Le bûcher du Carrousel

Massacre par les révolutionnaires (illustration du XIXe siècle).

Alors que les armées impériales pénètrent en France, le peuple de Paris, encouragé par certains jacobins, est pris d’une véritable folie. Nous sommes alors le 10 août 1792. Exigeant la déchéance du roi, il pénètre aux Tuileries et, emporté par la fureur, massacre les pauvres Suisses assignés à la garde de la famille royale. Le soir même, le peuple peut être satisfait : la monarchie n’est plus.
À Paris même, c’est le triomphe du peuple : Santerre, affectant la simplicité cynique d’un général des faubourgs, pour contraster avec le luxe militaire de La Fayette, parcourt Paris monté sur un lourd cheval noir…
Mais loin des regards, les agents de la commune de Paris, pressés de faire disparaître les traces de sang et les corps des victimes, ont envoyé des hommes de peine au Carrousel pour balayer le champ de bataille.
À minuit, ils dressent d’immenses bûchers où ils jettent les centaines de cadavres qui jonchent le Carrousel, les cours, le vestibule, les appartements. Rangés en silence autour des feux, ces sinistres « balayeurs de sang » attisent le bûcher en y jetant d’autres corps. À l’aube, Suisses et Marseillais, royalistes et républicains, nobles et peuple : tout est consumé…

La bataille de la Montagne Blanche

À la mort de Matthias II, en 1619, l’Empire austro-hongrois est déchiré par la question religieuse.
L’archiduc Ferdinand de Habsbourg, son neveu, lui succède. Il se montre immédiatement très ferme en matière religieuse. Catholique intransigeant, il déclare qu’il préfère « régner sur un pays désert plutôt que sur des sujets hérétiques ». Selon lui, l’unité de la monarchie passe, tout d’abord, par le renforcement de la religion catholique sur tout le territoire autrichien. Ainsi admet-il le partage du pouvoir avec les Diètes locales, mais à la seule condition que leurs membres soient catholiques.
Devant une telle attitude, les passions religieuses s’exaspèrent et bientôt la faction protestante de la Diète de Bohême prend l’initiative d’un conflit ouvert. La guerre, qui couvait depuis la « défenestration de Prague », est alors déclenchée. Les hostilités vont durer trente ans entre les princes protestants et l’autorité impériale catholique.
Les États allemands commencent par destituer Ferdinand et choisissent un empereur protestant en la personne de l’électeur palatin Frédéric V. Celui-ci s’allie avec les États de Haute-Autriche et de Hongrie ainsi qu’avec le prince calviniste de Transylvanie, Gabriel Bethlen. Mais, le 8 novembre 1620, cette armée protestante est battue à la montagne Blanche par les impériaux. Frédéric V, appelé le « roi d’un hiver », se réfugie dans les Provinces-Unies.

Sobieski, le sauveur de l’Autriche

Jean III Sobieski, roi de Pologne (dessin original).
Jean III Sobieski, roi de Pologne (dessin original).

En cette fin de XVIIe siècle, toutes les nations européennes sont affaiblies par les multiples guerres qu’elles se livrent depuis le début du siècle. L’Autriche des Habsbourg ne fait pas exception, aussi, lorsque les Ottomans décident de s’attaquer à elle, elle ne peut résister. La victoire autrichienne de 1664 n’est réellement qu’un répit et, en 1683, les terribles troupes ottomanes assiègent Vienne. L’Europe, affolée, réalise enfin le danger qui la menace, mais personne, semble-t-il, n’est capable de repousser cet ennemi déterminé… Personne sauf peut-être le nouveau roi de Pologne, Jean III Sobieski, qui, avec sa tête de pirate et ses costumes orientaux, a tout l’air d’un barbare. Mais ce barbare n’a-t-il pas déjà battu les Ottomans à Khotin, en 1673 ? L’Autriche, une fois de plus, décide d’appeler Sobieski à l’aide et, une fois de plus, le brave Polonais accepte : le 12 septembre 1783, à la tête de ses soixante-cinq mille Allemands et Polonais, Jean Sobieski écrase quelques deux cent mille Ottomans à Kahlenberg. Non seulement Vienne est sauvée mais cette victoire met un brusque coup d’arrêt à l’avancée ottomane qui, dès lors, ne cesse de reculer…

La réforme de Port-Royal

Mère Angélique Arnauld, abbesse de Port-Royal (1591-1661).
Mère Angélique Arnauld, abbesse de Port-Royal (1591-1661).

