Contre les soldats de Jésus

L'expulsion des Jésuites.
L’expulsion des Jésuites.

Fondée en 1540 par saint Ignace de Loyola, la Compagnie de Jésus avait deux particularités : c’était un ordre missionnaire, et qui le prouva tout au long du XVIe siècle, et sa hiérarchie obéissait directement au pape. C’est d’ailleurs l’ultramontanisme de l’ordre des jésuites -c’est-à-dire un soutien indéfectible au pape- qui va lui attirer, au XVIIIe siècle, l’animosité de la majorité des gouvernements, généralement des monarchies absolues qui voyaient dans l’ordre la représentation d’une puissance étrangère, celle du pape.
Les attaques se firent très virulentes notamment en France, terre bénie du gallicanisme, où l’ordre est expulsé en 1764, puis en Espagne, à Naples, en Toscane. Seuls Frédéric II de Prusse et Catherine II de Russie, deux souverains non-catholiques, protégèrent l’ordre. Finalement, cédant à la pression des monarques européens, le pape Clément XIV décide la suppression de l’ordre des jésuites, le 21 juillet 1773. Il ne sera rétabli qu’en 1814.

Les « sauvageons » en prison !

Vue de la Bastille (gravure ancienne).
Vue de la Bastille (gravure ancienne).

Le 26 novembre 1639, une déclaration royale renforçait le « droit de correction » des parents, permettant à ces derniers d’envoyer leurs rejetons rebelles, récalcitrants ou débauchés en prison. Nul besoin, pour ce faire, de jugement : une simple lettre de cachet faisait l’affaire !
Voilà qui paraît bien excessif concernant des enfants… sauf que le terme « d’enfants » avait un tout autre sens au XVIIe siècle. Il désignait simplement toute personne mineure, la majorité n’étant alors acquise qu’à 25 ans ! Voilà de quoi donner une perspective nouvelle à cette ordonnance. Quant à l’inconduite des « enfants », elle concernait essentiellement ceux de la noblesse et de la grande bourgeoisie, de jeunes gens souvent inactif avant leur intégration dans un corps d’armée, avant une succession et qui, de fait, se lançaient volontiers dans des « aventures » peu avantageuses pour leur famille. C’est d’ailleurs ainsi que le célèbre marquis de Mirabeau, joueur invétéré, séducteur impénitent –généralement de femmes mariées- tâtera de la geôle ; pour éviter lui aussi cette infortune que le jeune La Fayette se rendra aux Amériques où il deviendra le héros que l’on sait. Quant à la Bastille, chacun sait que sa population, au jour de la prise de la prison en 1789, était essentiellement composée de jeunes nobliaux enfermés là par leurs parents. Un sort peu enviable, sans doute, mais bien peu traumatisant quand on sait les facilités auxquelles ils avaient droit lors de leur enfermement…

Cagliostro : le roi des escrocs

Portrait de Cagliostro, d'après une gravure du XVIIIe siècle.
Portrait de Cagliostro, d’après une gravure du XVIIIe siècle.

