Orléans : première victoire de la pucelle

Cela fait sept longs mois que la ville d’Orléans tente de résister aux Anglais. Affamée, la cité est prête à se rendre quand, le 29 avril 1429, ils voient l’étendard frappé aux armes de France menant les troupes royales de Jeanne d’Arc.
Partie de Chinon la veille, la jeune guerrière pénètre dans la ville à vingt heures sonnantes. Ses troupes et celles de Jean Dunois, comte de Longueville, dit le « bâtard d’Orléans », tentent alors de briser l’encerclement ennemi.
Jeanne est de tous les combats. Le 4 mai, la bastille Saint-Loup tombe, suivie de celle des Augustins, le 6. Le lendemain, Jeanne est blessée alors qu’elle dirige l’assaut contre le fort des Tourelles, point stratégique qui empêchait l’approvisionnement de la ville. Finalement, le 8 mai, les Anglais lèvent le siège et Jeanne, triomphante, est saluée par une population en liesse et un souverain plein d’espoir.
Cette première victoire sera suivie de beaucoup d’autres et conduira Jeanne à Reims, où le «petit roi de Bourges», Charles VII, sera enfin sacré.

Baissez les loyers !

Blason de la ville de Paris.
Blason de la ville de Paris.

Le prix élevé des loyers à Paris est loin d’être un phénomène récent. Dès le règne de Philippe Auguste, Paris, devenu le centre intellectuel et administratif de la France, attire de nouveaux habitants : des marchands, Français ou étrangers, et des étudiants s’installent, toujours plus nombreux. Les propriétaires se frottent les mains et les loyers ne cessent d’augmenter.
Cependant les habitants, jusque-là dociles, finissent par se révolter. Le 29 décembre 1306, une émeute contre la hausse des loyers éclate : Philippe le Bel fait alors arrêter vingt-huit des émeutiers qui seront pendus, haut et court, le 5 janvier suivant. Une façon, expéditive, de régler le problème du logement en France…

Le Croissant flotte sur Constantinople

Entrée de Mahomet II, dit le Conquérant, à Constantinople.
Entrée de Mahomet II, dit le Conquérant, à Constantinople.

Depuis 1204, Constantinople tente tant bien que mal de résister aux attaques répétées des Ottomans et à celles des Occidentaux.
Le 5 avril 1453, après deux siècles de bouleversements, la fin de l’Empire byzantin est imminente. Ce matin-là, les habitants de Constantinople voient le Bosphore couvert de quatre cent quatre-vingt-treize navires et près d’un demi-million d’hommes sont prêts à se lancer à l’assaut de la capitale de l’Orient. Mahomet II va balayer le dernier rempart du christianisme. C’est la Croix et le Croissant qui s’affrontent.
La ville est protégée, pour un temps, par la célèbre chaîne reliant les deux rives de la Corne d’Or mais le sultan décide de contourner l’obstacle par la terre. Et bientôt, plusieurs milliers de soldats atteignent Pétra : Byzance est encerclée.
Mahomet II, dit le Conquérant (1432-1481).
Mahomet II, dit le Conquérant (1432-1481).

Mahomet II s’attache ensuite à briser les remparts et les pilonne avec ses bombardes. Les huit mille combattants byzantins résistent un temps mais le 27 mai 1453, les Ottomans s’emparent de la ville : Mahomet II entre à cheval dans la cathédrale Sainte-Sophie.
Dans l’indifférence la plus totale de l’Occident chrétien, le Croissant flotte désormais sur Constantinople.

Les sorcières de Marmande

Une sorcière sur son balai (détail d'une gravure du XVIe siècle).
Une sorcière sur son balai (détail d’une gravure du XVIe siècle).

