Saint Thomas Becket

Vous me haïrez bientôt autant que vous m’aimez, car vous vous arrogez, dans les affaires de l’Église, une autorité que je n’accepte pas. Il faut que l’archevêque de Cantorbéry offense Dieu ou le roi.
Lorsque Henri II élève son ami et chancelier, Thomas Becket, à la charge d’archevêque de Cantorbéry, en 1162, ce dernier expose très clairement sa politique à venir.
Né à Londres en 1117, Thomas Becket gagne rapidement les bonnes grâces d’Henri II et soutient sa politique lors de ses années de chancellerie. Mais, une fois archevêque de Cantorbéry, Thomas change totalement sa façon d’être : il abandonne le luxe dans lequel il vivait et, contrairement aux attentes du roi, défend l’Église d’Angleterre coûte que coûte. Opposé aux édits de Clarendon qui permettent au roi de soumettre le clergé à la justice royale, persécuté, il trouve refuge en France.
Après six années d’exil et un semblant de réconciliation, Becket revient en Angleterre et réaffirme son désaccord.
Le 29 décembre 1170, avec ou sans l’ordre du roi, quatre chevaliers le tuent devant l’autel de la cathédrale. Thomas Becket, martyr et symbole de l’indépendance de l’Église face à la royauté, est canonisé par Alexandre III et son tombeau devient dès lors un lieu de pèlerinage.

Richard le Cruel

Richard Cœur de Lion faisant exécuter les prisonniers musulmans (détail d'une gravure du XIXe siècle).
Richard Cœur de Lion faisant exécuter les prisonniers musulmans (détail d’une gravure du XIXe siècle).

Il est des êtres qui, au delà de la mort et malgré toutes les preuves historiques, ont acquis une véritable aura de légende. Tel est le cas de Richard Cœur de Lion, vu par les Anglais comme par les Français comme un parangon de vertu, comme le modèle du chevalier, généreux, juste et incarnation même de l’honneur. Pourtant, rien n’est plus faux.
Second fils d’Henri II Plantagenêt et d’Aliénor d’Aquitaine, Richard apparaît dès sa jeunesse comme un trouble fête, avide de pouvoir et de gloire. À de multiples reprises, il se révolte contre son père, allant même jusqu’à faire hommage au roi de France pour les terres aquitaines ; devenu roi d’Angleterre (1189), il n’a de cesse de se poser en porte-étendard de l’Occident chrétien, quitte à se brouiller avec Philippe Auguste -qui n’avait pas non plus un caractère facile- ou avec Léopold d’Autriche -action qu’il payera cher en demeurant plusieurs mois dans les geôles de ce prince au retour de la croisade. Enfin, il fait preuve d’une telle cruauté en Terre sainte que les musulmans en gardent un souvenir horrifié dans leurs chroniques. D’ailleurs, le surnom de « Cœur de Lion » qui passera à la postérité n’avait à l’origine rien d’aimable puisqu’il soulignait sa témérité autant que son manque de miséricorde…

Les Ayyoubides ou l’héritage perdu de Saladin

Les Sarrasins aux prises avec les Croisés (détail d'une peinture murale).
Les Sarrasins aux prises avec les Croisés (détail d’une peinture murale).

C’est Saladin, le célèbre conquérant kurde, qui, en prenant le pouvoir en Egypte en 1171, devait fonder la dynastie des ayyoubides. Et si, nominalement, Saladin se déclarait encore vassal des sultan abbassides, il était évident pour tout le monde que le véritable pouvoir, c’est lui qui le possédait. De fait, Saladin était un conquérant comme l’islam n’en avait pas vu depuis longtemps : en quelques années, il devait ravir aux croisés Alep (1183) et surtout Jérusalem (1187). A sa mort, en 1193, il laissait un empire qui s’étendait de la Tripolitaine au Tigre et des côtes de l’Arabie méridionale à l’Arménie. Un empire qui ne devait pas lui survivre puisqu’il faut immédiatement partagé entre ses trois fils et son frère pour former les Etats d’Egypte, d’Alep, de Damas et de Mésopotamie. En réalité, la caractéristique de l’empire ayyoubide sera la désunion de ses membres. Malik el-Adil, frère et héritier partiel de Saladin tentera bien de rétablir l’unité, notamment en renversant ses propres neveux et en s’instituant seul et unique souverain, mais, à sa mort (1218), ses fils se partagèrent à nouveau l’empire… et la discorde domina à nouveau entre les princes.
Les Croisés ramenés prisonniers au Caire.
Les Croisés ramenés prisonniers au Caire.

