Cartouche, le brigand de la Régence

Magazine du début du XXe siècle, retraçant les exploits de Cartouche.
Magazine du début du XXe siècle, retraçant les exploits de Cartouche.

Héros au grand cœur glorifié par le cinéma, Cartouche fait partie de ses sympathiques brigands qui, à l’image d’un Robin des Bois, ont su s’attirer les bonnes grâce du peuple. Pourtant, l’histoire de Louis Dominique Cartouche est loin d’être aussi limpide qu’elle n’y paraît.
Fils d’un tonnelier parisien, ancien informateur de la police et recruteur de l’armée, Cartouche va profiter de la période troublée de la Régence pour créer et diriger d’une main de fer une bande organisée de voleurs. Il est vrai qu’à l’époque, la pauvreté la plus noire voisinait avec la richesse la plus choquante. Mais si ce chef de bande prenait pour cible les spéculateurs et les profiteurs, c’était à  son avantage uniquement. Peu importe pour le peuple affamé : ce simple fait suffit à lui attirer la sympathie populaire, malgré les nombreux meurtres qu’il aura à son actif. En fait, c’est surtout son habileté à échapper aux traquenards de la police, à toute tentative pour le capturer qui va faire sa réputation. Une habileté qui sera malgré tout insuffisante face à l’appât du gain ou au désir de diriger d’un de ses complices. Trahi par un membre de son organisation, il est finalement arrêté en octobre 1721. Celui qui avait ridiculisé si longtemps le pouvoir et les riches, est enfermé à la Conciergerie, soumis à la question et livrera nombre de ses hommes. Finalement, il sera roué vif en place de Grève.
Bandit populaire qui doit tout à la volonté de certains auteurs, Cartouche va devenir le symbole de la lutte contre le pouvoir et le système, le symbole du peuple opprimé, ce qu’il n’était décidément pas…

Witt ou le prix de la liberté

Jan de Witt (1625-1672).
Jan de Witt (1625-1672).

Certes, le nom de Jan de Witt n’est inconnu de personne mais, face aux grands hommes qu’il eut à affronter, il paraît bien petit. Pourtant, Jan de Witt mérite que l’on s’intéresse à lui.
Fils d’un patricien qui avait été à plusieurs reprises bourgmestre de Dordrecht, Jan de Witt fut, dès 1620, pensionnaire de sa ville natale puis grand pensionnaire de Hollande en 1653. Une charge qu’il devait conserver presque jusqu’à sa mort en 1672.
L’idée de Jan de Witt était clairement de préserver la Hollande. Pour ce faire, la paix importait plus que tout. De Witt s’y attela donc. En 1654, il se hâte de mettre fin au conflit avec l’Angleterre et obtient de Cromwell une paix de compromis. Pour préserver la Hollande de toute guerre européenne, il fait prononcer, contre la maison d’Orange, l’Acte d’exclusion (1667), mais les rivalités économiques avec l’Angleterre allaient rapidement prendre le pas sur les bonnes intentions et entraîner une nouvelle guerre (1665-1666). Au traité de Breda (1667) et malgré l’énergie qu’il avait déployée, il dut consentir à la perte de la Nouvelle-Amsterdam, aujourd’hui New-York. Inquiet de la politique belliqueuse de Louis XIV, il forma avec l’Angleterre et la Suède la Triple-Alliance qui devait conduire au traité d’Aix-la-Chapelle (1668).
En réponse à ce traité forcé, la France allait tout faire pour isoler la Hollande. Le mieux étant, dès lors, de la conquérir. En 1672, après une attaque éclair que de Witt n’avait pas vu venir, la France se rendit maître de toute la Hollande. Sur le coup de cette défaite, le parti orangiste releva la tête et Guillaume d’Orange élu stathouder de Hollande et capitaine des Provinces-Unies. Attaqué via son frère, Cornélis de Witt, accusé d’avoir voulu attenté à la vie du stathouder, Jan de Witt n’eut d’autre choix que de démissionner en août 1672. Alors qu’il était allé voir son frère dans sa prison, il sera pris par des émeutiers orangistes, mis en pièces et son cadavre, ainsi que celui de son frère suspendu à un gibet.
Ainsi finit celui qui avait tenté, par tous les moyens, de faire de la Hollande un Etat indépendant.

