Le café en France

Le marquis de Lyonne, ministre des Affaires étrangères de Louis XIV, reçoit, le 19 novembre 1669, au palais de Versailles, l’ambassadeur ottoman et lui offre le café.
Peu connu à cette époque, le café, dont le nom turc kahwé vient de l’arabe qahwa, a d’abord été cultivé au sud-ouest de l’Éthiopie. Répandu dans le monde musulman dès le IXe siècle, il fait son apparition en Europe aux XVIe et XVIIe siècles.
Introduit en France en 1641, il est mis à la mode par l’ambassadeur turc et  l’Europe se met à raffoler du café.

Le jeune empire aztèque

Un guerrier aztèque.
Un guerrier aztèque.

Les Aztèques eux-mêmes prétendaient venir d’une île située au Nord-Ouest de la péninsule mexicaine : Aztlan. C’est de là qu’ils tiraient leur nom. Peuplade nahuas apparue entre le XIIe et le XIIIe siècles, les Aztèques font partie de ces peuplades qui succèdent à l’empire maya puis toltèque.  Les chichimèques, dont le nom signifie « barbares » et qui étaient également des nahuas, avaient installé leur capitale à Texcoco mais déjà, il apparaît qu’ils étaient présents à Mexico. La pyramide de Tenayuca, qui sera achevée par les Aztèques, offrait un panorama sur dix-neuf mètres et les sculptures de cent trente-huit serpents entouraient l’édifice.
Les peuples nahuas se partagent la vallée de Mexico et multiplient les nouvelles fondations de cités autant que les guerres. Les Aztèques, écrasés à la fin du XIIIe siècle, doivent quitter Chapultepec où ils s’étaient initialement installés et se réfugient dans les plaines marécageuses où ils fondent Tenochtitlan -actuelle Mexico. Le XVe siècle est, encore, un siècle de guerres de pouvoir et ce n’est que lorsque le souverain aztèque s’allie avec d’autres cités qu’il parvient à poser les bases de ce qui sera l’empire aztèque. Les guerriers de Tenochtitlan se rendent alors maîtres de la vallée de Mexico et étendent même leur domination vers des terres plus riches et plus prometteuses. Aux peuples soumis, ils se font verser un tribu, fait essentiellement de produits exotiques, comme des poteries Mixtèques ou les tissus du Tuxpan.
L’empire aztèque est encore jeune, presque balbutiant, lorsque les Espagnols débarquent. Le souverain aztèque, Moctezuma II, règne alors sur quelques trente-huit provinces ; le maya a laissé la place à la langue nahua, et si de nombreuses peuplades semblent avoir conservé une part d’autonomie politique, c’est avant tout afin de favoriser le commerce, avant-garde aztèque pour une conquête futur.
De fait, les Aztèques n’ont pas vraiment créés une civilisation ; leur génie aura été de savoir centraliser, de savoir faire revivre aussi l’héritage de ceux qui les avaient précédé. Tenochtitlan en est l’exemple parfait. Là, les artistes aztèques surent faire preuve d’un génie rare aux dires des chroniqueurs espagnols, qui « n’avaient jamais rien vu de pareil ».

Moctezuma II recevant Cortés.
Moctezuma II recevant Cortés.

La tradition rapporte que, lorsqu’ils arrivèrent sur les rives du lac Texcoco, les Aztèques virent un aigle dévorant un serpent. Ce spectacle, annoncé dans des prophéties, devaient les convaincre de fonder là leur capitale. Initialement simple village lacustre, Tenotchitlan devint une admirable cité, dotée d’un acqueduc, de chaussées surélevées et d’une digue de seize kilomètres qui protégeait la cité des inondations. Cité sainte, la capitale était, en son coeur, constituée d’édifices sacrés réservés au clergé. Le plus remarquable, le Teocalli, était un double sanctuaire érigée sur une pyramide monumentale au sommet de laquelle on accédait par un double escalier de cent quatorze marches. Chaque empereur allait embellir le Teocalli jusqu’au XVIe siècle. Sur la plate-forme, dont deux statues marquaient l’entrée, les Aztèques avaient édifié deux temples jumeaux, l’un dédié à leur dieu Huitzilipochtli et l’autre au dieu de la pluie Tlaloc, adoré dans le centre du Mexique. Là, l’art maya, l’apport toltèque sont évidents et confirment la volonté de préserver un héritage qui, au fond, n’était pas le leur mais celui de cette terre qu’ils avaient su conquérir.
Mais il serait faux de ne voir dans les aztèques que des conservateurs. Peuple conquérant, ils faisaient la guerre autant pour des raisons religieuses que politiques. Le culte de leur dieu solaire,  Huitzilipochtli, était d’ailleurs particulièrement sanglant, exigeant des sacrifices humains qui prirent parfois une ampleur terrifiante. Lors des fêtes données pour l’avènement d’Ahuitzotl pas moins de 80 000 prisonniers furent immolés dans le temple de Tenochtitlan.
Les Aztèques, qui avaient en un ou deux siècles conquis l’ancien empire maya, les Aztèques qui n’avaient régné sur cet empire que cent ans, tout au plus, ne devaient guère résister aux conquérants espagnols. Débarqués en 1519, les Espagnols mettaient fin à l’empire aztèque en 1524. De manière définitive…

