La Bohême, la Bohême…

Vue de Prague (gravure du XIXe siècle).
Vue de Prague (gravure du XIXe siècle).

On suppose, sans en avoir de certitude, que c’est des Celtes béoïens que la Bohême tire son nom. Des Celtes qui, vers 60 après J.-C. seront repoussés par les Germains, lesquels devaient s’installer six siècles durant sur ce territoire d’Europe centrale. Remplacés au VIe siècle par les Slaves tchèques, les Germains devaient alors émigrer vers la Bavière, laissant la place à un peuple qui, au IXe siècle, allaient rattacher la Bohême au royaume de Grande Moravie, détruit par les Hongrois en 907-908. Deux peuples s’affrontaient alors : les Germains, en la personne des rois allemands devenus suzerains de Bohême, et les Slaves en la personne des ducs de Bohême issus de la maison de Prémyslides. Un antagonisme qui devait se manifester notamment lors de la mission d’apostolat des slaves Cyrille et Méthode, qui évangélisèrent la Bohême au Xe siècle. Irrémédiablement liée au Saint Empire romain germanique dont les ducs de Bohême étaient les vassaux, la dynastie des Prémyslides devait perdurer jusqu’au début du XIVe siècle. Mais, déjà, au siècle précédent, la Bohême devait connaître une forte colonisation allemande et c’est assez naturellement que, à la mort du dernier représentant de la dynastie slave, la Bohême passa sous l’autorité de Jean de Luxembourg, le fils de l’empereur du Saint Empire, Henri VII.
C’est donc désormais sous l’autorité de la maison de Luxembourg que la Bohême devait s’épanouir.
Et c’est ce qu’elle fit, notamment sous les règnes de Charles IV et de Wenceslas IV qui verront et engendreront ce qui est considéré comme l’apogée culturelle de la Bohême, avec, notamment, la fondation de l’université de Prague (1348).
Touchée de plein fouet par l’agitation religieuse et les velléités nationalistes des hussites -proches des protestants-, la Bohême connaîtra, sous le dernier souverain de la maison de Luxembourg, l’empereur Sigismond, quinze années de désolation et de guerre civile. Après lui, la Bohême allait être le jeu des ambitions de tous : à Ladislas Ier, fils d’Albert d’Autriche et de la fille de Sigismond, succéderont George de Podébrady, un noble hussite, puis les Jagellons de Pologne, Ladislas II et Louis, suivi de Ferdinand Ier, frère de Charles-Quint. Après lui, la Bohême ne devait plus connaître l’indépendance, intégrée qu’elle était aux possessions des Habsbourg, jusqu’en 1918. A cette date, elle sera agglomérée par ordre du Traité de Versailles aux Slovaques, formant la Tchécoslovaquie.

Arthur, modèle des chevaliers

Les jongleurs du XIIIe siècle avaient divisé les romans -mot désignant, à l’origine, les ouvrages écrits en langue romane- en trois catégories qui procédaient de trois sources distinctes : romans de Charlemagne, romans de la Table ronde et romans de l’Antiquité grecque et romaine.
Chacune de ces trois catégories comprenait un grand nombre de sujets différents qui correspondaient l’un à l’autre par une succession de faits homogènes et analogiques. C’étaient autant de cycles formant un vaste ensemble, dans lequel on trouvait des personnages de même race et de même caractère.
Le XIIe siècle fut la grande époque de la « romancerie » et les jongleurs, qui diffusaient ces romans, faisaient assaut de nouveauté, cherchant des sources de « gai sçavoir », où personne n’avait encore puisé. Ce fut pour répondre à la demande de leur public passionné que les trouvères de langue d’oïl mirent en rime et en prose les vieux « lais » bretons et augmentèrent le vaste domaine du roman français. De là, une longue série de romans « de Bretagne » ou de la Table ronde…
Les chevaliers de Flandres et de Franche-Comté avaient accueilli, de la bouche des jongleurs bretons ou dans les livres latins écrits sur la foi d’anciens récits, les traditions des Celtes et des rois fabuleux de Bretagne. C’était le roi Marc et son neveu Tristan, épris de la femme de son oncle, Iseult, sous la fatale influence d’un philtre invincible. C’était aussi Arthur, l’Hercule celtique, l’époux de la plus belle et de la plus inconstante des femmes, Guenièvre, et qui était entouré d’une cour de héros.
Les auteurs de romans bretons avaient fait d’Arthur le fondateur de la chevalerie, le créateur des tournois, en racontant que ce valeureux roi faisait asseoir à sa Table ronde les vingt-quatre -on dit parfois douze- meilleurs chevaliers de son royaume, qui formaient ainsi la cour plénière de la chevalerie. Arthur, en fait, est le symbole de la féodalité, le garant des valeurs chevaleresques et du système féodal où les chevaliers suivent leur propre route, tout en étant prêts à répondre, sur l’heure, à l’appel de leur souverain.
Modèle de chevalerie, dont il est l’expression la plus achevée et la plus parfaite, figurant parmi les Neuf Preux -les autres étant Hector, Alexandre, César, Josué, David, Juda Macchabée, Charlemagne et Godefroy de Bouillon- Arthur n’en oublie pas le « fine amor », c’est-à-dire l’amour courtois qui règne en maître dans le monde arthurien. Les dames y jouent un rôle prépondérant et la galanterie la plus raffinée est de mise, élevant les principes du « fine amor » à son paroxisme puisque l’amour courtois est nécessairement adultère, tout comme l’est l’amour entre Lancelot et Guenièvre, entre Tristan et Iseult. A moins que ce ne soit -et c’est là la très intéressante piste donnée par certains historiens- que l’expression d’une transgression, non pas maritale ou morale, mais entre un vassal et son seigneur. En clair, l’amour courtois ne serait jamais qu’une allégorie du jeu de pouvoir entre un seigneur et son homme-lige…

Les Normands : féaux du roi de France ?

