Dans l’enfer de Verdun

Verdun, le 21 février 1916. Les soldats français creusent sans relâche les tranchées lorsqu’un bruit assourdissant, audible à cent cinquante kilomètres à la ronde, les projette en enfer. Ce jour-là, l’armée allemande enverra près d’un million d’obus. Le pilonnage, méthodique et quotidien, décidé par l’État-major et le Kronprinz lui-même, a pour but de faire céder ce bastion chargé d’histoire. Mais Verdun résiste encore et toujours. Après trois cents jours de combat, les pertes -tués, blessés ou prisonniers- atteindront, des deux côtés, entre sept cent mille et un million d’hommes.
Une génération entière s’est battue à Verdun qui devient alors le symbole de la résistance française à l’ennemi.

Au nom de tous les Celtes ?

Un druide gaulois (gravure du XIXe siècle).
Un druide gaulois (gravure du XIXe siècle).

Depuis des mois, la Bretagne était le théâtre de profanations en tout genre : destructions de croix et de calvaires, saccages d’église, incendies, en juin dernier, d’une chapelle du XVIe siècle à Loqueffret… Le 21 juin 2007, l ‘énigme paraît résolue. Les profanateurs : une bande de trois ou quatre individus qui se présentent eux-mêmes comme le dernier rempart contre « la lente extinction de la culture païenne et des croyances druidiques en Bretagne ». Une piètre ligne de défense en vérité. Car si la religion celte a disparu, c’était il y a des siècles. Quant au druidisme actuellement en vigueur, il ne date guère que du XVIIe siècle. C’est sous l’impulsion d’un William Stuckley en Angleterre ou d’un Iolo Morgannwg –né Edward Williams- au Pays de Galles que le néo-druidisme fait son apparition en Europe. La redécouverte du monde celte par les Antiquaires –nom donné à des passionnés d’histoire au XVIIe-XVIIIe siècles- avait été à l’origine de ce renouveau druidique. Un druidisme teinté de romantisme, mâtiné de franc-maçonnerie et, surtout, relativement ignorant du monde celte. Car s’il est une chose positive que provoqua le néo-druidisme, c’est, sans conteste, un regain d’intérêt des historiens sur cette période de l’histoire européenne. Un regain d’intérêt qui annonçait et annonce encore un champ de découvertes passionnantes.
Qu’est-ce réellement que le druidisme ? Si l’on en croit les dernières recherches en la matière, le druidisme était avant tout une concentration de connaissance et de savoir. Et la culture païenne dont se réclament les incendiaires de Loqueffret, apparaît avant tout comme une religion basée sur le culte de la Terre-mère, une religion entièrement tournée vers l’échéance suprême, celle du passage vers l’Autre monde. En cela, le néo-druidisme respecte la religion des premiers siècles. Une religion qui se veut en plein accord avec les mystères de la Nature –qui pour l’occasion mérite un « N » majuscule-, la célébrant par des rituels bien innocents.

Druide dirigeant une réunion de clan, d'après une gravure du XIXe siècle.
Druide dirigeant une réunion de clan, d’après une gravure du XIXe siècle.

Aucune innocence, par contre, dans l’action du TABM, le True Armoric Black Metal, qui a revendiqué les déprédations de ces derniers mois en Bretagne. Sataniste, anti-chrétien comme le suggère son nom même, le TABM n’a certainement rien compris à la culture celte qu’il revendique si violemment. S’indigner « qu’en Bretagne, la chrétienté ait pris le pas sur les cultes païens et autres croyances ancestrales d’Armorique », c’est oublier, un peu vite, que l’expulsion des Tuatha de Danann vers le monde de l’Autre monde date des Celtes eux-mêmes. Une expulsion qui, si l’on s’en réfère à la mythologie irlandaise, doit tout à l’arrivée des Gaëls –les hommes. C’est oublier également que si ces messieurs ont pu ne serait-ce que se prévaloir de quelques croyances celtiques, c’est aux moines chrétiens qu’ils le doivent. C’est oublier enfin l’essence même du druidisme : l’accumulation de connaissances. Pas sa destruction.

Le père de l’Action française

Charles Maurras (1868-1952).
Charles Maurras (1868-1952).

