La croix d’Iona

Croix de l'île d'Iona.
Croix de l’île d’Iona.

Si saint Patrick et sainte Brigitte sont mondialement connus et reconnus comme les patrons de l’Irlande, on oublie aisément que cette terre de profonde chrétienté a également servi de base à l’évangélisation des contrées avoisinantes.
Prince de sang royal, Columkill ou Colomba devait entrer à l’abbaye de Clonard dans la première moitié du VIe siècle. C’est là, sous la direction de saint Finnian -un nom à consonance hautement païenne et mythologique- qu’il devait faire ses premières armes de fondateur en créant les monastères et écoles monastiques de Derry (545), Durrows (553) et Kells (sans doute 554). De fait, l’Irlande devenait trop petite pour ce propagateur de la Foi aussi embarqua-t-il, vers 563, pour l’île calédonienne -comprenez écossaise- d’Iona. Le monastère qu’il y fonda devait devenir le principal foyer du christianisme pour les Pictes et les Celtes du Nord. La croix d’Iona, la croix de Colomba étendrait bientôt son ombre sur les Vikings conquérants. Evangélisateur des peuples du nord de la Grande-Bretagne, saint Colomba sera cependant enterré en terre d’Irlande, entre saint Patrick et sainte Brigitte. Comme si, toujours, l’Irlande rappelait ses enfants.

Pépin le Bref : les Pippinides sur le trône

Pépin, maire du Palais, avec Childéric III (gravure du XIXe siècle).
Pépin, maire du Palais, avec Childéric III (gravure du XIXe siècle).

A la mort de Charles Martel, ses fils, Pépin et Carloman, héritent de sa charge ; une fonction que, selon la tradition franque, ils vont se partager. Du moins était-ce le cas pour les rois. Mais ce qui est extrêmement intéressant dans ce cas précis, c’est que les Pippinides, qui n’étaient que maires du palais, agissent exactement comme des souverains. Un ministre se remplace, un conseiller se choisit. Or, depuis des générations, les Pippinides s’étaient institués maires du palais, fonction qu’ils se transmettaient depuis cinq générations… en appliquant les mêmes règles que lors des héritages royaux, soit le partage. Déjà, on avait perçu un net rapprochement de la dynastie Pippinide avec la couronne mérovingienne lorsque Thibaud, fils de Grimoald le Jeune, avait prétendu à la charge de son père… tout en étant encore mineur ! L’assimilation était par trop évident ; elle devait finir par un changement de dynastie. Un changement qui peut paraître évident mais que Pépin, dit le Bref en raison de sa petite taille, mettra dix ans à obtenir.
Maire du palais de Neustrie quant son frère Carloman héritait de la charge en Austrasie, le fils de Charles Martel épuisera ses premières années de pouvoir à mâter la noblesse, son demi-frère Odilon en tête. La situation était tendue, la couronne à portée de main… Et la noblesse l’avait semble-t-il bien senti, elle qui multipliait les révoltes contre ce pouvoir presque royal. Presque, c’était bien là le cour du problème. Car ni Pépin ni Carloman n’avaient de réelle légitimité, hormis celle qu’eux-mêmes et que leurs ancêtres s’étaient forgés. En 748, cette situation allait conduire les deux frères à restaurer la dynastie mérovingienne en la personne de Childéric III. Un souverain qui n’en a que le titre et ne sera qu’un fantoche entre les mains expertes des Pippinides. Lui-même, semble-t-il, avait conscience de sa faiblesse, n’hésitant pas à signer : « Childéric, roi des Francs, à l’éminent Carloman, maire du palais qui nous a établi sur le trône… » On ne saurait être plus humble, plus redevable et plus effacé aussi… Tellement effacé qu’il devait finir par disparaître.
Statue de Pépin tuant un lion et un taureau lors des fêtes en l'honneur de son avènement.
Statue de Pépin tuant un lion et un taureau lors des fêtes en l’honneur de son avènement.

