Les “brillants” Ostrogoths

Un barbare, d'après un bas-relief antique.
Un barbare, d’après un bas-relief antique.

Lorsque, au IVe siècle de notre ère, les Barbares fondent sur l’Occident, deux grandes factions se détachent du peuple germanique des Goths : les Wisigoths et les Ostrogoths. Deux noms qui signifient -étymologiquement- "Goths sages" pour les premiers et "Goths brillants" pour les seconds. Deux noms qui, historiquement, désignent les Goths de l’Ouest -qui traverseront la Gaule et atteindront l’Espagne- et les Goths de l’Est, les Ostrogoths étant les fondateurs, vers 350, d’un vaste empire s’étendant à l’est du Dniepr et au nord de la mer d’Azov. Un empire qui ne durera guère que vingt-cinq ans, jusqu’à ce qu’il soit soumis par les Huns. Désormais liés aux guerriers d’Attila, les Ostrogoths allaient faire office d’auxiliaires aux Huns aux Champs Catalauniques et ils ne retrouveront la liberté qu’après l’effondrement qui suivi la mort d’Attila, en 453.

Libérés d’Attila, les Ostrogoths, qui s’étaient prudemment placés sous suzeraineté romaine, devaient trouver refuge en Pannonie, d’où ils devaient d’ailleurs lancer de nombreux raids dans les provinces byzantines. De fait, la "protection" romaine allait finir par coûter cher à l’empereur byzantin, Zénon, s’il n’avait pas eu l’idée de "titiller" l’ambition et l’irrésistible désir de conquête du chef des Ostrogoths, Théodoric.

C’est ainsi qu’en 488, Théodoric se lança dans la conquête de l’Italie, conquête qui fut marquée, notamment, par la prise de Ravenne en 490. Une conquête qui devait s’achever au bout de cinq ans, temps nécessaire pour que les Ostrogoths de Théodoric se rendent maîtres de toute l’Italie péninsulaire mais également de la Sicile, des régions alpestres, de la Pannonie, de la Dalmatie et enfin de la Provence.

Digne héritier des empereurs romains, Théodoric devait restaurer l’organisation politique et administrative de l’Italie et imposer à tous ses sujets -Goths ou Romains- l’usage du droit romain. Tordant le cou à la légende qui veut que les peuples germaniques n’aient été que des "barbares", il s’entoura également de fins lettrés, comme Boèce ou Cassiodore. De fait, Théodoric aurait sans doute pu rivaliser avec Charlemagne s’il n’avait été acquis à l’arianisme, s’aliénant, par le fait même, l’Eglise. Une Eglise qui préféra donner son appui au païen Clovis, lequel, lors de sa victoire contre les Wisigoths à Vouillé (507) devait mettre un terme à la grande coalition de Goths esquissée par Théodoric. Parallèlement à cet échec, la restauration d’un pouvoir impérial occidental ne pouvait qu’inquiéter Byzance. Aussi, à la mort de Théodoric (526) et alors que Justinien était monté sur le trône de Constantinople en 527, les généraux byzantins Bélisaire et Narsès devaient se lancer dans la reconquête de l’Italie, mettant fin au rêve impérial des Goths.

« Fluctuat nec mergitur »

À l’époque carolingienne, les échevins étaient des légistes, spécialistes du droit coutumier, qui assistaient le seigneur à son tribunal. Mais au XIIIe siècle, sous Philippe Auguste, le terme d’échevin échoit aux représentants des communes et leur pouvoir ne cesse de grandir jusqu’à ce que Saint Louis, plus tard imité par Philippe le Bel, y mette un frein.
C’est le 3 février 1190 que Philippe Auguste crée l’échevinage tel qu’on le concevait au Moyen Âge. Il désigne six échevins parmi les marchands parisiens et leur donne pour symbole un navire, puisque tout le commerce de la capitale transitait sur la Seine, avec cette célèbre devise : Fluctuat nec mergitur…

Mais qui sont les nains ?

Siegfried combattant un nain dans la Légende des Nibelungen (gravure ancienne).
Siegfried combattant un nain dans la Légende des Nibelungen (gravure ancienne).

