Ravenne, la dernière capitale

Détail d'une des célèbres mosaïque de Ravenne (Ve siècle).
Détail d’une des célèbres mosaïque de Ravenne (Ve siècle).

Déjà sous Auguste, Ravenne avait acquis un statu particulier lorsque l’empereur avait fait de son avant-port, Classis, la station principale de la flotte de l’Adriatique. Il faudra cependant la menace barbare pour en faire la capitale de l’empire romain d’Occident. En effet, en 404 et sous le conseil de Stilicon, l’empereur Honorius décida de quitter Rome et d’établir sa nouvelle capitale à Ravenne. Les raisons de ce choix ? Les marécages entourant la cité, ce qui la rendait plus aisément défendable que la cité érigée par Romulus. Un calcul qui ne suffira pas à sauver l’empire romain des barbares qui finiront par s’emparer de l’empire et par s’établir eux-même à Ravenne. Odoacre et surtout Théodoric vont d’ailleurs donner à Ravenne son véritable rôle politique tout en ornant la capitale de ce qui était leur empire de palais et d’églises magnifiques. De fait, Ravenne, qui est la dernière capitale, est surtout une capitale marquée du sceau des barbares. Au mausolée de l’impératrice Galla Placidia succédera ainsi la basilique arienne Sant’Apollinare Nuovo, le baptistère santa Maria et le tombeau de Théodoric, la fameuse Rotonde. Nourrit au lait de la culture classique, élevé durant son enfance à Constantinople, Théodoric avait, par ses constructions, imprégné de style byzantin les rues de sa capitale… qui devait tomber, en 540, sous les coups de Bélisaire et donc sous domination byzantine.
L’architecture ne s’en trouvera que plus marquée encore, jusqu’à sa prise, au VIIIe siècle, par le Lombard Aistofl, puis par Pépin le Bref qui devait la donner au nouveau « maître de Rome » : le pape. Une autorité toute nominale et que les Souverains pontifes n’exerceront jamais vraiment tant l’influence des évêques de Ravenne était grande… au point d’ailleurs de souhaiter et de tenter d’obtenir l’indépendance. Finalement, c’est Frédéric II de Hohenstaufen qui tranchera en s’emparant de la ville et en en faisant un de ses fleurons.

L’énigme Shakespeare

Qu’y a-t-il donc en un nom ? Ce que nous nommons rose, sous un autre nom, sentirait aussi bon, écrit William Shakespeare.
Mais a-t-il vraiment existé ? Telle est la question soulevée par les critiques anglais dès le XIXe siècle, arguant du fait qu’il avait reçu une éducation trop médiocre pour avoir écrit de tels chefs-d’œuvre et qu’il n’était, en fait, qu’un prête-nom.
Auteur majeur de la troupe des King’s Men, Shakespeare produit trente-huit pièces, qui vont de la tragi-comédie à la tragédie ou à la pièce historique et sa renommée s’étend rapidement. Retiré dans sa ville natale, il y meurt le 23 avril 1616. Son génie, reconnu en Angleterre dès le XVIIe siècle, ne s’impose dans toute l’Europe qu’à partir du XVIIIe siècle, notamment grâce à Voltaire.

Tarquin l’architecte

Médaille du Capitole, avec Jupiter, Minerve et Junon l'encadrant et, au-dessus du temple, des oies.
Médaille du Capitole, avec Jupiter, Minerve et Junon l’encadrant et, au-dessus du temple, des oies.

Tarquin l’Ancien, qui de manière générale n’a laissé qu’un assez mauvais souvenir aux Romains, leur a cependant légué, outre le Forum, le temple de Jupiter Capitolin et la Cloaca maxima.
Selon la tradition, le temple dédié au dieu des dieux aurait reçu le nom de Capitole, ou Capitolin, après la découverte d’une tête (en latin caput) sur le lieu même des fondations. Mais en réalité, ce temple, devenu le centre religieux le plus important, était dédié à trois divinités : Jupiter, bien sûr, mais également Minerve et Junon, qui d’ailleurs s’était vu élevé un autre temple, entièrement dédié à son culte et où l’on entretenait les fameuses oies du Capitole qui, selon Tite-Live, devaient sauver le Capitole de l’attaque des Gaulois (vers 390 avant J.-C.).
La construction de la Cloaca maxima, elle, n’offrit aucune surprise. Aménagé entre le Palatin, le Capitole et le Tibre, ce système d’égout fut cependant placé sous la protection d’une divinité toute particulière : Vénus !

Saint-Basile : l’œuvre d’Ivan le Terrible

La cathédrale Saint-Basile, à Moscou (gravure du XIXe siècle).
La cathédrale Saint-Basile, à Moscou (gravure du XIXe siècle).