C’est sans doute la décision de Carloman d’abandonner sa charge pour se retirer au Mont-Cassin, berceau du monachisme bénédictin, qui accélérera la prise de pouvoir officielle de Pépin. Une prise de pouvoir accomplie dans les faits, certes, mais qu’il fallait faire accepter définitivement à la noblesse neustrienne et austrasienne. Or, on a vu combien cela paraissait difficile. La légitimité d’un fils de Clovis ne pouvait être remise en question ; Dieu lui-même n’avait-il pas désigné les Mérovingiens comme ses fils de prédilection ? N’était-ce pas à eux que la France devait ce titre de Fille aînée de l’Eglise ? Que faire contre cela, si ce n’est employer la seule « arme » possible : le pape ? A la clef pour ce dernier, le soutien sans faille des Francs, notamment contre les Lombards, avec qui il était en délicatesse. Et pour obtenir ce soutien, une seule question à laquelle saint Boniface avait répondu de manière satisfaisante : lequel, de celui qui exerce le pouvoir en réalité ou de l’héritier de ce pouvoir doit être reconnu légitimement comme souverain et seigneur ? Posée de cette façon-là, il n’y avait guère qu’une réponse possible… que le pape s’empressa de faire. S’inclinant devant la volonté pontificale –et à travers le pape devant la volonté divine en fait-, avec l’aide également de quelques arguments « frappants », la noblesse franque ne pouvait que reconnaître en Pépin le Bref le nouveau roi des Francs.
Childéric III fut renvoyé dans son monastère et Pépin sacré roi par le pape lui-même en 751. Ce dernier n’aura d’ailleurs pas à regretter son choix : en 754 puis en 756, le Pippinide allait conduire deux expéditions en Italie, soumettre les Lombards et offrir au Souverain pontife les territoires nouvellement acquis –c’est la donation de Pépin qui forme l’embryon des Etats pontificaux. Autant de preuves de reconnaissance qui allaient lui valoir, de la part du pape Etienne II, le titre de « patrice des Romains ». Un titre –et une action- qui annonce l’alliance de la papauté avec la dynastie franque ; qui augure du nouveau visage que l’Occident va acquérir, un visage mi romain mi franc, le visage de Charlemagne.

Le premier « grand duc de Bourgogne »

Philippe le Hardi (1342-1404).
Philippe le Hardi (1342-1404).

Père, gardez-vous à droite ! Père, gardez-vous à gauche !, clamait le jeune prince Philippe à son père Jean II le Bon (1350-1364).
Né à Pontoise le 15 janvier 1342, Philippe est le plus jeune des fils du roi de France. Sa conduite courageuse lors de la bataille de Poitiers en 1356 lui vaut le surnom de Hardi et, en 1363, le roi Jean lui donne en récompense l’apanage de la Bourgogne. Devenu duc d’une des plus riches régions de France, Philippe épouse Marguerite de Maele, unique héritière d’Artois, de Flandres et de Franche-Comté, en 1369. Philippe le Hardi se trouve alors en possession de terres sans doute aussi importantes que celles de son frère, le roi de France, Charles V le Sage (1364-1380).
Régent de France à la mort de celui-ci, en 1380, Philippe entame alors une politique d’extension du duché, poursuivie par ses descendants. Grand seigneur, amateur d’art et de richesses, le premier « grand duc de Bourgogne » meurt en 1404. Il sera enterré à la Chartreuse de Champmol, le Saint-Denis des ducs de Bourgogne, qu’il a fait édifier à Dijon.

La mort de Marguerite de Bourgogne

Illustration d'une légende, celle de la mort de Marguerite de Bourgogne (gravure du XIXe siècle).
Illustration d’une légende, celle de la mort de Marguerite de Bourgogne (gravure du XIXe siècle).

Tout le monde connaît le personnage ô combien sulfureux de Marguerite de Bourgogne, épouse adultère de Louis X dans les Rois maudits de Maurice Druon. Dénoncée par sa belle-sœur, la terrible Isabelle de France, surprise par son beau-père, elle fut arrêtée sur son ordre, de même qu’une autre bru de Philippe le Bel, sa cousine Blanche, et condamnée à la prison dans la forteresse de Château-Gaillard. Les amants des princesses, quant à eux, furent proprement torturés, émasculés et finalement tués.
Les choses n’étaient cependant pas réglées, loin de là. En effet, allait bientôt se poser le problème de la succession de Louis X le Hutin. Faire invalider l’union de Marguerite et de Louis n’aurait dû poser aucun problème… sauf que pour ce faire il fallait l’aval du pape et qu’à l’époque la chrétienté n’en était pas pourvue ! Dès l’accession de Louis X au trône, en 1314, la question se fit pressante : il lui fallait une descendance ! Et une descendance qui ne soit pas suspecte. Impossible donc de pardonner à Marguerite, dont les grossesses seraient toujours sujettes à caution. Impossible aussi d’attendre des mois que les cardinaux se décident enfin à élire l’un des leurs au trône de Pierre. Il ne restait plus que la solution de l’élimination de Marguerite qui, faisant de Louis un veuf, lui permettrait de se remarier. C’est ce que suggère Druon dans son ouvrage en racontant l’assassinat de Marguerite de Bourgogne, étranglée un sombre matin de 1315.
L’idée était plaisante et nombre d’historiens y souscriront au XIXe siècle. La vérité est cependant plus prosaïque et c’est de froid que la pauvre Marguerite est morte à Château-Gaillard…

