Pierre le Vénérable : l’homme de la restauration clunisienne

Représentation probable de Pierre le Vénérable (enluminure du Moyen Âge).
Représentation probable de Pierre le Vénérable (enluminure du Moyen Âge).

C’est au Xe siècle que Guillaume le Pieux, duc d’Aquitaine, fonda l’abbaye de Cluny et la confia à Bernon, abbé de Baume, qui la plaça sous observance bénédictine. Saint Odon, saint Mayeul, saint Odilon, saint Hugues allaient faire de Cluny le cœur de la réforme monastique en Occident. Son succès fut tel que Cluny regroupa jusqu’à 1400 maisons, peuplées de 10000 moines. Une richesse humaine qui devait engendrer, dès le XIIe siècle, une trop grande richesse matérielle. C’est ce que l’on décrit généralement comme la "décadence" de l’ordre clunisien, une décadence qui n’est pas de mœurs mais que l’on peut traduire par l’éloignement de la stricte observance bénédictine qui était à l’origine de l’abbaye. C’est sur cette "décadence" que naîtra la réforme de Cîteaux, conduite par saint Bernard. C’est également à l’époque de cette "décadence" que le dernier grand abbé clunisien entre en scène.
Issu d’une noble famille auvergnate, Pierre de Montboissier, dit Pierre le Vénérable, devient abbé de Cluny en 1122. Sous son impulsion, Cluny retrouve les traditions et la rigueur du temps des quatre premiers abbés. Sous son impulsion, Cluny redevient un haut-lieu de la chrétienté monastique, tenant tête à saint Bernard dans la controverse entre clunisiens et cisterciens.
Mais ce n’est pas uniquement dans son ordre que Pierre le Vénérable fera autorité. Esprit cultivé, érudit même, il sera le premier à traduire le Coran en latin (1143), non pour s’en faire le promulgateur, mais pour mieux savoir le réfuter. De la même façon, il s’opposera au manichéisme, au judaïsme et à quelques hérésies contemporaines comme le petrobusianisme -une hérésie initiée par Pierre de Bruys qui réfutait la présence eucharistique, la prière pour les morts ou le baptême des enfants.

Charles d’Orléans, le prince-poète

Après trois longs siècles de silence, les œuvres littéraires de Charles d’Orléans sont arrachées à l’oubli, au XVIIIe siècle, grâce à l’abbé Sallier.
Né en 1391, Charles d’Orléans est le fils de Louis d’Orléans, frère du roi et de Valentine Visconti. Après la mort de son père, assassiné par Jean sans Peur, Charles devient le chef de la maison d’Orléans et prend la tête du parti des Armagnacs pendant la guerre de Cent Ans. Fait prisonnier à Azincourt en 1415, il est emmené en Angleterre où il restera en captivité pendant vingt-cinq ans.
C’est au cour de ces années de prison que Charles s’adonne à la poésie. Ses vers raffinés, élégants et souvent mélancoliques, témoignent d’un esprit fin et délicat.
Libéré en 1440, Charles d’Orléans repart en campagne pour conquérir le Milanais, héritage de sa mère puis se retire à Blois où il restera jusqu’à sa mort, en janvier 1465 :
Le monde est ennuyé de moy,
Et moy pareillement de luy.

Ausone, le témoin d’une époque

Statue du poète Ausone (309-394).
Statue du poète Ausone (309-394).