À l’ombre du dieu Bacchus

Lieux de vie et de rencontre, les tavernes parisiennes méritent que l’on raconte leur histoire. Des vendeurs « au pot » qui sillonnaient les rues, aux cabarets et hôtelleries de la fin de la monarchie, il y a là une petite histoire de Paris amusante et gaie, où l’on retrouve l’amour du vin qui caractérise les Français et qu’a su si bien décrire Robin Livio, un spécialiste averti des tavernes, des estaminets et des guinguettes.
Pendant de nombreux siècles, les gargotes, les buvettes, les caveaux et les « hostelleries » ne servaient qu’un vin médiocre, des bières fades ou quelques boissons qui ne brillaient guère par la délicatesse et la finesse de leur goût. Et ces débits de boisson mettront longtemps avant de se transformer en bonnes et belles auberges où le savoir-boire devient un art…
Grégoire de Tours, évêque et historien émérite, raconte, dans son Histoire des Francs, l’anecdote, en 371, d’un malheureux pêcheur affamé et surtout assoiffé…
Après une courte supplique à saint Martin, voici qu’il attrape, au bout de sa canne, un superbe brochet ! Notre pêcheur se précipite alors à la taverne la plus proche et échange cette prise « pour de la bouillie, bien sûr, pour du vin surtout ! ».
Dans cette histoire, d’une simplicité bien trompeuse, l’intervention de saint Martin est loin d’être un hasard. Ce n’est nullement en tant que patron de la Gaule qu’il apparaît mais comme protecteur des buveurs ainsi que le rappelle ce dicton du XVIe siècle :
Saint Martin boit le bon vin
Et laisse l’eau courre au moulin…

Comme on le voit, les chroniques, les chansons populaires fourmillent de petites histoires sur les us et coutumes des temps anciens et les tavernes et diverses «hostelleries» y jouent alors un rôle prépondérant.
Au commencement, était… la cervoise

Vendeur de vin au Moyen Âge
Vendeur de vin au Moyen Âge.

