Le soleil de Foix

Surnommé Phœbus en raison de sa chevelure d’un blond ardent, Gaston III de Foix est le type même du seigneur du Moyen Âge.
Courageux, généreux, grand mécène, ami et protecteur de Froissart, Gaston Phœbus est aussi un être ombrageux et violent. N’a-t-il pas fait assassiner son propre frère et tué de ses mains son fils unique ?
Toute la vie de Gaston Phœbus est ainsi, semblable à un roman de chevalerie : des amours qui resteront célèbres, une fortune à faire pâlir le roi de France lui-même, un conflit durable avec les Armagnacs et avec Jean II le Bon, qui le fera enfermer, et même une croisade en Allemagne avec les Teutoniques.
Fin politique, combattant ardent et chasseur hors-pair, Gaston Phœbus meurt, le 1er août 1391, à la suite d’un accident de chasse à l’ours. Il reste, encore aujourd’hui, l’une des figures les plus passionnantes du Moyen Âge.

L’héritage bicéphale de Knut le Grand

L'arrivée des vikings en Europe occidentale (illustration du XIXe siècle).
L’arrivée des vikings en Europe occidentale (illustration du XIXe siècle).

Le doute n’est guère permis : Knut Ier le Grand prétendait réellement créer un royaume bicéphale, anglo-danois, une couronne à deux faces. Pour ce faire, il avait conclu un accord avec sa dernière épouse, la reine Emma : seuls les enfants nés de leur union pourraient hériter de la double couronne. Une convention qui excluait, de fait, le fils aîné de Knut, Haraldr. Une convention que ce dernier n’avait nullement l’intention de respecter : profitant de l’absence d’Harthaknut, qui s’était rendu au Danemark, Haraldr allait s’emparer du trône anglais en 1037. Il ne sera d’ailleurs pas le seul à tenter sa chance : au même moment, les fils exilés d’Ethelred et d’Emma -eux aussi demi-frères d’Harthaknut donc- débarquant soudain sur les côtes anglaises. Une tentative soldée par un échec cuisant, Edmond perdant la vie dans l’affaire et Edouard se voyant contraint de reprendre la route de l’exil normand. La mort soudaine d’Haraldr allait cependant mettre fin à cette scission, laissant à Harthaknut tout loisir de recueillir son héritage, de reconquérir sa couronne. L’Angleterre n’y gagnera guère au change : autant Knut Ier s’était révélé un souverain préoccupé de ses sujets, autant Harthaknut saura se faire haïr, accablant le peuple d’impôts, multipliant les actes cruels. Deux ans de ce régime suffiront amplement aux Anglais qui, à sa mort en 1042, se réjouiront du retour de la dynastie saxonne.

Pachacutec ou le mythe de la civilisation inca

Buste de Pachacutec, le IXe Inca.
Buste de Pachacutec, le IXe Inca.

Selon la tradition quechua, c’est au XIIIe siècle que Manco Capac, le souverain légendaire, aurait fondé l’empire des Incas. Une dynastie qui prend racine en pays quechua et s’établit à Cuzco. En fait, il est vraisemblable que la culture inca ait existé avant le XIIIe siècle, mais c’est à cette époque qu’elle acquiert une organisation aussi bien politique que militaire. Son extension, quant à elle, attendra encore deux siècles et c’est à Pachacutec, le Ixe souverain inca, qu’elle le doit.
Pachacutec Yupangui arrive au pouvoir en 1438. A cette époque, les Andes sont loin de formées un tout, une unité : les luttes entre tribus, l’anarchie parfois dominent. Pachacutec, lui, va utilisé la relativement nouvelle unité de son petit royaume pour s’étendre. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne rencontrera guère de résistance. Maître de Tiahuanaco, il s’empare de l’empire de Chimu puis étend sa domination sur des milliers de kilomètres le long de la chaîne andine. Afin d’unifier son empire, il écrit une constitution qui, si elle n’est pas écrite, est respectée à la lettre. Il faut dire que les peuples qui vivent sous la férule de Pachacutec n’ont guère le choix et que la constitution de l’Inca est directive jusque dans les moindres détails de la vie quotidienne. Certains diraient même qu’elle est d’inspiration totalitariste. Sans doute n’auraient-ils pas tout à fait tort. D’ailleurs, l’Inca prouvera maintes fois son manque de scrupule et sa tendance dictatoriale.
Afin d’éviter les rebellions, par exemple, ou les désirs trop vifs d’indépendance, Pachacutec n’hésitera pas à recourir à la déportation -appelée « mitmai ». Les tribus rebelles se retrouveront ainsi mélangées à des peuples soumis et les peuples fidèles transférées dans des régions non pacifiées. La langue, elle aussi, devient un instrument de conquête et d’unification. Seule la langue quechua est désormais admise. Elle est même obligatoire pour qui veut faire « carrière », notamment comme fonctionnaire de l’Inca. La religion est également la même pour tous, les adeptes d’autres croyances faisant l’objet de persécution. Un intense réseau de routes traverse l’empire, permettant la diffusion des lois, mais aussi le contrôle du pays par les hommes du souverain.

