Les possédées de Loudun

Les possédées de Loudun, d'après une iconographie moderne.
Les possédées de Loudun, d’après une iconographie moderne.

Après une épidémie de peste qui décime une partie de la ville de Loudun, en 1632, une autre épreuve accable la population. Dans la nuit du 21 septembre 1632, la supérieure des ursulines de Loudun ainsi que deux autres religieuses voient apparaître leur confesseur, mort de la peste quelques semaines auparavant. Les phénomènes étranges se multiplient et, bientôt, les dix-sept ursulines semblent possédées : elles hurlent, se contorsionnent et se roulent par terre. Les exorcistes sont impuissants face à cette « manifestation satanique ».
Le 11 octobre, l’une des religieuses lance un nom en pleine crise : l’abbé Urbain Grandier, curé de l’église de Loudun. L’accusation fait rapidement le tour de la ville et la population rend tout de suite son jugement : ce prêtre, bel homme, proche, trop proche sans doute de ces paroissiennes, est un sorcier ! C’est certain !
Le 8 décembre 1633, Lambardemont, commissaire de Richelieu, arrive à Loudun avec pour mission d’instruire le procès de Grandier. Ce dernier est arrêté mais nie avec véhémence les accusations de sorcellerie.
Le 8 juillet 1634, le procès débute. Au cours des débats, on constate que Grandier a une cicatrice au pouce, ce qui ne fait que renforcer la mise en accusation. La preuve est faite : l’abbé a signé, de son sang, un pacte avec le diable ! La sentence tombe le 18 août et le jour même, Grandier est brûlé vif sur la place du Marché. Après sa mort, les ursulines continueront pourtant à être sujettes à des crises d’hystérie…

Jeanne Hachette sauve Beauvais

Le 27 juin 1472, l’armée du duc de Bourgogne met le siège devant Beauvais. La guerre fait rage entre le roi de France Louis XI (1423-1483) et le duc de Bourgogne Charles le Téméraire (1433-1477). Après avoir  envahi toute la Picardie et ravagé les villes sur son passage, le Téméraire assiège Beauvais : la ville n’a aucune garnison et ses fortifications laissent à désirer. Jeanne Laisné a alors dix-huit ans. S’armant d’une hachette, elle exhorte les habitants à résister jusqu’à l’arrivée des troupes françaises. Elle prend alors la tête d’une armée de Beauvaisiens qui repoussent avec vaillance la première attaque des Bourguignons ; les femmes, accourues sur les remparts avec les hommes, jettent des pierres, de l’huile et de l’eau bouillantes. Un soldat de l’armée bourguignonne a réussi à planter une enseigne ennemie sur un des remparts. Jeanne la lui arrache des mains et la jette dans le fossé où les soldats du duc ont été repoussés.
Animés par une plus grande volonté de résister, les habitants de Beauvais tiennent tête à l’armée ducale qui a enfoncé la porte de Bresles. Un feu, placé devant cette même porte, est alimenté toute la journée, bloquant l’entrée de la ville.
Le 10 juillet, Charles le Téméraire tente un assaut général. Il est repoussé. Les habitants de la ville et les troupes du roi de France, arrivées entre temps, opèrent une sortie et réussissent à enlever quelques pièces d’artillerie ennemies. Ne pouvant faire tomber la ville, le duc de Bourgogne est contraint de se retirer…
En mémoire de tant d’héroïsme, Louis XI ordonne qu’une procession ait lieu chaque année dans la ville. À cette occasion, les femmes auraient le pas sur les hommes.

La journée des Abatis

Le Grand Condé (1621-1686), d'après une gravure ancienne.
Le Grand Condé (1621-1686), d’après une gravure ancienne.

Quand Louis XIII meurt, la France est plongée en pleine guerre de Trente Ans. Le sort du royaume est menacé quand la France découvre son dieu de la guerre : le duc d’Enghien. Il a déjà acquis une gloire éternelle à Rocroi quand, le 3 août 1743, il rejoint Turenne sous les murs de Fribourg-en-Brisgau.
L’art le plus habile et la plus heureuse disposition du terrain, note un  historien, semblaient protéger le camp des Bavarois. De hautes montagnes et un bois marécageux en formaient l’enceinte ; tous les abords en étaient garnis de redoutes et de palissades ; des postes nombreux couvraient les revers des hauteurs.
Enghien et Turenne se séparent, le premier se chargeant de l’attaque directe par les montagnes et le second de l’attaque par le flanc. Quand le duc d’Enghien suppose que le maréchal a atteint son but, il donne l’ordre du combat. Repoussé à deux reprises par les Allemands, le prince met pied à terre et, prenant la tête de ses troupes, lance une dernière fois la charge. Tous les volontaires se précipitent sur ses pas, les palissades sont franchies, les redoutes emportées, la ligne de défense brisée. Pour les Bavarois, c’est la journée des Abatis…

Le sacrifice de Porçon de la Barbinais

Exécution de Porçon de la Barbinais (gravure du XIXe siècle).
Exécution de Porçon de la Barbinais (gravure du XIXe siècle).

Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, la mer Méditerranée est infestée par les pirates barbaresques qui renouent avec l’antique coutume des razzias. En 1665,  Louis XIV se pose en protecteur des peuples vivant le long des côtes méditerranéennes et envoie le duc de Beaufort, avec une flotte de quinze navires, à la poursuite des pirates. De cette guerre, on a peu parlé et personne ne connaît le nom de ses héros. Pourtant, celui de Porçon de la Barbinais mérite d’être retenu.
Le dey d’Alger avait parmi ses captifs un officier malouin nommé Porçon de la Barbinais qu’il envoya porter à Louis XIV des propositions de paix, lui faisant jurer de revenir s’il échouait. Les têtes de six cents chrétiens répondaient de sa parole. Les propositions étaient inacceptables, Porçon le savait. Il alla à Saint-Malo, mit ses affaires en ordre et revint à Alger où le dey lui fit trancher la tête. Ce héros méconnu venait de sauver six cents personnes…

Le crime de lèse-nation de Favras

La naïveté est sans aucun doute ce qui caractérise le plus Thomas de Mahy, marquis de Favras, condamné pour crime de lèse-nation.
Premier lieutenant des Suisses du comte de Provence, Favras, après l’arrivée de la famille royale aux Tuileries, décide d’organiser leur évasion. Il s’en ouvre au comte de Provence, qui reste réservé, et à un ancien officier, Turcari, récemment engagé… par le Comité de recherches révolutionnaire !
Favras ne tarde pas à s’épancher sur l’épaule d’un nouvel « ami », Joffroy, chargé de suivre l’affaire pour le Comité. Et le 24 décembre 1789, ayant toutes les preuves en main et même une éventuelle implication du comte de Provence dans l’affaire, Joffroy décide l’arrestation du marquis.
Favras est emprisonné et condamné pour avoir conspiré contre l’État et… pour crime de lèse-nation ! Il est conduit au gibet à la nuit tombée :  pour la première fois, un noble est pendu par arrêt de justice.

Fronde : l’éternelle révolte des princes

La duchesse de Montpensier, fille de Gaston d'Orléans, canonnant les armées royales (gravure du XIXe siècle).
La duchesse de Montpensier, fille de Gaston d’Orléans, canonnant les armées royales (gravure du XIXe siècle).

On peut à loisir multiplier les explications sur les débuts de la Fronde : la pression fiscale alourdie avec la guerre de Trente Ans pour les bourgeois et les parlementaires, la résistance à l’absolutisme ébauché par Richelieu, il n’en demeure pas moins que cette révolte des princes a comme un air de déjà vu. Tout est à mettre au compte de la minorité de Louis XIV.
N’est-il pas curieux, en effet, de constater que quasiment toutes les minorités ont donné lieu en France à une révolte nobiliaire ? Clovis II, qui monte sur le trône à l’âge de quatre ans, subira la mainmise des maires du Palais et la prise de pouvoir progressive des Pippinides. Lothaire ne devra sa survie politique qu’au soutien de son oncle, l’empereur germanique Othon le Grand et au bon vouloir d’Hugues le Grand, un Robertien, surnommé le " faiseur de rois ". Saint Louis, bien sûr, dont la mère prendra les armes pour résister aux nobles. Charles IX, enfin, qui subira la révolte des grands aux travers des guerres de religion –une excuse comme une autre. Et la liste est loin d’être exhaustive. Pas une dynastie qui n’ait connue les dangers de la minorité.
Au final, d’ailleurs, les Mérovingiens, taxés après le règne de Clovis II d’être des rois fainéants, laisseront la place aux Carolingiens ; eux-mêmes passeront sous la coupe des Robertiens et ne s’en relèveront pas. On ne voit pas bien pourquoi, alors, les Bourbons auraient dû y échapper… Peut-être était-ce, au fond, l’idée sous-jacente des princes révoltés de la Fronde.
Trop longtemps bridés par un cardinal-ministre omnipotent, ils se voyaient désormais assujettis aux décisions de son successeur désigné, Mazarin, qui n’était même pas Français ! Pis même, cette « éminence » n’était pas même prêtre…
Au final, la Fronde n’entraînera pas de changement dynastique comme l’espérait sans doute Gaston d’Orléans, oncle du jeune roi et conspirateur « professionnel », ou comme le désiraient Condé et son frère Gondi, cousins du roi, ou comme le souhaitait peut-être Beaufort, un bâtard d’Henri IV. Non seulement, elle n’allait pas bouleverser la donne, mais au contraire, elle allait conforter Mazarin, et après lui son disciple en absolutisme, Louis XIV dans la nécessité de brider cette noblesse par trop tumultueuse. Occupée par les guerres et les fêtes versaillaises, la noblesse va perdre jusqu’à son âme sous la main de fer du Roi-Soleil, devenant une sorte « d’animal de compagnie », domestiqué, craintif mais toujours teigneux…