De nos jours, point de doute : le mot de nain désigne sans équivoque des personnes de petites tailles. Mais en était-il de même concernant les nains de l’Autre monde, ceux du « petit peuple » qui, avec les lutins et les elfes, peuplent les mythologies celtes, scandinaves et germaniques ? L’étymologie, comme la mythologie, permettent d’en douter. En fait, il apparaît même que les nains sont nés d’un géant…
Mais revenons à l’étude du nom même de nains. En norrois, vieil allemand ou vieil anglais, « nain » se dit dvagr, zwerc ou dveorg, des mots de même origine qui dérivent de l’indo-iranien dhraugh, qui signifie « tromper » ou de dhwar, c’est-à-dire « courber ». Le nain serait donc essentiellement un être difforme et fourbe, deux qualificatifs complémentaires dans l’esprit médiéval qui associe généralement le physique et le moral, l’un reflétant l’autre. De fait, dans la littérature médiévale comme dans la mythologie, le rôle des nains est bien peu flatteur et leur réputation de voleur n’est plus à faire. Mais étaient-ils petits pour autant ? Rien ne l’indique et même le contraire… En effet, la littérature médiévale allemande –qui aime le merveilleux autant que la précision, on ne se refait pas- ne cesse d’employer les termes de « petit nain » ou « nain minuscule ». Accordons aux auteurs allemands d’avoir su éviter les pléonasmes. Dans ce cas, « nain » ne voudrait pas désigner un être particulièrement petit. Voilà qui nous ramène donc à la conclusion précédente, à savoir qu’un nain est alors un être faux, trompeur mais aussi bien petit que grand physiquement.
La mythologie scandinave accrédite également cette thèse. En effet, elle fait naître les nains des entrailles du géant Ymir. Naître des entrailles est là une façon de parler, les nains étant issus du cadavre en décomposition d’Ymir –duquel sera également tiré la voûte céleste, portée par quatre nains, et la terre.
Snorri Sturluson, auteur islandais du XIIIe siècle qui représente la seule source écrite sur la mythologie et les sagas scandinaves, rapporte même que :
Les nains s’étaient d’abord formés dans le corps d’Ymir et avaient pris vie. En ce temps-là, ils étaient des vers mais, par décision des dieux, ils reçurent la raison et la forme humaine. (Citation extraite de Les nains et les elfes de Claude Lecouteux).

Le nain devenu dragon Fafnir tué par Siegfried (d'après une iconographie récente).
Le nain devenu dragon Fafnir tué par Siegfried (d’après une iconographie récente).

Là encore, Snorri Sturluson n’évoque nullement la taille des nains, par contre, il les rapproche fortement des géants avec lesquels ils ont, il est vrai, de nombreux points communs. Comme eux, ils sont, on l’a dit, des êtres fourbes ; ils sont également magiciens, détenteurs de grandes richesses et, surtout, ils font partie, comme les géants, de l’Autre monde, c’est-à-dire du monde des morts. La légende des Nibelungen répertorie fort bien les diverses atouts des nains lorsqu’elle met en scène les nains Fafnir et Reginn, deux frères qui se disputent la garde du trésor des Nibelungen. C’est d’ailleurs sous l’apparence d’un dragon –qu’il prit volontairement- que Fafnir se fera occire par le héros Siegfried. Et c’est aussi dans une montagne que ce trésor était gardé, comme d’ailleurs tous les trésors dont les nains sont gardiens. Or, dans les mythologies indo-européennes, les montagnes sont souvent associées à l’Autre monde, au monde des morts. Ces mêmes montagnes sont aussi les lieux de résidence privilégiée des nains comme des géants. A croire que les géants et surtout les nains sont des gardiens du royaume des morts. A moins qu’ils n’en soient les habitants… Les nains seraient alors tout simplement une évocation supplémentaire des gardiens des Enfers ou des âmes des trépassés ; des revenants malfaisants et craints.

Quant la chasteté fait polémique

Un mariage au Moyen Age, d'après un retable de l'époque.
Un mariage au Moyen Age, d’après un retable de l’époque.

En mai 2007, la polémique avait secoué le monde médiatique ; voilà qu’elle rebondit avec « l’annulation de  l’annulation » de ce fameux mariage compromis pour cause de mensonge sur la virginité de l’épouse. Et qui dit polémique, dit, à tout le moins, une multitude de contestations, d’oppositions, d’affirmations aussi. Bien entendu, personne, certainement, n’oserait remettre en cause la religion musulmane ; pas même les traditions dont elle s’entoure… Personne ne l’oserait d’autant que l’Europe chrétienne a son lot de « barbarismes » et obscurantismes. Pour preuve, ces fameuses ceintures de chasteté dont les seigneurs –les roturiers, eux, ne sauraient s’offusquer d’être cocus- pourvoyaient leurs femmes à la veille d’un départ en croisade ou à la guerre.
Cette vérité assenée avec la force de la conviction, l’intervenant a alors tout loisir de s’étendre sur le manque de modernisme et d’ouverture de certains esprits sans doute trop religieux.
Sans vouloir entrer dans la polémique de « l’annulation de l’annulation » ; pas plus que dans le débat de l’opportunité de mettre à mal certaines traditions, il serait bon qu’enfin on mette un terme à ce mythe des ceintures de chasteté. Un mythe, un mensonge de l’histoire qui a la vie dure puisqu’il sert encore d’argument aux polémistes amateurs. Un mensonge qui trouve son origine dans le désir d’assombrir encore l’image du Moyen Age. Un mensonge qui a même ses preuves, exposées pendant longtemps au musée des Thermes, à Paris, et ses témoins avec Brantôme et Rabelais. Sauf que les preuves sont des faux, du XVIIe siècle, et les témoins des auteurs, du XVIe siècle. Point de Moyen Age dans cette affaire, pas plus que de ceinture de chasteté…

La légende dorée de Jacques de Voragine

Un copiste, d'après une représentation du IXe siècle.
Un copiste, d’après une représentation du IXe siècle.

