Le roi Arthur : les secrets d’une légende

Modèle de chevalerie et de courtoisie, roi sage et vaillant,
Arthur est un des plus célèbres mythes du Moyen Âge.
Mais qui était réellement Arthur ?
Un personnage historique ? Un combattant de la mythologie irlandaise ?
Un roi « fabriqué » de toutes pièces par les Plantagenêt ?
Essayant de répondre à ces questions, l’auteur nous plonge, avec passion, dans la légende et tente de dérouler, pour nous, l’écheveau de sa naissance.
Fascinant personnage que celui d’Arthur : le Moyen Âge ne s’y est pas trompé, faisant revivre, maintes et maintes fois, à travers les paroles des jongleurs des ménestrels et des conteurs, les aventures d’Arthur et de Guenièvre, de Lancelot et de la fée Morgane.
Comme ces « conteurs-jongleurs », laissons-nous donc emporter par la légende…
Le bâtard du roi

Merlin et la fée Vivianne

Le roi Arthur, blessé, contemple le désastre. L’ultime combat du souverain anglais contre les Saxons, la bataille de Camlann, vient de faucher la fine fleur du royaume. Et parmi tous les chevaliers de la Table ronde, seuls deux d’entre eux ont suvécu… Arthur regarde une dernière fois Mordred, son fils, qu’il vient de tuer puis, soutenu par ses deux compagnons, se dirige vers un lac où il attend la mort.
De lointains souvenirs submergent alors sa mémoire…
Tout a commencé quand le souverain Uterpendragon, du royaume de Logres -qui devient, par la suite, la Grande-Bretagne- s’éprend de la femme de son vassal, le duc de Cornouailles. Ce dernier apprenant les avances que le roi avait faites à Ygerne, son épouse, déclara la guerre à celui-ci. Mais, alors que le duc était sur le champ de bataille, Uterpendragon, accompagné de Merlin, se rendit au château de Tintagel et, ayant pris l’apparence du duc de Cornouailles, grâce à la magie de Merlin, passa la nuit avec Ygerne. C’est ainsi que fut conçu Arthur. Dès sa naissance, Merlin prit l’enfant et le confia à un chevalier du pays, tout en gardant secrète l’identité de l’enfant.
Peu d’années après, Uterpendragon mourut. Et comme il ne laissait pas d’héritier mâle, tous les chevaliers de Bretagne se réunirent à Londres, afin d’élire un nouveau souverain. Arthur, alors simple écuyer, s’y rendit avec son père et son frère adoptifs. Un jour que ce dernier lui demandait une épée, Arthur prit la première qu’il trouva. Elle était plantée dans le roc, devant l’église de Londres et jamais personne, jusque-là, n’avait réussi à l’extraire de son rocher. Arthur « la prit par le pommeau et l’emporta ». Son père adoptif, Antor, voyant cela, appella l’arche-vêque et tous les barons et demanda à Arthur de remettre l’épée à sa place et de la ressortir du roc, afin que tous voient ce qu’il avait fait.
Et lorsqu’ils furent tous là, Antor commanda à Arthur de prendre l’épée et de la donner à l’archevêque, ce qu’il fit. À cette vue, l’archevêque le prit dans ses bras et entonna bien haut un Te Deum.
La Grande-Bretagne avait, à nouveau, un roi. Une légende disait, en effet, que celui qui réussirait à sortir l’épée du roc serait le roi de Bretagne. Et c’est alors que Merlin révéla le secret de la naissance d’Arthur.
Les chevaliers de la Table ronde
Après plusieurs années de guerre, au cours desquelles il repoussa les hordes saxonnes qui tentaient de conquérir le pays et combattit la fée Morgane, sa sœur, Arthur instaura la paix en Bretagne et réunit, au château de Camelot, les meilleurs chevaliers du pays. Merlin, qui était le conseiller d’Arthur, construisit pour lui une Table ronde où ne pourraient siéger que les meilleurs chevaliers de son royaume. Bientôt, on vit une cour permanente se tenir à Camelot, d’où le roi, souverain très sage, faisait régner l’harmonie et la paix sur le pays.
Entre temps, il avait épousé la belle Guenièvre, fille du roi de Carmelide. C’est avec le mariage d’Arthur que commencèrent les « douze années de paix » et pourtant, Merlin, qui savait l’avenir, lui avait prédit que Guenièvre le trahirait avec le meilleur chevalier de la cour. Parmi ceux-ci, on trouvait, entre autres, Gauvain, un des neveux du roi, Mordred, son fils incestueux, Lancelot, le meilleur des chevaliers et Galaad, le fils de Lancelot. Seul Galaad put prendre place sur le « Siège périlleux » de la Table ronde, jadis laissé vacant car personne n’était assez pur pour y prendre place.
Mais les années de paix ne devaient plus durer. Mordred, espérant s’asseoir sur le trône à la place de son père, lui révéla la trahison de Guenièvre, qui aimait en secret Lancelot. Les deux amants ayant été surpris, Lancelot se réfugia sur son domaine, en petite Bretagne, où Arthur et ses troupes le poursuivirent.
Mordred, faisant courir le bruit de la mort du roi, prit sa place sur le trône et épousa, de force, la belle Guenièvre. Arthur apprit rapidement la chose et retourna en Grande-Bretagne pour affronter son fils et neveu, Mordred, qui s’était allié aux Saxons. Et ce fut le désastre de Camlann…
La disparition du roi Arthur

