Le cardinal de Polignac

Le cardinal Melchior de Polignac.
Le cardinal Melchior de Polignac.

Le cardinal, qui sur un nouveau ton,
En vers latins fait parler la sagesse,
Réunissant Virgile avec Platon,
Vengeur du ciel et vainqueur de Lucrèce.

Brillant diplomate, le fameux cardinal Melchior de Polignac (1661-1742) se distingue en évitant la rupture entre le Saint-Siège et la France sur la question du gallicanisme, en 1689. Malgré son échec dans la tentative de mettre sur le trône de Pologne le prince de Conti, il participe au traité d’Utrecht (1710).
Relégué dans l’obsurité pendant la Régence, le cardinal de Polignac quitte sa retraite en 1724 puis contribue à l’élection du pape Benoît XIII, auprès duquel il est nommé ambassadeur. Sacré évêque d’Auch en 1726, il écrit l’Anti-Lucrétius, un poème opposé aux doctrines épicuriennes.
Quand il meurt, le 20 novembre 1742, son œuvre reste inachevée et elle ne sera publiée qu’en 1745.

Louis le Bien Aimé, si mal nommé

Louis XV en compagnie de Madame du Barry (iconographie du XIXe siècle).
Louis XV en compagnie de Madame du Barry (iconographie du XIXe siècle).

Longtemps on craindra pour la santé du petit roi, arrière-petit-fils du Roi-Soleil, souverain à 5 ans. La Régence, exercée par le duc d’Orléans puis par celui de Bourbon, s’achèvera en 1743, avec la mort du dernier des « régents » du roi, le cardinal de Fleury. Dire que le souverain n’avait guère la tête à la politique est une évidence ; il n’aimait pas cela et préférait de beaucoup ses plaisirs –nombreux- aux affaires de l’Etat. Son premier acte de roi sera donc de se trouver un remplaçant, en la personne de son ancien précepteur, Fleury. Modéré, ce dernier rétablira les finances, donnera un nouvel essor à l’économie et au commerce extérieur ; pacifique, il fera le stricte minimum pour assurer un soutien au beau-père du roi dans le conflit successoral polonais. La mort de Fleury, cependant, allait pousser le roi à s’adonner à la chose politique malgré lui, ce qu’il fera en instituant notamment le « secret du roi », sorte de cabinet parallèle et intime au sein duquel il prendra toutes les décisions importantes. Un cabinet dans lequel les favorites, et notamment Madame de Pompadour, auront la part belle. Car si Louis XV était loin d’être stupide, il était, par ailleurs, fort influençable, d’où une politique versatile.
Le soutien puis la condamnation de l’Encyclopédie ; l’exil puis le rappel du Parlement –dont il finira par briser l’opposition constante ; le renversement des alliances en faveur de l’Autriche : autant d’actes contradictoires, d’actes sans suite qui ne pouvaient que desservir le roi. Sa réputation, d’ailleurs, n’était guère épargnée et le souverain et sa dernière favorite, Madame du Barry, se verront accusé de tous els maux. De fait, les dépenses somptuaires du roi ne cadraient guère avec la ruine du pays ; une  ruine accompagnée de la perte de la suprématie maritime et de l’empire colonial français.
Tombé dans une détestation générale, Louis le Bien-Aimé était devenu, aux jours de sa mort, le plus mal aimé des souverains français.

Le siècle de Léon X

Le pape Léon X (1475-1521).
Le pape Léon X (1475-1521).

Jean de Médicis, troisième fils de Laurent le Magnifique, né en 1475, devient cardinal à douze ans et en 1513, il succède au pape Jules II, sous le nom de Léon X.
Mécène généreux, protecteur des arts et des lettres, il s’entoure des esprits les plus fins de son temps, tels Machiavel ou Sannazar et des artistes les plus illustres dont Michel-Ange et Raphaël. Grâce à lui, Rome devient la capitale de l’humanisme et de la Renaissance avec, pour couronner cette entreprise, l’édification de la nouvelle basilique Saint-Pierre.
Mais c’est aussi sous son pontificat que va naître et se développer l’hérésie protestante. En effet, afin d’achever la basilique Saint-Pierre de Rome, Léon X renouvelle les indulgences accordées par son prédécesseur. Ce sera le prétexte invoqué par Martin Luther pour entamer une «révolution religieuse» qui aboutira rapidement au protestantisme. Après des tentatives de conciliation, Léon X condamne les quatre-vingt-quinze propositions de Luther dans sa célèbre bulle Exsurge Domine et excommunie, en 1520, le moine saxon. À la fin de son pontificat, il se rapproche de Charles-Quint, seul rempart solide face à cette hérésie.
Estimé comme l’un des plus illustres pontifes du XVIe siècle, que l’on a aussi appelé le « siècle de Léon X », il meurt, le 1er décembre 1521, dans des circonstances jugées suspectes.

