L’Escurial, en l’honneur de saint Laurent

Philippe II d'Espagne (1527-1598).
Philippe II d’Espagne (1527-1598).

Le 2 octobre 1872, la foudre tombe sur l’Escurial qui s’enflamme, menaçant ainsi le monument édifié conformément au vœu de Philippe II. Le 10 août 1557, fête de saint Laurent, le souverain espagnol assiège Saint-Quentin quand les troupes françaises arrivent au secours de la ville.
L’affrontement semble inévitable et Philippe II fait alors le vœu d’élever un sanctuaire au saint du jour s’il remporte la bataille. L’Espagnol est victorieux et, dès 1563, il confie à Juan de Toledo la construction d’un palais et d’un monastère. Achevé en 1584 par Juan de Herrera, l’Escurial a, selon le désir du roi, la forme d’un gril, instrument du supplice de saint Laurent.

Le tombeau de Mausole

Le tombeau de Mausole (gravure ancienne).
Le tombeau de Mausole (gravure ancienne).

Halicarnasse était une ancienne cité grecque d’Asie Mineure placée sous l’autorité d’un satrape. Durant les guerres médiques (Ve siècle avant J.-C.), opposant Xerxès Ier, roi de Perse, à la Grèce, Artémise, souveraine d’Halicarnasse, devait s’allier au Perse. Elle acquit une grande réputation de ténacité et de courage chez les Grecs, mais devait perdre une bonne partie de cette puissance commerciale qui faisait la richesse d’Halicarnasse. Ce n’est que cent ans plus tard, que la cité devait renouer avec la célébrité.
Le satrape était alors un certain Mausole, descendant de cette fameuse Artémise guerrière. Puissant mais avide, véritablement despotique selon certains historiens antiques, il était cependant fort aimé d’une personne, son épouse (qui était également sa sœur, coutume que l’on retrouve chez les pharaons), Artémise, au point que cette dernière se révéla inconsolable quand il mourut :
Après sa mort (en 353 avant J.-C.), raconte l’écrivain antique Aulu-Gelle, Artémise serrant son corps entre ses bras et l’arrosant de ses larmes, le fit porter au tombeau avec un magnifique appareil. Ensuite, dans l’ardeur de ses regrets, elle les fit réduire en poussière, les mêla dans sa coupe avec de l’eau et les avala. Elle donna encore d’autres marques d’un violent amour. Et elle fit élever à grand frais, pour conserver la mémoire de son époux, ce sépulcre fameux, qui mérita d’être compté au nombre des Sept Merveilles du monde…

Saint-Basile : l’œuvre d’Ivan le Terrible

La cathédrale Saint-Basile, à Moscou (gravure du XIXe siècle).
La cathédrale Saint-Basile, à Moscou (gravure du XIXe siècle).

Si, depuis la fondation de Saint-Pétersbourg par Pierre le Grand, en 1703, Moscou n’était plus la capitale administrative de la Russie tsariste, elle sût garder, toutes ces années durant, le statut de capitale religieuse et historique. En bref, Moscou était toujours le cœur de la Russie. D’ailleurs, n’est-ce pas dans cette cité que les tsars continuaient de se faire couronner ? Saint-Pétersbourg est l’image de la Russie moderne, celle des tsars éclairés ou libérateurs, comme Pierre le Grand ou Alexandre II. Moscou reste la ville d’Ivan le Terrible, une cité mi-européenne mi-asiatique, comme le révèlent si admirablement les monuments haut en couleur qui font sa réputation.
L’église Saint-Basile est un de ces monuments, combinant l’amoncellement fantaisiste des coupoles et les couleurs les plus vives. Elle fut d’ailleurs construite, en 1554-1557, sur l’ordre d’Ivan le Terrible pour célébrer la prise de Kazan, en Tatarie. On raconte que le tsar cruel fut si content de la manière dont l’architecte avait exécuté ses ordres qu’il lui fit crever les yeux : ainsi, le malheureux ne serait pas tenté d’élever ailleurs un aussi bel édifice et Saint-Basile serait unique au monde…

Haussmann, le baron-bâtisseur

Le baron Haussmann (1809-1891).
Le baron Haussmann (1809-1891).

