Le théâtre classique est-il misogyne ?

Lorsque l’on parle de théâtre classique, deux noms viennent systématiquement à l’esprit : celui de Pierre Corneille et celui de Jean Racine. Les deux auteurs les plus célèbres du XVIIe siècle vont, au fil de leurs pièces, montrer deux aspects du genre humain. Monsieur Corneille fait la part belle à l’honneur, à la noblesse de cœur, à la raison et on remarque que toutes ses pièces ont pour titre un nom d’homme -Horace, Polyeucte, Britannicus… Racine, par contre, s’est attaché à dépeindre un monde où dominent les passions, comme la vengeance, l’amour, la haine et ses pièces portent des noms de femmes -Phèdre, Andromaque, Athalie…
Le théâtre classique serait-il misogyne ?

Georges de la Tour, « maître de la lumière »

Georges de la Tour (1593-1652) 'le Tricheur à l'as de trèfle'
Georges de la Tour (1593-1652) "le Tricheur à l’as de trèfle"

Au sommet de sa gloire, le peintre lorrain Georges de la Tour, surnommé le « maître de la lumière », se rend à Paris en 1636, où il est reçu avec des égards princiers. Il est même accueilli à la cour de Louis XIII qui lui accorde une rente de mille livres et le nomme « peintre ordinaire du roi ». Une légende raconte même que le roi, qui vient d’acquérir Saint Sébastien soigné par Irène, « trouva le tableau si beau qu’il enleva de sa chambre toutes les toiles qui s’y trouvaient afin de donner plus d’éclat solitaire au tableau du peintre ». Richelieu lui-même, grand amateur de peinture et « fort bon connaisseur en ce domaine », succombe au charme de de la Tour et achète, lui aussi et à prix d’or, deux tableaux d’inspiration religieuse.
À son retour à Lunéville, en 1644, « on lui donne du Monsieur », dit un document et on le qualifie de « peintre fameux ».Le duc de la Ferté-Senectère, gouverneur de la Lorraine de 1643 à 1666, sera un de ses clients assidus, en se faisant offrir chaque année un tableau par la ville. En 1644, le duc acquiert ainsi une Nativité et l’année suivante Les larmes de saint Pierre, une des œuvres majeures du peintre conservée aujourd’hui au Museum of art de Cleveland. En 1649, Georges de la Tour exécute, toujours pour le duc, un Saint Sébastien et trois ans plus tard, le Reniement de saint Pierre qui se trouve maintenant au Musée des Beaux-Arts de Nantes.
Grâce à ces mécènes fort riches qui n’hésitent pas à dépenser des fortunes pour avoir ses toiles, le maître lorrain mène un train de vie de grand seigneur, spécule sur les grains et devient l’un des plus riches propriétaires terriens de Lunéville…
Mais à sa mort, le 30 janvier 1652, il ne laisse ni testament ni inventaire de ses biens ou de ses toiles et sombre dans l’oubli jusqu’à sa « résurrection » en 1915, après presque trois siècles de purgatoire et de silence…

Saint-Pierre de Rome

Saint-Pierre de Rome (vue ancienne).
Saint-Pierre de Rome (vue ancienne).

C’est l’empereur Constantin qui, en 324, donna l’ordre de construire la première basilique Saint-Pierre, sur l’emplacement présumé du martyre de l’apôtre saint Pierre. Mais cette basilique, qui avait nécessité vingt ans de travaux et qui avait abrité le sacre du plus grand empereur carolingien, Charlemagne, était sur le point de s’effondrer lorsque le pape Nicolas V décida, en 1452, l’édification d’un nouveau bâtiment. Si les travaux commencèrent bien sous le pontificat de Nicolas V, ils devaient cesser durant près de cinquante ans et reprendre en 1506, sous Jules II. Ils allaient durer près d’un siècle… Tous les plus grands artistes de la Renaissance allaient se succéder sur ce vaste chantier : Bramante, Raphaël, Peruzzi, Michel-Ange, à qui l’on doit les splendeurs de la chapelle Sixtine…
Enfin, le 18 novembre 1626, Urbain VIII inaugurait l’un des plus beaux monuments de la chrétienté : une basilique en forme de croix latine, mesurant 219 mètres de longueur, avec une hauteur de 46 mètres sous la voûte et dotée d’une coupole haute de 119 mètres.

L’Alhambra de Grenade

L'Alhambra de Grenade, vue intérieure.
L’Alhambra de Grenade, vue intérieure.