Charles Quint : la couronne arrachée

Charles Quint
Charles Quint (1500-1558).

Roi d’Espagne, des Deux-Siciles et maître des Amériques, Charles Ier d’Espagne devient aussi souverain des Pays-Bas et empereur germanique en 1519 et prend le nom de Charles Quint.
À la tête d’un « empire où le soleil ne se couche jamais », Charles Quint menace la France d’encerclement et François Ier tente, par tous les moyens, d’unir les puissances européennes contre le Habsbourg.
En 1526, le roi forme avec le pape Clément VII, les princes italiens et le roi d’Angleterre, une Ligue sainte contre l’empereur.
Charles-Quint, qui se posait alors en défenseur de la chrétienté, organise le sac de Rome, en 1527, puis fait prisonnier le souverain pontife.
Le 5 novembre 1529, Clément VII, contraint et forcé, pose la couronne impériale sur la tête de Charles Quint.

Mort au champ d’honneur

La mort de La Tour d'Auvergne (gravure du XIXe siècle).
La mort de La Tour d’Auvergne (gravure du XIXe siècle).

Entré jeune dans l’armée, Théophile de La Tour d’Auvergne était un soldat dans l’âme, un vrai héros de la guerre. Capitaine de la Colonne infernale dans l’armée des Pyrénées occidentales, il est nommé Premier Grenadier par Bonaparte et reçoit un sabre d’honneur. Maintes fois, il figura dans les conseils de guerre et il avait, selon ses soldats, le don de « charmer les balles ». Pourtant, le 28 juin 1800, alors qu’il combattait dans les rangs de l’armée du Rhin, La Tour d’Auvergne tombe, mortellement touché d’un coup de lance.
Son corps, enveloppé de feuilles de chêne et de laurier, est déposé au lieu même où il était tombé. Son cœur sera précieusement conservé par sa compagnie et, à chaque appel, le plus ancien sergent répondra désormais au nom de La Tour d’Auvergne :
-Mort au champ d’honneur.

La tragique histoire de lady Jeanne Grey

L'exécution de lady Jeanne, d'après une illustration du XIXe siècle.
L’exécution de lady Jeanne, d’après une illustration du XIXe siècle.

Belle, instruite, lady Jeanne Grey, arrière-petite-fille d’Henri VII, doit à l’ambition de sa famille de mourir à dix-sept ans.
La santé du jeune roi Édouard VI, fils unique d’Henri VIII, était vacillante depuis longtemps déjà et de nombreux seigneurs craignaient de voir lui succéder sa demi-sœur, Marie Tudor, catholique intransigeante. John Dudley, chef du parti protestant et beau-père de lady Jeanne, réussit à convaincre le roi mourant de désigner cette dernière comme héritière de la couronne et, le 6 juillet 1553, à la mort d’Édouard VI, Jeanne est effectivement proclamée reine d’Angleterre. Son règne durera treize jours : le 19 juillet, Marie Tudor réussit à faire reconnaître ses droits et à enfermer Jeanne et sa famille à la Tour de Londres. Et afin de mettre définitvement un terme à toute ambition de la pauvre lady Jeanne -qui n’en avait pas demandé tant-, l’ex-reine et son mari sont condamnés à mort et exécutés le 12 février 1554.

Dryden : l’homme de tous les compromis

John Dryden (1631-1700).
John Dryden (1631-1700).

