À nous l’Amérique !

Le marquis de La Fayette (1757-1834).
Le marquis de La Fayette (1757-1834).

La terrible guerre d’Indépendance américaine a fait de Marie Joseph Motier, marquis de La Fayette, un héros. Quand, à l’âge de dix-huit ans, le capitaine de cavalerie La Fayette entend parler du combat pour la liberté mené par les « Insurgents» dans toute l’Amérique, il décide, malgré l’opposition de Versailles, d’affréter un navire. Il embarque, le 20 avril 1777, pour la Caroline du Sud, où il est accueilli très chaleureusement. Le Congrès, par contre, est plus réticent et La Fayette obtient seulement de servir, sans solde, comme major général dans l’armée américaine. Il y rencontre Washington, qui lui témoignera toujours une vive amitié. Intrépide, infatigable, il est sur tous les fronts pour soutenir la cause américaine et, de retour en France, obtient l’envoi de six mille soldats.
Son grand attachement aux principes libéraux et l’auréole de gloire dont on l’entoure, depuis son séjour aux États-Unis, lui permettent de jouer un rôle important aux premières heures de la Révolution. Opposé à Robespierre, il fuit à l’étranger en 1792, où, pendant cinq ans, il est emprisonné pour ses « sentiments » révolutionnaires.
La Fayette ne participera, à nouveau, à la vie politique qu’après la chute de Napoléon Ier et favorisera la montée sur le trône de Louis-Philippe Ier, avant de rompre totalement avec le régime, juste avant sa mort en 1834.

Cromwell : la main de Dieu

Oliver Cromwell (1599-1658).
Oliver Cromwell (1599-1658).

L’histoire a fait d’Oliver Cromwell un régicide, l’homme qui a bien failli mettre définitivement un terme à la monarchie anglaise. Bref, elle a fait de lui un révolutionnaire "à la française" avant l’heure. Mais ce n’est pas le désir d’abattre la monarchie qui a animé l’action de Cromwell : c’est la religion.
Né dans une famille de gentilshommes campagnards, Oliver Cromwell fait ses études au Sussex College de Cambridge, foyer du puritanisme de l’époque. C’est là, qu’il se "convertit" au puritanisme. Un puritanisme qui va guider toute sa vie. Etabli à Ely, dans le comté de Cambridge, dès 1626, il siège au Parlement deux ans plus tard et devient député au Long et au Court parlement en 1640. Et c’est parce qu’il se place comme un adversaire des épiscopalistes, qu’il devient celui du pouvoir royal, le second soutenant le premier. La guerre civile qui devait se déclarer en 1642 sera, pour lui, une guerre religieuse avant tout. Il y prendra part, dès 1643, en créant le régiment de cavalerie des Ironsides, les Côtes de fer. Un régiment devenu célèbre par son fanatisme et sa discipline.
De fait, Cromwell va se révéler un remarquable chef de guerre. En juillet et octobre 1644, il participe avec ses Ironsides aux batailles de Marston Moor et de Newbury. Il fait une telle impression que le Parlement le charge de procéder à la réorganisation de l’armée, ce qu’il fait en créant la New Model Army (1645) qui allait écraser les troupes royales à Naseby. Un conflit entre l’armée et le parlement devait le conduire à enlever Charles Ier de la prison où le parlement le retenait et à tenter une négociation. Echec sur toute la ligne ! Notamment parce qu’à cette occasion Charles Ier s’évadera. Pour Cromwell ce ne sera que parie remise : en août 1648, ses troupes infligent une cinglante défaite aux royalistes anglais et Cromwell s’empare à nouveau de la personne du roi. Il le fera juger comme un criminel, pressant personnellement pour son exécution. Elle aura lieu en janvier 1649.

Sceau de l'Angleterre sous Cromwell.
Sceau de l’Angleterre sous Cromwell.

