s’y rende, trois fois par an, pour rendre compte au Ciel de son administration et proclamer sa puissance : une cérémonie qui l’élève véritablement au rang de divinité…

Angkor, la cité des dieux

Vue d'Angkor Vat (gravure du XIXe siècle).
Vue d’Angkor Vat (gravure du XIXe siècle).

Fondée en 802 de notre ère par Jayavarman II, Angkor était, dès son origine, destinée à être un grand centre religieux, dédié au culte du dieu-roi : construite sur un plateau au nord d’Angkor, elle se résumait alors à un temple intégré dans la montagne. C’est Yaçodharapura qui, à la fin du IXe siècle décida le déplacement de la cité impériale sur l’actuel site d’Angkor. Autour de la cité commença alors à s’élever une succession de monuments admirables : le petit temple de Banter Srei, le temple-montagne de Baphuon, le temple vinshnuite d’Angkor Vat et le site bouddhique d’Angkor Thom. Si ce dernier ensemble est tout à fait remarquable, rien n’éclipse la beauté majestueuse des ruines d’Angkor Vat… au point que ce temple est considéré comme l’œuvre des dieux eux-mêmes.
Détail du palais d'Angkor Vat (gravure du XIXe siècle).
Détail du palais d’Angkor Vat (gravure du XIXe siècle).

Ainsi, une légende raconte qu’Angkor Vat fut construite par Preah Ket Mealea, fils du dieu Indra, le roi des dieux, et d’une humaine. Un jour Preah Ket Mealea s’en va visiter son père au Paradis. Là, il est si émerveillé par la beauté des constructions, qu’il ne peut se résoudre à quitter le séjour des dieux.
-Je te donne le royaume du Cambodge, lui dit son père. Si tu as vu ici un monument que tu veux reproduire, dis-le. Il sera construit dans ton royaume.
Le jeune prince hésite. Il aurait voulu posséder un palais aussi beau que celui d’Indra, mais il craint de mécontenter son père par ses prétentions. Alors, il demande au dieu Indra la permission de faire bâtir sur terre une réplique du monument le plus humble du Paradis : l’étable à bœufs du roi des dieux. Ce sera Angkor.

Le temple du Ciel au cœur de la Cité interdite

Le temple du Ciel, à Pékin (gravure du XIXe siècle).
Le temple du Ciel, à Pékin (gravure du XIXe siècle).

Capitale du royaume Ken à l’époque des Royaumes combattants (Ve-IIIe siècles avant J.-C.), simple chef-lieu du IIIe siècle avant J.-C. au IIIe siècle après J.-C., occupée par les Barbares de la steppe puis réoccupée par les Chinois sous les T’ang (VIIe-Xe siècles), Pékin a fait l’objet de toutes les ambitions, subi toutes les conquêtes. Prise et détruite par Gengis Khan en 1215, elle sera finalement reconstruite par Kubilaï qui, en décidant d’en faire sa capitale, lui donnera un statut définitif et exceptionnel.
Pékin n’est plus seulement une capitale administrative : Kubilaï fonde, au cœur même de la cité, une « Ville intérieure », symbole de son pouvoir et de sa royauté presque divine. La description qu’en fit Marco Polo révèle déjà sa splendeur :
Toute murée de murs de terre gros au bas de bien dix pas. Ils sont tous crénelés, avec des créneaux blancs, et sont hauts de plus de dix pas. La ville a douze portes et, sur chaque porte, il y a un grand palais très beau, de sorte que chaque côté a trois portes et cinq palais, parce qu’il y a un palais très grand et très beau à chaque coin. Les rues sont si droites qu’on les voit d’un bout à l’autre et qu’une porte se voit de l’autre, aux deux bouts de la ville.

La Cité interdite, enserrée par la Ville intérieure, regorge de palais et de temples, parmi lesquels le temple du Ciel, fondé en 1420, et qui apparaît comme un des plus beaux et des plus symboliques de la capitale chinoise. En effet, il était d’usage que l’empereur s’y rende, trois fois par an, pour rendre compte au Ciel de son administration et proclamer sa puissance : une cérémonie qui l’élève véritablement au rang de divinité…

Consécration de Royaumont

Fondée en 1228 par Saint Louis en exécution du testament de son père, l’abbaye de Royaumont est un des plus beaux exemples de l’architecture cistercienne.
Le saint roi, profondément attaché au monastère, en fait un de ses lieux de séjour privilégiés et une nécropole pour les enfants royaux morts en bas âge. Déjà richement dotée, elle se voit adjoindre, par Saint Louis, une superbe église de style gothique, consacrée le 19 octobre 1235, qui sera parmi les plus belles et aussi les plus grandes de l’ordre.
Image de la majesté royale autant que de la pureté cistercienne, Royaumont sera vendue par l’État en 1791 et en grande partie détruite.

