La gabelle devient générale

Philippe IV le Bel (1268-1314).
Philippe IV le Bel (1268-1314).

Instituée par Philippe IV le Bel en 1286, la gabelle, impôt sur le sel, devient le monopole de l’État sous Philippe VI de Valois. Par l’ordonnance royale du 16 mars 1341, Philippe VI s’empare de tout le sel entreposé sur le territoire et ainsi, alors même qu’il met la population à l’abri de toutes difficultés d’approvisionnement, en tire un sérieux profit financier. Rares sont les provinces, comme le Poitou, l’Auvergne, l’Angoumois, le Périgord ou le Limousin qui peuvent acheter l’exemption à la gabelle.
Seule la Bretagne, trop pauvre, jouit du droit de « franc-salé ».
Ailleurs cet impôt est général, mais on distingue les pays de « petite gabell e», comme la Provence, le Lyonnais, le Languedoc et le Dauphiné qui paient le sel moins cher, des pays de « grande gabelle » où l’impôt pèse de tout son poids sur chaque individu.
Une contrebande intense sévit durant la monarchie entre les pays de grande et de petite gabelle et Louis XIV la classera au rang de crime. Extrêmement impopulaire, la gabelle n’est supprimée qu’en 1790.

Les partisans d’Ali

Calligraphie du nom d'Allah (iconographie ancienne).
Calligraphie du nom d’Allah (iconographie ancienne).

Les conflits fratricides qui ensanglantent le Liban ou l’Irak aujourd’hui ont dévoilé aux yeux du monde occidental une guerre pluriséculaire entre les sunnites et les chiites. Sans, d’ailleurs, que l’on comprenne bien les raisons de cette lutte ou son origine. Elle apparaît aux lendemains même de la mort du Prophète (632), lorsque se joue la succession de Mahomet à la tête des croyants. Si Omar, Othman et Ali, tous trois fidèles compagnons du Prophète, revendiquent pareillement son héritage spirituel et politique, Ali a cependant un atout supplémentaire en tant que cousin et gendre de Mahomet. Une parenté spirituelle tout autant que familiale qui font de lui le successeur désigné du Prophète de l’islam. Du moins est-ce l’opinion d’Ali et de son épouse, Fatima. Une opinion que ne semblent pas partager les croyants qui désignent Omar puis Othman au rang de calife. Et ce n’est qu’en 656, qu’Ali accèdera enfin à cette charge.
Les prétentions d’Ali, sa vision  de l’islam n’avait guère changé à cette époque et c’est vers une véritable théocratie héréditaire qu’il semble vouloir faire entrer les peuples conquis. Autant dire que son rêve ne convenait guère aux chefs de la nouvelle religion qui ne désiraient nullement se voir reléguer au second plan quand Ali, ses fils et leurs descendants seraient les seuls dépositaires de la doctrine et donc les seuls à pouvoir l’interpréter. Dès 661, le monde musulman se scinde en deux branches : les Sunnites –du nom de Sunna, la doctrine comprise dans les hadiths-, outre les questions de succession, se prononceront pour une lecture littérale de la doctrine ; les Chiites –du mot shî’a, « parti »- qui regroupent les partisans d’Ali vont militer pour une lecture dirigée et encadrée. Et une lecture dirigée par un imam qui a alors le rôle d’un véritable chef spirituel quand l’imam mode sunnite ne fait qu’appeler et diriger la prière. On comprend, vue l’importance du rôle de l’imam selon Ali et ses successeurs, qu’être confié à un descendant du Prophète, le sang assurant semble-t-il la pureté de la lecture doctrinale.
Pour les chiites imamites, ils seront ainsi douze à succéder au Prophète, quant les chiites ismaéliens n’en reconnaissent que sept. Violents, extrêmes, ces derniers se feront connaître dans tout le monde médiéval sous le nom de secte des Asssassins, avant de devenir la communauté sans doute la plus pacifique du monde musulman. A l’opposé, les chiites imamites, majoritairement présents en Irak et en Iran, sont, depuis des années, en guerre permanente avec les sunnites. Prônant un islam rigoureux mais encadré, ils véhiculent une réputation mondiale de terroristes prêts-à-tout, une réputation qui doit sans doute beaucoup au Hezbollah libanais… Une réputation qui ferait presque oublier l’espoir des chiites, celui du retour du dernier imam, un enfant disparu en 878 et qui, selon la tradition, reviendra à la fin des temps afin d’établir un royaume de justice…

Les califes ou la lutte de pouvoir

Ruines de la mosquée d'Hakim au Caire (gravure du XIXe siècle).
Ruines de la mosquée d’Hakim au Caire (gravure du XIXe siècle).