Écrivain et journaliste de talent, Charles Maurras, né à Martigues en 1868, est avant tout connu comme un théoricien politique et le fondateur d’Action française.
Nationaliste engagé lors de l’affaire Dreyfus, opposé au principe démocratique, il allait jusqu’à prêcher « la violence au service de la raison », principe parfois mis en application par le mouvement des Camelots du roi, et mettait l’amour de la nation au-dessus de tout.
Maître à penser de toute une partie de la jeunesse de droite, il commença, par la violence de son discours, à indisposer sérieusement les autorités religieuses et ses écrits furent condamnés.
Souvent décrié pour son extrémisme, lors de la Seconde Guerre mondiale, Maurras ne suivra pourtant pas la voie de certains de ses disciples, comme Darnand, et s’opposera à la fois aux « collaborateurs » de Paris et aux « dissidents » de Londres. Il continuera à publier son journal jusqu’en 1944, sans cacher sa haine de l’Allemagne.
Condamné à la réclusion à perpétuité à la Libération, il sera cependant grâcié en 1952.

Ferdinand de Lesseps : un héritage impérissable

Ferdinand de Lesseps (1805-1894).
Ferdinand de Lesseps (1805-1894).

À l’inauguration du canal de Suez, en 1869, Ferdinand de Lesseps acquiert une très grande popularité. Enivré par ce succès, il décide, en 1876, de percer l’isthme de Panama. L’idée, en fait, est très ancienne : dès 1529, on a pensé à cette entreprise, compte tenu de la minceur de cet isthme, mais elle ne commence à prendre corps qu’à la fin du XIXe siècle. En 1872, les États-Unis envisagent la percée par l’isthme de Tehuantepec au Mexique et, quatre ans plus tard, se constitue en France un « Comité pour le percement d’un canal interocéanique », dont la présidence échoit tout naturellement à Ferdinand de Lesseps.
Pour mener à bout cette tâche gigantesque, il faut beaucoup d’argent et, faisant appel à l’épargne publique, on crée, le 20 octobre 1880, la « Compagnie universelle du canal interocéanique ».
Les travaux commencent aussitôt et c’est avec la même foi qu’à Suez que Lesseps entreprend le percement de l’isthme de Panama. Cependant, les difficultés financières s’accumulent. Malgré la succession d’emprunts que Lesseps lance et la fortune colossale qu’il engloutit, la compagnie de Panama fait faillite, en février 1889.
Cet échec touche si profondément Ferdinand de Lesseps qu’il tombe dans une sorte d’hébétude et finit par sombrer dans l’inconscience. Il meurt, le 7 décembre 1894, sans avoir eu connaissance de la condamnation qui le frappait : cinq ans de prison et trois mille francs d’amende.

Syndicalisme et corporatisme : des mouvements dévoyés

Vitrail du Moyen Age représentant la corporation des maçons.
Vitrail du Moyen Age représentant la corporation des maçons.

Ca y est : on l’annonce sur toutes le sondes, dans tous les journaux, les syndicats sont vent debout. La raison de cette effervescence ? La suppression annoncée –et espérée par la majorité des Français- des régimes spéciaux. Malgré tout, on le sait, certains leaders syndicaux l’ont déjà annoncé : « la rentrée va être musclée ». De fait, cela fait des dizaines d’années que les mouvements syndicaux s’opposent, grèves à l’appui, à toute forme de changement ; des dizaines d’années également que le syndicalisme et le corporatisme handicapent fortement l’économie française. Pourtant, à l’origine, ces mouvements, l’un étant né de l’autre, avaient l’apparence –et le fond d’ailleurs- d’initiatives heureuses.
Il faut remonter à la plus haute Antiquité pour retrouver trace du corporatisme. Solon lui-même édictera les premières règles juridiques de ce corporatisme d’artisans libres –en opposition aux esclaves-, avant de basculer dans la Rome étrusque qui reprendra à son compte le principe, créant des collèges d’artisans réunis pour sacrifier à la même divinité et pour assurer une caisse commune d’aide. La Rome impériale multipliera même ces corporations en faisant, dès lors, des instruments du gouvernement. Leur rôle n’était pas anodin cependant et c’est à elles que l’on devra, aux premiers siècles de notre ère, la fixation salariale. Balayées par les invasions germaniques et les bouleversements qui en résulteront, les corporations vont renaître dans toute l’Europe dès le Xe-XIe siècles, époque qui correspond à un renouveau économique et, surtout, à la part grandissante de l’économie urbaine.
C’est le milieu des marchands qui, cette fois, donne « le coup d’envoi ». Les maçons, les orfèvres, les boulangers, tous les métiers se verront bientôt dotés de leur corporation, une confrérie à la fois professionnelle et religieuse. A elle de réglementer l’évolution dans le métier, de veiller à l’apprentissage, aux respect du statu des maîtres comme des ouvriers. La protection des travailleurs était, bien entendu, une des préoccupations majeures de ces corporations –d’où leur parenté reconnu avec le syndicalisme-, qui assuraient la protection des veuve, des orphelins, des vieillards. Malgré tout, dès le XIVe siècle, le système se dévoie : le pouvoir royal intervient systématiquement et les maîtres se jouent des règles pour accorder à qui bon leur semble et selon leur intérêt une maîtrise devenue indispensable. Cela n’empêchera cependant pas les corporations de se multiplier au fil des siècles jusqu’à ce que la Révolution française les supprime définitivement par la loi Le Chapelier de 1791. Certes, cela faisait des années, que le système était sclérosé, dépassé et même de plus en plus remplacé par les manufacturiers.
La défense des travailleurs

