Calais tombe au son du tambour

Après onze longs mois d’un siège acharné, Édouard III, monarque d’Angleterre, met Calais à genoux et reçoit les clefs de la ville des mains de six notables « nus pieds et nus chefs, en leurs linges de draps seulement… ».
Le jour même, le 4 août 1347, le roi anglais, à la tête de ses troupes, entre dans la ville « avec si grande foison de musiciens, de tambours ainsi que de musettes que ce serait merveille à raconter ».
C’est le chroniqueur Froissart qui, pour la première fois, fait mention du tambour militaire, un instrument sans doute d’origine indienne, et qu’il va nommer « bedon ».

Les Vikings et « l’aigle de sang »

Un guerrier viking chargeant (iconographie du XIXe siècle).
Un guerrier viking chargeant (iconographie du XIXe siècle).

Durant près de trois siècles, du VIIIe au XIe siècle, les Vikings vont semer la terreur en Occident. Surgissant des brumes de la mer du Nord, ils s’échouaient sur les côtes grâce à leur drakkars ou leurs snekkars (les uns ornés d’une tête de dragon, les autres d’une tête de serpent), des navires à faible tirant d’eau et remarquablement maniables qui leur permettaient de pénétrer toujours plus avant dans les terres. Marins hors-pairs, charpentiers de génies, les Vikings doivent beaucoup à la conception même de leur navires et à leur incroyable esprit d’aventure. Ils doivent aussi beaucoup à leur sens du commerce et, s’ils n’édifient guère de cités, multiplient, à partir du VIIIe siècle, les places commerciales, nécessaires à l’écoulement de leurs marchandises et à celui des butins, conséquence de leurs razzias. Les découvertes archéologiques faites sur ces sites commerciaux ne lassent pas d’étonner : un jeu d’échec en cristal de perse, des soieries chinoises, des pierres précieuse arabes, une statuette de Bouddha même ! Tout laisse penser que ces aventuriers sont allés au bout du monde. Mais, ne nous y trompons pas, les Vikings, même s’ils savaient jouer les commerçants, étaient avant tout des pillards capables de vider un village en quelques heures.
Les prémices du strandhagg (d'après une iconographie du XIXe siècle).
Les prémices du strandhagg (d’après une iconographie du XIXe siècle).

Les biens étaient pillés, les maisons incendiées et les malheureux qui n’avaient pas réussi à se cacher emmener en esclavage. Ce véritable blitzkrieg sanglant porte un nom : le strandhagg. Les chroniques occidentales ne cessent de la relater, comme frapper d’horreur. Car ce n’est ni la soudaineté de leur apparition, ni la rapidité de leur action qui fera la réputation les Nordmen –les hommes du Nord-, mais bien la cruauté mise en œuvre.
Avant tout le monde, les Vikings avaient saisi l’importance de la psychologie. Et ils en avaient fait une arme de guerre. Le tout était de prendre l’ascendant, dès le début, et pour ce faire ils avaient une technique bien à eux, dite de « l’aigle de sang ». Dès qu’ils arrivaient à proximité d’une ville ou d’un village, ils s’emparaient du premier quidam venu, lui sectionnaient les côtes dans le dos, le long de la colonne vertébrale, afin de faire sortir les poumons dans le dos, tels deux ailes ensanglantées. On imagine aisément l’impacte psychologique d’une telle action, même sur des populations habituées à une certaine brutalité. De fait, les habitants n’avaient plus qu’une idée : fuir le plus loin possible, ce qui laissait tout loisir aux Vikings de piller sans la crainte d’une quelconque réaction.
Cette technique fera ses preuves, trop bien sans doute, car la réputation de barbarie gratuite va poursuivre les Vikings à travers les siècles.

Le Graal : quête et résurrection

Galaad et ses compagnons trouvant le Graal (gravure moderne).
Galaad et ses compagnons trouvant le Graal (gravure moderne).

