L’ordre de Saint-Louis

Statue de Louis XIV (dessin à la plume).
Statue de Louis XIV (dessin à la plume).

Le règne de Louis XIV semble avoir été une sorte de retour aux vraies valeurs de la féodalité qui ont permis l’édification du royaume. Combattant la fausse noblesse, tentant d’éradiquer les abus de celle acquise par lettres de cachet, il décide, le 9 avril 1693, de récompenser les mérites militaires en instituant l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, ouvert à tout officier faisant « profession de la religion catholique, apostolique et romaine et qui a servi sur terre et sur mer … pendant dix années ».
Les conflits qui opposent le souverain à l’Europe donnent, d’ailleurs, bien des occasions d’acquérir cette distinction. L’ordre compte, à l’origine, huit grand-croix et vingt-quatre commandeurs. Seuls les princes de sang, les amiraux et les maréchaux de France acquièrent, de droit, le ruban rouge de chevalier de l’ordre de Saint-Louis.
Supprimé en 1792, il est rétabli sous la Restauration puis disparaît, en 1830, définitivement.

Les intendants : l’œil du pouvoir

Le receveur des impôts, d'après une gravure sur bois (XVIe siècle).
Le receveur des impôts, d’après une gravure sur bois (XVIe siècle).

Le Moyen Âge avait vu la centralisation du pouvoir royal, sa victoire sur les seigneurs et les vassaux. Fort logiquement, cette centralisation allait voir l’émergence d’une nouvelle caste : les intendants. Officiers royaux en charge de la vérification des provinces, les intendants, désignés au XVIe siècle sous le titre de "commissaires départis pour l’exécution des ordres du roi", seront définitivement établis sous le règne de Louis XIV. De fait, le monarque absolu, qui tenait et même retenait les grands seigneurs à la cour, avait besoin d’un pouvoir bien à lui en province. D’abord simples inspecteurs, les intendants allaient devenir de véritables administrateurs dont les compétences devaient s’étendre au détriment de celles des gouverneurs et des cours souveraines. Intendants de justice, ils surveillaient tous les officiers de leur ressort, étaient chargés de la justice du roi et pouvaient présider tous les tribunaux. Intendants de police, ils avaient également la haute main sur l’ordre public, disposaient des garnisons, s’occupaient des ponts et chaussés, de la levée des milices, contrôlaient les élections urbaines et s’immisçaient dans les affaires religieuses. Intendants des finances, ils étaient en relations constantes avec le contrôleur général pour toutes les questions économiques, s’occupaient de la levée de la taille, de la capitation ou du dixième.
Au final, ils ne relevaient que du conseil du roi et ni les gouverneurs, ni les cours souveraines n’avaient les moyens de les contrôler, encore moins d’entraver leurs actes.
Véritable prolongement du pouvoir royal, les intendants vont finir d’éteindre les bribes de liberté des provinces, tout en permettant une meilleure centralisation de l’économie. Une mainmise du pouvoir qui ne devait pas s’éteindre à la Révolution, car si les intendants furent officiellement supprimés en décembre 1789, ils trouveront leurs héritiers dans la création des préfets (1800), qui accentuera encore la mainmise du pouvoir central sur la France.

Louis XIV interdit les duels

François de Montmorency-Bouteville (1600-1627).
François de Montmorency-Bouteville (1600-1627).

Le duel est le pire fléau qui décime la fleur de la noblesse française, se lamente un conseiller de Richelieu.
Sous les prétextes les plus futiles, les jeunes de la noblesse se provoquent, se blessent ou se tuent. Selon le journal de l’Étoile, trois mille neuf cent quatre-vingt jeunes gentilshommes ont trouvé la mort au cours de ces duels en un peu moins de trente ans, de 1589 à 1607. Pourtant, de nombreux édits royaux ont formellement interdit cette pratique sanguinaire. Décidé à mettre fin à cette hécatombe, le cardinal de Richelieu prend, en 1626, des mesures sévères contre les duels.
Mais, peu de temps après sa mort, les jeunes nobles, férus d’un « code d’honneur » déjà désuet, reprennent les duels, en dépit de la condamnation à mort et la décapitation de deux duellistes, sur ordre du roi Louis XIII : le comte de Montmorency et le comte des Chapelles.
Comme tous ses prédécesseurs, le Roi-Soleil réprouve, lui aussi, cette coutume : par son édit du 23 juillet 1679, il interdit les duels. Après une longue accalmie, le « fléau » réapparaît au XVIIIe siècle et surtout au XIXe siècle. On sait que Léon Gambetta et Georges Clemenceau furent de redoutables duellistes… Cette coutume ne prendra réellement fin que dans les années trente, peu de temps avant la Seconde Guerre mondiale.

Le règne des bulles

Statue de Dom Pérignon (1639-1715).
Statue de Dom Pérignon (1639-1715).

