Saint-Denis, dernière demeure des rois

L'abbé Suger (v. 1081-1151) portant les attributs épiscopaux et la couronne des rois de France.
L’abbé Suger (v. 1081-1151) portant les attributs épiscopaux et la couronne des rois de France.

Lieu de vénération des Parisiens depuis deux siècles déjà, le champ où périrent saint Denis et tous ses compagnons voit une première église s’élever vers 475, grâce aux bons soins de sainte Geneviève. Reconstruite par Dagobert, qui en fait le sanctuaire où sont enterrés les rois de France et leur famille, agrandie et même améliorée par Pépin le Bref et par Charlemagne, la vieille église carolingienne menace de tomber en ruines quand Suger, le très célèbre abbé de Saint-Denis, fait construire un quatrième édifice.
Consacrée le 11 juin 1144, la basilique de Saint-Denis, un des premiers monuments de l’art gothique, inspirera beaucoup d’autres cathédrales telles que celle de Noyon, de Senlis, de Notre-Dame de Paris, de Chartres, de Reims ou encore d’Amiens.

Saint-Pierre de Rome

Saint-Pierre de Rome (vue ancienne).
Saint-Pierre de Rome (vue ancienne).

C’est l’empereur Constantin qui, en 324, donna l’ordre de construire la première basilique Saint-Pierre, sur l’emplacement présumé du martyre de l’apôtre saint Pierre. Mais cette basilique, qui avait nécessité vingt ans de travaux et qui avait abrité le sacre du plus grand empereur carolingien, Charlemagne, était sur le point de s’effondrer lorsque le pape Nicolas V décida, en 1452, l’édification d’un nouveau bâtiment. Si les travaux commencèrent bien sous le pontificat de Nicolas V, ils devaient cesser durant près de cinquante ans et reprendre en 1506, sous Jules II. Ils allaient durer près d’un siècle… Tous les plus grands artistes de la Renaissance allaient se succéder sur ce vaste chantier : Bramante, Raphaël, Peruzzi, Michel-Ange, à qui l’on doit les splendeurs de la chapelle Sixtine…
Enfin, le 18 novembre 1626, Urbain VIII inaugurait l’un des plus beaux monuments de la chrétienté : une basilique en forme de croix latine, mesurant 219 mètres de longueur, avec une hauteur de 46 mètres sous la voûte et dotée d’une coupole haute de 119 mètres.

L’Alhambra de Grenade

L'Alhambra de Grenade, vue intérieure.
L’Alhambra de Grenade, vue intérieure.

À peine le Berbère Tarik a-t-il traversé, en 711, le détroit de Gibraltar, que les armées wisigothes sont écrasées, les villes espagnoles conquises les unes après les autres. Bientôt l’Espagne presque entière est sous domination arabe et seuls résistent les petits royaumes du Nord. L’Espagne musulmane se dote alors de villes véritablement orientales, dans l’architecture et l’organisation, telle que Grenade, fondée en 756 par le troisième gouverneur de cette nouvelle conquête musulmane, Abd el-Aziz. Passée successivement sous la domination des dynasties Almoravides puis Almohades, Grenade demeurera cependant un des foyers de la civilisation arabe en Espagne, jusqu’à sa conquête par les Rois catholiques, en 1492.
Témoin de ce passé prestigieux, l’Alhambra de Grenade fut fondée aux XIIIe-XIVe siècles. La forteresse et le palais des anciens souverains maures furent édifiés au sommet d’une colline, sur une plateforme d’environ 800 mètres.
Mais, si l’extérieur n’offre rien d’autre que la vision d’une forteresse militaire, la variété et l’originalité de la décoration intérieure en font un des chefs-d’œuvre de l’architecture arabe, que chantera avec bonheur le poète Théophile Gautier :
Alhambra ! Alhambra ! Palais que les génies
ont bâti comme un rêve et rempli d’harmonies ;
Citadelle aux créneaux festonnés ou croulants,
où l’on entend, le soir, de magiques syllabes.
Quand la lune, à travers les mille arceaux arabes,
sème les murs de trèfles blancs.

Les hospices de Beaune

Les hospices de Beaune (détail).
Les hospices de Beaune (détail).

Avec leurs toitures aux couleurs flamboyantes et leurs bâtiments aux lignes délicates, les hospices de Beaune restent l’un des plus beaux spécimens de l’art gothique ou, plus précisément, du style architectural bourgondo-flamand.
Édifiés, le 5 août 1443 selon la charte de fondation, par Nicolas Rolin, le chancelier de Philippe III le Bon, duc de Bourgogne, les hospices de Beaune renferment de magnifiques tableaux de l’école flamande, et notamment le célèbre et superbe Jugement dernier peint par Rogier de La Pasture Van der Weyden.
Et non content d’être un monument si prestigieux du point de vue de l’art, l’hôtel-Dieu de la ville de Beaune conservera sa fonction d’aide aux pauvres et aux malades jusque très récemment, jusqu’en 1971 !