Plus qu’une légende, la quête du Graal se veut une leçon de spiritualité où les valeurs les plus chrétiennes et les plus saintes sont placées au premier plan. D’inspiration cistercienne, l’œuvre du Graal rappelle le dur chemin de l’homme vers sa rédemption. Mais qu’est-ce que le Graal ?
Le Vendredi saint, au pied de la croix, Joseph d’Arimathie, un des disciples de Jésus, tenait entre ses mains la coupe dont le Christ s’était servi la veille au cours de la Cène. Dans cette coupe, Joseph put recueillir un peu du sang du Christ qui coulait de son côté, transpercé par la lance d’un soldat romain. Plus tard, Joseph, qui est considéré dans « La quête du Graal » comme le premier évêque, partit de Palestine et s’installa en Europe. Ses fils et ses petits-fils après lui prirent soin du Graal mais finirent par l’enterrer. C’est alors que les chevaliers de la Table ronde décidèrent d’entreprendre cette quête. Partant chacun de leur côté, ils avaient cent un jours pour le trouver et le ramener au roi Arthur.
Galaad, Perceval et Bohort trouvèrent le château où était caché le Graal, celui de Corbenic, et assistèrent ensemble à une cérémonie qui leur révéla partiellement les secrets du Saint Graal.
 …Ils entendirent alors une voix qui disait :
-Que ceux qui n’ont pas pris part à la Quête du Saint Graal s’éloignent d’ici, car il ne leur sera pas permis de rester.
Ceux qui étaient restés virent descendre du ciel, à ce qui leur sembla, un homme vêtu comme un évêque, la crosse à la main et la mitre sur la tête. Quatre anges, qui le portaient sur un trône somptueux, l’installèrent près de la Table où était le Saint Graal. Cet homme, semblable à un évêque, avait sur le front une inscription où l’on pouvait lire : « Voici Joseph, le premier évêque des chrétiens, celui-même que Notre-Seigneur a consacré dans la cité de Sarras, dans le Palais Spirituel ». Les chevaliers déchiffrèrent l’inscription mais se demandèrent ce qu’elle pouvait bien signifier puisque le Joseph dont elle parlait était mort depuis trois cents ans. Mais l’homme, s’adressant à eux, leur dit :
-Ha ! Chevaliers de Dieu, soldats de Jésus-Christ, ne vous étonnez pas de me voir ainsi devant vous auprès de ce Saint Vase. En effet, de même que je l’ai servi durant ma vie terrestre, de même je le sers dans le monde céleste.
À ces mots, il s’approcha de la table d’argent et se prosterna devant l’autel, coudes et genoux en terre. Un long moment après, prêtant l’oreille, il entendit la porte de la salle s’ouvrir et claquer avec violence. Il regarda dans cette direction, ainsi que les chevaliers, et tous virent alors s’avancer les anges qui avaient porté Joseph. Deux portaient deux cierges, le troisième, un linge de soie rouge et le quatrième, une lance qui saignait si abondamment que les gouttes tombaient dans un coffret que l’ange tenait dans l’autre main. Les deux premiers mirent les cierges sur la table, le troisième déposa le linge près du Saint Vase, tandis que le quatrième tenait la lance toute droite au-dessus pour qu’y soient recueillies les gouttes du sang qui coulaient de la hampe.
Alors Joseph se leva et écarta un peu la lance du Saint Graal qu’il recouvrit d’un linge. Puis, il commença, leur sembla-t-il, à célébrer la messe.
Au bout d’un moment, il prit dans le Saint Graal une hostie qui avait l’apparence du pain. Or, comme il l’élevait, descendit du ciel un être semblable à un enfant, dont le visage était comme embrasé de feu. L’enfant se fondit dans le pain, si bien que les assistants virent distinctement que le pain avait pris la forme d’un être de chair.

Ce sont là les uniques révélations que la légende arthurienne fait sur le Graal. Seul Galaad, le chevalier le plus pur, le chevalier chaste et vierge, sera  jugé assez digne de contempler, dans toute leur splendeur, les mystères du Saint Graal qu’il prit, dit le texte, « comme le corps de Notre-Seigneur entre ses mains ».
Ainsi en est-il de la quête des chevaliers. Mais qu’en est-il du vase lui-même. Un vase qui est le symbole même de la vie éternelle.

Le chaudron de Gundestrup.
Le chaudron de Gundestrup.