Tarquin l’architecte

Médaille du Capitole, avec Jupiter, Minerve et Junon l'encadrant et, au-dessus du temple, des oies.
Médaille du Capitole, avec Jupiter, Minerve et Junon l’encadrant et, au-dessus du temple, des oies.

Tarquin l’Ancien, qui de manière générale n’a laissé qu’un assez mauvais souvenir aux Romains, leur a cependant légué, outre le Forum, le temple de Jupiter Capitolin et la Cloaca maxima.
Selon la tradition, le temple dédié au dieu des dieux aurait reçu le nom de Capitole, ou Capitolin, après la découverte d’une tête (en latin caput) sur le lieu même des fondations. Mais en réalité, ce temple, devenu le centre religieux le plus important, était dédié à trois divinités : Jupiter, bien sûr, mais également Minerve et Junon, qui d’ailleurs s’était vu élevé un autre temple, entièrement dédié à son culte et où l’on entretenait les fameuses oies du Capitole qui, selon Tite-Live, devaient sauver le Capitole de l’attaque des Gaulois (vers 390 avant J.-C.).
La construction de la Cloaca maxima, elle, n’offrit aucune surprise. Aménagé entre le Palatin, le Capitole et le Tibre, ce système d’égout fut cependant placé sous la protection d’une divinité toute particulière : Vénus !

La mosquée de Süleymaniye

Soliman le Magnifique, dit aussi Kanûni Süleyman (1495-1566).
Soliman le Magnifique, dit aussi Kanûni Süleyman (1495-1566).

Fondée sur l’ancien site mégaréen de Byzance pour être la nouvelle capitale de l’empire romain, Constantinople sera tour à tour la nouvelle Rome, le joyau de l’orthodoxie et, après sa conquête par le Turc Mahomed II, le fleuron de l’Empire ottoman. De fait, Constantinople, devenue Istanbul sous l’hégémonie ottomane (XVe siècle), sera toujours, sous quelque domination qu’elle se trouve, un carrefour commercial et intellectuel et un centre religieux de premier plan. Sainte-Sophie en est une preuve éclatante, la mosquée de Süleymaniye en est une autre.
Fondée par le sultan Soliman II, surnommé par les Occidentaux le Magnifique, la mosquée de Süleymaniye, dont le style est fortement inspiré de l’architecture de Sainte-Sophie, fait désormais partie des plus beaux monuments de la ville, signe de son ralliement à l’islam et souvenir de celui qui fut un grand conquérant, mais aussi un législateur et un mécène.

Naissance de Neuschwanstein

Romantique et rêveur à l’excès, Louis II de Bavière (1845-1886) fut un roi fou… de musique et de châteaux. Le 5 septembre 1869, il pose la première pierre du château de Neuschwanstein, inspiré d’une antique forteresse médiévale située non loin de Hohenschwangau, où est né le jeune roi. Les héros de son ami Wagner ornent les murs de Neuschwanstein : Parsifal, Sigfried et surtout Lohengrin, le « Chevalier au cygne », dont Louis reprendra l’emblème.
Le jeune souverain fait construire deux autres châteaux, Linderhof et Herrenchiemsee, qui marquent eux aussi le retour du néo-classicisme et du style néo-gothique en Allemagne comme dans toute l’Europe.
Mais ces constructions coûtent cher et le 12 juin 1886, Louis II est déposé par ses ministres qui invoquent la folie du souverain. Enfermé au château de Berg, il est retrouvé noyé le lendemain.

« La Merveille » du Mont-Saint-Michel

Le Mont-Saint-Michel, d'après une iconographie du XIXe siècle.
Le Mont-Saint-Michel, d’après une iconographie du XIXe siècle.

Parce que l’archange saint Michel le lui avait commandé lors d’une apparition, saint Aubert, évêque d’Avranches, fit construire, en 708, un petit oratoire sur un petit rocher granitique, situé à 5 kilomètres environs de la côte, au fond de la baie de Cancale. Dès 966, sous l’impulsion de Richard Ier de Normandie, l’oratoire devait laisser la place à une abbaye bénédictine, Notre-Dame-sous-Terre, à laquelle devait s’ajouter, aux XIe-XIIe siècles, une église romane dont subsiste encore la nef.
Mais ces constructions, déjà étonnantes, n’étaient rien par rapport à l’abbaye gothique, entreprise avec l’aide financière de Philippe Auguste et de saint Louis, et qui acquit rapidement le surnom de la Merveille. Centre religieux important –c’ était un lieu de pèlerinage très fréquenté au Moyen Âge- mais aussi place forte essentielle, notamment contre les Anglais, le Mont-Saint-Michel se verra également doté de différents bâtiments abbatiaux et de remparts (XIIIe-XVe siècles), qui allaient lui permettre de résister victorieusement aux attaques anglaises durant les trente dernières années de la guerre de Cent Ans. Les épisodes militaires qui ont jalonné son histoire n’ont, heureusement, pas endommagé la Merveille qui est, sans conteste, une des gloires de l’architecture médiévale, comptant parmi les plus beaux trésors de France.