Affiche (dans le plus pur style soviétique) de la CGT.
Affiche (dans le plus pur style soviétique) de la CGT.

Mais leur suppression brutale va intervenir au moment où l’ère industrielle prend son essor et c’est un ouvrier désemparé qui va se retrouver face à un capitalisme outrancier. On sait le résultat : des conditions de travail indignes, des ouvriers pressurés. Il faudra attendre la prise de pouvoir de Napoléon III pour voir apparaître un semblant de mouvement ouvrier. Des mouvements qui se voient accorder le droit de grève ou celui, plus élémentaire, de se réunir. Des mouvements qui vont devoir battre en retraite rapidement, en fait dès la mise en place de la très bourgeoise IIIe République. Malgré tout, le monde ouvrier va recréer, avec acharnement, un groupement attaché à la défense des travailleurs. De tous les travailleurs. C’est du moins l’objectif affiché aux premiers jours du syndicalisme, digne héritier des corporations des origines. Défense des travailleurs et de leur famille, amélioration des conditions de travail paraissent en tête des revendications syndicales. Des revendications partagées par le plus grand nombre si l’on en croit le nombre étonnant de syndicats à la fin du XIXe et au début du XXe siècle –on en comptera un peu plus de 5000. Regroupé en un syndicat unique, la mythique CGT, qui née en 1902, le syndicalisme affiche un apolitisme réel –il est d’ailleurs spécifié dans la charte d’Amiens en 1905. Un apolitisme qui ne durera guère : noyauté par les partis de gauche, toujours plus à la gauche de la gauche, le syndicalisme made in XXIe siècle est un syndicalisme tout simplement dévoyé. La baisse de fréquentation qu’il connaît ces dernières années en France tient autant à son engagement politique déclaré qu’à son manque de réalisme. Car ce n’est pas le syndicalisme qui pose problème en soi, mais bien le syndicalisme à la Française, les autres pays européens –notamment scandinaves- connaissant une affiliation à l’un ou l’autre syndicat de près de 80% des travailleurs. Mais depuis longtemps les mouvements syndicaux ont décrété l’immobilisme comme religion d’Etat, au point d’empêcher la création de tout nouveau syndicat.

La convention d’El-Arich

Portrait de Kléber (1753-1800).
Portrait de Kléber (1753-1800).

L’aventure française en Égypte débute en juillet 1798 : Bonaparte, à peine débarqué, s’empare d’Alexandrie et entre en vainqueur au Caire. La veille, il a écrasé les mamelouks à la célèbre bataille des Pyramides. Coupé de l’Europe par les navires de l’amiral anglais Nelson, il n’en continue pas moins sa marche conquérante : il se rend en Syrie, où il s’empare de Gaza et de Jaffa, avant d’échouer devant Saint-Jean-d’Acre.
À peine revenu au Caire, Bonaparte quitte la terre d’Égypte et rentre en France, laissant le commandement au général Kléber, qui doit faire face à un véritable soulèvement populaire. Le 24 janvier 1800, jugeant la lutte impossible, Kléber signe la convention d’El-Arich qui doit préparer l’évacuation de l’Égypte. Mais l’attitude de l’Angleterre, qui exige une reddition sans condition, va prolonger le conflit jusqu’au mois de septembre 1801, date à laquelle Menou, général converti à l’islam et successeur de Kléber, signe une capitulation honorable.

Rome, capitale de l’Italie

Cela fait quinze siècles que Rome a perdu son statut de capitale et dix siècles qu’elle est devenue le siège des États pontificaux. Mais, en 1861, l’Italie est unie, ou presque… Il ne manque plus qu’une ville, Rome, que les Italiens veulent pour capitale. Le pape Pie IX refusant toute concession, Garibaldi, le héros de l’indépendance italienne, tente de nombreux raids qui échouent face aux troupes françaises envoyées par Napoléon III. Mais, en 1870, quand les Français sont rappelés dans leur pays, l’armée italienne en profite pour s’emparer de Rome.
Désormais, plus rien ne peut arrêter l’unité et, le 2 octobre 1867, un plébiscite ratifie l’annexion des États pontificaux à l’Italie et Rome devient la capitale.