Parce qu’il s’agit d’une "légende", on a trop souvent tendance à croire que l’œuvre de Jacques de Voragine est à prendre avec précaution, pour ne pas dire à mettre en doute. En réalité, le terme de "légende" n’a strictement rien à voir avec le sens qu’on lui connaît maintenant : au Moyen Âge, il désignait les recueils de textes courts destinés au peuple des fidèles chrétiens et qui relataient des vies de saints. La "Legenda sanctorum alias Lombardica hystoria" ou "Legenda aurea" -Légende dorée- fut composée vers 1261-1266 par un dominicain, Jacques dit de Voragine dont on sait qu’il finira archevêque de Gênes, cité dans laquelle il décédera en 1298. Elle s’inscrit dans la volonté des ordres nouveaux de l’époque, l’ordre dominicain et l’ordre franciscain, de mettre la vie des saints, modèles pour le chrétien, à la portée de tous. C’est ce que tentaient de faire les légendiers et ce que fera la Légende dorée. L’originalité de ce dernier texte, son point fort en quelque sorte, est le souci didactique de l’auteur.
En effet, l’archevêque a tout mis en œuvre pour que son recueil soit un outil de chaque jour, un fil conducteur dans le vie quotidienne du chrétien, depuis le premier dimanche de l’Avent jusqu’à la fin du calendrier liturgique, en évoquant chaque vie de saint avec un talent digne d’un conteur. De fait, le merveilleux n’est pas absent de ces textes, qui privilégient volontairement les conversions et les miracles. Mais ce faisant, Jacques de Voragine ne faisait de suivre le goût du temps. Ce qui est certain, c’est qu’il met tout en œuvre pour intéresser le lecteur, pour faire des hérauts de Dieu… des "héros" de la chrétienté. Sans doute est-ce ce qui explique le succès foudroyant de la Légende dorée qui va nourrir l’imaginaire de générations entières de chrétiens jusqu’à la fin du Moyen Âge.

Les premiers siècles de la dynastie capétienne

La France aura connu cinq dynasties, toutes plus ou moins rattachées les unes aux autres. Les trois dernières font partie d’une même « race », celle que l’on nomme la race des Capétiens, parmi lesquels on distingue les Capétiens directs, les Capétiens-Valois et les Capétiens-Bourbons. Une race qui régna sur la France pas moins de huit siècles… une longévité dynastique qui était pourtant loin d’être évidente et qui sera maintes fois remise en cause, notamment lors des passages d’une branche à l’autre. Une longévité qui s’explique peut-être aussi par les règnes des premiers Capétiens…
La dynastie capétienne, qui commence officiellement avec Hugues Capet, est née du sein même de Charlemagne. En effet, Hugues le Grand, le plus célèbre de ses représentants avant Hugues Capet, était, par sa mère, descendant au sixième degré de Carloman, fils de Charlemagne, couronné roi d’Italie sous le nom de Pépin. Débouté de son héritage italien, cette branche des Pippinides reçut en échange le comté de Vermandois, piètre compensation qui revenait cependant à reconnaître, bien que très indirectement, la réalité de ses droits sur le trône italien.
Hugues, « le faiseur de rois »
C’est donc en royaume de France que la dynastie capétienne va se développer, devenant, tant par le jeu des alliances que par l’intelligence politique de ses représentants, la première et la plus importante famille du royaume… au point que l’on surnommera Hugues le Grand « le faiseur de rois ».
Les princes d’Europe ne s’y tromperont d’ailleurs pas puisque l’on verra l’empereur Othon Ier le Grand donner sa propre sœur en mariage à Hugues. Et seul un sursaut de volonté du jeune carolingien Louis IV d’Outremer -qui obtint finalement la neutralité de l’empereur en épousant une autre de ses sœurs, Gerberge-, activement soutenu par la papauté, empêchera Hugues d’être roi de France. Mais peu importe ce titre puisqu’il démontrera sa puissance et assoira l’autorité de sa dynastie, bien plus fermement que s’il avait possédé une couronne. Une autorité qui, étonnamment et après des années de conflits contre le Carolingien, sera encore renforcée lorsque, après la mort prématurée de Louis IV, Hugues se fera soutien et protecteur du jeune roi Lothaire, âgé de douze ans à peine.
Couronnez le duc !

Légende Hugues Capet (v.941-996).
Légende Hugues Capet (v.941-996).

