La déposition d’Édouard II

Édouard II d'Angleterre (1284-1327).
Édouard II d’Angleterre (1284-1327).

Jamais jusque-là un roi d’Angleterre n’avait été déposé. Assurément, Édouard II n’avait jamais fait preuve d’une personnalité très affirmée, que ce soit en tant que prince de Galles ou, à partir de 1307, en tant que roi, mais personne n’aurait imaginé qu’il soit forcé d’abdiquer… encore moins que ce soit sa femme qui le dépose ! Depuis la France et soutenue par son amant Roger Mortimer et son beau-frère, Edmond, Isabelle de France va organiser l’invasion de l’Angleterre de main de maître.Rien ne résistera à la volonté farouche de cette belle Capétienne de se débarrasser d’un époux qui n’en a que le nom -il est homosexuel et dominé par ses favoris- afin d’asseoir sur le trône un enfant promis à un grand avenir : son fils, Édouard III…
Début 1327, Isabelle de France fait déposer Édouard II qui est jeté en prison où il sera, peu de temps après, exécuté atrocement.

Marco Polo démasqué

Portrait de Marco Polo (1254-1324).
Portrait de Marco Polo (1254-1324).

An de grâce 1298. Marco Polo, revenus depuis trois ans d’un long séjour en Chine, tombe aux mains des Génois. Une année durant, il passe le temps en égrainant ses souvenirs, souvenirs dont Rusticello, un de ses compagnons d’infortune, rédigera le Devisement du monde, rapidement rebaptisé le Livre des merveilles.
De fait, la relation de voyage de Marco Polo a de quoi impressionner. Les fastes de la cour chinoise, les chasses somptueuses, l’or, les perles, la richesse de la capitale enfin : tout incite au rêve. Au rêve d’or, surtout, ce qui conduira les Vénitiens à désigner l’ouvrage sous le nom de Millione. « Un conte merveilleux, selon Jacques Heers, destiné à divertir un public de cour ». Un conte dont la véracité peut être sérieusement mise en doute. De même que son intérêt d’ailleurs. Car si la richesse transparaît à chaque page, le parcourt de Polo, son voyage frôle la fantaisie. Samarkand, la Chine, le Tibet mais aussi l’Inde et l’Afrique : tout le monde connu est répertorié, faisant de Polo un voyageur infatigable. L’histoire paraît même si étonnante que certains historiens ont carrément mis en doute son séjour chinois.

Sans aller jusque-là, rappelons juste que Marco Polo n’était pas le premier à atteindre la Chine ; que des missionnaires l’avaient fait avant lui ; que des Nestoriens, adeptes d’une hérésie du Ve siècle, se trouvaient à Pékin. Rappelons également que le Livre des merveilles n’a rien d’un récit fidèle de la réalité et qu’il répond aux fantasmes des Européens… tout en faisant la promotion d’un marchand devenu, selon ses dires, un proche du grand khan.

Jean sans Terre, le roi des échecs !

Sceau de Jean sans Terre (1167-1216).
Sceau de Jean sans Terre (1167-1216).