Pour débuter ce petit historique des tavernes, cabarets, gargotes et autres estaminets, pourquoi ne pas commencer par ce que l’on y buvait ?
Nos ancêtres les Gaulois avaient un net penchant pour la cerevisia ou cervoise, faite sans houblon, qui va disparaître au XIVe siècle au profit de la bière, appelée brasse. Disparue très tôt dans les pays du Sud où la vigne était communément cultivée, la bière, plus abordable que le vin, ne subsistera que dans les pays du Nord et connaîtra un regain de popularité au début du XVe siècle, sous la domination anglaise, où elle prend alors le nom de « godale », qui vient de « good ale », c’est-à-dire bonne bière.
Rapidement cependant, le vin prend définitivement le pas sur les breuvages céréaliers et devient la boisson la plus courante. Cultivé dans de nombreuses régions françaises, chaque bourgeois, chaque seigneur, chaque paysan a un pied de vigne dont il tire sa consommation personnelle et souvent plus. Cela permet alors au bourgeois ou bien au boutiquier de Paris de « vendre à taverne », c’est-à-dire de débiter son propre vin sans pour autant en faire son occupation principale.
Cette activité est sans comparaison avec le tavernier qui tient table ouverte et propose des vins des côteaux de la plaine d’Ivry, de Suresnes ou de Saint-Cloud.
Le vin que l’on sert est en général un vin clairet ou une petite piquette, tout juste bonne à enflammer le gosier, bien que, avec l’usage courant des épices, les vins aromatisés, parfois même pimentés, permettent d’atténuer certains breuvages.
Étudiants, soldats et ménestrels…
La clientèle des tavernes est pour le moins variée, pourtant certaines catégories d’individus paraissent y pulluler.
Charlatans, ménestriers, ribauds et ribaudes sont dépeints par le  grand chroniqueur Taliessin au VIe siècle :
La nuit, ils s’enivrent ; le jour, ils dorment ; fainéants, ils vaquent sans rien faire, la taverne, ils la hantent.
Ces « braves gens », dont la réputation n’est plus à faire, jouent au tric-trac, aux dés ou encore aux cartes malgré l’ordonnance royale de 1350 qui dit que « les taverniers ne doivent recevoir ni receller chez eux aucuns joueurs de dés et austres gens diffamés ». La méfiance est alors de rigueur et tout un chacun risque, le vin aidant, de laisser là plus que sa bourse, tant les ribauds sont habiles avec les dés pipés.
Les étudiants sont partout présents aussi. Soumis à un régime disciplinaire et alimentaire des plus stricts dans les universités, les « escholiers » aiment boire et jouer aux boules sous le préau installé à cet effet. Loin d’avoir une conduite honorable, les étudiants ont une réputation détestable dans toutes les tavernes et leurs beuveries tournent souvent à l’échauffourée. Le scandale qui secoue l’université de la Sorbonne en l’année 1229 n’est qu’un exemple parmi les autres : une bande de joyeux lurons, tous étudiants en théologie, passablement imbibés de la « digne piquette » servie dans la taverne, se querellèrent avec le tavernier qui leur réclamait son écot. L’affaire se finit dans le sang et la prévôté réagit très sévèrement. Bientôt, tout Paris est en émoi : l’Université, n’admettant pas les dures remontrances du prévôt, avait décidé de quitter la capitale, ce qu’elle fit… momentanément.
Ce ne sont pourtant pas les étudiants que redoutent le plus les taverniers et les autres clients, mais bien les soldats. Mercenaires et bandits pour la plupart, les temps de paix sont, pour eux, une occasion de hanter les « hostelleries ». Celles-ci deviennent alors des lieux de débauche et le théâtre de rixes de plus en plus sanglantes.
Malgré les ordonnances royales qui tentent en vain d’imposer un couvre-feu, les buveurs vont s’enivrer jusqu’à l’aube et les meurtres sont courants.
Soixante tavernes à Paris
Rapidement cependant, les lieux fréquentables se distinguent des tavernes à ribauds et les gentilshommes y passent volontiers quelques soirées.
La législation tente tant bien que mal, tout au long du Moyen Âge, de réduire le nombre des lieux mal fréquentés : saint Louis interdit les cabarets et les hôtelleries, sauf pour les voyageurs ; en 1407, les hôteliers doivent tenir un registre des gens qu’ils hébergent et en 1410, seules soixante tavernes sont autorisées à débiter du vin à Paris. Autant dire tout de suite que cet édit royal ne se maintient pas longtemps car c’est l’époque où les « vendeurs de pot » pullulent.
En effet, depuis Philippe-Auguste, les marchands ambulants ont un statut légal et le Paris du Moyen Âge résonne de leurs cris. Et c’est à qui braillera le plus fort pour faire « taster » son vin parfumé de sauge ou de romarin.
On peut consommer à toute heure et partout, même dans la rue, plus de cinquante crus répertoriés dans La Bataille des Vins, un « fabliau » écrit au XIIIe siècle par Henri d’Andelys.
Ce petit commerce ne nuit d’ailleurs pas aux estaminets dont le nombre d’enseignes ne fait qu’augmenter : au XIVe siècle, on peut estimer à plus de quatre mille la quantité de tavernes parisiennes, selon les chroniques de Guillebert de Metz.
De Rutebeuf à Villon

François Villon (1431-apr 1463).
François Villon (1431-apr 1463).

Les tavernes sont aussi des lieux d’inspiration. Rutebeuf, trouvère malheureux au jeu comme en amour, prend pension dans les cabarets et perd tout au jeu :
Les dés m’occient,
Les dés m’aguettent et espient,
Les dés m’assaillent et deffient.