Devenu une "république", l’Angleterre sans Charles Ier était loin d’être pacifiée. Les Ecossais, les Irlandais, les royalistes anglais : autant d’ennemis à soumettre. Membre du Conseil d’Etat, Cromwell gardait la haute main sur l’armée. Il allait s’en servir pour infliger la terreur. Et sa première cible sera l’Irlande, un foyer de papistes. Le massacre de la garnison de Drogheda (septembre 1649), près de Dublin, devait frapper de terreur l’île toute entière. L’Irlande se soumettra. Les victoires de Dunbar (1650) puis de Worcester (1651) devaient mettre un terme à la rébellion écossaise. Restait le Parlement. Un Parlement qui avait largement fait la preuve de son impuissance.
Une fois encore c’est par la force et grâce à ses troupes que Cromwell règle le problème. Il dissout, militairement, le Parlement, en 1653, et crée une nouvelle assemblée de 140 membres désignés par l’armée. Auto-proclamé  lord-protecteur, c’est une dictature qu’il instaure alors. Une dictature nettement plus oppressante que la monarchie ; une dictature qui ne devait se transformer en dictature de type monarchique puisque Cromwell se réservait le droit de désigner son successeur, ce qu’il fera en la personne de son fils, Richard.

Anne, dernière duchesse de Bretagne

Anne, héritière de François II, duc de Bretagne, succède à son père à la tête du duché en 1488… elle a tout juste douze ans. Très vite, la petite duchesse saura rallier tout son peuple autour d’elle pour tenter de préserver l’indépendance du duché. Mais c’est peine perdue et, en 1492, après que la Bretagne ait été soumise, Anne doit finalement se marier avec le jeune roi de France, Charles VIII (1483-1498).
Très rapidement, elle va mettre la cour de France au diapason de celle du duché. Son goût des lettres et du luxe attire nombre d’artistes au Louvre, qui devient un haut lieu de la littérature et du raffinement. Mais, le 7 avril 1498, Charles VIII meurt des suites d’une blessure à la tête. Anne, veuve, regagne son duché de Bretagne qu’elle va enfin pouvoir administrer. Mais l’histoire entre cette Bretonne et la couronne de France ne s’arrête pas là…
De son mariage avec Charles VIII, aucun enfant n’a survécu et le trône échoit au cousin et beau-frère du roi défunt, Louis d’Orléans qui devient Louis XII (1498-1515). Ce dernier, qui tient absolument à garder la Bretagne comme vassale, décide d’en épouser la duchesse. Mais cette fois-ci, Anne pose ses conditions : elle n’épousera le roi que s’il fait annuler son union avec Jeanne de France avant un an, ou la Bretagne recouvrera son indépendance pleine et entière. En cas de mariage, Anne exige aussi que le duché revienne en héritage à sa descendance de quelque sexe qu’elle soit et en cas de rupture dans la lignée, qu’il soit transmis à ses plus proches parents. La duchesse est très claire : jamais la Bretagne ne deviendra une simple possession du roi de France !
Elle épouse le roi en 1499 et lui donne deux filles. C’est elle-même qui dirige son duché, devenu florissant et tente de contrer les projets de Louis XII qui veut marier leur fille Claude, héritière de Bretagne, au futur François Ier… Elle donnerait plutôt la Bretagne aux Habsbourg en mariant sa fille à Charles de Gand, futur Charles-Quint.
La question est en suspens lorsque Anne meurt le 9 janvier 1514. Mais celle qui eut le destin, unique dans notre histoire, d’être deux fois reine de France fut, avant tout, la dernière duchesse de Bretagne.

Saint-Just, l’archange de la Terreur

Louis-Antoine de Saint-Just (1767-1794), gravure du XIXe siècle.
Louis-Antoine de Saint-Just (1767-1794), gravure du XIXe siècle.