La mythologie celtique de même que les rituels antiques révèlent l’existence de « chaudrons de résurrection », tel le chaudron de Bran. Un « chaudron » sensé apporter la vie après la mort ; un chaudron qui rend ses bénéficiaires muets pour l’éternité, une particularité qui rappelle que celui qui a connu la mort a tout connu, sait tout… et qu’il doit garder ce savoir omniscient secret. Difficile de ne pas voir dans cet instrument de la mythologie celte un écho du saint Graal dont le secret est celui de la connaissance absolue de Dieu. Le chaudron de Gundestrup, découvert dans une tourbière du Jutland, au Danemark, paraît avoir eu la même fonction que les chaudrons de résurrection évoqués dans la mythologie celtique. Orné de plaque dorées représentant une divinité solaire, dotée d’une roue, des serpents à cornes et un dieu coiffé de bois de cerf, il évoque clairement le passage vers la mort… et la résurrection. Preuve en est la divinité solaire, symbole de vie, et le dieu à tête de cerf, qui ressemble étrangement à Cernunnos, dieu de la fertilité mais sans doute aussi divinité psychopompe –c’est-à-dire qui est en charge des âmes vers le monde des morts. Quant aux serpents, ils sont, dans toutes les mythologies, les symboles du cycle éternelle de la vie et de la mort.
De fait, il est évident que le Graal autant que sa quête s’inscrivent dans la droite ligne des croyances anciennes.

Les Omeyyades : des politiques au service de l’islam

Détail d'un Coran.
Détail d’un Coran.

Omeyya, dont la dynastie Omeyyade tire son nom, était un parent de Mahomet, ce qui devait leur conférer une certaine légitimité. En fait, c’est sous le califat de Moawiya Ier (660-680), puissant gouverneur de Syrie sous Omar, que la dynastie devait prendre son essor et acquérir son indépendance. En refusant de reconnaître Ali, le gendre du prophète, après la mort d’Othman, en désignant son propre fils comme son successeur, Moawiya Ier avait fait sécession et proclamé, dans les faits, l’institution du califat héréditaire. Son fils, Yazid Ier, aura bien du mal à se défaire des partisans d’Ali et des partisans du nouveau calife d’Arabie. Mais la victoire de Yazid allait annoncer le début de l’expansion omeyyade. C’est vers l’est que les regards de la nouvelle dynastie se tourne tout d’abord : Kaboul le Belouchistan et le Sindh tombent sous leur coupe ; puis vient le tour de l’empire byzantin et de Constantinople, sa capitale, qui subit un siège mémorable en 673 ; enfin, entre 660 et 709, c’est toute l’Afrique du Nord qui tombe aux mains des Omeyyades… qui ne tarderont pas à tourner leurs regards vers l’Espagne, pratiquement conquise entre 711 et 719.
Vue de la mosquée de Cordoue (gravure du XIXe siècle).
Vue de la mosquée de Cordoue (gravure du XIXe siècle).

L’empire omeyyade était alors immense mais ses souverains se révélèrent être plus des politiques que des conquérants. De fait, ils avaient besoin de nouvelles conquêtes, notamment en terre chrétienne car la plus grande partie de leur système de fiscalité reposait sur l’impôt auquel était soumis les non-musulmans -le dimmi. On comprend dès lors leur grande tolérance… au point de ne pas encourager les conversions !
La civilisation omeyyade sera à l’image de son empire : un vaste patchwork de tout ce qui existait : les mosquées de Damas, de Médine et de Jérusalem sont de forte inspiration byzantine par exemple.
Un tel empire, créé en si peu de temps et assis sur des fondements aussi peu profonds, était nécessairement faible. Il le révélera dès 720. Malgré la centralisation du pouvoir, les provinces soumises commencèrent à se révolter. En 747, les Abassides d’Iran déclenchèrent la révolte et vainquirent le dernier calife omeyyade, Marwan II, qu’ils massacrèrent avec toute sa famille (750). Seul l’un d’eux, Abd el-Rahman el-Rachil, devait survivre et gagner l’Espagne où il s’empara de Cordoue et fonda un nouvel émirat.