Law : le jeu de l’argent

Portrait de John Law (1671-1729).
Portrait de John Law (1671-1729).

Fils d’un orfèvre écossais de renom, John Law était un joueur avant d’être un financier. A la tête, très jeune, d’une fortune considérable, il fréquenta les milieux de l’agiotage et du jeu londonien avant qu’un duel malheureux le contraigne à s’exiler sur le continent. Passant d’Italie en France en passant par l’Allemagne, Law se mit dès lors à étudier les différents systèmes bancaires avant de se convertir à l’usage du papier-monnaie.
 Ayant échoué à convaincre du bien fondé de son système le gouvernement écossais, c’est à Paris qu’il devait finalement tenter son expérience. Recherché par les grands seigneurs en raison de sa réputation de joueur, il devint un intime du duc d’Orléans qui, en 1716, alors qu’il était devenu régent, l’autorisa à fonder une banque privée dont les billets devaient être admis par toutes les caisses privées. L’idée initiale de Law était une banque qui émettrait des billets dont la valeur serait représentée par des hypothèques sur propriétés privées. Pour établir la confiance, John Law promis alors de rembourser les billets de banque au cours originel, alors que la monnaie métallique variait constamment.
Médaille satirique contre Law.
Médaille satirique contre Law.

Le succès ne tarda guère et Law fonda alors la Compagnie d’Occident qui reçut privilège de faire commerce sur le Mississipi, en Chine et aux Indes ainsi que le monopole du tabac. Surtout, Law se vit confié la refonte et la fabrication des monnaies en plus du recouvrement des impôts. De fait, Law pouvait, artificiellement, augmenter les monnaies. Et c’est ce qu’il fera dans le but de répondre à la demande incessante du public auprès de sa banque -devenue banque d’Etat en 1718. L’engouement pour le système Law devait durer quatre ans. Au bout de ce laps de temps et sans doute sous l’impulsion d’ennemis personnels du financier, une panique générale conduisit les détenteurs de billets à exiger, tous en même temps, la réalisation de leur monnaie. Law, qui venait d’être nommé contrôleur général des Finances, tenta bien de s’en sortir par quelques mesures mais il devint évident, dès décembre 1720, que le désastre était total. Law, anéanti, s’enfuit, trouvant refuge en Belgique où il survécut -jusqu’en 1729- dans l’indigence la plus complète.

Les roses de Ronsard

Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un matin.
À la tête de la Pléiade, qui, au XVIe siècle, pose les bases en matière de littérature classique, Pierre de Ronsard (1524-1585) se consacre dès sa jeunesse à la poésie.
Poète champêtre et romantique, il devient aussi le poète officiel de la cour de Charles IX, en 1558. Mais la mort du roi met fin à sa carrière et Ronsard, souffrant de la goutte et d’une demi-surdité qui l’accable depuis son enfance, évoque alors dans sa poésie ses souffrances physiques et sa vision de la mort.
Le « prince des Poètes » meurt à Saint-Cosme le 27 décembre 1585. Sa poésie tombe alors dans l’oubli jusqu’au XIXe siècle, moment où les romantiques la redécouvrent et la ressucitent.

Fouquier-Tinville, l’artisan de la Terreur

Antoine Fouquier de Tinville, dit Fouquier-Tinville (1746-1795), d'après une gravure du XIXe siècle.
Antoine Fouquier de Tinville, dit Fouquier-Tinville (1746-1795), d’après une gravure du XIXe siècle.

Connu comme l’un des plus sûrs instruments de l’époque de la Terreur, Fouquier-Tinville a laissé dans l’histoire une image sinistre.
Fils d’un paysan de l’Aisne, devenu procureur du Châtelet, il se rallie avec ardeur à la Révolution. Ami de Danton et de Robespierre, parent de Camille Desmoulins, il entame sa deuxième carrière au cours des procès contre les royalistes et devient accusateur public auprès du Tribunal révolutionnaire en 1793. Ses pouvoirs très étendus lui permettent d’arrêter et de poursuivre, de son propre chef, tout suspect de crime contre la Nation, accusation assez floue qui ouvre la porte à toutes sortes de débordements.
Rigoureux, consciencieux, Fouquier-Tinville, qui suit à la lettre les souhaits et les directives du Comité de salut public, fait condamner la reine Marie-Antoinette, les Girondins, Danton et ses amis ainsi que les Hébertistes. Au lendemain du 9 Thermidor, Fouquier est à son poste lorsqu’on lui amène Robespierre, auprès duquel il est, une fois encore, prêt à assurer son emploi d’accusateur. Mais, compromis par le rôle qu’il a joué sous la Terreur, il est arrêté à son tour. Après un procès de quarante et un jours, où il se défend avec véhémence, il est condamné et exécuté, le 7 mai 1795.