En 1453, à Marmande (Lot-et-Garonne), si l’on était une femme, il n’était pas bon de se voir accusée de sorcellerie.  Les habitants ne faisaient pas dans la dentelle… on exécutait et torturait sans même entreprendre un procès. Voici l’histoire de plusieurs femmes à qui cela est arrivé, à cause du laxisme de deux des consuls de la ville.
La ville de Marmande se situe entre Bordeaux et Toulouse, non loin d’Agen.
Deux consuls de cette ville, par leur faiblesse et leur couardise, ont laissé s’accomplir sous leurs yeux, en 1453, des actes de férocité populaire, trop connus alors. Il s’agit de : Jehan de Sompère et Jehan de Guinhon, marchands, et deux des huit consuls de la cité.
En 1453, une épidémie exerçait ses ravages à Marmande. Le peuple, incapable d’attribuer à des causes naturelles le fléau qui le frappait, devait, comme toujours, en chercher de surnaturelles. Dans ces sortes de cas, la meilleure ou la seule explication possible, était que le mal était dû à quelque art diabolique. Quand les idées de sorcellerie étaient dans les têtes, on se doute des agissements qui pouvaient s’ensuivre à la moindre occasion.

Les choses en étaient là, à Marmande, quand un habitant de la ville, Gaubert Chamfré, vint trouver ces deux consuls et leur dit en substance :
"Messeigneurs les consulz, il y a ung homme en ma maison qui vient de l’Armagnac, qui dit qu’il y a une femme sorcière prinse (prise, prisonnière), laquelle accuse et dit que Jehanne Canay est sorcière : et pour ce advisez-y !"
Il n’en fallut pas plus pour mettre le feu aux poudres ! Les deux consuls sus-nommés, avec le bailli (officier commandant pour le roi dans la ville), se rendent au lieu où se trouvait ladite Jehanne Canay, l’arrêtent et l’emmènent en prison. Sur le chemin, les gens se mettent aux fenêtres et devant leurs portes, et demandent ce dont il s’agit, et on leur répond que l’on vient d’arrêter une sorcière.
Au fur et à mesure qu’ils traversent la cité, les esprits populaires se lèvent, s’enflamment, et on signale au bailli et aux deux consuls qu’il y a d’autres sorcières dans ces murs, et qu’il faut également les arrêter. Ils enferment leur prisonnière et, comme il faisait déjà nuit, ils regagnent leurs maisons, sans rien faire d’autre à cet égard, malgré l’émotion du peuple.
Voyant cela, un rassemblement se forme, en pleine nuit, contenant au moins deux cent personnes. Après avoir délibéré, ils décident de se scinder en deux groupes, chacun conduit par un chef désigné sur le champ. Ils prennent ainsi 10 ou 11 femmes, qu’ils enferment dans la prison municipale avec la première.
Ces habitants, toujours dans la nuit, vont alors trouver les deux consuls pour les informer, et leur demander ce qu’on devait faire de ces femmes, disant qu’elles étaient toutes des sorcières. Les consuls ne savent trop que faire, et ne prennent aucune décision.