Le condor des Incas, d'après une fresque murale.
Le condor des Incas, d’après une fresque murale.

La société entière est soumise à une hiérarchisation à laquelle elle ne peut échapper. Au sommet de la pyramide se trouve bien entendu l’Inca lui-même : l’équivalent d’un dieu au point que personne n’a même le droit de le regarder ; au point qu’il ne peut épouser que sa propre sœur -comme dans la civilisation égyptienne et pour la même raison d’ailleurs. Les fils de l’Inca intègrent la caste des princes du sang et s’ajoutent à la noblesse la plus haute. Viennent ensuite les prêtres qui, comme la noblesse, sont entretenus par le peuple. Ce dernier, essentiellement formé de paysans, doit partager ses revenus en trois parts : la première revient à l’Inca, la seconde au clergé et à la noblesse et la troisième, enfin, lui est destinée. Sans compter les multiples corvées qui peuvent lui être imposées -construction de routes, de palais, de pyramides, service militaire… Dès leur naissance, les enfants voient leur destin tout tracé… par un fonctionnaire de l’Inca qui les orientent selon dix catégories pré-établies par le souverain lui-même. Le mariage lui-même est décidé, à vingt-cinq ans, par un fonctionnaire qui donne son accord et choisit le conjoint ! Ceux qui parviennent à échapper à la paysannerie peuvent devenir artisans, mais ils sont alors les employés directs de l’Inca.
Ce qui ressort de cet état de faits, c’est que la civilisation inca n’existe pas vraiment. Un système de gouvernement, des lois, une façon de vivre ont existé, qui ne font pas une civilisation. Certes, on évoque volontiers les palais ou les temples incas : mais ils n’ont existé que parce que la main d’œuvre était à portée de main, abondante et gratuite. Des palais qui ont tout de forteresse mais où l’art est inexistant ; des forteresses pour une armée pas même moderne et que les Espagnols n’auront guère de mal à écraser.

Héloïse et Abélard : une histoire romancée

Héloïse et Abélard, d'après le tableau d'Edmund Blair Leighton (1882).
Héloïse et Abélard, d’après le tableau d’Edmund Blair Leighton (1882).

Tout le monde connaît l’histoire d’Héloïse et Abélard ; du moins, tout le monde pense la connaître. Voici donc cette aventure telle qu’elle est rapportée par les historiens du XIXe siècle et, à leur suite, par certains de nos contemporains.
Issu de la petite noblesse bretonne, Pierre Abélard, né en 1079, préfère les études à la carrière des armes et, abandonnant ses prérogatives d’aîné, devient l’élève du maître en théologie Guillaume de Champeaux à Paris. Il fonde sa propre école de pensée, basée sur la logique aristotélicienne et son enseignement, qui annonce déjà celui de saint Thomas d’Aquin, provoque un engouement immense dans le milieu universitaire.
En 1118, déjà chanoine de Notre-Dame de Paris, Abélard, qui n’a pas encore été ordonné prêtre, s’éprend de sa jeune élève, Héloïse, nièce d’un autre chanoine, Fulbert.
Les deux amants prennent la fuite et se marient dans la clandestinité. Ils ne peuvent cependant pas échapper à la colère de Fulbert qui fait émasculer Abélard. Ce dernier prend alors l’habit monacal à Saint-Denis et Héloïse entre au couvent du Paraclet.
Voilà donc une aventure qui ressemble sur bien des points à celle de Tristan et Iseult : amour impossible, contrecarré par un homme de pouvoir et qui finit tragiquement. Fort bien, mais c’est oublier le rôle d’Abélard ainsi que celui d’Héloïse, pauvre fille menée dans un couvent après avoir « fautée ».
Rappelé par ses élèves, Abélard va reprendre son enseignement et s’opposera à saint Bernard en tentant d’accommoder la raison avec la Révélation. Condamné pour la seconde fois par les tribunaux ecclésiastiques, il se réfugiera auprès de son ami Pierre le Vénérable, abbé de Cluny et, réconcilié avec la papauté, s’installera finalement au prieuré clunisien de Saint-Marcel où il mourra, en avril 1142.
Quant à Héloïse,  qui, lorsqu’elle rencontre Abélard, elle a déjà acquis une solide culture classique -philosophie et littérature-, elle va entretenir une correspondance –célèbre- avec son ancien amant. Mais bien plus à une discussion théologique ou philosophie qu’à un entretien amoureux que l’on assiste. C’est d’ailleurs elle qui demandera à Abélard de rédiger un programme d’éducation -comprenant le grec, l’hébreu, le latin- afin de développer, chez les religieuses de son couvent, une meilleure compréhension de l’Écriture.

