Charles Ier à l’échafaud

Charles Ier d'Angleterre (1600-1649).
Charles Ier d’Angleterre (1600-1649).

Le pire ennemi de Charles Ier d’Angleterre était, sans conteste, le Parlement. Tout au long de son règne, le souverain anglais, partisan de l’absolutisme et du droit divin, eut à lutter pour imposer son gouvernement. Il n’y aura pas moins de six parlements successifs sous son règne et il ne réussit à gouverner seul que durant onze ans.
En 1641, voyant se former une résistance royaliste, Charles Ier tente un ultime coup d’État en arrêtant six chefs de l’opposition : c’est le début de la guerre civile qui opposera les « cavaliers », partisans du roi, aux « têtes rondes », parlementaires, bourgeois et petits propriétaires.
L’apparition de Cromwell dans les rangs des « têtes rondes » leur donne rapidement l’avantage et le roi est obligé de se réfugier en Écosse. Livré aux parlementaires, il est emprisonné puis condamné pour trahison. Le 30 janvier 1649, le roi de Grande-Bretagne et d’Irlande est décapité…

Le sacrifice de Porçon de la Barbinais

Exécution de Porçon de la Barbinais (gravure du XIXe siècle).
Exécution de Porçon de la Barbinais (gravure du XIXe siècle).

Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, la mer Méditerranée est infestée par les pirates barbaresques qui renouent avec l’antique coutume des razzias. En 1665,  Louis XIV se pose en protecteur des peuples vivant le long des côtes méditerranéennes et envoie le duc de Beaufort, avec une flotte de quinze navires, à la poursuite des pirates. De cette guerre, on a peu parlé et personne ne connaît le nom de ses héros. Pourtant, celui de Porçon de la Barbinais mérite d’être retenu.
Le dey d’Alger avait parmi ses captifs un officier malouin nommé Porçon de la Barbinais qu’il envoya porter à Louis XIV des propositions de paix, lui faisant jurer de revenir s’il échouait. Les têtes de six cents chrétiens répondaient de sa parole. Les propositions étaient inacceptables, Porçon le savait. Il alla à Saint-Malo, mit ses affaires en ordre et revint à Alger où le dey lui fit trancher la tête. Ce héros méconnu venait de sauver six cents personnes…

Les passions de la Grande Mademoiselle

La Grande Mademoiselle tirant les canons de la Bastille (détail d'une gravure du XIXe siècle).
La Grande Mademoiselle tirant les canons de la Bastille (détail d’une gravure du XIXe siècle).

Si son père, Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, se distinguera toute sa vie par un goût inné pour le complot, sa fille, Anne Marie Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier va se révéler, avant tout, comme une âme passionnée. Passionnée au point de se lancer avec fougue dans l’aventure de la Fronde ; passionnée au point de commander les canons de la Bastille pour sauver Condé au cours du combat du Faubourg Saint-Antoine (1652). Un acte de bravoure pour cette princesse de haut rang, mais un acte qui allait, définitivement, la soustraire à son ambition première : à savoir devenir l’épouse de Louis XIV, son cousin.
Sa haute naissance, sa fortune considérable lui avaient permis de prétendre à l’union la plus noble, à une union royale. Mais ses équipées romanesques de la Fronde -elle avait également, en 1652, conduit l’expédition d’Orléans- allaient avoir un prix. Enorme pour elle. Mazarin dira même qu’en tirant sur les troupes royales à Paris, la Grande Mademoiselle avait "tué son mari", sous-entendu, elle avait perdu le roi.
Exilée dans ses terres de Saint-Fargeau, Mademoiselle de Montpensier ne devait reparaître à la cour qu’en 1657. A quarante-deux ans, elle se prit de passion pour le duc de Lauzun, un courtisan, un temps favori du roi et qui avait fait quelques séjours à la Bastille pour avoir, de colère, brisé son épée devant le souverain. Une incartade qui devait coûter cher à la Grande Mademoiselle, laquelle accepta de se défaire de la principauté de Dombes et du comté d’Eu en faveur du bâtard du roi, le duc de Maine. En compensation, Lauzun fut libéré et les noces célébrées… pour le plus grand malheur de la princesse qui se séparera de son époux en 1685. Echaudée par le mariage et par la cour, la petite-fille d’Henri IV passera les dix dernières années de sa vie dans la plus grande dévotion.