1918 : enfin la paix !

Georges Clémenceau, dit le Tigre (1841-1929).
Georges Clémenceau, dit le Tigre (1841-1929).

Un seul devoir et simple : demeurer avec le soldat, vivre, souffrir, combattre avec lui, abdiquer tout ce qui n’est pas de la patrie…, proclamait Clémenceau, le « Tigre », en 1917.
Un an après, le 11 novembre 1918, à 11 heures, les cloches sonnent à toute volée dans les campagnes de France : l’armistice a été signé à Rethondes. En ce jour de liesse, on oublie les quatre années d’horreurs, les sept cent mille morts de Verdun et la cruelle guerre des tranchées. La France applaudit et célèbre ses chefs victorieux : « le Tigre », bien sûr, mais aussi tous les généraux comme Foch, Pétain, Joffre, Lyautey, Gouraud, Galliéni, Mangin.
La France a perdu plus d’un million trois cent mille de ses enfants dans cette « der des ders » et l’avenir semble radieux. Rien, en ce jour de gloire, ne laisse prévoir que, vingt ans plus tard, la guerre va prendre sa revanche.

La « laïcité positive »

François Bayrou.
François Bayrou.

On croyait que le voyage de Nicolas Sarkozy au Vatican n’avait eu aucune répercussion, aucun intérêt -notamment du fait de l’absence, ô combien regrettée par les journalistes, de Carla Bruni-, jusqu’à ce que François Bayrou, président du tout nouveau Modem ne se lance dans une virulente diatribe contre les déclarations du président de la République. Vaine polémique ou réel danger ? Car la chose est d’importance, Bayrou accusant tout bonnement Sarkozy de remettre en cause le principe de laïcité républicaine. C’est du moins la traduction que fait le président du Modem du terme, assez fantaisiste et très marqué « Raffarin-Lorie », de « laïcité positive ». Un terme qui ne veut rien dire mais auquel Bayrou fait tout dire, dans une interview parue dans le Figaro du 26 décembre 2007.
Et que reproche François Bayrou au président de la République ? De reconnaître "les racines chrétiennes de la France" ; de reconnaître également que les religions, le sens du spirituel peuvent apporter un plus dans la société. Si, effectivement, c’est là la conception de « laïcité positive » de Nicolas Sarkozy, comment aller à l’encontre de ces déclarations sauf à en devenir malhonnête ? Car monsieur Bayrou, prompt à tirer à vue et sur tout, est loin de démontrer l’inanité de la théorie. La France des Lumières, qu’aiment tant rappeler nos hommes politiques de tous bords, est avant tout l’héritière d’un passé philosophique, théologique, moral et spirituel fondé, comme celui de toute l’Europe d’ailleurs, sur une même morale, une même vision judéo-chrétienne de la société. Ce n’est pas faire œuvre de propagande que de le dire : c’est reconnaître la réalité. Une réalité, d’ailleurs, que nos politiques ont si bien nié qu’ils ont échoué à refonder l’Europe, à l’unir, quand la seule évocation de cet héritage commun aurait suffi à lui donner une même vision d’avenir. Mais peu importe, quand il faut ménager les vieux clichés laïcards et anticléricaux. Des clichés que le « très chrétien » monsieur Bayrou ressort avec une évidence méconnaissance quand il s’en réfère au « guide suprême » des laïcistes, le très anticlérical Jules Ferry. La conception de la laïcité de Bayrou est celle de Ferry ? C’est qu’il est donc anticlérical !
Caricature illustrant la politique laïque de Jules Ferry.
Caricature illustrant la politique laïque de Jules Ferry.

