Le guet-apens de Montereau

Jean sans Peur, duc de Bourgogne (1371-1419).
Jean sans Peur, duc de Bourgogne (1371-1419).

Sans scrupule, avide de pouvoir, rusé mais aussi mécène et homme de culture, Jean sans Peur n’a laissé dans l’histoire que l’image d’un traître et d’un assassin. Succédant à son père, Philippe le Hardi, il hérite, en 1404, de l’immense domaine bourguignon qui comprend, outre la Bourgogne, le Charolais, les Flandres, l’Artois et le Vermandois.
À cette époque, le trône de France est occupé par le malheureux roi fou, Charles VI, et la lutte pour le pouvoir se joue entre le duc de Bourgogne, cousin du roi, et Louis d’Orléans, son frère. En 1408, prenant pour excuse la sauvegarde du pays, Jean sans Peur ordonne la mort du duc d’Orléans, coupable, selon la rumeur, de la folie de son royal frère… L’excuse n’est biensûr qu’une et c’est de politique plus que d’empoisonnement qu’il s’agit. Mais peu importe.
La lutte entre le parti Armagnac, c’est-à-dire les Orléans et le dauphin, et les Bourguignons tourne alors à la guerre civile. Allié d’Henri d’Angleterre, qui l’a aidé à reprendre Paris en 1417, Jean sans Peur ne dédaigne pourtant pas les avances que lui fait le dauphin, futur Charles VII et accepte de le rencontrer. L’entrevue a lieu le 10 mai 1419, à Montereau, mais, alors que le duc de Bourgogne passe sur le pont, Tanguy du Châtel le tue d’un terrible coup de hâche. Louis d’Orléans est vengé…

Le meurtre des enfants d’Edouard

Portrait de Richard III d'Angleterre (1452-1485).
Portrait de Richard III d’Angleterre (1452-1485).

Chaque pays, chaque dynastie presque a son fantôme, son revenant miraculeux, son prétendant mystérieux : on ne compte plus les pseudos Louis XVII, la fausse Anastasia a su, jusqu’à sa mort, garder l’énigme de son identité et le mystère Gaspard Hauser fascine encore l’Allemagne. En Angleterre, c’est l’aventure de Perkins Warbeck, prétendant être un fils d’Edouard IV, qui déchaîna et déchaîne encore les passions. Et pas seulement son personnage. Car la mort même des enfants d’Edouard a conservé sa part d’ombre.
Après des années de lutte, la maison d’York, vainqueur de la guerre des Deux-Roses, monte enfin sur le trône en la personne d’Edouard IV. Un règne bienvenu après tant d’années de luttes intestines, d’incertitudes. Un règne d’à peine vingt ans, vingt années durant lesquelles son frère, Richard, fera preuve d’une loyauté à toute épreuve. Une loyauté qui, finalement, ne devait guère résister à l’appel du pouvoir.
La mort soudaine d’Edouard (1483) était un cadeau inespéré pour cet éternel second rôle qui, s’instituant régent pour ses neveux, ne tarda pas à s’emparer du trône et à les faire enfermer dans la Tour de Londres. Le Parlement, lâche et sans doute effrayé par l’idée d’une nouvelle guerre civile déclara dans la foulée les fils d’Edouard inaptes à la succession car adultérins.
Le crime ne paie pas
La discussion ne semblait plus possible et Richard III fermement installé sur le trône. Pourtant, après l’été 1483, on entendit plus parler d’Edouard (V) et de son jeune frère, Richard duc d’York. Ont-ils été assassinés ? C’est vraisemblable bien que la question soit, encore aujourd’hui sujette à controverse. Et s’ils sont morts, l’assassin est, à n’en pas douter, Richard III, leur oncle. Un oncle qui préférait les écarter définitivement du trône. Tel est du moins d’opinion de Shakespeare qui, dans la pièce éponyme, brosse un portrait effrayant du second roi de la maison d’York. C’est également l’opinion des plus fervents opposants historiques de Richard III, les mêmes qui soutiennent malgré tout la thèse de la survie d’un des enfants, Richard d’York.

Les enfants d'Edouard IV, d'après un tableau célèbre.
Les enfants d’Edouard IV, d’après un tableau célèbre.