Rollon s’inclinant devant Charles le Simple (gravure du XIXe siècle).
Rollon s’inclinant devant Charles le Simple (gravure du XIXe siècle).

Selon certains historiens, notamment Philippe Maurice, auteur de Guillaume le Conquérant, la Normandie ne fut pas, à sa création, un duché comme les autres. En effet, Rollon n’aurait reçu le fief normand que comme une « donation » pour laquelle il n’y avait donc pas d’hommage lige à rendre. Un diplôme de 918 confirme cette assertion en précisant que cette donation fut faite « aux Normands de la Seine, c’est-à-dire à Rollon et à ses compagnons, pour la sauvegarde du royaume ». De fait, s’il n’y avait pas d’hommage, Charles III le Simple pouvait se permettre, à terme, d’attaquer les Normands et de leur reprendre leur fief. D’un autre côté, le Carolingien se privait d’un soutien particulièrement efficace… et Rollon sera d’une fidélité exemplaire. L’aurait-il été s’il n’avait été assujetti par aucun hommage ? De même, comment expliquer l’intervention, comme suzerain et seigneur devant protection à son féal, de Louis IV d’Outremer lors de la minorité de Richard sans Peur ? Certes, Louis ne respectera nullement son devoir de suzerain, mais s’il n’y avait eu aucun lien de suzeraineté, les seigneurs normands auraient-ils accepté si facilement le départ du petit duc ?

L’explication serait donc qu’un lien de vassalité unit les Normands et les rois de France sous Guillaume Longue-Épée et dans les premières années de l’avènement de Richard sans Peur. Un lien que repoussera ensuite ce même Richard, vainqueur de Louis IV d’Outremer qui, en 945, le reconnaîtra duc de Normandie -Richard est le premier à porter officiellement ce titre- et acceptera « l’indépendance totale du jeune prince » (Philippe Maurice). Une indépendance à laquelle, on ne sait trop pourquoi, Richard sans Peur finira par renoncer en reconnaissant la suzeraineté des Robertiens en 965.

La « curia regis » ou le prix de l’indépendance

La Justice (d'après une enluminure du Moyen Âge).
La Justice (d’après une enluminure du Moyen Âge).

Le roi n’est qu’un seigneur comme les autres. Voilà comment on pourrait résumer la raison d’être du parlement au Moyen Age. De fait, les premiers Capétiens n’avaient guère de terre et guère de pouvoir face à des féodaux occupés à leur propre intérêt et souvent plus puissant que le souverain lui-même. Hugues Capet avait été désigné par ses pairs pour prendre la succession des Carolingiens et, des siècles durant, les féodaux se feront un plaisir de le rappeler au souverain. Pour asseoir ses décisions les plus importantes, ce dernier n’avait alors d’autre choix que de chercher le soutien de ces seigneurs. Et c’est ce qu’il fera à travers un conseil composé de vassaux ecclésiastiques et laïcs ; un conseil qui prendra le nom de "curia regis", de "cour du roi" et qui est l’ancêtre du parlement.
Analogue aux cours féodales que l’on retrouvait chez tous les grands seigneurs, elle s’assemblait d’ordinaire lors des grandes fêtes religieuses et avait des attributions autant judiciaires que politique. Une déclaration de guerre, un départ à la croisade, une signature de paix : voilà les sujets que la cour du roi avait à traiter.
Alors certes, le souverain, qui y invitait qui il désirait, avait toutes les chances de voir sa volonté prédominer, mais dans les faits, il apparaît que, jusqu’au XIIIe siècle, le roi n’avait pas les moyens de se priver de ce soutien. Le pouvoir de la cour était donc réel. Comme il était réel dans les affaires judiciaires opposant un seigneur et le roi ou deux féodaux entre eux. Dans le reste du royaume, elle était plus faible car si les ecclésiastiques faisaient aisément appellent à elle, la justice faisait partie inhérente du principe féodal et ce droit, cette autonomie, les grands seigneurs ne comptaient pas s’en laisser départir.
 Au XIIIe siècle, le domaine royal s’était considérablement étendu sous l’impulsion des politiques successives -notamment matrimoniales- des souverains capétiens. Jouant de leur influence grandissante, ces mêmes souverains réintroduirent le droit romain, ce qui allait sonner le glas de l’autonomie judiciaire des féodaux. De fait, sous saint Louis, on constate que la cour du roi commença à recevoir un nombre croissant d’appels des jugements rendus par les baillis et leurs seigneurs. Les légistes royaux se mirent sur l’affaire, soutenant que toute justice étant rendue en fief du roi, la cour du souverain pouvait recevoir en appel tout jugement rendu par une cour féodale. Le nombre d’affaires devint tel qu’il nécessita la réorganisation de la cour du roi qui se scinda en cour de justice et en "cour du parlement".