Il fut décidé qu’on les garderait dans la prison jusqu’au lendemain, et on enjoint aux consuls d’arrêter aussi, au plut tôt, une autre femme, nommée Péronne de Benville, accusée elle aussi de sorcellerie par cette vindicte populaire, et de faire sonner une cloche afin d’assembler les habitants de la ville et de décider du sort de toutes ces accusées. Cette Péronne étant la marraine de l’un des deux consuls, ceux-ci demandent qu’elle ne fut point arrêtée.
La nuit se passe. Au matin, au son de la cloche, et contre l’avis des consuls, on arrête ladite Péronne, et les habitants se rassemblent au Prieuré de la ville. Sans entendre les femmes, on décide de les mettre "à la question" (la torture) puis de les brûler vives. Sous la torture, une nommée Cachète, une autre nommée Franque Joffre, et une autre nommée Languairande, confessent qu’elles sont sorcières et "qu’elles avoient usé de l’art de sorcerie, et fait mourir plusieurs enfans."
Les deux consuls finissent par opiner quand on leur demande de brûler ces trois femmes, ce qui fut aussitôt fait.
Bien qu’elles aient "avoué" sous la question, le bailli ne veut pas condamner Jehanne Canay et Péronne de Benville, mais les habitants révoltés, qui ne sont pas d’accord, en viennent aux voies de faits, et menaçent de tuer le bailli, s’emparent des deux femmes et les brûlent sur le champ, malgré l’intervention (pas très virulente !) des deux consuls. Une nommée Beulaigne et une nommée Condon sont tellement torturées qu’elles en meurent un ou deux jours plus tard. Les autres femmes (4 ou 5) sont relaxées et laissées en vie.
Quelques temps plus tard, à cause de leur faiblesse et de leur laxisme, les deux consuls sont accusés d’avoir laissé trop faire le peuple, "sans y observer aucun ordre de droit", et sont appelés à comparaître devant le sénéchal d’Agenoys, à la requête du procureur de la sénéchaussée, leurs biens inventoriés et mis sous séquestre.  Quelle fut la punition ? Nous l’ignorons. On ne sait ce qu’il advint d’eux, jusqu’à l’obtention, en 1457, d’une lettre de rémission leur accordant la grâce du roi.
Le fait s’était passé en 1453, date qui concorde avec le recouvrement de la Guyenne au royaume. Le rétablissement de l’autorité royale, dans cette province, s’annonçait donc par une plus ferme application des règles de justice, puisque deux magistrats municipaux eurent à répondre devant elle de la faute grave d’avoir été, dans un moment critique, si fort en-dessous de leurs devoirs.
Et la lettre de rémission qu’ils obtinrent, précise qu’on aurait rigoureusement procédé contre eux et leurs biens, "se (si) nostre grâce et miséricorde ne leur estoit sur ce impartiz."
Autrement, leur comportement laxiste serait probablement "passé à l’as" !
Quant aux femmes en question ?… probablement des pauvres malheureuses qui étaient sans doute loin de s’être livrées à des pratiques de sorcellerie, et victimes de rancoeurs et de vengeances personnelles et populaires.
Il était si vite fait de se faire accuser de sorcellerie en ces temps-là !