La disparition d’Arthur

Revenant à lui, Arthur demanda à Bedwyr, l’un des chevaliers survivants, de s’emparer d’Excalibur, l’épée que la Dame du Lac lui avait donnée, puis de la jeter le plus loin possible dans les eaux du lac. Après bien des hésitations, Bedwyr obéit au roi et lança l’épée.
Dès qu’elle approcha de l’eau, il vit une main qui sortait du lac et qui se montrait jusqu’au coude, mais il ne vit rien du corps auquel la main appar-tenait. La main prit l’épée par la poignée et se mit à la brandir trois ou quatre fois vers le ciel. Quand il eut clairement vu ce prodige, elle s’enfonça dans l’eau avec l’épée.
Bedwyr alla retrouver le roi pour lui raconter ce qu’il avait vu et Arthur, sachant sa fin toute proche, demanda au chevalier de partir et de le laisser seul. Ce dernier « se mit en selle et s’éloigna du roi. Dès qu’il l’eut quitté, il se mit à tomber une pluie d’une extraordinaire densité qui l’accompa-gna jusqu’à ce qu’il eût atteint une colline, à plus d’une demi-lieue de l’endroit où était le roi. Arrivé sur la colline, il s’arrêta sous un arbre et la pluie finit par cesser ; il porta ses regards du côté où il avait laissé le roi. Il vit venir au milieu de l’eau, une barque toute emplie de dames ; quand elle accosta, à l’endroit même où se tenait le roi, les dames s’approchèrent de son bord. Celle qui les commandait tenait, par la main, Morgane, la sœur du roi Arthur, et elle se mit à inviter le roi à entrer dans la barque. Le roi, dès qu’il aperçut sa sœur Morgane, se leva précipitamment du sol où il était assis ; il pénétra dans la barque, tirant son cheval derrière lui, et emporta ses armes. Quand Bedwyr, toujours sur sa colline, eut été témoin de tout cela, il rebroussa chemin aussi vite que son cheval le lui permit et parvint enfin sur le rivage ; une fois là, il vit le roi Arthur, parmi les dames, et reconnut bien la fée Morgane, pour l’avoir vue maintes fois. En très peu de temps, la barque s’était éloignée à une distance de plus de huit portées d’arbalète. Comprenant qu’il avait ainsi perdu le roi, Bedwyr mit pied à terre sur le rivage et manifesta la plus grande douleur du monde… »
Ainsi disparut le grand roi Arthur, cinglant vers l’île d’Avalon.
La légende arthurienne : un mythe celtique ?

Finn Maccool

Mais le roi Arthur a-t-il vraiment existé ? Il semblerait que oui, bien que la figure historique d’Arthur reste, malgré tout, sujet à caution.
Apparu, dans les textes, à partir du VIIe siècle, Arthur serait un roi ou un grand chef de guerre, qui rallia tous les peuples de Grande-Bretagne pour combattre les Saxons qui, au VIe siècle, tentaient d’envahir le pays. C’est aussi ce que suggère l’Historia Britonium, écrite au IXe siècle, et qui décrit les douze victoires d’un certain Arthur sur les Saxons et, surtout, le désastre de Camlann, qui aurait eu lieu en 537.
D’autres chroniques font, au fil des ans, quelques allusions à Arthur, qui serait un soldat romain, le centurion Lucius Artorius Castus, installé en Bretagne au début du Ve siècle. Mais aucun texte ne nous permet de savoir avec certitude si Arthur a réellement existé.
Et d’ailleurs, la légende arthurienne n’est-elle pas, tout simplement, un des nombreux mythes celtiques ?
Il existe, en effet, beaucoup de points communs entre la légende arthurienne et certains aspects de la mythologie celtique.
Un certain Arthur, possesseur d’une épée enchantée nommée Caledlwch, dans laquelle certains linguistes ont cru reconnaître Excalibur, est parfois mentionné.
Parmi les apports de la mythologie celtique à la légende arthurienne, on peut relever en particulier le nom de Finn Maccool. Fils du dieu de la mer d’Irlande, Mongan, devenu par la suite le célèbre Finn Maccool, a été conçu par « magie ». Enlevé par son père à l’âge de trois jours, il grandit dans un des royaumes de l’Autre Monde, la Terre de Promesse.
Revenu dans le monde réel sous le nom de Finn Maccool, il est conseillé par un druide, Finegas, qui lui permet d’attraper le Saumon de Connaissance qui apporte la sagesse. Devenu chef des Fiannas, les guerriers les plus fiers et les plus vaillants, Finn Maccool est l’un des plus grands combattants de toute l’Irlande : selon la légende, il ne meurt pas mais a été emmené dans l’Autre Monde…
Comme Finn Maccool, Arthur a été engendré par magie, celle de Merlin. Comme Finn, Arthur est le chef des meilleurs combattants du royaume, les chevaliers de la Table ronde et, toujours comme lui, il n’est pas mort mais a été emporté, blessé, par trois femmes, sur l’île d’Avalon.
Et les concordances ne s’arrêtent pas seulement au personnage d’Arthur. La légende arthurienne raconte nombre de combats ou de batailles, à la fin desquels le vainqueur tranche la tête du vaincu, comme le fait Arthur lui-même après avoir combattu le géant du Mont-Saint-Michel et comme le faisaient les combattants irlandais et gallois qui imaginaient que l’âme se situait dans la tête :
Il s’écarta et contempla le cadavre puis il ordonna à son bouteiller de trancher la tête du géant et de la donner à un écuyer.
Du chaudron de Bran au Saint Graal