Le temple d’Artémis

La déesse Artémis (d'après une statue grecque).
La déesse Artémis (d’après une statue grecque).

Ancienne ville d’Asie Mineure, sur la mer Égée, la cité d’Éphèse devait, dès la plus haute antiquité, voir se développer en son sein le culte d’une déesse de la Terre, peut-être d’origine sémitique et dont les premiers adorateurs semblent avoir été les Lélèges, un peuple apparenté aux Crétois. À cette déesse, appelée Léto ou Oupis, fut bientôt associé un jeune dieu égéen, qui prendra plus tard le nom d’Apollon. Lorsque les Grecs arrivèrent à Éphèse, vers 1100 avant J.-C., ils adoptèrent ces cultes mais les deux divinités se virent dissociée : Apollon fut adoré à Klaros, située au nord d’Éphèse, et la déesse primitive porta désormais le nom d’Artémis. Devenue une des principales cités du monde ancien, foyer de la civilisation hellénistique, Éphèse décida la construction, au VIe-Ve siècle avant J.-C., d’un grand sanctuaire dédié à Artémis, l’Artémision, réputé autant pour ses richesses immenses que pour sa sainteté.
Ce temple, déclare Pline, qui nécessita deux cent vingt ans de travaux, avait été élevé aux frais des rois et des principales cités de l’Asie. On le plaça sur un sol humide pour le mettre à l’abri des tremblements de terre. Et pour que, cependant, les fondements d’une masse aussi considérable ne portassent pas sur un terrain glissant, on établit d’abord un lit de charbon broyé et de la laine par-dessus. Le temple entier a quatre cent vingt-cinq pieds de long et deux cent vingt de large (en fait, 115 mètres sur 55). Cent vingt-sept colonnes, présents d’autant de rois, s’y alignent ; elles sont hautes de soixante pieds. L’architecte fut Chersiphron. On eut une grande difficulté pour placer le linteau de la porte : c’était une masse énorme et, tout d’abord, elle ne portait pas d’aplomb. L’artiste, désespéré, songeait même à se tuer, mais Artémis lui apparut en songe, l’exhortant à vivre et lui promettant qu’elle-même allait mettre la main à l’ouvrage. En effet, le lendemain, le linteau était en place et parfaitement d’aplomb. 

Tiahuanaco, la cité perdue

Détail de la Porte du Soleil à Tiahuanaco.
Détail de la Porte du Soleil à Tiahuanaco.

Sur les hauts plateaux de Bolivie, à quelques 4000 mètres d’altitude, à l’extrémité du lac Titicaca, s’étend un gigantesque champs de ruines. Des pyramides tronquées, d’énormes monticules artificiels, une pyramide à degré de quinze mètres de haut, des monolithes, des plates-formes de pierre, le tout surmontant des salles souterraines. Et pas n’importe quelles salles ! Jimenez de la Espalda, un conquistador, écrit :
« Il y a là un palais qui est la véritable huitième merveille du monde. Des pierres longues de 37 pieds et larges de 15 sont placées de telle manière qu’elles s’encastrent les unes dans les autres sans qu’on puisse voir leurs raccords ».
Le monument le plus impressionnant est la Porte du Soleil. Haute de 3 mètres et large de 4, elle semble taillée dans un seul bloc et est décorée de 48 figures entourant une représentation centrale. Tous les vestiges de Tiahuanaco sont proportionnés à la Porte du Soleil, comme ces « deux géants de pierres avec des couvre-chefs et des longs manteaux » que décrit Garcialaso de la Vega ; ou comme ce palais gigantesque possédant une « salle longue de 45 pieds et large de 22, avec un toit comme celui du temple du Soleil de Cuzco » (Cieza de Leon). Que dire également de ces statues qui « représentent des hommes et des femmes ; elles sont si parfaites qu’on les croit vivantes, note Diego d’Alcobaça. Quelques figures sont dans l’attitude de gens qui boivent, d’autres ont l’air de s’apprêter à traverser un ruisseau et d’autres encore sont des femmes qui donnent le sein à leur enfant ».
La Porte du Soleil, vue de l'ouest.
La Porte du Soleil, vue de l’ouest.

