Charles Quint : la couronne arrachée

Charles Quint
Charles Quint (1500-1558).

Roi d’Espagne, des Deux-Siciles et maître des Amériques, Charles Ier d’Espagne devient aussi souverain des Pays-Bas et empereur germanique en 1519 et prend le nom de Charles Quint.
À la tête d’un « empire où le soleil ne se couche jamais », Charles Quint menace la France d’encerclement et François Ier tente, par tous les moyens, d’unir les puissances européennes contre le Habsbourg.
En 1526, le roi forme avec le pape Clément VII, les princes italiens et le roi d’Angleterre, une Ligue sainte contre l’empereur.
Charles-Quint, qui se posait alors en défenseur de la chrétienté, organise le sac de Rome, en 1527, puis fait prisonnier le souverain pontife.
Le 5 novembre 1529, Clément VII, contraint et forcé, pose la couronne impériale sur la tête de Charles Quint.

Mort au champ d’honneur

La mort de La Tour d'Auvergne (gravure du XIXe siècle).
La mort de La Tour d’Auvergne (gravure du XIXe siècle).

Entré jeune dans l’armée, Théophile de La Tour d’Auvergne était un soldat dans l’âme, un vrai héros de la guerre. Capitaine de la Colonne infernale dans l’armée des Pyrénées occidentales, il est nommé Premier Grenadier par Bonaparte et reçoit un sabre d’honneur. Maintes fois, il figura dans les conseils de guerre et il avait, selon ses soldats, le don de « charmer les balles ». Pourtant, le 28 juin 1800, alors qu’il combattait dans les rangs de l’armée du Rhin, La Tour d’Auvergne tombe, mortellement touché d’un coup de lance.
Son corps, enveloppé de feuilles de chêne et de laurier, est déposé au lieu même où il était tombé. Son cœur sera précieusement conservé par sa compagnie et, à chaque appel, le plus ancien sergent répondra désormais au nom de La Tour d’Auvergne :
-Mort au champ d’honneur.

La tragique histoire de lady Jeanne Grey

L'exécution de lady Jeanne, d'après une illustration du XIXe siècle.
L’exécution de lady Jeanne, d’après une illustration du XIXe siècle.

Belle, instruite, lady Jeanne Grey, arrière-petite-fille d’Henri VII, doit à l’ambition de sa famille de mourir à dix-sept ans.
La santé du jeune roi Édouard VI, fils unique d’Henri VIII, était vacillante depuis longtemps déjà et de nombreux seigneurs craignaient de voir lui succéder sa demi-sœur, Marie Tudor, catholique intransigeante. John Dudley, chef du parti protestant et beau-père de lady Jeanne, réussit à convaincre le roi mourant de désigner cette dernière comme héritière de la couronne et, le 6 juillet 1553, à la mort d’Édouard VI, Jeanne est effectivement proclamée reine d’Angleterre. Son règne durera treize jours : le 19 juillet, Marie Tudor réussit à faire reconnaître ses droits et à enfermer Jeanne et sa famille à la Tour de Londres. Et afin de mettre définitvement un terme à toute ambition de la pauvre lady Jeanne -qui n’en avait pas demandé tant-, l’ex-reine et son mari sont condamnés à mort et exécutés le 12 février 1554.

Dryden : l’homme de tous les compromis

John Dryden (1631-1700).
John Dryden (1631-1700).

Il semble acquis pour beaucoup, notamment pour ceux qui en vivent, que l’art, la culture doivent être indépendant. Indépendant de quoi ? De qui ? Du pouvoir bien sûr ; de la mode aussi, puisque ceux sont eux qui la font. Pourtant, l’histoire nous révèle que la culture et l’art sont intimement lié au pouvoir et à la mode, aux puissants et à la "bien-pensance". Ceux qui ne s’y soumettent pas sont exclus et meurent dans la pauvreté. On ne compte plus les exemples d’artistes qui sont morts dans le dénuement. Mais est-ce le but de chaque artiste ? Ce n’était apparemment pas la préoccupation de John Dryden, reconnu comme l’un des plus grand de l’époque de la Restauration anglaise. Reconnu également comme l’homme de tous les compromis…
C’est avec Heroic Stanzas, qu’âgé d’à peine 27 ans John Dryden connaît la célébrité. Une ouvre qui célèbre la mémoire de Cromwell. Deux ans plus tard, Dryden, applaudit au retour sur le trône de Charles II dans Astra redux et devient le poète favori du roi et des courtisans. Des courtisans dont il fait partie d’ailleurs. Converti au catholicisme après l’avènement de Jacques II Stuart, il se lancera dans une virulente défense du catholicisme -dans The Hind and the panther-… après avoir célébré le protestantisme -dans Religio Laici. Cinq ans (1687-1682) seulement séparent ses deux œuvres, preuves que, lorsque l’on veut plaire, tout est permis.