Si, depuis la fondation de Saint-Pétersbourg par Pierre le Grand, en 1703, Moscou n’était plus la capitale administrative de la Russie tsariste, elle sût garder, toutes ces années durant, le statut de capitale religieuse et historique. En bref, Moscou était toujours le cœur de la Russie. D’ailleurs, n’est-ce pas dans cette cité que les tsars continuaient de se faire couronner ? Saint-Pétersbourg est l’image de la Russie moderne, celle des tsars éclairés ou libérateurs, comme Pierre le Grand ou Alexandre II. Moscou reste la ville d’Ivan le Terrible, une cité mi-européenne mi-asiatique, comme le révèlent si admirablement les monuments haut en couleur qui font sa réputation.
L’église Saint-Basile est un de ces monuments, combinant l’amoncellement fantaisiste des coupoles et les couleurs les plus vives. Elle fut d’ailleurs construite, en 1554-1557, sur l’ordre d’Ivan le Terrible pour célébrer la prise de Kazan, en Tatarie. On raconte que le tsar cruel fut si content de la manière dont l’architecte avait exécuté ses ordres qu’il lui fit crever les yeux : ainsi, le malheureux ne serait pas tenté d’élever ailleurs un aussi bel édifice et Saint-Basile serait unique au monde…

L’amour des arts et de la connaissance au haut Moyen Age

Au temps des Mérovingiens et des Carolingiens, c’est généralement par les femmes que se transmettait la connaissance, le savoir. Et les femmes de l’aristocratie étaient parfois fort cultivées. Un des meilleurs exemples apparaît en la personne de Dhuoda, épouse du duc Bernard de Septimanie, comte de Barcelone.
Dhuoda, qui vit au IXe siècle, a elle-même composé un manuel d’éducation, le Libellus manualis, destiné à son fils de quinze ans qui vivait à la cour d’Aix-la-Chapelle.
Dans un style très personnel, inspiré de ses lectures, Dhuoda indique à son fils les devoirs d’un aristocrate et d’un chrétien, agrémente ses recommandations de poèmes de son cru et révèle même une grande connaissance des théologiens, tels que saint Augustin, saint Grégoire ou même saint Ambroise, son contemporain.
Si Dhuoda est l’auteur du premier manuel d’éducation connu, d’autres étaient artistes, comme une certaine Endé, « printrix et Dei adjutrix », c’est-à-dire peintre et religieuse, qui illustra, en collaboration avec le moine Emeterius, les Commentaires de l’Apocalypse de Beatus de Liébana. Plus ancienne peintre connue -elle exécute l’illustration des Commentaires de l’Apocalypse vers 975-, elle est également la seule, ce qui ne signifie nullement qu’elle ait été un cas particulier : en effet, l’histoire n’a également retenu que fort peu de noms de peintres masculins.

Dufy : la peinture sur tous les tons

La fenêtre ouverte, Nice, de Raoul Dufy.
La fenêtre ouverte, Nice, de Raoul Dufy.

De l’impressionnisme au fauvisme, du fauvisme au cubisme et du cubisme à la… haute couture ! Raoul Dufy (1877-1953) traverse le siècle en touche-à-tout génial. Ami des plus  grands peintres, il ne se cantonnera jamais dans un genre mais préfèrera s’initier à tous les courants picturaux du moment. Dufy a tellement peur de s’enfermer dans une façon de peindre, qu’il se force à pratiquer son art de la main gauche alors qu’il est droitier. Mais la véritable particularité de Raoul Dufy est l’emploi de son art au service de la haute couture.
Ami de Paul Poiret, il se met à peindre sur bois puis à faire des gravures pour l’impression des tissus employés par le couturier. Ainsi, de 1911 à 1919, Dufy s’adonne à la peinture sur tissu, invente des modèles et des motifs, sans pour autant cesser la peinture sur toile.
En 1940, il se réfugie dans le sud de la France : c’est pendant cette période particulièrement féconde qu’il peint la série des Orchestres puis le Bal du Moulin de la Galette. Après un court séjour aux États-Unis, où il fait déjà autorité, il revient à Forcalquier, en Provence, où il meurt le 23 mars 1953.

Dante règle ses comptes

Illustration de Dante au milieu d'un décor de la Divine comédie.
Illustration de Dante au milieu d’un décor de la Divine comédie.