Ce qui constitue une République, c’est la destruction totale de ce qui lui est opposé, proclame Louis Antoine de Saint-Just (1767-1794) en ce 26 février 1794.
Saint-Just présente alors le rapport sur la « loi de ventôse » qui confisque les biens des suspects. La Terreur est déjà fort bien installée et cette loi, promulguée par « l’archange de la Terreur », ne fait que la renforcer.
Fils d’un capitaine de cavalerie, issu d’une famille de robins –gens de robe-, Louis-Antoine de Saint-Just, après des études chez les Oratoriens de Soissons, devient clerc de procureur puis reprend ses études à Reims. De fait, Saint-Just ne sait que faire de sa personne. Ses parents non plus d’ailleurs, qui le feront enfermer quelques mois pour avoir dérobé des objets appartenant à sa mère…
En 1789, il vient de publier une épopée soi-disant satirique mais, aux dires des spécialistes, certainement obscène –et laborieusement encore-, lorsque éclate la Révolution. Il a alors à peine 22 ans et s’est à corps perdu qu’il va s’y jeter.
Et dès ce moment, Louis-Antoine de Saint-Just va afficher très clairement son idéal : une République égalitaire formée par un peuple d’agriculteurs.
Il l’a imaginée dans ses moindres détails : on se mariera uniquement pour avoir des enfants qui, confiés à l’État à l’âge de cinq ans, le serviront en étant ouvriers puis soldats. Bref, une République parfaitement organisée, ce qui est justement le point fort de Saint-Just. Il l’a prouvé dans ses missions militaires, en 1793, dans l’armée du Rhin. Non seulement il redonne le moral aux troupes, mais assure également leur ravitaillement, leur habillement, en imposant des contributions extraordinaires aux bourgeois de Strasbourg et de Nancy.
Mais Saint-Just, plus qu’un organisateur, est un idéaliste intransigeant. Et la réalisation de son utopie ne  saurait souffrir le moindre traître, la moindre faiblesse : ceux qui refusent la liberté et l’égalité se la verront imposer !
Pour cela, il n’hésite guère à faire couler le sang. Trop de sang d’ailleurs. Et en 1794, il est conduit avec Robespierre, qu’il admirait tant, à l’échafaud.

Wallenstein, le condottiere des Habsbourg

Albrecht Wallenstein (1583-1634).
Albrecht Wallenstein (1583-1634).

Il n’est pas donné à tous les militaires de voir leur nom et leur personne devenir le personnage central d’une pièce de théâtre. Et une trilogie en plus ! En effet, c’est en s’inspirant de la vie -pour le moins mouvementée- d’Albrecht von Wallenstein que Schiller écrira le drame éponyme.
Fils d’une famille noble de Waldstein, Wallenstein était né protestant mais, après un séjour estudiantin en Italie, il se convertit au catholicisme (1606). Un acte décisif -sans doute guidé par des motifs aussi bien religieux que politiques- qui allait le lier aux Habsbourg dont il sera un des chefs de guerre les plus talentueux, les plus décisifs au cours de la guerre politico-religieuse qu’est la guerre de Trente ans. Marié à une riche veuve, qui après cinq années de mariage devait décéder, il se trouva dès 1614 à la tête d’une fortune considérable. Ayant déjà servi l’empereur, il fut un des rares nobles -sans doute aidé par son indépendance financière- à soutenir les Habsbourg lors de la révolte de la Bohême, en 1618.  Il leva une armée à ses frais et combattit en Moravie. Pour le récompenser de sa fidélité, Ferdinand II augmentera encore la fortune du condottiere en lui offrant d’immenses domaines en Bohême. Prince d’empire en 1623, il se remaria avec la fille d’un personnage important de la cour et fut fait duc de Friedland en 1624.
La guerre ayant repris, il offrit à l’empereur de lever, toujours à ses propres frais, une armée entière… à la condition cependant que ses hommes puissent se ravitailler et être payés au dépens des pays conquis. La proposition acceptée, Wallenstein se trouva à la tête d’une armée de 30 000 hommes, puis de 50 000 qui allaient jouer un rôle décisif dans la guerre de Trente Ans. En à peine deux ans, il devait faire la conquête de toute l’Allemagne du nord, refoulant les Danois intervenus aux côtés des protestants et obligeant le roi Christian IV de Danemark à signer le traité de Lübeck (1629). Sauveur des Habsbourg, il obtint de Ferdinand II la principauté de Sagan et les duchés mecklembourgeois avec le titre d’amiral et la mer Océane et Baltique.
Mais le succès militaire et le pouvoir qu’il engendrait commençait à agacer et à inquiéter les princes de la Ligue catholique qui, à la diète de Ratisbonne (1630), devaient obtenir qu’il soit relevé de son commandement. Lorsque Ferdinand II, affolé par les succès de Gustave-Adolphe, fit de nouveau appel à lui, c’est une fin de non-recevoir qu’il obtint. Finalement, Wallenstein devait reprendre son commandement au sein des armées catholiques mais au prix d’un abdication du pouvoir impérial sur les armées : il obtint un pouvoir illimité sur les armées, pouvant révoquer à son gré les officiers, obligeant l’empereur à ne paraître qu’avec son autorisation. Mieux, même, il obtint le pouvoir de faire non seulement la guerre mais aussi la paix. Bref, d’agir en roi. Ceci étant établi, Wallenstein reprit la Bohême aux Saxons, chassa Gustave-Adolphe de Nuremberg et lui livra une ultime bataille à Lützen, où le roi de Suède devait périr.
Après ce fait d’armes, Wallenstein devait se montrer nettement moins performant. Sans doute, mais il n’y a aucune certitude, avait-il dans l’idée de faire cesser ce conflit qui ruinait l’Allemagne, de faire cesser le conflit entre catholiques et protestants et de s’assurer la couronne de Bohême. Pour contraindre l’empereur à la paix, il entra en contact avec les Suédois et le duc de Saxe-Weimar. Un lien qui allait exciter ses opposants auprès de l’empereur. En 1634, ce dernier relèvera Wallenstein de son commandement. Plusieurs des officiers proches du chef de guerre devaient le quitter et Wallenstein était prêt à se réfugier chez les Suédois lorsqu’il fut assassiné au cour d’un banquet en 1634.

