Gerbert d’Aurillac : le pape de l’An Mil

Gerbert d'Aurillac, pape sous le nom de Sylvestre II (v.938-1003).
Gerbert d’Aurillac, pape sous le nom de Sylvestre II (v.938-1003).

On a dit de lui qu’il était magicien ; il est resté célèbre en tant que « pape de l’An Mil » ; mais Gerbert d’Aurillac, qui est élevé à la dignité pontificale le 2 avril 999, est avant tout un savant et l’un des hommes les plus influents de son temps.
Moine clunisien de Saint-Géraud d’Aurillac, il s’initie aux mathématiques et à l’astronomie en suivant le comte Borel de Barcelone en Catalogne, avant de s’adonner à la culture latine et antique à Rome.
Soutien d’Adalbéron dans l’élection d’Hugues Capet, il devient archevêque de Reims en 991 puis de Ravenne en 998. Très proche de l’empereur Othon III qui fut son élève, il va, dès son élection à la papauté, tenter une politique fondée sur l’union de l’Empire et de l’Église, en vue, notamment, de combattre le danger musulman. Pape de la réforme de l’Église, il est aussi le premier à appeler les chrétiens à la croisade.
À sa mort, en l’an 1003, Gerbert d’Aurillac, pape sous le nom de Sylvestre II, laisse une Église en pleine mutation et l’image de l’un des plus grands savants de la fin du premier millénaire.

Richard Cœur de Lion : en quête de légende

Sceau, recto-verso, de Richard Cœur de Lion.
Sceau, recto-verso, de Richard Cœur de Lion.

Troisième fils d’Henri II et d’Aliénor, Richard devra à la mort prématurée de ses aînés de succéder à son père sur le trône anglais. Pourtant, il était sans doute le moins Anglais des fils du souverain. Elevé sur en Anjou et en Aquitaine où il se frottera aux troubadours de la cour occitane, Richard ne passera, vraisemblablement, pas une seule année complète sur la terre anglaise, y compris après son accession au trône. On doute même qu’il sut un jour parler anglais… De sa jeunesse, il gardera un goût marqué pour les rimes -il écrira lui-même- et le souvenir de révoltes à répétition contre son père (en 1173, 1183, 1189) ; des révoltes qui empoisonneront profondément les dernières années de son père ; des révoltes fortement encouragées par le roi de France, le rusé Philippe Auguste. Doté d’une force prodigieuse -on disait, et lui-même se vantait de pouvoir fendre un sarrasin en armure d’un seul coup d’épée-, turbulent, hardi, Richard devra son surnom de Cœur de Lion plus à sa violence légendaire qu’à un esprit chevaleresque plus affûté que la moyenne. Si l’histoire, malgré tout, a voulu faire de ce souverain le modèle de tous les autres, le porteur des plus purs vertus chevaleresques, c’est autant en opposition avec le comportement de son frère, Jean sans Terre, qu’avec celui de Philippe Auguste, modèle du machiavélisme et du réalisme plutôt que des grands idéaux. De fait, autant l’Anglais paraît sorti tout droit d’un roman médiéval, autant le Français fait figure d’avant-gardiste dans sa conception politique. Une différence qui s’illustre parfaitement dans l’aventure palestinienne des souverains.
Richard débarquant en Terre sainte (gravure du XIXe siècle).
Richard débarquant en Terre sainte (gravure du XIXe siècle).