C’était faire la part belle aux ennemis des ayyoubides, notamment des croisés qui, depuis la prise de Jérusalem par Saladin, ne rêvaient que de reprendre la ville sainte. Des alliances étonnantes devaient également s’établir. Ainsi, alors que régnait el-Malik el-Kamil sur l’Egypte, le sultan dut faire face à la Ve croisade avant de s’allier avec Frédéric II de Hohenstaufen contre ses parents qui régnaient sur la Syrie. C’est ainsi d’ailleurs que Frédéric II récupéra Jérusalem, Bethléem et Nazareth.
Le successeur d’el-Malik el-Kamil, el-Salih Najm el-Din (1240-1249), tenta bien une dernière réunification de l’empire hérité de Saladin, mais la puissance des Ayyoubides d’Egypte était essentiellement fondée sur leurs mercenaires, les Mamelouks, qui devaient bientôt tenter de les supplanter. Après avoir assassiner Turam Chah, les fils d’el-Salih, les Mamelouks portèrent au pouvoir la belle-mère du sultan, une ancienne esclave, qui, en épousant le chefs des Mamelouks, Izz el-Din Aybak, consacra l’usurpation des Mamelouks. A Damas et Alep, les Ayyoubides devaient se maintenir jusqu’en 1260, mais là ceux sont les Mongols qui devaient les renverser mettant fin à l’empire créer par Saladin.

Rodolphe, roi de France

Rodolphe ou Raoul, duc de Bourgogne, roi de France de 923 à 936.
Rodolphe ou Raoul, duc de Bourgogne, roi de France de 923 à 936.

Contrairement à ce que l’on pense souvent, la lutte de pouvoir entre les Carolingiens et les Capétiens ne concerne pas uniquement Lothaire ou Louis le Fainéant et Hugues Capet. Tout commence un siècle plus tôt, quand Eudes de France, fils du célèbre Robert le Fort, se fait couronner roi, en 888, après la déposition de Charles le Gros. En fait, à chaque carence du pouvoir carolingien, les seigneurs du royaume élisent un prince de la maison de France. Ainsi en sera-t-il en 922, quand Robert Ier devient roi, puis en 923 avec l’élection de Rodolphe ou Raoul de Bourgogne.
Gendre de Robert Ier, il est poussé par son beau-frère, Hugues le Grand que l’on surnommera le « faiseur de roi ». Rodolphe devra, tout au long de son règne, combattre les Normands, fidèles à Charles le Simple, mais aussi les Aquitains et un puissant seigneur, Héribert de Vermandois. Il triomphera de tous, dépouillera presque entièrement Héribert et pourra proclamer que « Rodolphe, par la grâce de Dieu roi des Français, des Bourguignons, des Aquitains » est « invincible, pieux et toujours auguste ».
À sa mort, en janvier 936, la dynastie capétienne domine le royaume…

Charles le Mauvais ou l’art du complot

Charles le Mauvais, roi de Navarre (1332-1387).
Charles le Mauvais, roi de Navarre (1332-1387).

Allié des nobles mécontents, des bourgeois révoltés ou encore de  l’Angleterre, Charles le Mauvais est de toutes les révoltes, de tous les conflits.
Petit-fils de Louis X le Hutin par sa mère, le roi de Navarre passera sa vie à comploter contre la dynastie des Valois qui, à son sens, l’a spolié de son héritage : le trône de France !
En 1364, alors que le roi Jean II le Bon est retourné en Angleterre où il est retenu prisonnier, Charles le Mauvais rassemble toute son armée, affûte ses armes et revendique la couronne de France et, pour faire bonne mesure, le duché de Bourgogne. Quand Charles, dauphin et régent de France, confisque les fiefs normands du roi de Navarre, la guerre devient alors inévitable. Du Guesclin est donc envoyé par le régent pour s’emparer des places fortes de Normandie avant l’arrivée de l’armée navarraise conduite par le «captal» de Buch. L’affrontement décisif a lieu à Cocherel, le 16 mai 1364, et Bertrand du Guesclin en sort vainqueur.
Cette terrible défaite incite Charles le Mauvais à abandonner ses prétentions françaises et à consacrer ses talents à attiser la lutte qui déchire l’Espagne, et qui oppose Pierre le Cruel à Henri de Transtamare.

Guelfes et Gibelins : les origines d’un conflit

Statue équestre de Conrad III de Hohenstaufen, empereur germanique (1093-1152).
Statue équestre de Conrad III de Hohenstaufen, empereur germanique (1093-1152)..