Le fils d’Hugues le Grand, Hugues Capet, devait lui aussi jouer un rôle de premier plan, aussi bien durant le règne de son cousin Lothaire que pendant celui de son fils, Louis V. Mais la mort de ce dernier, le 22 mai 987, suite à une chute de cheval, allait poser la question du suivi dynastique.
Mort sans descendance, Louis V n’avait pas non plus de frère mais un oncle, Charles, duc de Basse-Lorraine, qui n’attendait que cette mort pour monter sur un trône qu’il convoitait déjà après la mort de Lothaire. Mais Charles de Basse-Lorraine était vassal de l’empereur… Un autre prétendant, soutenu par le très influent Adalbéron, archevêque de Reims, allait donc se présenter à l’approbation des seigneurs francs : Hugues, dit Capet, comte de Paris et duc de France.
Et, rapporte Richer dans son Historia francorum, l’archevêque d’appuyer son argumentation en disant :
-Le trône n’est pas toujours dévolu par droit héréditaire : seul doit être promu celui qui se distingue non seulement par la noblesse de la naissance mais par la sagesse de l’esprit […]. Couronnez le duc : c’est le plus illustre d’entre tous par ses exploits, sa noblesse et sa puissance. En lui, trouveront un défenseur non seulement l’État mais les intérêts de tous…
Suite à ce discours, prononcé à Senlis le 3 juillet 987, Hugues Capet devenait, « par la grâce de Dieu, roi des Francs » et inaugurait une dynastie de trois siècles, celle des Capétiens directs.
Prince, qui t’a fait roi ?
Devenu roi, Hugues Ier allait connaître, à son tour, l’opposition des seigneurs francs. Une lutte entre le pouvoir royal et les féodaux qui sera le lot de tous ses descendants et qui demeurera leur principale préoccupation jusqu’au règne de Philippe le Bel.
Un de ses premiers actes en tant que souverain sera donc d’assurer sa succession en associant son fils Robert au trône. À sa suite, tous les rois capétiens feront de même jusqu’à Philippe Auguste qui, le premier, jugera inutile cette précaution. Il faut dire que Philippe Auguste sera également le premier à soumettre durablement les féodaux.
Ainsi Hugues aura-t-il d’abord à combattre Charles de Basse-Lorraine et ceux qui, dans le royaume franc, le soutenaient, tel le nouvel archevêque de Reims, Arnulf. Quant à imposer son autorité, notamment lors des conflits entre féodaux, le Capétien mettra en place une habile politique matrimoniale entre sa famille et les grands féodaux du royaume. Malgré tout, sa souveraineté sera régulièrement mise en cause par les seigneurs francs qui n’oubliaient pas que c’était eux qui avaient élevé le Capétien au rang de roi… et qui le lui rappelaient bien volontiers.
Un pouvoir fragile
Il en sera de même sous le règne de Robert II le Pieux qui, quant à lui, s’engagea dans un conflit armé de six ans lors de la succession du duché de Bourgogne. Et si le souverain était approuvé par le duc de Normandie, Richard II le Bon, son opposant, Otte-Guillaume, était soutenu par le comte de Nevers, l’évêque de Langres et Eudes II de Blois. Plus tard, Robert aura même maille à partir avec deux de ses fils, Henri, qui lui succédera, et Robert.
Du fait des multiples mariages entre la famille royale et celle des grands seigneurs, les conflits entre le roi et les féodaux prendront régulièrement l’allure de véritables « affaires de famille ». Ainsi, Henri Ier, couronné dès 1025 mais succédant à son père en 1031, devra se réfugier auprès d’un de ses vassaux, le fidèle duc de Normandie, Richard III, pour échapper à ses frères, Robert, duc de Bourgogne, puis Eudes. Des « affaires de famille » auxquelles se mêlaient également volontiers les féodaux, attisant les conflits, soutenant tel ou tel parti, le but étant toujours le même : affaiblir le roi afin de conserver à la noblesse un pouvoir fort.
Ces exemples suffisent largement à démontrer la fragilité du pouvoir capétien, dynastie que l’on dit toujours « élective » lors de l’association au trône de Louis VI le Gros, en 1092. Une fragilité telle que Louis VII le Jeune -comme plus tard Philippe Auguste-, couronné environ six ans avant la mort de son père, ira jusqu’à réclamer un renouvellement de la cérémonie quand vint l’heure de la succession !
Les féodaux mis au pas

La bataille de Bouvine, d'après une illustration des Grandes chroniques de France
La bataille de Bouvine, d’après une illustration des Grandes chroniques de France