Paris est le cœur de la France. Mettons tous nos efforts à embellir cette grande cité et à améliorer le sort de ses habitants, proclamait Louis-Napoléon Bonaparte en 1850.
Pour réussir cette entreprise, le prince-président désigne Georges-Eugène Haussmann (1809-1884), préfet de la Seine depuis 1853. Tout en épargnant des quartiers comme le Marais ou bien Montmartre, Haussmann dégage les principaux monuments et élabore la «grande croisée» qui traverse Paris d’est en ouest et du nord au sud (Saint-Michel, Rivoli, Sébastopol et enfin Strasbourg).
Ensuite, il met en œuvre le tracé des grands boulevards et, pour finir, il restaure les communes telles qu’Auteuil, Passy, Vaugirard et fait aménager des espaces verts dans la capitale et à sa périphérie.
Avec Haussmann, Paris, transformé, devient une métropole moderne sans pour autant perdre son charme.

La tour penchée

La tour de Pise, d'après une gravure du XIXe siècle.
La tour de Pise, d’après une gravure du XIXe siècle.

Tout le monde connaît le glorieux passé de Venise, Gênes ou encore Florence, mais qui se soucie de celui de Pise ? Comme ses illustres républiques sœurs, Pise acquit un essor extraordinaire dès le Xe siècle, lorsque, à la suite des croisades, reprirent les relations commerciales avec l’Orient. La position abritée de son port, situé à l’embouchure de l’Arno, allait être un atout essentiel de Pise qui devint une des principales rivales de Gênes et de Venise. Rapidement, Pise s’étendit également en Sardaigne, d’où elle devait chasser les Sarrasins dès le XIe siècle, puis en Corse et aux Baléares. Après deux siècles de domination presque incontestée sur les mers, Pise devait cependant s’incliner, victime du déclin des Hohenstaufen qu’elle avait ardemment soutenus dans le conflit entre Guelfes et Gibelins.
De cette période de faste et de puissance, Pise a cependant conservé quelques monuments, dont le plus exceptionnel est, sans conteste, la célèbre Tour penchée. Ce campanile (clocher isolé de l’église), construit tout en marbre blanc et mesurant pas loin de 56 mètres de haut, fut édifié entre 1174 et 1350, en même temps que la cathédrale, le baptistère et le Campo santo, autres monuments célèbres de la cité toscane. Mais sa célébrité tient surtout à son aspect penché, dû soit à un affaissement du terrain, soit à un défaut dans les fondations, aspect qui lui a valu son nom de Tour penchée.

Le Saint-Sépulcre, l’âme de la chrétienté

Vue de Jérusalem (gravure du Moyen Age).
Vue de Jérusalem (gravure du Moyen Age).

Centre de l’Église primitive, née au lendemain de la Pentecôte, Jérusalem fut, dès le IIe siècle, un lieu de pèlerinage pour les chrétiens, désireux de se recueillir sur les lieux de la Passion et de la mort du Christ. La mise au jour des Lieux saints sous le règne de l’empereur Constantin -notamment la découverte de la vraie Croix par sa mère, sainte Hélène- devait accroître l’afflux des pèlerins, désormais accueillis dans les basiliques du Martyrium, de l’Élonora et de l’Anastasis, nom donné à la première basilique du Saint-Sépulcre, édifiée sur le tombeau du Christ. Voici la description qu’en donna un voyageur anglais du Moyen Âge, Arculf :
Cette église, très grande, tout en pierres, forme un cercle parfait ; elle s’élève sur trois murs entre chacun desquels est la largeur d’une route ; dans l’espace du mur moyen, on a eu l’art de faire trois autels. Cette église ronde, avec ses autels, l’un au midi, l’autre au nord, l’autre au couchant, est soutenue par douze colonnes de pierre d’une grandeur étonnante. Elle a huit portes, c’est-à-dire quatre entrées percées dans ses trois murs ; quatre de ces portes sont placées au vent du Vulturne, que l’on nomme aussi Calcias, et les quatre autres vers l’Eurus. Au milieu de cette rotonde est taillé dans le roc un oratoire où neuf hommes debout peuvent prier à la fois et, au-dessus de la tête d’un homme d’une taille ordinaire jusqu’à la voûte, est encore l’espace d’un pied et demi. L’entrée de ce petit oratoire regarde l’orient ; à l’extérieur il est couvert de marbre de choix ; le sommet est orné d’or et surmonté d’une grande croix d’or.

Saint-Denis, dernière demeure des rois

L'abbé Suger (v. 1081-1151) portant les attributs épiscopaux et la couronne des rois de France.
L’abbé Suger (v. 1081-1151) portant les attributs épiscopaux et la couronne des rois de France.