Esotérisme, magie, alchimie : autant de mots qui attirent, qui fascinent et qui ont inspiré un nombre incalculable d’escrocs. Parmi les plus célèbres figure Joseph Balsamo, alias le comte de Cagliostro. Un faux comte mais un véritable génie dans l’art de faire croire n’importe quoi.
Etonnamment, c’est durant le très rationnel XVIIIe siècle, alors que le monde se piquait d’accéder -enfin- aux Lumières après des siècles d’obscurantisme, que Cagliostro va sévir. Et le moins que l’on puisse dire c’est que la base même de son commerce n’avait rien de rationnel. Au contraire. Apparition de défunts, lecture ou prédiction de l’avenir, mais surtout pratique de l’alchimie -soit la transformation d’un métal en un autre- et vente d’un élixir de jouvence : voilà quel était le fond de commerce de Cagliostro. Secondé par sa ravissante épouse, Lorenza Feliciani, entourant sa personne d’une aura mystique propre à séduire ses contemporains, le faux comte de Cagliostro se disait héritier du comte de Saint-Germain, soi-disant immortel, et initié aux secrets et aux mystères de l’Egypte. Ajoutez à cela un style -largement inspiré de l’Evangile- propre à le faire passer pour un prophète errant, comme "Je ne suis d’aucune époque ni d’aucun lieu ; en dehors du temps et de l’espace, mon être spirituel vit son éternelle existence…" : et le tour est joué.
En fait de parcourir le monde, Cagliostro, né Joseph Balsamo, se cantonnera à l’Europe, qu’il parcourra après avoir fuit l’Italie, sa patrie d’origine, où il était recherché pour escroquerie.
Arrivé en France en 1785, il allait bénéficier de l’appui du cardinal de Rohan et de la franc-maçonnerie -dont il se disait un des initiateurs inspirés. Les portes -et les portefeuilles- des plus grands s’ouvrirent devant lui ; les salons les plus en vogue se l’arrachèrent. Jusqu’à cette fatale affaire du collier… Une affaire dans laquelle trempait également Rohan et qui signifiera la chute de Cagliostro.
Incarcéré à la Bastille, il allait être expulsé dès 1786 et, de retour en Italie, à nouveau arrêté et jugé en 1791. Condamné à la peine de mort, il vit celle-ci commuée en détention à perpétuité au château San Leone, où il mourra en 1795.
Cagliostro aura passé comme une comète dans l’histoire de France -il ne reste dans le royaume qu’une petite année. Et sans doute n’est-ce pas son talent d’escroc, pas même la fascination qu’il semble avoir exercé qui lui vaut cette postérité. Gœthe, dans le Grand Cophte, mais aussi Alexandre Dumas, dans Joseph Balsamo, y sont pour beaucoup.

Création de l’administration des Douanes

Jean-Baptiste Colbert (1619-1693).
Jean-Baptiste Colbert (1619-1693).

Le système douanier de l’Ancien Régime était des plus complexes ; il existait alors, entre les différentes régions, d’innombrables droits : péages, droits de haut passage, d’entrée… Pour Colbert, toutes ces barrières intérieures entravent le négoce dans le royaume, mais malgré ses efforts, il ne parvient pas à les abolir complètement.
Le 5 novembre 1790, l’Assemblée constituante, reprenant le projet du « grand commis de l’État », supprime les divers droits de passage et crée l’administration des Douanes. Régie par un Code instauré en 1791, elle devient alors un organisme chargé de faire payer une taxe uniquement sur les marchandises qui franchissent les frontières terrestres et maritimes, ce qui constitue un énorme progrès par rapport à l’inextricable système de l’Ancien Régime.

Les Janissaires : la légion des esclaves

Un Janissaire, d'après une gravure du XIXe siècle.
Un Janissaire, d’après une gravure du XIXe siècle.

De tous temps, les populations musulmanes se sont livrées à l’esclavage. Certes, pas à l’encontre des musulmans, la charia le leur interdisait, mais contre tous les non-musulmans, quels qu’ils soient. Et du XIVe au XVIIIe siècles, les peuples des Balkans vont payer un tribu particulièrement lourd, notamment à travers l’institution des Janissaires.
En 1334, le sultan ottoman Orkhan décide la création d’un nouveau corps d’infanterie, exclusivement composé d’enfants chrétiens, enlevés à leur famille et convertis de force. Prélevés parmi les populations grecque, roumaines, serbes, albanaises mais également russes et hongroises, à raison d’un enfant sur cinq par famille, les Janissaires vont devenir une arme de guerre redoutablement efficace, un corps d’élite. Fanatiquement disciplinés, ils auront un rôle décisif dans les combats en Europe, notamment à Varna et à Kossovo, en 1389. Comdamnés à combattre leurs propres frères, jamais les Janissaires ne se révolteront contre le pouvoir ottoman. Bien au contraire, ils acquirent des droits et certains d’entre eux atteindront même des postes relativement élevés.
Dès le XVe siècle, cette élite, qui n’était composée à l’origine que de 12 000 hommes, atteint le chiffre de 200 000 membres, ce qui donne une petite idée des ravages provoqués par l’avance ottomane en Europe… Les succès qu’ils remporteront, les avantages qui leur seront consentis vont ériger ce corps d’élite en véritable mythe militaire, en particulier parmi la population musulmane elle-même. Un peu comme la Légion étrangère en France, à la différence prêt que les Janissaires n’étaient jamais que des esclaves ou des fils d’esclaves –ils acquièrent le droit de transmettre leur charge. Et comme dans la Légion, les Ottomans vont tout faire pour accéder au droit de devenir, eux aussi, des Janissaires. Ce sera chose possible au milieu du XVIIe siècle, époque qui marque le début du déclin de ce corps exceptionnel. Finalement, et après qu’ils aient refusé –en assassinant le sultan- la moindre réforme, les Janissaires seront purement et simplement supprimés –à prendre au sens littéral. C’était en 1826, soit près de cinq siècles après leur création.

