Verrochio : l’orfèvre inconnu

Le David de Verrochio (bronze).
Le David de Verrochio (bronze).

On pourrait dire que cet artiste est un inconnu à double titre : son nom n’est pas le sien réellement et, outre la peinture et la sculpture auxquelles son nom est attaché pour l’éternité, le commun ignore son premier métier.
De fait, Andréa di Michele di Francesco Cioni était orfèvre. Et c’est en référence à son maître en orfèvrerie qu’il prendra le nom d’Andréa del Verrochio. De cette époque, il ne reste guère de trace ; tout juste un bas-relief représentant la Décollation de saint Jean-Baptiste pour l’autel d’une église de Florence.
Verrochio est donc plus connu comme peintre. Et encore, les œuvres que l’on peut lui attribuer avec certitudes sont tout juste au nombre de deux. La Madone de la cathédrale de Pistoia sera exécutée avec son élève, Lorenzo di Credi ; et le Baptême du Christ, actuellement conservé au musée des Offices, à Florence, verra la « patte » de Léonard de Vinci qui exécutera les deux anges du tableau.
Reste, enfin, la sculpture. Et là encore, l’œuvre de Verrochio est peu connue. Certes, son David est demeuré célèbre, comme les commandes de Laurent de Médicis qui lui fera exécuter le tombeau de Pierre et de Jean, ses frères, ainsi que l’Enfant eu poisson de la cour du Palais Vieux ou encore le Christ et saint Thomas, qui ornera l’église d’or de San Michele.
Autant d’œuvres d’art qui auraient du mettre Verrochio au rang des plus célèbres artistes de son temps. Car comme eux, il est un des plus grands. Seulement voilà, il est comme eux, à la même époque qu’eux. De fait, le grand « défaut » de Verrochio est sans nul doute d’avoir vécu à une époque si foisonnante en œuvres d’art et en artistes. Un phénomène que son mécène, d’ailleurs, ne cessera d’accentuer.

Arlequin à Paris

Quatre mois après avoir célébré leur union à l’église de Notre-Dame de Mézières, Charles IX et Élisabeth d’Autriche font leur entrée solennelle à Paris, en mars 1571, au son des fifres et des tambourins. Les habitants de la capitale, accourus en très grand nombre pour assister aux festivités, voient pour la première fois se produire une troupe de comédiens italiens. C’est Catherine de Médicis, la mère du roi, qui a pris l’initiative de faire venir à Paris ces comédiens qui ont enchanté son enfance. Surpris et amusés, les Parisiens s’émerveillent devant les pantomines grotesques de Pantalon et d’Arlequin, habillés de couleurs chatoyantes.
Cependant les membres austères du Parlement ne sont guère amusés par le caractère irrévérencieux de ces « pantalonnades », si prisées de la reine-mère et de tous les Italiens.
Revenus six ans plus tard, en 1577, les comédiens italiens s’installent à Paris et obtiennent un vif succès auprès du public. Mais la réussite sera de fort courte durée : un mois plus tard, ils seront « interdits de séjour » et renvoyés dans leur péninsule… La France ne les accueillera de nouveau que bien plus tard, au XVIIe siècle : les comédiens italiens seront l’un des divertissements les plus appréciés de Louis XIV et la coqueluche des grands du royaume comme du menu peuple.

Corneille : l’honneur avant tout

Pierre Corneille (1606-1684) d'après une gravure ancienne.
Pierre Corneille (1606-1684) d’après une gravure ancienne.

Corneille, déclare Jean Racine en 1685, fit voir sur la scène la raison mais la raison accompagnée de toute la pompe, de tous les ornements dont notre langue est capable.
Né à Rouen dans une famille de robe, en 1606, Pierre Corneille est avocat à dix-huit ans. Pourtant c’est la carrière poétique qui l’attire le plus et, en 1629, il écrit sa première œuvre, Mélite, et va à Paris. Remarqué par Richelieu, il fait bientôt partie des cinq auteurs pensionnés par le ministre et peut donc se consacrer à l’écriture. Il publie alors sa première tragédie, Médée (1635), bientôt suivie du Cid (1636), qui va donner lieu à une vive querelle avec l’Académie française. Mais Corneille n’en est encore qu’aux prémices de son talent qui ne cesse de grandir avec Horace (1640), Cinna (1641) ou bien encore Polyeucte (1642).
Avec Corneille naît l’art dramatique que développera, si magistralement, Racine, par la suite. Mais alors que Racine fait l’apologie de l’amour-passion, Corneille place l’honneur, la fidélité ou la foi au-dessus de tout. Le XVIIe siècle applaudit à tout rompre cet éloge de l’honneur avant de lui préférer celui des amours raciniens. De cette compétition qui l’oppose à Racine, Corneille sort perdant. Abandonné par le succès depuis 1651, il renonce définitivement au théâtre, en 1674, après l’échec retentissant de Suréna. Mais son génie de l’intrigue et des vers le place, pour l’éternité, au panthéon des auteurs français.