La saga des Beauharnais

Eugène de Beauharnais (1781-1824), d'après une gravure du XIXe siècle.
Eugène de Beauharnais (1781-1824), d’après une gravure du XIXe siècle.

A n’en pas douter, c’est bien le soleil de la Martinique qui va apporter à la famille de Beauharnais toute sa renommée. Un soleil nommé Joséphine.
Née dans les terres brumeuses de Bretagne, cette famille de magistrats et de hobereaux s’établira en Orléanais au XVIe siècle avant de se lancer dans l’aventure américaine. A la Martinique, affectation du gouverneur François de Beauharnais, il prend lien avec une vieille famille de l’île et en 1779 son fils, Alexandre, épousera Joséphine Rose Tascher de la Pagerie. Le vicomte Alexandre ne connaîtra qu’une gloire personnelle toute relative comparée à celle de son épouse et de ses enfants. Pourtant, il est passé à deux doigts de l’immortalité. Par deux fois président de l’Assemblée constituante, il est celui qui fera arrêté puis emprisonné Louis XVI et sa famille. Il est celui qui, à l’époque, était regardé comme un nouveau monarque, au point que le peuple s’amassait sous les fenêtres de sa demeure afin d’y voir Hortense et Eugène, devenus les nouveaux enfants royaux. Un présage s’il en fut ; un présage qui ne concernera cependant que les enfants d’Alexandre, ce dernier finissant sa vie, comme le roi qu’il avait condamné, sur la guillotine (1794). Mais si Alexandre laissa échapper la gloire, si, pour une fois dans sa vie, il ne su être opportun ou opportuniste, Joséphine le sera pour deux, se hissant jusqu’à la plus haute arche au point d’acquérir le titre d’impératrice.
Quant aux enfants du vicomte, ils ne seront pas en reste : Hortense deviendra reine de Hollande et sera la mère du futur Napoléon III et Eugène, vice-roi d’Italie par la volonté de son beau-père, Napoléon Ier, obtiendra par mariage le titre de prince de Leuchtenberg et d’Eichstätt. Un monceau de titres et d’honneurs qui aurait sans nul doute enchanté le vicomte Alexandre, être ô combien imbu de sa personne.

Les frères Pâris

Joseph Pâris, dit Pâris-Duverney (1684-1770).
Joseph Pâris, dit Pâris-Duverney (1684-1770).

C’est avec une réputation sulfureuse que les frères Pâris font irruption dans le monde de la finance en 1704. Fils d’un aubergiste du Dauphiné, Antoine, Claude dit La Montagne, Joseph, dit Pâris-Duverney et Jean dit de Montmartel quittent subitement leur région natale parce qu’ils avaient été accusés de s’être emparés de blé durant la disette qui avait touchée le pays. Ils prennent la direction de la capitale où , en 1704, ils font fortune en assurant le ravitaillement de l’armée. C’est le troisième de la famille, Pâris-Duverney, qui prend alors la direction des affaires familiales : il obtient le bail des fermes et, surtout, se lance dans une critique sévère du système Law. En 1720, ces critiques lui valent, comme à ses frères, d’être exilés. Mais la chute de Law, quelques mois plus tard, sonne la fin de la sanction. Mieux même, Pâris-Duverney est nommé, en 1721, à la tête d’une commission chargée de réviser la fortune de ceux qui avaient fait des bénéfices exagérés. Grâce à cette commission, il permettra à l’Etat de se soustraire au versement de près de 1 500 millions de dettes et obtiendra la reconnaissance éternelle de l’Etat, en la personne du duc de Bourbon. Le duc le fait alors secrétaire de ses commandements et Pâris, avec ses frères, obtient pratiquement la direction des finances de la France de 1723 à 1726.
En 1725, Pâris-Duverney lance l’idée d’une caisse d’amortissement de la dette publique, crée de nouveaux impôts et rétablit le droit de joyeux avènement, qui permettra de financer, en partie, le mariage de Louis XV et de Marie Leszcynska. Une intrigue contre Fleury, alors ministre d’Etat, annonce à nouveau la route de l’exil. Pour trois ans seulement, à la suite de quoi, les frères Pâris devaient reprendre leurs activités. Créateur de l’Ecole militaire, Pâris-Duverney en sera le premier intendant. Quant à son frère, Pâris de Montmartel, il sera fait marquis par Louis XV et garde du trésor royal.