Les vins de la Gaule recommandés pour la table des rois, écrivait Pline, ne sont-ils pas ceux de la campagne de Reims ?
Le vin mousseux existait avant dom Pierre Pérignon (1638-1715), mais il était de qualité irrégulière et sa mousse était trop abondante. Dom Pérignon, bénédictin de l’abbaye d’Hautvillers, est chargé du soin des vignes en sa qualité de cellérier.
Pour augmenter le rendement et la qualité des vignobles de l’abbaye, dom Pérignon se plonge dans l’étude du vin et écrit un ouvrage documenté sur la manière de choisir les plants, de tailler, de mélanger et de « gouverner » les vins. Peu à peu, il découvre le secret du champagne : il trouve la quantité de sucre qui permet une mousse faible et contrôlable, le « crémant », qui fait la réputation du champagne.
Dom Pérignon, très perfectionniste, invente même le système du bouchon de liège ainsi que la flûte qui permet au champagne de rendre ainsi toute sa saveur.
Frappé de cécité à la fin de sa vie, dom Pérignon n’en garde pas moins un extraordinaire palais.
À sa mort le 24 septembre 1715, le champagne a déjà acquis une notoriété certaine et devient très rapidement le roi des vins et le vin des rois !

L’imprimerie : de la Chine à Gutenberg

Un atelier d'imprimerie au XVIIIe (détail d'une gravure d'époque).
Un atelier d’imprimerie au XVIIIe (détail d’une gravure d’époque).

Dans l’histoire collective, l’imprimerie est évidemment le fait de Gutenberg. Pourtant, l’imprimerie apparaît en Chine des siècles avant le XVe siècle. On gravait alors un texte sur une planche de bois puis on appliquait un feuille de papier sur le texte encré. Dès le Xie siècle, les Chinois connaissaient les caractères mobiles mais leur usage demeurera marginal. C’est donc le premier procédé qui apparaît initialement en Occident au cours du Moyen Âge. Un procédé d’impression qui va se généraliser jusqu’à la mise en œuvre de l’imprimerie de Gutenberg. Au Xve siècle, Johannes Gensfleisch Gutenberg, originaire de Mayence et réfugié à Strasbourg, invente un nouveau procédé d’imprimerie. Il confectionne une matrice, la dote de caractères mobiles, d’encre et d’une presse à bras. L’imprimerie moderne est née. En 1455, Gutenberg, associé à Johann Fuchs achève sa fameuse Bible latine, dite "Bible de Gutenberg". Dès lors, l’imprimerie va connaître une progression rapide à travers toute l’Europe.
Surtout, elle va devenir le moyen de propagation des idées dans tous les foyers, servant notamment les débuts du protestantisme. On estime que jusqu’à la fin du XVIe siècle, pas moins de 40 000 éditions de livres et de 15 à 20 millions de volumes seront publiés, la Bible demeurant " en tête des ventes".
Plus tard, l’imprimerie connaîtra de nouveaux progrès : la stéréotypie, qui permet la multiplication des textes et de clichés, la lithographie, pour la reproduction de dessins, la presse cylindrique, la photogravure, l’héliogravure, l’offset et enfin, à la fin du Xxe siècle, l’impression numérique.

Les « commis-allumeurs » de Paris

Nicolas de La Reynie (1625-1709).
Nicolas de La Reynie (1625-1709).

Depuis 1667, Nicolas de La Reynie, lieutenant de police de Louis XIV, avait institué l’éclairage de Paris, afin, notamment, d’améliorer la sécurité.
Le service et l’entretien de l’éclairage public étaient confiés aux bourgeois de chaque quartier, élus tous les ans, que l’on nommait commis-allumeurs. Mais cette fonction, très contraignante, déplaisait fortement aux bourgeois qui tentaient de s’y soustraire par tous les moyens, comme le révèle un arrêt de police rendu le 3 septembre 1734 :
Plusieurs bourgeois, est-il écrit, font travestir leurs compagnons et ouvriers en bourgeois, afin d’augmenter le nombre de voix en faveur de leur parti ainsi que de nommer les personnes nouvellement établies, s’exemptant annuellement, par cette surprise, de faire ce service public. Non contents d’échapper ainsi frauduleusement à ce devoir si essentiel, ils insultent témérairement ceux qu’ils ont nommés, soit par des chansons injurieuses, soit par un cliquetis de poêles et de chaudrons, soit enfin en leur envoyant, par dérision, des tambours et des trompettes.

La Chambre ardente

Une Chambre ardente au XVIe siècle (gravure du XIXe siècle).
Une Chambre ardente au XVIe siècle (gravure du XIXe siècle).