Proclamation de l’édit de Nantes

Cinq ans après sa conversion au catholicisme, le « bon roi » Henri IV, soucieux de mettre fin à l’agitation persistante des huguenots, signe l’édit de Nantes, le 13 avril 1598, l’un des actes majeurs d’un règne fertile en bienfaits pour le royaume. Par cet édit, le roi accorde aux protestants des concessions considérables. Au point de vue religieux, liberté de conscience dans tout le royaume et liberté du culte là où les protestants sont majoritaires, restitution des anciens temples et autorisation d’en bâtir de nouveaux.
Sur le plan politique, amnistie générale et égalité civile avec les catholiques et accès à tous les emplois dans l’ensemble du royaume. Enfin, les protestants se voient accorder des garanties territoriales dans une centaine de villes dont La Rochelle, Saumur, Montauban et Montpellier. Pendant près d’un siècle, l’édit de Nantes permettra à la France de connaître la paix religieuse. Sa révocation, en 1685, par Louis XIV, constitue l’un des plus grands désastres de l’histoire du royaume. Plus de 200 000 protestants, parmi lesquels des officiers, des industriels, des commerçants, des artisans, des agriculteurs, quittent le pays et émigrent notamment en Hollande et en Prusse. La révocation de l’édit de Nantes, écrira Michelet qui, pour une fois, ne se trompait pas, a appauvri la France et enrichi ses ennemis.

Montcalm : la mort pour rien

Louis-Joseph, marquis de Montclam (1712-1759).
Louis-Joseph, marquis de Montclam (1712-1759).

La rivalité entre la perfide Albion et la France ne se manifestant plus en Europe, elle se reporte en Amérique, pour l’acquisition du Canada.
Dès 1758, Montcalm sait que le sort du Canada est déjà joué : face aux quelques centaines de soldats français, les Anglais ne cessent d’augmenter leurs effectifs. Et, en juin 1759, une imposante flotte anglaise jette l’ancre devant Québec. Enfermés dans la ville, les Français sont totalement isolés. En septembre, les Anglais peuvent enfin débarquer leurs troupes qui, sous les ordres de James Wolfe, se déploient dans les plaines d’Abraham.
Montcalm, alerté, a le panache de ne pas attendre l’ennemi dans Québec et se porte avec les quelques troupes qui lui restent au devant de l’ennemi. Geste héroïque mais vain. Montcalm est mortellement touché, de même que Wolfe, tombés en 1759, et Québec capitule. L’année suivante, c’est le Canada tout entier qui passe aux mains des Anglais.

Pilâtre de Rozier, l’aventurier du ciel

Jean-François Pilâtre de Rozier (1754-1785).
Jean-François Pilâtre de Rozier (1754-1785).

Chimiste et homme de lettres, Jean-François Pilâtre de Rozier est aussi un des premiers aventuriers du ciel.
Après de nombreux exploits à bord d’une montgolfière, Pilâtre de Rozier va construire une « aéro-montgolfière » composée de deux ballons, l’un étant rempli d’hydrogène et l’autre gonflé par la chaleur.
Le 15 juin 1785, en compagnie du physicien Romain, Pilâtre de Rozier tente la traversée de la Manche.
À 7h05, l’engin s’élève mais, à peine a-t-il atteint les cinq cents mètres de hauteur, que le ballon d’hydrogène se dégonfle et retombe sur la mongolfière : la machine entière prend feu et explose, ne laissant aucun survivant.
Seule une épithaphe rappelle cette tragédie :
Ci-gît un jeune téméraire,
Qui, dans son généreux transport,
De l’Olympe étonné franchissant la barrière,
Y trouva le premier et la gloire et la mort.

Le bûcher du Carrousel

Massacre par les révolutionnaires (illustration du XIXe siècle).

Alors que les armées impériales pénètrent en France, le peuple de Paris, encouragé par certains jacobins, est pris d’une véritable folie. Nous sommes alors le 10 août 1792. Exigeant la déchéance du roi, il pénètre aux Tuileries et, emporté par la fureur, massacre les pauvres Suisses assignés à la garde de la famille royale. Le soir même, le peuple peut être satisfait : la monarchie n’est plus.
À Paris même, c’est le triomphe du peuple : Santerre, affectant la simplicité cynique d’un général des faubourgs, pour contraster avec le luxe militaire de La Fayette, parcourt Paris monté sur un lourd cheval noir…
Mais loin des regards, les agents de la commune de Paris, pressés de faire disparaître les traces de sang et les corps des victimes, ont envoyé des hommes de peine au Carrousel pour balayer le champ de bataille.
À minuit, ils dressent d’immenses bûchers où ils jettent les centaines de cadavres qui jonchent le Carrousel, les cours, le vestibule, les appartements. Rangés en silence autour des feux, ces sinistres « balayeurs de sang » attisent le bûcher en y jetant d’autres corps. À l’aube, Suisses et Marseillais, royalistes et républicains, nobles et peuple : tout est consumé…