Anne, dernière duchesse de Bretagne

Anne, héritière de François II, duc de Bretagne, succède à son père à la tête du duché en 1488… elle a tout juste douze ans. Très vite, la petite duchesse saura rallier tout son peuple autour d’elle pour tenter de préserver l’indépendance du duché. Mais c’est peine perdue et, en 1492, après que la Bretagne ait été soumise, Anne doit finalement se marier avec le jeune roi de France, Charles VIII (1483-1498).
Très rapidement, elle va mettre la cour de France au diapason de celle du duché. Son goût des lettres et du luxe attire nombre d’artistes au Louvre, qui devient un haut lieu de la littérature et du raffinement. Mais, le 7 avril 1498, Charles VIII meurt des suites d’une blessure à la tête. Anne, veuve, regagne son duché de Bretagne qu’elle va enfin pouvoir administrer. Mais l’histoire entre cette Bretonne et la couronne de France ne s’arrête pas là…
De son mariage avec Charles VIII, aucun enfant n’a survécu et le trône échoit au cousin et beau-frère du roi défunt, Louis d’Orléans qui devient Louis XII (1498-1515). Ce dernier, qui tient absolument à garder la Bretagne comme vassale, décide d’en épouser la duchesse. Mais cette fois-ci, Anne pose ses conditions : elle n’épousera le roi que s’il fait annuler son union avec Jeanne de France avant un an, ou la Bretagne recouvrera son indépendance pleine et entière. En cas de mariage, Anne exige aussi que le duché revienne en héritage à sa descendance de quelque sexe qu’elle soit et en cas de rupture dans la lignée, qu’il soit transmis à ses plus proches parents. La duchesse est très claire : jamais la Bretagne ne deviendra une simple possession du roi de France !
Elle épouse le roi en 1499 et lui donne deux filles. C’est elle-même qui dirige son duché, devenu florissant et tente de contrer les projets de Louis XII qui veut marier leur fille Claude, héritière de Bretagne, au futur François Ier… Elle donnerait plutôt la Bretagne aux Habsbourg en mariant sa fille à Charles de Gand, futur Charles-Quint.
La question est en suspens lorsque Anne meurt le 9 janvier 1514. Mais celle qui eut le destin, unique dans notre histoire, d’être deux fois reine de France fut, avant tout, la dernière duchesse de Bretagne.

Jeannin, l’art de la diplomatie

En 1607, Henri IV soutient les Pays-Bas insurgés contre l’Espagne et veut en faire un État indépendant qui serait l’allié naturel de la France. Dans ce but, le souverain français envoie à La Haye Pierre Jeannin (1540-1623), dit le président Jeannin, fils d’un tanneur d’Autun. Cet ancien ligueur, devenu président du parlement de Dijon, est l’un des conseillers les plus écoutés du roi.
Se posant en médiateur incontournable, Jeannin dirige les négociations entre l’Espagne et les États révoltés. Elles aboutissent, le 9 avril 1609, à une trêve de douze années qui marque la naissance des Provinces-Unies. C’est un succès absolu pour la France.
Considéré comme un maître de l’art diplomatique, Pierre Jeannin meurt le 31 octobre 1622, après avoir écrit les Négociations, un traité sur la diplomatie qui fera autorité pendant de nombreuses décennies.

La dynastie perdue des Romanov

Couronnement de Michel Fedorovitch (1596-1645), premier tsar de la dynastie Romanov.
Couronnement de Michel Fedorovitch (1596-1645), premier tsar de la dynastie Romanov.