À peine le Berbère Tarik a-t-il traversé, en 711, le détroit de Gibraltar, que les armées wisigothes sont écrasées, les villes espagnoles conquises les unes après les autres. Bientôt l’Espagne presque entière est sous domination arabe et seuls résistent les petits royaumes du Nord. L’Espagne musulmane se dote alors de villes véritablement orientales, dans l’architecture et l’organisation, telle que Grenade, fondée en 756 par le troisième gouverneur de cette nouvelle conquête musulmane, Abd el-Aziz. Passée successivement sous la domination des dynasties Almoravides puis Almohades, Grenade demeurera cependant un des foyers de la civilisation arabe en Espagne, jusqu’à sa conquête par les Rois catholiques, en 1492.
Témoin de ce passé prestigieux, l’Alhambra de Grenade fut fondée aux XIIIe-XIVe siècles. La forteresse et le palais des anciens souverains maures furent édifiés au sommet d’une colline, sur une plateforme d’environ 800 mètres.
Mais, si l’extérieur n’offre rien d’autre que la vision d’une forteresse militaire, la variété et l’originalité de la décoration intérieure en font un des chefs-d’œuvre de l’architecture arabe, que chantera avec bonheur le poète Théophile Gautier :
Alhambra ! Alhambra ! Palais que les génies
ont bâti comme un rêve et rempli d’harmonies ;
Citadelle aux créneaux festonnés ou croulants,
où l’on entend, le soir, de magiques syllabes.
Quand la lune, à travers les mille arceaux arabes,
sème les murs de trèfles blancs.

L’Odalisque d’Ingres

Violoniste de grand talent, Ingres a donné la pleine mesure de son génie dans la peinture.
Fils d’un sculpteur, Jean-Dominique Ingres, né à Montauban en 1780, devient l’élève de David en 1797 et obtient, quatre ans plus tard, le prix de Rome pour Achille recevant les Ambassadeurs d’Agamemnon. Il ne parvient enfin à Rome qu’en 1806 et, en butte aux critiques qui lui préfèrent Delacroix, décide de ne revenir dans la capitale française qu’avec un chef-d’œuvre reconnu de tous. Mais ses tableaux continuent d’être fustigés. La Grande Odalisque (1814), surtout, est l’objet de vifs sarcasmes de la part de toute la critique qui lui trouve trois vertèbres de trop et des bras beaucoup trop maigres.
Il faut attendre 1824 pour qu’Ingres réapparaisse sur la scène artistique parisienne avec le Vœu de Louis XIII qui remporte un grand succès. Promu chef de file des néo-classiques, Ingres est nommé membre de l’Institut et ouvre un atelier qui devient rapidement célèbre. L’accueil glacial, fait au Salon de 1834, à son Saint-Symphorien, le pousse alors à solliciter le poste de directeur de l’Académie de France à Rome, qu’il obtient en 1835. Il reste à la Villa Médicis jusqu’en 1841.
Lors de son second retour en France, l’accueil est triomphal, les commandes se succèdent et, en 1855, à l’Exposition universelle, quarante-trois de ses toiles sont présentées au public européen qui reconnaît enfin son génie.
Nommé sénateur en 1864, Ingres, dont l’œuvre se distingue par le souci des détails et par des dessins précis et élégants, meurt en 1867.

Les hospices de Beaune

Les hospices de Beaune (détail).
Les hospices de Beaune (détail).

Avec leurs toitures aux couleurs flamboyantes et leurs bâtiments aux lignes délicates, les hospices de Beaune restent l’un des plus beaux spécimens de l’art gothique ou, plus précisément, du style architectural bourgondo-flamand.
Édifiés, le 5 août 1443 selon la charte de fondation, par Nicolas Rolin, le chancelier de Philippe III le Bon, duc de Bourgogne, les hospices de Beaune renferment de magnifiques tableaux de l’école flamande, et notamment le célèbre et superbe Jugement dernier peint par Rogier de La Pasture Van der Weyden.
Et non content d’être un monument si prestigieux du point de vue de l’art, l’hôtel-Dieu de la ville de Beaune conservera sa fonction d’aide aux pauvres et aux malades jusque très récemment, jusqu’en 1971 !

Le temple du Ciel au cœur de la Cité interdite

Le temple du Ciel, à Pékin (gravure du XIXe siècle).
Le temple du Ciel, à Pékin (gravure du XIXe siècle).

Capitale du royaume Ken à l’époque des Royaumes combattants (Ve-IIIe siècles avant J.-C.), simple chef-lieu du IIIe siècle avant J.-C. au IIIe siècle après J.-C., occupée par les Barbares de la steppe puis réoccupée par les Chinois sous les T’ang (VIIe-Xe siècles), Pékin a fait l’objet de toutes les ambitions, subi toutes les conquêtes. Prise et détruite par Gengis Khan en 1215, elle sera finalement reconstruite par Kubilaï qui, en décidant d’en faire sa capitale, lui donnera un statut définitif et exceptionnel.
Pékin n’est plus seulement une capitale administrative : Kubilaï fonde, au cœur même de la cité, une « Ville intérieure », symbole de son pouvoir et de sa royauté presque divine. La description qu’en fit Marco Polo révèle déjà sa splendeur :
Toute murée de murs de terre gros au bas de bien dix pas. Ils sont tous crénelés, avec des créneaux blancs, et sont hauts de plus de dix pas. La ville a douze portes et, sur chaque porte, il y a un grand palais très beau, de sorte que chaque côté a trois portes et cinq palais, parce qu’il y a un palais très grand et très beau à chaque coin. Les rues sont si droites qu’on les voit d’un bout à l’autre et qu’une porte se voit de l’autre, aux deux bouts de la ville.