II est l’un des très rare, sinon le seul écrivain de l’époque gallo-romaine et le témoin privilégié de son siècle. Né à Bordeaux le 11 avril 309, Ausone, après des études de grammaire et de droit, connaît le succès grâce à ses poèmes. En 367, l’empereur Valentinien l’appelle à la cour de Trèves afin d’être le précepteur de son fils Gratien. Cette fonction lui permet ainsi d’accéder aux charges de consul et de préfet des Gaules. Tout en administrant son territoire, Ausone poursuit son œuvre littéraire et célèbre avec talent les paysages de la Moselle et de la Gaule méridionale, les plaisirs de la bonne chère. Poète et fin gourmet, il apprécie particulièrement les huîtres, celles qu’on trouve dans sa ville natale de Bordeaux car, écrit-il, « elles sont les meilleures… Elles ont la chair grasse et blanche, un jus doux et délicat où une légère saveur de sel se mêle à celle de l’eau marine ». En 388, Ausone, lassé de ses fonctions préfectorales et souhaitant consacrer plus de temps au bonheur de vivre qu’au travail administratif et aux honneurs, quitte la cour de Trèves pour se retirer sur ses terres, près de Bordeaux, où il meurt en 394.

Le règne malheureux de Richard II

Richard II allant à la rencontre des serfs révoltés (miniature du Moyen Âge).
Richard II allant à la rencontre des serfs révoltés (miniature du Moyen Âge).

Si Edouard III avait initié la guerre contre la France, avec comme ambition affichée de s’emparer de sa couronne, c’était plus pour mettre un terme aux velléités de révoltes de nobles que par conviction que cet héritage lui revenait. D’ailleurs, dans les premières années du règne de Philippe VI, il n’avait guère manifesté quelques prétentions que ce soit. Toujours est-il qu’Edouard, comme Philippe d’ailleurs, avait besoin de cette guerre et qu’il la provoquera. Dans les premières années du conflit, les victoires anglaises, notamment celle de Crécy, en 1347, et celle de Poitiers, en 1356, semblent lui donner raison. Mais le conflit traîne en longueur ; il épuise le royaume anglais  qui a aussi eu à subir, de 1347 à 1350, les ravages de la peste noire. Autant dire que lorsqu’Edouard meurt, en 1377, le pays est exsangue. La couronne revient alors au fils aîné de son fils aîné, le fameux Prince Noir. Le petit-fils d’Edouard III ceint la couronne sous le nom de Richard II. Le jeune homme est alors encore fort jeune et ce sont ses oncles qui le conseillent. Son premier acte d’autorité, dès l’année 1381, va augurer d’un règne personnel pour le moins malheureux.
Cette année-là, après qu’un village ait refusé de payer un impôt qu’il juge abusif, voit éclater en Angleterre une révolte paysanne d’une grande ampleur. Un agitateur en particulier anime la révolte, un chapelain du nom de John Ball. Ball convainc les paysans d’aller trouver le roi et de lui exposer directement leurs griefs.
La masse des mécontents grandit, de village en village, tuant tous ceux qui ressemblent de près ou de loin à un représentant du pouvoir. A Londres, le roi et son entourage ont trouvé refuge dans la Tour de Londres lorsque la cité est investie par les révoltés, auxquels se sont d’ailleurs ajoutés quelques bandits. Le sang coule, jusqu’à ce que Richard décide d’affronter la foule. Il se présente donc dans un champ, aux abords de Londres et accorde des chartes d’affranchissement. A peine calmée, la révolte reprend de nouveau et le roi reprend les négociations. Le maire de Londres a alors un geste malheureux : il frappe le chef des rebelles. La masse est prête à en découdre lorsque Richard se présente, seul, face à elle. Les paysans, subjugués, acceptent de le suivre hors de la ville où ils sont massacrés sans pitié…
Richard a imprimé sa marque : celle de la trahison. Mais si ce premier acte sera sans conséquence directe pour le jeune roi, le second sera fatal.
 A la mort de son oncle, le duc de Lancastre, Richard s’empare de son héritage, privant son cousin Henri de ses droits légitimes. Ce dernier ne tarde pas à réagir en préparant un coup d’Etat : Richard est jeté en prison et Henri de Lancastre couronné sous le nom d’Henri V.
Le règne, bref, de Richard II n’aura donc été marqué que par deux faits, deux méfaits. Un règne bien malheureux en vérité.