La Touraine en apanage

Pièce de monnaie de la tribu des Turones (Ier siècle après J.-C.).
Pièce de monnaie de la tribu des Turones (Ier siècle après J.-C.).

Lorsque les Romains pénètrent en Gaule, ceux sont les Turones qui peuplent la riche province de Touraine. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils s’accommodèrent aisément de la conquête romaine, au point que la principale cité de la région, Turones, rebaptisée Caesarodunum -aujourd’hui Tours-, devint la capitale de toute la Lyonnaise IIIe, soit de la Touraine, mais aussi de l’Anjou, du Maine et de l’actuelle Bretagne.
Soumise en 480 après J.-C. Par les Wisigoths, la Touraine allait passer aux mains des Francs après la victoire de Clovis à Vouillé, en 507. Objet de toutes les convoitises tant la région était riche, tant sa situation, favorisant les échanges, en faisait un acteur incontournable au niveau commercial, la Touraine sera au cœur de nombreux conflits entre les princes mérovingiens, jusqu’à ce qu’elle acquière son indépendance, au Xe siècle, sous le gouvernement des comtes de Touraine. Une indépendance qui ne sera que de courte durée : enjeu d’une rivalité entre la maison d’Anjou et celle de Blois, la Touraine allait tombée dans l’escarcelle des premiers sous le règne de Geoffroi II Martel et donc, indirectement et dans les années à venir, dans celle de la maison d’Angleterre lorsque celle-ci aura pour chef un Plantagenêt.
La Touraine, si richement dotée par la nature, sera une des premières possessions que Philippe Auguste s’empressera de reprendre aux Anglais en la confisquant à Jean sans Terre. Désormais, elle restera dans le giron français et deviendra même l’apanage de nombreux princes du sang, tels que Philippe le Hardi, qui aura ensuite la Bourgogne, le futur Charles VII, quant il n’était pas encore dauphin et que ce titre revenait à son frère aîné. Le titre de duc de Touraine devait s’éteindre avec François, duc d’Alençon et frère d’Henri III, en même temps que s’éteignait la lignée des Capétiens-Valois (1584). La province sera dès lors réunie, de manière définitive, à la couronne de France.

Guillaume d’Aquitaine, le roi des troubadours

Guillaume IX d'Aquitaine et sa cour (1071-1127).
Guillaume IX d’Aquitaine et sa cour (1071-1127).

Paradoxalement, c’est à un «  grand trompeur de dames, riche en aventures galantes », selon ses contemporains, que l’on doit ce qui va devenir un véritable art de vivre après avoir été un art littéraire : l’amour courtois.
Guillaume IX d’Aquitaine est à peine âgé d’une quinzaine d’années lorsque, en 1085, il succède à son père à la tête du duché d’Aquitaine. Il prend alors possession d’un immense domaine qui s’étend de la Gascogne aux marches de l’Auvergne, ce qui fait de lui un des plus puissants féaux du royaume de France. S’il n’a guère marqué son époque au regard du politique, excepté quelques actions dans la Reconquista, l’empreinte intellectuelle qu’il a laissé est indéniable.
Amateur de bonne chère et de «  bonne chaire », poète à ses heures, volontiers licencieux dans ses propos ou ses écrits, Guillaume le Troubadour a laissé onze chansons au total, dont quatre qui marquent la naissance du fin amor, dit aussi amour courtois.
Où nous mîmes à la guerre fin,
Quand elle me donna un don si grand,
Son amour et son anneau :
Que Dieu me laisse vivre tant
Quand j’aie mes mains sous son manteau !

Le «  roi des troubadours » y célèbre, en langue d’oc, l’amour avec délicatesse infinie, un art consommé de la poésie et de la rime. Et c’est un véritable genre littéraire qui va éclore et rapidement se propager, grâce aux troubadours, à travers toute l’Europe. Deux siècles durant, il va marquer de son empreinte indélébile le Moyen Âge ; deux siècles qui vont voir également son évolution. Car l’amour courtois se fait plus distant : il célèbre l’amour idéalisé, inaccessible d’un chevalier pour la Dame de ses pensées –généralement la femme de son suzerain. Jamais assouvi, il est l’amour pur et quasi mystique de Lancelot pour Guenièvre, de Tristan pour Iseult.
Mais cette évolution est-elle naturelle ? Telle est la question que pose l’historien. En effet, ne pourrait-on y voir une illustration supplémentaire des règles de féodalité, de vassalité ? La Dame, l’épouse du suzerain au centre des joutes poétiques, faisant alors figure de médiatrice dans les liens qui unissent le seigneur et son vassal. Un  hommage sans cesse renouvelé.

D’Erin en Ulster

Sceau de Jean sans Terre (1166-1216).
Sceau de Jean sans Terre (1166-1216).