Villon, célèbre pour ses vers autant que pour sa mauvaise vie, rime sur la taverne de la Pomme de Pin, vers la Madeleine et avoue, joliment il faut dire, qu’il ne payait jamais le pauvre maître Turgis :
C’est bien dîner, quand on s’échappe
Sans débourser pas un denier…

C’est bien dîner pour une chanson.
Les tavernes attirent les poètes qui, le plus souvent, paient leur dû en rimes sonnantes et trébuchantes. Ils chantent avec délice et regret le temps où les « franches repues » leur étaient encore octroyées de bon cœur.
Rabelais, Clément Marot n’en feront pas moins et leurs héritiers, comme Baudelaire, Rimbaud ou bien Verlaine hanteront les mêmes lieux, trouvant toute inspiration au fond d’un verre d’absinthe. D’ailleurs, les aubergistes faisaient souvent appel à des poètes afin d’attirer la clientèle qui, tout en s’attablant, pouvait également savourer vers, rimes et chansons.
Qu’importe la taxe pourvu qu’on ait l’ivresse !
Vitrail des vendangeurs
Vitrail des vendangeurs.

Au tout début du XVIIe siècle, les tavernes ne désemplissent pas. Désormais, ce sont les seigneurs, bretteurs de tous bords, prompts à sortir la rapière, qui fréquentent les bonnes tavernes.
C’est également le temps des amours courtisanes : les salons privés, qui sont « la joie des amants et le tombeau des maris », leur servent de refuge.
Ce phénomène n’est cependant pas nouveau et, aux siècles précédents, les « chambres de l’hôtesse », désignées le plus souvent par des noms de saints et de saintes, abritaient déjà les aventures galantes.
Paris se développe et les guinguettes, les hôtelleries fleurissent aux environs de la capitale où les taxes sur le vin sont depuis toujours exorbitantes.
Ainsi, le cabaret de la Duryer que Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, fréquente assidûment, est situé à Saint-Cloud. Les chansons des soulards de Paris y alternent avec les pamphlets contre le roi et son ministre, le cardinal de Richelieu.
Sous le règne du Roi-Soleil, les nobles aiment parfois frayer avec la canaille des bas-fonds, mais la différence se fait de plus en plus nette entre les cabarets de gentilshommes et ceux du peuple.
Les premiers, fort chers et où l’on faisait jadis ripaille, s’éduquent en même temps que les palais…
Les gourmets font assaut de recettes et imposent certaines règles : il serait par exemple hérétique de couper son vin avec de l’eau.
La cour ne se contente plus depuis longtemps des petits vins « français » : François Ier était grand amateur de champagne et des vins du Sud et le Saint-Pourçain d’Auvergne eut aussi son heure de gloire. Mais le bon vin de Beaune, qui est le vin préféré du roi, est à la mode dans les estaminets comme à la cour du Roi-Soleil.
Un peu plus tard, au XVIIIe siècle où le libertinage est de bon ton, les tavernes sont à nouveau fréquentées assidûment par la cour qui recherche plus que les plaisirs du palais. On s’y soûle jusqu’au matin et l’on retrouve ensuite les filles de joie… ou celles de la cour. On y fait assaut de bel esprit, on y joue, on s’y ruine aussi et on y complote…
Quand les « bons frères » faisaient ripaille
Les tavernes populaires, quant à elles, continuent de mélanger l’eau bouillie et le vin, au plus grand bénéfice de certains hôteliers.
Chaque corporation a alors son lieu de rendez-vous. Le cabaret littéraire de Paris reste la Pomme de Pin, où Villon a fait ses toutes premières armes ; les chansonniers arpentent la butte Saint-Roch et les comédiens se réunissent aux Bons-Enfants, à l’Alliance ou aux Deux Faisants.
Quant aux moines, que les chansons populaires placent volontiers autour d’une table, ils prouvent leur amour du bien vivre au Riche Laboureur ou à la Table Roland.
Comme Roger de Collyrie, chanoine d’Auxerre, au XVe siècle, ces capucins, jacobins ou cordeliers pourraient dire :
À Dieu faisait, en tout temps et saison,
Soigneusement brêve et courte oraison,
Trouvé je n’étais en roches ni cavernes,
Soigneusement visitais les tavernes.

Pourtant, l’Église a tenté de prévenir cet état de fait, dès 847, en décrétant que « tout homme dans les ordres et qui a l’habitude de s’enivrer » aurait quarante jours de pénitence. Cela n’a cependant jamais eu l’air d’empêcher les bons frères de faire ripaille.
De la taverne au restaurant
La Révolution annonce la fin des folies de la noblesse et, en 1792, la mère Saguet sert à boire et à manger honnêtement. Il y a comme une apparence de restaurant et le premier naît, semble-t-il, en 1765, rue des Poulies.
Le très changeant XIXe siècle sera le siècle des restaurants… Les plus fins cuisiniers du royaume se sont mis à leur compte et les cafés des grands boulevards, les guinguettes des bords de Marne attirent plus que jamais les Parisiens, toujours friands de ces lieux où la convivialité est reine…

Ainsi s’achève la belle et simple histoire des tavernes et des guinguettes. 

