Proclamation de l’édit de Nantes

Cinq ans après sa conversion au catholicisme, le « bon roi » Henri IV, soucieux de mettre fin à l’agitation persistante des huguenots, signe l’édit de Nantes, le 13 avril 1598, l’un des actes majeurs d’un règne fertile en bienfaits pour le royaume. Par cet édit, le roi accorde aux protestants des concessions considérables. Au point de vue religieux, liberté de conscience dans tout le royaume et liberté du culte là où les protestants sont majoritaires, restitution des anciens temples et autorisation d’en bâtir de nouveaux.
Sur le plan politique, amnistie générale et égalité civile avec les catholiques et accès à tous les emplois dans l’ensemble du royaume. Enfin, les protestants se voient accorder des garanties territoriales dans une centaine de villes dont La Rochelle, Saumur, Montauban et Montpellier. Pendant près d’un siècle, l’édit de Nantes permettra à la France de connaître la paix religieuse. Sa révocation, en 1685, par Louis XIV, constitue l’un des plus grands désastres de l’histoire du royaume. Plus de 200 000 protestants, parmi lesquels des officiers, des industriels, des commerçants, des artisans, des agriculteurs, quittent le pays et émigrent notamment en Hollande et en Prusse. La révocation de l’édit de Nantes, écrira Michelet qui, pour une fois, ne se trompait pas, a appauvri la France et enrichi ses ennemis.

Montcalm : la mort pour rien

Louis-Joseph, marquis de Montclam (1712-1759).
Louis-Joseph, marquis de Montclam (1712-1759).

La rivalité entre la perfide Albion et la France ne se manifestant plus en Europe, elle se reporte en Amérique, pour l’acquisition du Canada.
Dès 1758, Montcalm sait que le sort du Canada est déjà joué : face aux quelques centaines de soldats français, les Anglais ne cessent d’augmenter leurs effectifs. Et, en juin 1759, une imposante flotte anglaise jette l’ancre devant Québec. Enfermés dans la ville, les Français sont totalement isolés. En septembre, les Anglais peuvent enfin débarquer leurs troupes qui, sous les ordres de James Wolfe, se déploient dans les plaines d’Abraham.
Montcalm, alerté, a le panache de ne pas attendre l’ennemi dans Québec et se porte avec les quelques troupes qui lui restent au devant de l’ennemi. Geste héroïque mais vain. Montcalm est mortellement touché, de même que Wolfe, tombés en 1759, et Québec capitule. L’année suivante, c’est le Canada tout entier qui passe aux mains des Anglais.

Pilâtre de Rozier, l’aventurier du ciel

Jean-François Pilâtre de Rozier (1754-1785).
Jean-François Pilâtre de Rozier (1754-1785).

Chimiste et homme de lettres, Jean-François Pilâtre de Rozier est aussi un des premiers aventuriers du ciel.
Après de nombreux exploits à bord d’une montgolfière, Pilâtre de Rozier va construire une « aéro-montgolfière » composée de deux ballons, l’un étant rempli d’hydrogène et l’autre gonflé par la chaleur.
Le 15 juin 1785, en compagnie du physicien Romain, Pilâtre de Rozier tente la traversée de la Manche.
À 7h05, l’engin s’élève mais, à peine a-t-il atteint les cinq cents mètres de hauteur, que le ballon d’hydrogène se dégonfle et retombe sur la mongolfière : la machine entière prend feu et explose, ne laissant aucun survivant.
Seule une épithaphe rappelle cette tragédie :
Ci-gît un jeune téméraire,
Qui, dans son généreux transport,
De l’Olympe étonné franchissant la barrière,
Y trouva le premier et la gloire et la mort.

Le bûcher du Carrousel

Massacre par les révolutionnaires (illustration du XIXe siècle).