« Défends-moi par l’épée, je te défendrai par le verbe »

Guillaume d'Occam (v.1285-1347).
Guillaume d’Occam (v.1285-1347).

Théologien, philosophe, idéologue politique même, Guillaume d’Occam se sera essayé à toutes les disciplines… avec toujours le même credo : la séparation. Entré très jeune chez les Franciscains, il s’essaie à la critique dès ses années oxfordiennes, critique qui lui vaudra d’être convoqué par le pape Jean XXII et l’empêchera d’accéder au titre de "maître". Proche des Spirituels, dont l’idéal de fidélité de l’enseignement franciscain tournait de plus en plus à la contestation tous azimuts et même à l’hérésie -dans laquelle ils finiront par tomber d’ailleurs, Guillaume d’Occam devait faire le choix de l’empereur a contrario du pape. Une prise de choix pour Louis de Bavière et pour l’idéal impérial dans son ensemble. Car de la même façon que Guillaume avait mis son intelligence au service de la foi, de l’Eglise, il va la mettre au service de l’idée de la prédominence impériale. Une idée qui oppose l’Eglise et l’empire depuis Constantin lui-même ; une idée qui fait de l’Eglise la débitrice de l’Empire, du pape le débiteur de l’empereur. Ce combat va littéralement empoisonner les dix premiers siècles de l’Eglise en tant qu’institution reconnue dans l’empire. Il va engendrer des actions aussi diverses que la création de l’Inquisition ecclésiastique, que la fondation des Etats pontificaux, que Canossa ou que la venue des Normands dans la péninsule italienne.
De fait, toute la question de l’indépendance de l’Eglise se joue dans cette affaire. Elle mettra une bonne quinzaine de siècle à se régler. L’action de Guillaume d’Occam n’en est en fait qu’un des multiples épisodes, mais il est symptomatique de l’affrontement entre les deux partis.
Defend me gladio et defendum te verbo -Défends moi par l’épée et je te défendrai par le verbe-, avait déclaré Occam à Louis de Bavière. C’est donc par le "verbe" qu’il va prendre fait et cause pour l’empereur ; non pas en faisant l’apologie du pouvoir impérial, mais en dénonçant les velléités de pouvoir temporel du pape, un pape et une Eglise qui s’éloignaient dangereusement des vérités évangéliques… De fait, les arguments politico-religieux d’Occam seront repris par les protestants, avec un certain succès, il faut le reconnaître.

Louis XI, « l’universelle araigne »

Louis XI (1423-1483), d'après une gravure du XIXe siècle.
Louis XI (1423-1483), d’après une gravure du XIXe siècle.

L’universelle araigne : tel est le surnom que l’on attribua à Louis XI dont la réputation n’est plus à faire. Et on peut dire qu’elle n’est guère flatteuse ! Intelligent, rusé, énergique, il était doté d’un physique peu avantageux et d’une patience fort limitée. Durant près de vingt ans, il se joindra à toutes les révoltes contre son père, Charles VII ; il les fomentera même et s’alliera avec tous ses ennemis. Il mettra tant d’acharnement et d’âpreté dans sa lutte contre le roi que ce dernier vivait, dit-on, dans la crainte perpétuelle de se faire empoisonner par son fils… Enfin arrivé au pouvoir en 1461, Louis XI va mettre autant d’acharnement à mâter les féodaux qu’il en avait mis à obtenir leur soutien lors du règne précédent. Prêt à toutes les trahisons, à toutes les bassesses, il passera maître dans l’art du machiavélisme. Malheur à ceux qui auront placé leur confiance dans sa parole : il n’en avait pas. Les Liégeois en payeront le prix lorsqu’il les abandonnera, après les avoir soutenu, à la colère du duc de Bourgogne, leur suzerain. Ce dernier, qui était encore un peu chevalier, ayant signé un traité avec le roi de France, verra ce dernier foulé aux pieds et, à sa mort, ses Etats démembrés. Tous les moyens étaient bons pour permettre à Louis XI d’accomplir a grande œuvre : l’unification de la France.
C’est ainsi qu’il s’emparera de la Bourgogne, de la Franche-Comté et de l’Artois. Fin diplomate, il mettra en œuvre son talent pour reprendre, grâce à une combinaison savante de testaments, l’Anjou, le Maine et la Provence. Mais cette ténacité, ce manque de scrupule font aussi la gloire de Louis XI grâce à qui la France deviendra un Etat moderne. Cette action seule sauvera quelque peu la réputation de Louis XI auprès des historiens qui, par ailleurs, ont brossé de lui un portrait des plus sombres. Certes, ce roi ne paraît guère sympathique. Mais sans doute les historiens du XIXe siècle avaient-ils oublié que le temps des féodaux était bel et bien fini ; que la politique était affaire d’hommes sans états d’âme, uniquement axés sur la réussite de leur projet. Une politique somme toute moderne et qui permettra à Louis XI de déclarer, sans fausse pudeur :
-Je suis la France !

