Charles d’Orléans, le prince-poète

Après trois longs siècles de silence, les œuvres littéraires de Charles d’Orléans sont arrachées à l’oubli, au XVIIIe siècle, grâce à l’abbé Sallier.
Né en 1391, Charles d’Orléans est le fils de Louis d’Orléans, frère du roi et de Valentine Visconti. Après la mort de son père, assassiné par Jean sans Peur, Charles devient le chef de la maison d’Orléans et prend la tête du parti des Armagnacs pendant la guerre de Cent Ans. Fait prisonnier à Azincourt en 1415, il est emmené en Angleterre où il restera en captivité pendant vingt-cinq ans.
C’est au cour de ces années de prison que Charles s’adonne à la poésie. Ses vers raffinés, élégants et souvent mélancoliques, témoignent d’un esprit fin et délicat.
Libéré en 1440, Charles d’Orléans repart en campagne pour conquérir le Milanais, héritage de sa mère puis se retire à Blois où il restera jusqu’à sa mort, en janvier 1465 :
Le monde est ennuyé de moy,
Et moy pareillement de luy.

Rubens, l’homme qui aimait les femmes

Les Trois Grâces de Rubens (détail).
Les Trois Grâces de Rubens (détail).

Il est essentiellement connu pour ses représentations de la femme nue, sensuelle et quelque peu dodue… Pourtant, Pierre Paul Rubens est, aussi, un des plus grands peintres religieux de son époque.
Connu déjà pour ses scènes religieuses, comme La Descente de Croix ou la Transfiguration, dès 1619, il devient, officiellement et à la demande du pape Paul V, un « instrument » de la Contre-Réforme. Ses œuvres devront être, selon l’idée de saint Ignace de Loyola, des instruments pour combattre le protestantisme, « l’image religieuse étant une expression visible de la foi ».
Pourtant, dès 1626, date de la mort de sa femme, Rubens revient à un art beaucoup plus terrestre et se consacre aux sujets mythologiques qui conviennent, il faut l’avouer, bien mieux à son style sensuel…
À sa mort, le 30 mai 1640, Rubens est un artiste reconnu. Pour certains, il reste le chantre de la femme sensuelle, pour d’autres celui de la culture jésuite.

Le temple du Ciel au cœur de la Cité interdite

Capitale du royaume Ken à l’époque des Royaumes combattants (Ve-IIIe siècles avant J.-C.), simple chef-lieu du IIIe siècle avant J.-C. au IIIe siècle après J.-C., occupée par les Barbares de la steppe puis réoccupée par les Chinois sous les T’ang (VIIe-Xe siècles), Pékin a fait l’objet de toutes les ambitions, subi toutes les conquêtes. Prise et détruite par Gengis Khan en 1215, elle sera finalement reconstruite par Kubilaï qui, en décidant d’en faire sa capitale, lui donnera un statut définitif et exceptionnel.
Pékin n’est plus seulement une capitale administrative : Kubilaï fonde, au cœur même de la cité, une « Ville intérieure », symbole de son pouvoir et de sa royauté presque divine. La description qu’en fit Marco Polo révèle déjà sa splendeur :
Toute murée de murs de terre gros au bas de bien dix pas. Ils sont tous crénelés, avec des créneaux blancs, et sont hauts de plus de dix pas. La ville a douze portes et, sur chaque porte, il y a un grand palais très beau, de sorte que chaque côté a trois portes et cinq palais, parce qu’il y a un palais très grand et très beau à chaque coin. Les rues sont si droites qu’on les voit d’un bout à l’autre et qu’une porte se voit de l’autre, aux deux bouts de la ville.
La Cité interdite, enserrée par la Ville intérieure, regorge de palais et de temples, parmi lesquels le temple du Ciel, fondé en 1420, et qui apparaît comme un des plus beaux et des plus symboliques de la capitale chinoise. En effet, il était d’usage que l’empereur s’y rende, trois fois par an, pour rendre compte au Ciel de son administration et proclamer sa puissance : une cérémonie qui l’élève véritablement au rang de divinité…

L’Escurial, en l’honneur de saint Laurent

Philippe II d'Espagne (1527-1598).
Philippe II d’Espagne (1527-1598).

Le 2 octobre 1872, la foudre tombe sur l’Escurial qui s’enflamme, menaçant ainsi le monument édifié conformément au vœu de Philippe II. Le 10 août 1557, fête de saint Laurent, le souverain espagnol assiège Saint-Quentin quand les troupes françaises arrivent au secours de la ville.
L’affrontement semble inévitable et Philippe II fait alors le vœu d’élever un sanctuaire au saint du jour s’il remporte la bataille. L’Espagnol est victorieux et, dès 1563, il confie à Juan de Toledo la construction d’un palais et d’un monastère. Achevé en 1584 par Juan de Herrera, l’Escurial a, selon le désir du roi, la forme d’un gril, instrument du supplice de saint Laurent.

Beethoven : la tragédie

Ludwig von Beethoven (1770-1827).
Ludwig von Beethoven (1770-1827).