Grégoire le Grand, serviteur des serviteurs de Dieu

Statue de saint Grégoire le Grand (v.570-604).
Statue de saint Grégoire le Grand (v.570-604).

Serviteur des serviteurs de Dieu, comme il se nomme lui-même, Grégoire Ier le Grand est avant tout le meilleur serviteur que l’Église ait eu au premier millénaire. Issu d’une famille sénatoriale, préfet de Rome, il quitte ses fonctions en 575 et transforme sa demeure en monastère bénédictin. Élu pape contre sa volonté, il va s’attacher toute sa vie à faire renaître l’autorité pontificale, totalement disparue depuis la mise sous tutelle de l’Église par l’empereur Justinien au début du VIe siècle. Dès le début de son pontificat, il va jouer le rôle d’un véritable chef d’État autant que de chef suprême de la chrétienté : il combat les Lombards qui envahissent l’Italie du Nord puis va lutter contre les hérésies arienne et donatiste en Afrique et en Espagne. Enfin, il envoie, en Grande-Bretagne, Augustin de Cantorbéry convertir les hordes barbares du Nord qui tentent d’envahir le pays.
Alors qu’il travaille à la réforme de l’administration pontificale et de la vie monastique par sa Règle pastorale, il s’oppose violemment au patriarche de Constantinople, accélérant ainsi le processus de séparation entre l’Église d’Orient et l’Église d’Occident.
À sa mort, le 12 mars 604, l’Église d’Occident, au faîte de la puissance, compte désormais comme une autorité aussi bien spirituelle que temporelle.

Charles, le roi sage

Statue de Charles V le Sage (1338-1380).
Statue de Charles V le Sage (1338-1380).

En 1343, le dernier dauphin de Viennois, Humbert II, vient de perdre son fils unique et décide de céder le Dauphiné à la France. La condition : qu’un fils de France porte désormais le titre de Dauphin et joigne ses armes à celles du Dauphiné. C’est à Charles, aîné de Jean II, qu’échoit le titre en 1349. Humbert II se retire dans les ordres et la France compte désormais un dauphin, titre que porteront els héritier à la couronne.
Premier dauphin de France, donc, Charles V sera également un de ses plus grands rois. De Froissart à Christine de Pisan, ses contemporains sont unanimes pour louer son intelligence, sa sagesse et sa science. Pour s’en convaincre, il suffit d’étudier son action.
Lorsque son père est fait prisonnier à Poitiers (1356), le jeune dauphin se trouve face à une situation catastrophique. Les finances sont en état de détresse, les Etats généraux ont révélé les prétentions des bourgeois et Charles le Mauvais, qui s’est évadé, reprend de plus belle son action subversive… La mainmise bourgeoise est même telle qu’ils tenteront d’imposer une monarchie constitutionnelle, réclamant le renvoi des conseillers du jeune régent et la nomination d’un conseil de 28 membres issus de leurs rangs. Charles, manquant de subsides autant que de soutiens, va, dès se moment, faire montre d’une grande maîtrise de la chose politique et d’une étonnante intelligence. Cherchant à gagner du temps, il accorde quelques concessions dans l’ordonnance royale de 1357 puis, profitant de la révolution du prévôt des marchands de Paris, Etienne Marcel, fuit la capitale en quête de soutien. Il le trouvera chez les nobles de Picardie et d’Artois, auprès des Etats de Champagne, lèvera des subsides et entrera triomphalement dans la capitale. La tentative révolutionnaire d’Etienne Marcel aura servi de révélateur : révélateur du caractère du futur souverain d’abord, de la situation vers laquelle le pouvoir des bourgeois allait mener le royaume. Certainement, à l’époque, personne n’en voulait, pas même les Parisiens qui élimineront eux-mêmes le prévôt.
Excellent administrateur, Charles se révélera également un diplomate ferme et habile, notamment lors des traités de Brétigny et de Calais. Des traités qui, s’ils permettront le retour du roi, éviteront surtout l’amputation du royaume, ce que réclamait initialement le roi d’Angleterre avec pour exigence la remise en ses mains de la moitié du royaume, pas moins ! Quant aux quelques concessions consenties, elles ne le seront que provisoirement, Charles V n’hésitant pas à relancer le conflit une fois la situation du royaume stabilisée.