Scanderberg : le janissaire rebelle

Georges Castriota, dit Scanderberg (1405-1468).
Georges Castriota, dit Scanderberg (1405-1468).

Dans leur conquête de l’Europe balkanique, les Ottomans avaient créé un un corps d’armée redoutable constitué uniquement des fils de territoires conquis qui, dès leur plus tendre enfance, étaient convertis de force à la religion de Mahomet. En quelques années ces janissaires allaient devenir les meilleurs combattants d’Allah.
Tel sera le sort de Georges Castriota dit Scanderberg. Né dans une famille princière de Serbie, il sera, à l’âge de sept ans, emmené en otage par les Ottomans et élevé dans l’Islam. Devenu le favori de Mourad II, il fera preuve d’une grande valeur militaire, recevant le surnom d’Iskander Bey, " le prince Alexandre ". Un triomphe pour le janissaire mais aussi et surtout pour la politique de recrutement mise en place par Orkhan, le deuxième sultan ottoman, en 1334. Un triomphe qui avait un revers comme le démontre l’histoire de Scanderberg.
En effet, en 1443, alors qu’il était âgé de quarante ans, Scanderberg déserte l’armée ottomane, entraînant dans son sillage 300 Albanais. C’était au lendemain de la défaite ottomane de Nis. Revenu au christianisme, il allait devenir un des pires cauchemars des Ottomans en Albanie. Fort de son contingent de 300 hommes, il reprit la forteresse de Kroya, au Nord-est de Durrazzo, et, dès lors, se lança dans une véritable guérilla contre les forces ottomanes.
Quinze mille hommes allaient bientôt le rejoindre, mettant en échec, vingt ans durant, les tentatives de conquêtes de l’Albanie par les Ottomans de Mourad II puis de Mahomet II. La trêve de dix ans, signée en 1461, ne devait être qu’une parenthèse et, sur les instances de Pie II et malgré le peu d’aide qu’il reçut des Hongrois et des vénitiens -ses "alliés"-, il poursuivit la lutte… jusqu’à sa mort en 1468. Scanderberg disparu, l’Albanie allait être aisément conquise. De fait, il ne faudra que dix ans pour que les Ottomans fassent de ce pays une terre d’islam.

Jacques Cœur, l’argentier du roi

Fils d’un marchand de Bourges, Jacques Cœur (1395-1456) fait fortune dans des secteurs aussi variés que la banque, le négoce, le change, l’extraction minière ou le transport sur terre et sur mer. Parallèlement, il mène avec beaucoup de succès une carrière publique.
Maître des monnaies puis argentier du roi, commissaire au Languedoc et enfin conseiller de Charles VII, il est cependant arrêté, en 1451, sur ordre du souverain et emprisonné. Accusé de malversations, d’exactions et d’avoir empoisonné la maîtresse du roi, Agnès Sorel, il a surtout eu le tort d’étaler sa richesse..

Rapidement innocenté du crime d’empoisonnement, Jacques Cœur reste cependant accusé de celui de lèse-majesté. Après un procès de deux ans, il reconnaît, sous la torture, tous les chefs d’accusation. Il échappe à la peine de mort, mais, sommé de payer quatre cent mille écus qu’il ne possède pas, il est laissé en prison.
Après plus de trois ans de réclusion, Jacques Cœur s’évade et gagne Rome puis l’île de Chio tenue par les Turcs où il meurt le 25 novembre 1456

Frédégonde, la reine sanglante

Chilpéric et Frédégonde (gravure du XIXe siècle).
Chilpéric et Frédégonde (gravure du XIXe siècle).