Ces « vipères » d’Iroquois

Un Iroquois (gravure ancienne).
Un Iroquois (gravure ancienne).

Mohawk, Oneida, Onondaga, Cayuga, Seneca et enfin Tuscarora. Ces noms ne vous disent rien ? Pourtant, ce sont ceux de la plus célèbre nation d’Indiens candiens : les Iroquois. L’Iroquois, ce farouche guerrier, cruel et hargneux ! L’Iroquois dont le nom –qui est en fait un surnom- signifie « langues de vipères » ! Charmant personnage, n’est-ce pas ? Pourtant, l’Iroquois est avant tout méconnu. La nation Iroquoise elle-même n’en est pas vraiment une…
Ce n’est qu’en 1570 que sera créée la Ligue des Cinq Nations –les Tuscarora ne rejoindront la Ligue qu’en 1712- afin de mettre un terme aux guerres intestines et d’opposer un front uni aux Hurons et, plus tard, aux Français. Gouvernée par un conseil de 50 sages –le sachem-, le Ligue des Cinq puis des Six Nations vaincra effectivement les Hurons, mais également les Pétuns, les Eriés ; elle repoussera les colons français et se perdra finalement dans le conflit indépendantiste américain. Pourtant, à l’origine, aucune des tribus iroquoises n’étaient foncièrement guerrières.
La chasse, la pèche, la cueillette, la culture du maïs, des haricots et des courge : voilà quelles étaient les préoccupations des ces hommes et de ces femmes.
Car les tribus iroquoises étaient également de type matriarcal, ce qui allait engendrer, fort indirectement, leur sinistre réputation. En effet, lorsque les Iroquois faisaient un prisonnier, il faisait l’objet, le plus souvent, d’une adoption. Adoption décidée par la mère de famille qui accueillait le nouvel arrivant au même titre que ses fils ou pour prendre la place d’un fils disparu. Un peuple idéal alors ? Quant même pas. Car lorsque le prisonnier n’était pas adopté, il était torturé avec un raffinement exceptionnel. On soupçonne même que les Iroquois aient, à ces occasions, pratiqué l’anthropophagie.
Un rituel rare, des tortures occasionnelles mais qui feront la réputation des Iroquois. Une réputation sans doute largement entretenue, voire exagérée, par leurs ennemis et concurrents –ils s’étaient mis eux aussi au commerce des peaux- les Hurons.