Jeanne, la Pucelle qui sauva la France

Sainte Jeanne d'Arc (1412-1431), au sacre de Charles VII.
Sainte Jeanne d’Arc (1412-1431), au sacre de Charles VII.

Réjouis-toi, franc royaume de France,
À présent Dieu pour toi se combat.

Ces quelques vers de Charles d’Orléans résument, en deux lignes, ce qui fit le succès de Jeanne.
Jeune bergère des marches de Lorraine, Jeanne n’a que dix-sept ans quand elle se rend auprès du « gentil dauphin », Charles de France, pour le convaincre qu’il est bien le roi de France choisi par Dieu. Dotée d’une armure, tenant haut son étendard marqué des noms de Jésus et de Marie, Jeanne a tout d’un ange pour cette France désespérée. Catherine Claude écrit à son propos :
La parité avec les hommes, elle ne la demande pas. Elle la prend quand ceux qui gouvernent, non seulement ne font pas face aux obligations qui découlent de leur rôle, mais prolongent et redoublent les effets de la guerre par leurs disputes meurtrières.

On peut discuter aussi longtemps qu’on le désire sur les voix que Jeanne a entendu et qui l’ont conduit à prendre les armes, cela ne servirait à rien. Une chose est indiscutable : Jeanne combat pour la France, justement parce qu’elle est femme, parce qu’elle a « grand pitié » du royaume de France. Et malgré son armure, elle reste une femme, une enfant même, qui jamais, au cours de son épopée, ne lèvera l’épée. D’ailleurs, elle n’en a même pas ! Son rôle est de rassurer le dauphin, de le conseiller pour qu’il se fasse couronner à Reims, d’encourager les troupes de Charles VII. Et en cela, Jeanne reprend tout simplement  un rôle qui fut, depuis toujours, le privilège des femmes.
Orléans tombe, suivi de Patay, Beaugensis, Meung. Puis le dauphin est sacré à Reims et devient pour tous Charles VII. Quand, à Compiègne, elle tombe aux mains des Bourguignons, elle a accompli sa mission. La suite n’est qu’un procès truqué, avec à la clef une condamnation d’office. Ayant lié si étroitement son destin à celui de Charles VII, il fallait, pour discréditer le nouveau roi, « la faire condamner comme une pitoyable aventurière, une hérétique obstinée, rebelles aux saintes lois de l’Église ».
Alors la cause royale, poursuit Régine Pernoud, se trouverait à tout jamais compromise pour s’être servie des maléfices d’une illuminée.
La manœuvre des Anglais sera un échec cuisant : à peine est-elle condamnée et brûlée, que Jeanne devient, pour le peuple de France, une héroïne, une sainte. Son procès de réhabilitation, en 1456, puis sa canonisation, en 1920, ne font qu’officialiser une idée ancrée depuis déjà des siècles dans les mentalités du peuple de France, au point que, dès le XVe siècle, les habitants d’Orléans célèbrent par un défilé la délivrance de leur ville par Jeanne.

Les Plantagenêts : une famille « française »

Mort de Foulques Nerra, comte d'Anjou, à Jérusalem (gravure du XIXe siècle).
Mort de Foulques Nerra, comte d’Anjou, à Jérusalem (gravure du XIXe siècle).