Déjà, le Coran reconnaissait le titre de "calife", soit de vicaire, de lieutenant, à Adam et au roi David, devenu le successeur de Saul par la volonté de Dieu et qui, ainsi, se voyait pourvu d’une sorte de vice-royauté divine. L’islam allait donc reprendre ce titre pour en parer les successeurs du Prophète, dotés, de fait, d’une autorité aussi bien spirituelle que temporelle.
Aux lendemains de la mort de Mahomet, cette autorité suprême devait échoir à Abou Bakr, qui initia le premier califat. Omar, devait lui succédait deux ans plus tard puis, en 644, Othman et, en 656, Ali, le cousin et le gendre du Prophète. C’est ce que l’on nomme les "califes orthodoxes". Pourquoi orthodoxes ? Tout bonnement parce que, après eux, l’islam devait se diviser entre les chiites, fidèles des fils d’Ali et les Omeyyades, dont le premier représentant fut Moawiya Ier. Les Omeyyades devaient régner sur le califat de Damas de 661 à 750, date à laquelle les fidèles d’Ali devaient renverser les Omeyyades au profit des Abbassides, installés à Bagdad. Branche et origine différente ; capitale différente : les deux califats n’ont décidément rien en commun. Ils n’apparaissent pas même comme une succession, un changement dynastique pourrait-on dire, tant les chiites et les sunnites sont opposés dans leur conception de l’islam et, surtout, de son autorité. Et alors que les Abbassides régnaient sur Bagdad, les Omeyyades devaient fonder un nouveau califat, une nouvelle branche en Espagne, où le califat de Cordoue perdurera jusqu’en 1031.
Parallèlement, les Fatimides allaient fonder un califat rival en Egypte. L’islam, jusqu’alors divisé en deux mondes, se voyait soumis à l’autorité de trois successeurs de Mahomet, de trois vicaires du Prophète. Surtout, il devenait le symbole d’une lutte de pouvoir purement temporel. Car si l’on  peut reconnaître dans la division entre sunnites et chiites, une division sur le fond -notamment sur la possible interprétation du Coran ou sur son acceptation littérale, une division religieuse donc, avec l’instauration du califat fatimide, c’est véritablement une séparation du monde musulman pour et par le pouvoir.
Au final, les Fatimides cèderont la place aux Abbassides, réfugiés de Bagdad envahie par les Mongols (XIIIe siècle). Mais c’est une coquille vide qu’il cèderont, les Abbassides du Caire n’ayant plus aucun pouvoir si ce n’est nominal.

Petite histoire de la Bavière

Signature de Charlemagne.
Signature de Charlemagne.