La légende des Nibelungen

Tout a commencé un jour que Loki, le dieu du feu, Hœnir et son frère Odin se promenaient dans le Midgard, le monde des hommes. Voyant une belle loutre, Loki la tua avec une pierre puis les trois dieux l’emportèrent dans la demeure d’un magicien, Hreidmar, à qui ils demandèrent l’hospitalité. Le magicien se rendit alors compte que la loutre n’était autre que son fils, Otter. Furieux, Hreidmar et ses deux autres fils, Fafnir et Régin, emprisonnèrent les dieux, réclamant comme dédommagement autant d’or que l’on pouvait en étaler sur la peau de la loutre. Mais cette peau était magique et s’étirait à l’infini.
Alors qu’Odin et Hœnir restaient comme otages, Loki fut chargé de trouver l’or. Il descendit le long d’un immense labyrinthe et captura le nain Andvari, le plus riche de tous ceux qui vivaient sous terre. Sous la menace, le nain abandonna son trésor mais jeta un sort à un anneau magique qui en faisait partie : quiconque porterait cette bague serait perdu.
Loki revint avec le trésor et le remit à Hreidmar, tout en signalant le sort qui y était attaché. Et en effet, peu de temps après, il fut tué par son propre fils, Fafnir, qui s’empara du trésor. Perverti par l’anneau d’Andvari, Fafnir se changea en dragon pour protéger son trésor. Il eut en effet fort à faire et nombre de héros périrent en tentant de le lui arracher.
Le temps passa mais Régin, le frère de Fafnir, n’oubliait pas la trahison de son parent qui l’avait privé du trésor. Devenu orfèvre de la maison royale du Danemark, Régin se vit confier l’apprentissage du jeune Seigfried qu’il arma de l’épée merveilleuse de son père, Siegmund. Le rusé Siegfreid affronta dont Fafnir, le tua et hérita ainsi du trésor et de la sagesse du dragon, capable de parler aux oiseaux. C’est d’ailleurs grâce à ce don que Siegfreid apprit que Régin projetait de l’éliminer à son tour : il le tua en premier et conserva le trésor, anneau compris.
Plus tard, Siegfreid délivra la Walkyrie Brynhild en brisant le cercle de feu qui l’emprisonnait. Le héros tomba alors amoureux de la Walkyrie et, en gage de cet amour, lui remit son anneau. C’était compter sans le sortilège qui y était attaché…
Au cours d’un de ses voyages, Siegfreid rencontra la reine des Nibelungen, Grimhild, qui était crainte pour ses pouvoirs magiques : elle empoisonna le héros avec de l’hydromel et, oubliant son amour pour Brynhild, il épousa la fille de Grimhilde, Gudrun. La Walkyrie, folle de rage et envoûtée par l’anneau, épousa Gunnar, le frère de Gudrun, avec qui elle projeta la mort de Siegfreid.
Le héros fut tué et Brynhild, submergée par le chagrin et le remords, se suicida pour reposer à ses côtés…
Ainsi se termine la plus célèbre des sagas nordiques.

Guillaume Tell, un héros scandinave ?

Statue de Guillaume Tell.
Statue de Guillaume Tell.