Si, comme on l’a dit, Philippe Auguste fut le premier souverain à mettre un terme, pour un certain temps du moins, à l’agitation féodale, on peut supposer que déjà, du temps de Louis VII, le pouvoir royal s’accrut ou, du moins, se stabilisa fortement, sans quoi jamais le roi n’aurait tenté l’aventure de la Terre sainte (1147).
On ne peut d’ailleurs que se réjouir de ce regain de pouvoir car c’est également à cette époque qu’Henri Plantagenêt, comte d’Anjou, devint l’héritier officiel du trône d’Angleterre et qu’il épousa Aliénor d’Aquitaine, le parti le plus intéressant du royaume. Un mariage et un héritage qui allait faire des Plantagenêts, outre les nouveaux souverains d’Angleterre, les plus puissants seigneurs du royaume -ils ont alors la Guyenne, l’Anjou, le Poitou, la Normandie- et donc les pires ennemis des rois de France.
Hors le danger grandissant que vont représenter les Plantagenêts, le pouvoir royal est donc, à cette époque, en train de solidement s’établir. Certes, cela n’empêchera pas Philippe Auguste d’avoir également à lutter, au cours de ses quarante-trois années de règne, contre les féodaux -notamment contre le comte de Blois, le duc de Bourgogne, le comte de Flandre et le comte de Toulouse- mais il saura s’imposer de telle façon que, comme nous l’avons évoqué, il ne jugera pas nécessaire d’associer son fils Louis, dit le Lion, à la couronne. La célèbre victoire de Bouvines ne sera finalement que la traduction de cet état de fait et représentera rien moins que l’apogée de son règne, le point final aux luttes internes. Et Philippe l’avait bien compris lui qui, pour célébrer cette première victoire du roi et de toute la nation France, organisa une véritable marche triomphale depuis le champ de bataille jusqu’à Paris.
Ces victoires diverses sur les féodaux, finalisées sur le champ de bataille de Bouvines, donneront également l’occasion à Philippe Auguste de consolider l’organisation interne du royaume, ce que n’avaient pu faire ses prédécesseurs, trop préoccupés par de probables révoltes. Il aura donc fallu des siècles de luttes internes et l’apparition d’un Capétien comparable, en force et en caractère, à un Hugues le Grand, pour qu’enfin on associe le nom de cette dynastie à un royaume entier, à une nation… Car Philippe Auguste fut, sans aucun doute, le premier des grands Capétiens directs. Le « bilan » de son règne en témoigne avec éloquence : en effet, à sa mort en 1223, il a, énumère Ivan Gobry dans Les Capétiens, « quadruplé le domaine royal en lui ajoutant le Vermandois, l’Artois, l’Amiénois, la Normandie, le Maine, l’Anjou, la Touraine, la Saintonge, l’Auvergne, une partie du Poitou et de la Marche » ; il a également réformé la justice en créant les baillis, puis la perception de l’impôt ; muliplié les routes afin de favoriser le commerce et activement soutenu l’implantation d’universités.
Les derniers soubresauts des féodaux

Blanche de Castille (1188-1252) recevant un pèlerin.
Blanche de Castille (1188-1252) recevant un pèlerin.

On le voit, une œuvre immense fut accomplie sous le règne de Philippe Auguste ; une œuvre qui pourtant faillit bien ne pas lui survivre.
En effet, en 1226, soit à peine trois ans après son accession au trône, Louis VIII le Lion mourait, laissant comme héritier un enfant de douze ans seulement. Et l’enfant n’avait évidemment pas été couronné du vivant de son père ! Cette minorité devait tout de suite faire relever la tête aux féodaux, le premier à réagir étant Pierre de Dreux, dit Mauclerc. Mais l’erreur de Mauclerc sera de faire appel au roi d’Angleterre, ce qui allait rapidement transformer cette révolte féodale en conflit avec « l’étranger ». Blanche de Castille le comprit bien, qui fit appel au sentiment « national » de ses vassaux. Ainsi, le ralliement du comte de Champagne et de nombreux autres féodaux, s’il se fit parfois avec un enthousiasme mitigé, devait sceller l’union du roi avec ses vassaux. Une union que seuls quelques légers soubresauts viendraient désormais troubler…
Enfin, lorsqu’en 1245, Louis IX prit la croix pour la première fois, les plus grands seigneurs du royaume lui emboîtèrent le pas : les frères du roi, Robert, Alphonse et Charles ; Pierre Mauclerc, rentré en grâce, et son fils, Jean de Bretagne ; le comte de la Marche, le duc de Bourgogne, celui de Brabant ; le sénéchal du comte de Champagne, Jean de Joinville, et même la comtesse de Flandre accompagnée de ses fils !
Quand Philippe le Bel monte sur le trône, la dynastie capétienne, qui a mâté les féodaux, agrandi le domaine royal, réformé le pays, survécu aux révoltes et aux minorités, paraît plus forte que jamais. Elle le sera effectivement sous ce règne, qui fut pourtant le premier de ceux que l’on nomma « les rois maudits »…

L’ordre de la Toison d’or

Les armes de Philippe le Bon avec, en bonne place, le lion des Flandres, devenu, pour l'occasion, de gardien de l'Occident.
Les armes de Philippe le Bon avec, en bonne place, le lion des Flandres, devenu, pour l’occasion, de gardien de l’Occident.