Le saint Graal, d’après un vitrail de l’église de Tréhorenteuc

L’héritage celtique marque très fortement certains personnages, comme Morgane et Merlin, qui sont, tout deux, typiques de la mythologie celtique.
Morgane, demi-sœur du roi, a un rôle tout à fait ambigu dans la légende d’Arthur. Reine d’Avalon, une île de l’Autre Monde, cette habile sorcière s’oppose à Arthur tout le long du récit. Morgane représente, en quelque sorte, la déesse des ténèbres et de la mort, alors qu’Arthur est le soleil et la vie. Pourtant, son personnage a aussi un aspect positif. En effet, quand, blessé après la bataille de Camlann, Arthur est amené par le chevalier Bedwyr au bord d’un lac, Morgane joue le rôle de la fée guérisseuse pour, finalement, emmener Arthur sur l’île d’Avalon, c’est-à-dire l’île de Verre.
Merlin, quant à lui, est l’image même du subtil mélange entre cette mythologie païenne et la légende « revisitée » par le Moyen Âge chrétien. Fils d’un démon et d’une femme, le plus célèbre des magiciens tient ses pouvoirs de son père et les utilise pour permettre la conception d’Arthur, dont il deviendra le conseiller. C’est également lui qui va construire le site de Stonehenge, le monument funéraire de Pendragon, l’oncle d’Arthur, avec les pierres des Géants, qu’il a ramenées d’Irlande, et, plus tard, la Table ronde. Il disparaît de la fin du récit, victime de la Dame du Lac, Viviane, qui, après avoir reçu les secrets du magicien, qui l’aimait, l’enferme dans la forêt pour l’éternité.
Les ressemblances ne se limitent pas aux personnages. Ainsi, le Graal, qui apparaît d’abord avec Chrétien de Troyes, a des vertus similaires aux fameux chaudrons miraculeux, l’un des thèmes récurrents de la mythologie celtique. Certains apportent la sagesse ou l’abondance et d’autres redonnent la vie comme le chaudron magique de Bran, ou bien « Chaudron de Résurrection », qui est réputé pour rendre la vie aux guerriers mais les laisse muets pour l’éternité.
De même, le Saint Graal, qui est le calice de la Cène dans lequel Joseph d’Arimathie  recueille le sang de Jésus-Christ sur la croix, apporte la vie éternelle et assure  l’abondance.
Et si, tout simplement, Chrétien de Troyes avait repris un thème païen présent dans la légende primitive et l’avait christianisé ?
Après cela, est-il encore envisageable d’imaginer qu’il n’ y ait pas eu une première légende arthurienne, entiè-rement bretonne et très largement inspirée de la mythologie celtique ?
En effet, il ne paraît pas possible de penser que le personnage d’Arthur soit juste né de l’imagination de l’historien du XIIe siècle, Geoffroy de Monmouth.
La seconde vie d’Arthur