En effet, à peine Richard a-t-il ceint la couronne anglaise, qu’il décide de se lancer dans la IIIe croisade. Mettant un terme provisoire à leur rivalité, le Plantagenêt et le Capétien se joindront à l’empereur romain germanique Frédéric Barberousse afin de porter secours aux croisés de Terre sainte, en perpétuel recul face à un certain Saladin. De fait, l’opposition des deux souverains ne fera que s’accentuer au cours de la croisade, que Philippe Auguste s’empressera d’ailleurs de quitter, laissant l’Anglais assumer seul le leadership de cette expédition. Conquérant de Chypre avant même d’atteindre la Terre sainte, Richard Cœur de Lion va multiplier les exploits, emportant Saint-Jean d’Acre (1191), sortant vainqueur contre Saladin à Arsuf, prenant Jérusalem… alors que le roi de France, prenant prétexte d’une maladie, s’en était depuis longtemps retourné en Europe. Après avoir signé avec Saladin une trêve de trois ans, Richard allait, lui aussi, reprendre le chemin de l’Europe. Mais une tempête, qui l’avait rejetté sur les côtes dalmates, allait le contraindre à traverser les terres du duc d’Autriche, un seigneur qu’il avait eu le mauvais goût d’humilier devant Saint-Jean d’Acre et qui avait la rancune tenace. Fait prisonnier par l’Autrichien, le souverain anglais n’allait passer dans les geôles de l’empereur Henri VI guère plus d’une année : elle suffira à sa légende. Libéré contre une énorme rançon, Richard ne pourra que constater les dégâts de la politique de son frère Jean, demeuré comme régent et s’adonnera désormais à résister à Philippe Auguste, trop heureux de l’aubaine pour n’avoir rien tenter. Bref, il s’adonnera à une politique de restauration bien nécessaire. Au final, Richard, trop préoccupé de sa légende outre Jourdain, n’aura guère brillé politiquement, laissant un royaume sans souverain, des nobles sans autorité et cela durant des années.

Othon Ier le Grand

Empereur Othon Ier et AdelhaideFondateur du Saint-Empire romain germanique, Othon Ier est une des plus grandes figures du Haut Moyen Âge européen. Né le 23 novembre 912, il devient roi de Germanie en 936 et soumet très rapidement ses vassaux révoltés. Il repousse les tribus magyares (les Hongrois) qui avaient envahi la Bavière et assure ses frontières troublées par les raids slaves. Othon Ier fait alors sentir son autorité dans toute l’Europe. Ainsi, il s’empare de la Lorraine, soutient Louis IV comme roi de France et se fait couronner empereur du Saint-Empire romain germanique par Jean XII en 962. Après avoir placé la papauté sous tutelle, il élève ou dépose les papes, ce qui lui confère un pouvoir jusque-là inégalé en Europe. L’empereur tout-puissant du Xe siècle meurt en 973.

Conan Mériadec, duc d’Armor

Le légendaire roi Arthur en armure (gravure du XIXe siècle).
Le légendaire roi Arthur en armure (gravure du XIXe siècle).

Il est le plus célèbre des ducs de Bretagne ; le plus célèbre et certainement le plus Breton si l’on en croit les quelques éléments que nous possédions sur ce personnage mi-hsitorique mi-légendaire. Né en Bretagne -la Grande-, Conan ou Caradog serait passé en Gaule vers 384 avec les troupes du tyran Maxime. C’est d’ailleurs sous l’égide romaine, avec son  accord, qu’il aurait gouverné 26 ans durant, avant de prendre le pouvoir en propre. Duc de Bretagne par la grâce des Romains, il serait devenu roi d’Armorique en 409 par la volonté des habitants eux-mêmes. Un parcours qui rappelle furieusement celui d’Arthur en Grande-Bretagne, roi de légende autant que d’histoire, général romain devenu souverain breton, symbole d’une résistance aux Romains pour Conan, aux Saxons pour Arthur. De fait, c’est avant tout le symbole que représente aussi bien Arthur que Conan Mériadec qui ont fait leur célébrité. Le symbole de la résistance à l’envahisseur, celui de l’âme bretonne en fait. Quant à Conan Mériadec, si son existence est parfois sujette à caution, son rôle ne fait aucun doute : il est le socle, l’assise bretonne sur laquelle se fondera la dynastie des princes et ducs de Bretagne.

Adalhard : de disgrâce en disgrâce

Lettre manuscrite de Charlemagne.
Lettre manuscrite de Charlemagne.