Il semble acquis pour beaucoup, notamment pour ceux qui en vivent, que l’art, la culture doivent être indépendant. Indépendant de quoi ? De qui ? Du pouvoir bien sûr ; de la mode aussi, puisque ceux sont eux qui la font. Pourtant, l’histoire nous révèle que la culture et l’art sont intimement lié au pouvoir et à la mode, aux puissants et à la "bien-pensance". Ceux qui ne s’y soumettent pas sont exclus et meurent dans la pauvreté. On ne compte plus les exemples d’artistes qui sont morts dans le dénuement. Mais est-ce le but de chaque artiste ? Ce n’était apparemment pas la préoccupation de John Dryden, reconnu comme l’un des plus grand de l’époque de la Restauration anglaise. Reconnu également comme l’homme de tous les compromis…
C’est avec Heroic Stanzas, qu’âgé d’à peine 27 ans John Dryden connaît la célébrité. Une ouvre qui célèbre la mémoire de Cromwell. Deux ans plus tard, Dryden, applaudit au retour sur le trône de Charles II dans Astra redux et devient le poète favori du roi et des courtisans. Des courtisans dont il fait partie d’ailleurs. Converti au catholicisme après l’avènement de Jacques II Stuart, il se lancera dans une virulente défense du catholicisme -dans The Hind and the panther-… après avoir célébré le protestantisme -dans Religio Laici. Cinq ans (1687-1682) seulement séparent ses deux œuvres, preuves que, lorsque l’on veut plaire, tout est permis.

La saga des Beauharnais

Eugène de Beauharnais (1781-1824), d'après une gravure du XIXe siècle.
Eugène de Beauharnais (1781-1824), d’après une gravure du XIXe siècle.

A n’en pas douter, c’est bien le soleil de la Martinique qui va apporter à la famille de Beauharnais toute sa renommée. Un soleil nommé Joséphine.
Née dans les terres brumeuses de Bretagne, cette famille de magistrats et de hobereaux s’établira en Orléanais au XVIe siècle avant de se lancer dans l’aventure américaine. A la Martinique, affectation du gouverneur François de Beauharnais, il prend lien avec une vieille famille de l’île et en 1779 son fils, Alexandre, épousera Joséphine Rose Tascher de la Pagerie. Le vicomte Alexandre ne connaîtra qu’une gloire personnelle toute relative comparée à celle de son épouse et de ses enfants. Pourtant, il est passé à deux doigts de l’immortalité. Par deux fois président de l’Assemblée constituante, il est celui qui fera arrêté puis emprisonné Louis XVI et sa famille. Il est celui qui, à l’époque, était regardé comme un nouveau monarque, au point que le peuple s’amassait sous les fenêtres de sa demeure afin d’y voir Hortense et Eugène, devenus les nouveaux enfants royaux. Un présage s’il en fut ; un présage qui ne concernera cependant que les enfants d’Alexandre, ce dernier finissant sa vie, comme le roi qu’il avait condamné, sur la guillotine (1794). Mais si Alexandre laissa échapper la gloire, si, pour une fois dans sa vie, il ne su être opportun ou opportuniste, Joséphine le sera pour deux, se hissant jusqu’à la plus haute arche au point d’acquérir le titre d’impératrice.
Quant aux enfants du vicomte, ils ne seront pas en reste : Hortense deviendra reine de Hollande et sera la mère du futur Napoléon III et Eugène, vice-roi d’Italie par la volonté de son beau-père, Napoléon Ier, obtiendra par mariage le titre de prince de Leuchtenberg et d’Eichstätt. Un monceau de titres et d’honneurs qui aurait sans nul doute enchanté le vicomte Alexandre, être ô combien imbu de sa personne.

Les frères Pâris

Joseph Pâris, dit Pâris-Duverney (1684-1770).
Joseph Pâris, dit Pâris-Duverney (1684-1770).