Page d’un manuscrit de Chrétien de Troyes

C’est par la volonté de Geoffroy Plantagenêt, qui voulait asseoir son autorité en Grande-Bretagne, que Geoffroy de Monmouth écrit, en 1138, L’Histoire des rois de Bretagne.
Les premiers paragraphes de cette chronique sont dédiés à la naissance, quelque peu mythique, du pays. Ses premiers habitants sont les Géants, les fils des démons et de la danaïde Albine, d’où le nom d’Albion, qui sont ensuite vaincus par la tribu de Dana, c’est-à-dire le peuple des lutins et des elfes.
Peu après, Brutus, qui donne son nom à la Bretagne, fuyant Rome avec quelques compagnons, débarque sur la terre des Géants et apporte les bases de la civilisation. Après ces débuts pour le moins légendaires, Geoffroy de Monmouth relate l’histoire des rois de Bretagne, consacrant le plus long passage à Arthur. C’est, sans nul doute, en se basant sur des légendes existant  déjà que Geoffroy de Monmouth va écrire cette « histoire » d’Arthur, donnant ainsi à la légende une seconde vie… celle qui sera la plus longue.
Lorsqu’Henri II Plantagenêt devient roi d’Angleterre, en 1153, il comprend tout le parti qu’il peut tirer de l’œuvre de Monmouth.
Ennemi juré des Saxons, modèle du roi breton, Arthur ne peut que plaire à Henri II, qui est alors en butte à une certaine résistance saxonne, perdurant après plus de quatre-vingt-dix ans de domination normande.
Grâce aux prophéties de Merlin, que Monmouth a intégrées à son texte, le message est clair : Henri est l’héritier d’Arthur, devenu, grâce à L’Histoire des rois de Bretagne, un personnage historique incontestable.
Vulgarisée par le Roman de Brut, que Wace a composé en 1155, l’histoire d’Arthur va alors s’étendre à travers toute l’Europe et se développer, principalement, en France.
La première à parler d’Arthur est Marie de Champagne, la fille d’Aliénor d’Aquitaine et de Louis VII le Jeune, qui livre une image assez peu flatteuse du roi mythique.
Mais c’est surtout Chrétien de Troyes, un écrivain champenois, qui donnera à la légende d’Arthur toute son ampleur. Se dégageant du mythe déjà élaboré, Chrétien de Troyes va christinaniser la légende et faire d’Arthur ainsi que des preux chevaliers de la Table ronde les meilleurs propagateurs de l’éthique chevaleresque, telle qu’elle apparaît au XIIe siècle.
Les romans du Conte du Graal, de Érec et Énide, du Chevalier au lion et du Chevalier de la charette, qui n’est autre que Lancelot, relatent les exploits de ces chevaliers et leur quête de la perfection spirituelle, particulièrement évidente dans Le Conte du Graal et dans sa préface, écrite par un certain Robert de Boron, qui donne à l’œuvre de Chrétien de Troyes une orientation résolument chrétienne.
La légende arthurienne n’est bientôt plus qu’un cadre, nécessaire parce que populaire, permettant de raconter les exploits de plusieurs chevaliers de la Table ronde.
Ainsi cite-t-on l’histoire de Gauvain, le neveu du roi, de Perceval, l’un des trois chevaliers qui aperçut le Graal, ou même de Tristan, le célèbre amant d’Iseult.
La légende d’Arthur devient alors un doux mélange d’exploits guerriers, de contes païens, d’amour courtois et de spiritualité.
Et grâce à l’influence des monastères clunisiens, celui de Fécamp notam-ment, cette morale arthurienne va se propager dans toute l’Europe, allant de l’Allemagne à l’Italie et à l’Espagne, perdurant même à travers les jeux de cartes. Depuis, Arthur reste vivant dans nos esprits et nos légendes : « roi de jadis, roi à venir », dit-on en Bretagne. Et si Arthur n’était pas mort…

Chichén Itzá, en l’honneur du dieu Chac

Pyramide de Chichen Itza.
Pyramide de Chichen Itza.

Fondée vers le milieu du VIe siècle de notre ère sur la presqu’île du Yucatan, Chichén Itzá ne fut qu’un poste frontière de l’Empire maya avant d’atteindre le rang, vers le milieu du Xe siècle, d’un des principaux centres de l’Empire, puis celui de capitale sous la domination Toltèque (XIIIe siècle). C’est là qu’elle connut son apogée, notamment comme centre religieux, avant d’être littéralement abandonnée, désertée par ses habitants pour des raisons encore inconnues (XVe siècle).
Désormais, les ruines de Chichén Itzá se dressent sur la plaine côtière de la mer des Caraïbes, dans une région de roche calcaire recouvrant de gigantesques nappes d’eau. Mais par endroits, lorsque la croûte superficielle s’effondre, apparaissent de vastes puits naturels que les Mayas appelaient chen ou tz’onot, déformé en cenote. De même, on peut encore voir, près de Chichén Itzá, un célèbre cénotaphe qui constituait un lieu de pèlerinage où les fidèles de l’Empire maya venaient adorer Chac, le dieu de la pluie : on avait coutume de jeter dans le puits, profond de vingt mètres, des offrandes et même des victimes humaines dont on a retrouvé des ossements mêlés aux bijoux de jade, d’os et aux disques d’or ciselé offerts à l’exigeante divinité.

Lancelot du Lac : le parfait chevalier

Page de garde du Lancelot en prose, sur laquelle on peut reconnaître Lancelot et Guenièvre.
Page de garde du Lancelot en prose, sur laquelle on peut reconnaître Lancelot et Guenièvre.