C’est à la cour de Charlemagne que "sévit" tout d’abord Adalhard, fils de Bernard, lui-même fils illégitime de Charles Martel. Cousin germain de Charlemagne, Adalhard avait été élevé à la cour avec son frère Wala et avait même occupé le poste de conseiller de l’empereur. Mais la disgrâce d’Ermengarde, fille du roi des Lombards, par le volage empereur allait entraîner sa disgrâce. Entré au couvent de Corbie en 772-773, il devait y demeurer vingt ans. Là, la règle de saint Benoît était observée, une règle que le jeune homme aura loisir d’approfondir en séjournant au Mont-Cassin, berceau de l’ordre bénédictin. Il ne quittera le Mont-Cassin que pour reprendre le chemin de Corbie où il sera fait abbé.
Réconcilié avec l’empereur, il sera nommé, en 796, "missus", c’est-à-dire "envoyé", auprès du roi Pépin puis de son fils Bernard. En 809, il prit part au synode d’Aix-la-Chapelle puis, en 814, au concile de Noyon. Mais la mort de Charlemagne allait, de nouveau, entraîner sa disgrâce.
Un repas de seigneurs à l'époque carolingienne (gravure du XIXe siècle).
Un repas de seigneurs à l’époque carolingienne (gravure du XIXe siècle).

Accusé de complicité dans le meurtre de Bernard, il est envoyé en exil par Louis le Pieux. C’est là qu’il fait copier l’Historia Tripertita de Cassiodore. Des manuscrits qui sont parvenus jusqu’à nous. Son retour d’exil sera marqué par une cérémonie de réconciliation publique avec Louis le Pieux lors de l’assemblée d’Attigny (822). Cette même année, il fondera l’abbaye de Corvey en Saxe, sorte de nouvelle Corbie, dont son disciple, Adalhard le Jeune, avait jeté les fondations. Homme politique autant qu’homme de prière, Adalhard meurt en 826, laissant derrière lui un héritage littéraire et historique malheureusement en grande partie disparu.

Cortez et la conquête du royaume aztèque

Fernand (ou Hernan) Cortez (1485-1547).
Fernand (ou Hernan) Cortez (1485-1547).

Le Mexique ne s’explique pas ; on croit dans le Mexique, avec fureur, avec passion…, écrit le poète Carlos Fuentes. De la même façon, Fernand Cortez a cru dans cette terre, mais aussi dans ses richesses et ses possibilités.
Aventurier avide de gloire et d’or, Cortez, né en 1485 en Estrémadure, est issu d’une famille de vieille souche mais dépourvue de fortune. À l’âge de dix-neuf ans, il s’embarque pour le Nouveau Monde et s’illustre lors de la conquête de Cuba menée par Diego Velazquez (1465-1524). Peu de temps après, il entend parler d’une expédition au Yucatan projetée par Velazquez. En 1518, Cortez prend la tête d’un convoi de onze navires transportant deux cent soixante Espagnols et autant d’Indiens.
À leur arrivée, tout le pays est en état d’alerte. En mars 1519, les Espagnols affrontent des milliers d’Indiens dans un combat sanglant, à Tabasco. Les Conquistadores sont vainqueurs mais le pays aztèque demeure aux mains du puissant Moctezuma dont le palais se trouve à Tenochtitlan -l’actuel Mexico. Partant de Veracruz, qu’il vient de fonder, Cortez atteint Tenochtitlan à la tête d’une immense armée.
Décidé, plus que jamais, à conquérir le royaume aztèque, Fernand Cortez doit cependant remettre son projet à plus tard. En effet, Velazquez tente de le supplanter en s’emparant de Veracruz. À l’issue de leur affrontement, Cortez, vainqueur, repart en direction de Tenochtitlan. Le roi Moctezuma a été assassiné, mais son successeur tient tête aux Espagnols.
Pourtant, en 1521, Cortez, après une lutte acharnée, prend possession de la ville et la fait complètement raser. Le pays aztèque est désormais soumis.
L’année suivante, Cortez est nommé gouverneur de la Nouvelle-Espagne mais son ambition inquiète Madrid où il est rappelé en 1527.
Tombé en disgrâce, Fernand Cortez, qui demeure l’une des plus grandes figures de toute la Reconquista, meurt, ruiné et malade, le 2 février 1547, dans la province de Séville.

Le « bon » roi Dagobert ?