Le 18 juin 2007, le roi Abdallah d’Arabie saoudite entamait une tournée des capitales européennes. Première étape : l’Espagne, où il sera reçu par le roi Juan Carlos et se verra décerné une distinction dans l’ordre de la Toison d’or. Etonnant quant on sait que Philippe le Bon, grand duc de Bourgogne, à l’origine de cette distinction, l’avait créé pour la croisade…
Depuis la perte de la Terre Sainte et la disparition de l’ordre des Templiers, de nouveaux ordres avaient fleuri à travers l’Europe. Et lorsque Edouard III crée, en 1346, l’ordre de Saint-Georges de la Jarretière, les ordres de chevalerie ont trouvé un nouveau modèle : un saint patron, un nombre restreint de chevaliers, placés sous l’autorité du roi, devenu le grand maître, et un signe particulier, telle une ceinture ou un collier, se retrouvent dans tous les pays.
Comme tous ces ordres de chevalerie, celui de la Toison d’or avait pour but ultime la croisade et la défense de l’Occident chrétien. Pour le duc Philippe III le Bon, la croisade était une quête, semblable à celle du Graal. Profondément marqué par la défaite de son père, lors de la croisade de Nicopolis, en 1396, Philippe le Bon gardera, tout au long de son règne, cette idée d’une croisade contre les Turcs. Ce sera aussi, pour le plus grand seigneur d’Occident, l’occasion rêvée de rassembler ses principaux vassaux afin de les unir, plus étroitement, à sa personne.
C’est ainsi que le 10 janvier 1430, à l’occasion de son mariage, à L’Écluse, en Flandre, avec Isabelle de Portugal, le puissant duc de Bourgogne reprend le projet de son grand-père, fondateur de la maison de Bourgogne-Valois, Philippe le Hardi, et fonde l’ordre de la Toison d’or.
Les « Vœux du Faisan »

Charles le Téméraire présidant une réunion de l'ordre de la Toison d'or.
Charles le Téméraire présidant une réunion de l’ordre de la Toison d’or.

Une des caractéristiques de cet ordre est le faste extraordinaire entourant ses réunions.
Depuis longtemps, les ducs de Bourgogne avaient montré qu’ils aimaient le luxe ; ils se plaisaient à rappeler sans cesse leur puissance et leur richesse lors de somptueux banquets. Les séances de l’ordre seront autant d’occasions d’éblouir le reste de l’Occident par la magnificence du duc.
C’est ainsi qu’en 1454, Philippe le Bon réunit toute sa chevalerie pour un banquet de plusieurs jours. Le thème principal en était, bien entendu, Jason et l’ordre de la Toison d’or. Et c’est alors qu’apparurent des nefs d’orfèvrerie, des tableaux « mouvants » figurant les douze travaux d’Hercule et l’aventure de Jason, également mise en scène dans trois « mystères ».
Mais le spectacle plus impressionnant fut sans nul doute cette apparition de l’Empire byzantin, récemment tombé aux mains des Turcs. Exposée sous les traits d’une jeune femme abattue, elle était gardée par le lion des Flandres qui figure sur le blason du Bourguignon.
Ce discret appel à la croisade récoltera un succès immédiat et, aussitôt, les trente-et-un chevaliers se lèveront pour jurer de partir en croisade. C’est ce que l’on appellera les « Vœux du Faisan ». Vœu pieux s’il en est, le souffle de la croisade s’évanouissant aussi vite que les effluves des bons vins de Bourgogne…
« Je suis Jason, celui qui laboure en douleur… »

Sceau de Philippe le Bon.
Sceau de Philippe le Bon.