Romanov. S’il est un nom associé à la Russie, c’est bien celui-ci. Pourtant, la dynastie proprement dite s’est éteinte en 1762 et cette dynastie si russe… ne l’était pas à l’origine.
C’est en effet en Lituanie que l’on retrouve la trace du berceau des Romanov. Andreï Ivanovitch Kobyla ou Kambila, fils d’un quelconque prince lituanien, est le premier ancêtre connu de la famille. C’est lui qui, au XIVe siècle, va trouver refuge en Russie. Le nom de Romanov n’existe pas encore : il apparaît avec Nikita Romanovitch, fils de Roman Iourévitch (mort en 1543). Romanovitch va devenir Romanov, tout simplement. Mais Nikita n’est pas un inconnu : sa sœur, Anastasia, avait épousé le tristement célèbre Ivan le Terrible et, après la mort du tsar, c’est à Nikita que sera confié l’éducation et la tutelle du nouveau tsar, Fédor Ier et de son frère, Dimitri. En 1598, la mort de Fédor puis de Dimitri, ultime représentant de la dynastie de Riourik, laisse un trône vacant. Pas pour longtemps cependant : Boris Godounov, chambellan d’Ivan IV et tuteur avec Nikita Romanov des fils du tsar, prend le pouvoir. Nikita était déjà mort, mais les espérances des Russes pouvaient se tourner vers son fils un brillant militaire doublé d’un habile diplomate : Fédor Nikititch Romanov. Il sera bien vite relégué dans un monastère et contraint à prendre l’habit sur ordre de Godounov.
Nicolas II (1868-1918), dernier tsar de Russie.
Nicolas II (1868-1918), dernier tsar de Russie.

L’histoire, on sen doute, ne s’arrête pas là. Car la rébellion gronde sous les fenêtres du palais de Godounov. Les Romanov sont d’ailleurs à la tête de la contestation, mais aussi des faux Dimitri, prétendants au trône. C’est le premier d’entre eux qui sortira Fédor Romanov, Philatère de son nom religieux, de son monastère. Mais la vie du premier à porter le nom de Romanov était décidément vouée à la prison : devenu métropolite de Rostov et, surtout, parce qu’il avait certains talents en diplomatie, Philatère sera mandaté par les boyards moscovites auprès de Sigismond, roi de Pologne… qui le gardera sept ans en prison ! Une captivité durant laquelle Philatère apprendra l’élévation de son fils, Michel, au rang de tsar de toutes les Russies. Las de ces temps de troubles, l’assemblée russe, le zemski sobor, avait en effet désigné Michel Romanov parce que, selon les termes de l’assemblée, il était « authentiquement russe ».
On l’a dit, la dynastie des Romanov directe s’éteindra en 1762, après la mort d’Elisabeth la Clémente, disparue sans descendance. Pierre III, petit-fils par sa m ère de Pierre le Grand et donc descendants des Romanov, lui succédera, créant ainsi une nouvelle dynastie, celle des Holstein-Gottorp-Romanov. Une dynastie qui sera définitivement perdue en 1917, avec l’arrivée des bolchévik.

La « religion des amis »

William ou Guillaume Penn (1644-1718).
William ou Guillaume Penn (1644-1718).

Né à Londres en 1644, Guillaume Penn devient, à l’âge de vingt-deux ans, un fervent adepte de la religion des amis, le quakerisme. Après quelques séjours à la Tour de Londres, Penn décide de quitter l’Angleterre. Il parcourt l’Allemagne et la Hollande en prêchant. En 1681, il revient à Londres et obtient, contre une créance de seize mille livres, une concession pour un territoire du Nouveau Monde. Sous son égide, cette terre, située à l’ouest de la Delaware, devient une colonie qui prend le nom de Pennsylvania.
Le 25 avril 1682, Guillaume Penn donne aux colons une constitution en vingt-quatre articles qui font de la Pennsylvanie l’un des premiers États démocratiques. Terre d’asile, ce pays devient le refuge des persécutés.
En 1684, Penn décide de rentrer à Londres. Ami du roi Jacques II Stuart, il tente alors d’inspirer au souverain une politique de tolérance religieuse : en 1687, il obtient la Déclaration d’indulgence. À la chute des Stuart, un an plus tard, Penn est à nouveau persécuté et privé du gouvernement de sa colonie de 1692 à 1694. Resté en Angleterre, Guillaume Penn meurt près de Londres le 30 juillet 1718. Mais son œuvre lui survit : la constitution donnée à la Pennsylvanie inspirera largement la future constitution des États-Unis.