Dagobert Ier en majesté (v. 602-639).
Dagobert Ier en majesté (v. 602-639).

Si la légende a fait beaucoup pour la popularité de Dagobert, elle n’a guère de rapport avec la réalité. Souverain guerrier et conquérant, il saura soumettre les Basques, les Bretons, en la personne de Judicaël, substituera un roi wisigoth à un autre en Espagne –exploit pour lequel il se fera payer-, installera un Franc en Thuringe, dirigera les Alamans, massacrera les Bulgares en Bavière et conclura avec l’empereur d’Orient, Héraclius, une « paix perpétuelle ». Bref, Dagobert Ier apparaît comme le plus grand roi mérovingien après Clovis, un souverain dont la domination effective s’étendait des Pyrénées au Rhin, de la Bretagne à l’Elbe. Il sera aussi le seul, véritablement, à atteindre ce statu quasi international… jusqu’à Charlemagne.
Mais si la politique extérieure est une véritable apothéose, à l’intérieur même de son royaume, Dagobert aura bien du mal à réfréner les ambitions des leudes, notamment du premier d’entre eux, son conseiller en Austrasie, Pépin de Landen (ancêtre de Pépin le Bref).  Roi d’Austrasie dès 623, il se fera reconnaître roi de Neustrie, privant son frère Caribert à qui elle revenait, puis roi des Francs à la mort de son père. Et s’il parviendra à reconstituer l’unité du royaume, c’est au prix de lourds sacrifices imposés à la noblesse. Quant à sa réputation de justicier, il la devra aux tournées qu’il effectuera en Bourgogne et en Austrasie, se révélant attentif aux doléances du peuple, offrant des privilèges à telle ou telle cité.
Enfin, cet homme à femmes, polygame reconnu, aura l’intelligence de savoir s’entourer… de saints ! Les élites du Nord comme du Midi seront accueilli en son palais de Paris, dont il fera sa capitale. Des élites parmi lesquelles on retiendra saint Ouen, qui sera chef de sa chancellerie, saint Didier, son trésorier, et enfin, le plus célèbre d’entre eux, saint Eloi –orfèvre célèbre- dont il fera son « ministre des Finances ». C’est d’ailleurs avec lui, sur son conseil, qu’il centralisera la frappe de la monnaie, mettant ainsi fin à la circulation de la fausse monnaie.
Un règne court –à peine 7 ans comme roi des Francs- mais qui allait porter la dynastie mérovingienne au faite de sa puissance. Un règne qui sera suivi par ceux des rois fainéants…

Charles de Valois, l’homme qui voulait désespérément être roi

Charles de Valois, d'après une iconographie du XIXe siècle.
Charles de Valois, d’après une iconographie du XIXe siècle.

Si Charles de Valois, frère de Philippe le Bel est un tant soit peu connu du grand public, c’est grâce au célèbre roman de Maurice Druon, les Rois maudits. Ecrasé par la stature d’un frère qui a laissé dans l’histoire une trace « royale », on peut le dire, Charles de Valois ne mérite pas moins quelque intérêt. Et s’il apparaît, dans les Rois maudits, comme une véritable caricature du grand féal, « fort en gueule », batailleur, ambitieux et prétentieux, il faut reconnaître que ce portrait est fort proche de la réalité. Fils de roi, frère de roi, père de roi, Charles de Valois ne fut jamais roi lui-même… et ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé !
En 1266, le pape Innocent IV avait investi Charles d’Anjou, frère de Saint Louis, du royaume de Naples et de Sicile, royaume qu’il avait « confisqué » à Manfred, héritier de Frédéric II de Hohenstaufen. L’autorité de l’Angevin s’était rapidement établie sur l’Italie toute entière et ses ambitions le portaient même vers Constantinople lorsque, en 1282, commença l’insurrection sicilienne dont le signal fut donné, le 31 mars, par le massacre des Vêpres siciliennes.
Pour tous ceux qui ne voulaient plus de cette royauté et de cette noblesse capétienne, pour tous ceux que la politique oppressive de Charles Ier d’Anjou avait poussé à bout, le recours fut en Pierre III d’Aragon, époux de Constance de Hohenstaufen, fille unique et héritière de Manfred. Pierre, soutenu donc par nombre de partisans sur l’île même, conquit rapidement Palerme puis toute la Sicile. Il y avait désormais deux royaumes de Sicile : l’île elle-même, qui s’était placée dans l’orbite aragonaise, et le reste du royaume -Naples notamment- placé en terre continentale et que Charles d’Anjou conservait.
L’espoir aragonais
Mais en « déboutant » ainsi un souverain choisi par le pape lui-même, Pierre III d’Aragon avait désobéi à la papauté. La sanction fut immédiate et sans appel : il fut excommunié et son royaume d’Aragon à son tour confisqué… Voilà qui était fort bien « sur le papier » mais qui allait se dévouer pour lever une armée et prendre son royaume à Pierre III ? Philippe III le Hardi, fils de Saint Louis, accepta sans se faire trop prier. Il avait lui-même quelques griefs contre l’Aragonais, à qui il reprochait d’avoir tout fait pour écarter de la succession castillane ses neveux espagnols. En outre, son fils cadet, Charles de Valois, paraissait tout désigner pour régner sur l’Aragon : n’était-il pas à moitié Aragonais par sa mère, Isabelle, première épouse de Philippe III ?