Le patronage de Jason sera également violemment contesté. En effet, comment un ordre de chevalerie chrétien et perpétuant l’idée de croisade pouvait-il s’appuyer sur un patron qui n’était autre qu’un héros païen, un héros méprisé ? Il ne restait plus qu’une solution : réhabiliter Jason…
Les poètes médiévaux ne se précipiteront pas pour prendre la défense du héros grec, suggérant plutôt au duc Philippe le Bon de le remplacer par Gédéon, un personnage biblique. Le débat durerait encore si Charles le Téméraire, fils et successeur du duc Philippe le Bon à la tête du domaine bourguignon comme à celle de l’ordre, n’avait décidé d’y remédier.
En 1468, le Téméraire charge donc Guillaume Fillastre de célébrer, en six livres, les différentes Toisons d’or. Le but initial était de confirmer l’ordre lors de la succession de Charles le Téméraire et d’éclairer l’histoire de la Toison de commentaires ainsi que d’exemples pieux. Cette vaste histoire des six Toisons, celles de Jason, de Jacob, de Gédéon, de Mésa, de Job et de David, devait correspondre à six vertus : la magnanimité, la justice, la prudence, la fidélité, la patience et la clémence.
Cependant, le projet n’aboutira pas car à la mort de Guillaume Fillastre, en 1468, seuls trois volumes étaient achevés. Pourtant la réhabilitation de Jason avait déjà commencé et le travail de Fillastre ne faisait qu’entamer celui de Raoul Le Fèvre, auteur du fameux Roman de Jason.
Chapelain du duc de Bourgogne, Raoul Le Fèvre entame son œuvre, en 1460, à la demande du prince. Dans cet ouvrage, Jason, « celui qui conquit le veau d’or en Colcos et qui, journellement, laboure en tristesse pour le déshonneur », va à nouveau apparaître comme un véritable héros médiéval. Il combat, joute et l’emporte toujours. Et, lorsqu’il se libère de la magie de Médée, qui, par ses pouvoirs, l’a contraint à certaines bassesses, Jason, grand seigneur, lui accorde son pardon.
Au final, l’ordre de la Toison d’or n’aura été qu’un souffle pieux, guerrier mais sans réel impact si ce n’est un sujet littéraire. Le souffle initiateur, celui de la croisade, avait déjà disparu, s’il avait même jamais existé. Pourtant, plus qu’une simple distinction honorifique il était un symbole, un rappel de la renaissance de l’Occident chrétien. Et c’est ce que le roi d’Espagne vient de lui retirer.

Les décimes : le grand détournement

Miniature du Moyen Âge représentant le clergé.
Miniature du Moyen Âge représentant le clergé.

A l’origine, les biens d’Eglise, affectés au culte et à la charité, devaient être exemptés d’impôt. Seule exception, la décime, qui permettait au pouvoir royal ou au pape de lever un impôt correspondant au dixième des revenus du clergé. Un impôt exceptionnel donc qui, au fil du temps, allait acquérir une certaine régularité. Initialement, la décime était versée au souverain tous les dix ans, afin de l’aider à la défense du royaume et, donc, des églises. On constate cependant que, de 1188 à 1294, le roi de France percevra cet impôt sensé être exceptionnel, tous les deux ans. Philippe le Bel ira même jusqu’à lever l’impôt sans l’accord du pape et, à partir du XVIe siècle, c’est tous les ans que la décime sera perçu. En fait, durant tout le Moyen Âge, il apparaît clairement que certains souverains n’hésiteront pas à déclencher des guerres afin de remplir les caisses du trésor. Outre l’aspect proprement pécunier, il s’avère que la levée de l’impôt sur les biens du clergé était, pour les souverains, un moyen facile de prouver leur indépendance vis-à-vis du pouvoir spirituel, c’est-à-dire de l’Eglise. Un moyen facile et lucratif. Et même lorsque, à l’issu du concordat de Bologne (1516), les décimes versées au roi devinrent régulières -à raison de 1 600 000 livres par an versées pendant six ans, contrat qui sera prolongé indéfiniment-, le souverain n’hésita pas à y ajouter les fameuses et originelles décimes extraordinaires.

Les Seldjoukides font main basse sur le monde musulman

La bataille de Manzikert.
La bataille de Manzikert.