Si les auteurs de romans tels que Robin des Bois ou Ivanhoé, de Walter Scott, ont fait beaucoup pour la popularité de Jean sans Terre, ils ont également assurer sa réputation de forfaiture et de traîtrise. Une réputation, il faut bien le reconnaître, parfaitement justifiée. Surnommé « sans Terre » parce que son père ne trouvait point à lui créer d’apanage, Jean n’aura terres, titres et couronne qu’en lieu et place de ses parents. Devenu comte de Cornouailles en 1189, il ne doit son titre qu’à son mariage avec Isabelle de Gloucester… qu’il s’empressera de répudier lors de son accession au trône. Quant à sa couronne, obtenu en 1199, il ne l’obtiendra qu’après l’assassinat de son neveu, Arthur de Bretagne. Adepte de toutes les bassesses –ils les avaient multipliées sous le règne de son frère, Richard Cœur de Lion-, de la traîtrise la plus vile, il se révèlera un politique désastreux et mettra plusieurs fois le royaume Plantagenêt en péril. L’enlèvement de sa seconde épouse, Isabelle d’Angoulême, illustre d’ailleurs parfaitement la chose. Fiancé à Hugues X de Lusignan, Isabelle était donc intouchable : peu importe pour le nouveau souverain d’Angleterre.
Peu importe également les remontrances de son suzerain pour ses possessions françaises, Philippe Auguste qui, il faut bien le dire, n’attendait que cela. De fait, la présence sur le trône anglais d’un être tel que Jean ne pouvait que servir les intérêts du Français qui ne s’en privera pas. Ayant refusé de se présenter devant le roi de France, Jean sans Terre verra ses biens français confisqués et, au final, son royaume amputé de la Normandie et de l’Anjou, berceaux de la dynastie Plantagenêt. Certes, le mariage de Jean et d’Isabelle portera ses fruits puisqu’ils auront cinq enfants. Mais les conséquences politiques se révélaient nettement moins heureuses. Et ses tentatives pour reconquérir ses terres se solderont, immanquablement, par un échec. Mauvais politique, mauvais capitaine, ils se révèlera également traître à ses hommes et à ses alliés, notamment lors de sa tentative de débarquement à La Rochelle, en 1214. Apprenant l’échec de son allié, l’empereur germanique, à Bouvines, il prendra la fuite face aux armées françaises menées par le fils de Philippe, Louis le Lion. On comprend que les barons anglais se soient finalement révoltés. On comprend également qu’ils aient offert la couronne anglaise à Louis de France. Et seule la mort accidentelle de Jean sans Terre, en 1216, mettra fin à cette aventure.
Au final, le bilan de Jean Ier d’Angleterre est lourd. En à peine 17 ans de règne, il aura perdu les principales possessions continentales des Plantagenêt et accepté la Magna Carta qui limitait les pouvoirs royaux (1214).

Marguerite d’Anjou : celle qui enleva l’Anjou à l’Angleterre

Marguerite d'Anjou et Henri VI, d'après une enluminure d'époque.
Marguerite d’Anjou et Henri VI, d’après une enluminure d’époque.

Son père avait hérité de tous ce que l’Europe et l’Orient comptait de duchés, comtés ou royaume. Second fils de Louis II d’Anjou, il devient duc de Bar à la mort de son grand-oncle, duc de Lorraine grâce à son mariage, duc d’Anjou et de Provence après la mort de son frère aîné, Louis III, roi de Naples après celle de la reine Jeanne, ainsi que roi de Jérusalem et de Sicile. S’il perdra effectivement la Sicile, Naples et Jérusalem, se déferra de la Lorraine, le Roi René demeure un des personnages les plus célèbres de la fin du Moyen Âge. Une célébrité due plus à son mécénat et à son amour des arts qu’à sa gestion de cet héritage aussi fabuleux qu’hétéroclite.
Sa fille, Marguerite d’Anjou, est nettement moins célèbre. Du moins en France. Car l’Angleterre lui reprochera toujours d’avoir fait perdre, pour toujours, le Maine et l’Anjou.
C’est en 1445 que Marguerite épouse Henri VI, le malheureux prétendant à la couronne française. Femme de tête et de caractère, elle exerce de fait le pouvoir en lieu et place de son époux. Une ascendance qui attise les mécontentements, les haines mêmes. Un état d’esprit qui sera accentué lorsque sera révélée une clause de son mariage, jusque-là gardée secrète, à savoir le retour du Maine et de l’Anjou à la France. Les féodaux anglais allaient prendre cette clause pour excuser leur révolte contre le souverain et son entourage. La reine, notamment, se trouve accuser de tous les malheurs de l’Angleterre et de la fin -peu glorieuse- de la guerre de Cent Ans.
C’est alors que la maison d’York, descendante du quatrième fils d’Edouard III quant Henri VI était issu du troisième fils de ce dernier, fit valoir ses prétentions. Richard d’York tenta d’abord d’imposer sa tutelle à Henri VI, dont la faiblesse était reconnue. Il devint même protecteur du royaume en 1453-1454, mais se révolta bientôt. Un compromis, sensé ramener le calme dans le royaume, fut signé en 1455 après la défaite des troupes royales. Mais il déshéritait le fils d’Henri VI et de Marguerite… C’est alors que la reine décida de prendre les choses en main. Elle leva une armée et Richard d’York fut battu et tué à la bataille de Wakefield, en 1460. Son fils, Edouard, devait reprendre le flambeau et rallumer la guerre des Deux-Roses. Marguerite allait certes battre à nouveau les Yorkistes mais cela n’empêcha pas Edouard de marcher sur Londres et de s’y faire proclamer roi en mars 1461. Le roi fut arrêté et enfermé à la Tour de Londres et Marguerite ne trouva le salut que dans la fuite. Réfugiée en France, elle allait lever une seconde armée qui, aidée par la scission entre d’Edouard IV et le comte de Warwick, qui menait ses armées, devait permettre le rétablissement d’Henri VI sur le trône. Pour peu de temps cependant. Après une fuite d’une année, Edouard IV revint en Angleterre, battit Warwick à Barnet, qui perdit la vie dans la bataille, s’empara d’Henri VI, de Marguerite et de leur fils à Tewkesbury (1471). Henri VI devait mourir peu après et Marguerite resta enfermé à la Tour de Londres jusqu’à ce que Louis XI se soit enfin décidé à payer sa rançon (1475). C’est en France, où elle avait trouvé refuge, qu’elle devait mourir en 1482. L’Angleterre, à cette date, vivait sous le règne d’Edouard IV… qui devait mourir un an après. Ce n’est qu’en 1485, après l’assassinat des enfants d’Edouard, la mort de Richard de Gloucester, que le royaume retrouverait une certaine stabilité, grâce notamment à l’avènement d’Henri Tudor, Henri VII, qui, en épousant Elisabeth d’York, devait unir les deux maisons à la rose et mettre fin à la guerre des Deux-Roses.