La seconde moitié du VIe siècle va être marquée par la rivalité entre deux reines, les célèbres Frédégonde et Brunehaut, rivalité qui bouleversera à maintes reprises la donne politique. De cette époque, l’histoire a retenu la multitude des crimes, des intrigues et des méfaits de Frédégonde qui, dès le Moyen Âge, acquiert le qualificatif de « reine sanguinaire ».
À la mort du dernier fils du roi Clovis et de sainte Clotilde,  Clotaire Ier, qui avait réussi à unifier le royaume franc, celui-ci est, selon la coutume franque, divisé entre les fils du roi, d’abord en quatre puis en trois à la mort de l’aîné, Caribert. Gontran obtient ainsi la Burgondie, avec Orléans pour capitale, Sigebert reçoit l’Austrasie et s’établit à Reims et Chilpéric, le plus jeune, hérite du royaume de Neustrie, Soissons étant la capitale. Paris reste dans l’indivision et peut être occupée à tour de rôle.
Un tel partage ne pouvait que faire naître les difficultés et les convoitises, notamment de la part de Chilpéric qui avait reçu la plus petite part et qui n’était pas d’un caractère particulièrement soumis. Cependant, ce qui va déclencher la terrible vendetta qui, de 566 à la fin du VIe siècle, allait ensanglanter la cour et tout le royaume fut la jalousie. D’abord celle de Chilpéric envers son frère Sigebert puis celle de Frédégonde… envers tout le monde !
Contrairement à ses deux frères qui vivaient dans la débauche et qui épousaient volontiers des femmes de la plus basse extraction, Sigebert avait une haute idée de son rang et ne désirait qu’une épouse de sang royal. Il la trouve en Espagne, alors royaume wisigoth, en la personne de la belle Brunehaut.
C’était, raconte Grégoire de Tours, une jeune fille de manières élégantes, belle de figure, honnête et décente dans ses mœurs, de bon conseil et d’agréable conversation.
Bref, l’opposé absolu des femmes avec qui vivaient ses chers frères. Et, Sigebert, qui décidément était l’exception de la famille, désirait vraiment être fidèle à son épouse.
Les réjouissances ordonnées par le roi d’Austrasie pour célébrer son union avec une princesse de si haut rang allaient raviver la jalousie de son frère Chilpéric.
Ce dernier avait épousé Audovère, dont il avait eu trois fils, et vivait avec une servante de la reine, une Franque du nom de Frédégonde. Mais qu’était une servante, aussi belle et intelligente fût-elle, face à l’orgueil démesuré de Chilpéric ? Voyant Sigebert honoré pour son illustre mariage, Chilpéric décide tout simplement de l’imiter ! Il renvoie -officiellement- épouse et concubines et demande la main de Galswinthe, la sœur de Brunehaut. Là encore, Chilpéric révèle son caractère jaloux et infantile : son mariage est fastueux, splendide, bref, supérieur en tous points à celui de Sigebert ! Le roi entoure sa nouvelle épouse de toute la tendresse dont il est capable ; il loue sa vertu… jusqu’à ce qu’il se lasse de jouer au bon mari. Galswinthe était parfaite, certes, mais elle l’ennuyait à mourir !
En épousant Galswinthe, le roi avait promis de se séparer de ses femmes. Et en effet, il avait répudié Audovère et l’avait enfermée dans un couvent. Mais Frédégonde, elle, était restée à la cour au service de la nouvelle reine. Patiente, elle attendait dans l’ombre ce qu’elle savait inéluctable : le retour du roi dans sa couche.
La reine est morte, vive la reine !
Galswinthe, profondément affectée par la trahison de Chilpéric, désire se retirer. Le roi pouvait garder son douaire, peu lui importait. Tout ce qu’elle voulait, c’était retourner chez son père. La solution convenait sans doute tout autant à Frédégonde qu’à Galswinthe, mais Chilpéric voulait garder le prestige de son mariage. Et, de son côté, Frédégonde était résolument contre un quelconque partage du lit royal. Peu après, la malheureuse Galswinthe est trouvée dans son lit, étranglée. Ce fut le premier crime…
Après quelques jours de deuil, réduits au strict minimum, où il pleure amèrement la jeune femme, Chilpéric épouse Frédégonde. Cet événement allait être le prélude à plus de trente ans de guerre et de rivalité.

Frédégonde armant le bras de ses sicaires (iconographie du XIXe siècle).
Frédégonde armant le bras de ses sicaires (iconographie du XIXe siècle).