C’est en France qu’est née la dynastie Plantagenêt. En France et plus précisément entre Angers et Le Mans, par la grâce -et le mariage- de Foulques d’Anjou qui rattachait le Maine à l’Anjou et doublait ainsi son comté. Fils de France, donc, Foulques d’Anjou le sera, tout comme son fils, Geoffroy V, qui sera le premier à prétendre au titre de prince et le premier à mériter le surnom de Plantagenêt. La légende veut en effet qu’il portât habituellement une branche de genêt à son chef. Hasard ou désir de rappeler la vision dont il aurait était témoin, celle d’une licorne à tête de femme traversant un champ de genêt ? Peu importe en fait. Geoffroy sera donc à l’origine du surnom mais aussi à l’origine de sa prospérité.
Surnommé le Bel -avant d’être le Plantagenêt-, Geoffroy V épouse en 1127 Mathilde l’Impératrice. Veuve d’Henri V, elle est surtout l’unique héritière d’Henri Ier Beauclerc, fils cadet de Guillaume le Conquérant et souverain d’Angleterre. De fait, s’il n’est nullement question d’une loi salique en Angleterre, les faits sont là et c’est bien évidemment le premier à s’assurer le concours de la noblesse qui l’emporte. En l’occurrence, ce ne sera pas Mathilde qui se voit damer le pion par son neveu, Etienne de Blois, petit-fils par sa mère du célèbre vainqueur de Hastings. Mathilde va dès lors mettre toute son énergie pour reconquérir un trône, à son sens usurpé.
Henri II Plantagenêt et sa cour (gravure du XIXe siècle).
Henri II Plantagenêt et sa cour (gravure du XIXe siècle).

Un trône que son double prestige de fille d’Henri Beauclerc et d’impératrice -même si, pour le coup, le titre était désormais usurpé-, aurait dû lui assurer. Dire que Geoffroy s’investit beaucoup dans les prétentions de son épouse serait abuser. D’autant que la véritable guerre civile qui oppose les deux héritiers s’éternise et que Geoffroy a fort à faire à assurer ses propres possessions. Seule sa tentative d’annexion du duché de Normandie pourrait être considéré comme un soutien continental au dessein de son épouse, si l’on omet de rappeler que les Anjou avaient déjà prétendu dessaisir les Normands du temps de Richard sans Peur ou de Guillaume le Conquérant. En fait Geoffroy ne s’inquiétait que de ses propres domaines et c’est tant mieux si ses intérêts convergeaient parfois avec ceux de son épouse.
Cette dernière avait fort à faire avec son neveu Etienne de Blois. Couronné roi d’Angleterre, soutenu par une noblesse qui préférait laisser les rênes du pouvoir aux mains d’un homme, quelles que soient ses compétences, Etienne Ier contraindra même son adversaire à la soumission en 1148, après plus de dix ans de conflit. Une soumission qui ne sera que de courte durée et qui trouvera un épilogue commun aux deux parties après la mort du fils d’Etienne… qui désignera alors le fils de Mathilde et de Geoffroy, Henri, comme son héritier. Et en 1154, Henri II Plantagenêt devenait roi d’Angleterre… Un titre, une réalité même, qui n’empêchera nullement le fils de l’Impératrice d’être fortement attaché à sa terre du continent. Un domaine qu’il agrandira en épousant, Aliénor d’Aquitaine ; un domaine "français", continental plus exactement, qui faisant du roi d’Angleterre un vassal plus puissant que le roi de France… et de très loin. De fait il faudra les échecs successifs de Jean sans Terre pour que les Anglais perdent pratiquement toutes leurs possessions continentales et, par le fait même, se détachent nettement du berceau familial. Un berceau qui avait accueilli les restes d’Aliénor d’Aquitaine, d’Henri II et de Richard Cœur de Lion, tous trois enterrés en l’abbaye de Fontevraud.

Robert d’Artois, le « baron écarlate »

Sceau de Robert Ier d'Artois, fils de saint Louis.
Sceau de Robert Ier d’Artois, fils de saint Louis.