Les Mémoires de Saint-Simon : un brûlot contre la monarchie

Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon (1675-1755).
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon (1675-1755).

Ennemi des Jésuites, des bâtards de Louis XIV et de ses ministres « bourgeois » comme Louvois ou bien Colbert, très attaché à son double titre de duc et pair du royaume de France et affligé, selon Voltaire qui l’admirait, « d’une nuque raide impropre à la condescendance et à la courtisanerie », Louis de Saint-Simon est sans aucun doute le mémorialiste le plus fécond, le plus aigu et aussi le plus amer de toute l’histoire littéraire française.
Extraordinaire portraitiste, doué d’une plume incisive, Saint-Simon a dépeint, avec un réalisme au vitriol, la société et la cour de Versailles, avec son lot de mesquineries, de lâchetés, de complots dérisoires et son étiquette absurde.
À sa mort, survenue le 2 mars 1755, à  quatre-vingts ans, Saint-Simon, qui  a consacré plus de trente années à la rédaction de ses Mémoires, n’a montré des fragments de cette œuvre immense -une vingtaine de volumes- qu’à de rares privilégiés. Cinq ans plus tard, en 1760, le manuscrit, qui constitue un véritable brûlot contre la monarchie, est saisi sur l’ordre de Choiseul puis transféré aux archives du ministère des Affaires étrangères : le ministre de Louis XV suspectait sans doute Saint-Simon, qui fut ambassadeur auprès de l’Espagne en 1721, de révéler… des secrets d’État ! Il faudra attendre la veille de la Révolution (1788) pour voir une partie de l’ouvrage publiée. Et sous la Restauration, on restitue le manuscrit à sa famille, mais l’édition définitive paraîtra bien plus tard, entre 1879 et 1928, grâce à un admirateur du duc, l’historien de Boislisle…

Le mystère La Ramée

Charles IX et Catherine de Médicis (d'après une gravure du XIXe siècle).
Charles IX et Catherine de Médicis (d’après une gravure du XIXe siècle).

Charles IX aurait-il eu un fils ? C’est du moins ce que prétend le jeune La Ramée qui, profitant des troubles toujours présents dans le royaume malgré le couronnement d’Henri IV, se rend à Reims pour s’y faire sacrer roi.
D’après le jeune homme, Catherine de Médicis l’aurait enlevé à sa naissance et l’aurait abandonné. Pourquoi ? Cela, La Ramée ne l’explique pas. Pourtant, quel intérêt aurait eu la reine mère ? Au contraire, il fallait un héritier à son fils, un héritier légitime, et Charles IX avait déjà un bâtard de Marie Touchet qui finit duc d’Angoulême alors, un de plus ou de moins ?
L’affaire fait grand bruit mais ne convainc personne : le 9 février 1596 La Ramée est pendu en place de Grève…

À nous l’Amérique !

Le marquis de La Fayette (1757-1834).
Le marquis de La Fayette (1757-1834).