Pétra, la cité rose

Le Khazneh à Petra (photo récente).
Le Khazneh à Petra (photo récente).

Un paysage désertique, rocailleux ; des falaises abruptes, lisses ; une flore parsemée et une faune qui se cache. Tel est la vision qu’avaient les caravaniers arabes, lorsqu’ils remontaient les côtes de la mer Rouge pour atteindre les ports commerciaux de Méditerranée. Et soudain, Pétra ! Une cité creusée dans le roc rose des falaises. Un monde de temples et de tombes, un monde qui fascine, comme ce Monastère, à la façade imposante de 42 mètres de haut et 45 de large ; comme le tombeau à l’Urne ou comme le tombeau Renaissance ; enfin, comme la Khazneh, orné d’une double série de colonnes, d’une rotonde et d’une statue d’Isis, temple probablement fondé par l’empereur Hadrien et qui doit son nom aux Arabes qui croyaient qu’il contenait un trésor (el Khazneh signifie « le trésor des pharaons »).
Ville antique, Pétra fut la capitale des Édomites et des Nabatéens avant d’être occupée par les Romains à qui l’on doit sans doute ces monuments merveilleux et qui firent de cette cité fascinante la capitale de l’Arabie Pétrée. Tombée dans l’oubli après la conquête musulmane, Pétra devra sa redécouverte et même sa résurrection aux archéologues qui, à la suite de Burckhardt, seront attirés, tout comme des centaines de touristes, par la ville aux multiples tombes, la cité rose de l’Arabie Pétrée.

Le premier film « parlant »

Le 22 octobre 1927, la compagnie cinématographique Warner Bros présente au public le premier film parlant. Le succès du Chanteur de jazz est immédiat. Le parlant donne alors un nouveau souffle et une autre dimension au cinéma. L’utilisation des disques synchronisés est très vite abandonnée au profit du son produit sur piste optique. Le parlant est enfin mis au point et il ne faut qu’une dizaine d’années pour que la reconversion soit complète. Une nouvelle génération d’acteurs et de metteurs en scène apparaît, utilisant au mieux cette  technique. Le cinéma devient alors l’art majeur du XXe siècle.

La femme mise à l’honneur chez « l’homme des cavernes »

De 25000 à 10000 avant J.-C., l’Europe, et plus particulièrement la France, va connaître une période de floraison artistique, où la peinture, le dessin, la sculpture acquièrent leurs premières lettres de noblesse.
C’est à Laugerie-Basse, en 1864, que fut découverte la première statuette de femme, à qui l’on donna le nom de « Vénus impudique ». Depuis, plus d’une vingtaine de ces Vénus, sculptées dans des matériaux divers, ont été retrouvées : à Grimaldi, la Vénus dite « le losange » est en stéatite verte, celle de Tursac provient d’un galet de calcite, la Vénus à la corne est en bas-relief, quant à la Dame à la capuche, la seule sur laquelle apparaissent les traits du visage (d’une finesse extrême), elle est en ivoire.
Toutes ces Vénus datent de 25000 à 20000 avant J.-C. et la majorité d’entre elles révèle une femme aux hanches larges, au ventre souvent gonflé, ce qui permet de supposer qu’il s’agissait-là d’une évocation de la femme enceinte ou d’un hymne à la fécondité.
Source d’inspiration des temps anciens, la femme ne va pas garder bien longtemps ce monopole : les scènes de chasse, les animaux ornent désormais seuls le fond des cavernes.

Le tombeau de Mausole

Le tombeau de Mausole (gravure ancienne).
Le tombeau de Mausole (gravure ancienne).

Halicarnasse était une ancienne cité grecque d’Asie Mineure placée sous l’autorité d’un satrape. Durant les guerres médiques (Ve siècle avant J.-C.), opposant Xerxès Ier, roi de Perse, à la Grèce, Artémise, souveraine d’Halicarnasse, devait s’allier au Perse. Elle acquit une grande réputation de ténacité et de courage chez les Grecs, mais devait perdre une bonne partie de cette puissance commerciale qui faisait la richesse d’Halicarnasse. Ce n’est que cent ans plus tard, que la cité devait renouer avec la célébrité.
Le satrape était alors un certain Mausole, descendant de cette fameuse Artémise guerrière. Puissant mais avide, véritablement despotique selon certains historiens antiques, il était cependant fort aimé d’une personne, son épouse (qui était également sa sœur, coutume que l’on retrouve chez les pharaons), Artémise, au point que cette dernière se révéla inconsolable quand il mourut :
Après sa mort (en 353 avant J.-C.), raconte l’écrivain antique Aulu-Gelle, Artémise serrant son corps entre ses bras et l’arrosant de ses larmes, le fit porter au tombeau avec un magnifique appareil. Ensuite, dans l’ardeur de ses regrets, elle les fit réduire en poussière, les mêla dans sa coupe avec de l’eau et les avala. Elle donna encore d’autres marques d’un violent amour. Et elle fit élever à grand frais, pour conserver la mémoire de son époux, ce sépulcre fameux, qui mérita d’être compté au nombre des Sept Merveilles du monde…