Sobieski, le sauveur de l’Autriche

Jean III Sobieski, roi de Pologne (dessin original).
Jean III Sobieski, roi de Pologne (dessin original).

En cette fin de XVIIe siècle, toutes les nations européennes sont affaiblies par les multiples guerres qu’elles se livrent depuis le début du siècle. L’Autriche des Habsbourg ne fait pas exception, aussi, lorsque les Ottomans décident de s’attaquer à elle, elle ne peut résister. La victoire autrichienne de 1664 n’est réellement qu’un répit et, en 1683, les terribles troupes ottomanes assiègent Vienne. L’Europe, affolée, réalise enfin le danger qui la menace, mais personne, semble-t-il, n’est capable de repousser cet ennemi déterminé… Personne sauf peut-être le nouveau roi de Pologne, Jean III Sobieski, qui, avec sa tête de pirate et ses costumes orientaux, a tout l’air d’un barbare. Mais ce barbare n’a-t-il pas déjà battu les Ottomans à Khotin, en 1673 ? L’Autriche, une fois de plus, décide d’appeler Sobieski à l’aide et, une fois de plus, le brave Polonais accepte : le 12 septembre 1783, à la tête de ses soixante-cinq mille Allemands et Polonais, Jean Sobieski écrase quelques deux cent mille Ottomans à Kahlenberg. Non seulement Vienne est sauvée mais cette victoire met un brusque coup d’arrêt à l’avancée ottomane qui, dès lors, ne cesse de reculer…

Vauban : maître dans l’art de la guerre

Sébastien Le Prestre de Vauban (1633-1707).
Sébastien Le Prestre de Vauban (1633-1707).

La France toute entière reste marquée par le passage de Vauban ; partout, on retrouve la trace de son œuvre… majeure, impressionnante. Une véritable ceinture de forteresse qui entoure la France. Telle était du moins l’intention de Vauban et, à travers lui, de Louis XIV.
Né dans une famille de petite noblesse, Sébastien Le Prestre de Vauban s’enrôle à dix-sept ans dans les troupes de Condé qui est alors engagé contre la Fronde. Fait prisonnier par les troupes royales, Vauban passe au service de Mazarin (1653), dirige un premier siège à Clermont-en-Argonne et devient, deux années plus tard, ingénieur du roi. En 1658, il dirige les sièges de Gravelines, Ypres et Oudenaarde ; dans les années suivantes, il est chargé de reconstruire de nombreuses forteresses, comme celle de Dunkerque. En 1667, il s’empare de Lille et de Douai, qu’il fortifie à leur tour, puis dirige les principaux sièges de la guerre de Hollande (1672-1678). C’est lors du siège de Maastricht, en 1673, qu’il inaugure le système des parallèles d’attaque, système qui devait être adopté par toutes les armées et qui allait conduire la cité à capituler en treize jours à peine.
Brigadier général en 1674, Vauban est nommé commissaire général des fortifications en 1678. C’est à partir de ce moment qu’il se lance dans cet ambitieux projet : doter la France d’une véritable ceinture de forteresse.
Signature de Vauban.
Signature de Vauban.