Page de la Bible de Charles V.
Page de la Bible de Charles V.

Une stabilité d’autant plus facilement acquise qu’il aura gouverné presque dix ans avant son accession au trône. Et s’il était habile politique à 20 ans, il n’en sera que meilleur à 30. D’autant que le jeune souverain saura s’entourer d’hommes de guerre de valeur, palliant à sa seule faiblesse –l’art de la guerre- en s’adjoignant les services d’un Dugesclin, des frères Dormans ou de Pierre d’Orgemont… Et lorsque les armes échouaient, la diplomatie entrait en scène. C’est ainsi qu’il obtint, après l’avoir combattu, l’hommage du duc de Bretagne Jean de Montford. Côté armes, il obtiendra la reddition de Charles le Mauvais et la récupération de la Saintonge, du Poitou, du Limousin, du Rouergue…
L’action politique et militaire de Charles le Sage va s’accompagner, durant tout son règne, d’une intense activité économique et culturelle. Economique avec le rétablissement de la monnaie royal, allant de paire avec un renforcement du pouvoir. Culturelle ensuite parce qu’en véritable amateur de « sapience » -science-, en fin lettré et en mécène –comme ses frères d’ailleurs-, Charles s’entourera de savants, d’économistes, de théologiens ou d’écrivains et la constitution de la Bibliothèque royale. Roi-bâtisseur, on lui devra également la reconstruction du Louvre, la construction de la chapelle de Vincennes ou celle du château de Beauté –près de Vincennes. Un nouveau style de souverain était né…

Snorri Sturluson : la mémoire des Vikings

Portrait imaginaire de Snorri Sturluson (1179-1241).
Portrait imaginaire de Snorri Sturluson (1179-1241).

Sans Snorri Sturluson, nous ne serions sans doute pas grand chose de la vie, de la religion et des mythes scandinaves. De fait, cet écrivain du XIIIe siècle apparaît comme la mémoire vivante de la Scandinavie. L’Edda, l’Edda poétique, l’Histoire des rois de NorvègeHeimskringla– ainsi que la Saga d‘Egill sont de sa main. Des titres qui relatent les principaux mythes scandinaves, les meilleures histoires des dieux et des hommes. Pourtant, Snorri n’était pas poète ni historien mais homme politique ; une carrière dans laquelle il brillera nettement moins que dans celle des lettres.
Né en Islande, issu d’une puissante famille, il deviendra un des hommmes les plus riches de l’île grâce à son union avec une héritière. Nommé à la charge de godi, c’est-à-dire juge local, il est élu à celle de juge suprême et de président de l’Assemblée législative de l’île en 1215 avant d’entrer à la cour du roi Haakon IV de Norvège. Ambitieux, peu scupuleux aussi, Sturluson va se lancer dans toutes sortes d’intrigues, trompant son souverain, tombant dans la disgrâce avant de périr massacrer avec toute sa famille.
Une fin  bien peu glorieuse pour celui qui demeure, malgré tout, un des plus grands érudits scandinaves du Moyen Âge, pour celui qui, par ses écrits, sut faire revivre la mémoire des Vikings.

L’ambition effrénée de Charles Ier d’Anjou

Charles Ier d'Anjou, comte de Provence, roi de Sicile et de Jérusalem (1227-1285).
Charles Ier d’Anjou, comte de Provence, roi de Sicile et de Jérusalem (1227-1285).