Il a pas moins de huit siècles et pourtant, Lancelot du Lac est sans nul doute le plus célèbre des amants. Il en est même l’archétype. Depuis huit siècles, il sert de modèle aux amants malheureux, quand rien ne le prédestinait à cela. De fait, Lancelot, pourvu de tous les dons, de toutes les qualités, avait tout pour être le parfait chevalier. En un sens, il le deviendra d’ailleurs, mais à travers son amour interdit, par cet amour pour la femme d’un autre.
Fils du roi de Bretagne, Lancelot est né en petite Bretagne, un territoire qui s’étendait alors de Vannes à Bellême, du Mont-Saint-Michel au Mans. Enlevé dès le lendemain de sa naissance, il sera élevé par la Dame du Lac -d’où son nom- qui le considérera comme un fils. Déjà, le destin de Lancelot est exceptionnel. Car la Dame du Lac est une fée et que comme toutes les fées elle est un être de l’Autre monde ; un monde qui est autant celui des morts que celui du savoir -seule la mort apporte la connaissance et la compréhension du monde. Comme toutes les fées également elle fait le lien entre le monde des vivants et celui des morts, entre le monde naturel et le monde surnaturel. C’est donc dans cet environnement particulier que Lancelot est éduqué. C’est dans cet environnement qu’il acquiert son statu de plus pur et plus parfait des chevaliers… jusqu’à ce qu’il tombe amoureux de la reine Guenièvre.
Cet amour malheureux, vraisemblablement inassouvi, provoquera la perte de Lancelot. A cause de cet amour, il quittera la cour du roi Arthur ; à cause de cet amour aussi, il perdra son statu de chevalier pur et parfait, statu que récupérera son fils, Galaad. Pur, certainement, Lancelot ne le sera plus dès l’instant où son cœur succombera à l’amour de Guenièvre. Mais parfait ? De fait, Lancelot et Guenièvre ont ou non -selon les versions de l’histoire arthurienne- résisté l’un à l’autre. Mais surtout, le chevalier parfait, le parfait chevalier des romans courtois ne doit-il pas aimer sa dame, ou plutôt celle de son seigneur. N’est-ce pas dans l’ordre des choses ? N’est-ce pas même un signe de plus de la vassalité du chevalier envers son suzerain ? Car c’est bien ainsi qu’il faut voir l’amour courtois : un signe extérieur de puissance pour le suzerain, signe qui passe par une Dame devenue objet de convoitise, mais un objet jamais possédé… En cela, certainement, Lancelot du Lac était, est et sera encore longtemps le parfait modèle des chevaliers.

La Bohême, la Bohême…

Vue de Prague (gravure du XIXe siècle).
Vue de Prague (gravure du XIXe siècle).

On suppose, sans en avoir de certitude, que c’est des Celtes béoïens que la Bohême tire son nom. Des Celtes qui, vers 60 après J.-C. seront repoussés par les Germains, lesquels devaient s’installer six siècles durant sur ce territoire d’Europe centrale. Remplacés au VIe siècle par les Slaves tchèques, les Germains devaient alors émigrer vers la Bavière, laissant la place à un peuple qui, au IXe siècle, allaient rattacher la Bohême au royaume de Grande Moravie, détruit par les Hongrois en 907-908. Deux peuples s’affrontaient alors : les Germains, en la personne des rois allemands devenus suzerains de Bohême, et les Slaves en la personne des ducs de Bohême issus de la maison de Prémyslides. Un antagonisme qui devait se manifester notamment lors de la mission d’apostolat des slaves Cyrille et Méthode, qui évangélisèrent la Bohême au Xe siècle. Irrémédiablement liée au Saint Empire romain germanique dont les ducs de Bohême étaient les vassaux, la dynastie des Prémyslides devait perdurer jusqu’au début du XIVe siècle. Mais, déjà, au siècle précédent, la Bohême devait connaître une forte colonisation allemande et c’est assez naturellement que, à la mort du dernier représentant de la dynastie slave, la Bohême passa sous l’autorité de Jean de Luxembourg, le fils de l’empereur du Saint Empire, Henri VII.
C’est donc désormais sous l’autorité de la maison de Luxembourg que la Bohême devait s’épanouir.
Et c’est ce qu’elle fit, notamment sous les règnes de Charles IV et de Wenceslas IV qui verront et engendreront ce qui est considéré comme l’apogée culturelle de la Bohême, avec, notamment, la fondation de l’université de Prague (1348).
Touchée de plein fouet par l’agitation religieuse et les velléités nationalistes des hussites -proches des protestants-, la Bohême connaîtra, sous le dernier souverain de la maison de Luxembourg, l’empereur Sigismond, quinze années de désolation et de guerre civile. Après lui, la Bohême allait être le jeu des ambitions de tous : à Ladislas Ier, fils d’Albert d’Autriche et de la fille de Sigismond, succéderont George de Podébrady, un noble hussite, puis les Jagellons de Pologne, Ladislas II et Louis, suivi de Ferdinand Ier, frère de Charles-Quint. Après lui, la Bohême ne devait plus connaître l’indépendance, intégrée qu’elle était aux possessions des Habsbourg, jusqu’en 1918. A cette date, elle sera agglomérée par ordre du Traité de Versailles aux Slovaques, formant la Tchécoslovaquie.