Sceau de Charles Martel, roi de Hongrie.
Sceau de Charles Martel, roi de Hongrie.

Charles, encore jeune, se voyait donc déjà ceindre la couronne que lui avait promis son père. « Et la croisade d’Aragon, note Favier lapidaire, fut un complet échec ». Non seulement les Français furent battus avant même d’avoir passé les Pyrénées mais Philippe III mourut lors de la retraite de son armée. Son  successeur, Philippe le Bel, prit donc les choses en main… avec un tout autre objectif. Ne voyant pas l’intérêt de la France à poursuivre cette dangereuse aventure, il signa rapidement une trêve et Charles de Valois revint à Paris, sans couronne.
Charles n’eut donc d’autre choix que d’abandonner toute prétention à cette couronne chimérique, abandon qu’il « officialisa » en 1290 afin d’obtenir la main de Marguerite d’Anjou. Fille de Charles II d’Anjou, roi de Naples, et sœur de Charles Martel, roi de Hongrie, Marguerite lui donnera cinq enfants, dont le futur Philippe VI, et lui apportera en dot deux comtés, certainement plus réels que la couronne aragonaise : l’Anjou et le Maine. L’affaire était intéressante, non seulement en raison de la richesse de ces deux comtés qui faisait du frère du roi un des féodaux les plus en vue, mais également pour le roi de France qui les voyait revenir dans le giron proprement français.
Une couronne byzantine
Mais Charles de Valois n’avait pas abandonné pour autant tout espoir de ceindre un jour une couronne.
Veuf depuis peu, il épouse, en 1301, Catherine de Courtenay, petite-fille de Baudouin II, empereur de Constantinople, dont il aura quatre enfants. La couronne aragonaise lui a échappé ? Qu’à cela ne tienne ! Représente-t-elle d’ailleurs quelque chose comparée à la couronne impériale de Constantinople ? Certes, depuis 1261, les Grecs avaient repris Constantinople et l’Empire latin d’Orient n’avait plus la moindre réalité. Mais il ne tenait qu’à Charles de changer le cours de choses… Mauvais politique mais fort bon capitaine -il le prouvera d’ailleurs à maintes reprises en conduisant les armées de son frères-, Charles avait également la témérité et l’ambition nécessaire pour que la dynastie Courtenay redonne du corps -et des terres- à leur empire fantôme.
Mais avant de rallier Constantinople, Charles devait faire travailler son épée en Italie où le pape lui avait demandé de pacifier ses États et de chasser les Aragonais de Sicile. Tel avait été le prix à payer pour obtenir la dispense nécessaire à son mariage avec Catherine -ils étaient cousins. Philippe le Bel, de son côté, ne pouvait guère s’opposer aux projets de son frère : en effet, Charles le Boîteux était non seulement l’ancien beau-père de Charles de Valois, mais c’était également et surtout un Capétien.
Une fois le mariage célébré, Charles de Valois se mit en route. Il prit cependant tout son temps pour rallier la péninsule où l’attendait un terrible imbroglio qui, pour être dénoué, aurait nécessité une intelligence des plus aigues… ce dont Valois n’était malheureusement pas pourvu. Dès son arrivée en Italie, il cumula les faux-pas, les mauvaises alliances et tenta, par tous les moyens, de tirer profit de tout. Son action sera même si lamentable qu’elle compromettra pour longtemps la « réputation capétienne ».
Il allait falloir, précise Favier, toute la sagesse du roi Robert d’Anjou, successeur en 1309 de Charles II le Boiteux, pour en restaurer l’image.
Charles ira malgré tout jusqu’à Naples puis jusqu’en Sicile, où il devait soutenir l’armée du futur roi Robert, avec qui la mésentente fut immédiate. L’affaire tournait véritablement à la catastrophe et à l’humiliation lorsque eut lieu la terrible défaite de Courtray (1302). Suite à ce désastre, Philippe le Bel rappela son frère d’urgence en France. Charles, qui s’était « mis toute l’Italie à dos », se garda bien de rechigner : certes, tenir un empire lui aurait plut mais il lui restait malgré tout le titre, l’honneur, le rêve.
La course à l’empire