Parce que le nom sonnait particulièrement bien concernant cette affaire sombre et sulfureuse des Poisons, on a tendance à penser que la Chambre ardente lui est spécifique. Il est vrai, en effet, que Louis XIV l’institua pour juger des actions de Madame de Brinvilliers et de La Voisin. Mais si dans l’Affaire des Poisons on lui a donné un autre nom, celui de Cour des Poisons, c’est bien pour la différencier des autres Chambres ardentes. De fait, ce terme servait à désigner des « cours de justice extraordinaires investies afin de juger de faits d’exceptions ». Des jugements qui sont souverains et exécutés immédiatement.
Il y a donc bien, non pas une Chambre ardente, mais des Chambres ardentes, parmi lesquelles on compte les commissions érigées dans chaque parlement afin de punir les hérétiques, en 1535 ; ou encore la Chambre qui, sous la Régence, vérifiera les comptes des fermiers généraux ou jugera des opérations de Law.
Tendues de noir, éclairées, y compris le jour, de flambeaux, ce n’est qu’à cette petite mise en scène qu’elles doivent leur nom…

Les lettres de cachet : le mythe et la réalité

Arrivée d'un prisonnier à la Bastille (détail d'une gravure du XIXe siècle).
Arrivée d’un prisonnier à la Bastille (détail d’une gravure du XIXe siècle).

Les lettres de cachet. Quatre mots qui sonnent comme une condamnation. Pourtant, à l’origine, les lettres de cachet n’étaient que des lettres… marquées du cachet du roi ; un cachet qui leur donnait tout pouvoir.
De fait, la sinistre réputation de ces lettres date du XVIIe siècle, notamment du règne de Louis XIV et de ses successeurs qui en usèrent et en abusèrent… pour le plus grand profit de quelques-uns. Non discutées parce que non discutables du fait du sceau du roi, les lettres de cachet allaient être le moyen de signifier à qui voulait bien les lire que la décision émise était irrévocable. Or, ces lettres se présentaient sous forme d’imprimé, dont il suffisait de remplir la date, le nom de la personne accusée et celui de la forteresse où il convenait de l’envoyer. On imagine sans peine les abus qui devaient -et qui allaient- en découler. Quelques hauts personnages de l’Etat, turbulents, devaient en pâtir. Mais pour beaucoup de nobles, c’était également un moyen de "mettre du plomb dans la tête" de quelque rejeton insupportable. D’ailleurs, la peine était minime, ne dépassant guère les huit à quinze jours de détention. Certains chefs de famille avaient d’ailleurs leurs lettres de cachet, dites de cachet privé, qui leur permettaient d’agir sans scandale et en assurant l’entretien de celui ou de celle qu’ils faisaient incarcérer. Mirabeau, grand séducteur, s’y soumettra… ainsi que quelques autres.
Au final, les lettres de cachet apparaissent comme un mal sans gravité et ceux sont les historiens du XIXe siècle et les pamphlétaires de la Révolution qui devaient les mettre au jour et les présenter comme la dernière invention démoniaque de la royauté.

Création de l’administration des Douanes

Jean-Baptiste Colbert (1619-1693).
Jean-Baptiste Colbert (1619-1693).

Le système douanier de l’Ancien Régime était des plus complexes ; il existait alors, entre les différentes régions, d’innombrables droits : péages, droits de haut passage, d’entrée… Pour Colbert, toutes ces barrières intérieures entravent le négoce dans le royaume, mais malgré ses efforts, il ne parvient pas à les abolir complètement.
Le 5 novembre 1790, l’Assemblée constituante, reprenant le projet du « grand commis de l’État », supprime les divers droits de passage et crée l’administration des Douanes. Régie par un Code instauré en 1791, elle devient alors un organisme chargé de faire payer une taxe uniquement sur les marchandises qui franchissent les frontières terrestres et maritimes, ce qui constitue un énorme progrès par rapport à l’inextricable système de l’Ancien Régime.

Les « sauvageons » en prison !

Vue de la Bastille (gravure ancienne).
Vue de la Bastille (gravure ancienne).

Le 26 novembre 1639, une déclaration royale renforçait le « droit de correction » des parents, permettant à ces derniers d’envoyer leurs rejetons rebelles, récalcitrants ou débauchés en prison. Nul besoin, pour ce faire, de jugement : une simple lettre de cachet faisait l’affaire !
Voilà qui paraît bien excessif concernant des enfants… sauf que le terme « d’enfants » avait un tout autre sens au XVIIe siècle. Il désignait simplement toute personne mineure, la majorité n’étant alors acquise qu’à 25 ans ! Voilà de quoi donner une perspective nouvelle à cette ordonnance. Quant à l’inconduite des « enfants », elle concernait essentiellement ceux de la noblesse et de la grande bourgeoisie, de jeunes gens souvent inactif avant leur intégration dans un corps d’armée, avant une succession et qui, de fait, se lançaient volontiers dans des « aventures » peu avantageuses pour leur famille. C’est d’ailleurs ainsi que le célèbre marquis de Mirabeau, joueur invétéré, séducteur impénitent –généralement de femmes mariées- tâtera de la geôle ; pour éviter lui aussi cette infortune que le jeune La Fayette se rendra aux Amériques où il deviendra le héros que l’on sait. Quant à la Bastille, chacun sait que sa population, au jour de la prise de la prison en 1789, était essentiellement composée de jeunes nobliaux enfermés là par leurs parents. Un sort peu enviable, sans doute, mais bien peu traumatisant quand on sait les facilités auxquelles ils avaient droit lors de leur enfermement…