Primitivement, la Bavière était occupée par des Celtes avant d’être conquise, en 15 avant J.-C., par les Romains qui devaient occuper les provinces de Rhétie et de Norique. Au Ve siècle après J.-C., poussés par le phénomène des grandes invasions, des peuples celtes et germaniques venus de Bohême s’établirent dans la région et fondèrent, à partir du VIe siècle, la nation des Baiovarii. Si les Francs parvinrent à établir leur domination vers 630, la dynastie des Agilofinges – du nom d’un ancêtre légendaire, Agiluf, qui aurait fondé l’indépendance de la Bavière au début du Ve siècle contre les Ostrogoths- devait perdurer jusqu’au VIIIe siècle. A ce moment-là, le roi de Bavière était Tassilon III, que Charlemagne devait faire enfermer dans un monastère afin de s’emparer de la Bavière qui fut ainsi rattachée au royaume carolingien. Déjà évangélisée par saint Boniface, la Bavière devait être érigée en royaume par Louis le Pieux qui allait la donner à son fils Lothaire, qui lui-même devait la céder au bien nommé Louis le Germanique en 817.
Après l’extinction des Carolingiens allemands, la Bavière devait retourner au statu de duché (912), qui allait successivement échoir à la maison de Saxe, à celle de Franconie puis aux Guelfes. Une différence de statu qui ne devait nullement empêcher la Bavière de connaître, à cette même époque mais pour peu de temps, son extension la plus grande.
En effet, le duché comprenait alors la Bavière elle-même, la margraviat de Vérone, l’Istrie, la Carniole, la Carinthie et la marche de l’Est (l’Autriche). Revenue à un territoire plus modeste, la Bavière allait alors échoir à la famille de Wittelsbach qui occuperont son trône jusqu’en 1918 !
C’est au XIVe siècle, sous le règne de Louis de Bavière, que le pays devait connaître son apogée. Au Palatinat rhénan, qui avait été donné par l’empereur Frédéric II, devait s’ajouter le Brandebourg, le Tyrol, la Hollande, la Zélande, le Hainaut. Un véritable petit empire que les fils de Louis devaient rapidement détruire en se partageant toutes ces provinces où ils établirent différentes branches de la généalogie bavaroise et ce n’est qu’en 1503 qu’Albert II réunit à nouveau toute la Bavière propre.

Les vampires et le mythe de l’immortalité

Vlad IV Tepes, dit Dracula.
Vlad IV Tepes, dit Dracula.

C’est armé d’un pieu, d’une croix et d’une bonne grosse gousse d’ail qu’il faut partir à la recherche des vampires, ces morts-vivants, nés dans les brumes de Transylvanie.
Tout le monde connaît le comte Dracula, personnage imaginé par Bram Stoker. Mais qui connaît sa véritable histoire ?
Au milieu du XVe siècle, régnait en Valachie un voïvode -c’est-à-dire un gouverneur- du nom de Vlad III Dracul, ce qui signifiait Vlad « le dragon », cet animal étant l’emblème du roi. Ce guerrier si redouté eut un fils, Vlad IV, qui lui succéda en 1455 sous le surnom de Dracula, « fils du dragon ».
Vlad IV était un être sombre et un guerrier courageux qui s’était particulièrement illustré dans la lutte pour libérer son pays, la Roumanie, de la mainmise ottomane. Sa réputation était telle qu’il entra très rapidement dans le cercle -très fermé- des héros nationaux.
Mais Vlad était aussi un homme cruel et les chroniques du XVe siècle rapportent avec précision les raffinements qu’il mettait dans les mises à mort. Son système d’exécution favori était l’empalement, d’où son surnom de Vlad l’Empaleur qui allait remplacer celui de « fils du dragon » pendant les siècles à venir. Mais il ne se limitait pas à ce seul supplice : trois émissaires ottomans, qui avaient refusé de se découvrir en sa présence, eurent ainsi leur fez cloué sur le crâne ; une autre fois, il rassembla les pauvres et les infirmes de la province, leur promettant un grand banquet… qui s’acheva avec le massacre de tous ses « invités ». On estime ainsi à environ cinquante à cent mille le nombre de ses victimes…
Mais malgré tous ces massacres, Vlad IV ne fut certainement jamais un vampire…
Les « revenants en corps »
La croyance en l’existence des « non-morts » ou des « revenants en corps » existe depuis le Moyen Âge. Les excommuniés -enterrés en terre non consacrée- ou les personnes mortes sans recevoir les derniers sacrements étaient les plus susceptibles de devenir des « non-morts », soit des âmes en peine, condamnées à errer éternellement dans leur corps.

Siegfried, après qu'il ait recueilli le sang du dragon Fafnir (iconographie médiévale).
Siegfried, après qu’il ait recueilli le sang du dragon Fafnir (iconographie médiévale).