Héritier d’une famille de musiciens d’origine flamande, Ludwig von Beethoven se lance dans la carrière artistique dès l’âge de treize ans. Mais Beethoven n’est pas Mozart et c’est uniquement pour subvenir aux besoins de sa famille qu’il intègre le monde musical… comme interprète. Pianiste virtuose, il sera, pendant plus de vingt ans, une des coqueluches des salons autrichiens et viennois à partir de 1792. Mais Beethoven ne se satisfait pas d’être un grand pianiste, de jouer la musique des autres. Une musique dont il sent qu’elle n’est pas qu’une distraction mais qu’elle est -ou qu’elle peut être- porteuse de message. Une musique qui peut et qui doit selon lui faire écho aux émotions du compositeur mais également de toute une époque. Une musique qui doit être un acteur et un témoin de la civilisation. Avec Beethoven, on entre dans l’ère des « artistes engagés »…
Lorsqu’il entame donc sa seconde carrière –vers 1800-, Beethoven est déjà touché par ce qui sera le grand drame de sa vie: la surdité ! Une tragédie pour ce touche-à-tout musical, auteur de lieders, de cantates, de sonates, d’opéras et, surtout, de symphonies. Qu’elles soient Héroïque, Pastorale, que ce soit l’Hymne à la joie : Beethoven est le maître des symphonies, un art dans lequel il excelle. Pourtant, rien de plus difficile pour Beethoven chez qui la surdité n’a fait qu’aller en s’agravant.
En 1820, il est déjà totalement sourd et son caractère va s’en ressentir ; il songe même au suicide mais finit, malgré tout, par « composer » -dans les deux sens du terme- avec la maladie. On raconte même qu’il composait en collant son oreille sur le piano afin de sentir les vibrations des notes. Malgré tous ses efforts, Beethoven s’isole : le monde lui devient étranger et ce n’est qu’en écrivant qu’il communique –des notes et des cahiers, malheureusement, perdus pour la plupart.
Il mourra, dans des circonstances restées longtemps inexpliquées qu’il décède, en mars 1827, lors d’un orage. Ce n’est qu’en 2000 que sera résolue l’énigme Beethoven, mort d’un excès de saturnisme –il consommait le vin du Rhin dont il était friand dans une coupelle de plomb.

Signature de Beethoven.
Signature de Beethoven.

Le destin de Beethoven peut paraître bien sombre mais ne nous y trompons pas, il fut, durant sa vie, un interprète puis un compositeur reconnu, ami des plus grands, d’Haydn à l’archiduc Rodolphe. Il fut une des idoles du Vienne des grands auteurs et lors des funérailles du génial compositeur de l’Hymne à la joie c’est une ville entière qui lui rendit un dernier hommage.

Isabelle Charrière ou la lutte d’une âme solitaire

Portrait d'Isabelle Charrière (1740-1805).
Portrait d’Isabelle Charrière (1740-1805).

"Compatissante par tempérament, libérale et généreuse par penchant [elle] n’est bonne que par principe ; quand elle est douce et facile, sachez-lui-en gré, c’est un effort". C’est par ces mots, extrait de son Portrait de Zélide, qu’Isabelle Charrière se dépeint.
Née Van Tuyll van Serosken van Zuylen, cette noble d’origine hollandaise épouse en 1766 le précepteur de son frère qu’elle accompagne alors en Suisse. Ouverte aux idées nouvelles des Lumières, lectrice de Diderot et de Rousseau, elle mène une existence morne auprès d’un époux bègue et mathématicien. Une existence qui ne sera éclairée que par son amour platonique pour Benjamin Constant. Mais la dame de Charrière est avant tout un esprit éclairé qui se pique de modernité tout en demeurant dans le plus strict conservatisme. Un conservatisme qui fait d’elle un auteur délicat, poète à ses heures, satirique souvent comme dans Mistress Henley, qui dépeint les mœurs d’une petite cité, où comme dans Caliste ou les lettres de Lausanne, un roman autobiographique qui pose le problème de la femme en butte aux préjugés du monde et aux conventions sociales.

Le théâtre classique est-il misogyne ?

Lorsque l’on parle de théâtre classique, deux noms viennent systématiquement à l’esprit : celui de Pierre Corneille et celui de Jean Racine. Les deux auteurs les plus célèbres du XVIIe siècle vont, au fil de leurs pièces, montrer deux aspects du genre humain. Monsieur Corneille fait la part belle à l’honneur, à la noblesse de cœur, à la raison et on remarque que toutes ses pièces ont pour titre un nom d’homme -Horace, Polyeucte, Britannicus… Racine, par contre, s’est attaché à dépeindre un monde où dominent les passions, comme la vengeance, l’amour, la haine et ses pièces portent des noms de femmes -Phèdre, Andromaque, Athalie…
Le théâtre classique serait-il misogyne ?