Le 25 septembre 1608, Port-Royal des Champs ferme ses portes, adieu la vie mondaine, place à l’austérité !
À l’origine de cette décision, une abbesse de dix-sept ans, Angélique Arnauld, reconnue pour ses mœurs sévères et qui a entrepris de réformer la vie de Port-Royal.
Ladite journée du 25 septembre, célèbre dans les annales sous le nom de Journée du Guichet, est le premier pas de ce couvent vers un christianisme sobre et austère qui le conduira, vingt ans plus tard, à être un foyer important du jansénisme.
La doctrine janséniste, qui réfute le libre arbitre et admet la théorie de la prédestination, est condamnée en 1641 par Urbain VIII. Pourtant Port-Royal s’entête dans la voie du jansénisme et prend rapidement la tête du parti dévôt qui, mêlant religion et politique, s’oppose à Louis XIV.
Le couvent, qui tente ainsi de défier le pouvoir royal, est finalement détruit par ordre du roi en 1711.

« Opération coup de poing » en Valteline

Allégorie illustrant la soumission des Grisons.

À priori, rien ne paraît plus étranger à la France que la Valteline, vallée reculée des Alpes.
Les habitants de la Valteline, Italiens de langue et catholiques, vivaient sous la domination des Grisons, protestants de langue allemande, jusqu’à ce que les Valtelins se révoltent, en août 1620. Ils massacrent tous les Grisons qu’ils rencontrent et appellent à la rescousse les Espagnols, qui s’installent dans la vallée. Plus tard, bien que ces derniers, sur demande de la France, aient remis au pape les quatre forteresses qu’ils détenaient dans la vallée, il semble évident que le passage de la Valteline leur est assuré. Le petit pays devient alors une route fort fréquentée par les armées autrichiennes et espagnoles ; un lien qui unit les deux monarchies des Habsbourgs. Ce lien, Richelieu entend bien le couper.
À peine arrivé au pouvoir, le cardinal envoie le marquis de Cœuvres avec mission de rendre la Valteline aux Grisons et une lettre à Rome exprimant les raisons de cette intervention :
Le roi ne veut plus être amusé : il a changé de ministère et le ministère de maxime. On enverra une armée dans la Valteline qui rendra le pape moins incertain et les Espagnols… plus traitables.
Cœuvres accomplit admirablement sa mission et la cour madrilène subit cet affront en silence.

Villegaignon au Brésil

Nicolas Durand de Villegaignon (1510-1571) atteint la baie de Rio de Janeiro le 10 novembre 1555, avec ses trois vaisseaux : l’expédition a pour but de chasser les Portugais du Brésil et de faire de ce pays la «France antarctique». Les pionniers français sont, en majorité, des « têtes brûlées » recrutées dans les prisons de Rouen ou de Paris et Villegaignon a toutes les peines du monde à se faire obéir. Abandonné par ses hommes, le chef de l’expédition se réfugie à Fort-Coligny puis à Henryville.
En réponse à ses appels au secours, l’amiral de Coligny envoie quelques protestants, espérant ainsi fonder une communauté réformée. Mais l’arrivée du contingent huguenot, en 1557, va compliquer encore plus la position de Villegaignon qui échoue à diriger la colonie.
De retour en France, il est attaqué aussi bien par les catholiques que par les protestants. À sa mort, en 1571, le Brésil est entièrement sous le contrôle des Portugais depuis 1560.