Avant de désigner les protagonistes de l’un des conflits les plus longs de la péninsule italienne, les Guelfes et les Gibelins sont deux familles ; deux familles germaniques qui commenceront à s’affronter sur le sol du Saint Empire avant de « s’exporter » au delà des Alpes.
La famille des Guelfes –ou Welfen- apparaît au début du IXe siècle en Souabe. C’est à cette maison qu’appartenait l’impératrice Judith, seconde épouse de Louis Ier le Pieux ; c’est de cette maison également qu’était issue celle de Bourgogne. Cette première dynastie devait s’éteindre en 1055, avec la mort de Guelfe III. C’est alors qu’un de ses neveux revint d’Italie afin de recueillir cet héritage. Guelfe IV, dit le Grand, fonda alors la seconde maison des Guelfes. Une maison qui serait demeurait relativement modeste n’était la faveur dont l’empereur Henri IV devait entourer Guelfe le Grand. Devenu duc de Bavière par la grâce impériale, le fils de Guelfe devait épouser l’héritière des ducs de Saxe et son  petit-fils, Henri le Superbe, hériter de la Saxe et des biens de l’empereur Lothaire III, son  beau-père. La couronne impériale était alors à portée de main. Mais Conrad de Hohenstaufen veillait. C’est alors que devait naître la lutte séculaire entre les Guelfes et les Gibelins –du nom de Waiblingen, seigneurie des Hohenstaufen.
Une lutte qui se soldera, sur le sol germanique, par le dépouillement des Guelfes, désormais cantonnés à quelques possessions en Basse-Saxe, gracieusement érigées en duchés.
Comme souvent cependant, l’histoire aime se jouer des destinées des hommes. Et alors que les Hohenstaufen s’éteignirent –après avoir connu les plus grandes gloires, il est vrai-, les Guelfes perdurèrent. Sur leurs petites possessions de Brunswick, ils régneront jusqu’en 1918, tandis qu’une autre branche de la famille, héritière du Hanovre en 1634, ceindra, avec Georges Louis de Hanovre, la couronne anglaise. Une couronne qui, à ce jour, est toujours entre leurs mains.

Pierre le Vénérable : l’homme de la restauration clunisienne

Représentation probable de Pierre le Vénérable (enluminure du Moyen Âge).
Représentation probable de Pierre le Vénérable (enluminure du Moyen Âge).

C’est au Xe siècle que Guillaume le Pieux, duc d’Aquitaine, fonda l’abbaye de Cluny et la confia à Bernon, abbé de Baume, qui la plaça sous observance bénédictine. Saint Odon, saint Mayeul, saint Odilon, saint Hugues allaient faire de Cluny le cœur de la réforme monastique en Occident. Son succès fut tel que Cluny regroupa jusqu’à 1400 maisons, peuplées de 10000 moines. Une richesse humaine qui devait engendrer, dès le XIIe siècle, une trop grande richesse matérielle. C’est ce que l’on décrit généralement comme la "décadence" de l’ordre clunisien, une décadence qui n’est pas de mœurs mais que l’on peut traduire par l’éloignement de la stricte observance bénédictine qui était à l’origine de l’abbaye. C’est sur cette "décadence" que naîtra la réforme de Cîteaux, conduite par saint Bernard. C’est également à l’époque de cette "décadence" que le dernier grand abbé clunisien entre en scène.
Issu d’une noble famille auvergnate, Pierre de Montboissier, dit Pierre le Vénérable, devient abbé de Cluny en 1122. Sous son impulsion, Cluny retrouve les traditions et la rigueur du temps des quatre premiers abbés. Sous son impulsion, Cluny redevient un haut-lieu de la chrétienté monastique, tenant tête à saint Bernard dans la controverse entre clunisiens et cisterciens.
Mais ce n’est pas uniquement dans son ordre que Pierre le Vénérable fera autorité. Esprit cultivé, érudit même, il sera le premier à traduire le Coran en latin (1143), non pour s’en faire le promulgateur, mais pour mieux savoir le réfuter. De la même façon, il s’opposera au manichéisme, au judaïsme et à quelques hérésies contemporaines comme le petrobusianisme -une hérésie initiée par Pierre de Bruys qui réfutait la présence eucharistique, la prière pour les morts ou le baptême des enfants.

Charles d’Orléans, le prince-poète

Après trois longs siècles de silence, les œuvres littéraires de Charles d’Orléans sont arrachées à l’oubli, au XVIIIe siècle, grâce à l’abbé Sallier.
Né en 1391, Charles d’Orléans est le fils de Louis d’Orléans, frère du roi et de Valentine Visconti. Après la mort de son père, assassiné par Jean sans Peur, Charles devient le chef de la maison d’Orléans et prend la tête du parti des Armagnacs pendant la guerre de Cent Ans. Fait prisonnier à Azincourt en 1415, il est emmené en Angleterre où il restera en captivité pendant vingt-cinq ans.
C’est au cour de ces années de prison que Charles s’adonne à la poésie. Ses vers raffinés, élégants et souvent mélancoliques, témoignent d’un esprit fin et délicat.
Libéré en 1440, Charles d’Orléans repart en campagne pour conquérir le Milanais, héritage de sa mère puis se retire à Blois où il restera jusqu’à sa mort, en janvier 1465 :
Le monde est ennuyé de moy,
Et moy pareillement de luy.