Miniature extraite d'un manuscrit du XIVe siècle et conservé aux archives de Coblenz, montrant l'élection d'Henri VII de Luxembourg.
Miniature extraite d’un manuscrit du XIVe siècle et conservé aux archives de Coblenz, montrant l’élection d’Henri VII de Luxembourg.

La mort, en 1308, d’Albert de Habsbourg, allait ranimer, dans l’esprit de Charles de Valois, la course à l’empire. Cette fois-ci, il s’agissait du Saint Empire romain germanique et, cette fois-ci, Philippe le Bel dirigea la manœuvre.
C’est ainsi que Philippe le Bel, de concert avec le pape, présenta son frère à la succession du Saint Empire. Certes, Charles ne possédait absolument aucune terre d’Empire mais, parce qu’il était Capétien, son élection allait peut-être pouvoir mettre un terme au conflit entre Guelfes et Gibelins -c’est-à-dire entre partisans du pape et des Hohenstaufen. De tous temps, les rois de France avaient apporté leur caution aux Guelfes contre l’influence germanique -parti des Gibelins- dans la péninsule. L’union des deux intérêts en une seule personne pouvait donc entraîner la fin de ce conflit qui déchirait l’Italie depuis le XIIIe siècle. Certes, Charles était un sot ou, tout au moins, n’avait pas le moindre sens politique, mais son frère se voyait fort bien le guidant, l’entourant de ses conseillers. De plus, par son mariage, en raison de ses titres et de ses prétentions, Charles avait de bonnes raisons de s’engager dans une croisade en Terre sainte… et le pape voulait absolument un empereur croisé.
La manœuvre était un peu grosse cependant et les princes électeurs ne se voyaient pas le moins du monde vivre sous l’autorité -même indirecte- de Philippe le Bel ou sous l’autorité -directe- d’un politique aussi peu doué que Charles de Valois. Ils rejetèrent sa candidature à l’unanimité et, le 27 novembre 1308, désignèrent le comte de Luxembourg comme empereur.
Une fois de plus -mais cette fois-ci le rêve avait été fort bref-, Charles voyait une couronne s’éloigner de lui. Dans le même temps, il abandonna définitivement ses prétentions sur l’Orient. En effet, Charles ne prétendait à une couronne impériale que par mariage et lorsqu’il devint veuf pour la seconde fois c’est à sa fille, Catherine, que revint le titre d’impératrice. Lorsqu’elle épousa un fils de Charles II d’Anjou, Philippe de Tarente, c’est donc ce prince sicilien qui hérita des prétentions du Valois.
Tel fut le destin, étonnant, cocasse parfois, de celui qui ne fut jamais roi mais qui engendra une dynastie qui allait régner trois siècles durant sur la France.