En apprenant la mort de sa belle-sœur, Sigebert entre dans une colère noire. Chilpéric méritait un châtiment exemplaire…
En l’année 568, Sigebert rassemble ses armées et fait appel à son frère Gontran, roi de Burgondie, qui voyait là l’occasion de dépouiller le frère maudit de ses domaines. Selon les dires de Grégoire de Tours, les deux souverains avait tout simplement prévu de détrôner Chilpéric. Mais Gontran n’aimait pas particulièrement faire la guerre -chose curieuse pour un Mérovingien- et, après quelques escarmouches, il se fait diplomate et convainc ses frères de se présenter devant le Mâl, un tribunal de leudes.
Chilpéric fait amende honorable et accepte de rendre le douaire de la pauvre Galswinthe qui revient alors à sa sœur, Brunehaut. Tout rentrait dans l’ordre.
Quatre ans plus tard, les fils de Chilpéric étant désormais en âge de conduire les armées, le roi de Neustrie décide de récupérer le douaire de Galswinthe. Il lance ses fils contre les armées de Sigebert… qui les écrase sans difficulté. Il avait fallu de longs mois et plus d’une traîtrise pour décider Sigebert à se défaire de son frère définitivement, mais l’avancée de son armée fut telle que, en 575, Chilpéric et Frédégonde durent se réfugier dans Tournai assiégée. Brunehaut, qui avait été privée de sa vengeance quatre ans plus tôt, la tenait enfin… C’était compter sans l’extraordinaire sens de la manipulation de Frédégonde.
« Si tu y vas dans l’intention de ne pas tuer ton frère… »
Alors qu’il marchait à la tête de ses troupes contre Chilpéric, Sigebert s’était entretenu avec l’évêque saint Germain qui l’avait mis en garde :
-Si tu y vas dans l’intention de ne pas tuer ton frère, tu reviendras vivant et vainqueur ; mais si tu as d’autres pensées, tu mourras.
Sigebert, poussé par la haine, méprisera les conseils du saint homme. Et c’est Frédégonde qui accomplit la prophétie : convoquant deux jeunes leudes tout dévoués à sa famille, elle les arme de scramasaxes -les longs poignards francs- à la lame empoisonnée. Leur mission : tuer Sigebert ! Ce qu’ils font près de Vitry.
La mort de Sigebert jette l’effroi dans les rangs de l’armée austrasienne qui se disperse laissant le corps de son roi à l’abandon et Brunehaut seule dans Paris.
Chilpéric, sauvé par le crime de sa femme, poussa l’hypocrisie jusqu’au bout : il s’empara de l’un des meurtriers, le fit torturer et enfin tuer puis, récupérant la dépouille de Sigebert, il lui rendit, en larmes, les derniers honneurs…
Le rêve de vengeance de Brunehaut s’écroulait. Pire, elle était prisonnière de Chilpéric. Seul son fils Childebert, âgé de cinq ans, avait pu échapper à son oncle, quittant Paris caché dans un panier à provisions… La reine d’Austrasie exilée à Rouen, ses filles reléguées dans un couvent de Meaux, Chilpéric enrichi par le trésor de sa belle-sœur et Childebert II trop jeune pour se venger : la guerre fratricide allait s’éteindre faute de prétendant…
Les malheurs de Mérovée
Mais Brunehaut, âgée d’à peine vingt-huit ans, était très belle et Mérovée, le fils de Chilpéric, en âge de tomber amoureux… Chargé par son père de conduire Brunehaut à son exil rouennais, Mérovée succombe au charme de l’altière princesse wisigoth et l’épouse.
C’est le moment que choisissent les Austrasiens pour assiéger Soissons : Frédégonde, en fuite, rejoint le roi à Rouen et lui révèle que cette attaque est le fruit d’un complot entre les Austrasiens et… Mérovée ! Pour prix de sa trahison, ce dernier est déchu de ses droits à la succession, tonsuré et exilé. Il s’enfuit et rejoint Brunehaut qui a pu gagner l’Austrasie… Mais les malheurs du jeune prince ne sont pas encore finis : soupçonné par les leudes austrasiens de vouloir s’emparer du pouvoir, il est obligé de s’exiler à nouveau. Errant de ville en ville, vivant caché, le pauvre Mérovée croit voir enfin une porte de sortie quand quelques nobles viennent le trouver et le décident à renverser son père. L’aventure s’arrête soudain quand Mérovée apprend que les leudes en question sont au service de la reine Frédégonde qui, lasse de chasser cette proie, a décidé de porter l’estocade. Désespéré, Mérovée se suicide en 578.
Une fois de plus, Frédégonde a réussi son coup. Son beau-fils Théodebert était mort sur le champ de bataille en 575 ; Mérovée, grâce à un savant complot, venait de mourir ; il ne restait plus que Clovis et le trône reviendrait à ses propres rejetons…
Mais avant même que la « reine sanguinaire » ne s’occupe du « cas » de son dernier beau-fils, une série de cataclysmes s’abat soudain sur le royaume : les fleuves débordent, Orléans est ravagée par un incendie, Bordeaux touchée par un tremblement de terre et une épidémie de variole s’étend sur Paris. Les deux fils de Frédégonde, Clodebert et Dagobert, sont touchés.
Désespérée, Frédégonde est saisie de remords -tardifs il est vrai- et dit au roi, selon Grégoire de Tours :
-Voilà trop longtemps que la miséricorde divine supporte nos mauvaises actions ; elle nous a souvent frappés de fièvres et d’autres maux et nous ne nous sommes pas amendés. Voilà que nous perdons nos fils ; voilà que les larmes des pauvres, les gémissements des veuves, les soupirs des orphelins les font périr et il ne nous reste plus d’espérance d’amasser pour personne ; nous thésaurisons et nous ne savons plus pour qui… Maintenant, si tu veux, allons brûler ces injustes registres… Fais ce que tu me vois faire, afin que, si nous perdons nos chers enfants, nous échappions du moins aux peines éternelles !
Ce fut peine perdue et les deux jeunes princes périrent. Ces derniers enterrés, Frédégonde retrouve la bonne vieille haine d’autrefois. Elle avait perdu ses fils ? Eh bien, elle perdrait le dernier rejeton d’Audovère !
Voilà donc que Frédégonde accuse Clovis d’avoir empoisonné ses fils et de vouloir éliminer Chilpéric et sa femme. D’ailleurs, sa maîtresse, une sorcière reconnue, l’a avoué… après quelques heures passées en compagnie du bourreau ! Chilpéric, décidément aveuglé par sa peur pathologique du complot et sous l’emprise totale de son épouse, livre le jeune homme aux douces mains de sa belle-mère. Quatre jours de torture ne feront rien avouer au jeune prince qui finit tout de même assassiné… Mais ce n’était pas encore suffisant pour assouvir la colère de Frédégonde : elle fait assassiner la pauvre Audovère, reléguée depuis des années dans un couvent avec sa fille Basine.
Résultat : Chilpéric n’a plus aucun héritier ! Heureusement, Frédégonde était féconde et, dans l’année qui suit, elle lui donne un autre fils, Thierry… qui devait mourir à son tour en 584. L’événement a son importance : une fois de plus, Chilpéric se retrouve sans fils et, une fois de plus, Frédégonde fait passer sa colère sur des innocents. Elle fait arrêter à Paris des dizaines de femmes, les accusant de sorcellerie, les fait torturer et mettre à mort. Seule la naissance d’un petit Clotaire fera cesser ces horreurs…
« Il n’a jamais aimé vraiment personne et personne ne l’a aimé »
Chilpéric avait enfin un héritier et songeait au prochain mariage de sa fille Rigonde avec un prince wisigoth quand, un soir de 584, alors qu’il revenait de chasse dans la forêt de Chelles, il est assassiné.
Il a dévasté et incendié de très nombreuses provinces. Il n’en éprouvait nul chagrin, mais au contraire de la joie, comme jadis Néron quand il déclamait une tragédie devant l’incendie de Rome. Il était porté à la gloutonnerie, car son dieu était son ventre… Il détestait les intérêts des pauvres. Il blasphémait sans arrêt contre les prêtres du Seigneur… En ce qui concerne la débauche et la dépravation, il est impossible d’imaginer un excès qu’il n’ait pas commis. Il se plaisait à trouver des coupables et leur faisait arracher les yeux. Il n’a jamais aimé personne et personne ne l’a jamais aimé.
Tel est le jugement, sans appel, que Grégoire de Tours a porté sur le roi Chilpéric. Lisant ces lignes, il paraît même incroyable que Chilpéric n’ait pas été assassiné plus tôt. Mais qui a commandité ce meurtre ? Certains ont prétendu que c’était Frédégonde, parce que le roi l’avait surprise avec un de ses leudes, Landry, dans une attitude plutôt compromettante. Et on avait déjà accusé la reine de tant de crimes, alors, un de plus ou de moins. D’autres ont avancé le nom de Brunehaut… Qui sait ? Ce qui est sûr, c’est qu’avec la mort de Chilpéric, Frédégonde se trouve en grande difficulté : régente pour son fils âgé d’à peine quatre mois, elle vient surtout de perdre son meilleur protecteur !
« Tu seras maudite dans les siècles ! »