Parce que le conflit irlandais était -et est encore un peu- une guerre moderne, on oublie bien souvent que l’Ulster, terre des protestants mais aussi des Anglais, est un territoire depuis longtemps séparé du reste de l’Irlande. On oublie que cela fait des siècles que l’histoire de l’Ulster est différente de celle de l’Erin -désormais l’Eire.
L’Uladt, puisque tel est le nom originel de l’Ulster, formait, au début de notre ère, un vaste royaume, comprenant près de la moitié de l’île. Démembré au IV siècle, l’Uladt allait voir la domination des O’Neil, une famille puissante, qui devait cependant s’incliner face aux troupes de John de Courcy… au XIIe siècle. C’est de cette époque que date la domination anglaise su le nord de l’île puisque c’est pour le compte des souverains anglo-normands qu’agissait Courcy. Et une domination qui ne devait pas cesser, s’étendant toujours plus, au contraire. A John de Courcy et à sa famille allait succéder Hugh de Lacy, un seigneur de la suite de Jean sans Terre qui, en 1205, prend pour la première fois le titre de comte d’Ulster. Un titre plus qu’autre chose puisque "l’Ulster" se limitait alors au seul comté de Down. Il faudra attendre les règnes d’Elisabeth Ire et de Jacques Ier pour que s’étende la domination anglaise dans le nord de l’Irlande : vers le comté de Londonderry -initialement comté de Coleraine- d’abord puis vers sept autres comtés du nord -Antrim, Armagh, Monaghan, Tyrone, Fermanagh et Cavan.
A la fin  du XIXe siècle, Ulster avait une population d’un million et demi d’habitants, parmi lesquels les catholiques n’étaient guère plus que 740 000. Dans aucune province d’Irlande les protestants n’étaient aussi nombreux ; aucune province d’Irlande n’était, non plus, aussi anglaise et depuis si longtemps. De fait, la séparation entre Erin et Ulster avait les allures d’une frontière clairement établie ; l’histoire des deux provinces étaient par trop différente et l’on comprend que ce soit en Ulster que l’opposition au nationalisme irlandais ait été la plus vive… jusqu’à engendrer la guerre civile.

Harcourt : une famille française

Un combat au Xe siècle, d'après une peinture murale.
Un combat au Xe siècle, d’après une peinture murale.

La famille d’Harcourt disait remonter à Bernard le Danois, un compagnon de Rollon, lequel aurait offert, à son ancien compagnon d’armes le domaine d’Harcourt. Seigneurie comprenant les terres d’Elbeuf et de Lillebonne, elle devait être érigée en comté par Philippe VI au XIVe siècle. De fait, plusieurs de ses membres s’étaient déjà distingués par le passé : Jean II d’Harcourt avait combattu à Tunis avec saint Louis et était devenu maréchal de France sous Philippe le Hardi puis amiral de France ; Raoul d’Harcourt s’était distingué, aux XIIIe-XIVe siècles, comme chanoine de Paris et, surtout, conseiller de Philippe le Bel. C’est lui, qui, en 1280, avait fondé le collège d’Harcourt, devenu ensuite le lycée Saint-Louis. Godefroi d’Harcourt, qui avait opté pour la maison d’Angleterre, avait conduit des troupes lors de la bataille de Crécy et inspiré la descente des troupes d’Edouard III sur la Normandie. Il sera finalement tué lors d’un combat contre les Français sur la Vire.
Enfin, Henri de Lorraine, comte d’Harcourt, surnommé "Cadet la Perle" parce qu’il était le cadet de la maison de Lorraine-Elbeuf et qu’il portait une perle à l’oreille sera un des plus grands hommes de guerre du XVIIe siècle. Il commanda les troupes françaises en Piémont, força Turin à capituler, devint vice-roi de Catalogne (1644), vainquit les Espagnols à Valenciennes et prit Condé et Maubeuge (1649). D’autres représentants de cette famille illustre devaient se distinguer avec Turenne ou, pour le dernier d’entre eux, comme écrivain. Ainsi, du IXe siècle au Xxe, la famille d’Harcourt allait ponctuer l’histoire de France de ces hauts-faits.

Unam, sanctam, catholicam : l’Église au Moyen Âge

Le Moyen Âge s’étend sur près de mille ans, de 476, date de la chute de l’empire d’Occident, à 1483. Durant ces mille années, l’Église a grandi,  évolué et traversé des périodes de troubles et de fastes. Et cette histoire, uniquement évoquée par quelques faits marquants, notamment au cours des XIe au XVe siècles, n’est pas seulement celle de l’Église mais de l’Europe entière.
Le XIe siècle marque un tournant dans l’histoire de la chrétienté puisqu’il connaît la séparation définitive entre Rome et Byzance. La chrétienté se trouve alors divisée, aussi  bien religieusement que géographiquement, en Église d’Orient et Église d’Occident, toutes deux évoluant dans leur sphère propre. Cette première évolution n’est, en Occident, que le début d’une longue période de troubles et de « révolutions » religieuses qui vont marquer l’Église de Rome.
L’an Mil est une époque troublée où la fin prochaine du monde semble préoccuper les catholiques plus que la religion elle-même ; c’est aussi à cette époque que l’Occident chrétien connaît la fin des invasions, celles des Normands, des musulmans ou bien des Hongrois, qui ont succèdé aux terribles envahisseurs germaniques.
Cependant, à la fin du XIe siècle, les invasions changent de sens : c’est au tour des Occidentaux de chercher fortune sur les marges et en dehors de la chrétienté.
Le pèlerinage en Terre sainte connaît un regain de ferveur, mais on raconte aussi en Occident que les musulmans redoublent de cruauté à l’égard des pèlerins et détruisent les sanctuaires. C’est de cette effervescence que naît l’idée de la croisade. En novembre 1095, à Clermont, Urbain II prêche la première croisade, qui aboutit le 15 juillet 1099, à la prise de Jérusalem. Des pèlerins, provenant de régions où la démographie est galopante et la pauvreté omniprésente, s’établissent en Orient et fondent le Royaume latin de Jérusalem qui retombera presque entièrement aux mains des sarrasins dès 1192. Les croisades se succèdent jusqu’au XIIIe siècle, incapables cependant de rétablir l’ancien royaume chrétien.
La chevalerie occidentale qui défilera « outre-mer » perdra économiquement et démographiquement beaucoup ; mais c’est l’Église qui y a le plus perdu. En institutionnalisant la croisade, en accordant indulgences ainsi qu’impôts spéciaux, en créant des ordres militaires qui, après avoir été incapables de conserver la Terre sainte, se replient sur l’Occident, elle a fait naître plus de déceptions et de colères qu’elle n’a nourri d’espoirs.
Un catholicisme en mouvement

