La défenestration de Prague

La « lettre de majesté », promulguée en 1609 par l’empereur Rodolphe de Habsbourg, assurait la liberté du culte aux protestants de Bohême mais quand, en 1611, son frère, Matthias, lui succède, les libertés religieuses sont de plus en plus restreintes jusqu’à être totalement supprimées en 1618.
Immédiatement, la Diète de Bohême dépose Matthias et choisit pour roi un prince protestant. La guerre entre les princes allemands et le très catholique Ferdinand II, qui vient de ceindre la couronne impériale, paraît inéluctable. Le 23 mai 1618, les protestants, en défenestrant trois envoyés impériaux, mettent le feu aux poudres : la guerre de Trente Ans, qui deviendra ensuite un conflit européen, vient de commencer.

François Ier champion de la foi

François Ier (1494-1547) d'après le médaillon sculpté de Sansac.
François Ier (1494-1547) d’après le médaillon sculpté de Sansac.

Aux premiers jours de la Réforme, François Ier semblait favorable à la nouvelle religion. Mais tout allait changer avec la fameuse affaire des Placards…
Au mois d’octobre 1534, apparut, à Paris et dans plusieurs grandes villes de province, un petit manifeste qui attaquait la messe avec virulence. C’était bien la première fois que les protestants se permettaient une telle violence écrite et, dans les milieux catholiques, l’émoi était à son comble. Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Un soir, de retour de Blois, François Ier trouva un de ces fameux « placards » cloué sur la porte de sa chambre, au Louvre… La colère du souverain éclata bruyamment : il ordonna un redoublement de rigueurs et l’organisation de cérémonies au cours desquels il prétendait donner clairement des preuves de sa dévotion. C’est ainsi que, le 21 janvier 1535, il assista à une procession générale, tenant à la main un cierge allumé et marchant humblement, la tête nue, suivie de ses trois fils… François Ier affichait ouvertement qu’il s’instituait désormais comme le champion de la foi catholique…

L’attentat de Damiens

L'attentat de Damiens, d'après une gravure du XIXe siècle.
L’attentat de Damiens, d’après une gravure du XIXe siècle.

La nuit tombe à peine lorsque, en ce 5 janvier 1757, Louis XV s’apprête à rejoindre Trianon. Soudain, surgi de l’ombre, un homme s’élance sur le roi et le frappe d’un coup de poignard. L’agresseur est rapidement maîtrisé par les gardes royaux et Louis XV (1715-1774), blessé au flanc, regagne ses appartements, persuadé que ses instants sont comptés. La cour est en émoi. L’assassin a-t-il agi de son propre chef ? Ce Damiens, garçon de salle chez les Jésuites, était-il poussé par des motifs politiques ? On accuse les magistrats, en conflit avec le roi sur la question de l’impôt, les jansénistes ou les Anglais, avant de se rendre à l’évidence : Damiens n’est qu’un fou, un illuminé.
Mais l’attentat a des conséquences politiques importantes : le roi, croyant son existence menacée, a laissé le gouvernement du pays au Dauphin et a congédié Madame de Pompadour, pour la plus grande satisfaction de ses ennemis, les ministres d’Argenson et Machaut d’Arnouville. Le roi, rétabli, rappelle la favorite puis congédie les deux ministres à l’origine de réformes très impopulaires.
Louis XV s’est fort adroitement servi de cet attentat pour calmer les esprits. Quant à Damiens, il subit, e 28 mars 1757, le supplice des régicides : il est écartelé en place de Grève.

La fin du joug ottoman

Depuis 1396, l’avancée ottomane constitue la principale menace sur la Hongrie et, malgré les efforts d’un Jean Hunyade ou d’un Matthias Corvin, elle est, plus que jamais, d’actualité au XVIIe siècle.
Un siècle avant, le sultan Soliman le Magnifique avait reçu l’hommage du souverain de Hongrie, Jean Zapolya, et occupé Buda ainsi que la plaine centrale hongroise, les Habsbourg s’assurant la partie occidentale du pays.
Décidés à envahir toute l’Europe centrale, les Ottomans reprennent les combats en 1660 puis, en 1683, mettent même le siège devant Vienne !
Mais, le 11 novembre, dans un ultime sursaut des Impériaux, ils sont alors repoussés. Poursuivis par les soldats des Habsbourg, les Ottomans amorcent un lent recul qui les conduit à quitter définitivement la Hongrie en 1688.

Contre les soldats de Jésus

L'expulsion des Jésuites.
L’expulsion des Jésuites.