Un pays sans héros est un pays sans histoire. Héros fondateur, héros de l’indépendance, héros guerrier tout simplement : chaque pays a su trouvé, au cours de son histoire, un homme ou une femme qui, plus que tout autre, incarnait l’idéal de tout un peuple. Et c’est ainsi que se construit une nation. C’est ainsi que la France a élevé Jeanne d’Arc au rang d’héroïne, que le Cid incarne l’idéal espagnol et que la Suisse se reconnaît dans le personnage de Guillaume Tell. Pourtant les Suisses comme els autres savent fort bien que leur héros n’est qu’un mythe.
L’histoire se déroule au XIVe siècle, alors que la Suisse fait partie du Saint Empire romain germanique. Sévissait alors dans le canton d’Uri un certain Herman Gessler, bailli de son état, qui profitait de son statu pour taxer lourdement la population, pour la terroriser même, emprisonnant à tour de bras. Son orgueil était si grand, sa fourberie telle qu’il avait érigé un grand mât, au centre du bourg d’Altdorf , et exigé que chacun salue son couvre-chef, placé en haut du mât. Le contrevenant risquait gros… Le contrevenant sera Guillaume Tell, le meilleur archer du canton. Plutôt que de l’expédier illico en prison, Gessler décida de mettre l’habileté de l’archer à l’épreuve : il fit placer une pomme sur la tête du fils de Tell, attendant de ce dernier qu’il transperce le fruit à plus de cent pas de distance. Guillaume Tell viendra à bout de l’épreuve d’un carreau, mais ce coup de maître ne satisfaisait toujours pas le bailli qui fit ligoter l’archer et son fils et les embarqua sur le lac de Lucerne avec pour destination finale la forteresse de Kussnach.
Alors qu’ils étaient au milieu du lac, une violente tempête se déclara, mettant l’embarcation en péril. Comme Tell était aussi bon marin qu’albalétrier, le bailli le fit libérer, avec ordre de les ramener sain et sauf sur la berge. Le héros guida bien la barque mais, alors qu’ils allaient toucher terre, il prit son fils dans ses bras, sauta hors de l’embarcation et repoussa celle-ci vers le lac. Prenant son arbalète, il visa Gessler et l’abattit. Cet acte devait donner le coup d’envoi d’un soulèvement de toute la Suisse qui se libéra du joug autrichien et donna naissance à la Confédération helvétique.
Héros fondateur autant que héros de l’indépendance, Tell, on l’a dit est une légende. Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi pour les Suisses qui, des siècles durant, lui accordèrent une place de choix dans leur histoire. Ce n’est finalement qu’au XIXe siècle que la légende de Guillaume Tell fut mise en doute, sans pour autant que la ferveur dont l’entouraient les Suisses s’altère. De héros historique, il devint un héros légendaire, dont les historiens n’ont eut de cesse de découvrir l’origine. Certains on voulu y voir la résurgence d’un mythe celte, d’autre penchent pour une fabrication « maison » basée sur quelques faits historiques. De fait, il semble bien que cette légende dépasse les frontières des cantons suisses. La Gesta Danorum, rédigée au XIIe siècle par Saxo Grammaticus, évoque l’histoire d’un archer du nom de Toke qui, après avoir vanté son habileté, se fit mettre au défit de transpercer d’une seule flèche une pomme sur un piquet. Pour pimenter l’exercice, le roi fit placer la pomme sur la tête du fils de Toke qui, à l’égal du héros suisse, transperça le fruit. Les similitudes entre les deux histoires permettent, effectivement, de voir en Toke l’ancêtre de Guillaume Tell. Quant à savoir comment la légende scandinave parvint en Suisse, certains historiens font valoir le fait que lors d’une famine, des populations de l’île de Gotland auraient émigré vers la Suisse et s’y seraient établis. Et c’est ainsi que Toke, l’archer scandinave, devint le héros national de la Suisse.

Les guildes : le temps des frères

Vitrail représentant des maçons au Moyen Âge.
Vitrail représentant des maçons au Moyen Âge.

Si l’on retrouve effectivement la trace d’associations de marchands ou d’artisans dès l’Antiquité, les guildes médiévales n’en sont que les lointaines héritières. D’abord en raison de leur caractère chrétien… Car c’est bien d’associations de chrétiens qu’il s’agit et non d’autre choses. Des associations qui, à l’origine, tenaient plus de l’assemblée de prières, du groupe décidé à faire la charité, que de cercles économiques. Placées sous le patronage d’un saint, elles avaient pour but d’aider ceux de leurs frères qui étaient tombés dans la misère, de soutenir les veuves et les orphelins de leur corps de métier en quelque sorte. Le sentiment fraternel, la charité primaient donc plus que tout autre. Ce n’est que plus tard que les guildes proprement marchandes apparaîtront -vers le XIe siècle. Sans pouvoir central, pas de réglementation économique efficace. C’est en partant de ce constat que les guildes, qui regroupaient des gens d’un même métier, d’un même quartier ou d’une même rue vont faire de leurs associations chrétiennes les moteurs de l’économie médiévale.
Officiellement reconnues, dotées de privilèges, les guildes marchandes vont alors fixer les salaires ou les prix, contrôler les poids et les mesures et, finalement, acquérir le monopole de certains commerces, faisant, de ces guildes, des exemples de réussite économique. Parmi les plus connues, on compte la guilde des marchands d’eau de Paris -qui donnera d’ailleurs ses armes à la cité-, la guilde de Bruges, Florence, Milan, Barcelone, Gand et, plus tard, celle de la Hanse qui s’étendra à travers toute l’Europe centrale et septentrionale. Des guildes florissantes, puissantes mais qui n’avaient plus rien à voir avec les guildes originelles, celles du temps des frères…

Les Slaves : une irruption dans l’histoire

Le tsar Vladimir Ier (958-1015).
Le tsar Vladimir Ier (958-1015).