S’il est un  personnage que les amateurs des Rois maudits aiment, c’est évidemment Robert d’Artois, le fameux « baron écarlate » de la saga médiévale. Un personnage qui apparaît comme un indispensable de l’histoire de France… ce qu’il ne fut pourtant pas. En effet, ce n’est pas lui qui, agissant par vengeance envers sa tante Mahaut, incita Isabelle de France à dénoncer la conduite de ses belles-sœurs -ce qu’ elle ne fit d’ailleurs pas ; pas plus que Robert ne tenta d’empoisonner ou d’ensorceler qui que ce soit. Robert d’Artois, bien que dépourvu de terres conséquentes, était un grand seigneur, qui marqua son époque par les procès qu’il perdit et qui ne connut la fortune et le pouvoir que sous Philippe VI de Valois…
Le tout premier comte d’Artois, Robert Ier, était le frère de Saint Louis, celui qui s’était tant « distingué » par sa folle témérité à Mansourah. Il avait eu un fils, Robert II qui lui-même avait engendré un fils, Philippe, et une fille Mahaut. Cette dernière avait été donnée en mariage à Othon IV de Bourgogne, seigneur de la Comté -soit la Franche-Comté- et Philippe avait épousé Blanche de Bretagne de qui il avait eu un héritier mâle, notre fameux Robert.
En fait, la fameuse affaire d’Artois va être déclenchée par la mort prématurée de Philippe d’Artois qui, en 1298, tombe à la bataille de Furnes. Lorsque, quatre ans plus tard, à Courtrai, Robert II périt à son tour, l’Artois tombe dans les mains de Mahaut. Pourquoi ? Comment expliquer que Robert, le fils de Philippe, ait ainsi été spolié, comme il aimera tant à le dire ? En fait, il n’y aura pas vraiment spoliation : Mahaut profitera simplement de la jeunesse de son neveu -alors âgé de 15 ans-, d’une vieille coutume d’Artois et du jeu politique de Philippe le Bel.
Coutume et intérêt politique
En effet, la coutume successorale d’Artois voulait que la prééminence des mâles ne joue que sur le premier degré. Ainsi, le comte Robert II ayant un fils et une fille, son fils héritait naturellement. En cas de mort de ce dernier cependant, le comté revenait à l’enfant survivant, fille ou garçon, et non à un petit-enfant. Cette coutume n’avait rien d’extraordinaire et on trouve de nombreux exemples d’héritage féminin, notamment en Champagne, où existait même la « noblesse du ventre », et en Guyenne.
Lorsqu’en 1302, après la mort du vieux comte Robert II, se posa la question de la succession d’Artois, les intérêts de Philippe le Bel coïncidaient peu, pour ne pas dire pas du tout, avec ceux de son neveu. Le roi de France voulait s’étendre sur les marches de l’Est : pour ce faire, il lui fallait l’appui, pour ne pas dire l’alliance, d’Othon IV de Bourgogne, possesseur de la Comté, qui était terre d’Empire. Et comment favoriser cette alliance autrement qu’en soutenant la cause de l’épouse même d’Othon, Mahaut d’Artois ? Mahaut hérita donc, acquerrant ainsi le rang de pair du royaume, et Philippe le Bel obtint pour son fils cadet, Philippe de Poitiers, la main de la fille unique et de l’héritière d’Othon et de Mahaut, Jeanne. Sans combattre, Philippe avait récupéré la Comté ; sans soutien, Robert avait perdu titres et terres… d’où la haine visérale de Robert à l’encontre de Mahaut à qui pourtant on ne peut que reprocher d’avoir su profiter d’une vieille coutume.
Les procès de Robert

Robert d'Artois, le
Robert d’Artois, le "baron écarlate", plaidant sa cause devant le lit de justice.