Saint Bernard de Clairvaux
Saint Bernard de Clairvaux

L’esprit de croisade allait de paire avec un temps de réforme dans l’Église, réforme dont l’impulsion vient également de la papauté et qui conduit à un renouveau spirituel et monastique.
Ce mouvement religieux du XIe et du début du XIIe siècle se veut d’abord un retour à la vie primitive de l’Église, à la vie des apôtres. Trois directions s’imposent alors dans cette recherche de spiritualité rénovée : la pauvreté, mise en avant par saint Pierre Damien, Norbert de Xanten et ses prémontrés et, bien sûr, saint Bernard de Clairvaux et les cisterciens ; le renouveau de la vie érémitique ; et enfin le retour à la vie commune. Ces deux points peuvent paraître contradictoires, mais le fait est que nombre d’ermites se trouvaient entourés d’émules, formant ainsi une communauté d’ermites.
C’est aux alentours de 1100 que naissent les ordres monastiques qui devaient donner à cette renaissance spirituelle et religieuse du XIIe siècle ses traits les plus remarquables.
L’ordre de Grandmont, fondé en 1074 par Étienne de Muret, trouve la solution économique et sociale du nouveau monachisme en règlementant la vie des frères convers, appelés également « frères lais », assurant l’exploitation matérielle comme l’administration de l’ordre. Mais la grande réussite du XIIe siècle est celle de Cîteaux, fondé en 1098, près de Dijon, par Robert de Molesme, qui désirait un retour à la stricte observance de la règle établie par saint Benoît.
L’ordre de Cîteaux connaîtra un essor irrésistible avec saint Bernard, qui va fonder quatre couvents féminins (La Ferté, Cîteaux, Pontigny et Morimond) et, en 1115, le monastère masculin de Clairvaux. Et à la fin du siècle, on compte pas moins de cinq cent trente abbayes cisterciennes et l’ordre donnera à l’Église quatorze cardinaux et soixante-quinze évêques dans le seul XIIe siècle…
Ce qui caractérise ces ordres, c’est l’austérité : simplicité du vêtement et de la nourriture, pratiques ascétiques, respect du silence et recours au travail manuel faisaient le quotidien de ces moines et de ces religieuses.
Rapidement cependant, une certaine dégénérescence apparaîtra. Il n’en reste pas moins que ces ordres nouveaux ont produit une magnifique floraison spirituelle, qui se traduit dans l’art par l’épanouissement du roman et par la naissance, à la fin du XIIe siècle, de l’art gothique.
Une multitude d’hérésies

Un cathare au bûcher
Un cathare au bûcher

Certes, le XIIe siècle est en général considéré comme un siècle de splendeur religieuse, mais le revers de la médaille apparaît dès le XIIIe siècle.
En effet, les vrais révolutionnaires de l’époque sont les hérétiques qui semblent se « réveiller », avec un ensemble parfait, tout au long du siècle.
Certaines hérésies, souvent nées de déviations des tendances réformatrices dans l’Église elle-même, ont été sans grande conséquence, comme l’hérésie pétrobrusienne, avec Pierre de Bruys, dans le Sud-Ouest, Henri de Lausanne, en Provence, ou encore le mouvement d’Arnaud de Brescia, en Lombardie et à Rome. Même l’hérésie vaudoise, dite des « pauvres de Lyon », en 1170, n’aura pas une ampleur phénoménale. L’hérésie qui va ébranler l’Occident chrétien, par son ampleur comme par la réaction de l’Église, est l’hérésie cathare.
Issue d’une autre hérésie, celle des Bogomiles, et sans doute également du manichéisme que l’on trouvait en Orient aux premiers siècles, l’hérésie cathare se répand dans une large partie de la chrétienté -Sud-Ouest, Flandre, Lombardie, Rhénanie puis centre de l’Italie- et met en péril, non seulement l’Église, mais le catholicisme et la société féodale tout entière. L’église cathare se pose en contre-Église, en adversaire et même en remplaçante de l’Église catholique.
La doctrine cathare est dualiste : le monde du Bien, celui du spirituel, de l’âme, de la prière, a son Dieu du Bien. Le monde du Mal, dont le Diable est le maître, est celui des ténèbres, du corps, de la chaire et de la matière : notre monde… La peur de la mort n’existe pas et les cathares ne croient pas que l’on puisse « gagner » son Ciel : ceux qui doivent être sauvés ont été désignés par Dieu dès leur naissance et ce sont, bien entendu, les cathares eux-mêmes…
Un autre mouvement, issu du cœur même de l’Église donnera toute son ampleur au début du XIIIe siècle : le millénarisme, dont la préoccupation première est la fin du monde. Toutes les hérésies du Moyen Âge vont être marquées par le millénarisme.
L’Église contre-attaque