Fondée en 1540 par saint Ignace de Loyola, la Compagnie de Jésus avait deux particularités : c’était un ordre missionnaire, et qui le prouva tout au long du XVIe siècle, et sa hiérarchie obéissait directement au pape. C’est d’ailleurs l’ultramontanisme de l’ordre des jésuites -c’est-à-dire un soutien indéfectible au pape- qui va lui attirer, au XVIIIe siècle, l’animosité de la majorité des gouvernements, généralement des monarchies absolues qui voyaient dans l’ordre la représentation d’une puissance étrangère, celle du pape.
Les attaques se firent très virulentes notamment en France, terre bénie du gallicanisme, où l’ordre est expulsé en 1764, puis en Espagne, à Naples, en Toscane. Seuls Frédéric II de Prusse et Catherine II de Russie, deux souverains non-catholiques, protégèrent l’ordre. Finalement, cédant à la pression des monarques européens, le pape Clément XIV décide la suppression de l’ordre des jésuites, le 21 juillet 1773. Il ne sera rétabli qu’en 1814.

L’Affaire des Poisons

Françoise Ahénaïse de Rochechouart, marquise de Montespan (1640-1707).
Françoise Ahénaïse de Rochechouart, marquise de Montespan (1640-1707).

Belle, spirituelle, maniant la conversation et le bon mot avec un art consommé : Françoise Athénaïse de Rochechouart de Mortemart, marquise de Montespan, avait tout pour plaire au roi Louis XIV. Qu’est-ce qui a donc bien pû la pousser à utiliser les services, plus que douteux, de Catherine Deshayes ?
C’est suite au procès de la marquise de Brinvilliers, condamnée pour empoisonnement, que la police du roi, en la personne de La Reynie, découvre que la sorcellerie, l’usage des poisons, la célébration de messes noires est devenue monnaie courante dans la capitale et dans ses environs. Les adeptes de ces pratiques morbides ? Des gens du peuple, des bourgeois… et même des membres de la haute noblesse. L’affaire prend une telle ampleur que le roi décide la constitution d’une Chambre ardente, dite pour le coup Cour des Poisons, afin de faire la lumière sur cette sombre affaire. Au cours des deux cents audiences, des huit cents interrogatoires, la Chambre va mettre au jour un vaste trafic de philtres, drogues et poisons en tout genres. Trente-six condamnations à mort, quatre condamnations aux galères et une trentaine de peines diverses seront prononcées à l’issue de l’instruction. Quant à la principale accusée, Catherine Deshayes, épouse Monvoisin, dite La Voisin, elle sera brûlée en place de Grève en février 1680.
L’affaire sera alors close, la procédure publique arrêtée, mais l’enquête se poursuivra… jusqu’à ce que Louis XIV décide, subitement, de la remiser aux oubliettes. Que le roi ait été effrayé par les découvertes de sa police laisse présager la pire. Certes, les interrogatoires de la Chambre ardente avaient déjà mis en cause des personnalités de la cour, comme Racine, la vicomtesse de Grammont, la duchesse de Bouillon, la comtesse de Soissons –toutes deux nièces de Mazarin. Le nom même de la marquise de Montespan avait déjà été cité, mais les accusations n’avaient jamais été aussi précises. Bonne aventure, messes noires, histoire de se donner un petit coup de frisson façon décadence : passe encore. Mais cette fois, c’est de tentative de meurtre et de l’usage de philtres dont on accuse la favorite. Et si la tentative d’empoissonnement sur Mademoiselle de Fontanges ne tient guère, force est de constater que le roi lui-même a sans doute cru que sa favorite avait usé de drogues sur sa personne, des philtres sensés lui accorder, encore, l’amour du roi. Mais la marquise était alors bien plus que la favorite en titre, elle était surtout la mère de ses enfants –illégitimes, certes, mais ses enfants ! De fait, le roi, certainement, ne pouvait pas la voir condamner. Arrêtée nette, l’Affaire des Poisons ne donna lieu à aucune autre condamnation, si ce n’est celle du roi lui-même. Reléguée en quelque obscur recoin de Versailles, abandonnée de tous ceux qui l’adulaient et formaient « sa » cour, Madame de Montespan vivra encore dix ans à la cour… sans que jamais le roi lui adresse de nouveau la parole. Une disgrâce royale qui, pour l’ancienne reine de Versailles, tiendra lieu de condamnation à mort !

La « guerre des farines »

Après un automne très pluvieux et un hiver des plus rigoureux, la récolte de 1775 est catastrophique. Le prix du pain augmente considérablement et le peuple se révolte. La rébellion commence à Dijon et atteint bientôt Paris. Turgot réprime l’émeute avec fermeté et ramène le prix du pain à un taux normal. Mais cette victoire n’en est pas une et le problème reste entier : la « guerre des farines » sera l’un des signes précurseurs d’une Révolution qui pointe à l’horizon…

Charles Ier à l’échafaud

Charles Ier d'Angleterre (1600-1649).
Charles Ier d’Angleterre (1600-1649).

