Les roses de Ronsard

Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un matin.
À la tête de la Pléiade, qui, au XVIe siècle, pose les bases en matière de littérature classique, Pierre de Ronsard (1524-1585) se consacre dès sa jeunesse à la poésie.
Poète champêtre et romantique, il devient aussi le poète officiel de la cour de Charles IX, en 1558. Mais la mort du roi met fin à sa carrière et Ronsard, souffrant de la goutte et d’une demi-surdité qui l’accable depuis son enfance, évoque alors dans sa poésie ses souffrances physiques et sa vision de la mort.
Le « prince des Poètes » meurt à Saint-Cosme le 27 décembre 1585. Sa poésie tombe alors dans l’oubli jusqu’au XIXe siècle, moment où les romantiques la redécouvrent et la ressucitent.

Fouquier-Tinville, l’artisan de la Terreur

Antoine Fouquier de Tinville, dit Fouquier-Tinville (1746-1795), d'après une gravure du XIXe siècle.
Antoine Fouquier de Tinville, dit Fouquier-Tinville (1746-1795), d’après une gravure du XIXe siècle.

Connu comme l’un des plus sûrs instruments de l’époque de la Terreur, Fouquier-Tinville a laissé dans l’histoire une image sinistre.
Fils d’un paysan de l’Aisne, devenu procureur du Châtelet, il se rallie avec ardeur à la Révolution. Ami de Danton et de Robespierre, parent de Camille Desmoulins, il entame sa deuxième carrière au cours des procès contre les royalistes et devient accusateur public auprès du Tribunal révolutionnaire en 1793. Ses pouvoirs très étendus lui permettent d’arrêter et de poursuivre, de son propre chef, tout suspect de crime contre la Nation, accusation assez floue qui ouvre la porte à toutes sortes de débordements.
Rigoureux, consciencieux, Fouquier-Tinville, qui suit à la lettre les souhaits et les directives du Comité de salut public, fait condamner la reine Marie-Antoinette, les Girondins, Danton et ses amis ainsi que les Hébertistes. Au lendemain du 9 Thermidor, Fouquier est à son poste lorsqu’on lui amène Robespierre, auprès duquel il est, une fois encore, prêt à assurer son emploi d’accusateur. Mais, compromis par le rôle qu’il a joué sous la Terreur, il est arrêté à son tour. Après un procès de quarante et un jours, où il se défend avec véhémence, il est condamné et exécuté, le 7 mai 1795.

Lord Sidney, une idole déchue

Portrait de sir Philip Sidney (1554-1586).
Portrait de sir Philip Sidney (1554-1586).

Homme d’Etat distingué, grand voyageur, poète émérite, sir Philip Sidney comptera au nombre des favoris de la reine Elisabeth avant de sombrer, comme souvent, dans la disgrâce.
Lui-même fils d’un homme d’etat, Philip Sidney fait ses études au très célèbre Christ College d’Oxford avant d’entreprendre un périple qui le conduit en France, en Allemagne et en Italie où il complètera son éducation et sa culture qu’il avait déjà grande. Séducteur et poète à ses heure, Sidney va devenir un intime de la reine Vierge qui se plaisait à l’appeler « mon Philip ». Une distinction qui se complétait avec un talent politique certain ce qui lui vaudra, en 1577, à seulement vingt-deux ans, d’être nommé ambassadeur auprès de l’empereur d’Autriche Rodolphe II. Une distinction qui lui fera aussi « oublier » sa place et son rang.
En effet, parce qu’il avait osé critiquer les projets de mariage de la souveraine anglaise avec le duc d’Anjou -projet qui ne verra jamais le jour-, Sidney devait subir l’ire royal avec pour conséquence l’exil. Retiré de la cour dès 1580, il sera envoyé par la froide souveraine sur le front des Pays-Bas où combattait déjà son oncle, Leicester. Blessé au cour d’une bataille contre les Espagnols, Sidney devait succomber à ses blessures. Outre la cour, c’est l’Angleterre toute entière qui devait le pleurer, elle qui s’était découvert un prosateur de génie, un poète plein de sensibilité, auteur de sonnets (Astrophel and stella) et d’un roman pastoral (Arcadia).

Richelieu ou naissance de l’absolutisme

Cardinal Armand Jean du Plessis de Richelieu (1585-1642).
Cardinal Armand Jean du Plessis de Richelieu (1585-1642).