Quant à considérer que le spirituel n’a nul place dans la société, c’est méconnaître profondément le principe religieux qui est, par définition, un principe de vie. Est-ce à croire que ce chrétien convaincu, comme il aime à se définir lui-même, est capable, mieux que tout autre, de compartimenter sa vie en publique-privée, politique-religion, pensée-action peut-être aussi ? Sauf qu’une telle séparation, même lorsqu’elle est possible, n’a guère d’intérêt. Que penser en effet d’une personne qui serait capable de se comporter de telle ou telle façon dans le domaine public et d’une manière totalement opposée dans la sphère privée ? Qu’il s’agit d’un schizophrène ou d’un hypocrite, sans doute. Quant à l’intérêt de faire entrer la réflexion morale spirituelle dans une réflexion plus large au niveau national, le chantre de l’anti-sarkozysme y voit un retour de cet « opium du peuple », dénoncé dans ces mêmes termes par Karl Marx. Une référence, encore, que semble ne pas maîtriser le président du Modem qui, une fois encore, se lance dans les généralités. Car « l’opium du peuple » n’est rien d’autre que l’antidote au matérialisme dont notre société est gorgée et que Bayrou et Marx dénoncent avec une même hargne. Et effectivement, comment admirer, souhaiter une société uniquement centrée sur elle-même ? Sauf que ce matérialisme est la conséquence directe de la négation du spirituel, de la mise en avant de l’homme au-dessus de tout, bref, de l’humanisme. Ce dernier, en plaçant l’homme au centre de toutes les préoccupations et, surtout, de toutes les réflexions, n’engendre rien d’autre que matérialisme, égoïsme, narcissisme. Lorsque l’homme ne porte plus ses regards vers le haut, c’est vers lui-même, vers son petit monde, son petit bien-être qu’il se penche. Ce qui engendre le matérialisme, la surconsommation, le manque d’humanisme au fond…
Dans sa polémique stérile sur le discours du président de la République, monsieur Bayrou a, finalement, achevé de se discréditer prônant, en quelques mots, ce qu’il se faisait fort de combattre. Rien de bien positif en somme…

L’homme est-il un animal comme les autres ?

Le pape Benoît XVI.
Le pape Benoît XVI.

L’homme est un animal. Mais n’est-il que cela ? Et n’est-il qu’un animal sexuel ? C’est ni plus ni moins la question que pose l’Eglise catholique depuis pas moins de vingt ans, depuis l’apparition du sida et la promotion du préservatif comme seul moyen d’échapper à cette maladie. Benoît XVI ne fait que réaffirmer la position de l’Eglise, celle de Jean-Paul II avant lui. Et comme son prédécesseur, voici que les foudres médiatiques s’abattent sur lui avec toujours le même discours, la même critique. Pourtant, on peut légitimement se poser la question de savoir qui des deux est le plus criminel : celui qui prône l’assouvissement de ses instincts, quel qu’en soit le prix ; ou celui qui prêche pour une sexualité dépassionnée ? Qui est le plus criminel : celui qui vante l’amour libre, consommable, multiple ; ou celui qui se fait le chantre de la fidélité ? Car c’est bien là la vraie question, le vrai débat pour l’Eglise catholique. Un débat que les sociétés civiles se refusent à admettre parce que la consommation -quelle soit sexuelle ou autre- prime sur tout ; parce qu’il semble aberrant de penser que les passions peuvent être maîtrisées… que l’on soit Européen ou Africain, Blanc ou Noir.
Il est étonnant de constater que ce que l’Eglise affirme depuis vingt ans à travers le monde entier, choque plus particulièrement lorsque ces propos sont tenus en Afrique. Serait-ce que le pape est le seul à considérer que, comme les Européens, les Africains sont capables de parvenir à "une humanisation de la sexualité, c’est-à-dire à un renouveau spirituel et humain qui apporte avec soi une nouvelle façon de se comporter l’un avec l’autre" ? Cette citation de Benoît XVI fait immédiatement suite à ses propos disant que "on ne peut pas résoudre ce problème par la distribution de préservatif" et que les médias ont abondamment relayés. De fait, il est évident que le discours axé uniquement sur le préservatif et son usage a montré ses limites. Pourquoi, dès lors, un autre discours serait-il impensable ? Pourquoi, aussi, les médias n’ont-ils donné qu’une information tronquée ? Pourquoi ont-ils volontairement -car on ne saurait les accuser de ne pas savoir faire leur métier, n’est-ce pas ?- oublié la demande papale pour la gratuité des soins concernant les malades du sida ?
Mais, contrairement au pape, les journalistes français ne semblent pas considérer que les Africains sont aptes à s’élever au-dessus de leurs instincts sexuels. L’infidélité et le multi-partenariat sont parmi les causes principales de l’extension du sida. Les médecins le savent, l’Eglise le sait et on peut supposer que les médias également. Serait-ce alors que ces mêmes médias considèrent que seul l’Européen -à qui l’Eglise tient le même discours, rappelons-le- est le seul à pouvoir atteindre à un niveau qui ne se cantonne pas à l’animalité ? Serait-ce que, contrairement au pape, qui appelait à Yaoundé les Africains à la responsabilité dans la lutte contre le sida, les médias, intellectuels et politiques français pensent que les Africains en sont incapables ? Serait-ce que, au fond d’eux, nos élites voient les Africains comme inférieurs aux Européens au point qu’ils aient besoin qu’on leur tienne des discours différents ?