Saint Thomas Becket

Vous me haïrez bientôt autant que vous m’aimez, car vous vous arrogez, dans les affaires de l’Église, une autorité que je n’accepte pas. Il faut que l’archevêque de Cantorbéry offense Dieu ou le roi.
Lorsque Henri II élève son ami et chancelier, Thomas Becket, à la charge d’archevêque de Cantorbéry, en 1162, ce dernier expose très clairement sa politique à venir.
Né à Londres en 1117, Thomas Becket gagne rapidement les bonnes grâces d’Henri II et soutient sa politique lors de ses années de chancellerie. Mais, une fois archevêque de Cantorbéry, Thomas change totalement sa façon d’être : il abandonne le luxe dans lequel il vivait et, contrairement aux attentes du roi, défend l’Église d’Angleterre coûte que coûte. Opposé aux édits de Clarendon qui permettent au roi de soumettre le clergé à la justice royale, persécuté, il trouve refuge en France.
Après six années d’exil et un semblant de réconciliation, Becket revient en Angleterre et réaffirme son désaccord.
Le 29 décembre 1170, avec ou sans l’ordre du roi, quatre chevaliers le tuent devant l’autel de la cathédrale. Thomas Becket, martyr et symbole de l’indépendance de l’Église face à la royauté, est canonisé par Alexandre III et son tombeau devient dès lors un lieu de pèlerinage.

Richard le Cruel

Richard Cœur de Lion faisant exécuter les prisonniers musulmans (détail d'une gravure du XIXe siècle).
Richard Cœur de Lion faisant exécuter les prisonniers musulmans (détail d’une gravure du XIXe siècle).

Il est des êtres qui, au delà de la mort et malgré toutes les preuves historiques, ont acquis une véritable aura de légende. Tel est le cas de Richard Cœur de Lion, vu par les Anglais comme par les Français comme un parangon de vertu, comme le modèle du chevalier, généreux, juste et incarnation même de l’honneur. Pourtant, rien n’est plus faux.
Second fils d’Henri II Plantagenêt et d’Aliénor d’Aquitaine, Richard apparaît dès sa jeunesse comme un trouble fête, avide de pouvoir et de gloire. À de multiples reprises, il se révolte contre son père, allant même jusqu’à faire hommage au roi de France pour les terres aquitaines ; devenu roi d’Angleterre (1189), il n’a de cesse de se poser en porte-étendard de l’Occident chrétien, quitte à se brouiller avec Philippe Auguste -qui n’avait pas non plus un caractère facile- ou avec Léopold d’Autriche -action qu’il payera cher en demeurant plusieurs mois dans les geôles de ce prince au retour de la croisade. Enfin, il fait preuve d’une telle cruauté en Terre sainte que les musulmans en gardent un souvenir horrifié dans leurs chroniques. D’ailleurs, le surnom de « Cœur de Lion » qui passera à la postérité n’avait à l’origine rien d’aimable puisqu’il soulignait sa témérité autant que son manque de miséricorde…

Les Ayyoubides ou l’héritage perdu de Saladin

Les Sarrasins aux prises avec les Croisés (détail d'une peinture murale).
Les Sarrasins aux prises avec les Croisés (détail d’une peinture murale).