Le Cardinal fait justice

François-Auguste de Thou (1607-1642).
François-Auguste de Thou (1607-1642).

Le règne de Louis XIII, et donc celui de Richelieu, fut marqué par des complots incessants de la noblesse de cour, visant à se défaire du cardinal, avec, pour éternel second rôle, Gaston d’Orléans, frère du roi. Le dernier complot est celui du marquis de Cinq-Mars, favori du roi Louis XIII, qui se laissera entraîner, avec son camarade de Thou, dans l’ultime rébellion du duc d’Orléans. Mais le 11 juin 1642, le complot est démasqué, les coupables arrêtés. Richelieu lui-même les conduit à Lyon pour qu’ils soient jugés et le 12 septembre 1642, Cinq-Mars et de Thou comparaissent devant la commission chargée de les juger. Il suffira d’une heure aux juges pour décider de la sentence. Tête nue et à genoux, ils entendent l’arrêt : convaincus du crime de lèse-majesté, ils sont condamnés à avoir la tête tranchée.
Vers cinq heures du soir, on vient les chercher en carrosse pour les conduire à la place des Terreaux, lieu désigné pour l’exécution. Tous deux marchent bravement à l’échafaud. Ils discutent même pour savoir qui va mourir en premier : Cinq-Mars prétend que c’est à lui, parce qu’il est plus coupable, de Thou parce qu’il est le plus vieux. Un père jésuite tranche alors la question en disant à de Thou :
-Il est vrai, monsieur, vous êtes le plus vieux, vous devez être aussi le plus généreux…

La bataille d’Agosta

L'amiral Michel de Ruyter (1607-1676).
L’amiral Michel de Ruyter (1607-1676).

La révolte de Messine contre les autorités espagnoles, en 1676, est le prétexte tout trouvé pour Louis XIV de s’opposer encore à l’Espagne. C’est également l’occasion pour Duquesne d’affronter, une fois de plus, l’amiral hollandais Ruyter, venu soutenir les Espagnols. Après quelques combats, les navires ennemis s’opposent, de nouveau, à Agosta, le 22 avril 1676.
Le choc est terrible. Les deux chefs se retrouvent face à face. « Bientôt on vit quelque chose d’extraordinaire se passer sur La Concorde. Son feu chancela, elle vira de bord à la faveur des nuages épais que formaient, de part et d’autres, les canonnades. Ruyter vient de tomber, frappé à mort. ».
La nouvelle sème le désordre dans la flotte hollandaise qui rompt le combat. Duquesne s’incline devant la dépouille de son ennemi vaincu et, sur le passage du vaisseau qui ramène le Hollandais chez lui, Louis XIV ordonne qu’on lui rende les honneurs militaires.

Henri VIII : la voix de l’hérésie

Henri VIII Tudor (1491-1547).
Henri VIII Tudor (1491-1547).