Les descriptions admiratives des conquistadores ne manquent pas. Mais elles ne font qu’ajouter au mystère que représente Tiahuanaco. Car cette cité extraordinaire n’est pas inca ; elle est bien antérieure à eux. La légende dit que la cité fut édifiée « quand il n’y avait pas encore d’hommes ; quand les animaux parlaient ; quand les étoiles brillaient ». Les spécialistes des Incas affirment même que ces derniers trouvèrent sans aucun doute la cité dans le même état que les conquistadores : à l’état de ruines, mais de ruines gigantesques. Or rien n’indique la raison de cette déchéance.
Les premiers travaux d’archéologie font état de deux périodes de civilisation : Tiahuanaco I, qui daterait d’avant l’ère chrétienne ; et Tiahuanaco II qui s’étalerait de 500 à 1000 après J.-C.. La décadence serait donc intervenue avant l’arrivée des Incas. Mais en quoi consistait cette civilisation ? Difficile d’y répondre sans traces écrites. Or, la civilisation de Tiahuanaco est  préhistorique -c’est-à-dire qu’elle ne connaissait pas l’écriture. Le nom même de Tiahuanaco lui aurait été donné par les Espagnols : « tierra huanaco », la « terre des guanacos ». A moins qu’il ne vienne de l’inca : « Tihuana », « la pierre lévée » et « Co », « eau » ; ou encore « Tiha-Huana-Cota », « le lieu où s’est asséché le lac », ou encore « le pays sous le lac du dieu omnipotent » etc, etc. En réalité, les étymologies possibles sont infinies et concourent aux mystère entourant la cité perdue de Tiahuanaco.

Lalibela, la Jérusalem d’Éthiopie

Vue d'une des églises de Lalibela.
Vue d’une des églises de Lalibela.

Il est rare que l’on évoque l’architecture africaine. Pourtant, les monuments existent ailleurs qu’en Afrique du Nord ou en Egypte. Ou du moins, ils ont existé, la plupart ayant subi destructions volontaires ou ravages de la guerre. Lalibela, qui regroupe en ensemble d’églises et de sanctuaires chrétiens, fait partie de ces monuments inconnus.
Convertie au christianisme vers 350, l’Éthiopie a laissé un des plus étonnants et des plus beaux styles d’art religieux africain. Le meilleur exemple, et sans doute le plus mystérieux, est celui de Lalibela.
Dès 1521, Francisco Álvares, chapelain de la première ambassade portugaise en Éthiopie et premier visiteur européen de Lalibela, n’hésitait pas à affirmer que les sanctuaires qu’il avait vus « n’avaient pas leur pareil dans le monde ». Et il désespérait de le faire croire :
Je suis dégoûté d’écrire sur ces édifices car il me semble qu’on ne me croira pas.
Lalibela est en effet une vaste cité monastique perchée à deux mille six cents mètres d’altitude sur le flanc sud-ouest de l’Abuna Yosef, massif montagneux dans la province de Wallo. Deux groupes de sanctuaires, de part et d’autre du Yordanos, le Jourdain (un torrent canalisé par places), une église située à part, douze églises et chapelles, quatre sanctuaires monolithiques au sens strict, les autres étant des églises-cryptes qui ont chacune une manière de se distinguer de la roche-mère : tels sont les principaux édifices religieux de Lalibela, qu’on appelle « la nouvelle Jérusalem d’Éthiopie ».

L’abbaye de Saint-Vaast

Le meurtre de saint Léger (détail d'une gravure du XIXe siècle).
Le meurtre de saint Léger (détail d’une gravure du XIXe siècle).

L’ère des souverains mérovingiens fut, comme chacun sait, d’une violence extrême et engendra nombre de martyrs… au caractère religieux parfois contestable cependant. C’est notamment le cas du martyr de saint Léger, évêque d’Autun mais, surtout, chef de l’opposition au roi Thierry III et à son maire du palais Ebroïn. Aveuglé, décapité, l’évêque, évidemment assassiné pour son action politique, allait faire l’objet d’une vénération toute religieuse et voire son culte se répandre rapidement dans toute la France. Une situation que n’avait sans doute pas prévu Ebroïn pas plus que Thierry III qui allait se voir contraint de faire amende honorable, d’expier même, pour un meurtre qui, somme toute, n’avait rien de sacrilège. Peu importe pour le peuple, qui avait fait de saint Léger une icône. Peu importe si ce n’est que ce malentendu -car s’en est un- allait conduire à l’édification d’un des plus beaux monuments du Moyen-Age. En effet, désirant expier son crime -perpétré par son maire du palais d’ailleurs-, le souverain mérovingien allait édifier, une abbaye à l’emplacement du tombeau du premier évêque d’Autun, un certain saint Vaast. Erigée au rang d’abbaye royale au IXe-Xe siècle, l’abbaye de Saint-Vaast sera un des plus puissants et des plus fervents établissements du Moyen Âge. Comme nombre de monuments religieux, qu’ils soient ou non exceptionnels, Saint-Vaast subira les outrages de la Révolution qui la supprimera.

Ravenne, la dernière capitale

Détail d'une des célèbres mosaïque de Ravenne (Ve siècle).
Détail d’une des célèbres mosaïque de Ravenne (Ve siècle).