Pour ce qui est du mythe des suceurs de sang, il apparaîtra plus tard, bien que l’on trouve déjà dans la mythologie nordique l’idée que le sang octroie un pouvoir particulier : Siegfried ne boit-il pas, dans la légende des Nibelungen, quelques gouttes du sang du dragon Fafnir ?
Mais c’est surtout à partir du XIVe siècle que cette croyance devient générale dans les pays d’Europe centrale. Les apparitions de vampires correspondent d’ailleurs étrangement avec les grandes épidémies de peste…
Ainsi en Silésie, en Bohême ou en Hongrie, on voit des morts sortir de leurs tombes ou, quand celles-ci étaient ouvertes, les corps des défunts apparaissant en parfait état de conservation et maculés de sang ! Jean Marigny, spécialiste du fantastique et auteur de Sang pour sang, sur les vampires, donne une explication fort logique -mais aussi terriblement cruelle- à ces phénomènes : durant les épidémies de peste, les familles étaient si pressées d’enterrer leurs « cadavres », qu’elles ne prenaient pas toujours la peine de vérifier s’ils étaient vraiment morts… Ainsi, de pauvres malheureux se sont-ils sans doute réveillés bien vivants… mais enfermés dans un cercueil dont ils ne pouvaient sortir !
Mais peu importe les explications rationnelles que l’on peut donner actuellement. Les faits étaient là, certains avaient vu de leurs yeux ces morts maculés de sang : il n’en fallait pas plus pour que naisse le mythe du vampire. Cette croyance était même si profondément ancrée dans les esprits qu’en Europe centrale, on prenait l’habitude d’enterrer les morts avec une pièce ou une pierre dans la bouche car les « non-morts » avaient pour usage de s’auto-dévorer et que, se promenant de nuit dans un cimetière, on pouvait parfois les entendre mâcher ! Ces fameux « non-morts » avaient encore une particularité : ils suçaient le sang des vivants…
Des « non-morts » aux vampires
Cette croyance, ainsi que nous l’avons dit, se limitait presque exclusivement aux pays d’Europe centrale… jusqu’au XVIIIe siècle.
En effet, c’est pendant le Siècle des lumières, qui par ailleurs dénonçait si aisément les superstitions et l’obscurantisme, que le mythe atteint son apogée et qu’apparaît pour la première fois le mot « vampire ».
Il semble alors qu’une véritable frénésie de terreur se soit emparée de toute l’Europe, peu après qu’une épidémie de peste ait touché la Serbie. On ouvre alors les tombes et on envoie des émissaires pour constater le phénomène des vampires. Un cas, en particulier, va passionner l’Europe entière, au point que Louis XV et l’empereur d’Autriche le suivront avec minutie : celui d’Arnold Paole. Ce jeune homme, issu de Medrelga, en Hongrie, était mort subitement écrasé par une charrette de foin. Un incident bien banal qui n’aurait effrayé personne si cet Arnold n’avait raconté un fait troublant que rapporte Dom Calmet, un bénédictin, auteur d’un Traité sur les apparitions des esprits et sur les vampires :
Aux environs de Cassova et sur la frontière de la Serbie turque, il avait été en proie à d’insupportables tourments, aussi mystérieux que fréquents, mais il avait trouvé moyen de se guérir en mangeant de la terre du sépulcre du vampire et en se frottant de son sang, précaution qui cependant ne l’empêcha pas de le devenir après sa mort, puisqu’il fut exhumé quarante jours après son enterrement et qu’on trouva sur son cadavre toutes les marques d’un archi-vampire…
Les esprits scientifiques dissertent alors avec délectation sur le phénomène du vampire qui, dès ce moment, acquiert les caractéristiques que nous lui connaissons encore aujourd’hui : c’est un « revenant en corps » qui ne sort que la nuit afin de sucer le sang de ses victimes, sang qui lui apporte l’immortalité et qui « contamine » lesdites victimes. De plus, il a la possibilité de se transformer en toutes sortes d’animaux et même en brouillard… ce qui le rend particulièrement difficile à repérer. Il craint aussi l’eau bénite, l’hostie consacrée et la croix. Quant à la fameuse gousse d’ail, elle ne peut généralement rien contre lui… sauf en Roumanie !
Un pieu dans le cœur
Ses caractéristiques physiques sont aussi déterminées au XVIIIe siècle. Le vampire a des sourcils très fournis et qui se rejoignent ; ses mains sont poilues ; quand il passe devant un miroir, il n’y a pas de reflet et il n’a pas non plus d’ombre. Par contre, sa dentition est parfaite. En effet, le vampire ne mord pas encore, il aspire plutôt le sang par succion…
Une fois le vampire repéré, il faut l’éliminer. Pour cela, il n’y a pas vingt mille solutions. C’est aussi simple qu’une recette de cuisine : se munir d’un pieu en bois -bois de tremble en Russie, car c’est le bois de la Croix ; bois d’aubépine ailleurs puisque c’est ce qui fut utilisé pour faire la couronne d’épines du Christ. Si le bois fait défaut, le remplacer par un poignard béni. À l’aube, alors que ses pouvoirs déclinent, enfoncer le pieu ou le poignard dans le cœur du vampire d’un coup sec : s’il ne se désintègre pas immédiatement, lui couper la tête et brûler les restes ; les cendres seront ensuite dispersées aux quatre vents…
Stoker sort les vampires de leur tombeau