Georges de la Tour, « maître de la lumière »

Georges de la Tour (1593-1652) 'le Tricheur à l'as de trèfle'
Georges de la Tour (1593-1652) "le Tricheur à l’as de trèfle"

Au sommet de sa gloire, le peintre lorrain Georges de la Tour, surnommé le « maître de la lumière », se rend à Paris en 1636, où il est reçu avec des égards princiers. Il est même accueilli à la cour de Louis XIII qui lui accorde une rente de mille livres et le nomme « peintre ordinaire du roi ». Une légende raconte même que le roi, qui vient d’acquérir Saint Sébastien soigné par Irène, « trouva le tableau si beau qu’il enleva de sa chambre toutes les toiles qui s’y trouvaient afin de donner plus d’éclat solitaire au tableau du peintre ». Richelieu lui-même, grand amateur de peinture et « fort bon connaisseur en ce domaine », succombe au charme de de la Tour et achète, lui aussi et à prix d’or, deux tableaux d’inspiration religieuse.
À son retour à Lunéville, en 1644, « on lui donne du Monsieur », dit un document et on le qualifie de « peintre fameux ».Le duc de la Ferté-Senectère, gouverneur de la Lorraine de 1643 à 1666, sera un de ses clients assidus, en se faisant offrir chaque année un tableau par la ville. En 1644, le duc acquiert ainsi une Nativité et l’année suivante Les larmes de saint Pierre, une des œuvres majeures du peintre conservée aujourd’hui au Museum of art de Cleveland. En 1649, Georges de la Tour exécute, toujours pour le duc, un Saint Sébastien et trois ans plus tard, le Reniement de saint Pierre qui se trouve maintenant au Musée des Beaux-Arts de Nantes.
Grâce à ces mécènes fort riches qui n’hésitent pas à dépenser des fortunes pour avoir ses toiles, le maître lorrain mène un train de vie de grand seigneur, spécule sur les grains et devient l’un des plus riches propriétaires terriens de Lunéville…
Mais à sa mort, le 30 janvier 1652, il ne laisse ni testament ni inventaire de ses biens ou de ses toiles et sombre dans l’oubli jusqu’à sa « résurrection » en 1915, après presque trois siècles de purgatoire et de silence…

Saint-Pierre de Rome

Saint-Pierre de Rome (vue ancienne).
Saint-Pierre de Rome (vue ancienne).

C’est l’empereur Constantin qui, en 324, donna l’ordre de construire la première basilique Saint-Pierre, sur l’emplacement présumé du martyre de l’apôtre saint Pierre. Mais cette basilique, qui avait nécessité vingt ans de travaux et qui avait abrité le sacre du plus grand empereur carolingien, Charlemagne, était sur le point de s’effondrer lorsque le pape Nicolas V décida, en 1452, l’édification d’un nouveau bâtiment. Si les travaux commencèrent bien sous le pontificat de Nicolas V, ils devaient cesser durant près de cinquante ans et reprendre en 1506, sous Jules II. Ils allaient durer près d’un siècle… Tous les plus grands artistes de la Renaissance allaient se succéder sur ce vaste chantier : Bramante, Raphaël, Peruzzi, Michel-Ange, à qui l’on doit les splendeurs de la chapelle Sixtine…
Enfin, le 18 novembre 1626, Urbain VIII inaugurait l’un des plus beaux monuments de la chrétienté : une basilique en forme de croix latine, mesurant 219 mètres de longueur, avec une hauteur de 46 mètres sous la voûte et dotée d’une coupole haute de 119 mètres.

L’Alhambra de Grenade

L'Alhambra de Grenade, vue intérieure.
L’Alhambra de Grenade, vue intérieure.

À peine le Berbère Tarik a-t-il traversé, en 711, le détroit de Gibraltar, que les armées wisigothes sont écrasées, les villes espagnoles conquises les unes après les autres. Bientôt l’Espagne presque entière est sous domination arabe et seuls résistent les petits royaumes du Nord. L’Espagne musulmane se dote alors de villes véritablement orientales, dans l’architecture et l’organisation, telle que Grenade, fondée en 756 par le troisième gouverneur de cette nouvelle conquête musulmane, Abd el-Aziz. Passée successivement sous la domination des dynasties Almoravides puis Almohades, Grenade demeurera cependant un des foyers de la civilisation arabe en Espagne, jusqu’à sa conquête par les Rois catholiques, en 1492.
Témoin de ce passé prestigieux, l’Alhambra de Grenade fut fondée aux XIIIe-XIVe siècles. La forteresse et le palais des anciens souverains maures furent édifiés au sommet d’une colline, sur une plateforme d’environ 800 mètres.
Mais, si l’extérieur n’offre rien d’autre que la vision d’une forteresse militaire, la variété et l’originalité de la décoration intérieure en font un des chefs-d’œuvre de l’architecture arabe, que chantera avec bonheur le poète Théophile Gautier :
Alhambra ! Alhambra ! Palais que les génies
ont bâti comme un rêve et rempli d’harmonies ;
Citadelle aux créneaux festonnés ou croulants,
où l’on entend, le soir, de magiques syllabes.
Quand la lune, à travers les mille arceaux arabes,
sème les murs de trèfles blancs.