C’est grâce à son mariage avec Béatrice de Provence, que Charles d’Anjou, dixième fils de Louis VIII et de Blanche de Castille et frère cadet de saint Louis, devait acquérir la Provence. Après avoir accompagné son frère à la croisade d’Egypte, où il sera d’ailleurs fait prisonnier entre 1248 et 1250, il revint en Provence où il trouva les seigneurs révoltés, prêts à combattre pour leur indépendance. De fait, les Provençaux n’avaient nullement l’intention de se soumettre à l’autorité d’un Français avec risque, dans un avenir plus ou moins proche, de voir leur contrée intégrée purement et simplement au domaine royal et de voir leurs seigneuries reprises par des nobles étrangers. Cela avait été le sort -funeste- des seigneurs languedociens et toulousains qui avaient subi la conquête pure et simple des hommes du nord, l’excuse ayant été, à cette époque, la croisade contre les Albigeois. A la tête de la révolte provençale, les seigneurs des Baux crurent pouvoir profiter de la croisade en Terre sainte et d’une certaine faiblesse du pouvoir royal consécutive de cette expédition ; ils avaient oublier la solidarité familiale. Charles d’Anjou fit appel à son frère Alphonse de Poitiers, comte de Toulouse : Arles (1251), Marseille (1252), Tarascon (1256), Apt (1258) allaient s’incliner. Mieux, les deux Français devaient détruire au fur et à mesure les consulats, les libertés municipales et placer à la tête de l’administration des officiers français ou angevins.
La Provence soumise, Charles d’Anjou décida alors de regarder au delà des Alpes : en 1258, il annexa le comté de Vintimille et, deux ans plus tard, imposa sa suzeraineté au marquisat de Saluces. La vallée du Pô, la Lombardie s’ouvraient désormais aux pas des armées de l’Angevin ; le pape, Français d’origine, devait reconnaître cette ambition pour ce qu’elle était et fit appel à Charles pour combattre les Hohenstaufen. Charles battit Manfred -les fils de Frédéric II, à Bénévent et se trouva investi par le pape du royaume de Naples et de Sicile. La victoire de Tagliacozzo (1268) et l’exécution de Conradin, le dernier des Hohenstaufen, rendirent Charles maître de ses nouveaux Etats. Des Etats qui ne devaient pas goûter bien longtemps la suzeraineté angevine…
A peine Naples et la Sicile conquises, Charles d’Anjou, qui décidément ne mettait aucun frein à son ambition, porta ses regards vers l’empire de Constantinople ; il acheta même le titre de roi de Jérusalem (1277)… en vain. La révolte des Siciliens, dont le point d’orgue est connu sous le nom de massacre des Vêpres siciliennes (1282), combiné aux prétentions siciliennes de Pierre III d’Aragon -qui avait épousé Constance de Hohenstaufen, la fille de Manfred- devait chasser les Angevins de l’île. Charles chercha alors le soutien de sa famille : Philippe III le Hardi accepta de mener une croisade contre l’Aragon… qui échoua lamentablement ; au même moment, les Aragonais détruisirent la flotte angevine en baie de Naples (1284). Charles, qui avait fondé la première dynastie angevine en Provence et qui avait initié la longue rivalité entre l’Anjou et l’Aragon, devait mourir peu après, sans avoir réparer cette injure.

Nevski : un saint orthodoxe

Croix d'Alexandre Nevski.
Croix d’Alexandre Nevski.

Fondé en 1189 en Terre sainte, l’ordre des chevaliers Teutoniques va bien vite étendre son action aux pays baltes, alliant la conversion à la conquête pour le compte du Saint-Empire romain germanique.
En 1242, les chevaliers Teutoniques, alliés aux chevaliers Porte-Glaive de Livonie, affrontent Alexandre Iaroslavitch Nevski, grand-prince de Novgorod et Vladimir. Ce prince guerrier, qui reçut le surnom de « Nevski » après la victoire de la Neva contre les Suédois, va, lors de la « bataille de la Glace » contre les chevaliers Teutoniques, le 5 avril 1242, repousser définitivement les moines-guerriers hors de Russie.
Symbole de la résistance au conquérant germanique, canonisé par l’Église orthodoxe, Alexandre Nevski est une des figures les plus populaires de Russie, figure qui sera reprise lors de la Seconde Guerre mondiale par la propagande stalinienne.

 » Seigneur, donnez-moi un fils ! »

Sceau de Louis VII le Jeune.
Sceau de Louis VII le Jeune.