Le pire ennemi de Charles Ier d’Angleterre était, sans conteste, le Parlement. Tout au long de son règne, le souverain anglais, partisan de l’absolutisme et du droit divin, eut à lutter pour imposer son gouvernement. Il n’y aura pas moins de six parlements successifs sous son règne et il ne réussit à gouverner seul que durant onze ans.
En 1641, voyant se former une résistance royaliste, Charles Ier tente un ultime coup d’État en arrêtant six chefs de l’opposition : c’est le début de la guerre civile qui opposera les « cavaliers », partisans du roi, aux « têtes rondes », parlementaires, bourgeois et petits propriétaires.
L’apparition de Cromwell dans les rangs des « têtes rondes » leur donne rapidement l’avantage et le roi est obligé de se réfugier en Écosse. Livré aux parlementaires, il est emprisonné puis condamné pour trahison. Le 30 janvier 1649, le roi de Grande-Bretagne et d’Irlande est décapité…

Les possédées de Loudun

Les possédées de Loudun, d'après une iconographie moderne.
Les possédées de Loudun, d’après une iconographie moderne.

Après une épidémie de peste qui décime une partie de la ville de Loudun, en 1632, une autre épreuve accable la population. Dans la nuit du 21 septembre 1632, la supérieure des ursulines de Loudun ainsi que deux autres religieuses voient apparaître leur confesseur, mort de la peste quelques semaines auparavant. Les phénomènes étranges se multiplient et, bientôt, les dix-sept ursulines semblent possédées : elles hurlent, se contorsionnent et se roulent par terre. Les exorcistes sont impuissants face à cette « manifestation satanique ».
Le 11 octobre, l’une des religieuses lance un nom en pleine crise : l’abbé Urbain Grandier, curé de l’église de Loudun. L’accusation fait rapidement le tour de la ville et la population rend tout de suite son jugement : ce prêtre, bel homme, proche, trop proche sans doute de ces paroissiennes, est un sorcier ! C’est certain !
Le 8 décembre 1633, Lambardemont, commissaire de Richelieu, arrive à Loudun avec pour mission d’instruire le procès de Grandier. Ce dernier est arrêté mais nie avec véhémence les accusations de sorcellerie.
Le 8 juillet 1634, le procès débute. Au cours des débats, on constate que Grandier a une cicatrice au pouce, ce qui ne fait que renforcer la mise en accusation. La preuve est faite : l’abbé a signé, de son sang, un pacte avec le diable ! La sentence tombe le 18 août et le jour même, Grandier est brûlé vif sur la place du Marché. Après sa mort, les ursulines continueront pourtant à être sujettes à des crises d’hystérie…

Jeanne Hachette sauve Beauvais

Le 27 juin 1472, l’armée du duc de Bourgogne met le siège devant Beauvais. La guerre fait rage entre le roi de France Louis XI (1423-1483) et le duc de Bourgogne Charles le Téméraire (1433-1477). Après avoir  envahi toute la Picardie et ravagé les villes sur son passage, le Téméraire assiège Beauvais : la ville n’a aucune garnison et ses fortifications laissent à désirer. Jeanne Laisné a alors dix-huit ans. S’armant d’une hachette, elle exhorte les habitants à résister jusqu’à l’arrivée des troupes françaises. Elle prend alors la tête d’une armée de Beauvaisiens qui repoussent avec vaillance la première attaque des Bourguignons ; les femmes, accourues sur les remparts avec les hommes, jettent des pierres, de l’huile et de l’eau bouillantes. Un soldat de l’armée bourguignonne a réussi à planter une enseigne ennemie sur un des remparts. Jeanne la lui arrache des mains et la jette dans le fossé où les soldats du duc ont été repoussés.
Animés par une plus grande volonté de résister, les habitants de Beauvais tiennent tête à l’armée ducale qui a enfoncé la porte de Bresles. Un feu, placé devant cette même porte, est alimenté toute la journée, bloquant l’entrée de la ville.
Le 10 juillet, Charles le Téméraire tente un assaut général. Il est repoussé. Les habitants de la ville et les troupes du roi de France, arrivées entre temps, opèrent une sortie et réussissent à enlever quelques pièces d’artillerie ennemies. Ne pouvant faire tomber la ville, le duc de Bourgogne est contraint de se retirer…
En mémoire de tant d’héroïsme, Louis XI ordonne qu’une procession ait lieu chaque année dans la ville. À cette occasion, les femmes auraient le pas sur les hommes.