C’est Saladin, le célèbre conquérant kurde, qui, en prenant le pouvoir en Egypte en 1171, devait fonder la dynastie des ayyoubides. Et si, nominalement, Saladin se déclarait encore vassal des sultan abbassides, il était évident pour tout le monde que le véritable pouvoir, c’est lui qui le possédait. De fait, Saladin était un conquérant comme l’islam n’en avait pas vu depuis longtemps : en quelques années, il devait ravir aux croisés Alep (1183) et surtout Jérusalem (1187). A sa mort, en 1193, il laissait un empire qui s’étendait de la Tripolitaine au Tigre et des côtes de l’Arabie méridionale à l’Arménie. Un empire qui ne devait pas lui survivre puisqu’il faut immédiatement partagé entre ses trois fils et son frère pour former les Etats d’Egypte, d’Alep, de Damas et de Mésopotamie. En réalité, la caractéristique de l’empire ayyoubide sera la désunion de ses membres. Malik el-Adil, frère et héritier partiel de Saladin tentera bien de rétablir l’unité, notamment en renversant ses propres neveux et en s’instituant seul et unique souverain, mais, à sa mort (1218), ses fils se partagèrent à nouveau l’empire… et la discorde domina à nouveau entre les princes.
Les Croisés ramenés prisonniers au Caire.
Les Croisés ramenés prisonniers au Caire.

C’était faire la part belle aux ennemis des ayyoubides, notamment des croisés qui, depuis la prise de Jérusalem par Saladin, ne rêvaient que de reprendre la ville sainte. Des alliances étonnantes devaient également s’établir. Ainsi, alors que régnait el-Malik el-Kamil sur l’Egypte, le sultan dut faire face à la Ve croisade avant de s’allier avec Frédéric II de Hohenstaufen contre ses parents qui régnaient sur la Syrie. C’est ainsi d’ailleurs que Frédéric II récupéra Jérusalem, Bethléem et Nazareth.
Le successeur d’el-Malik el-Kamil, el-Salih Najm el-Din (1240-1249), tenta bien une dernière réunification de l’empire hérité de Saladin, mais la puissance des Ayyoubides d’Egypte était essentiellement fondée sur leurs mercenaires, les Mamelouks, qui devaient bientôt tenter de les supplanter. Après avoir assassiner Turam Chah, les fils d’el-Salih, les Mamelouks portèrent au pouvoir la belle-mère du sultan, une ancienne esclave, qui, en épousant le chefs des Mamelouks, Izz el-Din Aybak, consacra l’usurpation des Mamelouks. A Damas et Alep, les Ayyoubides devaient se maintenir jusqu’en 1260, mais là ceux sont les Mongols qui devaient les renverser mettant fin à l’empire créer par Saladin.

Rodolphe, roi de France

Rodolphe ou Raoul, duc de Bourgogne, roi de France de 923 à 936.
Rodolphe ou Raoul, duc de Bourgogne, roi de France de 923 à 936.

Contrairement à ce que l’on pense souvent, la lutte de pouvoir entre les Carolingiens et les Capétiens ne concerne pas uniquement Lothaire ou Louis le Fainéant et Hugues Capet. Tout commence un siècle plus tôt, quand Eudes de France, fils du célèbre Robert le Fort, se fait couronner roi, en 888, après la déposition de Charles le Gros. En fait, à chaque carence du pouvoir carolingien, les seigneurs du royaume élisent un prince de la maison de France. Ainsi en sera-t-il en 922, quand Robert Ier devient roi, puis en 923 avec l’élection de Rodolphe ou Raoul de Bourgogne.
Gendre de Robert Ier, il est poussé par son beau-frère, Hugues le Grand que l’on surnommera le « faiseur de roi ». Rodolphe devra, tout au long de son règne, combattre les Normands, fidèles à Charles le Simple, mais aussi les Aquitains et un puissant seigneur, Héribert de Vermandois. Il triomphera de tous, dépouillera presque entièrement Héribert et pourra proclamer que « Rodolphe, par la grâce de Dieu roi des Français, des Bourguignons, des Aquitains » est « invincible, pieux et toujours auguste ».
À sa mort, en janvier 936, la dynastie capétienne domine le royaume…

Charles le Mauvais ou l’art du complot

Charles le Mauvais, roi de Navarre (1332-1387).
Charles le Mauvais, roi de Navarre (1332-1387).