Déjà sous Auguste, Ravenne avait acquis un statu particulier lorsque l’empereur avait fait de son avant-port, Classis, la station principale de la flotte de l’Adriatique. Il faudra cependant la menace barbare pour en faire la capitale de l’empire romain d’Occident. En effet, en 404 et sous le conseil de Stilicon, l’empereur Honorius décida de quitter Rome et d’établir sa nouvelle capitale à Ravenne. Les raisons de ce choix ? Les marécages entourant la cité, ce qui la rendait plus aisément défendable que la cité érigée par Romulus. Un calcul qui ne suffira pas à sauver l’empire romain des barbares qui finiront par s’emparer de l’empire et par s’établir eux-même à Ravenne. Odoacre et surtout Théodoric vont d’ailleurs donner à Ravenne son véritable rôle politique tout en ornant la capitale de ce qui était leur empire de palais et d’églises magnifiques. De fait, Ravenne, qui est la dernière capitale, est surtout une capitale marquée du sceau des barbares. Au mausolée de l’impératrice Galla Placidia succédera ainsi la basilique arienne Sant’Apollinare Nuovo, le baptistère santa Maria et le tombeau de Théodoric, la fameuse Rotonde. Nourrit au lait de la culture classique, élevé durant son enfance à Constantinople, Théodoric avait, par ses constructions, imprégné de style byzantin les rues de sa capitale… qui devait tomber, en 540, sous les coups de Bélisaire et donc sous domination byzantine.
L’architecture ne s’en trouvera que plus marquée encore, jusqu’à sa prise, au VIIIe siècle, par le Lombard Aistofl, puis par Pépin le Bref qui devait la donner au nouveau « maître de Rome » : le pape. Une autorité toute nominale et que les Souverains pontifes n’exerceront jamais vraiment tant l’influence des évêques de Ravenne était grande… au point d’ailleurs de souhaiter et de tenter d’obtenir l’indépendance. Finalement, c’est Frédéric II de Hohenstaufen qui tranchera en s’emparant de la ville et en en faisant un de ses fleurons.

Le Colosse de Rhodes

Le colosse de Rhodes, d'après une gravure ancienne.
Le colosse de Rhodes, d’après une gravure ancienne.

Et qui oserait me disputer le premier rang, interroge le Colosse de Lucien de Samosate, auteur satirique du IIe siècle après J.-C., dans la pièce Jupiter tragique. Qui l’oserait à moi qui suis le soleil et dont la taille est si gigantesque ? Si les Rhodiens n’eussent pas voulu me donner une grandeur énorme et prodigieuse, ils se seraient fait seize dieux d’or pour le même prix. Je puis donc, avec quelque raison, passer pour le plus riche ; d’ailleurs, l’art et la perfection de l’ouvrage s’unissent en moi à une pareille grosseur.
Passant successivement, durant les nombreux conflits du IVe siècle avant J.-C., sous la domination de Sparte puis d’Athènes, Rhodes s’était toujours révélée une cité relativement peu combative. Aussi, lorsque le général macédonien Démétrios Poliorcète, ce qui signifie « le preneur de villes », mit le siège devant la cité, en 305, il ne s’attendit pas à la moindre résistance. Étonnamment, Rhodes résista… un an durant et finalement le Macédonien céda, laissant même derrière lui ses machines de guerre.
Les Rhodiens se devaient d’immortaliser cet exploit, jusqu’à présent unique dans leur histoire, et édifièrent pour l’occasion le célèbre Colosse de Rhodes qui devait garder l’entrée du port. Plus tard, les Rhodiens, visiblement satisfaits de leur « œuvre », multiplièrent les statues, au point que la ville compta jusqu’à cinq cents statues d’airain, disséminées à travers la ville, parmi lesquelles, selon Pline, « cent autres colosses plus petits ». Mais pas une n’atteindra la taille du premier.
Statue d’airain, sise au sommet d’une colonne de cent coudées, selon Ampélius, le colosse de Rhodes était une représentation du soleil. Il n’était ni très beau, ni fait de métaux précieux : il était simplement gigantesque et c’est cette envergure seule qui le fera désigner comme une des Sept Merveilles du monde et qui marquera les antiques, même après sa destruction par un tremblement de terre en 225 avant J.-C..
Tout abattue qu’est cette statue, dira Pline, elle excite l’admiration : peu d’hommes en embrassent le pouce, les doigts sont plus gros que la plupart des statues. Le vide de ses membres rompus ressemble à de vastes casernes. Au dedans, on voit des pierres énormes par le poids desquelles l’artiste avait affermi sa statue en l’établissant. Elle fut achevée, dit-on, en douze ans et coûta trois cents talents provenant des machines de guerre abandonnées par le roi Démétrios…