Les lettres de cachet : le mythe et la réalité

Arrivée d'un prisonnier à la Bastille (détail d'une gravure du XIXe siècle).
Arrivée d’un prisonnier à la Bastille (détail d’une gravure du XIXe siècle).

Les lettres de cachet. Quatre mots qui sonnent comme une condamnation. Pourtant, à l’origine, les lettres de cachet n’étaient que des lettres… marquées du cachet du roi ; un cachet qui leur donnait tout pouvoir.
De fait, la sinistre réputation de ces lettres date du XVIIe siècle, notamment du règne de Louis XIV et de ses successeurs qui en usèrent et en abusèrent… pour le plus grand profit de quelques-uns. Non discutées parce que non discutables du fait du sceau du roi, les lettres de cachet allaient être le moyen de signifier à qui voulait bien les lire que la décision émise était irrévocable. Or, ces lettres se présentaient sous forme d’imprimé, dont il suffisait de remplir la date, le nom de la personne accusée et celui de la forteresse où il convenait de l’envoyer. On imagine sans peine les abus qui devaient -et qui allaient- en découler. Quelques hauts personnages de l’Etat, turbulents, devaient en pâtir. Mais pour beaucoup de nobles, c’était également un moyen de "mettre du plomb dans la tête" de quelque rejeton insupportable. D’ailleurs, la peine était minime, ne dépassant guère les huit à quinze jours de détention. Certains chefs de famille avaient d’ailleurs leurs lettres de cachet, dites de cachet privé, qui leur permettaient d’agir sans scandale et en assurant l’entretien de celui ou de celle qu’ils faisaient incarcérer. Mirabeau, grand séducteur, s’y soumettra… ainsi que quelques autres.
Au final, les lettres de cachet apparaissent comme un mal sans gravité et ceux sont les historiens du XIXe siècle et les pamphlétaires de la Révolution qui devaient les mettre au jour et les présenter comme la dernière invention démoniaque de la royauté.

Le théâtre classique est-il misogyne ?

Lorsque l’on parle de théâtre classique, deux noms viennent systématiquement à l’esprit : celui de Pierre Corneille et celui de Jean Racine. Les deux auteurs les plus célèbres du XVIIe siècle vont, au fil de leurs pièces, montrer deux aspects du genre humain. Monsieur Corneille fait la part belle à l’honneur, à la noblesse de cœur, à la raison et on remarque que toutes ses pièces ont pour titre un nom d’homme -Horace, Polyeucte, Britannicus… Racine, par contre, s’est attaché à dépeindre un monde où dominent les passions, comme la vengeance, l’amour, la haine et ses pièces portent des noms de femmes -Phèdre, Andromaque, Athalie…
Le théâtre classique serait-il misogyne ?

Marignan : 1515 !

François Ier (1494-1547) armé chevalier par Bayard après la victoire de Marignan.
François Ier (1494-1547) armé chevalier par Bayard après la victoire de Marignan.

François Ier (1515-1547) a vingt ans quand il accède au trône de France. Comme ses prédécesseurs, il ne rêve que de conquérir l’Italie –il se dit héritier du Milanais par son arrière-grand-mère Valentine Visconti, et dès le début de son règne, il met ses troupes en marche. Face à lui, les Suisses, engagés par le pape Léon X et par le duc de Milan, gardent les passages menant au Piémont. L’armée du roi de France campe entre Milan et Marignan, quand elle voit apparaître les Suisses, en rangs serrés, la hallebarde basse et qui, malgré les percées meurtrières que font les boulets français dans leurs rangs, continuent d’avancer. Infatigables et  enragées, les deux armées se battent encore à la tombée de la nuit.
Le lendemain, 13 septembre 1515, le combat reprend avec encore plus d’acharnement, quand, soudain, les troupes de Venise, venant au secours des Français, surgissent à l’horizon. La bataille est perdue pour les Suisses qui capitulent. Grâce à cette victoire, François Ier s’empare du Milanais, première étape dans la reconquête du royaume de Naples.