La Renaissance et les femmes : le retour aux antiques

C’est en Italie, sous l’influence de Pétrarque et de Boccace, qui traduit Homère en latin, que naît le mouvement humaniste. Rapidement, une douzaine d’auteurs vont leur emboîter le pas et déclencher cet « engouement pour Platon », au point qu’en 1445 une académie est fondée à seule fin d’étudier ce philosophe. Et cette mode, cette redécouverte, dont tous les penseurs de la Renaissance vont se nourrir, va faire porter un regard nouveau sur la femme, ce qui est assez logique quand on sait la place des femmes dans la société antique. Aristote ne doutait-il pas qu’elles aient une âme ? Platon ne voyait-il pas en elle un être trop vil « pour être une partenaire de l’Amour », c’est-à-dire du sentiment, non de l’acte sexuel ? Mettre en valeur l’homme n’est certes pas une mauvaise chose, mais le mettre au-dessus de tout, comme le fait la pensée humaniste, conduit tout simplement à rabaisser la femme.
Issue de la pensée humaniste, ce que l’on a appelé la Querelle des femmes ne fait que confirmer ce changement.
Déclenchée par un juriste qui proposait une nouvelle forme de contrat de mariage, la Querelle des femmes va animer les milieux intellectuels durant les trente premières années du XVIe siècle et conduire à une réflexion sur la femme elle-même, son statut, son éducation. Mais si l’initiateur de la Querelle, André Tiraqueau, affirme la nécessité d’une réciproque affection dans le mariage, il affirme clairement la supériorité de l’homme sur la femme, accordant, selon Catherine Claude, « un rôle de protecteur au mari puisqu’il est supérieur à la femme ». Difficile de ne pas superposer à la vision de Tiraqueau celle du paterfamilias antique. La polémique, animée par d’autres penseurs humanistes d’ailleurs, glissera bien vite du mariage aux vertus féminines, aux défauts féminins bien sûr puis à la nécessaire éducation des femmes -qui existait pourtant déjà comme l’ont prouvé nombre de femmes, de Christine de Pisan à Marguerite de Navarre. Rien de bien intéressant ne sortira de cette fameuse Querelle, si ce n’est la supériorité, soutenue par tous, d’un modèle familial de type patriarcal.
Paradoxalement, si la pensée humaniste dessert la gent féminine, certaines femmes vont jouer le rôle de conducteur, de propagateur de cette pensée dans les milieux intellectuels.
En effet, alors que politiquement les femmes n’ont plus désormais qu’un rôle mineur, nombre d’entre elles vont se distinguer au niveau philosophique ou artistique.
Ainsi en est-il de Marguerite de Navarre, sœur de François Ier. Née d’une mère qui attachait une importance capitale à l’éducation, Marguerite étudiera donc l’hébreu, le latin, la philosophie, la théologie et les langues vivantes : un « bagage » qui allait faire d’elle une des figures majeures des milieux intellectuels. Passionnée d’érudition et de poésie, mécène dans l’âme, elle fera de la cour de Navarre un foyer actif de la Renaissance et de l’humanisme, s’assurant les services et l’amitié d’un Robert Estienne, d’un Clément Marot, d’un Rabelais aussi. En cela, elle poursuit l’ambition des femmes du Moyen Âge qui, à l’image d’une Aliénor d’Aquitaine, ont su faire de leur cour ou de leur château des lieux de réflexion ou de propagation de l’art.
De la même façon, la belle Paule de Viguier, devenue veuve et fort riche, utilisera sa fortune et sa réputation de beauté incomparable pour attirer dans son château poètes et écrivains et introduire ainsi à Toulouse l’art et l’esprit de la Renaissance.

Les femmes aux temps des Lumières : art, sciences et littérature

Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné (1626-1696).
Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné (1626-1696).

Alors que l’on connaît les fameux salons pour leur préoccupation essentiellement politique, certains d’entre eux vont totalement les dédaigner préférant réserver toute leur attention aux arts… où l’on ne peut pas dire que les femmes eurent une place considérable.
Certes, on compte quelques exceptions, telles qu’Élisabeth-Claude Jacquet de la Guerre (v. 1660-1729), qualifiée par le Mercure galant de « merveille du XVIIe siècle », et qui s’illustre au clavecin au point d’attirer la bienveillance du roi lui-même ; comme Émilie d’Aubigny, dite la Maupin, et la Demoiselle Chantilly qui font leurs preuves dans le monde de l’opéra comique ; ou encore comme Madame Vigée-Lebrun, restée célèbre pour ses portraits de Marie-Antoinette et de ses enfants.

Mais, à l’exemple de nombreuses artistes ou intellectuelles de l’époque, Madame Vigée-Lebrun, elle-même fille d’un peintre de renom, signera certaines de ses premières œuvres du nom de son père, comme jadis la sœur des Van Eyck. Selon Andrée Michel, on peut d’ailleurs supposer que la plupart des femmes artistes sont restées anonymes, exposant leurs œuvres sous le nom d’un père ou d’un frère…
Cet anonymat se retrouve également dans le monde de l’écriture. Madame de Lafayette ne reconnaîtra qu’à la fin de sa vie -et encore à mots couverts- être l’auteur de La Princesse de Clèves ; quant à Mademoiselle de Scudéry, elle considère « qu’écrire, c’est perdre la moitié de sa noblesse » et publie ses premières œuvres sous le nom de son frère. Et Madame de Sévigné me direz-vous ? Serait-elle une exception ? Rien d’exceptionnel chez Madame de Sévigné, sinon un talent scriptuaire incontestable. Mais les Lettres de Madame de Sévigné… ne sont que des lettres, destinées à une lecture, sinon totalement privée, du moins de salon, certainement pas à la publication.
Est-ce à dire que la place de la femme n’a pas été ce qu’elle aurait pû être ou ce qu’elle aurait dû être au temps, tellement vanté, des Lumières ? 

Les Hussites : de la Réforme à la révolution

Jan Hus (mort en 1415), d'après une gravure ancienne.
Jan Hus (mort en 1415), d’après une gravure ancienne.