Plus grand poète italien de tous les temps, créateur de l’italien moderne, Dante Alighieri fait l’objet de toutes les idéalisations, de tous les superlatifs. De fait, cet auteur à part est sans nul doute un poète surdoué, un proseur de génie, le maître du « livre des livres », mais il est également un animal politique dont les positions vont le conduire à errer sa vie durant.
Florentin de naissance, fils d’une famille noble du parti des Guelfes, Dante s’adonne à la poésie dès sa prime jeunesse –la Vita nuova-… et à la politique. Opposé à Boniface VIII qui menaçait les libertés de sa cité, le poète engagé apparaît comme une des chefs de la résistance florentine. Un chef qui n’avait pas choisi le bon parti semble-t-il puis qu’il sera écrasé. Condamné à mort puis à l’exil (1302), Dante se verra spolié de tous ses biens et condamné à trouver refuge ailleurs. Ce qu’il fera, trouvant aide et protection à Vérone puis à Ravenne où il poursuivra sa carrière littéraire parallèlement à son engagement politique. Dans le De monarchia (1313), il signera une œuvre totalement politique, se posant en adversaire farouche du pouvoir temporel des papes et en soutien inconditionnel d’une monarchie universelle, incarnée par les empereurs germaniques. Dante ne cessera, discours à la bouche et plume à la main, de défendre son idéal, faisant même de son œuvre la plus connue, la Divine comédie, une allégorie politique et un véritable brûlot contre ses ennemis. En un mot, un instrument de sa vengeance politique…

Ravel : un succès « populaire »

Maurice Ravel (1875-1937).
Maurice Ravel (1875-1937).

C’est à l’âge -fort tendre en vérité- de sept ans que Maurice Ravel se consacre à la musique. Eléve prometteur du conservatoire de musique il décroche, en 1901, une seconde place au grand prix de Rome. Seconde place décevante mais qui traduisait sans doute le conservatisme d’un jury irrité par l’originalité des premières œuvres du jeune compositeur. Habanera (1895), Menuet antique (1895), Pavane pour une infante défunte (1899) ou encore Jeux d’eau (1901) comptent parmi les premières œuvres de Ravel qui, à la date du concours romain atteint tout juste les 26 ans. De fait, les consécrations officielles feront toujours défaut au compositeur, ce qui ne l’empêchera pas de mener une carrière brillante.
En 1910, il participe à la fondation de la Société musicale indépendante puis aborde le théâtre lyrique avec L’Heure espagnole, qui aura nettement moins de succès que Daphnis et Chloé, un ballet créé en 1912.
Bien que réformé, Ravel s’engage dans la Première Guerre. C’est à cette date, en 1914, qu’il compose un de ses chefs-d’œuvre : le trio pour piano, violon et violoncelle. Ravel reprend ses activités après la guerre, avec plus ou moins de succès. En effet, autant son Daphnis et Chloé avait eu du succès à Moscou, autant sa Valse sera purement et simplement refusée par les Ballets russes. L’Enfant et les sortilèges suivront puis le célèbre Boléro (1928) qui sera son dernier succès. Atteint d’une tumeur au cerveau, Maurice Ravel cesse de composer en 1931. Il mourra six ans plus tard, des suites d’une opération.

Les roses de Ronsard

Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un matin.
À la tête de la Pléiade, qui, au XVIe siècle, pose les bases en matière de littérature classique, Pierre de Ronsard (1524-1585) se consacre dès sa jeunesse à la poésie.
Poète champêtre et romantique, il devient aussi le poète officiel de la cour de Charles IX, en 1558. Mais la mort du roi met fin à sa carrière et Ronsard, souffrant de la goutte et d’une demi-surdité qui l’accable depuis son enfance, évoque alors dans sa poésie ses souffrances physiques et sa vision de la mort.
Le « prince des Poètes » meurt à Saint-Cosme le 27 décembre 1585. Sa poésie tombe alors dans l’oubli jusqu’au XIXe siècle, moment où les romantiques la redécouvrent et la ressucitent.

Le clair-obscur de Rembrandt

>Autoportrait de Rembrandt (1606-1669).
Autoportrait de Rembrandt (1606-1669).

Le jeu des ombres et des lumières élevé au rang d’un art : telle est, sans conteste, la meilleure définition que l’on puisse donner de la peinture de l’un des grands maîtres flamands du XVIIe siècle, Rembrandt.
Harmenszoon van Rijn Rembrandt, fils d’un menuisier de Leyde, est jugé assez doué pour suivre les cours de l’école puis de la faculté. Malgré ses succès universitaires, la vocation de Rembrandt, surnommé le « peintre savant », reste la peinture. Il étudie d’abord chez Jacob van Swanenburgh, un peintre italianisant, qui lui donne le goût des scènes historiques et bibliques, puis chez Pieter Lanstman, qui l’initie au jeu des lumières. Dès lors, la peinture de Rembrandt sera une apologie de l’art du clair-obscur, toujours plus subtil et travaillé, de la réalisation de la Leçon d’anatomie à celle de La Ronde de nuit, en 1642, sans doute le plus beau chef-d’œuvre de l’artiste. Parvenu à l’apogée de son art avec cette toile, Rembrandt est le peintre en vogue à Amsterdam mais, en quelques années, il est dépassé.
En octobre 1669, solitaire et ruiné, il meurt dans la modeste maison du quartier des marbriers, où il s’était réfugié. Héraut des jeux de lumières, Rembrandt laisse une œuvre immense et superbe, disséminée à travers toute l’Europe, qui témoigne de l’ampleur de son génie.