Saint François d'Assise enseignant aux oiseaux
Saint François d’Assise enseignant aux oiseaux

Les cathares en étaient rapidement arrivés à avoir leur église propre et se réunissaient même en concile, comme celui de Caraman. Face à cela, il fallait une contre-attaque : c’est saint Dominique de Guzman qui en donnera l’impulsion.
Les hérésies sont en partie venues d’un rejet de l’Église telle qu’elle apparaissait à cette époque. Le clergé ne satisfait plus les fidèles, pas plus que les moines qu’ils trouvent trop riches, trop ignorants.
Saint Dominique crée donc un ordre mendiant qui doit vivre pauvrement, parcourant les routes en prêchant. La prédication est le premier principe des dominicains et c’est contre l’hérésie cathare que le saint fondateur entame sa « carrière » de prêcheur. Mais pour réussir à combattre les hérésies, saint Dominique se rend également compte qu’il faut une solide culture religieuse et ce sera une des caractéristiques des dominicains de tous temps.
Les dominicains remportent tout de suite un immense succès et s’étendent rapidement dans toute l’Europe, allant deux par deux en prêchant et fondant des couvents masculins et féminins qui s’établissent en province.
À la même époque que l’ordre des dominicains, apparaît en Italie un autre ordre mendiant : celui des franciscains. Originaire d’Ombrie, saint François d’Assise, le fondateur de l’ordre, naît vers 1181 dans un milieu marchand. Après avoir combattu contre l’empereur, il se convertit et abandonne le milieu familial afin de soigner les lépreux. Rapidement, son style de vie attire de nombreux disciples et il fonde un ordre basé sur la pauvreté :
Le royaume des cieux est tout proche. Guérissez les malades, purifiez les lépreux… Ne vous procurez ni or, ni argent, ni menue monnaie, ni deux tuniques, ni chaussure, ni bâton : car l’ouvrier mérite sa nourriture.
Ces paroles de saint Matthieu, saint François les applique à la lettre et c’est une pauvreté absolue qu’il prêche avec l’accord de la papauté dès 1209. Loin de s’isoler du monde, il prône l’apostolat jusque chez les musulmans, qu’il tente lui-même de convertir vers les années 1219-1220.
Ayant reçu la grâce des stigmates en 1224, saint François meurt en 1226, laissant un ordre en pleine expansion.
Latran IV réglemente la vie de l’Église
Face aux hérésies, la création de nouveaux ordres ne suffisait pas et l’Église décide, elle aussi, de réagir en convoquant, en 1215, le fameux concile de Latran IV.
Latran IV est l’un des conciles les plus importants du Moyen Âge : non seulement il réglemente le régime de ségrégation des juifs, lance une autre croisade et condamne les écrits millénaristes de Joachim de Flore ainsi que de nombreuses hérésies, mais il codifie également certains points de la vie chrétienne. Ainsi, le mariage devient un sacrement indissoluble, ce qui, étonnamment n’était pas encore le cas.
On peut s’étonner que l’Église n’ait pas éprouvé la nécessité de définir clairement les liens du mariage avant 1215. Une des réponses possibles, et même probables, est que la papauté voulait ainsi réagir contre le catharisme, qui niait les liens du mariage et qui refusait son but, la procréation.
Latran IV est donc véritablement une contre-attaque de l’Église face à la prolifération des hérésies des XIIe et XIIIe siècles.
Mais ce n’est qu’un des aspects de la réaction de l’Église. Éclairée par Innocent III, servie par saint Dominique et saint François, l’Église officielle s’est mise, après 1215, à parler le langage que le peuple espérait. Et les principaux artisans de ce renouveau sont les ordres mendiants qui allient l’apostolat et la contemplation : par leur vocation, ils prouvent que l’idéal évangélique n’est pas incompatible avec l’obéissance à Rome. La réforme de la chrétienté n’est, dès lors, plus un rêve, mais une réalité. Le temps est loin où Innocent III voyait sa cathédrale vaciller dans ses pires cauchemars : l’Église, puissante et rayonnante, domine l’Europe.
Une Église à trois têtes

Les armes de Clément VII, pape d'Avignon, d'après son livre de prières
Les armes de Clément VII, pape d’Avignon, d’après son livre de prières