Si Martin Luther fait généralement figure de fondateur du protestantisme, force est de constater que le moine allemand avait surtout puiser ses idées ou ses fameuses propositions sur les théories d’autres penseurs, d’autres réformateurs. Jan Hus est certainement le plus fameux d’entre eux et celui qui entraînera le plus de partisans résolus, voir violents.
La condamnation suivie de l’exécution, au cours du concile de Constance (1415), de Jan Hus allait engendrer un vaste mouvement protestataire en Bohème, d’où il était originaire et où il avait sévi. Mais un mouvement plus seulement réduit à la protestation religieuse, un mouvement qui va tourner au politique. Il serait d’ailleurs plus exact de parler de deux mouvements distincts, les Hussites se divisant, presque immédiatement après la mort de leur leader, en deux branches distinctes. Les utraquistes, nommés ainsi d’après le mot latin sub utraque specie -sous les deux espèces-, ou calixtins, en raison du calice qui était l’emblème de leur ralliement, avaient axés leur revendication sur l’aspect religieux et notamment sur la communion sous les deux espèces, ce qui en faisait des protestataires relativement modérés. Les Taborites -du nom de la ville de Tabor, près de laquelle Hus avait vécu en exil-, au contraire, vont se révéler, dès le début, nettement plus extrémistes, pour ne pas dire révolutionnaires.
Prônant une lecture et une mise en application stricte de la Bible -un peu comme les Sunnites dans l’islam-, les Taborites vont rapidement accompagner leur discours religieux d’un prêche politique, confondant leur action avec le parti anti-impérial. Le feu, religieux et politique, qui couvait en Bohême n’avait besoin que d’une étincelle pour s’embraser : c’est Wenceslas, le propre frère de l’empereur nouvellement élu Sigismond, qui allait tenir ce rôle. La Bohême plongea alors dans une ère de violences inconnues jusque-là : les catholiques en seront, bien entendu, les premières victimes, suivis des villes allemandes de la région. La noblesse tchèque s’alliera à la populace pour revendiquer une même indépendance, non pas religieuse, mais bien politique ; une indépendance fondée sur l’égalité et la religion hussite. Bref, un joyeux mélange politico-religieux que combattront ensemble l’empereur et le pape, au point de mobiliser des armées entières. Au final, le mouvement taborite allait finir par se déliter. Les plus extrémistes seront éliminés à Lipany en 1434, d’autres se reconnaîtront dans le luthérianisme tandis qu’une minorité revenait au catholicisme, certains entrant alors chez les Frères moraves.

« Passages à tabac »

Introduit en France par Jean Nicot sous François III, le tabac connaît son apogée au XVIIe siècle, où il est d’usage soit de le priser ou de le fumer. N’importe qui, à l’époque, pouvait en faire commerce et certains estaminets ne s’en privaient pas, permettant aussi aux amateurs de tabac de « perdre du tabac en fumée » dans leurs échoppes.
Cependant, ces lieux étant désormais investis par les brigands qui pillaient les fumeurs, un édit du 23 juin 1629 interdit la vente de tabac, sauf par les épiciers qui pouvaient ainsi étendre leur activité à celle de « fumoir ».

La roue de torture

La justice, de tout temps, a utilisé diverses formes de supplices pour châtier les criminels. Au Moyen Âge, l’exposition au pilori, le fouet, la mutilation d’une oreille ou d’une main ou encore la pendaison, qui était la plus courante, étaient les peines corporelles généralement appliquées. Quelques exceptions apparaissaient pourtant : si la pendaison était bonne pour le roturier, le noble, lui, se faisait décapiter ; il y avait aussi des écartèlements, des « bouillures », réservées aux faux-monnayeurs ; quant aux récidivistes, aux empoisonneurs ou aux hérétiques, ils montaient au bûcher.
En février 1534, ce large éventail de peines est étendu quand François Ier établit légalement le supplice de la roue réservé aux voleurs de grand chemin.
Soi-disant inventé par l’empereur Commode, ce supplice était particulièrement cruel : on allongeait le condamné sur une croix de Saint-André et le bourreau, au moyen d’une barre de fer carrée, lui brisait le corps en huit coups réglementaires, sur les bras, les avant-bras, les cuisses, les jambes, les reins et la poitrine. Ensuite, le condamné était exposé, face au ciel, sur une roue horizontale tournant jusqu’à la mort du malheureux, à moins qu’on ait adoucit sa peine et qu’on l’ait étranglé avant ou pendant les coups de barre.
En 1547, la roue sera étendue aux assassins. Elle ne sera abolie définitivement qu’en 1789…

Les Incas : une civilisation trompeuse

Bas-relief représentant le condor des Incas.
Bas-relief représentant le condor des Incas.