Arthur, modèle des chevaliers

Les jongleurs du XIIIe siècle avaient divisé les romans -mot désignant, à l’origine, les ouvrages écrits en langue romane- en trois catégories qui procédaient de trois sources distinctes : romans de Charlemagne, romans de la Table ronde et romans de l’Antiquité grecque et romaine.
Chacune de ces trois catégories comprenait un grand nombre de sujets différents qui correspondaient l’un à l’autre par une succession de faits homogènes et analogiques. C’étaient autant de cycles formant un vaste ensemble, dans lequel on trouvait des personnages de même race et de même caractère.
Le XIIe siècle fut la grande époque de la « romancerie » et les jongleurs, qui diffusaient ces romans, faisaient assaut de nouveauté, cherchant des sources de « gai sçavoir », où personne n’avait encore puisé. Ce fut pour répondre à la demande de leur public passionné que les trouvères de langue d’oïl mirent en rime et en prose les vieux « lais » bretons et augmentèrent le vaste domaine du roman français. De là, une longue série de romans « de Bretagne » ou de la Table ronde…
Les chevaliers de Flandres et de Franche-Comté avaient accueilli, de la bouche des jongleurs bretons ou dans les livres latins écrits sur la foi d’anciens récits, les traditions des Celtes et des rois fabuleux de Bretagne. C’était le roi Marc et son neveu Tristan, épris de la femme de son oncle, Iseult, sous la fatale influence d’un philtre invincible. C’était aussi Arthur, l’Hercule celtique, l’époux de la plus belle et de la plus inconstante des femmes, Guenièvre, et qui était entouré d’une cour de héros.
Les auteurs de romans bretons avaient fait d’Arthur le fondateur de la chevalerie, le créateur des tournois, en racontant que ce valeureux roi faisait asseoir à sa Table ronde les vingt-quatre -on dit parfois douze- meilleurs chevaliers de son royaume, qui formaient ainsi la cour plénière de la chevalerie. Arthur, en fait, est le symbole de la féodalité, le garant des valeurs chevaleresques et du système féodal où les chevaliers suivent leur propre route, tout en étant prêts à répondre, sur l’heure, à l’appel de leur souverain.
Modèle de chevalerie, dont il est l’expression la plus achevée et la plus parfaite, figurant parmi les Neuf Preux -les autres étant Hector, Alexandre, César, Josué, David, Juda Macchabée, Charlemagne et Godefroy de Bouillon- Arthur n’en oublie pas le « fine amor », c’est-à-dire l’amour courtois qui règne en maître dans le monde arthurien. Les dames y jouent un rôle prépondérant et la galanterie la plus raffinée est de mise, élevant les principes du « fine amor » à son paroxisme puisque l’amour courtois est nécessairement adultère, tout comme l’est l’amour entre Lancelot et Guenièvre, entre Tristan et Iseult. A moins que ce ne soit -et c’est là la très intéressante piste donnée par certains historiens- que l’expression d’une transgression, non pas maritale ou morale, mais entre un vassal et son seigneur. En clair, l’amour courtois ne serait jamais qu’une allégorie du jeu de pouvoir entre un seigneur et son homme-lige…

Les Normands : féaux du roi de France ?

Rollon s’inclinant devant Charles le Simple (gravure du XIXe siècle).
Rollon s’inclinant devant Charles le Simple (gravure du XIXe siècle).

Selon certains historiens, notamment Philippe Maurice, auteur de Guillaume le Conquérant, la Normandie ne fut pas, à sa création, un duché comme les autres. En effet, Rollon n’aurait reçu le fief normand que comme une « donation » pour laquelle il n’y avait donc pas d’hommage lige à rendre. Un diplôme de 918 confirme cette assertion en précisant que cette donation fut faite « aux Normands de la Seine, c’est-à-dire à Rollon et à ses compagnons, pour la sauvegarde du royaume ». De fait, s’il n’y avait pas d’hommage, Charles III le Simple pouvait se permettre, à terme, d’attaquer les Normands et de leur reprendre leur fief. D’un autre côté, le Carolingien se privait d’un soutien particulièrement efficace… et Rollon sera d’une fidélité exemplaire. L’aurait-il été s’il n’avait été assujetti par aucun hommage ? De même, comment expliquer l’intervention, comme suzerain et seigneur devant protection à son féal, de Louis IV d’Outremer lors de la minorité de Richard sans Peur ? Certes, Louis ne respectera nullement son devoir de suzerain, mais s’il n’y avait eu aucun lien de suzeraineté, les seigneurs normands auraient-ils accepté si facilement le départ du petit duc ?

L’explication serait donc qu’un lien de vassalité unit les Normands et les rois de France sous Guillaume Longue-Épée et dans les premières années de l’avènement de Richard sans Peur. Un lien que repoussera ensuite ce même Richard, vainqueur de Louis IV d’Outremer qui, en 945, le reconnaîtra duc de Normandie -Richard est le premier à porter officiellement ce titre- et acceptera « l’indépendance totale du jeune prince » (Philippe Maurice). Une indépendance à laquelle, on ne sait trop pourquoi, Richard sans Peur finira par renoncer en reconnaissant la suzeraineté des Robertiens en 965.