Pourtant, le temps de la splendeur ne sera que de courte durée. Au XIVe siècle, ce ne sont pas les hérésies qui font trembler l’Église, c’est l’Église elle-même qui se déchire.
Après presque soixante-dix années passées en Avignon, la papauté regagne la ville de Rome en 1377. Et Rome est à peine revenu dans Rome que l’ordre normal des choses est à nouveau rompu.
Grégoire XI meurt le 27 mars 1378, moins de quinze mois après son entrée dans la Ville éternelle. Choisir son successeur s’avère dès le début une tâche malaisée, le sacré collège étant fortement divisé (quatre Italiens, sept Français du Midi, quatre Français et un Espagnol, Pedro de Luna).
Rome est dans une agitation extrême et fait pression, dès la fermeture des portes du conclave, pour obtenir l’élection d’un pape romain ou tout au moins italien. Et c’est finalement dans un conclave envahi par le peuple romain ainsi que sous ses vociférations que les cardinaux élisent, le 8 avril 1378, l’archevêque Barthélemy Prignano, un Napolitain, qui devient Urbain VI.
Très vite la curie devait se repentir de ce choix, Urbain VI se révélant d’un caractère coléreux, irritable et frisant parfois la folie. Fuyant Rome, la curie se réfugie à Fondi où, ayant sommé Urbain VI de se démettre, elle déclare son élection sans valeur et porte au pouvoir Robert de Genève qui prend le nom de Clément VII.
La robe sans couture est déchirée… Encore maintenant, les historiens et les spécialistes restent dans l’incapacité de dire avec une absolue certitude si l’élection de Barthélemy Prignano était ou non valide.
Au cours des semaines qui suivent l’élection de son « concurrent », le pape Urbain VI vit des heures dramatiques : son palais se vide, les membres du sacré collège l’abandonnent ainsi que nombre de curialistes. Clément VII réunit des mercenaires et marche sur Rome, mais les clémentistes ayant été battus à deux reprises, Clément VII quitte l’Italie.
Le 20 Juin 1379, Avignon l’accueille. L’Église, pourvue de deux papes, a désormais deux capitales. Les deux papes se mettent alors en route pour une grande campagne de propagande et, bientôt, on voit la division de tout ce que l’Occident compte de forces spirituelles et ecclésiastiques : les ordres se dédoublent, comme le font les collèges. Des représentants des deux partis se disputent une même église, un même évêché. Les pouvoirs séculiers se déterminent pour des raisons politiques plus que théologiques. Finalement, l’Europe toute entière est coupée en deux : la France, faisant sienne la cause de Clément VII (un parent du roi) entraîne derrière elle ses alliés, l’Écosse et plus tard la Castille. L’Angleterre prend le contre-pied, imitée en cela par la Flandre, la Hongrie, la Pologne et les pays scandinaves. L’Aragon ne se prononcera qu’en 1390 et certains pays, comme le Portugal et le royaume de Naples, changeront plusieurs fois de camp. Même les futurs saints ne prennent pas tous le même parti : Catherine de Sienne ainsi que Catherine de Suède soutiennent Urbain VI, alors que Vincent Ferrier adhère à la cause clémentiste. Ainsi, durant les trente années que dure le Grand schisme d’Occident, l’Église prend l’aspect d’un monstre bicéphale.
Ni les armes, ni la voie de cession, prônée par l’Université de Paris dès 1398, n’aboutissant, les cardinaux des deux obédiences vont finalement reconnaître que seul le concile pourrait conduire à l’unité. Le 25 mars 1409 se réunit le concile de Pise, contre l’avis de Grégoire XII et de Benoît XIII, nouveau pape d’Avignon. Évêques, abbés et docteurs de l’Église viennent en grand nombre, mais cela ne mènera qu’à une situation pire encore : à son issue, l’Église se voit pourvue de trois papes, le dernier en date étant l’ancien archevêque de Milan, Alexandre V.
Il faut l’intervention de l’empereur Sigismond, pour qu’en 1414 se réunisse un nouveau concile, à Constance. Jean XXIII, successeur d’Alexandre V, se soumet puis est démis en mai 1415. Et le 4 juillet suivant, Grégoire XII abdique. Benoît XIII sera, quant à lui, inflexible et mourra, en 1423, réfugié dans la forteresse de Pegniscola, persuadé d’être le seul chef légitime de la chrétienté. Le concile l’avait déposé le 26 juillet 1417.
Ayant fait place nette, le concile élit, le 11 novembre 1417, un Romain, Odon Colonna, qui prend le nom de Martin V. Le Grand schisme est enfin terminé et l’Église semble sortir du gouffre. Cependant le Grand schisme a profondément amoindri le pouvoir de la papauté. Avant même la fin du schisme, on voit des hérésies naître d’un rejet total de l’autorité pontificale, comme celles de Wycliff et de Jan Hus qui, plus tard, inspireront un certain… Martin Luther.

La légende noire de l’Inquisition

L'Inquisition, vue par les iconographes du XIXe siècle.
L’Inquisition, vue par les iconographes du XIXe siècle.