Palissy, « l’inventeur des rustiques figurines du roi »

Bernard Palissy (vers 1510-1590).
Bernard Palissy (vers 1510-1590).

Il faudra pas moins de seize années à ce verrier pour découvrir le secret de la faïence émaillée. Né dans le Lot-et-Garonne vers 1510, Bernard Palissy s’établit vers 1538 à Saintes, après une dizaine d’années d’errance. C’est à ce moment que commence sa quête, sans doute après avoir vu une coupe de faïence émaillée d’origine italienne. Il se livra aux recherches les plus décourageantes allant, dit la légende, jusqu’à brûler ses meubles et le plancher de sa maison pour alimenter son four.
En 1557, il touche enfin au but et sa fortune commence. Car les poteries rustiques de Palissy sont immédiatement recherchées par les grands seigneurs. Catherine de Médicis devient même sa protectrice : en 1562, alors qu’il est interné comme protestant, elle le fait libérer et lui accorde le titre "d’inventeur des rustiques figurines du roi". Etabli à Paris en 1564, a son atelier au Louvre ; on lui demande d’orner de "grottes rustiques" les château d’Ecouen, possession des Montmorency, puis les Tuileries.
Esprit curieux, à la fois agronome, géologue, chimiste, poète, il fait paraître, dès 1563, la "Recepte véritable par laquelle tous les hommes de la France pourront apprendre à multiplier et à augmenter leurs Thrésors", une œuvre pleine d’imagination et d’uthopie où se mêlent des réflexions morales et religieuses, des considérations sur la géométrie, les arts. En 1575, il inaugure à Paris des conférences sur les sciences physiques et naturelles qu’il résumera, en 1580, dans les "Discours admirables de la nature des eaux et des fontaines…, des métaux, des sels et des salines, des pierres, des terres, du feu et des émaux". Arrêté une nouvelle fois en 1588 par les Ligueurs, il est embastillé. Il mourra, deux ans plus tard, à quatre-vingt-ans.

Alexandre Dumas et la naissance du roman populaire

Qu’est-ce que l’histoire ? Un clou auquel j’accroche mes romans.
Alexandre Dumas se définit lui-même par ses mots : il n’est ni un historien, ni un érudit, seulement un « scénariste de l’histoire ». Par sa maitrise des mots et les personnages inoubliables qu’il campe, il fait rêver, depuis un siècle et demi, des générations de Français.
Né à Villers-Cotterets en 1802, le fils du général Davy de la Pailleterie Dumas, acquiert la notoriété en 1829 avec Henri III et sa cour. Mais, c’est grâce au Comte de Monte-Cristo en 1844, suivi de la trilogie des Trois Mousquetaires (1844), de Vingt Ans après (1845) et enfin du Vicomte de Bragelonne (1848-1850), qu’il devient le maître du roman populaire. Prenant pour toile de fond l’histoire de France, il fait revivre, par son style alerte, les guerres de religion, le Paris de la Restauration ou les derniers jours de la monarchie.
Auteur fécond, Alexandre Dumas meurt à Puys, en 1870, laissant à la postérité les plus belles pages du roman populaire historique. 

Voltaire ou l’art d’être opportuniste

François Marie Arouet, dit Voltaire (1694-1778).
François Marie Arouet, dit Voltaire (1694-1778).

À la cour, mon fils, l’art le plus nécessaire,
N’est pas de bien parler, mais de savoir se taire, écrit Voltaire dans L’Ingénu.

Assurément, François Marie Arouet, dit Voltaire, n’a pas suivi ce précepte à la lettre et c’est loin de la cour qu’il passe la plus grande partie de sa vie. Satyriques, incisifs, ses écrits touchent à tous les genres littéraires et fustigent, avec une adresse vraiment diabolique, la monarchie du XVIIIe siècle et toutes sortes d’abus, tels que l’esclavage, la torture ou les lettres de cachet. Retiré à Ferney dès 1758, Voltaire se livre à une activité littéraire prodigieuse et multiplie les « grandes causes » (pas toujours si grandes d’ailleurs), telle que la réhabilitation de Calas. Père des nouvelles idées philosophiques, il est reçu triomphalement à l’Académie française, en 1778, mais meurt, peu après à Paris.