La vengeance de Sven

Alfred le Grand (v. 849-899), d'après une illustration moderne.
Alfred le Grand (v. 849-899), d’après une illustration moderne.

Depuis le tout début du IXe siècle et durant près de deux siècles et demi, l’Europe va être l’objet privilégié des raids et des conquêtes vikings. L’Irlande, l’Angleterre, la France voient débarquer les guerriers scandinaves qui sèment la terreur sur leur passage. En France, le problème est résolu lorsqu’en 911 Charles III le Simple offre tout bonnement une province, la Normandie, aux Vikings. À la même époque, l’Irlande est totalement soumise et il faut attendre l’an 1000 environ pour que les Irlandais, menés par Brian Boru, organisent la lutte contre l’envahisseur. Cinquante ans de combats suivront, dont les Irlandais sortiront vainqueurs…
Pour les Anglais aussi, le Xe siècle commence sous de bons auspices : Alfred le Grand a repoussé les « hommes du Nord » et son fils, poursuivant l’œuvre paternelle, dote les régions stratégiques de fortifications et de solides garnisons. L’avenir des Danois en Angleterre semble fort compromis et, jusqu’au XIe siècle, ils ne résistent que régionalement et épisodiquement. C’est alors que l’Angleterre tombe entre les mains d’Ethelred l’Irrésolu qui, comme son nom l’indique, est un faible et un incapable. Surtout, Ethelred va commettre l’irréparable quand, le 13 novembre 1002, il donne l’ordre de massacrer tous les Danois vivant sur son territoire…
Parmi les victimes, se trouve la propre sœur du roi danois, Sven Barbe-Torte qui, fou de rage, lance ses guerriers à l’assaut de l’Angleterre : Ethelred s’enfuit et Barbe-Torte entame la conquête du royaume. En moins de quinze ans, le pays est aux mains des Vikings et devient une province du royaume de Knut le Grand.

Grenade aux catholiques

Grenade aux rois catholiques ! , crie un héraut depuis la tour de la Vela, lorsque Boabdil, dernier roi de Grenade, franchit la Porte des Sept Étages.
Le royaume de Grenade, vassal de la Castille depuis 1246, vient de tomber. Profitant des intrigues de harem qui secouent le royaume arabe de Grenade, les Rois Catholiques reprennent une Reconquista entreprise sept siècles auparavant. Il ne faudra qu’un an pour que Ferdinand II (1479-1516) ainsi qu’Isabelle Ire (1474-1504) s’emparent de la dernière possession musulmane en Occident.
Le 25 novembre 1491, alors que les Espagnols remportent victoire après victoire depuis près d’un an, c’est la capitulation finale et, le 2 janvier 1492, Boabdil remet les clefs de l’Alcazar à Ferdinand. En cette « annus mirabilis », la grande Espagne catholique a mis fin à la présence arabe en Europe.

L’humiliation de Canossa

L'empereur Henri IV se rendant, en habit de pénitent, auprès de Grégoire VII.
L’empereur Henri IV se rendant, en habit de pénitent, auprès de Grégoire VII.

Depuis déjà plusieurs années, les empereurs germaniques s’étaient institués protecteurs de l’Église et n’hésitaient pas à nommer eux-mêmes les papes. Mais, pendant la minorité d’Henri IV, un moine clunisien, du nom d’Hildebrand, conseille au pape Nicolas II de modifier le régime de l’élection pontificale… en écartant toute prérogative impériale ! Quand, en 1073, il devient lui-même pape sous le nom de Grégoire VII, il entre en conflit avec Henri IV, devenu majeur. La rivalité entre la papauté et les empereurs germaniques ne fait que commencer…
En 1076, lors du synode de Worms, Henri IV fait déposer Grégoire VII qui répond en excommuniant l’empereur, ce qui donne une bonne excuse aux féodaux allemands pour entrer en révolte. La situation de l’empereur devient si critique, qu’il doit finalement s’incliner : le 22 janvier 1077, à Canossa, il paraît devant Grégoire VII en habit de pénitent… La papauté vient de gagner la première bataille d’une lutte qui durera jusqu’en 1122.

La folie du roi

Charles VI en forêt du Mans (d'après une statue ancienne).
Charles VI en forêt du Mans (d’après une statue ancienne).