Calais tombe… au son du tambour

Après onze longs mois d’un siège acharné, Édouard III, monarque d’Angleterre, met Calais à genoux et reçoit les clefs de la ville des mains de six notables « nus pieds et nus chefs, en leurs linges de draps seulement… ».
Le jour même, le 4 août 1347, le roi anglais, à la tête de ses troupes, entre dans la ville « avec si grande foison de musiciens, de tambours ainsi que de musettes que ce serait merveille à raconter ».
C’est le chroniqueur Froissart qui, pour la première fois, fait mention du tambour militaire, un instrument sans doute d’origine indienne, et qu’il va nommer « bedon ».

Le meurtre des enfants d’Edouard

Les fils d'Edouard IV, Edouard et son frère Richard dans un tableau de John Everett Milais intitulé les Princes de la Tour.
Les fils d’Edouard IV, Edouard et son frère Richard dans un tableau de John Everett Milais intitulé les Princes de la Tour.

"C’en est fait, la volonté du tyran est exécutée ; le crime est accompli, le plus cruel, le plus impitoyable des meurtres qui aient jamais souillé cette terre. Messieurs Dighton et Forest, que j’ai subornés, ont effectué cet infâme acte de boucherie et tout féroces qu’ils sont, ces deux dogues sanguinaires se sont sentis émus de compassion, attendris. Ils pleuraient comme deux enfants en me parlant de leurs pauvres petites victimes.
-Oh ! disait Dighton, si vous aviez vu les pauvres enfants ainsi couchés…
-Si vous les aviez vus, interrompit Forrest, s’entourant ainsi l’un l’autre de leurs bras innocents, blancs comme de l’albâtre ! Leurs petites bouches, semblables à de belles roses rouges épanouies, un jour d’été, sur une même tige, étaient penchées l’une vers l’autre et s’entrebaisaient.
Près d’eux, sur leur oreiller, était un livre de prières et, en vérité, ajoutait Forrest, quand je l’ai aperçu, j’ai failli perdre toute ma résolution… mais le diable…
Et le misérable cessa de parler." (Shakespear, Richard III)
On pourrait le considérer comme un épisode de plus de la guerre des Deux-Roses, ce conflit qui, pendant plus de trente ans, va plonger l’Angleterre dans l’anarchie la plus complète. On pourrait le résumer à un coup d’Etat, un coup de force. Mais le meurtre des enfants d’Edouard IV est avant tout un symbole. William Shakespear l’a bien compris qui en a fait l’illustration parfaite de cette période troublée, la preuve que le désir de pouvoir peut conduire à tous les crimes, même les plus terribles.
Le règne d’Henri VI marque un tournant dans l’histoire d’Angleterre à plus d’un titre. Refoulé hors de France, ayant perdu tout espoir d’accéder au trône d’Hugues Capet et de saint Louis, Henri VI va se révéler aussi peu apte à diriger l’Angleterre. Le pays, qui a beaucoup misé et beaucoup perdu dans l’aventure française, est plongé dans une situation économique désastreuse et les mécontents se multiplient. Au sein de la noblesse comme ailleurs. Une situation explosive dont les York, famille issue d’un second fils d’Edouard III, ont décidé de profiter afin de s’emparer du trône. Ce sera le début de la guerre des Deux-Roses -du nom de l’emblème des deux familles, la rose blanche pour les York et la rouge pour les Lancastre.
En 1455, Richard d’York, vainqueur à la bataille de Saint Albans, s’empare d’Henri VI, le fait prisonnier et se déclare "protecteur" du royaume. Un titre qui masque à peine la prise de pouvoir du parti de la rose blanche… mais pour peu de temps. Car les Lancastre ne se déclarent pas battus : Marguerite d’Anjou, l’épouse d’Henri VI, a levé une armée. Elle avance sur les Yorkistes et les bât à Wakefield… où Richard perd la vie. En 1460, Henri VI peut remonter sur le trône. Il y restera jusqu’à sa mort… un an plus tard. C’est alors que le trône revient, légalement, au nouveau chef de la maison d’York, Edouard, fils de Richard d’York.
Après tant d’années de luttes intestines, d’incertitudes, le règne d’Edouard IV est bienvenu. Ce sera un règne d’à peine vingt ans mais vingt années durant lesquelles son frère, Richard, fera preuve d’une loyauté à toute épreuve. Une loyauté qui, finalement, ne pourra guère résister à l’appel du pouvoir.