En août 1624, Armand Jean du Plessis de Richelieu, évêque de Luçon (1585-1642), prend la tête du conseil du roi. Issu d’une famille de nobles batailleurs et sans scrupules originaires du Poitou, Richelieu est né le 9 septembre 1585, à Paris. Sa carrière politique débute sous l’égide de Concini et de Marie de Médicis, qu’il suit dans sa disgrâce en 1617. Son rôle dans la réconciliation entre le roi et sa mère (1624) lui vaut d’entrer au conseil puis, assez rapidement de le diriger. À partir de ce moment, Richelieu va gouverner le pays d’une poigne de fer.
Sa politique, exemple parfait de machiavélisme, poursuit, tout au long du règne de Louis XIII, trois buts : la ruine de la puissance protestante, ce qui n’empêche pas le cardinal de s’allier avec les huguenots en politique extérieure ; la lutte contre la maison d’Autriche et l’affaiblissement de la noblesse au profit du trône. Véritable « père » de l’absolutisme, Richelieu meurt peu avant le roi, en 1642, laissant le gouvernement à son disciple Mazarin qui s’attachera à poursuivre l’œuvre de son maître.

Hébert : le roi de la démagogie

Portrait d'Hébert (1757-1794).
Portrait d’Hébert (1757-1794).

C’est dans une famille fort modeste que Jacques René Hébert naît en 1757. Laquais, contrôleur de billets dans un théâtre, il aurait sans doute poursuivi dans cette vie relativement misérable si l’heure de la Révolution n’avait pas sonné.
Dépourvu d’instruction, il devient, étonnement, un auteur. Et un auteur lu et reconnu. Des billets pro-révolutionnaires, des pamphlets exaltés : telles sont les premières "œuvres" d’Hébert. Vient ensuite la fondation du "Père Duchesne", un journal qui gagnera en notoriété, plus encore après la disparition de "l’Ami du peuple". Et voilà cet homme sans instruction promu au rang de journaliste. Et pas n’importe lequel. Un journaliste engagé qui entre au Club des Cordeliers puis obtient le poste de procureur général de la Commune. De fait, l’ascension d’Hébert semble ne jamais devoir s’arrêter : il domine littéralement le Club des Cordeliers ainsi que les sociétés populaires, les sections parisiennes. Son influence ne s’arrête pas là : par l’intermédiaire de Collot d’Herbois et de Billaud-Varenne, il joue également de son influence au Comité de salut public où il se lance dans la surenchère populaire, démagogique. Principal artisan de la chute des Girondins, c’est sous son influence que la Convention adopte la terrible loi des suspects -septembre 1793. Une loi qui fera des milliers de victimes. C’est également du fait de ses accusations que Marie-Antoinette sera envoyée à l’échafaud. Rien, décidément, ne pouvait mettre un frein à la soif de sang et de pouvoir d’Hébert. Rien ni personne… si ce n’est Robespierre.
L’avocat de petite noblesse avait décidé de jouer aussi sa partition. Or, elle excluait Hébert. Et comme la miséricorde était bien loin des préoccupations de Maximilien de Robespierre, comme il avait une idée très haute et très claire de son devoir et de ce que la France méritait -à savoir lui-, Robespierre avait décidé la fin d’Hébert. C’est littéralement une course au pouvoir qui se joue en ces jours de mars 1794. Hébert a mobilisé ses "troupes", préparé une insurrection et Robespierre a préparé la chute d’Hébert. C’est l’homme d’Arras qui frappera le premier : Hébert est arrêté, accusé devant la Convention par Saint-Just, traduit devant le Tribunal révolutionnaire… et condamné. Le 24 mars 1794, Jacques René Hébert est exécuté laissant libre cours à la réforme vertueuse de la terreur version Robespierre.

Marie Stuart, la reine tragique

Marie Stuart entourée de ses fidèles la veille de sa mort (gravure du XIXe siècle).
Marie Stuart entourée de ses fidèles la veille de sa mort (gravure du XIXe siècle).