Voilà donc pourquoi Robert avait été évincé ; voilà maintenant pourquoi il perdit son ultime procès.
Déjà, en 1308, Robert et sa mère avaient tenté un recours auprès du roi, recours qui, on s’en doute, s’était soldé par la confirmation de la coutume d’Artois et de l’héritage de Mahaut. L’avènement de Philippe V et surtout l’apparition de la fameuse loi salique, qui exclut les femme de la succession de France, font renaître les espoirs de Robert. Mais c’était oublier que la loi salique ne vaut que pour le royaume de France et que Philippe V est le gendre, donc l’héritier par sa femme, des terres de Mahaut et d’Othon IV… En 1316, Robert entame un nouveau procès. Ce sera un nouvel échec. Enfin, quand Robert voit l’avènement de son beau-frère Philippe VI, il croit que l’affaire est, cette fois-ci, « dans la poche ».
Pour ce dernier recours, en effet, Robert, qui avait semble-t-il retenu la magistrale leçon donnée par Philippe V lors de sa prise de pouvoir, décida de fonder tous ses espoirs sur les écrits, qui semblaient tout à coup plus forts que les coutumes. Selon lui, il existait un contrat dans lequel le comte Robert II précisait « que les enfants de Philippe le représenteraient s’il mourait avant le comte son père » (Favier) ; contrat qui aurait été détruit par Mahaut. Certes, cela n’avait rien d’étonnant de la part de la comtesse toute-puissante que nous présente les Rois maudits, mais comment aurait-elle pu détruire, en toute impunité, ces fameuses « convenances » faites et lues publiquement lors du mariage de Philippe d’Artois et de Blanche de Bretagne en 1281 ? Comment Mahaut aurait-elle détruit un document conservé en double au Trésor des chartes ? Comment aurait-elle fait soudainement perdre la mémoire à tous ? Nul ne le sait et Robert s’embarrassait peu de ces questions oiseuses. Pour faire bonne mesure, il fit même fabriquer des faux ce qui, lors de son procès, fut découvert. Un tel acte de la part d’un pair du royaume était inacceptable et Robert prit l’option de la fuite… vers l’Angleterre.
Une fuite qui sera perçue comme une impardonnable trahison par les historiens du XIXe siècle, fort attachés à l’idéal patriotique, mais qui n’enlève rien à la fascination que le roman de Druon su créer en engendrant le personnage du « baron écarlate ».

Sixte V : l’homme de fer du Vatican

Sixte V (1520-1590).
Sixte V (1520-1590).

Rapidement après la mort du fondateur de leur ordre, les Franciscains vont abandonner la stricte règle émise par saint François pour devenir une des "armes de pointe" de la chrétienté. Une arme dans le domaine de la connaissance et de la prédication, deux terrains qu’ils partageront avec les Dominicains.
C’est donc parmi ces Franciscains de deuxième génération, si l’on peut s’exprimer ainsi, que va apparaître un certains nombre de grands prédicateurs ou, tout simplement, de grands hommes de l’ordre. Parmi eux, Felice Perreti, fils d’un jardinier, entré chez les Franciscains de Montalto à l’âge de douze ans, devenu prêtre en 1547 (à vingt-six ans), qui se distinguera d’abord comme professeur et comme prédicateur avant de devenir le général de son ordre, en 1566. La "carrière" de Felice Perreti avait été fulgurante ; elle ne s’arrêtera pas là. En 1570, il coiffe le chapeau de cardinal, devient l’année suivante évêque de Fermo et est finalement élu pape en 1585 sous le nom de Sixte V. Intelligent, énergique aussi, il saura mettre fin à l’anarchie romaine, refaire de l’administration vaticane une organisation exemplaire, réparer des monuments, faire bâtir l’Acqua Maria et déterrer l’obélisque de Caligula, qui ornera dès lors la place Saint-Pierre.
Surtout, il réorganisera la curie romaine, donnant aux quinze congrégations de la cité leurs statuts et fixant le nombre de cardinaux à 70. En politique étrangère également, Sixte V jouera un rôle non négligeable, maintenant l’équilibre entre les puissances catholiques. En effet, s’il encouragea Philippe II d’Espagne contre les protestants de France et d’Angleterre, il mettra aussi en échecs les visées de ce dernier sur la France et traitera favorablement Henri IV, encore protestant.
Au final, cet homme de fer paraît avoir été aussi important pour l’Eglise elle-même, une Eglise frappée de plein fouet par l’hérésie protestante, que pour la chrétienté dans son ensemble.