En 1483, Edouard IV meurt soudainement. Ses fils sont encore des enfants et Richard y voit une occasion inespérée pour jouer les premiers rôles. S’instituant tout d’abord régent pour ses neveux, âgés de 9 et 12 ans, Richard ne va pas tarder à désirer la couronne elle-même. Il fait enfermer ses neveux dans la Tour de Londres et décide de les faire destituer. Pour se faire, Richard convoque le Parlement et le somme de déclarer les fils d’Edouard inaptes à la succession car adultérins. Le Parlement, sans doute par lâcheté plus que par conviction obtempère.
La discussion ne semblait plus possible et Richard III fermement installé sur le trône. Pourtant, après l’été 1483, on n’entendit plus parler d’Edouard (V) et de son jeune frère, Richard duc d’York. Ont-ils été assassinés ? C’est vraisemblable bien que la question soit, encore aujourd’hui sujette à controverse. Et s’ils sont morts, l’assassin est, à n’en pas douter, Richard III, leur oncle. Un oncle qui préférait les écarter définitivement du trône. Tel est du moins d’opinion de Shakespeare qui, dans la pièce éponyme, brosse un portrait effrayant du second roi de la maison d’York. C’est également l’opinion des plus fervents opposants historiques de Richard III, les mêmes qui soutiennent malgré tout la thèse de la survie d’un des enfants, Richard d’York.
De fait, l’action du Parlement qui avait accusé Elisabeth Woodville, l’ancienne reine, d’adultère, était insuffisante. Toute usurpation, on le sait, entraîne immanquablement une réaction : la noblesse se divise, s’oppose. Elle l’avait fait durant la guerre des Deux-Roses, qui opposait les York aux Lancastre. Une guerre qui n’était pas totalement éteinte puisque la rose rouge des Lancastre survivait en la personne d’Henri Tudor, comte de Richemont. Et Richard n’avait certainement pas les moyens de s’aliéner la noblesse par deux fois. Mais dans ce cas, pourquoi faire l’effort de faire destituer les enfants du précédent roi par le Parlement ? Quel besoin avait-il de traîner sa belle-sœur dans la boue, au risque de voir sa procédure échouer ? Qui plus est, si Richard III n’a pas hésiter à faire assassiner ses neveux, comment croire, réellement, que l’un d’eux aurait pu survivre ? La question, pourtant, se posera quelques années plus tard, lorsque, en 1493, un homme, prétendant être le fils cadet d’Edouard IV, se présentera afin de récupérer la couronne qui lui avait été ravi. La Bourgogne, l’Ecosse apporteront leur soutien au prétendant miraculeusement épargné. Jamais, pourtant, il n’expliquera comment il avait survécu. Et pour cause. Il y a fort à parié, en effet, que le "fils d’Edouard" n’ait jamais été qu’un aventurier également connu sous le nom de Warbeck. Quoi qu’il en soit, il n’effrayera pas longtemps la couronne anglaise : abandonné par ses troupes, il sera livré à Henri VII -qui réunit par son mariage les maisons d’York et de Lancastre-, enfermé puis, suite à une tentative d’évasion, exécuté en 1499.
L’aventure de Warbeck, qui rappelle évidemment celle des faux Louis XVII ou des Anastasia, n’est qu’un soubresaut dans la lutte entre les York et les Lancastre. Le meurtre des enfants d’Edouard IV, par contre, met en exergue un phénomène qui se retrouve dans toutes les dynasties : l’absence de scrupule et la guerre de pouvoir. Deux phénomènes dont les fils d’Edouard ne seront certes pas les seules victimes et que l’on retrouve à peine cinquante ans plus tard avec l’aventure de lady Jeanne Grey.
Belle, instruite, lady Jeanne Grey, arrière-petite-fille d’Henri VII, doit surtout à l’ambition de sa famille de mourir à dix-sept ans.
La santé du jeune roi Édouard VI, fils unique d’Henri VIII, était vacillante depuis longtemps déjà et de nombreux seigneurs craignaient de voir lui succéder sa demi-sœur, Marie Tudor, catholique intransigeante. John Dudley, chef du parti protestant et beau-père de lady Jeanne, réussit à convaincre le roi mourant de désigner cette dernière comme héritière de la couronne et, le 6 juillet 1553, à la mort d’Édouard VI, Jeanne est effectivement proclamée reine d’Angleterre. Son règne durera… treize jours : le 19 juillet, Marie Tudor réussit à faire reconnaître ses droits et à enfermer Jeanne et sa famille à la Tour de Londres. L’ex-reine et son mari seront condamnés à mort et exécutés le 12 février 1554.