Lord Sidney, une idole déchue

Portrait de sir Philip Sidney (1554-1586).
Portrait de sir Philip Sidney (1554-1586).

Homme d’Etat distingué, grand voyageur, poète émérite, sir Philip Sidney comptera au nombre des favoris de la reine Elisabeth avant de sombrer, comme souvent, dans la disgrâce.
Lui-même fils d’un homme d’etat, Philip Sidney fait ses études au très célèbre Christ College d’Oxford avant d’entreprendre un périple qui le conduit en France, en Allemagne et en Italie où il complètera son éducation et sa culture qu’il avait déjà grande. Séducteur et poète à ses heure, Sidney va devenir un intime de la reine Vierge qui se plaisait à l’appeler « mon Philip ». Une distinction qui se complétait avec un talent politique certain ce qui lui vaudra, en 1577, à seulement vingt-deux ans, d’être nommé ambassadeur auprès de l’empereur d’Autriche Rodolphe II. Une distinction qui lui fera aussi « oublier » sa place et son rang.
En effet, parce qu’il avait osé critiquer les projets de mariage de la souveraine anglaise avec le duc d’Anjou -projet qui ne verra jamais le jour-, Sidney devait subir l’ire royal avec pour conséquence l’exil. Retiré de la cour dès 1580, il sera envoyé par la froide souveraine sur le front des Pays-Bas où combattait déjà son oncle, Leicester. Blessé au cour d’une bataille contre les Espagnols, Sidney devait succomber à ses blessures. Outre la cour, c’est l’Angleterre toute entière qui devait le pleurer, elle qui s’était découvert un prosateur de génie, un poète plein de sensibilité, auteur de sonnets (Astrophel and stella) et d’un roman pastoral (Arcadia).

Richelieu ou naissance de l’absolutisme

Cardinal Armand Jean du Plessis de Richelieu (1585-1642).
Cardinal Armand Jean du Plessis de Richelieu (1585-1642).

En août 1624, Armand Jean du Plessis de Richelieu, évêque de Luçon (1585-1642), prend la tête du conseil du roi. Issu d’une famille de nobles batailleurs et sans scrupules originaires du Poitou, Richelieu est né le 9 septembre 1585, à Paris. Sa carrière politique débute sous l’égide de Concini et de Marie de Médicis, qu’il suit dans sa disgrâce en 1617. Son rôle dans la réconciliation entre le roi et sa mère (1624) lui vaut d’entrer au conseil puis, assez rapidement de le diriger. À partir de ce moment, Richelieu va gouverner le pays d’une poigne de fer.
Sa politique, exemple parfait de machiavélisme, poursuit, tout au long du règne de Louis XIII, trois buts : la ruine de la puissance protestante, ce qui n’empêche pas le cardinal de s’allier avec les huguenots en politique extérieure ; la lutte contre la maison d’Autriche et l’affaiblissement de la noblesse au profit du trône. Véritable « père » de l’absolutisme, Richelieu meurt peu avant le roi, en 1642, laissant le gouvernement à son disciple Mazarin qui s’attachera à poursuivre l’œuvre de son maître.

Hébert : le roi de la démagogie

Portrait d'Hébert (1757-1794).
Portrait d’Hébert (1757-1794).

