Le crime de lèse-nation de Favras

La naïveté est sans aucun doute ce qui caractérise le plus Thomas de Mahy, marquis de Favras, condamné pour crime de lèse-nation.
Premier lieutenant des Suisses du comte de Provence, Favras, après l’arrivée de la famille royale aux Tuileries, décide d’organiser leur évasion. Il s’en ouvre au comte de Provence, qui reste réservé, et à un ancien officier, Turcari, récemment engagé… par le Comité de recherches révolutionnaire !
Favras ne tarde pas à s’épancher sur l’épaule d’un nouvel « ami », Joffroy, chargé de suivre l’affaire pour le Comité. Et le 24 décembre 1789, ayant toutes les preuves en main et même une éventuelle implication du comte de Provence dans l’affaire, Joffroy décide l’arrestation du marquis.
Favras est emprisonné et condamné pour avoir conspiré contre l’État et… pour crime de lèse-nation ! Il est conduit au gibet à la nuit tombée :  pour la première fois, un noble est pendu par arrêt de justice.

Fronde : l’éternelle révolte des princes

La duchesse de Montpensier, fille de Gaston d'Orléans, canonnant les armées royales (gravure du XIXe siècle).
La duchesse de Montpensier, fille de Gaston d’Orléans, canonnant les armées royales (gravure du XIXe siècle).

On peut à loisir multiplier les explications sur les débuts de la Fronde : la pression fiscale alourdie avec la guerre de Trente Ans pour les bourgeois et les parlementaires, la résistance à l’absolutisme ébauché par Richelieu, il n’en demeure pas moins que cette révolte des princes a comme un air de déjà vu. Tout est à mettre au compte de la minorité de Louis XIV.
N’est-il pas curieux, en effet, de constater que quasiment toutes les minorités ont donné lieu en France à une révolte nobiliaire ? Clovis II, qui monte sur le trône à l’âge de quatre ans, subira la mainmise des maires du Palais et la prise de pouvoir progressive des Pippinides. Lothaire ne devra sa survie politique qu’au soutien de son oncle, l’empereur germanique Othon le Grand et au bon vouloir d’Hugues le Grand, un Robertien, surnommé le " faiseur de rois ". Saint Louis, bien sûr, dont la mère prendra les armes pour résister aux nobles. Charles IX, enfin, qui subira la révolte des grands aux travers des guerres de religion –une excuse comme une autre. Et la liste est loin d’être exhaustive. Pas une dynastie qui n’ait connue les dangers de la minorité.
Au final, d’ailleurs, les Mérovingiens, taxés après le règne de Clovis II d’être des rois fainéants, laisseront la place aux Carolingiens ; eux-mêmes passeront sous la coupe des Robertiens et ne s’en relèveront pas. On ne voit pas bien pourquoi, alors, les Bourbons auraient dû y échapper… Peut-être était-ce, au fond, l’idée sous-jacente des princes révoltés de la Fronde.
Trop longtemps bridés par un cardinal-ministre omnipotent, ils se voyaient désormais assujettis aux décisions de son successeur désigné, Mazarin, qui n’était même pas Français ! Pis même, cette « éminence » n’était pas même prêtre…
Au final, la Fronde n’entraînera pas de changement dynastique comme l’espérait sans doute Gaston d’Orléans, oncle du jeune roi et conspirateur « professionnel », ou comme le désiraient Condé et son frère Gondi, cousins du roi, ou comme le souhaitait peut-être Beaufort, un bâtard d’Henri IV. Non seulement, elle n’allait pas bouleverser la donne, mais au contraire, elle allait conforter Mazarin, et après lui son disciple en absolutisme, Louis XIV dans la nécessité de brider cette noblesse par trop tumultueuse. Occupée par les guerres et les fêtes versaillaises, la noblesse va perdre jusqu’à son âme sous la main de fer du Roi-Soleil, devenant une sorte « d’animal de compagnie », domestiqué, craintif mais toujours teigneux…

Proclamation de l’édit de Nantes

Cinq ans après sa conversion au catholicisme, le « bon roi » Henri IV, soucieux de mettre fin à l’agitation persistante des huguenots, signe l’édit de Nantes, le 13 avril 1598, l’un des actes majeurs d’un règne fertile en bienfaits pour le royaume. Par cet édit, le roi accorde aux protestants des concessions considérables. Au point de vue religieux, liberté de conscience dans tout le royaume et liberté du culte là où les protestants sont majoritaires, restitution des anciens temples et autorisation d’en bâtir de nouveaux.
Sur le plan politique, amnistie générale et égalité civile avec les catholiques et accès à tous les emplois dans l’ensemble du royaume. Enfin, les protestants se voient accorder des garanties territoriales dans une centaine de villes dont La Rochelle, Saumur, Montauban et Montpellier. Pendant près d’un siècle, l’édit de Nantes permettra à la France de connaître la paix religieuse. Sa révocation, en 1685, par Louis XIV, constitue l’un des plus grands désastres de l’histoire du royaume. Plus de 200 000 protestants, parmi lesquels des officiers, des industriels, des commerçants, des artisans, des agriculteurs, quittent le pays et émigrent notamment en Hollande et en Prusse. La révocation de l’édit de Nantes, écrira Michelet qui, pour une fois, ne se trompait pas, a appauvri la France et enrichi ses ennemis.