Le guet-apens de Montereau

Jean sans Peur, duc de Bourgogne (1371-1419).
Jean sans Peur, duc de Bourgogne (1371-1419).

Sans scrupule, avide de pouvoir, rusé mais aussi mécène et homme de culture, Jean sans Peur n’a laissé dans l’histoire que l’image d’un traître et d’un assassin. Succédant à son père, Philippe le Hardi, il hérite, en 1404, de l’immense domaine bourguignon qui comprend, outre la Bourgogne, le Charolais, les Flandres, l’Artois et le Vermandois.
À cette époque, le trône de France est occupé par le malheureux roi fou, Charles VI, et la lutte pour le pouvoir se joue entre le duc de Bourgogne, cousin du roi, et Louis d’Orléans, son frère. En 1408, prenant pour excuse la sauvegarde du pays, Jean sans Peur ordonne la mort du duc d’Orléans, coupable, selon la rumeur, de la folie de son royal frère… L’excuse n’est biensûr qu’une et c’est de politique plus que d’empoisonnement qu’il s’agit. Mais peu importe.
La lutte entre le parti Armagnac, c’est-à-dire les Orléans et le dauphin, et les Bourguignons tourne alors à la guerre civile. Allié d’Henri d’Angleterre, qui l’a aidé à reprendre Paris en 1417, Jean sans Peur ne dédaigne pourtant pas les avances que lui fait le dauphin, futur Charles VII et accepte de le rencontrer. L’entrevue a lieu le 10 mai 1419, à Montereau, mais, alors que le duc de Bourgogne passe sur le pont, Tanguy du Châtel le tue d’un terrible coup de hâche. Louis d’Orléans est vengé…

Le meurtre des enfants d’Edouard

Portrait de Richard III d'Angleterre (1452-1485).
Portrait de Richard III d’Angleterre (1452-1485).

Chaque pays, chaque dynastie presque a son fantôme, son revenant miraculeux, son prétendant mystérieux : on ne compte plus les pseudos Louis XVII, la fausse Anastasia a su, jusqu’à sa mort, garder l’énigme de son identité et le mystère Gaspard Hauser fascine encore l’Allemagne. En Angleterre, c’est l’aventure de Perkins Warbeck, prétendant être un fils d’Edouard IV, qui déchaîna et déchaîne encore les passions. Et pas seulement son personnage. Car la mort même des enfants d’Edouard a conservé sa part d’ombre.
Après des années de lutte, la maison d’York, vainqueur de la guerre des Deux-Roses, monte enfin sur le trône en la personne d’Edouard IV. Un règne bienvenu après tant d’années de luttes intestines, d’incertitudes. Un règne d’à peine vingt ans, vingt années durant lesquelles son frère, Richard, fera preuve d’une loyauté à toute épreuve. Une loyauté qui, finalement, ne devait guère résister à l’appel du pouvoir.
La mort soudaine d’Edouard (1483) était un cadeau inespéré pour cet éternel second rôle qui, s’instituant régent pour ses neveux, ne tarda pas à s’emparer du trône et à les faire enfermer dans la Tour de Londres. Le Parlement, lâche et sans doute effrayé par l’idée d’une nouvelle guerre civile déclara dans la foulée les fils d’Edouard inaptes à la succession car adultérins.
Le crime ne paie pas
La discussion ne semblait plus possible et Richard III fermement installé sur le trône. Pourtant, après l’été 1483, on entendit plus parler d’Edouard (V) et de son jeune frère, Richard duc d’York. Ont-ils été assassinés ? C’est vraisemblable bien que la question soit, encore aujourd’hui sujette à controverse. Et s’ils sont morts, l’assassin est, à n’en pas douter, Richard III, leur oncle. Un oncle qui préférait les écarter définitivement du trône. Tel est du moins d’opinion de Shakespeare qui, dans la pièce éponyme, brosse un portrait effrayant du second roi de la maison d’York. C’est également l’opinion des plus fervents opposants historiques de Richard III, les mêmes qui soutiennent malgré tout la thèse de la survie d’un des enfants, Richard d’York.

Les enfants d'Edouard IV, d'après un tableau célèbre.
Les enfants d’Edouard IV, d’après un tableau célèbre.