Bram Stoker, inventeur du mythe de Dracula.
Bram Stoker, inventeur du mythe de Dracula.

La croyance en l’existence des vampires décline très sérieusement à la fin du XVIIIe siècle et le XIXe siècle, industriel et rationnel, ne semble pas fait pour réveiller les vieilles superstitions.
Pourtant, c’est dans la très victorienne société anglaise que le vampirisme va connaître une deuxième vie. Face au carcan social et moral du XIXe siècle, les romantiques décident de réagir : la littérature s’imprègne alors de fantastique et d’immoralité. Et c’est dans ce mouvement-là que se place l’œuvre du maître absolu de la littérature vampirique, Bram Stoker.
L’écrivain anglais fait renaître le mythe sous les traits du comte Dracula -nom empreinté à Vlad l’Empaleur pour sa sonorité- et, tout en se basant sur les mythes déjà existants, va lui donner un nouvel aspect. Dracula n’est pas un être repoussant, bien au contraire : son magnétisme sexuel est mis en avant et fait de lui le plus dangereux des séducteurs… C’est ce vampire-là -noble, riche et décadent- qui servira de modèle à tous les autres et qui connaîtra la gloire sur les écrans de cinéma… Dracula n’est plus un mythe : c’est une star !

Les jeux du cirque… à la cour de France

Statue illustrant le combat de Pépin le Bref.
Statue illustrant le combat de Pépin le Bref.

Grégoire de Tours note que, sous le règne de Chilpéric, qui ressuscitait les anciens jeux du cirque, la Gaule était devenue pauvre de bons athlètes et de chevaux de course. Quoi qu’il en soit, les combats d’animaux se perpétuèrent, à la cour du moins, pour le plaisir des rois.
Un jour, le roi Pépin s’étant arrêté, avec les principaux officiers de son armée à l’abbaye de Ferrières, on lui donna le spectacle du combat d’un lion et d’un taureau. Ce taureau était d’une grandeur gigantesque et d’une force extraordinaire ; mais le lion se jeta sur lui et le renversa. Pépin, qu’on avait surnommé le Bref, se tourna vers ses officiers, qui se raillaient souvent de sa petite taille.
-Faîtes lâcher prise au lion, leur dit-il, ou tuez-le sur le taureau.
Personne n’osa tenter une entreprise aussi périlleuse et quelques-uns dirent tout haut qu’il faudrait être fou pour se mesurer avec un lion. Pépin s’élance dans l’arène, l’épée à la main, et tranche en deux coups la tête du lion et celle du taureau.
-Que vous en semble ? dit-il à ses officiers, stupéfiés. Ne suis-je pas capable d’être votre maître ? La taille ne sert de rien au courage. Souvenez-vous de ce que le petit David fit au géant Goliath !
Huit cents ans plus tard, il y avait toujours, à l’occasion, des combats d’animaux à la cour du roi François Ier. Une belle dame, raconte Brantôme, alla voir les lions du roi, en compagnie d’un gentilhomme qui était fort épris d’elle. Voilà que tout à coup la dame laisse échapper son gant, qui tombe dans la fosse aux lions.
-Je vous prie, dit-elle de l’air le plus calme à son adorateur, de descendre chez les lions et de me rapporter mon gant.
Le gentilhomme ne fit pas la moindre observation : il ne tira pas même son épée et se résigna silencieusement à la mort pour obéir à sa dame. Les lions ne bougèrent pas et il put sortir de leur fosse sain et sauf.
-Voici votre gant, madame, dit-il froidement à cette imprudente qui avait fait si bon marché de sa vie. Cherchez maintenant quelque autre qui y aille.
Depuis lors il ne la regarda jamais et ne lui adressa plus la parole.