Alors que les armées impériales pénètrent en France, le peuple de Paris, encouragé par certains jacobins, est pris d’une véritable folie. Nous sommes alors le 10 août 1792. Exigeant la déchéance du roi, il pénètre aux Tuileries et, emporté par la fureur, massacre les pauvres Suisses assignés à la garde de la famille royale. Le soir même, le peuple peut être satisfait : la monarchie n’est plus.
À Paris même, c’est le triomphe du peuple : Santerre, affectant la simplicité cynique d’un général des faubourgs, pour contraster avec le luxe militaire de La Fayette, parcourt Paris monté sur un lourd cheval noir…
Mais loin des regards, les agents de la commune de Paris, pressés de faire disparaître les traces de sang et les corps des victimes, ont envoyé des hommes de peine au Carrousel pour balayer le champ de bataille.
À minuit, ils dressent d’immenses bûchers où ils jettent les centaines de cadavres qui jonchent le Carrousel, les cours, le vestibule, les appartements. Rangés en silence autour des feux, ces sinistres « balayeurs de sang » attisent le bûcher en y jetant d’autres corps. À l’aube, Suisses et Marseillais, royalistes et républicains, nobles et peuple : tout est consumé…

La bataille de la Montagne Blanche

À la mort de Matthias II, en 1619, l’Empire austro-hongrois est déchiré par la question religieuse.
L’archiduc Ferdinand de Habsbourg, son neveu, lui succède. Il se montre immédiatement très ferme en matière religieuse. Catholique intransigeant, il déclare qu’il préfère « régner sur un pays désert plutôt que sur des sujets hérétiques ». Selon lui, l’unité de la monarchie passe, tout d’abord, par le renforcement de la religion catholique sur tout le territoire autrichien. Ainsi admet-il le partage du pouvoir avec les Diètes locales, mais à la seule condition que leurs membres soient catholiques.
Devant une telle attitude, les passions religieuses s’exaspèrent et bientôt la faction protestante de la Diète de Bohême prend l’initiative d’un conflit ouvert. La guerre, qui couvait depuis la « défenestration de Prague », est alors déclenchée. Les hostilités vont durer trente ans entre les princes protestants et l’autorité impériale catholique.
Les États allemands commencent par destituer Ferdinand et choisissent un empereur protestant en la personne de l’électeur palatin Frédéric V. Celui-ci s’allie avec les États de Haute-Autriche et de Hongrie ainsi qu’avec le prince calviniste de Transylvanie, Gabriel Bethlen. Mais, le 8 novembre 1620, cette armée protestante est battue à la montagne Blanche par les impériaux. Frédéric V, appelé le « roi d’un hiver », se réfugie dans les Provinces-Unies.

Sobieski, le sauveur de l’Autriche

Jean III Sobieski, roi de Pologne (dessin original).
Jean III Sobieski, roi de Pologne (dessin original).

En cette fin de XVIIe siècle, toutes les nations européennes sont affaiblies par les multiples guerres qu’elles se livrent depuis le début du siècle. L’Autriche des Habsbourg ne fait pas exception, aussi, lorsque les Ottomans décident de s’attaquer à elle, elle ne peut résister. La victoire autrichienne de 1664 n’est réellement qu’un répit et, en 1683, les terribles troupes ottomanes assiègent Vienne. L’Europe, affolée, réalise enfin le danger qui la menace, mais personne, semble-t-il, n’est capable de repousser cet ennemi déterminé… Personne sauf peut-être le nouveau roi de Pologne, Jean III Sobieski, qui, avec sa tête de pirate et ses costumes orientaux, a tout l’air d’un barbare. Mais ce barbare n’a-t-il pas déjà battu les Ottomans à Khotin, en 1673 ? L’Autriche, une fois de plus, décide d’appeler Sobieski à l’aide et, une fois de plus, le brave Polonais accepte : le 12 septembre 1783, à la tête de ses soixante-cinq mille Allemands et Polonais, Jean Sobieski écrase quelques deux cent mille Ottomans à Kahlenberg. Non seulement Vienne est sauvée mais cette victoire met un brusque coup d’arrêt à l’avancée ottomane qui, dès lors, ne cesse de reculer…

La réforme de Port-Royal

Mère Angélique Arnauld, abbesse de Port-Royal (1591-1661).
Mère Angélique Arnauld, abbesse de Port-Royal (1591-1661).

Le 25 septembre 1608, Port-Royal des Champs ferme ses portes, adieu la vie mondaine, place à l’austérité !
À l’origine de cette décision, une abbesse de dix-sept ans, Angélique Arnauld, reconnue pour ses mœurs sévères et qui a entrepris de réformer la vie de Port-Royal.
Ladite journée du 25 septembre, célèbre dans les annales sous le nom de Journée du Guichet, est le premier pas de ce couvent vers un christianisme sobre et austère qui le conduira, vingt ans plus tard, à être un foyer important du jansénisme.
La doctrine janséniste, qui réfute le libre arbitre et admet la théorie de la prédestination, est condamnée en 1641 par Urbain VIII. Pourtant Port-Royal s’entête dans la voie du jansénisme et prend rapidement la tête du parti dévôt qui, mêlant religion et politique, s’oppose à Louis XIV.
Le couvent, qui tente ainsi de défier le pouvoir royal, est finalement détruit par ordre du roi en 1711.