C’était au milieu de l’été, pendant les lourdes chaleurs d’août. Comme il traversait la forêt, un homme tout vêtu de blanc se jette à la bride de son cheval en criant :
-Arrête, noble roi, ne passe pas outre, tu es trahi !
Cette subite apparition frappe le roi. Un peu plus loin, le page qui portait la lance royale s’endort sur son cheval ; la lance tombe et frappe un casque qui retentit. À ce bruit d’armes, le roi tressaille, tire l’épée et crie :
-Sus, sus aux traîtres !
Il court, l’épée nue, sur ses pages, sur son escorte, sur son frère, le duc d’Orléans, qui l’évite à grand-peine…
Le roi était fou !
Tel est le récit de la soudaine folie de Charles VI que rapportent les historiens du XIXe siècle. Folie provoquée, selon certains, par « poison et ensorcellement ». Quant à savoir qui aurait eu intérêt à empoisonner le roi, les pseudos historiens désignent immanquablement Louis d’Orléans. Le roi, dans sa folie, n’a-t-il pas tenté de se venger de son frère ? Ce dernier n’était-il pas marié à une Italienne -toutes les reines de France d’origine italienne seront accusées des mêmes talents- et donc suspecte de pratiquer la sorcellerie ?
Certes, Louis d’Orléans profitera sans doute de son excès de pouvoir auprès du roi, affaibli par la folie. Mais ce pouvoir, il le possédait déjà quand le malheureux souverain était sain d’esprit et il ne faut voir dans cette accusation romanesque que l’habileté politique et le sens inné de la propagande d’un Jean sans Peur et de son « avocat » Jean Petit pour justifier l’assassinat du prince d’Orléans en 1408. Quant à la folie du roi, elle a sans aucun doute plus à voir avec une faiblesse congénitale -due aux multiples mariages consanguins de ses parents- qu’à un quelconque envoûtement ou empoisonnement…

Marigny est condamné !

Contrairement aux célèbres écrits du romancier Maurice Druon, ce n’est pas suite à la malédiction de Jacques de Molay que sont décédés, successivement et la même année, Philippe IV le Bel, Clément V ainsi qu’Enguerrand de Marigny.
Conseiller particulier de Philippe IV, juriste retors, ministre tout-puissant et scandaleusement fortuné, chargé d’appliquer la politique monétaire du roi de France, Marigny a su se faire haïr des seigneurs de la cour et, tout  particulièrement, de Charles de Valois. À la mort de Philippe le Bel, son fils aîné, Louis X le Hutin, monte sur le trône. Mais ce dernier, trop faible, ne peut faire face à la puissante réaction féodale, dirigée par le duc de Valois, oncle du roi.
Pour tempérer ses vassaux, Louis X sacrifie Enguerrand de Marigny, qui est pendu au gibet de Montfaucon, le 21 juillet 1315.

La révolution avortée de 1484

Charles VIII (1470-1498).
Charles VIII (1470-1498).

Suite à la mort de Louis XI, le peuple se sentit si soulagé qu’il s’en prit aux anciens conseillers de ce roi qu’il avait détesté. La couronne avait échu à un enfant de treize ans et il paraissait évident pour tous que le jeune roi ne pouvait gouverner seul au milieu de ces débordements. On décida donc la réunion d’états généraux qui s’ouvrirent le 15 janvier 1484 à Tours. Là, un seigneur bourguignon, Philippe Pot, se leva et, devant tous et alors que les princes réclamaient le gouvernement du royaume à cor et à cri, déclara :
-Le peuple souverain créa, à l’origine, des rois par son suffrage… N’avons-nous pas lu souvent que l’État est la chose publique ? La chose publique n’est que la chose du peuple ; c’est lui qui l’a confiée aux rois…

Cette belle déclaration, au parfum légèrement révolutionnaire, conduisit à la formation d’un conseil composé des anciens conseillers de Louis XI, des princes et de douze personnes choisies par l’assemblée…
Pourtant, malgré ces belles paroles, la régence sera belle et bien assurée par Anne de Beaujeu, sœur du jeune roi.