Mayence : la capitale de la Germanie

La ville de Mayence au Moyen Âge (gravure sur bois).
La ville de Mayence au Moyen Âge (gravure sur bois).

Fondée par Drusus, fils de l’empereur Tibère, vers 13 après J.-C., Mogontiacum, place forte du limes romain, devint dès l’ère romaine la capitale de la Germanie Première. Détruite par les invasions barbares après le départ des légions (402), elle revint aux Mérovingiens qui relevèrent la cité devenue Mayence. C’est saint Boniface qui, au VIIIe siècle, allait redonner à la cité ses lettres de noblesse : archevêché métropolitain de la Germanie, Mayence devint un centre politique et religieux incontournable, au point que ceux sont les évêques de Mayence qui devaient diriger les élections des souverains germaniques. Ils étaient également chanceliers du Saint-Empire et, lors des interrègnes, avaient le vicariat de l’empire.
La puissance temporelle des archevêques de Mayence remonte à la fin du Xe siècle, sous Willigis, et s’étendit peu à peu aux régions du Moyen-Rhin, du Main, de la Hesse, de la Thuringe et sur les villes de Kassel, Bingen, Erfurt, Aschaffenburg ou encore Eischfeld. Jusqu’au XVIIIe siècle, la province ecclésiastique de Mayence ne cessa de s’étendre, comprenant les sièges de Worms, Spire, Strasbourg, Constance, Padenborg, Hildesheim ou Fulda.
Sa cathédrale, commencée en 1100, sera un des édifices romans les plus importants d’Alelmagne ; son université, fondée en 1477, sera supprimée en 1798 puis rétablie en 1946. Ville natale de Gutenberg, elle sera un des berceaux de l’imprimerie.
Mais Mayence devait également subir le revers d’un tel succès. Son importance politique devait en faire une cible de choix dans les multiples conflits qui allaient ensanglanter l’Europe à partir du XVIIe siècle. Occupée par les Suédois entre 1631 et 1635, elle sera la cible des Français en 1644, 1688 et 1792. Reprise par les Prussiens puis rattachée à la France, la cité médiévale sera attribuée au duché de Hesse-Darmstadt lors du traité de Vienne (1816) et finalement annexée par la Prusse en 1866.

Calais tombe au son du tambour

Après onze longs mois d’un siège acharné, Édouard III, monarque d’Angleterre, met Calais à genoux et reçoit les clefs de la ville des mains de six notables « nus pieds et nus chefs, en leurs linges de draps seulement… ».
Le jour même, le 4 août 1347, le roi anglais, à la tête de ses troupes, entre dans la ville « avec si grande foison de musiciens, de tambours ainsi que de musettes que ce serait merveille à raconter ».
C’est le chroniqueur Froissart qui, pour la première fois, fait mention du tambour militaire, un instrument sans doute d’origine indienne, et qu’il va nommer « bedon ».

Les Vikings et « l’aigle de sang »

Un guerrier viking chargeant (iconographie du XIXe siècle).
Un guerrier viking chargeant (iconographie du XIXe siècle).