L’histoire est parfois si inutilement cruelle qu’on en arriverait à croire que les dieux aiment à se jouer du malheur des hommes. Et leur satisfaction due atteindre son comble lors de la vie, tragique, de Marie Stuart.
Fille de Jacques V d’Ecosse et de Marie de Guise-Lorraine, Marie naquit moins d’une semaine après la mort de son père. Fiancée au dauphin de France, le futur François II, elle sera élevée à la cour française. Ce seront sans doute ses plus belles années… Mariée en 1558, reine de France en 1559, elle devient veuve après seulement dix-huit mois de règne. C’est avec déchirement qu’elle quittera la France pour regagner son Ecosse natale. C’est là que ses malheurs vont commencer. Déchirée entre les catholiques et les protestants de son pays, elle épouse un de ses cousins, lord Darnley, descendant comme elle des stewart –d’où le nom de Stuart- d’Ecosse, c’est-à-dire des sénéchaux d’Henri Ier d’Angleterre. La lignée paraissait bonne mais Darnley était un être médiocre, n’ayant pour lui que son allure. Après la naissance de leur fils, Jacques, Darnley n’aura de cesse de s’emparer du pouvoir et Marie finira par l’éliminer. Une révolte de la noblesse protestante allait s’en suivre et Marie, emprisonnée, finira par abdiquer en faveur de son fils, devenu roi sous le nom de Jacques VI. Il avait à peine un an.
Les épreuves de l’ancienne reine d’Ecosse n’allaient pas cesser pour autant, bien au contraire, dès l’instant où elle vint se placer sous la protection de sa cousine –Marie était la petite-fille d’Henri VII d’Angleterre-, Elisabeth Ire. Sans enfant, la Reine vierge ne vivait que dans la crainte de voir son trône échoir à un souverain catholique. Or, Marie avait de légitimes prétentions sur ce trône, bien qu’elle ne l’ait jamais revendiquée. Durant dix-huit ans, Marie Stuart ira de prison en prison pour finalement être exécuté en 1587. Toujours, elle avait refusé de renier sa foi catholique.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là et révèle toute sa perversité. Car c’est en vain que Marie Stuart, une des princesses les plus cultivées de son temps, aura passé tant d’années en prison ; qu’elle aura finalement été exécuté. Et lorsqu’Elisabeth Ire meurt en 1603, c’est le fils de Marie Stuart, Jacques VI d’Ecosse, qui monte sur le trône anglais. Le cauchemar de la Reine vierge était devenu réalité.

Vauban : maître dans l’art de la guerre

Sébastien Le Prestre de Vauban (1633-1707).
Sébastien Le Prestre de Vauban (1633-1707).

La France toute entière reste marquée par le passage de Vauban ; partout, on retrouve la trace de son œuvre… majeure, impressionnante. Une véritable ceinture de forteresse qui entoure la France. Telle était du moins l’intention de Vauban et, à travers lui, de Louis XIV.
Né dans une famille de petite noblesse, Sébastien Le Prestre de Vauban s’enrôle à dix-sept ans dans les troupes de Condé qui est alors engagé contre la Fronde. Fait prisonnier par les troupes royales, Vauban passe au service de Mazarin (1653), dirige un premier siège à Clermont-en-Argonne et devient, deux années plus tard, ingénieur du roi. En 1658, il dirige les sièges de Gravelines, Ypres et Oudenaarde ; dans les années suivantes, il est chargé de reconstruire de nombreuses forteresses, comme celle de Dunkerque. En 1667, il s’empare de Lille et de Douai, qu’il fortifie à leur tour, puis dirige les principaux sièges de la guerre de Hollande (1672-1678). C’est lors du siège de Maastricht, en 1673, qu’il inaugure le système des parallèles d’attaque, système qui devait être adopté par toutes les armées et qui allait conduire la cité à capituler en treize jours à peine.
Brigadier général en 1674, Vauban est nommé commissaire général des fortifications en 1678. C’est à partir de ce moment qu’il se lance dans cet ambitieux projet : doter la France d’une véritable ceinture de forteresse.
Signature de Vauban.
Signature de Vauban.

C’est sur les frontières de l’Est du royaume, plus exposées, qu’il devait intensifier ses constructions ; sur les frontières de l’Est qu’il devait adapter ses fortifications en les créant plus basses, donnant ainsi moins de prises aux tirs d’artillerie. Maubeuge, Longwy, Sarrelouis et surtout Landau ou Neuf-Brisach.
Les constructions ne furent pas les seules intérêts de Vauban qui ne cessera de perfectionner les méthodes d’attaque : les feux croisés, les boulets creux, le tir à ricochet, autant de techniques qui place Vauban comme un guerrier accompli, comme un maître dans l’art de la guerre. Une maîtrise qui sera reconnue par ses contemporains avant de l’être par les historiens ; une maîtrise qui lui vaudra un bâton de maréchal, jusqu’à ce que sa franchise lui fasse perdre de sa faveur auprès du roi. Jusqu’à ce que ses idées, presque révolutionnaires avec notamment l’idée d’un impôt unique englobant également les privilégiés, le tiennent éloignées de la cour. Il n’y reparaîtra plus jusqu’à la date de sa mort en 1707.