La « curia regis » ou le prix de l’indépendance

La Justice (d'après une enluminure du Moyen Âge).
La Justice (d’après une enluminure du Moyen Âge).

Le roi n’est qu’un seigneur comme les autres. Voilà comment on pourrait résumer la raison d’être du parlement au Moyen Age. De fait, les premiers Capétiens n’avaient guère de terre et guère de pouvoir face à des féodaux occupés à leur propre intérêt et souvent plus puissant que le souverain lui-même. Hugues Capet avait été désigné par ses pairs pour prendre la succession des Carolingiens et, des siècles durant, les féodaux se feront un plaisir de le rappeler au souverain. Pour asseoir ses décisions les plus importantes, ce dernier n’avait alors d’autre choix que de chercher le soutien de ces seigneurs. Et c’est ce qu’il fera à travers un conseil composé de vassaux ecclésiastiques et laïcs ; un conseil qui prendra le nom de "curia regis", de "cour du roi" et qui est l’ancêtre du parlement.
Analogue aux cours féodales que l’on retrouvait chez tous les grands seigneurs, elle s’assemblait d’ordinaire lors des grandes fêtes religieuses et avait des attributions autant judiciaires que politique. Une déclaration de guerre, un départ à la croisade, une signature de paix : voilà les sujets que la cour du roi avait à traiter.
Alors certes, le souverain, qui y invitait qui il désirait, avait toutes les chances de voir sa volonté prédominer, mais dans les faits, il apparaît que, jusqu’au XIIIe siècle, le roi n’avait pas les moyens de se priver de ce soutien. Le pouvoir de la cour était donc réel. Comme il était réel dans les affaires judiciaires opposant un seigneur et le roi ou deux féodaux entre eux. Dans le reste du royaume, elle était plus faible car si les ecclésiastiques faisaient aisément appellent à elle, la justice faisait partie inhérente du principe féodal et ce droit, cette autonomie, les grands seigneurs ne comptaient pas s’en laisser départir.
 Au XIIIe siècle, le domaine royal s’était considérablement étendu sous l’impulsion des politiques successives -notamment matrimoniales- des souverains capétiens. Jouant de leur influence grandissante, ces mêmes souverains réintroduirent le droit romain, ce qui allait sonner le glas de l’autonomie judiciaire des féodaux. De fait, sous saint Louis, on constate que la cour du roi commença à recevoir un nombre croissant d’appels des jugements rendus par les baillis et leurs seigneurs. Les légistes royaux se mirent sur l’affaire, soutenant que toute justice étant rendue en fief du roi, la cour du souverain pouvait recevoir en appel tout jugement rendu par une cour féodale. Le nombre d’affaires devint tel qu’il nécessita la réorganisation de la cour du roi qui se scinda en cour de justice et en "cour du parlement".

La Touraine en apanage

Pièce de monnaie de la tribu des Turones (Ier siècle après J.-C.).
Pièce de monnaie de la tribu des Turones (Ier siècle après J.-C.).

Lorsque les Romains pénètrent en Gaule, ceux sont les Turones qui peuplent la riche province de Touraine. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils s’accommodèrent aisément de la conquête romaine, au point que la principale cité de la région, Turones, rebaptisée Caesarodunum -aujourd’hui Tours-, devint la capitale de toute la Lyonnaise IIIe, soit de la Touraine, mais aussi de l’Anjou, du Maine et de l’actuelle Bretagne.
Soumise en 480 après J.-C. Par les Wisigoths, la Touraine allait passer aux mains des Francs après la victoire de Clovis à Vouillé, en 507. Objet de toutes les convoitises tant la région était riche, tant sa situation, favorisant les échanges, en faisait un acteur incontournable au niveau commercial, la Touraine sera au cœur de nombreux conflits entre les princes mérovingiens, jusqu’à ce qu’elle acquière son indépendance, au Xe siècle, sous le gouvernement des comtes de Touraine. Une indépendance qui ne sera que de courte durée : enjeu d’une rivalité entre la maison d’Anjou et celle de Blois, la Touraine allait tombée dans l’escarcelle des premiers sous le règne de Geoffroi II Martel et donc, indirectement et dans les années à venir, dans celle de la maison d’Angleterre lorsque celle-ci aura pour chef un Plantagenêt.
La Touraine, si richement dotée par la nature, sera une des premières possessions que Philippe Auguste s’empressera de reprendre aux Anglais en la confisquant à Jean sans Terre. Désormais, elle restera dans le giron français et deviendra même l’apanage de nombreux princes du sang, tels que Philippe le Hardi, qui aura ensuite la Bourgogne, le futur Charles VII, quant il n’était pas encore dauphin et que ce titre revenait à son frère aîné. Le titre de duc de Touraine devait s’éteindre avec François, duc d’Alençon et frère d’Henri III, en même temps que s’éteignait la lignée des Capétiens-Valois (1584). La province sera dès lors réunie, de manière définitive, à la couronne de France.