Allié des nobles mécontents, des bourgeois révoltés ou encore de  l’Angleterre, Charles le Mauvais est de toutes les révoltes, de tous les conflits.
Petit-fils de Louis X le Hutin par sa mère, le roi de Navarre passera sa vie à comploter contre la dynastie des Valois qui, à son sens, l’a spolié de son héritage : le trône de France !
En 1364, alors que le roi Jean II le Bon est retourné en Angleterre où il est retenu prisonnier, Charles le Mauvais rassemble toute son armée, affûte ses armes et revendique la couronne de France et, pour faire bonne mesure, le duché de Bourgogne. Quand Charles, dauphin et régent de France, confisque les fiefs normands du roi de Navarre, la guerre devient alors inévitable. Du Guesclin est donc envoyé par le régent pour s’emparer des places fortes de Normandie avant l’arrivée de l’armée navarraise conduite par le «captal» de Buch. L’affrontement décisif a lieu à Cocherel, le 16 mai 1364, et Bertrand du Guesclin en sort vainqueur.
Cette terrible défaite incite Charles le Mauvais à abandonner ses prétentions françaises et à consacrer ses talents à attiser la lutte qui déchire l’Espagne, et qui oppose Pierre le Cruel à Henri de Transtamare.

Guelfes et Gibelins : les origines d’un conflit

Statue équestre de Conrad III de Hohenstaufen, empereur germanique (1093-1152).
Statue équestre de Conrad III de Hohenstaufen, empereur germanique (1093-1152)..

Avant de désigner les protagonistes de l’un des conflits les plus longs de la péninsule italienne, les Guelfes et les Gibelins sont deux familles ; deux familles germaniques qui commenceront à s’affronter sur le sol du Saint Empire avant de « s’exporter » au delà des Alpes.
La famille des Guelfes –ou Welfen- apparaît au début du IXe siècle en Souabe. C’est à cette maison qu’appartenait l’impératrice Judith, seconde épouse de Louis Ier le Pieux ; c’est de cette maison également qu’était issue celle de Bourgogne. Cette première dynastie devait s’éteindre en 1055, avec la mort de Guelfe III. C’est alors qu’un de ses neveux revint d’Italie afin de recueillir cet héritage. Guelfe IV, dit le Grand, fonda alors la seconde maison des Guelfes. Une maison qui serait demeurait relativement modeste n’était la faveur dont l’empereur Henri IV devait entourer Guelfe le Grand. Devenu duc de Bavière par la grâce impériale, le fils de Guelfe devait épouser l’héritière des ducs de Saxe et son  petit-fils, Henri le Superbe, hériter de la Saxe et des biens de l’empereur Lothaire III, son  beau-père. La couronne impériale était alors à portée de main. Mais Conrad de Hohenstaufen veillait. C’est alors que devait naître la lutte séculaire entre les Guelfes et les Gibelins –du nom de Waiblingen, seigneurie des Hohenstaufen.
Une lutte qui se soldera, sur le sol germanique, par le dépouillement des Guelfes, désormais cantonnés à quelques possessions en Basse-Saxe, gracieusement érigées en duchés.
Comme souvent cependant, l’histoire aime se jouer des destinées des hommes. Et alors que les Hohenstaufen s’éteignirent –après avoir connu les plus grandes gloires, il est vrai-, les Guelfes perdurèrent. Sur leurs petites possessions de Brunswick, ils régneront jusqu’en 1918, tandis qu’une autre branche de la famille, héritière du Hanovre en 1634, ceindra, avec Georges Louis de Hanovre, la couronne anglaise. Une couronne qui, à ce jour, est toujours entre leurs mains.