De fait, l’action du Parlement qui avait accusé Elisabeth Woodville, l’ancienne reine, d’adultère, était insuffisante. Toute usurpation, on le sait, entraîne immanquablement une réaction : la noblesse se divise, s’oppose. Elle l’avait fait durant la guerre des Deux-Roses, qui opposait les York aux Lancastre. Une guerre qui n’était pas totalement éteinte puisque la rose rouge des Lancastre survivait en la personne d’Henri Tudor, comte de Richemont. Et Richard n’avait certainement pas les moyens de s’aliéner la noblesse par deux fois. De fait, deux ans à peine après sa prise de pouvoir, Richard III allait mourir dignement sur le champ de bataille de Bosworth, contre l’assaut des troupes du Tudor.
Le « retour » du duc d’York
Mais si le meurtre des enfants d’Edouard ne fait guère de doute, l’histoire ne s’arrête pas là. Nombreux étaient ceux qui ne pouvaient croire que Richard avait fait verser son propre sang. Encore plus nombreux ceux que ne satisfaisait pas le nouveau roi, Henri VII. A peine ce dernier sur le trône, les déçus du règne Tudor allaient voir leur espoir renaître en la personne de Perkins Warbeck, un aventurier flamand qui prétendait être Richard d’York, le second fils d’Edouard IV. L’affaire fera long feu non seulement parce qu’une tante du jeune duc d’York cru reconnaître son neveu en la personne du Flamand, mais surtout parce que c’était l’occasion, inespérée, de s’opposer à Henri VII. Et si la politique du Tudor avait apportée plus de satisfaction, nul doute que jamais le « revenant » n’aurait eu un tel pouvoir. Mais malgré ses succès militaires, malgré le soutien de la France et de l’Ecosse, trop heureuse d’embarrasser la couronne anglaise, le prétendant au trône échouera dans sa conquête du royaume. Abandonné par ses troupes, livré à Henri VII, Warbeck sera condamné à la prison à vie avant d’être purement et simplement exécuté…

La conjuration des Pazzi

Face à l’apogée des Médicis qui, depuis Cosme l’Ancien (1389-1464) tiennent étroitement les rênes du pouvoir à Florence, une famille, les Pazzi, rivale de celle des Médicis, se soulève.
Les conjurés, poussés par les Pazzi et soutenus par Sixte IV, se retrouvent, le 26 avril 1478, dans la cathédrale de la ville. Julien et Laurent de Médicis sont pris au piège. Julien est égorgé, mais Laurent, blessé, se réfugie dans la sacristie où il se barricade. Sauvé par ses fidèles, Laurent est acclamé par le peuple. Sa vengeance est implacable : il extermine soixante-dix membres de la famille des Pazzi. Laurent est, alors, le « souverain légitime » de Florence.

Arteveld fait sa révolution

Statue de Jacques van Arteveld (v.1290-1345).
Statue de Jacques van Arteveld (v.1290-1345).

La guerre de Cent Ans, loin de se cantonner au territoire français, va aussi toucher, de manière indirecte, la Flandre.
Parce que Louis de Nevers est vassal du roi de France, il décide, en 1337, d’arrêter les importations de laines anglaises dans son pays, plongeant la Flandre dans une crise économique sans précédent. Un bourgeois de Gant, Jacques Van Arteveld, soulève la population de la ville dès décembre 1337 puis Bruges, Ypres et la Flandre toute entière. Van Arteveld s’empare alors du pouvoir et signe avec l’Anglais Édouard III un traité d’alliance économique.
Disposant du pays à son gré, il propose même le comté de Flandre au Prince Noir !
Louis de Nevers, le comte de Flandre, réfugié en France, semblait définitivement évincé quand Van Arteveld, dont le gouvernement tournait à la dictature, est brusquement assassiné le 17 juillet 1345. Louis de Nevers revient dans ses terres avec l’aide du roi de France mais la Flandre sera encore longtemps secouée par un vent de révolte…

Jean Ier, l’enfant qui régna cinq jours

Gisant de Jean Ier le Posthume (1316-1316).
Gisant de Jean Ier le Posthume (1316-1316).