Les Croisés prennent Jérusalem

En 1095, plus de sept cent mille Croisés quittent l’Europe et se mettent en route vers la Terre Sainte. Les Provençaux sont commandés par Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse et par le légat du Pape ; les Français par Étienne de Blois, Hugues de Vermandois, frère du roi de France et le Normand Robert Courteheuse, fils du Conquérant ; les Flamands suivent Godefroi de Bouillon et les Normands de Sicile Bohémond de Tarente et son neveu Tancrède.
Durant quatre années de marche et de guerre, beaucoup sont morts, d’autres ont abandonné. Certains chefs ont fui même, tel Hugues de Vermandois, Robert Courteheuse ou Étienne de Blois. Et, en juin 1099, ils ne sont que soixante mille sous les remparts de Jérusalem.
Les armées croisées, sous le commandement de Godefroi de Bouillon et de Bohémond de Tarente, avaient pris Antioche aux Sarrasins après sept mois de siège (1098). Transportées par la foi, elles ne mettent que quelques jours à s’emparer de Jérusalem aux cris de " Dieu le veut ! " Mais cette victoire du 15 juillet 1099 est assombrie par la rage qui s’empare alors des Croisés : huit jours durant, la population arabe est massacrée sans pitié.
Loin de transférer, comme convenu, leurs conquêtes à l’empereur Alexis Commène, les Croisés créent le royaume franc de Jérusalem. Godefroi de Bouillon, duc de Basse-Lorraine, descendant de Charlemagne par les femmes et le plus valeureux, le plus loyal, le plus pieux des croisés, ainsi que le décrit une chronique, devient « l’avoué du Saint Sépulcre », refusant de porter une couronne d’or  là où le Christ avait porté une couronne d’épines. À sa mort, en 1100, son frère Baudouin de Boulogne,  moins scrupuleux, prend le titre de roi de Jérusalem, qu’il va transmettre durant près d’un siècle avant que les Sarrasins ne s’emparent à nouveau  de ce territoire.

Saint Jacques avec nous !

Des pèlerins au Moyen Âge (gravure sur bois).
Des pèlerins au Moyen Âge (gravure sur bois).

Il y a douze cents ans, sur l’Espagne du Nord, la seule encore chrétienne, régnait Alphonse II, roi des Asturies. Un paysan de Galice voit briller, plusieurs jours de suite, une immense étoile au-dessus de son champ. Et peu après, dans cette terre galicienne imprégnée de mysticisme, on fait une découverte miraculeuse : le corps de l’apôtre Jacques. Le 23 juin 797, lors de la bataille d’Al Badin contre les musulmans qui occupaient l’Espagne du Sud, les soldats d’Alphonse II voient surgir dans le ciel l’apôtre monté sur un cheval blanc. Un cri jaillit dans les troupes chrétiennes :
-Saint Jacques avec nous !
Terrorisé, l’ennemi musulman prend la fuite. Désormais, l’Espagne a un saint patron et Compostelle (en latin campus stella : le champ de l’étoile) deviendra le plus grand pèlerinage chrétien du Moyen Âge.

Création des Archives royales

Il suffira d’une simple bataille, dans l’éternel conflit entre la France et l’Angleterre, pour que soit créée l’une des institutions les plus importantes de France, tout particulièrement pour les historiens : les Archives royales.
En effet, le 3 juillet 1194, Philippe Auguste est battu par Richard Cœur de Lion à Fréteval. En soi, l’incident n’aurait pas grande importance si les Anglais n’avaient pas profité de l’occasion pour s’emparer des archives qui suivaient partout le roi.
Philippe Auguste, jurant que l’on n’y reprendrait pas, décide dès lors de conserver le Trésor des chartes à Paris même, dans le palais de la Cité. On peut donc dater de ce moment la création des Archives royales -devenues plus tard impériales et enfin nationales.

Louis XI… au cachot !

Louis XI contraint de signer le traité de Péronne, présenté par Charles le Téméraire.
Louis XI contraint de signer le traité de Péronne, présenté par Charles le Téméraire.

Rusé, perfide, diplomate, tortueux, Louis XI est, sans doute, un des rois de France les plus passionnants. Dès le début de son règne, il tente de soumettre définitivement les grands féodaux du royaume, unis contre le souverain au sein de la Ligue du Bien public.
Après avoir signé une paix séparée avec le duc de Bretagne et avec son frère, Charles, Louis XI s’emploie à ménager un accord semblable avec Charles, duc de Bourgogne, le prince le plus riche et le plus puissant de toute l’Europe. L’entrevue a lieu à Péronne, le 3 octobre 1468. Mais Louis XI vient à peine d’arriver au château que des nouvelles inquiétantes parviennent de Flandre : les Liégeois, soutenus par le roi de France, se sont révoltés !
Furieux, Charles le Téméraire, s’empare du roi et le retient prisonnier trois jours durant. Le roi n’a d’autre choix que de s’incliner et de signer le traité de Péronne qui lui redonne la liberté quelques jours plus tard.
Après cette humiliation, la lutte entre le roi de France et la maison de Bourgogne ne fera que s’intensifier et Louis n’aura de cesse de détruire la toute-puissance bourguignonne…