Les colères d’Étienne Dolet

Etienne Dolet (1509-1546).
Etienne Dolet (1509-1546).

Sans doute l’un des plus brillants humanistes de son temps, à la fois poète, grammairien et traducteur d’œuvres grecques et latines. Mais aussi un intellectuel turbulent, impétueux, en rébellion contre toutes les autorités religieuses ou politiques. Une légende tenace -et sans fondement historique- fait d’Étienne Dolet un fils naturel de François 1er. Mais il est vrai que le roi interviendra à deux reprises pour le sauver de la prison et du bûcher. En 1542, il s’établit comme imprimeur à Lyon et lance de violentes attaques contre Rabelais, Marot et Érasme.
Accusé d’hérésie, il est jeté en prison et ne doit sa liberté qu’à l’intervention de François 1er. Deux ans plus tard, en 1544, il publie un pamphlet virulent contre le parlement intitulé Le second enfer. Il est de nouveau jeté en prison et, encore une fois, sauvé par le roi. Cependant, ni la clémence du roi ni les multiples avertissements de ses rares amis ne calment les colères  d’Étienne Dolet. Sacrifiant la prudence à la conviction, il reprend ses attaques et perd cette fois l’indulgence amicale de François 1er. Arrêté une troisième fois, il est condamné à mort en 1546 et brûlé vif sur la place Maubert, à Paris, à l’âge de trente-sept ans.

Catherine de Médicis ou Machiavel à la cour de France

Catherine de Médicis (1519-1589) d'après une gravure du XIXe siècle.
Catherine de Médicis (1519-1589) d’après une gravure du XIXe siècle.