Montcalm : la mort pour rien

Louis-Joseph, marquis de Montclam (1712-1759).
Louis-Joseph, marquis de Montclam (1712-1759).

La rivalité entre la perfide Albion et la France ne se manifestant plus en Europe, elle se reporte en Amérique, pour l’acquisition du Canada.
Dès 1758, Montcalm sait que le sort du Canada est déjà joué : face aux quelques centaines de soldats français, les Anglais ne cessent d’augmenter leurs effectifs. Et, en juin 1759, une imposante flotte anglaise jette l’ancre devant Québec. Enfermés dans la ville, les Français sont totalement isolés. En septembre, les Anglais peuvent enfin débarquer leurs troupes qui, sous les ordres de James Wolfe, se déploient dans les plaines d’Abraham.
Montcalm, alerté, a le panache de ne pas attendre l’ennemi dans Québec et se porte avec les quelques troupes qui lui restent au devant de l’ennemi. Geste héroïque mais vain. Montcalm est mortellement touché, de même que Wolfe, tombés en 1759, et Québec capitule. L’année suivante, c’est le Canada tout entier qui passe aux mains des Anglais.

Pilâtre de Rozier, l’aventurier du ciel

Jean-François Pilâtre de Rozier (1754-1785).
Jean-François Pilâtre de Rozier (1754-1785).

Chimiste et homme de lettres, Jean-François Pilâtre de Rozier est aussi un des premiers aventuriers du ciel.
Après de nombreux exploits à bord d’une montgolfière, Pilâtre de Rozier va construire une « aéro-montgolfière » composée de deux ballons, l’un étant rempli d’hydrogène et l’autre gonflé par la chaleur.
Le 15 juin 1785, en compagnie du physicien Romain, Pilâtre de Rozier tente la traversée de la Manche.
À 7h05, l’engin s’élève mais, à peine a-t-il atteint les cinq cents mètres de hauteur, que le ballon d’hydrogène se dégonfle et retombe sur la mongolfière : la machine entière prend feu et explose, ne laissant aucun survivant.
Seule une épithaphe rappelle cette tragédie :
Ci-gît un jeune téméraire,
Qui, dans son généreux transport,
De l’Olympe étonné franchissant la barrière,
Y trouva le premier et la gloire et la mort.

Le bûcher du Carrousel

Massacre par les révolutionnaires (illustration du XIXe siècle).

Alors que les armées impériales pénètrent en France, le peuple de Paris, encouragé par certains jacobins, est pris d’une véritable folie. Nous sommes alors le 10 août 1792. Exigeant la déchéance du roi, il pénètre aux Tuileries et, emporté par la fureur, massacre les pauvres Suisses assignés à la garde de la famille royale. Le soir même, le peuple peut être satisfait : la monarchie n’est plus.
À Paris même, c’est le triomphe du peuple : Santerre, affectant la simplicité cynique d’un général des faubourgs, pour contraster avec le luxe militaire de La Fayette, parcourt Paris monté sur un lourd cheval noir…
Mais loin des regards, les agents de la commune de Paris, pressés de faire disparaître les traces de sang et les corps des victimes, ont envoyé des hommes de peine au Carrousel pour balayer le champ de bataille.
À minuit, ils dressent d’immenses bûchers où ils jettent les centaines de cadavres qui jonchent le Carrousel, les cours, le vestibule, les appartements. Rangés en silence autour des feux, ces sinistres « balayeurs de sang » attisent le bûcher en y jetant d’autres corps. À l’aube, Suisses et Marseillais, royalistes et républicains, nobles et peuple : tout est consumé…