C’est dans une famille fort modeste que Jacques René Hébert naît en 1757. Laquais, contrôleur de billets dans un théâtre, il aurait sans doute poursuivi dans cette vie relativement misérable si l’heure de la Révolution n’avait pas sonné.
Dépourvu d’instruction, il devient, étonnement, un auteur. Et un auteur lu et reconnu. Des billets pro-révolutionnaires, des pamphlets exaltés : telles sont les premières "œuvres" d’Hébert. Vient ensuite la fondation du "Père Duchesne", un journal qui gagnera en notoriété, plus encore après la disparition de "l’Ami du peuple". Et voilà cet homme sans instruction promu au rang de journaliste. Et pas n’importe lequel. Un journaliste engagé qui entre au Club des Cordeliers puis obtient le poste de procureur général de la Commune. De fait, l’ascension d’Hébert semble ne jamais devoir s’arrêter : il domine littéralement le Club des Cordeliers ainsi que les sociétés populaires, les sections parisiennes. Son influence ne s’arrête pas là : par l’intermédiaire de Collot d’Herbois et de Billaud-Varenne, il joue également de son influence au Comité de salut public où il se lance dans la surenchère populaire, démagogique. Principal artisan de la chute des Girondins, c’est sous son influence que la Convention adopte la terrible loi des suspects -septembre 1793. Une loi qui fera des milliers de victimes. C’est également du fait de ses accusations que Marie-Antoinette sera envoyée à l’échafaud. Rien, décidément, ne pouvait mettre un frein à la soif de sang et de pouvoir d’Hébert. Rien ni personne… si ce n’est Robespierre.
L’avocat de petite noblesse avait décidé de jouer aussi sa partition. Or, elle excluait Hébert. Et comme la miséricorde était bien loin des préoccupations de Maximilien de Robespierre, comme il avait une idée très haute et très claire de son devoir et de ce que la France méritait -à savoir lui-, Robespierre avait décidé la fin d’Hébert. C’est littéralement une course au pouvoir qui se joue en ces jours de mars 1794. Hébert a mobilisé ses "troupes", préparé une insurrection et Robespierre a préparé la chute d’Hébert. C’est l’homme d’Arras qui frappera le premier : Hébert est arrêté, accusé devant la Convention par Saint-Just, traduit devant le Tribunal révolutionnaire… et condamné. Le 24 mars 1794, Jacques René Hébert est exécuté laissant libre cours à la réforme vertueuse de la terreur version Robespierre.

Marie Stuart, la reine tragique

Marie Stuart entourée de ses fidèles la veille de sa mort (gravure du XIXe siècle).
Marie Stuart entourée de ses fidèles la veille de sa mort (gravure du XIXe siècle).

L’histoire est parfois si inutilement cruelle qu’on en arriverait à croire que les dieux aiment à se jouer du malheur des hommes. Et leur satisfaction due atteindre son comble lors de la vie, tragique, de Marie Stuart.
Fille de Jacques V d’Ecosse et de Marie de Guise-Lorraine, Marie naquit moins d’une semaine après la mort de son père. Fiancée au dauphin de France, le futur François II, elle sera élevée à la cour française. Ce seront sans doute ses plus belles années… Mariée en 1558, reine de France en 1559, elle devient veuve après seulement dix-huit mois de règne. C’est avec déchirement qu’elle quittera la France pour regagner son Ecosse natale. C’est là que ses malheurs vont commencer. Déchirée entre les catholiques et les protestants de son pays, elle épouse un de ses cousins, lord Darnley, descendant comme elle des stewart –d’où le nom de Stuart- d’Ecosse, c’est-à-dire des sénéchaux d’Henri Ier d’Angleterre. La lignée paraissait bonne mais Darnley était un être médiocre, n’ayant pour lui que son allure. Après la naissance de leur fils, Jacques, Darnley n’aura de cesse de s’emparer du pouvoir et Marie finira par l’éliminer. Une révolte de la noblesse protestante allait s’en suivre et Marie, emprisonnée, finira par abdiquer en faveur de son fils, devenu roi sous le nom de Jacques VI. Il avait à peine un an.
Les épreuves de l’ancienne reine d’Ecosse n’allaient pas cesser pour autant, bien au contraire, dès l’instant où elle vint se placer sous la protection de sa cousine –Marie était la petite-fille d’Henri VII d’Angleterre-, Elisabeth Ire. Sans enfant, la Reine vierge ne vivait que dans la crainte de voir son trône échoir à un souverain catholique. Or, Marie avait de légitimes prétentions sur ce trône, bien qu’elle ne l’ait jamais revendiquée. Durant dix-huit ans, Marie Stuart ira de prison en prison pour finalement être exécuté en 1587. Toujours, elle avait refusé de renier sa foi catholique.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là et révèle toute sa perversité. Car c’est en vain que Marie Stuart, une des princesses les plus cultivées de son temps, aura passé tant d’années en prison ; qu’elle aura finalement été exécuté. Et lorsqu’Elisabeth Ire meurt en 1603, c’est le fils de Marie Stuart, Jacques VI d’Ecosse, qui monte sur le trône anglais. Le cauchemar de la Reine vierge était devenu réalité.