Camille Desmoulins ou l’utopie vaincue

C’est à Guise, dans une famille bourgeoise, que naît Camille Desmoulins le 2 mars 1760. Bon élève, il est envoyé en 1771 à Paris, au collège Louis-le-Grand, où il fait la connaissance de Maximilien de Robespierre et de Georges Danton.
Licencié en droit, Desmoulins, qui est affligé d’un affreux bégaiement, s’éloigne de la carrière d’avocat pour embrasser celle de journaliste, où il brillera de tous ses feux… C’est avec Mirabeau qu’il fait ses débuts. La Révolution n’en est alors qu’à ses balbutiements mais Camille, enthousiasmé par les idées qu’elle véhicule, appelle le peuple aux armes et le conduit jusqu’à la Bastille.
Rendu célèbre par son journal, Les Révolutions de France et de Brabant, il épouse Lucile Duplessis, à qui il communique bien vite son enthousiasme révolutionnaire.
Membre du Club des cordeliers, ami de Robespierre, il participe à la chute des girondins mais rallie bien vite le camp de Danton, las, comme lui, des massacres incessants. Pour mieux combattre la Terreur, Desmoulins fonde un nouveau journal, Le Vieux Cordelier, où il défend avec ardeur la politique des « indulgents », tout en dénonçant les exactions du Comité de salut public.
Malgré les rappels à l’ordre de Robespierre, Camille, qui rêve encore d’une République juste, s’obstine et finit en prison avec Danton. Le 5 avril 1794, il monte sur l’échafaud. Sa femme, âgée de vingt-trois ans, le suivra huit jours plus tard…

Vatel : l’art des papilles

Vue de Vaux-le-Vicomte où officia Vatel.
Vue de Vaux-le-Vicomte où officia Vatel.

Parce que la fête était désormais érigée en art de vivre, parce que la perfection en était la condition indispensable, Vatel, le plus célèbre des maître d’hôtel français, va devenir une véritable légende. Découvert par le Roi-Soleil alors qu’il était au service du surintendant Nicolas Fouquet -le fameux et malheureux maître de Vaux-le-Vicomte-, passé ensuite au service du prince de Condé, on a dit de cet adepte de la perfection qu’il s’était passé une épée en travers du corps… parce qu’une sauce avait été raté. Ou serait-ce parce que la marée avait manqué lors d’une fête donnée en l’honneur du roi ? Ou par simple dépit amoureux ? De fait, les légendes se multiplient pour accréditer une conscience professionnelle bien supérieure à ce qu’elle aurait dû être. Mais en est-il autrement maintenant, où la moindre bulle d’oxygène saveur foie gras déplace les foules ? Ou le moindre restaurant étoilé fait réserver ses tables des mois à l’avance ? Serait-ce que la France, berceau auto-proclamé de la grande cuisine, abhorre la médiocrité ? Ou serait-ce plus simplement que aujourd’hui comme hier la cuisine se conjugue comme un art, d’où un excès du maître comme de l’admirateur lorsque cet "art" est à la mode ?

Le cruel baron des Adrets

Le baron des Adrets obligeant un malheureux à se jeter dans le vide.
Le baron des Adrets obligeant un malheureux à se jeter dans le vide.

Le 2 février 1587, mourait en son château de La Frette, en Dauphiné, l’un des plus redoutables et des plus cruels combattants des guerres de religion.
François de Beaumont, baron des Adrets, d’un caractère intrépide et violent, commence sa « carrière » dans les guerres d’Italie mais c’est dans les rangs des réformés puis des catholiques qu’il va acquérir sa sinistre réputation. Pour la réforme, il s’empare de Lyon, Valence, Grenoble, Montélimar, Vienne, Orange puis passe aux côtés des catholiques, combattant avec la même hargne ses propres coreligionnaires. D’une cruauté légendaire, il se fait détester des deux partis et certains épisodes de sa « légende noire » font encore frémir : on raconte en effet qu’il aimait à enterrer ses prisonniers, ne laissant dépasser que la tête, afin que ses soldats puissent jouer aux quilles ! Une autre fois, alors qu’il regardait les prisonniers se jeter du haut d’une plate-forme pendant son dîner, l’un d’eux ayant pris deux fois son élan, le baron s’écrie :
-C’est trop de deux fois !
À quoi le malheureux répond :
-Je vous le donne en dix !
Cette répartie lui sauva la vie.
Arrêté plusieurs fois, condamné à deux reprises, le baron des Adrets retrouva toujours la liberté et se retira en 1572 dans son domaine, où il devait mourir… dans son lit !