C’est sur les frontières de l’Est du royaume, plus exposées, qu’il devait intensifier ses constructions ; sur les frontières de l’Est qu’il devait adapter ses fortifications en les créant plus basses, donnant ainsi moins de prises aux tirs d’artillerie. Maubeuge, Longwy, Sarrelouis et surtout Landau ou Neuf-Brisach.
Les constructions ne furent pas les seules intérêts de Vauban qui ne cessera de perfectionner les méthodes d’attaque : les feux croisés, les boulets creux, le tir à ricochet, autant de techniques qui place Vauban comme un guerrier accompli, comme un maître dans l’art de la guerre. Une maîtrise qui sera reconnue par ses contemporains avant de l’être par les historiens ; une maîtrise qui lui vaudra un bâton de maréchal, jusqu’à ce que sa franchise lui fasse perdre de sa faveur auprès du roi. Jusqu’à ce que ses idées, presque révolutionnaires avec notamment l’idée d’un impôt unique englobant également les privilégiés, le tiennent éloignées de la cour. Il n’y reparaîtra plus jusqu’à la date de sa mort en 1707.

La défenestration de Prague

La « lettre de majesté », promulguée en 1609 par l’empereur Rodolphe de Habsbourg, assurait la liberté du culte aux protestants de Bohême mais quand, en 1611, son frère, Matthias, lui succède, les libertés religieuses sont de plus en plus restreintes jusqu’à être totalement supprimées en 1618.
Immédiatement, la Diète de Bohême dépose Matthias et choisit pour roi un prince protestant. La guerre entre les princes allemands et le très catholique Ferdinand II, qui vient de ceindre la couronne impériale, paraît inéluctable. Le 23 mai 1618, les protestants, en défenestrant trois envoyés impériaux, mettent le feu aux poudres : la guerre de Trente Ans, qui deviendra ensuite un conflit européen, vient de commencer.

Excellence des produits français

Le savoir-faire de la manufacture des Gobelins.
Le savoir-faire de la manufacture des Gobelins.

Ce qu’il y a de mieux dans tous les coins du monde se fabrique actuellement en France et telle est la vague de ces produits que, de toutes parts, affluent les commandes pour s’en fournir : c’est l’hommage rendu aux « manufactures » françaises par l’ambassadeur de Venise auprès de Louis XIV. Dans sa lettre, datée du 4 avril 1668 au doge de Venise, l’ambassadeur exprime le souhait de voir ses concitoyens s’inspirer de l’exemple si fructueux des Français et il désigne l’auteur de ce « miracle » qui est Colbert.
L’ambassadeur, très admiratif, cite les nombreuses réalisations de ce « ministre hors du commun » : les manufactures des Gobelins, d’Aubusson, de Beauvais, spécialisées dans la tapisserie, celles de Lyon qui fabriquent velours, taffetas et brocarts, les forges de Clamecy et de Saint-Etienne, les papeteries d’Angoulême, les sucreries de Rouen et de Bordeaux, les salines, les houillères, les mines et enfin les nombreux ateliers et arsenaux de marine, qui sont la gloire du règne…

Cherche roi désespérément…

Portrait d'Henri III (1551-1589).
Portrait d’Henri III (1551-1589).

La mort du roi Sigismond II Auguste, en 1572, mettait fin à la dynastie des Jagellons qui régnait sur la Pologne depuis le XIVe siècle.
Certes, c’était l’occasion pour la diète de Varsovie de renforcer son pouvoir vis-à-vis de la monarchie, mais où trouver un roi ? Certains penchaient pour le tsar de Russie, Ivan le Terrible, mais sa réputation déjà bien établie et surtout son attachement au culte orthodoxe faisaient reculer les très catholiques seigneurs polonais.
Finalement, ce sont les largesses de l’ambassadeur de France qui auront raison de tous et, le 9 mai 1573, Henri de Valois, troisième fils de Catherine de Médicis et d’Henri II, devenait roi de Pologne !
Son règne fut cependant très bref. En effet, dès l’année suivante, mourait son frère Charles IX et Henri n’eut rien de plus pressé que d’abandonner la couronne polonaise pour en ceindre une nouvelle : celle de France…