Le peuple l’avait tellement en horreur et mauvaise opinion, rapporte le chroniqueur Lestoile à propos de Catherine de Médicis, que tout ce qui advenait de malencontreux lui était imputé.
Calculatrice, retors, empoisonneuse : tout, on aura tout reproché à cette Italienne, au point que sa légende noire, largement relayée par les historiens du XIXe siècle (au crédit tout relatif) et par les cinéastes du XXe. Pourtant, le personnage de Catherine de Médicis est bien moins tranché que cela ; il est même tout en nuance, même si, il faut bien le reconnaître, elle a fait de la politique de Machiavel une réalité.
Fille de Laurent II de Médicis, duc d’Urbin, et de Madeleine de la Tour d’Auvergne, Catherine, orpheline de père et de mère très jeune, va vivre les vicissitudes de la révolte florentine avant d’épouser, grâce à son oncle, le pape Clément VII, le second fils de François Ier, Henri d’Orléans. Nous sommes alors en 1533 : Catherine a quatorze ans ; comme Henri. Cultivée, aimant les arts, Catherine ne dépareille nullement à la cour de France mais son jeune époux est subjuguer par une dame de la cour, de dix-neuf ans plus âgée que lui : une certaine Diane de Poitiers. Jamais, Catherine ne réussira à détourner Henri de cette passion et si elle ne s’en réjouit pas, du moins fit-elle bonne figure, allant jusqu’à «  négocier » avec la dame d’Anet pour qu’Henri fasse son devoir de roi. Car depuis 1536, date à laquelle meurt le fils aîné de François Ier, Henri est dauphin. Et sa première tâche est d’assurer une descendance. Il faudra pas moins de dix ans pour qu’enfin naisse un premier enfant : en 1544 naît François, futur François II. Il aura pas moins de neuf frères et sœurs ! La succession au trône semble largement assurée… et pourtant : la mort d’Henri III, dernier fils de Catherine, verra un changement de dynastie.
Peu influente au cours du règne d’Henri II, Catherine va prendre une véritable ampleur politique après sa mort, en 1559. Le jeune et faible François II ne règne qu’un an et, en 1560, Catherine devient régente pour son fils Charles IX. Le conflit entre protestants et catholiques bât alors son plein et Catherine n’aura de cesse, de tenter de garder l’équilibre entre les deux forces. Pour se faire, elle s’entoure de conseillers, comme Michel de L’Hospital, un modéré ; elle souffle le chaud et le froid ; favorise les uns un jour puis fait tout pour les écarter des arcanes du pouvoir. Bref, elle utilise tous les moyens pour que le seul maître du royaume soit le roi. Et chacun sait qu’en politique, il n’y a pas d’honneur possible… Cependant le rôle qu’on lui attribue bien volontiers dans la massacre de la Saint-Barthélémy est sujet à controverse et mérite de plus amples recherches. Et l’acharnement de certains historiens du XIXe siècle contre cette «  Italienne » accusée de tout les maux permet déjà de mettre en doute le rôle de « grand organisateur de massacre » qu’on lui fait souvent jouer. Malgré tout, la Saint-Barthélémy va marquer un tournant dans la vie de Catherine de Médicis qui lâche peu à peu les rènes du pouvoir.
Trois de ses fils seront successivement rois, cependant elle verra l’extinction de la branche des Valois et la reconnaissance de son gendre, le protestant Henri de Navarre, comme héritier du trône. Elle meurt à Blois, où elle s’était réfugiée avec le roi, le 5 janvier 1589.

Lucrèce Borgia : victime d’un mythe

Lucrèce Borgia (1480-1519).
Lucrèce Borgia (1480-1519).

Les enfants de ce siècle ont Satan pour nourrice
On berce en leurs berceaux les enfants et le vice… , écrivait Agrippa d’Aubigné.

Incestueuse et meurtrière, la belle Lucrèce Borgia a traversé les siècles avec une réputation sulfureuse. Une réputation entretenue avec ardeur par les historiens du XIXe siècle qui ne pouvaient laisser passer une telle possibilité de critiquer la papauté sur sa moralité. Quant à l’histoire, elle avait juste la touche de romanesque et de noirceur susceptible de satisfaire aux goûts très littéraires et bien peu scientifiques d’un plus grand nombre…
Fille du pape Alexandre VI Borgia, Lucrèce apparaît surtout comme la victime des manœuvres politiques de son père et de son frère, César.
D’abord mariée à Giovanni Sforza, elle voit son union annulée par son père qui la donne ensuite à Alphonse d’Aragon mais ce second époux est, peu après, assassiné par son frère, César Borgia.
Lucrèce semble irrémédiablement condamnée à subir ses terribles parents quand, en 1501, elle épouse Alphonse d’Este, le futur duc de Ferrare, qui la soustrait finalement aux manœuvres  machiavéliques de sa redoutable famille.
Mécène reconnue, la belle Lucrèce Borgia, duchesse de Ferrare, meurt en juin 1519, après avoir fait de sa cour l’un des plus intenses centres artistiques d’Europe.

Alberoni ou le rêve brisé de la Grande Espagne

Giulio Alberoni (1664-1752).
Giulio Alberoni (1664-1752).