Pierre le Cruel, victime de sa réputation

Page d'un manuscrit médiéval représentant la mort de Pierre le Cruel.
Page d’un manuscrit médiéval représentant la mort de Pierre le Cruel.

Les surnoms des souverains font beaucoup pour asseoir leur réputation dans l’imaginaire populaire. Surtout lorsqu’ils correspondent effectivement à la réalité. Le problème est quand ils n’ont qu’un lointain rapport avec la vérité, qu’ils sont mal compris ou, pire, lorsqu’ils sont le résultat d’une propagande réussie. On a surnommé Louis XV le Bien-Aimé alors qu’il fut sans doute l’un des plus détestés des souverains français ; Richard Cœur de Lion fut nommé ainsi parce qu’il était cruel, non parce qu’il était valeureux. Quant à Pierre le Cruel, roi de Castille, s’il ne fut pas un enfant de chœur, il est loin de mériter son surnom.
C’est en 1350, après la mort de son père, Alphonse XI, que Pierre Ier monte sur le trône de Castille. Montrant peu d’intérêt pour le gouvernement effectif de son royaume, il laisse alors le pouvoir aux mains de sa mère et du ministre principal de son père, se contentant de faire exécuter la maîtresse de son défunt père, Eléonore de Guzman. Certes, ce n’était guère charitable mais de là à parler de cruauté… En fait, tout le règne de Pierre le Cruel va être déterminé par la lutte entre le souverain et la noblesse. Aux premiers rangs desquels ses frères, Frédéric, qu’il fera assassiné en 1358, et Henri de Transtamare. Le désir d’affirmation du pouvoir royal face à l’anarchie féodale : voilà comment se résume le règne de Pierre le Cruel.
Une lutte qui va tourner à la guerre civile… dans laquelle tous les coups seront permis. Mettant à profit le conflit opposant Pierre et le roi d’Aragon, Henri va tenter de prendre le pouvoir en s’appuyant sur la force armée des Grandes compagnies, obligeamment prêtées par Charles V de France. En réalité, ces compagnies faisaient de tels dégâts dans son royaume que Charles V ne demandait qu’à s’en débarrasser. Il faudra à Pierre le Cruel le soutient du Prince Noir, le fils d’Edouard III d’Angleterre, pour se maintenir au pouvoir… Jusqu’à ce que l’Anglais abandonne. Le sort de Pierre le Cruel ne faisait alors plus guère de doute et, en 1369, il était vaincu à Montiel. Quelques jours après cette défaite, il devait tomber aux mains d’Henri de Transtamare qui, n’hésitant pas un instant, le fera exécuter. Le dernier obstacle entre le trône et Henri de Transtamare venait de tomber : il se fera couronné sous le nom d’Henri II.

Les crimes de Gilles de Rais

Hérétique, sortilège, sodomite, relaps, évocateur des malins esprits, divinateur, apostat, idolâtre, ayant dévié de la foi, hostile à celle-ci, devin et sorcier. C’est ainsi que l’acte d’accusation du procès définit Gilles de Rais.
Baron de Bretagne, Gilles de Rais (1404-1440) se retire sur ses terres au sortir de la campagne menée par Jeanne d’Arc en 1429. Ruiné par la guerre, il pratique le brigandage puis vend ses fiefs et ses châteaux pour ensuite les reprendre par la force. C’est ainsi que le seigneur de Rais cause sa perte. En effet, il tente de reprendre un château à un religieux et s’aliène par cet acte l’Église et le duc de Bretagne.
Faisant l’objet de soupçons précis depuis le 15 décembre 1939, Gilles de Rais est arrêté en septembre 1440.
Il se voit très rapidement accusé de meurtre d’enfants et de sodomie et, après avoir subi la question, il finit par reconnaître les faits :
Ledit Gilles de Rais, accusé, volontairement et publiquement devant tous, confessa que, pour son ardeur et sa délectation sensuelle, il prit et fit prendre un si grand nombre d’enfants qu’il ne saurait le préciser avec certitude…
Condamné le 25 octobre 1440, Gilles de Rais est pendu puis brûlé.