Durant près de trois siècles, du VIIIe au XIe siècle, les Vikings vont semer la terreur en Occident. Surgissant des brumes de la mer du Nord, ils s’échouaient sur les côtes grâce à leur drakkars ou leurs snekkars (les uns ornés d’une tête de dragon, les autres d’une tête de serpent), des navires à faible tirant d’eau et remarquablement maniables qui leur permettaient de pénétrer toujours plus avant dans les terres. Marins hors-pairs, charpentiers de génies, les Vikings doivent beaucoup à la conception même de leur navires et à leur incroyable esprit d’aventure. Ils doivent aussi beaucoup à leur sens du commerce et, s’ils n’édifient guère de cités, multiplient, à partir du VIIIe siècle, les places commerciales, nécessaires à l’écoulement de leurs marchandises et à celui des butins, conséquence de leurs razzias. Les découvertes archéologiques faites sur ces sites commerciaux ne lassent pas d’étonner : un jeu d’échec en cristal de perse, des soieries chinoises, des pierres précieuse arabes, une statuette de Bouddha même ! Tout laisse penser que ces aventuriers sont allés au bout du monde. Mais, ne nous y trompons pas, les Vikings, même s’ils savaient jouer les commerçants, étaient avant tout des pillards capables de vider un village en quelques heures.
Les prémices du strandhagg (d'après une iconographie du XIXe siècle).
Les prémices du strandhagg (d’après une iconographie du XIXe siècle).

Les biens étaient pillés, les maisons incendiées et les malheureux qui n’avaient pas réussi à se cacher emmener en esclavage. Ce véritable blitzkrieg sanglant porte un nom : le strandhagg. Les chroniques occidentales ne cessent de la relater, comme frapper d’horreur. Car ce n’est ni la soudaineté de leur apparition, ni la rapidité de leur action qui fera la réputation les Nordmen –les hommes du Nord-, mais bien la cruauté mise en œuvre.
Avant tout le monde, les Vikings avaient saisi l’importance de la psychologie. Et ils en avaient fait une arme de guerre. Le tout était de prendre l’ascendant, dès le début, et pour ce faire ils avaient une technique bien à eux, dite de « l’aigle de sang ». Dès qu’ils arrivaient à proximité d’une ville ou d’un village, ils s’emparaient du premier quidam venu, lui sectionnaient les côtes dans le dos, le long de la colonne vertébrale, afin de faire sortir les poumons dans le dos, tels deux ailes ensanglantées. On imagine aisément l’impacte psychologique d’une telle action, même sur des populations habituées à une certaine brutalité. De fait, les habitants n’avaient plus qu’une idée : fuir le plus loin possible, ce qui laissait tout loisir aux Vikings de piller sans la crainte d’une quelconque réaction.
Cette technique fera ses preuves, trop bien sans doute, car la réputation de barbarie gratuite va poursuivre les Vikings à travers les siècles.

Le Graal : quête et résurrection

Galaad et ses compagnons trouvant le Graal (gravure moderne).
Galaad et ses compagnons trouvant le Graal (gravure moderne).