Inconsciemment, lorsque l’on utilise le terme de "civilisation", on sous-entend la longueur autant que la profondeur. La longueur du temps, la profondeur de l’empreinte. Pourtant, il est une "civilisation" dont on fait grand cas et qui ne présente aucune de ses deux caractéristiques ; une civilisation qui fait l’admiration des Occidentaux ; une civilisation qui, clairement, ne mérite pas ce nom : celle des Incas.
Le terme même d’Inca, qui signifie "fils du soleil", désignait à l’origine la seule personne du souverain du peuple quechua, avant de s’appliquer à tout son peuple puis à tous ceux que les Incas devaient soumettre en Amérique du Sud. De fait, si l’empire inca n’apparaît guère qu’au XVe siècle, l’Etat originel lui-même n’est guère plus ancien puisque son apparition ne date que du XIIIe siècle… de notre ère bien entendu. Avant cela, plusieurs civilisations, auxquelles les érudits n’ont jamais daigné donner un statut autre que celui de "culture", s’étaient succédées : la culture de Chavin, celle de Michica, celle de Tiahuanaco (vers 600) en sont quelques exemples. Des civilisations qui verront l’avènement, au XIIIe siècle, du premier Inca Manco Capac, qui allait établir ses Etats autour de Cuzco et initier une dynastie qui mettra tout de même deux siècles et demi à véritablement exploser. De fait, la fondation et l’extension de ce que l’on nomme l’empire inca -qui, à son apogée, atteindra les 4000 km de long, allant de Quito à Valparaiso- sera aussi rapide qu’éphémère. Un empire qui sera notamment le fait de trois hommes -les 9e, 10e et 11e incas-, Pachacutec, Tupac Yupanqui et Huayna Capac ; un empire qui sera placé sous le signe de l’architecture et de la divinisation de l’Inca. De fait, les Incas se révéleront incapables de produire une "civilisation" artistique de quelque ordre que ce soit, leur intelligence et leur énergie étant uniquement tourné vers l’édification de forteresses ou vers la construction de routes. Point d’art, quel qu’il soit ; pas même pour honorer celui qui avait troqué la couronne royale pour le costume divin.

Célébration de la fête du Soleil (gravure du XIXe siècle).
Célébration de la fête du Soleil (gravure du XIXe siècle).

Et c’est là l’autre caractéristique de cette période où la puissance terrestre semble allait de paire avec la divinisation. Le processus n’est pas nouveau et apparaît également chez les empereurs romains. Tout comme la divinisation du souverain entraîne une omniprésence de la religion dans la vie quotidienne. De fait, le rôle que c’était attribué le souverain -enclin, comme les pharaons d’Egypte, à épouser sa sœur afin de préserver la pureté de la lignée-, annoncera un rôle accrut du clergé, de la liturgie, bref, de la religion. Une religion qui, contrairement à celle des Aztèques, connaîtra de rares sacrifices humains. Il apparaît d’ailleurs que la mort n’était guère du goût des Incas, y compris au cours de leur extension territoriale où l’assimilation et la soumission amicale étaient favorisées au détriment d’une politique toute en brutalité. Une politique générale rendue nécessaire par la rapidité de conquête des souverains incas ; une politique qui souffrait cependant quelques exceptions, condamnant à la déportation les populations insoumises. On l’a dit, deux siècles et demi sont tout ce que durera cette prétendue civilisation ; deux siècles et demi qui s’achèveront par un conflit entre deux frères, conflit dont saura profiter l’Espagnol Pizarre pour mettre à bas, définitivement, cet empire éphémère.
Au final, on peut certes être admiratif devant ce peuple conquérant ; on peut s’extasier de la rapidité de son extension comme de son génie militaire. Mais point de culture chez les Incas, d’art, de culte de la beauté ; point de penseurs et de philosophes non plus qui pourraient justifier du terme de civilisation si aisément attribué à la domination inca. De fait, c’est avant tout un déni culturel, qui veut que les Européens aient été les destructeurs aveugles et avides de cultures séculaires, autant que la méconnaissance de la "civilisation" inca qui font et qui feront encore longtemps les beaux jours de ce qui n’est guère qu’un mythe.