L’origine des Slaves, comme celle des Germains d’ailleurs, est fort obscure. C’est durant le Ier millénaire avant J.-C. que l’on voit se dessiner les premières tribus, entre le Dniepr et la Vistule. Les Slaves se trouvaient alors en contact avec les Germains, les Celtes et les Illyriens à l’ouest, avec les Baltes au nord, les Finno-Ouriens au nord-est et les Scythes à l’est. Et les Slaves vont subir l’influence de tous ces différents peuples. Ils vont migrer aussi et, cela, à de nombreuses reprises. Etonnement, les Slaves vont malgré tout conserver leur unité linguistique… jusqu’au Ixe siècle de notre ère, donc bien des siècles après le début de leur migration.
De culture relativement primitive, les Slaves s’adonnaient à l’agriculture et à l’apiculture ; ils se révélaient fort habiles dans la navigation des fleuves et des rivières mais fort peu pour le commerce. Divisés en petits clans, inaptes à l’autorité, ils se révéleront finalement incapables de créer leurs propres Etats et ce sont des maîtres étrangers qui, en imposant leur autorité aux populations slaves, édifieront ces Etats.
Le premier à faire mention des Slaves est Pline qui les désignent sous le nom de Vénèdes. Un nom sans doute tiré de celui employé par les Germains qui appelaient les Slaves "Wendes". Sans doute les mouvements de peuples slaves commencèrent avant le début de l’ère chrétienne. Mais ils passèrent inaperçus aux yeux des Romains qui avaient, en première ligne, à affronter les Germains. D’ailleurs, au IIe siècle de notre ère, la plupart des Slaves étaient soumis aux Goths ; domination à laquelle succédera celle des Huns.
C’est véritablement au VIe siècle que les Slaves font irruption dans les récits des chroniqueurs occidentaux. Mais il est presque certain que les Slaves avaient déjà pénétré dans les régions balkaniques dans le sillage des Germains et des Goths. A la fin du VIe siècle, ils sont déjà établis en Slovaquie, en Bohême, en Carinthie, en Slovénie ; et à partir du règne de Justinien (518-565), le péril slave devient une constante de l’histoire byzantine.  Traversant le Danube, les Slaves envahiront toute la péninsule balkanique en direction de la Méditerranée. Ils submergèrent la Serbie, la Grèce, la Croatie ; à l’ouest, dans la grande plaine allemande, ils acquirent les terres abandonnées par les Germains, atteignant Bamberg, Passau, Trieste. C’est certainement leur manque d’unité qui devait permettre aux Germains, au Xe siècle, de les refouler au delà de l’Oder.

L’adoubement, une cérémonie « barbare »

Une cérémonie d'adoubement (d'après une iconographie du XIXe siècle).
Une cérémonie d’adoubement (d’après une iconographie du XIXe siècle).

Que serait le Moyen Âge sans les chevaliers ? Que serait-il donc sans l’adoubement, cette cérémonie qui faisait d’un simple écuyer un chevalier ? Véritable image d’Epinal, elle incarne le Moyen Âge tel qu’on aime se le représenter, au point d’ailleurs qu’on la confond généralement à l’incontournable hommage vassalique. Pourtant, ces deux cérémonies n’ont aucun rapport entre elles, exceptée peut-être leur origine. Car l’hommage comme l’adoubement sont un héritage direct des royaumes barbares, des tribus germaniques.
Avant l’adoubement proprement dit, le jeune noble doit faire son éducation. Et, on s’en doute, les pères de famille devaient être particulièrement pointilleux sur la personne qui serait en charge de cette éducation qui, rappelons-le, s’étalait de la septième à la quatorzième année du jeune garçon. Le plus souvent, cette tâche devait échoir à un parent , un oncle notamment, comme le roi Marc qui accueille Tristan dans Tristan et Iseult. Et, chose étonnante, il s’agissait le plus souvent d’un oncle maternel.
Mais pourquoi déléguer une tâche aussi importante et délicate ?
On sait le rôle essentiel des femmes dans les tribus germaniques. Gardiennes de la mémoire et du savoir, elles transmettaient la noblesse –le sang- mais aussi les symboles de la royauté. Pour Michel Rouche, spécialiste du Haut Moyen Âge, il existait un matriarcat solide qui permettait à la femme de choisir, dans sa famille propre, celui qui allait éduquer tel ou tel de ses enfants.
Ce schéma, que l’on retrouve au Moyen Âge, apparaît clairement dans les premiers romans de chevalerie, comme le Beowulf, un poème héroïque du VIIIe siècle tiré d’une légende scandinave.
Son éducation faite, l’écuyer est fin prêt pour entrer dans la grande confrérie des chevaliers.
Ayant mis genoux en terre devant son seigneur, il courbe l’échine et se voit « adouber », c’est-à-dire frapper, à l’épaule ou à la nuque. Et si la cérémonie médiévale implique l’utilisation du plat de l’épée, à l’origine, c’était du plat de la main, afin de prouver qu’il était fin prêt à résister, à batailler.
Véritable « rite d’initiation », l’adoubement gardera toujours un caractère particulier, une aura qui remonte peut-être aux temps lointains où la force d’un guerrier faisait toute sa noblesse.