Assassinat de l'évêque Prétextat.
Assassinat de l’évêque Prétextat.

À peine a-t-elle appris le meurtre de son mari que Frédégonde entasse vite fait ses richesses dans des chariots et se réfugie à Paris, où elle se place d’abord sous la protection de l’évêque puis sous celle de Gontran, son beau-frère.
Frédégonde connaissait suffisamment le roi des Burgondes pour savoir qu’il ne pourrait refuser son aide à un enfant, héritier de la race des rois chevelus. De plus, ce serait pour lui l’occasion de mettre la main, même indirectement, sur le royaume de Chilpéric. Les beaux sentiments de Gontran serviraient grandement les desseins de la reine sanguinaire…
Il n’en fallait pas moins pour arrêter Childebert qui réclamait vengeance :
-Rends-moi la femme homicide qui a assassiné ma tante, mon père, mon oncle et mes cousins !
Gontran ne cède pas… pour la plus grande joie de Frédégonde qui peut ainsi reprendre ses « activités ».
Les premiers à en faire les frais seront Childebert, qui commençait sérieusement à inquiéter Frédégonde, et… Gontran lui-même ! Le complot échoue mais Gontran, naïf, continue à la protéger.
L’évêque Prétextat, qui avait jadis accusé Frédégonde de certains crimes et qui avait béni le mariage de Mérovée et de Brunehaut, n’aura pas la même chance… Cela se passait le jour de Pâques 586 :
Le jour de la Résurrection de Notre-Seigneur étant arrivé, relate Grégoire de Tours, alors que l’évêque s’était rendu de bonne heure à la cathédrale pour y accomplir les offices de l’Église et commençait à entonner les antien-nes selon l’ordre accoutumé, dans un moment où, entre les psaumes, il était appuyé sur sa chaire, un meurtrier s’approcha de lui et, tirant un couteau de sa ceinture, le frappa… Rempli de sang, il étendit ses mains sur l’autel, offrit à Dieu son oraison, lui rendit grâce puis, emporté chez lui dans les bras des fidèles, il fut placé sur son lit. Aussitôt, Frédégonde vint le voir et lui dit :
-Nous n’aurions pas voulu, ô saint évêque, non plus que le reste de ton peuple que, pendant l’exercice de tes fonctions, il t’arrivât une telle chose. Mais plût à Dieu qu’on pût nous indiquer celui qui a osé la commettre afin qu’il subisse le supplice que mérite semblable crime !