« Seigneur, souvenez-vous de moi, je vous prie, et n’entrez pas en jugement avec votre serviteur, car nul home vivant ne sera trouvé juste devant vous. Mais jetez un regard propice sur le pécheur qui vous prie et donnez-moi un fils pour hériter de mon royaume, afin qu’il puisse régner glorieusement sur les Français.
Que mes ennemis ne puissent pas dire : « Tes espérances ont été déçues ; tu as perdu tes aumônes et tes prières ». »
Cette supplique, rapportées dans les Grandes chroniques de France, révèle parfaitement le désarroi qui, des années durant, dû être celui du roi Louis VII. Un souverain qui devait attendre 28 ans de règne et « consommé » pas moins de trois unions avant de se voir donner, enfin, un héritier mâle.
C’est à peine âgé de 17 ans que Louis VII, dit le Jeune, succède à son père sur le trône de France. Quelques mois avant son couronnement à Bourges –il avait déjà été sacré à Reims et associé au pouvoir du vivant de son père-, il avait épousé la jeune duchesse d’Aquitaine, Aliénor. Une union que l’on pourrait qualifiée de « mariage du siècle » tant les possessions de la dame étaient impressionnantes. La Guyenne, la Gascogne, le Poitou, la Marche, le Limousin, l’Angoumois, le Périgord et la Saintonge, bref, tout le quart sud-ouest de la France actuelle : telle était la dot de la jeune fille. On comprend l’importance de cette union… comme on comprend qu’une telle souveraine, petite-fille du maître du fin’amor, administratrice avertie, n’ait jamais accepté de s’en laisser compter, serait-ce par le roi de France son époux. De fait, on s’est ingénié à faire de Louis VII un être faible face à son épouse, un dévot en mal de prière, écrasé par le poids de la couronne et l’ardeur de sa jeune épouse. Pourtant, rien dans la vie ni dans le règne de Louis VII ne supporte une telle image. Que Louis VII ait été un roi pieux, plus que la moyenne ou que ses prédécesseurs, peut-être. Après tout, l’influence et l’attachement de Suger, son conseiller, sans parler du véritable renouveau religieux que l’Europe connaît à l’époque suffit à l’expliquer. Mais rien, absolument rien, ne laisse imaginer une nature plus monacale que conjugale. Car, au fond, c’est bien ce que l’on reproche à Louis VII : de ne pas avoir su conserver l’amour de sa première épouse.
De fait, les caractères des deux époux n’avaient guère de point commun, pas plus que leur éducation. Aliénor était vive, enjouée, maîtresse d’un domaine riche et puissant ; Louis était roi. Roi depuis toujours, roi d’un petit royaume sans cesse en but aux velléités de ses vassaux. Et c’est sans aucun doute sous le signe du devoir qu’il faut placer la vie de ce souverain. Son différent avec la papauté, né de sa volonté d’imposer un prélat de son choix, illustre son souci de préserver la moindre parcelle de pouvoir. La croisade, engagée avec son épouse Aliénor, reflète quant à elle les différences de préoccupations du souverain et de son épouse. Tout entier tourné vers le geste d’expiation entrepris après son excommunication puis sa réconciliation avec la papauté, Louis n’aura de cesse de rallier Jérusalem. Aliénor, de son côté, verra dans cette croisade l’occasion de soutenir sa parentèle, en la personne de son oncle, Raymond de Poitiers, prince d’Antioche. L’un n’espère qu’un retour rapide en France, l’autre, comme le féal qu’elle était au fond, fait passer sa famille avant le royaume.

Louis combattant en Terre sainte (gravure du XIXe siècle).
Louis combattant en Terre sainte (gravure du XIXe siècle).

La croisade ratée de Louis VII –il y perdra une fortune en argent et en hommes- consacrera le différent entre les époux et, en mars 1152, le concile de Beaugency prononcera l’annulation de mariage entre le roi de France et la duchesse d’Aquitaine. Une erreur –mais en était-ce vraiment une ?- que les historiens reprocheront toujours à Louis. De fait, Aliénor était à peine libérée de cette union qu’elle en contracta une autre avec Henri Plantagenêt, comte d’Anjou, sacré deux ans plus tard roi d’Angleterre. Par ce mariage, la France se voyait amputée des possessions remise par la duchesse lors de son mariage, possessions qui entraient dès lors dans l’escarcelle anglaise. On sait ce qu’il en résultera : un conflit multi générationnel entre la France et l’Angleterre. Mais comment en accuser uniquement Louis VII ?
Mal aimé des historiens, Louis VII aura pourtant une action positive à la tête du royaume : il publie les premières ordonnances royales, étend l’autorité monarchique, entame l’émancipation des serfs, favorise l’économie urbaine en accordant des privilèges aux villes et aux bourgeois, remanie les campagnes. Bref, agit comme un souverain soucieux de son royaume.