De fait, l’action du Parlement qui avait accusé Elisabeth Woodville, l’ancienne reine, d’adultère, était insuffisante. Toute usurpation, on le sait, entraîne immanquablement une réaction : la noblesse se divise, s’oppose. Elle l’avait fait durant la guerre des Deux-Roses, qui opposait les York aux Lancastre. Une guerre qui n’était pas totalement éteinte puisque la rose rouge des Lancastre survivait en la personne d’Henri Tudor, comte de Richemont. Et Richard n’avait certainement pas les moyens de s’aliéner la noblesse par deux fois. De fait, deux ans à peine après sa prise de pouvoir, Richard III allait mourir dignement sur le champ de bataille de Bosworth, contre l’assaut des troupes du Tudor.
Le « retour » du duc d’York
Mais si le meurtre des enfants d’Edouard ne fait guère de doute, l’histoire ne s’arrête pas là. Nombreux étaient ceux qui ne pouvaient croire que Richard avait fait verser son propre sang. Encore plus nombreux ceux que ne satisfaisait pas le nouveau roi, Henri VII. A peine ce dernier sur le trône, les déçus du règne Tudor allaient voir leur espoir renaître en la personne de Perkins Warbeck, un aventurier flamand qui prétendait être Richard d’York, le second fils d’Edouard IV. L’affaire fera long feu non seulement parce qu’une tante du jeune duc d’York cru reconnaître son neveu en la personne du Flamand, mais surtout parce que c’était l’occasion, inespérée, de s’opposer à Henri VII. Et si la politique du Tudor avait apportée plus de satisfaction, nul doute que jamais le « revenant » n’aurait eu un tel pouvoir. Mais malgré ses succès militaires, malgré le soutien de la France et de l’Ecosse, trop heureuse d’embarrasser la couronne anglaise, le prétendant au trône échouera dans sa conquête du royaume. Abandonné par ses troupes, livré à Henri VII, Warbeck sera condamné à la prison à vie avant d’être purement et simplement exécuté…

La conjuration des Pazzi

Face à l’apogée des Médicis qui, depuis Cosme l’Ancien (1389-1464) tiennent étroitement les rênes du pouvoir à Florence, une famille, les Pazzi, rivale de celle des Médicis, se soulève.
Les conjurés, poussés par les Pazzi et soutenus par Sixte IV, se retrouvent, le 26 avril 1478, dans la cathédrale de la ville. Julien et Laurent de Médicis sont pris au piège. Julien est égorgé, mais Laurent, blessé, se réfugie dans la sacristie où il se barricade. Sauvé par ses fidèles, Laurent est acclamé par le peuple. Sa vengeance est implacable : il extermine soixante-dix membres de la famille des Pazzi. Laurent est, alors, le « souverain légitime » de Florence.

Arteveld fait sa révolution

Statue de Jacques van Arteveld (v.1290-1345).
Statue de Jacques van Arteveld (v.1290-1345).

La guerre de Cent Ans, loin de se cantonner au territoire français, va aussi toucher, de manière indirecte, la Flandre.
Parce que Louis de Nevers est vassal du roi de France, il décide, en 1337, d’arrêter les importations de laines anglaises dans son pays, plongeant la Flandre dans une crise économique sans précédent. Un bourgeois de Gant, Jacques Van Arteveld, soulève la population de la ville dès décembre 1337 puis Bruges, Ypres et la Flandre toute entière. Van Arteveld s’empare alors du pouvoir et signe avec l’Anglais Édouard III un traité d’alliance économique.
Disposant du pays à son gré, il propose même le comté de Flandre au Prince Noir !
Louis de Nevers, le comte de Flandre, réfugié en France, semblait définitivement évincé quand Van Arteveld, dont le gouvernement tournait à la dictature, est brusquement assassiné le 17 juillet 1345. Louis de Nevers revient dans ses terres avec l’aide du roi de France mais la Flandre sera encore longtemps secouée par un vent de révolte…