C’est dans le Turkestan occidental que voit le jour, au cours du Xe siècle, la tribu des Seldjoukides. Son nom vient de son premier chef, Seldjouk, qui conduisit sa tribu des bords de la Syr-Daria au Turkestan avant qu’elle ne s’établisse dans la région de Boukhara (vers 985). Soldats de Samanides -une dynastie persane-, les Seldjoukides allaient bénéficier de la chute de ces derniers pour se faire céder, par les Ghaznévides qui leur succédaient, le Khorassan. C’est là, vers 1035, que les Seldjoukides vont se révéler sous l’impulsion de Toghroul-beg, leur chef.
Ardent musulman sunnite, ce dernier devait soumettre toute la Perse et apporter son soutien au calife de Bagdad, alors sous la coupe de chiites.De fait, l’expansion des Seldjoukides devait très largement bénéficier de l’anarchie dans laquelle se trouvait le monde musulman au XIe siècle. Car à l’opposition religieuse entre chiites et sunnites, s’ajoutait le morcellement politique. A Bagdad, par exemple, le calife, sous tutelle iranienne, voyait battue en brèche l’autorité des Fatimides d’Egypte ; la Syrie était le proie des luttes entre les dynastie locales depuis que les Ommeyyades avaient disparu du champ politique.
Toghroul-beg allait pleinement profiter de la situation. Entré en maître à Bagdad après avoir soumis toute la Perse, Toghroul-beg devait s’imposer comme vicaire temporel du calife abbasside qui lui donnera le titre de « sultan » en sus de sa propre fille. Le successeur de Toghroul-beg, son neveu Alp-Arslan tentera d’intégrer les Seldjoukides dans un Etat centralisé et hiérarchisé.
Une volonté qui n’allait pas sans quelques difficultés tant les habitudes de nomades des Seldjoukides étaient ancrées en eux. De fait, la force des Seldjoukides, si elle résidait en un armée puissante basée sur la garde personnelle du sultan, sera de maintenir les fonctionnaires iraniens en place depuis des années et qui avaient fait leurs preuves dans l’administration civile. Avec l’armée, ce sera, quasiment, la seule preuve d’unité et la seule force des Seldjoukides, les discordes internes alimentant la faiblesse innée des nouveaux maîtres de la Perse. D’ailleurs, l’époque des « grands Seldjoukides », ne durera guère plus d’un demi siècle, de 1040 à 1090. Alp-Arslan s’emparera ainsi de l’Arménie, d’Alep et infligera à l’empereur de Byzance, Romain Diogène, une terrible défaite à Manzikert (1071), ouvrant les portes de l’empire aux invasions turques. Son fils, Malik-Chah, adjoindra à l’empire seldjoukide la plus grande partie de l’Asie mineure, enlevée à Byzance. La citée même que Constantin avait édifié manqua de tomber et seul les troubles internes, les révoltes de la Secte des Assassins notamment, devait la sauver… pour encore quatre siècles.
Après la mort de Malik-Chah, l’empire seldjoukide sera divisé au sens propre comme au figuré. Le plus important des sultanats qui en sortiront, sera celui de « Roum », du nom de « romain » ou byzantin et qui regroupait les terres enlevées aux Byzantins. Dans cette région, les Seldjoukides auront non seulement à faire avec les Byzantins mais, bientôt, avec les croisés. Il faudra que les Turcs seldjoukides montrent enfin un front uni pour mettre un terme aux victoires croisées, qu’ils entament même une contre-croisade sous l’impulsion d’une autre dynastie turque de Syrie, les Zenguides, qui enlèveront Edesse aux Francs et, sous Nour el-Din, continueront de mettre les Etats croisés en danger.
Malgré de fortes rivalités lors que chaque succession, les Seldjoukides d’Asie mineure marqueront encore, au cours du XIIIe siècle, de nombreuses victoires contre les Grecs, les Vénitiens ou les Arméniens. Le sultanat de Roum devait atteindre son extension la plus grande sous le règne de Kaïkobat Ier, qui l’étendit sur toute l’Anatolie. Pour peu de temps cependant : en 1237, Kaïkobat fut empoisonné par son propre fils, le pays secoué par une révolte turkmène et les envahisseurs Mongols firent leur apparition. L’empire des Seldjoukides ne survivra pas à cette double menace et en 1307 c’est un Mongol qui s’installe en vice-roi à Konya.

La ceinture de chasteté : un mythe tenace

La cour d'amour au Moyen Âge.
La cour d’amour au Moyen Âge.

Bien peu de gens connaissent le lais de Marie de France qui évoque une amoureuse nouant le bas de la chemise de son compagnon et ce dernier plaçant une ceinture autour de la taille de son amante, signes que seul celui ou celle « qui sera capable de défaire la ceinture ou la chemise de couper ou briser » pourra aimer l’un ou l’autre. Pourtant, de cet écrit du XIIe siècle et de l’imaginaire populaire qui veut que seul ce terrible et obscur Moyen Âge ait pu inventer une telle horreur et faire preuve d’autant de mysoginie, est né le « demi-mythe » de la ceinture de chasteté médiévale. « Demi-mythe » parce que les ceintures de chasteté ont effectivement existé… mais pas au Moyen Âge ! Ce dont parle Marie de France n’est, selon l’historienne Régine Pernoud, qu’un symbole, à l’image des ceintures de cordes portées par les religieux et les religieuses et qui représentent l’un des trois vœux de l’état religieux, à savoir la chasteté.
Si l’on s’en réfère à Brantôme ou à Rabelais, qui les évoque dans Horribles et épouvantables faits et prouesses du très renommé Pantagruel, les ceintures de chasteté ont fait leur apparition… à la Renaissance ! Délires d’écrivains ? On aurait pu le croire si un archéologue n’avait pas retrouvé un squelette de femme, enterrée au XVIe siècle, portant une ceinture métallique de toute évidence destinée à empêcher les relations sexuelles. La preuve est donc faite. Mais pourquoi imaginer un tel instrument ? Contrairement aux dires de Brantôme, aisément porté à l’affabulation, il paraît improbable que ces ceintures aient vraiment été utilisées -et encore moins destinées- à des maris craignant l’infidélité de leur femme. Il semble plutôt qu’elles aient servi -et de manière tout à fait exceptionnelle- à protéger les femmes d’un viol, notamment lors de longs voyages ou en temps de guerre, pendant le siège d’une forteresse ou d’une cité…