Un dominicain brandissant sa croix, un malheureux supplicié, des bûchers, des autodafé : de Bernard Gui au Nom de la Rose, l’Inquisition est une succession d’images toutes plus sombres les unes que les autres. Elles sont fausses pour la plupart…
Dès son origine, l’Eglise a été en butte aux hérésies. La chose est assez normale et même relativement saine : cela prouve tout simplement que les chrétiens des premiers siècles pensaient, réfléchissaient et tentaient de comprendre. Et comme chaque hérésie soulève un problème, pose une interrogation, elles ont permis à l’Eglise d’affiner ses dogmes. Mais ceux qui ne se soumettaient pas à ces dogmes ? Ils étaient tout simplement excommuniés ! Car si de tous temps l’Eglise a considéré de son devoir de combattre les hérésies, la majorité des Pères de l’Eglise condamnaient fermement le châtiment physique. Ce sont les autorités civiles, dès lors que le christianisme devint religion d’Etat sous l’ère constantinienne, qui allaient mettre en branle la répression. Assimilant un peu légèrement –et sans doute par intérêt- l’hérésie à un crime de lèse-majesté, les empereurs vont utiliser la confiscation des biens et parfois la mort contre les hérétiques. Ce sera notamment le cas des donatistes, au IVe siècle, qui posait la question de la validité des sacrements, c’est-à-dire de savoir si elle était liée ou non à celui qui les administrait.
Cette intrusion du pouvoir civile dans les affaires de l’Eglise n’était pas nouvelle d’ailleurs. Elle date de Constantin qui, si on veut bien s’en souvenir, avait initié et convoqué le concile de Nicée (325) où sera établi le fameux Credo de l’Eglise catholique.
La « croisade » contre les Albigeois
Une Eglise qui se serait bien passée de l’incursion des empereurs et des rois dans ses affaires, d’autant que, pour ces derniers, ce sera souvent l’occasion de s’approprier des biens. La ficelle est d’autant plus grosse lorsque que ce sont des souverains en révolte ouverte contre le pape qui la pratiquent. Ainsi, Henri II Plantagenêt ou Frédéric Ier Barberousse se poseront en « défenseurs de la Foi » et recourront sans état d’âme aux châtiments physiques contre des hérétiques. On le voit, les abus étaient multiples. Et la croisade contre les Albigeois (1209) va marquer un véritable tournant dans l’histoire de l’Inquisition.

Sceau de Simon IV de Montfort (v.1150-1218).
Sceau de Simon IV de Montfort (v.1150-1218).

L’hérésie cathare avait remporté un franc succès dans toute l’Occitanie et notamment dans le Languedoc. Et l’ampleur du phénomène avait de quoi inquiéter sérieusement l’Eglise. Mais le premier à réagir sera le roi de France, Philippe Auguste. Et une fois de plus, le problème religieux va servir d’excuse pour faire un véritable coup politique. Dire que le roi de France s’inquiétait grandement de l’hérésie cathare serait une ineptie. Par contre, ce qui lui posait sans aucun doute un très sérieux problème, c’était la richesse et l’indépendance des féodaux du Midi. Une indépendance que le catharisme cautionnait d’ailleurs en niant tout lien de féodalité, toute valeur aux serments. Or, la société féodale ne vivait que dans l’acceptation de ces liens. C’était remettre en cause le principe même de la société féodale ! Nombre de nobles occitans prêtaient d’ailleurs une oreille plus que favorable aux Cathares pour cette raison même. Ce sera donc l’excuse toute trouvée pour lancer cette fameuse « croisade ». Et avant de s’attaquer aux Parfaits cathares, c’est contre les cités occitanes que les Barons du Nord vont lancer leurs assauts, Simon de Montfort à leur tête. Les féodaux occitans seront soumis, le plus souvent éliminés et leur femmes, leurs fiefs et leurs titres passeront aux mains des hommes du Français. La croisade des Albigeois aura donc admirablement servi les desseins du roi de France en brisant, définitivement, la volonté d’indépendance des princes occitans.
Les tribunaux de l’Inquisition

Le peuple brûlant un hérétique (iconographie du XIXe siècle).
Le peuple brûlant un hérétique (iconographie du XIXe siècle).

L’instrumentalisation de la religion va, cette fois, faire réagir l’Eglise. Pour mettre un frein aux violences arbitraires des souverains, dans l’espoir de faire cesser leurs perpétuelles interventions dans les affaires de la Foi, l’Eglise décide donc de donner une organisation légale à la lutte contre les hérésies. Ce sera l’Inquisition, dont la procédure sera fixée en 1229, au concile de Toulouse. A l’inquisition épiscopale s’ajoutera désormais une inquisition légative, confiée au délégués du pape, des délégués très souvent désignés parmi les rang des ordres mendiants –dominicain et franciscain. En à peine dix ans, l’Inquisition sous sa nouvelle forme se répandra sur toute l’Europe, n’épargnant que l’Angleterre. Chaque région a alors son inquisiteur, chargé de débusquer les hérétiques et de la convaincre de réintégrer le giron de l’Eglise. Un « édit de grâce » leur donne cette possibilité. Passé ce délai, qui est de 15 à 30 jours, l’hérétique tombe sous le coup de la justice inquisitoriale… Si l’hérésie est avérée –c’est à un jury, plus ou moins étoffé d’en décidé- deux cas de figure se présentent alors. Les repentis s’exposent à des peines aussi « atroces » qu’un pèlerinage, le jeûne, assister aux offices –et pas même « jusqu’à ce que mort s’ensuive » ! Pour les obstinés, le jury peut les condamner à des peines aussi variables que la flagellation, un pèlerinage, servir en Terre sainte, voir ses biens confisqués ou la prison. Les cas de condamnation au bûcher, qui concerne avant tout les relaps –c’est-à-dire ceux qui ont réintégré l’Eglise pour replonger dans l’hérésie ensuite-, se compte sur les doigts d’une main -ou de deux… Du moins en ce qui concerne l’Inquisition médiévale, que l’on confond généralement avec l’Inquisition espagnole. Cette dernière, qui sévira essentiellement à la fin du XVe siècle (donc au seuil de la Renaissance), est spécifique et servira essentiellement à alimenter le trésor royal espagnol. Certes, on ne peut que déplorer le trop grand zèle de Thomas de Torquemada mais c’est un cas extrême, une page très circonstanciée de l’histoire et du monde chrétien.