La vierge du docteur Guillotin

La guillotine (gravure du XIXe siècle).
La guillotine (gravure du XIXe siècle).

L’histoire populaire, couplée à un certain désir de simplification historique, a voulu faire du docteur Guillotin l’inventeur de l’instrument de décapitation qui porte désormais son nom. De fait, Joseph Guillotin a bien popularisé, voir banalisé l’usage que l’on en fit sous la Révolution, mais son rôle n’aura été rien d’autre que celui d’un "commercial" avant la lettre, d’un promoteur. De fait, la guillotine est bien antérieure au XVIIIe siècle et son usage s’étend à travers toute l’Europe.
A l’origine, la décapitation se faisait à la hache ou à l’épée, comme en France ; une épée à deux mains, dite aussi glaive de justice que la justice royale ou seigneuriale était tenue de fournir à l’exécuteur "afin de rendre la justice de messire bourg".
Infligée indistinctement à tous les condamnés, elle va devenir, au fil des siècles, le « privilège » de la noblesse qui la subissait sans déroger. Le condamné pouvait choisir d’avoir les yeux bandés, une option qui était rarement choisie l’imposition du bandeau étant alors considéré comme une aggravation ignominieuse de la peine. Le condamné se mettait ensuite à genoux, posait son  cou sur le billot et subissait la peine, en espérant que le bourreau soit suffisamment habile et que son instrument soit correctement aiguisé. De fait, la plupart du temps, le bourreau, lorsqu’il était professionnel, faisait son office d’un coup d’un seul. Le problème sera donc lorsqu’il n’était guère qu’un amateur, ce qui sera longtemps le cas en France notamment, où le dernier arrivé dans un village ou un bourg se voyait désigné, d’office, comme bourreau. On cite d’ailleurs des cas où l’exécuteur devra s’y reprendre à onze fois, d’autre où il ira jusqu’à rompre son épée !
Une décapitation avec la hache à deux mains, d'après une iconographie du XVe siècle.
Une décapitation avec la hache à deux mains, d’après une iconographie du XVe siècle.

C’est sans doute dans le désir de parer à ces travers qu’allait naître l’instrument désormais connu en France sous le nom de guillotine. Un instrument qui apparaît dès le XVIe siècle en Ecosse, où il porte le nom de maiden -la vierge-, de diele, hobel ou dolabra en Allemagne, de mannaia en Italie ou en Provence. La tradition populaire veut que ce soit le comte de Morton, régent d’Ecosse, qui, durant la minorité de Jacques VI, ait fait fabriqué une des premières maiden… sur le modèle d’une machine existante à Halifax, dans le comté d’York. Une précision qui induit donc, logiquement, l’antériorité de la machine du comte de Morton.
La guillotine est d’ailleurs très exactement décrite dans les Chroniques de Jean d’Auton, à propos d’une exécution faite à Gênes au début du XVIe siècle. Deux gravures allemandes, exécutées vers 1550 par Pencz et Aldegrever, offrent aussi la représentation d’un instrument de mort presque identique à la guillotine ; enfin, la même machine se trouve figurée sur un bas-relief de la même époque, lequel se trouve encore placé dans une des salles du tribunal de Lunebourg, en Hanovre.
Peu importe cependant, la tradition anglaise, tout en reconnaissant implicitement ses lacunes, ayant alors le pas sur la réalité historique. Comme pour Guillotin en France. Une similitude qui ne s’arrête d’ailleurs pas là puisque Morton comme le Français resteront, dans les Annales, comme les premières victimes de leur soi-disant invention. Vraisemblablement, le comte de Morton ne connaîtra pas le couperet fatidique, pas plus que Guillotin qui mourra, quelques vingt années après la Terreur, dans son lit…