Pierre l’Ermite, le héraut malheureux de Dieu

Le 18 novembre 1095, les cris de Dieu le veut ! retentissent sous les murs de Clermont. Le pape Urbain II (1042-1099) vient de lancer un appel solennel à la Croisade après que Pierre l’Ermite l’ait convaincu de délivrer les Lieux Saints à Jérusalem.
Pierre l’Ermite est né dans le diocèse d’Amiens. Devenu veuf, il prend l’habit de moine.
-C’est, dit un chroniqueur du temps, un homme de petite taille et d’un extérieur misérable, vêtu d’une tunique de laine et d’un manteau de bure qui descendait jusqu’au talon, et marchant les bras et les pieds nus ; mais son esprit était prompt et son œil perçant, son regard pénétrant et doux, sa parole éloquente; une grande âme habitait ce faible corps et il prêchait partout le peuple avec une merveilleuse autorité.
Accompagné de Gauthier Sans-Avoir, un chevalier bourguignon, Pierre l’Ermite parcourt les campagnes de France et même d’Europe. Parti avec quinze mille Français, il traverse l’Allemagne, la Hongrie et la Bulgarie pour atteindre enfin Constantinople avec cent mille hommes et femmes portant une croix rouge sur leur vêtements.
Alexis Ier Comnène (1048-1118), empereur byzantin, se hâte de mettre ses navires à la disposition de cette foule de croisés et leur fait passer le détroit du Bosphore. Sans organisation, ni protection armée, l’armée turque massacre la majorité des croisés de Pierre l’Ermite dans la plaine de Nicée. Ce dernier en réchappe et, de retour à Constantinople, se joint à la croisade armée des chevaliers occidentaux. En 1099, il assiste à la prise de la ville de Jérusalem.
Revenu en Europe, il fonde en Belgique le monastère de Neufmoutier, où il meurt le 7 juillet 1115.

Li Shimin, le grand réformateur de la Chine des Tang

Li Shimin (600-649).
Li Shimin (600-649).

Véritable fondateur de la brillante dynastie des Tang, Li Shimin laisse le souvenir d’un empereur plein de vertus et de sagesse. Pourtant, c’est au prix de sombres intrigues et de meurtres qu’il monte sur le trône de Chine.
Li Shimin, qui voit le jour en l’an 600 de notre ère, est issu d’une illustre famille de la province de Shandong, au nord-est de la Chine. En 605, l’empereur Yang accède au pouvoir mais, par ses extravagances, ce personnage tyrannique entraîne le pays au bord de la catastrophe. Atteint de mégalomanie, il épuise en outre son armée dans des combats sans fin. Celle-ci vient d’essuyer une défaite sans précédent en Corée, quand le souverain lance ses hommes contre les Turcs, en 615. Le désastre est évité de peu grâce à un stratagème de Li Shimin mais, las de son maître despotique, le peuple se révolte. Li Shimin passe dans le camp des opposants. L’anarchie s’installe dans tout l’empire et provoque la chute de Yang.
Plein d’une ambition démesurée, Li Shimin, qui participe avidement à la course au trône, parvient à installer son père Li Yuan à la tête de l’Empire chinois. À peine a-t-il réussi à écarter ses adversaires qu’un nouvel obstacle apparaît : deux de ses frères qui briguent la succession cherchent à l’éliminer. L’atmosphère du palais devient pesante.
En 626, les partisans de Li Shimin organisent une embuscade au cours de laquelle les deux frères sont assassinés. Contraint d’abdiquer, le vieux Li Yuan cède sa place à Li Shimin qui monte sur le trône à l’âge de vingt-six ans.
Durant tout son règne, le monarque s’emploie à restaurer la puissance et la prospérité de l’empire déchu. Entouré de gens extrêmement compétents, il accomplit des réformes décisives en matière juridique et administrative en humanisant notamment le code des Tang qui régit toute la pensée juridique d’Extrême-Orient. L’empereur allège également l’administration fiscale en prenant soin de ne pas écraser ses sujets par de lourds impôts. Enfin, grâce à des conquêtes sur les Turcs et les Tibétains, il élargit les limites de ses possessions. C’est aimé et respecté de son peuple que Li Shimin s’éteint, en 649.