C’est avec une réputation sulfureuse que les frères Pâris font irruption dans le monde de la finance en 1704. Fils d’un aubergiste du Dauphiné, Antoine, Claude dit La Montagne, Joseph, dit Pâris-Duverney et Jean dit de Montmartel quittent subitement leur région natale parce qu’ils avaient été accusés de s’être emparés de blé durant la disette qui avait touchée le pays. Ils prennent la direction de la capitale où , en 1704, ils font fortune en assurant le ravitaillement de l’armée. C’est le troisième de la famille, Pâris-Duverney, qui prend alors la direction des affaires familiales : il obtient le bail des fermes et, surtout, se lance dans une critique sévère du système Law. En 1720, ces critiques lui valent, comme à ses frères, d’être exilés. Mais la chute de Law, quelques mois plus tard, sonne la fin de la sanction. Mieux même, Pâris-Duverney est nommé, en 1721, à la tête d’une commission chargée de réviser la fortune de ceux qui avaient fait des bénéfices exagérés. Grâce à cette commission, il permettra à l’Etat de se soustraire au versement de près de 1 500 millions de dettes et obtiendra la reconnaissance éternelle de l’Etat, en la personne du duc de Bourbon. Le duc le fait alors secrétaire de ses commandements et Pâris, avec ses frères, obtient pratiquement la direction des finances de la France de 1723 à 1726.
En 1725, Pâris-Duverney lance l’idée d’une caisse d’amortissement de la dette publique, crée de nouveaux impôts et rétablit le droit de joyeux avènement, qui permettra de financer, en partie, le mariage de Louis XV et de Marie Leszcynska. Une intrigue contre Fleury, alors ministre d’Etat, annonce à nouveau la route de l’exil. Pour trois ans seulement, à la suite de quoi, les frères Pâris devaient reprendre leurs activités. Créateur de l’Ecole militaire, Pâris-Duverney en sera le premier intendant. Quant à son frère, Pâris de Montmartel, il sera fait marquis par Louis XV et garde du trésor royal.

Les Mémoires de Saint-Simon : un brûlot contre la monarchie

Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon (1675-1755).
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon (1675-1755).

Ennemi des Jésuites, des bâtards de Louis XIV et de ses ministres « bourgeois » comme Louvois ou bien Colbert, très attaché à son double titre de duc et pair du royaume de France et affligé, selon Voltaire qui l’admirait, « d’une nuque raide impropre à la condescendance et à la courtisanerie », Louis de Saint-Simon est sans aucun doute le mémorialiste le plus fécond, le plus aigu et aussi le plus amer de toute l’histoire littéraire française.
Extraordinaire portraitiste, doué d’une plume incisive, Saint-Simon a dépeint, avec un réalisme au vitriol, la société et la cour de Versailles, avec son lot de mesquineries, de lâchetés, de complots dérisoires et son étiquette absurde.
À sa mort, survenue le 2 mars 1755, à  quatre-vingts ans, Saint-Simon, qui  a consacré plus de trente années à la rédaction de ses Mémoires, n’a montré des fragments de cette œuvre immense -une vingtaine de volumes- qu’à de rares privilégiés. Cinq ans plus tard, en 1760, le manuscrit, qui constitue un véritable brûlot contre la monarchie, est saisi sur l’ordre de Choiseul puis transféré aux archives du ministère des Affaires étrangères : le ministre de Louis XV suspectait sans doute Saint-Simon, qui fut ambassadeur auprès de l’Espagne en 1721, de révéler… des secrets d’État ! Il faudra attendre la veille de la Révolution (1788) pour voir une partie de l’ouvrage publiée. Et sous la Restauration, on restitue le manuscrit à sa famille, mais l’édition définitive paraîtra bien plus tard, entre 1879 et 1928, grâce à un admirateur du duc, l’historien de Boislisle…

Le mystère La Ramée

Charles IX et Catherine de Médicis (d'après une gravure du XIXe siècle).
Charles IX et Catherine de Médicis (d’après une gravure du XIXe siècle).

Charles IX aurait-il eu un fils ? C’est du moins ce que prétend le jeune La Ramée qui, profitant des troubles toujours présents dans le royaume malgré le couronnement d’Henri IV, se rend à Reims pour s’y faire sacrer roi.
D’après le jeune homme, Catherine de Médicis l’aurait enlevé à sa naissance et l’aurait abandonné. Pourquoi ? Cela, La Ramée ne l’explique pas. Pourtant, quel intérêt aurait eu la reine mère ? Au contraire, il fallait un héritier à son fils, un héritier légitime, et Charles IX avait déjà un bâtard de Marie Touchet qui finit duc d’Angoulême alors, un de plus ou de moins ?
L’affaire fait grand bruit mais ne convainc personne : le 9 février 1596 La Ramée est pendu en place de Grève…