Le 23 mai 1533, l’archevêque fraîchement désigné de Canterbury, Thomas Cranmer, préside le tribunal qui prononce le divorce d’Henri VIII, roi d’Angleterre, avec Catherine d’Aragon. La raison officielle ? La reine, déjà veuve du frère d’Henri, Arthur, était donc, aux yeux de l’Eglise, incestueuse. Mais la raison officieuse était, bien sûr, que Catherine avançait en âge et que sur les six enfants qu’elle avait donnés au roi, seule une fille avait survécu. Le spectre d’un royaume tombant en quenouille se profilait. Accessoirement, Henri avait également une remplaçante toute trouvée pour tenir la place de Catherine d’Aragon, sa maîtresse, Anne Boleyn. Le roi avait certes tenté de passer par la voix officielle mais Rome s’obstinait à lui refuser cette annulation de mariage, malgré l’argument d’inceste. Le jugement de 1533 était donc sensé forcer la main de Clément VII, qui répondra, l’année suivante, par une excommunication. Dès lors, Henri tente le tout pour le tout et publie, en 1534, l’Acte de suprématie qui accorde au roi et à ses successeurs le titre de « chef unique et suprême de l’Eglise d’Angleterre ». C’est l’acte de naissance officiel de l’anglicanisme.
L’affaire paraît assez simple « sur le papier », pourtant, elle est loin d’être entendue. Il y aura d’abord quelques réactions et deux martyrs célèbres, saint Thomas More et John Fischer (tués en 1535) ; le roi lui-même montrera des hésitations, préférant de loin l’option du schisme à la voie de l’hérésie. D’ailleurs, à la fin de sa vie, il reviendra sur toutes les concessions faites aux protestants, rétablissant les sept sacrements, le culte de la Vierge et des saints et le célibat des prêtres (King’s book en 1543). De fait, Henri VIII n’a certainement jamais réellement voulu doter l’Angleterre d’une autre religion que celle de Rome. Et on voit mal comment un simple divorce aurait pu entraîner tout un pays vers une religion différente. C’est pourtant bien ce qui aura lieu et à cela, il y a plusieurs raisons. Tout d’abord, l’opposition à la papauté. Elle n’est guère récente et, comme pratiquement tous les souverains d’Europe au Moyen Âge, les rois d’Angleterre vont tenter de limiter les droits du Saint Siège.

Assassinat de saint Thomas Becket (1118-1170) dans la cathédrale de Canterbury.
Assassinat de saint Thomas Becket (1118-1170) dans la cathédrale de Canterbury.

Henri Ier Beauclerc, fils de Guillaume le Conquérant, avait subi, dans une moindre mesure que l’Empire germanique, la querelle des Investitures –provenant du désir de la papauté de nommer elle-même les évêques, retirant de fait ce pouvoir aux souverains. C’est également par opposition au Saint Siège, sensé empiété sur les coutumes anglaises, qu’Henri II Plantagenêt avait ordonné l’assassinat de saint Thomas Becket, alors évêque de Canterbury. Quand au Grand Schisme d’Occident, qui déchire l’Eglise de 1378 à 1417, il jettera un tel discrédit sur la papauté qu’elle ne s’en relèvera que difficilement. Un discrédit que sauront largement exploiter les précurseurs de Luther, comme John Wycliff. Le soutien que ce dernier avait d’ailleurs reçu en son temps (1379) de la part du peuple va tout simplement trouver un écho lors de la crise henricienne. Et, de fait, cette indépendance de l’Eglise d’Angleterre que Wycliff appelait de ses vœux, est une réalité dès l’avènement d’Henri VII, père de notre souverain. Le haut clergé administre alors directement l’Eglise d’Angleterre sans se soucier de Rome. Le schisme d’Henri VIII avait donc le soutien du peuple et du haut clergé, peu en enclin à abandonner ses prérogatives ; quant à la noblesse, elle lorgnait avec insistance sur les terres de ce même clergé –terres qu’elle s’appropriera.
On le voit, l’anglicanisme n’est guère différent, à l’origine, du gallicanisme français et seul un enchaînement de circonstances va conduire Henri VIII et l’Angleterre sur la voix de l’hérésie.

Les pèlerins du Mayflower

Partis le 16 décembre 1620 du port de Southampton, il suffit de quelques mois aux «pères pèlerins» embarqués à bord du Mayflower pour atteindre la baie de Cap Cod, le 21 décembre de la même année. Calvinistes anglais aux mœurs puritaines, ils ont quitté un pays qu’ils jugeaient peu orthodoxe, avec la ferme volonté de créer une communauté totalement fidèle aux enseignements de la Bible.
Cent quarante-neuf hommes, femmes et enfants constituent cette première colonie installée à Plymouth et dirigée par un gouverneur, William Bradford. Ils obéissent à un acte signé sur le Mayflower, qui établit une première forme de gouvernement.
Les pèlerins du Mayflower sont restés dans l’histoire comme les plus célèbres parmi les colons américains.