La bataille de la Montagne Blanche

À la mort de Matthias II, en 1619, l’Empire austro-hongrois est déchiré par la question religieuse.
L’archiduc Ferdinand de Habsbourg, son neveu, lui succède. Il se montre immédiatement très ferme en matière religieuse. Catholique intransigeant, il déclare qu’il préfère « régner sur un pays désert plutôt que sur des sujets hérétiques ». Selon lui, l’unité de la monarchie passe, tout d’abord, par le renforcement de la religion catholique sur tout le territoire autrichien. Ainsi admet-il le partage du pouvoir avec les Diètes locales, mais à la seule condition que leurs membres soient catholiques.
Devant une telle attitude, les passions religieuses s’exaspèrent et bientôt la faction protestante de la Diète de Bohême prend l’initiative d’un conflit ouvert. La guerre, qui couvait depuis la « défenestration de Prague », est alors déclenchée. Les hostilités vont durer trente ans entre les princes protestants et l’autorité impériale catholique.
Les États allemands commencent par destituer Ferdinand et choisissent un empereur protestant en la personne de l’électeur palatin Frédéric V. Celui-ci s’allie avec les États de Haute-Autriche et de Hongrie ainsi qu’avec le prince calviniste de Transylvanie, Gabriel Bethlen. Mais, le 8 novembre 1620, cette armée protestante est battue à la montagne Blanche par les impériaux. Frédéric V, appelé le « roi d’un hiver », se réfugie dans les Provinces-Unies.

Sobieski, le sauveur de l’Autriche

Jean III Sobieski, roi de Pologne (dessin original).
Jean III Sobieski, roi de Pologne (dessin original).

En cette fin de XVIIe siècle, toutes les nations européennes sont affaiblies par les multiples guerres qu’elles se livrent depuis le début du siècle. L’Autriche des Habsbourg ne fait pas exception, aussi, lorsque les Ottomans décident de s’attaquer à elle, elle ne peut résister. La victoire autrichienne de 1664 n’est réellement qu’un répit et, en 1683, les terribles troupes ottomanes assiègent Vienne. L’Europe, affolée, réalise enfin le danger qui la menace, mais personne, semble-t-il, n’est capable de repousser cet ennemi déterminé… Personne sauf peut-être le nouveau roi de Pologne, Jean III Sobieski, qui, avec sa tête de pirate et ses costumes orientaux, a tout l’air d’un barbare. Mais ce barbare n’a-t-il pas déjà battu les Ottomans à Khotin, en 1673 ? L’Autriche, une fois de plus, décide d’appeler Sobieski à l’aide et, une fois de plus, le brave Polonais accepte : le 12 septembre 1783, à la tête de ses soixante-cinq mille Allemands et Polonais, Jean Sobieski écrase quelques deux cent mille Ottomans à Kahlenberg. Non seulement Vienne est sauvée mais cette victoire met un brusque coup d’arrêt à l’avancée ottomane qui, dès lors, ne cesse de reculer…

La réforme de Port-Royal

Mère Angélique Arnauld, abbesse de Port-Royal (1591-1661).
Mère Angélique Arnauld, abbesse de Port-Royal (1591-1661).

Le 25 septembre 1608, Port-Royal des Champs ferme ses portes, adieu la vie mondaine, place à l’austérité !
À l’origine de cette décision, une abbesse de dix-sept ans, Angélique Arnauld, reconnue pour ses mœurs sévères et qui a entrepris de réformer la vie de Port-Royal.
Ladite journée du 25 septembre, célèbre dans les annales sous le nom de Journée du Guichet, est le premier pas de ce couvent vers un christianisme sobre et austère qui le conduira, vingt ans plus tard, à être un foyer important du jansénisme.
La doctrine janséniste, qui réfute le libre arbitre et admet la théorie de la prédestination, est condamnée en 1641 par Urbain VIII. Pourtant Port-Royal s’entête dans la voie du jansénisme et prend rapidement la tête du parti dévôt qui, mêlant religion et politique, s’oppose à Louis XIV.
Le couvent, qui tente ainsi de défier le pouvoir royal, est finalement détruit par ordre du roi en 1711.

« Opération coup de poing » en Valteline

Allégorie illustrant la soumission des Grisons.

À priori, rien ne paraît plus étranger à la France que la Valteline, vallée reculée des Alpes.
Les habitants de la Valteline, Italiens de langue et catholiques, vivaient sous la domination des Grisons, protestants de langue allemande, jusqu’à ce que les Valtelins se révoltent, en août 1620. Ils massacrent tous les Grisons qu’ils rencontrent et appellent à la rescousse les Espagnols, qui s’installent dans la vallée. Plus tard, bien que ces derniers, sur demande de la France, aient remis au pape les quatre forteresses qu’ils détenaient dans la vallée, il semble évident que le passage de la Valteline leur est assuré. Le petit pays devient alors une route fort fréquentée par les armées autrichiennes et espagnoles ; un lien qui unit les deux monarchies des Habsbourgs. Ce lien, Richelieu entend bien le couper.
À peine arrivé au pouvoir, le cardinal envoie le marquis de Cœuvres avec mission de rendre la Valteline aux Grisons et une lettre à Rome exprimant les raisons de cette intervention :
Le roi ne veut plus être amusé : il a changé de ministère et le ministère de maxime. On enverra une armée dans la Valteline qui rendra le pape moins incertain et les Espagnols… plus traitables.
Cœuvres accomplit admirablement sa mission et la cour madrilène subit cet affront en silence.