La Cité interdite, enserrée par la Ville intérieure, regorge de palais et de temples, parmi lesquels le temple du Ciel, fondé en 1420, et qui apparaît comme un des plus beaux et des plus symboliques de la capitale chinoise. En effet, il était d’usage que l’empereur s’y rende, trois fois par an, pour rendre compte au Ciel de son administration et proclamer sa puissance : une cérémonie qui l’élève véritablement au rang de divinité…

Les Mémoires de Saint-Simon : un brûlot contre la monarchie

Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon (1675-1755).
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon (1675-1755).

Ennemi des Jésuites, des bâtards de Louis XIV et de ses ministres « bourgeois » comme Louvois ou bien Colbert, très attaché à son double titre de duc et pair du royaume de France et affligé, selon Voltaire qui l’admirait, « d’une nuque raide impropre à la condescendance et à la courtisanerie », Louis de Saint-Simon est sans aucun doute le mémorialiste le plus fécond, le plus aigu et aussi le plus amer de toute l’histoire littéraire française.
Extraordinaire portraitiste, doué d’une plume incisive, Saint-Simon a dépeint, avec un réalisme au vitriol, la société et la cour de Versailles, avec son lot de mesquineries, de lâchetés, de complots dérisoires et son étiquette absurde.
À sa mort, survenue le 2 mars 1755, à  quatre-vingts ans, Saint-Simon, qui  a consacré plus de trente années à la rédaction de ses Mémoires, n’a montré des fragments de cette œuvre immense -une vingtaine de volumes- qu’à de rares privilégiés. Cinq ans plus tard, en 1760, le manuscrit, qui constitue un véritable brûlot contre la monarchie, est saisi sur l’ordre de Choiseul puis transféré aux archives du ministère des Affaires étrangères : le ministre de Louis XV suspectait sans doute Saint-Simon, qui fut ambassadeur auprès de l’Espagne en 1721, de révéler… des secrets d’État ! Il faudra attendre la veille de la Révolution (1788) pour voir une partie de l’ouvrage publiée. Et sous la Restauration, on restitue le manuscrit à sa famille, mais l’édition définitive paraîtra bien plus tard, entre 1879 et 1928, grâce à un admirateur du duc, l’historien de Boislisle…

L’histoire selon Commynes

Philippe de Commynes (1447-1511), d'après une gravure du XIXe siècle.
Philippe de Commynes (1447-1511), d’après une gravure du XIXe siècle.

Grand négociateur, diplomate, chambellan du duc de Bourgogne, c’est pour ses talents littéraires que Philippe van den Clyte, seigneur de Commynes, est demeuré célèbre.
Ce jeune noble flamand, filleul du duc Philippe le Bon et sachant aussi bien le français que l’italien, l’allemand ou l’espagnol, entre à la cour bourguignonne où il entreprend une carrière diplomatique. À la suite de l’affaire de Péronne (1468), il entre au service de Louis XI qui le fait sénéchal de Poitou puis ambassadeur.
À la mort du souverain, en 1483, Commynes prend le parti de Louis d’Orléans contre la régente Anne de Beaujeu et s’engage dans la « Guerre folle ». Disgracié, emprisonné, il ne retrouve son rang qu’à l’avènement de Charles VIII, qu’il accompagne en Italie et pour lequel il entreprend des négociations.
Après le couronnement de Louis XII, Commynes se retire et se consacre à la rédaction de ses Mémoires, un document essentiel sur les règnes de Louis XI et de Charles VIII et dans lequel l’auteur analyse les caractères, les situations et tente d’expliquer, voire de justifier, certains événements.
Plus qu’un chroniqueur, Philippe de Commynes est le premier historien moderne.

Callot, la gravure érigée au rang d’art

Callot
Callot "croque" la noblesse.

Fils d’un gentilhomme de la maison de Lorraine, Jacques Callot devait fuir sa famille à l’âge précoce de douze ans parce que cette dernière s’opposait à sa vocation artistique. C’est en suivant une troupe de bohémiens qu’il gagne alors l’Italie où il se forme à l’école de Jules Parigi et de Philipe Thomassin. Dürer, Lukas von Leiden, les plus grands graveurs du nord, seront également ses inspirateurs et il acquiert une telle technique qu’il se fait remarquer par Cosme II de Médicis, qui devient son mécène.
A la mort de son protecteur, en 1621, Jacques Callot décide de rentrer en Lorraine où le duc Henri de Lorraine lui assure une pension. Mille six cents pièces composent l’œuvre immense de Callot qui, outre les scènes guerrières, comme la prise de La Rochelle, excellera à peindre des sujets grotesques, à caricaturer les vices de l’époque, tout en laissant une place non négligeable pour la représentation de la vie quotidienne. Profondément attaché à sa ville natale, Nancy, il refusera toujours de représenter sa prise, en 1633, par les troupes de Louis XIII. Au final, ses œuvres représentent un ensemble saisissant sur les mœurs et la vie de son époque et contribueront largement à faire de la gravure un art à part entière.