Lieu de vénération des Parisiens depuis deux siècles déjà, le champ où périrent saint Denis et tous ses compagnons voit une première église s’élever vers 475, grâce aux bons soins de sainte Geneviève. Reconstruite par Dagobert, qui en fait le sanctuaire où sont enterrés les rois de France et leur famille, agrandie et même améliorée par Pépin le Bref et par Charlemagne, la vieille église carolingienne menace de tomber en ruines quand Suger, le très célèbre abbé de Saint-Denis, fait construire un quatrième édifice.
Consacrée le 11 juin 1144, la basilique de Saint-Denis, un des premiers monuments de l’art gothique, inspirera beaucoup d’autres cathédrales telles que celle de Noyon, de Senlis, de Notre-Dame de Paris, de Chartres, de Reims ou encore d’Amiens.

Saint-Pierre de Rome

Saint-Pierre de Rome (vue ancienne).
Saint-Pierre de Rome (vue ancienne).

C’est l’empereur Constantin qui, en 324, donna l’ordre de construire la première basilique Saint-Pierre, sur l’emplacement présumé du martyre de l’apôtre saint Pierre. Mais cette basilique, qui avait nécessité vingt ans de travaux et qui avait abrité le sacre du plus grand empereur carolingien, Charlemagne, était sur le point de s’effondrer lorsque le pape Nicolas V décida, en 1452, l’édification d’un nouveau bâtiment. Si les travaux commencèrent bien sous le pontificat de Nicolas V, ils devaient cesser durant près de cinquante ans et reprendre en 1506, sous Jules II. Ils allaient durer près d’un siècle… Tous les plus grands artistes de la Renaissance allaient se succéder sur ce vaste chantier : Bramante, Raphaël, Peruzzi, Michel-Ange, à qui l’on doit les splendeurs de la chapelle Sixtine…
Enfin, le 18 novembre 1626, Urbain VIII inaugurait l’un des plus beaux monuments de la chrétienté : une basilique en forme de croix latine, mesurant 219 mètres de longueur, avec une hauteur de 46 mètres sous la voûte et dotée d’une coupole haute de 119 mètres.

L’Alhambra de Grenade

L'Alhambra de Grenade, vue intérieure.
L’Alhambra de Grenade, vue intérieure.

À peine le Berbère Tarik a-t-il traversé, en 711, le détroit de Gibraltar, que les armées wisigothes sont écrasées, les villes espagnoles conquises les unes après les autres. Bientôt l’Espagne presque entière est sous domination arabe et seuls résistent les petits royaumes du Nord. L’Espagne musulmane se dote alors de villes véritablement orientales, dans l’architecture et l’organisation, telle que Grenade, fondée en 756 par le troisième gouverneur de cette nouvelle conquête musulmane, Abd el-Aziz. Passée successivement sous la domination des dynasties Almoravides puis Almohades, Grenade demeurera cependant un des foyers de la civilisation arabe en Espagne, jusqu’à sa conquête par les Rois catholiques, en 1492.
Témoin de ce passé prestigieux, l’Alhambra de Grenade fut fondée aux XIIIe-XIVe siècles. La forteresse et le palais des anciens souverains maures furent édifiés au sommet d’une colline, sur une plateforme d’environ 800 mètres.
Mais, si l’extérieur n’offre rien d’autre que la vision d’une forteresse militaire, la variété et l’originalité de la décoration intérieure en font un des chefs-d’œuvre de l’architecture arabe, que chantera avec bonheur le poète Théophile Gautier :
Alhambra ! Alhambra ! Palais que les génies
ont bâti comme un rêve et rempli d’harmonies ;
Citadelle aux créneaux festonnés ou croulants,
où l’on entend, le soir, de magiques syllabes.
Quand la lune, à travers les mille arceaux arabes,
sème les murs de trèfles blancs.

Les hospices de Beaune

Les hospices de Beaune (détail).
Les hospices de Beaune (détail).

Avec leurs toitures aux couleurs flamboyantes et leurs bâtiments aux lignes délicates, les hospices de Beaune restent l’un des plus beaux spécimens de l’art gothique ou, plus précisément, du style architectural bourgondo-flamand.
Édifiés, le 5 août 1443 selon la charte de fondation, par Nicolas Rolin, le chancelier de Philippe III le Bon, duc de Bourgogne, les hospices de Beaune renferment de magnifiques tableaux de l’école flamande, et notamment le célèbre et superbe Jugement dernier peint par Rogier de La Pasture Van der Weyden.
Et non content d’être un monument si prestigieux du point de vue de l’art, l’hôtel-Dieu de la ville de Beaune conservera sa fonction d’aide aux pauvres et aux malades jusque très récemment, jusqu’en 1971 !