La terrible guerre d’Indépendance américaine a fait de Marie Joseph Motier, marquis de La Fayette, un héros. Quand, à l’âge de dix-huit ans, le capitaine de cavalerie La Fayette entend parler du combat pour la liberté mené par les « Insurgents» dans toute l’Amérique, il décide, malgré l’opposition de Versailles, d’affréter un navire. Il embarque, le 20 avril 1777, pour la Caroline du Sud, où il est accueilli très chaleureusement. Le Congrès, par contre, est plus réticent et La Fayette obtient seulement de servir, sans solde, comme major général dans l’armée américaine. Il y rencontre Washington, qui lui témoignera toujours une vive amitié. Intrépide, infatigable, il est sur tous les fronts pour soutenir la cause américaine et, de retour en France, obtient l’envoi de six mille soldats.
Son grand attachement aux principes libéraux et l’auréole de gloire dont on l’entoure, depuis son séjour aux États-Unis, lui permettent de jouer un rôle important aux premières heures de la Révolution. Opposé à Robespierre, il fuit à l’étranger en 1792, où, pendant cinq ans, il est emprisonné pour ses « sentiments » révolutionnaires.
La Fayette ne participera, à nouveau, à la vie politique qu’après la chute de Napoléon Ier et favorisera la montée sur le trône de Louis-Philippe Ier, avant de rompre totalement avec le régime, juste avant sa mort en 1834.

Cromwell : la main de Dieu

Oliver Cromwell (1599-1658).
Oliver Cromwell (1599-1658).

L’histoire a fait d’Oliver Cromwell un régicide, l’homme qui a bien failli mettre définitivement un terme à la monarchie anglaise. Bref, elle a fait de lui un révolutionnaire "à la française" avant l’heure. Mais ce n’est pas le désir d’abattre la monarchie qui a animé l’action de Cromwell : c’est la religion.
Né dans une famille de gentilshommes campagnards, Oliver Cromwell fait ses études au Sussex College de Cambridge, foyer du puritanisme de l’époque. C’est là, qu’il se "convertit" au puritanisme. Un puritanisme qui va guider toute sa vie. Etabli à Ely, dans le comté de Cambridge, dès 1626, il siège au Parlement deux ans plus tard et devient député au Long et au Court parlement en 1640. Et c’est parce qu’il se place comme un adversaire des épiscopalistes, qu’il devient celui du pouvoir royal, le second soutenant le premier. La guerre civile qui devait se déclarer en 1642 sera, pour lui, une guerre religieuse avant tout. Il y prendra part, dès 1643, en créant le régiment de cavalerie des Ironsides, les Côtes de fer. Un régiment devenu célèbre par son fanatisme et sa discipline.
De fait, Cromwell va se révéler un remarquable chef de guerre. En juillet et octobre 1644, il participe avec ses Ironsides aux batailles de Marston Moor et de Newbury. Il fait une telle impression que le Parlement le charge de procéder à la réorganisation de l’armée, ce qu’il fait en créant la New Model Army (1645) qui allait écraser les troupes royales à Naseby. Un conflit entre l’armée et le parlement devait le conduire à enlever Charles Ier de la prison où le parlement le retenait et à tenter une négociation. Echec sur toute la ligne ! Notamment parce qu’à cette occasion Charles Ier s’évadera. Pour Cromwell ce ne sera que parie remise : en août 1648, ses troupes infligent une cinglante défaite aux royalistes anglais et Cromwell s’empare à nouveau de la personne du roi. Il le fera juger comme un criminel, pressant personnellement pour son exécution. Elle aura lieu en janvier 1649.

Sceau de l'Angleterre sous Cromwell.
Sceau de l’Angleterre sous Cromwell.

Devenu une "république", l’Angleterre sans Charles Ier était loin d’être pacifiée. Les Ecossais, les Irlandais, les royalistes anglais : autant d’ennemis à soumettre. Membre du Conseil d’Etat, Cromwell gardait la haute main sur l’armée. Il allait s’en servir pour infliger la terreur. Et sa première cible sera l’Irlande, un foyer de papistes. Le massacre de la garnison de Drogheda (septembre 1649), près de Dublin, devait frapper de terreur l’île toute entière. L’Irlande se soumettra. Les victoires de Dunbar (1650) puis de Worcester (1651) devaient mettre un terme à la rébellion écossaise. Restait le Parlement. Un Parlement qui avait largement fait la preuve de son impuissance.
Une fois encore c’est par la force et grâce à ses troupes que Cromwell règle le problème. Il dissout, militairement, le Parlement, en 1653, et crée une nouvelle assemblée de 140 membres désignés par l’armée. Auto-proclamé  lord-protecteur, c’est une dictature qu’il instaure alors. Une dictature nettement plus oppressante que la monarchie ; une dictature qui ne devait se transformer en dictature de type monarchique puisque Cromwell se réservait le droit de désigner son successeur, ce qu’il fera en la personne de son fils, Richard.