Guillaume d’Aquitaine, le roi des troubadours

Guillaume IX d'Aquitaine et sa cour (1071-1127).
Guillaume IX d’Aquitaine et sa cour (1071-1127).

Paradoxalement, c’est à un «  grand trompeur de dames, riche en aventures galantes », selon ses contemporains, que l’on doit ce qui va devenir un véritable art de vivre après avoir été un art littéraire : l’amour courtois.
Guillaume IX d’Aquitaine est à peine âgé d’une quinzaine d’années lorsque, en 1085, il succède à son père à la tête du duché d’Aquitaine. Il prend alors possession d’un immense domaine qui s’étend de la Gascogne aux marches de l’Auvergne, ce qui fait de lui un des plus puissants féaux du royaume de France. S’il n’a guère marqué son époque au regard du politique, excepté quelques actions dans la Reconquista, l’empreinte intellectuelle qu’il a laissé est indéniable.
Amateur de bonne chère et de «  bonne chaire », poète à ses heures, volontiers licencieux dans ses propos ou ses écrits, Guillaume le Troubadour a laissé onze chansons au total, dont quatre qui marquent la naissance du fin amor, dit aussi amour courtois.
Où nous mîmes à la guerre fin,
Quand elle me donna un don si grand,
Son amour et son anneau :
Que Dieu me laisse vivre tant
Quand j’aie mes mains sous son manteau !

Le «  roi des troubadours » y célèbre, en langue d’oc, l’amour avec délicatesse infinie, un art consommé de la poésie et de la rime. Et c’est un véritable genre littéraire qui va éclore et rapidement se propager, grâce aux troubadours, à travers toute l’Europe. Deux siècles durant, il va marquer de son empreinte indélébile le Moyen Âge ; deux siècles qui vont voir également son évolution. Car l’amour courtois se fait plus distant : il célèbre l’amour idéalisé, inaccessible d’un chevalier pour la Dame de ses pensées –généralement la femme de son suzerain. Jamais assouvi, il est l’amour pur et quasi mystique de Lancelot pour Guenièvre, de Tristan pour Iseult.
Mais cette évolution est-elle naturelle ? Telle est la question que pose l’historien. En effet, ne pourrait-on y voir une illustration supplémentaire des règles de féodalité, de vassalité ? La Dame, l’épouse du suzerain au centre des joutes poétiques, faisant alors figure de médiatrice dans les liens qui unissent le seigneur et son vassal. Un  hommage sans cesse renouvelé.

D’Erin en Ulster

Sceau de Jean sans Terre (1166-1216).
Sceau de Jean sans Terre (1166-1216).

Parce que le conflit irlandais était -et est encore un peu- une guerre moderne, on oublie bien souvent que l’Ulster, terre des protestants mais aussi des Anglais, est un territoire depuis longtemps séparé du reste de l’Irlande. On oublie que cela fait des siècles que l’histoire de l’Ulster est différente de celle de l’Erin -désormais l’Eire.
L’Uladt, puisque tel est le nom originel de l’Ulster, formait, au début de notre ère, un vaste royaume, comprenant près de la moitié de l’île. Démembré au IV siècle, l’Uladt allait voir la domination des O’Neil, une famille puissante, qui devait cependant s’incliner face aux troupes de John de Courcy… au XIIe siècle. C’est de cette époque que date la domination anglaise su le nord de l’île puisque c’est pour le compte des souverains anglo-normands qu’agissait Courcy. Et une domination qui ne devait pas cesser, s’étendant toujours plus, au contraire. A John de Courcy et à sa famille allait succéder Hugh de Lacy, un seigneur de la suite de Jean sans Terre qui, en 1205, prend pour la première fois le titre de comte d’Ulster. Un titre plus qu’autre chose puisque "l’Ulster" se limitait alors au seul comté de Down. Il faudra attendre les règnes d’Elisabeth Ire et de Jacques Ier pour que s’étende la domination anglaise dans le nord de l’Irlande : vers le comté de Londonderry -initialement comté de Coleraine- d’abord puis vers sept autres comtés du nord -Antrim, Armagh, Monaghan, Tyrone, Fermanagh et Cavan.
A la fin  du XIXe siècle, Ulster avait une population d’un million et demi d’habitants, parmi lesquels les catholiques n’étaient guère plus que 740 000. Dans aucune province d’Irlande les protestants n’étaient aussi nombreux ; aucune province d’Irlande n’était, non plus, aussi anglaise et depuis si longtemps. De fait, la séparation entre Erin et Ulster avait les allures d’une frontière clairement établie ; l’histoire des deux provinces étaient par trop différente et l’on comprend que ce soit en Ulster que l’opposition au nationalisme irlandais ait été la plus vive… jusqu’à engendrer la guerre civile.