Le 15 novembre 1316, la reine Clémence de Hongrie met au monde un fils. Jean, premier du nom, représente l’espoir de tout un peuple ; il est roi, déjà, son père, Louis X le Hutin, étant décédé six mois auparavant. Le règne de l’enfant-roi sera cependant fort court : cinq jours, cinq jours au terme desquels il sera retrouvé mort dans son berceau. Pour la première fois depuis l’avènement d’Hugues Capet, la succession père-fils est interrompue. Le royaume se remettra vite de cet événement, l’oncle du petit Jean, Philippe le Long, prenant alors la couronne après avoir déterré et invoqué une ancienne loi franque, la loi salique. De fait, l’histoire de Jean Ier n’aura guère marqué les esprits… sur le moment. Trente ans plus tard, elle devait reprendre vie en la personne de Giannino Guccio, un Siennois qui, en 1346, se présente devant le roi de France, alors Jean II –l’histoire a de ces hasards-, prétendant être l’enfant défunt. D’après Giannino Guccio, deux grands seigneurs de l’entourage royal, craignant pour la vie de l’enfant, l’aurait échangé contre le bébé de sa nourrice, une certaine Marie de Carsi. Un acte qui devait sauver le petit roi, empoisonné, toujours selon Giannino, par la redoutable Mahaut, comtesse d’Artois. Le Siennois n’aurait lui-même appris sa véritable identité que grâce au récit du confesseur de Marie de Carsi.
On s’en doute, l’histoire ne devait guère plaire à Jean II qui aurait alors du rendre sa couronne. Mais pour rocambolesque qu’elle paraisse, elle trouvera quelques crédits auprès de personnages tels que Cola di Renzo, un sénateur de Rome, Louis Ier de Hongrie, le cousin germain de Jean Ier et même les représentants de Sienne et de Venise. Le « Re Giannino », comme on l’appellera alors, se dotera même d’une armée et tentera d’envahir la France… sans succès. Quel était l’intérêt de ces cités italiennes, du roi de Hongrie qui prétendait avoir « reconnu » Jean Ier sous les traits du Re Giannino ?  Peu importe. La véritable question étant alors : quel était l’intérêt de Mahaut en tuant le petit roi ? Que son gendre, Philippe V le Long, accède au trône peut-être. Mais si Jean avait vêcu, Philippe aurait conservé la régence encore quatorze années durant. De quoi asseoir quelque peu son autorité ; de quoi prendre le temps de faire « sa » politique. L’histoire du Re Giannino conservera, malgré son invraisemblance, un fort crédit jusqu’en 1367, qui sera reprise par quelques historiens du XIXe siècle puis par Druon. Un livre sera même écrit, contant l’Histoire merveilleuse d’un supposé roi de France. Un titre qui en dit long et qui résume à lui seul toute l’affaire…

La déchéance de l’Empire

Charlemagne avait partagé ses États entre ses trois fils et c’est le hasard, en faisant mourir les deux aînés, qui sauve l’unité de l’Empire qui échoit, en 814, à Louis Ier le Pieux ou le Débonnaire.
Louis Ier n’aura pas cette chance et son règne sera toujours placé sous le signe de la discorde et de la rivalité.
Détrôné par son fils aîné, Lothaire, en 817, il est enfermé dans un monastère d’où il ne ressort que grâce à l’aide de ses fils cadets, Louis et Pépin, qui le replacent sur le trône en 834.
La guerre familiale déchire l’Empire et ne fait que commencer. Lorsque Louis Ier tente de modifier le partage de l’Empire en faveur de son dernier-né, Charles le Chauve, les trois aînés se révoltent et s’associent avec le Pape qui décide la déchéance de l’empereur.
Mais, rétabli à nouveau sur le trône, Louis Ier le Débonnaire, qui meurt le 20 juin 840, voit ses derniers instants assombris par la fin inévitable et, cependant, définitive de l’Empire de Charlemagne.

La France contre la papauté

Benedetto Caetani, devenu Boniface VIII (v.1235-1303).
Benedetto Caetani, devenu Boniface VIII (v.1235-1303).

Cy veut le roy, cy veut la loy, maxime, ô combien, véridique sous le règne de Philippe IV le Bel (1285-1314). Conseillé par des légistes pointilleux, le petit-fils de Saint Louis va étendre la puissance de la France, luttant contre les ambitions anglaises et l’autorité du pape.
S’opposant aux multiples taxes dont le roi accable le clergé, Boniface VIII  tente d’endiguer la mise sous tutelle des prélats par le pouvoir royal et publie, en 1301, la bulle Ausculta fili, blâmant le roi pour ses excès de pouvoir. Sans scrupule, Philippe le Bel fait falsifier la bulle et, l’ayant rendu inadmissible aux yeux de ses sujets, la fait circuler dans le pays avant de la faire brûler.
Ainsi assuré du soutien de la nation, il convoque, le 10 avril 1302, les États généraux. Les représentants du clergé, de la noblesse et des « bonnes villes » de France, pour la première fois réunis, approuvent unanimement le souverain et signent un acte de protestation contre le pape. La France vient d’affirmer, haut et fort, son indépendance vis-à-vis de Rome.

Bayézid, le conquérant de l’Europe

Bayézid faisant exécuter les prisonniers chrétiens (gravure du XIXe siècle).
Bayézid faisant exécuter les prisonniers chrétiens (gravure du XIXe siècle).