Pierre tombale de la reine Frédégonde.
Pierre tombale de la reine Frédégonde.

Le prêtre, connaissant la fourberie de ces paroles, lui dit :
-Et qui l’a commise si ce n’est celle qui a fait périr des rois, qui a si souvent répandu le sang innocent, qui s’est couverte de tant de crimes en ce royaume ?
Et il ajouta :
-Les ordres de Dieu m’ont rappelé de ce monde. Toi, que chacun connaît pour être la source de tous les crimes, tu seras maudite dans les siècles et Dieu vengera mon sang sur ta tête !

Frédégonde s’affole
Mais voilà que Gontran et le jeune Childebert s’allient et que le roi de Burgondie fait de son neveu son héritier. Pour Frédégonde, c’est une catastrophe. Affolée, la reine tente le tout pour le tout. En vain… Gontran échappe à deux tentatives d’assassinat tout comme Childebert. Et bien que le commanditaire ne fasse guère de doute, Frédégonde continue de profiter des beaux sentiments de Gontran…
28 mars 593, nouveau bouleversement : à l’âge de soixante-huit ans, Gontran meurt. Childebert hérite donc de ses États et a enfin toute liberté pour assouvir sa vengeance. À peine son oncle est-il enterré que Childebert lance ses armées contre le royaume de Neustrie. Mais c’était compter sans l’incroyable volonté de Frédégonde : tenant son fils âgé de neuf ans par la main, la reine enflamme le cœur de ses soldats et prend elle-même la tête de l’armée. Les Austrasiens sont défaits à Droisy, près de Soissons.
Frédégonde est victorieuse, mais elle sait bien que ce n’est que partie remise. Et la prochaine fois, pourra-t-elle résister à l’armée austrasienne ?
Dans le doute, elle décide d’agir… selon les bonnes vieilles méthodes : en 596 -Frédégonde était infiniment patiente- Childebert succombe à un empoisonnement !
Childebert éliminé, Frédégonde aurait enfin pu s’attaquer en toute impunité à sa vieille ennemie, la reine Brunehaut. Poutant, elle n’en fera rien. Peut-être juge-t-elle que les leudes austrasiens, qui secouent fortement le joug de la reine mère, se chargeront de la besogne. Peut-être préfèrerait-elle voir sa déchéance. Peut-être… mais elle n’en aura pas l’occasion. La reine sanguinaire, la meurtrière de Galswinthe, de Sigebert, de Mérovée, d’Audovère, de Clovis, de Prétextat, de Childebert et de bien d’autres encore, meurt en 597… dans son lit.

Siméon le Magnifique

Le tsar Siméon Ier de Bulgarie.
Le tsar Siméon Ier de Bulgarie.

Grand, magnifique : tels sont les qualificatifs que l’on accole volontiers au nom de Siméon Ier, tsar des Bulgares de 893 à 927.
C’est pourtant comme otages de l’empereur de Byzance que le fils de Boris Ier passer les premières années de sa vie. Et, comme au temps antiques, la condition d’otage, quoi que légèrement inconfortable, avait bien des avantages, comme celui d’acquérir une culture et une connaissance propre aux cours les plus évoluées. Tel sera la cas de Siméon qui lisait Aristote et Démosthène dans le texte.
Appelé sur le trône par son père qui avait préféré finir sa vie sous l’habit de moine, il oublia ses années de jeunesse -durant lesquelles la captivité n’était qu’un terme politique, sans plus- pour se lancer dans une lutte frontale contre l’empereur byzantin, Léon VI le Sage. Le but était évidemment de se libérer de la tutelle forcée de Byzance et de conserver l’indépendance du trône bulgare. Léon VI s’étant attaché le concours des Magyars, qui allaient envahir le nord de la Bulgarie, Siméon fit appel aux Petchénègues qui devaient faire reculer les Byzantins jusque sous les murs de Constantinople. Léon VI, à genoux, demandera la paix et devra verser un tribut (904).
Mais cette humiliation ne satisfaisait pas Siméon dont les ambitions étaient largement à la hauteur de la culture qu’il avait acquise à Constantinople. Alors que les Grecs lui avaient cédé une partie de la Macédoine, Siméon reprit la guerre contre Constantin VII, successeur de Léon VI, et, après la victoire d’Anchialos (917), après la prise d’Andrinople (922), Siméon mit à son tour le siège devant la capitale de l’empire. Ceux sont les Serbes, prêts à le prendre en tenaille, qui le feront céder, non sans avoir obtenu le paiement d’un second tribut. Finalement, Siméon devait se retirer, définitivement, en 927, laissant un royaume à son apogée, tant sur le plan politique que culturel, la nouvelle capitale du royaume, Preslav, étant devenue, sous l’impulsion du tsar, un grand centre intellectuel.