C’est le duc de Vendôme qui, le premier, devait donner sa chance à Giulio Alberoni, un modeste italien, fils d’un pauvre jardinier. Et c’est en suivant le duc de Vendôme, qu’il alalit apparaître dans le paysage politique espagnol. Arrivé dans la péninsule en 1711, il obtient les faveurs de la princesse des Ursins qui le fit nommer agent du duc de Parme à Madrid en 1713. Nommé premier ministre d’Espagne en 1714, cardinal en 1717, il avait formé le projet -pour le moins ambitieux- de relever l’Espagne. Cela signifiait avant tout de lui redonner une stature internationale. Et pour ce faire, Alberoni ne vit d’autre solution que d’envahir la Sardaigne, violant ainsi la paix d’Utrecht. Le résultat ne se fait pas attendre : l’Espagne devait alors se trouvé face à la France, à l’Angleterre, à la Hollande et à l’Autriche, unies pour le maintient de la paix… et pour que l’Espagne ne redevienne pas une grande puissance. De fait, pendant près d’un siècle et demi, l’Espagne avait littéralement régné sur l’Europe et sur le monde -à travers ses colonies. On appelle généralement cette période, le Siècle d’or -avec une majuscule ! Un Siècle d’or qui cesse dès le règne de Philippe IV, laissant place, ensuite, aux revers, tant diplomatiques que militaires.
C’est cette Espagne du Siècle d’or qu’Alberoni rêvait de faire renaître. S   ans grand succès d’ailleurs. De fait, toute l’action internationale d’Alberoni est marquée du sceau de l’échec. La flotte espagnole est détruite en Méditerranée, il soutient le prétendant au trône anglais Jacques-Edouard Stuart, qui échoue, soutient également les protestants français, sans plus de succès et travaille à la chute du Régent afin d’y placer Philippe V d’Espagne. Certes, Philippe V, petit-fils de Louis XIV, anciennement duc d’Anjou aurait pu avoir les faveurs de certains, s’il n’y avait eu un roi, déjà, nommé Louis XV. Au final, Alberoni ne devait réussir qu’une chose : s’aliéner toute Europe ou presque. Et Philippe V ne devait avoir d’autre solution, afin d’obtenir la paix, que de congédier ce trop fervent partisan de la grande Espagne. Sommé de quitter l’Espagne en 1719, Alberoni, après avoir erré de ville en ville, devait trouver refuge dans sa patrie d’origine, l’Italie, où il mourra en 1752, non sans avoir contribué à l’élection d’Innocent XIII.

Un faux tsar nommé Pougatchev

En 1762, Pierre III, tsar de Russie, est renversé puis emprisonné à Robscha. Le septième jour de sa détention, il meurt âgé seulement de trente-quatre ans. Son corps, ramené à Saint-Pétersbourg, est exposé aux yeux du peuple. Malgré cette preuve publique, des imposteurs, originaires de multiples provinces, tentent de se faire passer pour le tsar défunt. Le plus célèbre d’entre eux est Pougatchev.
Iémélian Pougatchev, né vers 1742 à Simoveisk sur le Don, est un simple cosaque comme son père. Ayant servi dans la guerre contre la Prusse, puis dans celle opposant les Russes aux Turcs, il finit par déserter. Repris le 1er juillet 1770 à Kazan, il s’évade et réapparaît dans la steppe où il affirme être le tsar Pierre III. Promettant l’abolition du servage aux paysans, il s’entoure de rebelles et prend d’assaut de nombreuses fortifications ; en 1773, il assiège Orenbourg. Les Cosaques de l’Oural, les serfs et les ouvriers de plusieurs provinces, ainsi que les Tartares, se rallient à son mouvement et c’est à la tête de trente mille hommes qu’il assiège et prend Tcheliabinsk, en février 1774. Dans sa marche vers Saint-Pétersbourg et vers Moscou, il est arrêté à Orenbourg. Une série de défaites marquent l’année 1774 pour le faux tsar. Catherine II la Grande (1762-1796) met sa tête à prix et après une ultime défaite, Pougatchev se réfugie dans la steppe. Livré par ses cosaques, il est transporté dans une cage de fer à Moscou où il est décapité le 10 janvier 1775.