Plus qu’une légende, la quête du Graal se veut une leçon de spiritualité où les valeurs les plus chrétiennes et les plus saintes sont placées au premier plan. D’inspiration cistercienne, l’œuvre du Graal rappelle le dur chemin de l’homme vers sa rédemption. Mais qu’est-ce que le Graal ?
Le Vendredi saint, au pied de la croix, Joseph d’Arimathie, un des disciples de Jésus, tenait entre ses mains la coupe dont le Christ s’était servi la veille au cours de la Cène. Dans cette coupe, Joseph put recueillir un peu du sang du Christ qui coulait de son côté, transpercé par la lance d’un soldat romain. Plus tard, Joseph, qui est considéré dans « La quête du Graal » comme le premier évêque, partit de Palestine et s’installa en Europe. Ses fils et ses petits-fils après lui prirent soin du Graal mais finirent par l’enterrer. C’est alors que les chevaliers de la Table ronde décidèrent d’entreprendre cette quête. Partant chacun de leur côté, ils avaient cent un jours pour le trouver et le ramener au roi Arthur.
Galaad, Perceval et Bohort trouvèrent le château où était caché le Graal, celui de Corbenic, et assistèrent ensemble à une cérémonie qui leur révéla partiellement les secrets du Saint Graal.
 …Ils entendirent alors une voix qui disait :
-Que ceux qui n’ont pas pris part à la Quête du Saint Graal s’éloignent d’ici, car il ne leur sera pas permis de rester.
Ceux qui étaient restés virent descendre du ciel, à ce qui leur sembla, un homme vêtu comme un évêque, la crosse à la main et la mitre sur la tête. Quatre anges, qui le portaient sur un trône somptueux, l’installèrent près de la Table où était le Saint Graal. Cet homme, semblable à un évêque, avait sur le front une inscription où l’on pouvait lire : « Voici Joseph, le premier évêque des chrétiens, celui-même que Notre-Seigneur a consacré dans la cité de Sarras, dans le Palais Spirituel ». Les chevaliers déchiffrèrent l’inscription mais se demandèrent ce qu’elle pouvait bien signifier puisque le Joseph dont elle parlait était mort depuis trois cents ans. Mais l’homme, s’adressant à eux, leur dit :
-Ha ! Chevaliers de Dieu, soldats de Jésus-Christ, ne vous étonnez pas de me voir ainsi devant vous auprès de ce Saint Vase. En effet, de même que je l’ai servi durant ma vie terrestre, de même je le sers dans le monde céleste.
À ces mots, il s’approcha de la table d’argent et se prosterna devant l’autel, coudes et genoux en terre. Un long moment après, prêtant l’oreille, il entendit la porte de la salle s’ouvrir et claquer avec violence. Il regarda dans cette direction, ainsi que les chevaliers, et tous virent alors s’avancer les anges qui avaient porté Joseph. Deux portaient deux cierges, le troisième, un linge de soie rouge et le quatrième, une lance qui saignait si abondamment que les gouttes tombaient dans un coffret que l’ange tenait dans l’autre main. Les deux premiers mirent les cierges sur la table, le troisième déposa le linge près du Saint Vase, tandis que le quatrième tenait la lance toute droite au-dessus pour qu’y soient recueillies les gouttes du sang qui coulaient de la hampe.
Alors Joseph se leva et écarta un peu la lance du Saint Graal qu’il recouvrit d’un linge. Puis, il commença, leur sembla-t-il, à célébrer la messe.
Au bout d’un moment, il prit dans le Saint Graal une hostie qui avait l’apparence du pain. Or, comme il l’élevait, descendit du ciel un être semblable à un enfant, dont le visage était comme embrasé de feu. L’enfant se fondit dans le pain, si bien que les assistants virent distinctement que le pain avait pris la forme d’un être de chair.

Ce sont là les uniques révélations que la légende arthurienne fait sur le Graal. Seul Galaad, le chevalier le plus pur, le chevalier chaste et vierge, sera  jugé assez digne de contempler, dans toute leur splendeur, les mystères du Saint Graal qu’il prit, dit le texte, « comme le corps de Notre-Seigneur entre ses mains ».
Ainsi en est-il de la quête des chevaliers. Mais qu’en est-il du vase lui-même. Un vase qui est le symbole même de la vie éternelle.

Le chaudron de Gundestrup.
Le chaudron de Gundestrup.

La mythologie celtique de même que les rituels antiques révèlent l’existence de « chaudrons de résurrection », tel le chaudron de Bran. Un « chaudron » sensé apporter la vie après la mort ; un chaudron qui rend ses bénéficiaires muets pour l’éternité, une particularité qui rappelle que celui qui a connu la mort a tout connu, sait tout… et qu’il doit garder ce savoir omniscient secret. Difficile de ne pas voir dans cet instrument de la mythologie celte un écho du saint Graal dont le secret est celui de la connaissance absolue de Dieu. Le chaudron de Gundestrup, découvert dans une tourbière du Jutland, au Danemark, paraît avoir eu la même fonction que les chaudrons de résurrection évoqués dans la mythologie celtique. Orné de plaque dorées représentant une divinité solaire, dotée d’une roue, des serpents à cornes et un dieu coiffé de bois de cerf, il évoque clairement le passage vers la mort… et la résurrection. Preuve en est la divinité solaire, symbole de vie, et le dieu à tête de cerf, qui ressemble étrangement à Cernunnos, dieu de la fertilité mais sans doute aussi divinité psychopompe –c’est-à-dire qui est en charge des âmes vers le monde des morts. Quant aux serpents, ils sont, dans toutes les mythologies, les symboles du cycle éternelle de la vie et de la mort.
De fait, il est évident que le Graal autant que sa quête s’inscrivent dans la droite ligne des croyances anciennes.