« Opération coup de poing » en Valteline

Allégorie illustrant la soumission des Grisons.

À priori, rien ne paraît plus étranger à la France que la Valteline, vallée reculée des Alpes.
Les habitants de la Valteline, Italiens de langue et catholiques, vivaient sous la domination des Grisons, protestants de langue allemande, jusqu’à ce que les Valtelins se révoltent, en août 1620. Ils massacrent tous les Grisons qu’ils rencontrent et appellent à la rescousse les Espagnols, qui s’installent dans la vallée. Plus tard, bien que ces derniers, sur demande de la France, aient remis au pape les quatre forteresses qu’ils détenaient dans la vallée, il semble évident que le passage de la Valteline leur est assuré. Le petit pays devient alors une route fort fréquentée par les armées autrichiennes et espagnoles ; un lien qui unit les deux monarchies des Habsbourgs. Ce lien, Richelieu entend bien le couper.
À peine arrivé au pouvoir, le cardinal envoie le marquis de Cœuvres avec mission de rendre la Valteline aux Grisons et une lettre à Rome exprimant les raisons de cette intervention :
Le roi ne veut plus être amusé : il a changé de ministère et le ministère de maxime. On enverra une armée dans la Valteline qui rendra le pape moins incertain et les Espagnols… plus traitables.
Cœuvres accomplit admirablement sa mission et la cour madrilène subit cet affront en silence.

Villegaignon au Brésil

Nicolas Durand de Villegaignon (1510-1571) atteint la baie de Rio de Janeiro le 10 novembre 1555, avec ses trois vaisseaux : l’expédition a pour but de chasser les Portugais du Brésil et de faire de ce pays la «France antarctique». Les pionniers français sont, en majorité, des « têtes brûlées » recrutées dans les prisons de Rouen ou de Paris et Villegaignon a toutes les peines du monde à se faire obéir. Abandonné par ses hommes, le chef de l’expédition se réfugie à Fort-Coligny puis à Henryville.
En réponse à ses appels au secours, l’amiral de Coligny envoie quelques protestants, espérant ainsi fonder une communauté réformée. Mais l’arrivée du contingent huguenot, en 1557, va compliquer encore plus la position de Villegaignon qui échoue à diriger la colonie.
De retour en France, il est attaqué aussi bien par les catholiques que par les protestants. À sa mort, en 1571, le Brésil est entièrement sous le contrôle des Portugais depuis 1560.

Le Cardinal fait justice

François-Auguste de Thou (1607-1642).
François-Auguste de Thou (1607-1642).

Le règne de Louis XIII, et donc celui de Richelieu, fut marqué par des complots incessants de la noblesse de cour, visant à se défaire du cardinal, avec, pour éternel second rôle, Gaston d’Orléans, frère du roi. Le dernier complot est celui du marquis de Cinq-Mars, favori du roi Louis XIII, qui se laissera entraîner, avec son camarade de Thou, dans l’ultime rébellion du duc d’Orléans. Mais le 11 juin 1642, le complot est démasqué, les coupables arrêtés. Richelieu lui-même les conduit à Lyon pour qu’ils soient jugés et le 12 septembre 1642, Cinq-Mars et de Thou comparaissent devant la commission chargée de les juger. Il suffira d’une heure aux juges pour décider de la sentence. Tête nue et à genoux, ils entendent l’arrêt : convaincus du crime de lèse-majesté, ils sont condamnés à avoir la tête tranchée.
Vers cinq heures du soir, on vient les chercher en carrosse pour les conduire à la place des Terreaux, lieu désigné pour l’exécution. Tous deux marchent bravement à l’échafaud. Ils discutent même pour savoir qui va mourir en premier : Cinq-Mars prétend que c’est à lui, parce qu’il est plus coupable, de Thou parce qu’il est le plus vieux. Un père jésuite tranche alors la question en disant à de Thou :
-Il est vrai, monsieur, vous êtes le plus vieux, vous devez être aussi le plus généreux…