Ausone, le témoin d’une époque

Statue du poète Ausone (309-394).
Statue du poète Ausone (309-394).

II est l’un des très rare, sinon le seul écrivain de l’époque gallo-romaine et le témoin privilégié de son siècle. Né à Bordeaux le 11 avril 309, Ausone, après des études de grammaire et de droit, connaît le succès grâce à ses poèmes. En 367, l’empereur Valentinien l’appelle à la cour de Trèves afin d’être le précepteur de son fils Gratien. Cette fonction lui permet ainsi d’accéder aux charges de consul et de préfet des Gaules. Tout en administrant son territoire, Ausone poursuit son œuvre littéraire et célèbre avec talent les paysages de la Moselle et de la Gaule méridionale, les plaisirs de la bonne chère. Poète et fin gourmet, il apprécie particulièrement les huîtres, celles qu’on trouve dans sa ville natale de Bordeaux car, écrit-il, « elles sont les meilleures… Elles ont la chair grasse et blanche, un jus doux et délicat où une légère saveur de sel se mêle à celle de l’eau marine ». En 388, Ausone, lassé de ses fonctions préfectorales et souhaitant consacrer plus de temps au bonheur de vivre qu’au travail administratif et aux honneurs, quitte la cour de Trèves pour se retirer sur ses terres, près de Bordeaux, où il meurt en 394.

Le règne malheureux de Richard II

Richard II allant à la rencontre des serfs révoltés (miniature du Moyen Âge).
Richard II allant à la rencontre des serfs révoltés (miniature du Moyen Âge).

Si Edouard III avait initié la guerre contre la France, avec comme ambition affichée de s’emparer de sa couronne, c’était plus pour mettre un terme aux velléités de révoltes de nobles que par conviction que cet héritage lui revenait. D’ailleurs, dans les premières années du règne de Philippe VI, il n’avait guère manifesté quelques prétentions que ce soit. Toujours est-il qu’Edouard, comme Philippe d’ailleurs, avait besoin de cette guerre et qu’il la provoquera. Dans les premières années du conflit, les victoires anglaises, notamment celle de Crécy, en 1347, et celle de Poitiers, en 1356, semblent lui donner raison. Mais le conflit traîne en longueur ; il épuise le royaume anglais  qui a aussi eu à subir, de 1347 à 1350, les ravages de la peste noire. Autant dire que lorsqu’Edouard meurt, en 1377, le pays est exsangue. La couronne revient alors au fils aîné de son fils aîné, le fameux Prince Noir. Le petit-fils d’Edouard III ceint la couronne sous le nom de Richard II. Le jeune homme est alors encore fort jeune et ce sont ses oncles qui le conseillent. Son premier acte d’autorité, dès l’année 1381, va augurer d’un règne personnel pour le moins malheureux.
Cette année-là, après qu’un village ait refusé de payer un impôt qu’il juge abusif, voit éclater en Angleterre une révolte paysanne d’une grande ampleur. Un agitateur en particulier anime la révolte, un chapelain du nom de John Ball. Ball convainc les paysans d’aller trouver le roi et de lui exposer directement leurs griefs.
La masse des mécontents grandit, de village en village, tuant tous ceux qui ressemblent de près ou de loin à un représentant du pouvoir. A Londres, le roi et son entourage ont trouvé refuge dans la Tour de Londres lorsque la cité est investie par les révoltés, auxquels se sont d’ailleurs ajoutés quelques bandits. Le sang coule, jusqu’à ce que Richard décide d’affronter la foule. Il se présente donc dans un champ, aux abords de Londres et accorde des chartes d’affranchissement. A peine calmée, la révolte reprend de nouveau et le roi reprend les négociations. Le maire de Londres a alors un geste malheureux : il frappe le chef des rebelles. La masse est prête à en découdre lorsque Richard se présente, seul, face à elle. Les paysans, subjugués, acceptent de le suivre hors de la ville où ils sont massacrés sans pitié…
Richard a imprimé sa marque : celle de la trahison. Mais si ce premier acte sera sans conséquence directe pour le jeune roi, le second sera fatal.
 A la mort de son oncle, le duc de Lancastre, Richard s’empare de son héritage, privant son cousin Henri de ses droits légitimes. Ce dernier ne tarde pas à réagir en préparant un coup d’Etat : Richard est jeté en prison et Henri de Lancastre couronné sous le nom d’Henri V.
Le règne, bref, de Richard II n’aura donc été marqué que par deux faits, deux méfaits. Un règne bien malheureux en vérité.