Bayézid. Le nom est pour beaucoup méconnu pourtant, des années durant, les Européens n’ont connu que lui, l’ont craint plus que tout autre ; Racine lui a même consacré une pièce, sous le nom francisé de Bajazet. Fils et successeur de Mourad Ier, Bayézid avait une certaine propension à l’indépendance ; propension qui devait le conduire à faire assassiner son unique frère dès que l’occasion se présenta. Ce n’est pourtant pas cette action -assez répétitive au sein des cours ottomanes- qui devait distinguer Bayézid de ses pairs. Marchant avec bonheur sur les traces conquérantes de son père, il devait mener une véritable "guerre éclaire" sur l’Europe, passant à deux doigts de l’exploit en manquant d’enlever Constantinople. En un an seulement, il devait achever la conquête de la Thessalie, de la Serbie et de la Bulgarie (1394) puis écraser les armées européennes menées par le roi de Hongrie Sigismond. La défaite de Nicopolis, en 1396, devait marquer les esprits pour longtemps. On dit même que c’est à cause de celle-ci et parce que le duc Jean sans Peur, fait prisonnier, avait été profondément marquer, que Philippe de Bourgogne devait ensuite créé l’ordre de la Toison d’Or. Surnommé Yildirim, "l’Eclair", Bayézid ne devait qu’à l’invasion de Tamerlan en Asie Mineure de laisser échapper Constantinople. Athènes et tout le Péloponèse était déjà tombé. Pour Constantinople, ce n’était plus cependant qu’une question de temps…

Courbe la tête, fier Sicambre !

Sur le point d’être vaincu à Tolbiac, Clovis, qui est païen, implore le Dieu de sa femme, Clotilde, et fait vœu de se convertir s’il est victorieux. Tels sont du moins les faits que rapporte les chroniqueurs du temps.
Le combat reprend aussitôt et Clovis va remporter sur les Alamans une victoire totale. Le nouveau maître des Gaules décide alors de remplir la promesse faite au Dieu de Clotilde sur le champ de bataille à Tolbiac. Grégoire de Tours raconte cet événement :
Clotilde manda secrètement saint Remi, évêque de Reims, en le priant d’insinuer au roi la parole du salut.
-J’écouterai volontiers, très saint père, répondit Clovis.
L’évêque, transporté d’allégresse, ordonne qu’on prépare la piscine sacrée. On tend, d’un toit à l’autre, dans les rues, sur les parois de l’église, des voiles aux brillantes couleurs ; on orne les murailles de blanches draperies ; on dispose le baptistère ; l’encens fume, les cierges brûlent et le temple tout entier est rempli d’un parfum divin. Le cortège se met en marche, précédé par les crucifix et les saints Évangiles, au chant des hymnes, des cantiques et des litanies et aux acclamations poussées en l’honneur des saints… Le vénérable pontife menait le roi par la main, du logis royal au baptistère…
-Seigneur, s’écrit Clovis émerveillé de tant de splendeur, n’est-ce pas là le royaume de Dieu que tu m’as promis ?
-Non, réplique l’évêque, ce n’est pas le royaume de Dieu, mais la route qui y conduit.
Le nouveau Constantin descend dans la cuve où les catéchumènes, à cette époque, se plongeaient encore presque nus et alors, saint Remi prononce ces paroles célèbres :
-Courbe la tête, fier Sicambre ; adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré.
Le roi confesse alors le Dieu tout-puissant dans la Trinité et reçoit le baptême au nom du père et du fils et du Saint-Esprit et l’onction du saint-chrême avec le signe de la croix du Christ.
Et plus de trois mille de ses guerriers sont baptisés avec lui, ainsi que ses deux sœurs qui étaient tombées dans l’hérésie des ariens.

Le mea culpa du comte de Toulouse

Sceau de Raymond VI de Toulouse (1156-1222).
Sceau de Raymond VI de Toulouse (1156-1222).

Or le comte Raymond se levant alors à Saint-Gilles, le légat du Saint-Père, avec frère Pierre de Castelneau, y arriva, disputant toujours avec tous des hérésies, si bien qu’il se prit de paroles et querelles à ce sujet avec un gentilhomme, serviteur du comte Raymond de Toulouse. Et leur dispute alla si loin, qu’à la fin ledit gentilhomme donna d’une épée à travers le corps à Pierre de Castelneau et le tua et fit mourir…
Après cet assassinat, vrai ou supposé, le pape lança la croisade contre les Albigeois, dont beaucoup étaient des serviteurs du comte Raymond VI de Toulouse. Tantôt pour les Cathares, tantôt pour l’Église, Raymond VI tentait surtout de sauver ses terres de l’avidité de Simon de Montfort et des barons français.
Il s’inclina en 1215 mais, quand son fils, Raymond VII, lui succéda, il reprit la lutte et tenta de récupérer ses terres.
En vain… Après sept autres années de conflit, Raymond VII dut signer, à son tour, en août 1229, le traité de Meaux qui le dépouillait d’une grande partie de ses domaines et qui, au final, signalera la fin de l’indépendance du comté de Toulouse et d’une bonne partie de l’Occitanie.