Assassinat d’Abraham Lincoln

Le président Abraham Lincoln (1809-1865).
Le président Abraham Lincoln (1809-1865).

Quand la guerre de Sécession éclate aux États-Unis, en avril 1861, Abraham Lincoln vient à peine d’être élu président. A l’orée de ces combats qui vont durer quatre ans, les forces en présence sont inégales : vingt-trois millions d’habitants pour le Nord, l’Ouest et les États du Sud restés fidèles à l’Union contre neuf millions -dont 40 % d’esclaves- pour le Sud. Malgré une résistance acharnée, les troupes sudistes, à bout de ressources, subissent de terribles revers, notamment à Gettysburg et à Richmond. Le 9 avril 1865, leur commandant en chef, le général Lee, se rend aux forces fédérales, mettant ainsi fin à la guerre de Sécession. Mais au moment où le pays n’a jamais eu autant besoin de refaire son unité et de réintégrer en douceur les États vaincus dans l’Union, il perd le seul homme capable d’assurer au mieux cette double tâche.
Cinq jours après la reddition du général Lee, le président Abraham Lincoln est assassiné par un fanatique, John Booth. Assassinat aux conséquences dramatiques : le programme de « reconstruction » élaboré par Lincoln et destiné à réconcilier la nation américaine avec elle-même sera profondément modifié par son successeur, le général Grant.

Nicolas Ier… le Grand ?

Statue en pied de Louis XIV jeune.
Statue en pied de Louis XIV jeune.

Le travail de l’historien consiste, en grande partie, à faire des parallèles entre différentes périodes du passé ou entre passé et présent. Avouons-le tout de suite, il y a des parallèles plus évidents que d’autres ou même plus amusants. Quoi que…
Le 9 mars 1661, Louis XIV a 23 ans lorsqu’il déclare à ses ministres :
-Le cardinal de Mazarin est mort, messieurs les ministres ; c’est à moi que vous vous adresserez désormais. Je veux, à l’avenir, gouverner moi-même le royaume [ … ] Et s’il arrive que j’ai besoin de vos conseils, je vous en demanderai.
Des paroles de roi que l’on pourrait, presque mot pour mot, mettre dans la bouche du premier des Français.  
Et le parallèle ne s’arrête pas là, il s’étend même à tout le système de gouvernement, les ministres jouant le rôle des grands commis d’Etat, les parlementaires celui de la noblesse, tour à tour flattée ou rabrouée, cantonnée dans un rôle de représentation avec, parfois, un titre ou une distinction.
Autant d’os à ronger alors que la noblesse du grand siècle était totalement écartée du pouvoir, placée constamment sous l’œil du maître dans une cage dorée nommée Versailles. Nous n’en sommes pas là ? Peut-être mais il apparaît que le Parlement actuel, appelé à enregistrer, presque les yeux fermés, les décisions présidentielles, finit par s’adonner à l’oisiveté –certains députés trouvent même à travailler ailleurs-, par bruisser de rumeurs de cour…

Mais qu’est-ce qui effraie tant monsieur Darcos ?

Xavier Darcos, actuel ministre de l'Education nationale.
Xavier Darcos, actuel ministre de l’Education nationale.

Qu’est-ce qui effraie tant monsieur Darcos ? Monsieur Darcos et nombre de ses prédécesseurs d’ailleurs qui se voient proposer, maintenant, d’écrire eux-mêmes les programmes d’histoire ! Cela semble incroyable ? En fait c’est presque naturel tant l’histoire est un sujet sensible, une matière apte à la propagation d’idées, voire d’idéaux. Les pseudos historiens du XIXe siècle, ceux de la lignée de Michelet, ceux que Jules Ferry cautionnera, sont de cette école. Leur but, alors, la réécriture de l’histoire, notamment médiévale et monarchique, dans le but de promouvoir l’idéal révolutionnaire mais aussi patriotique. Exagérations, mensonges, inventions : tout est bon pour salir les principes féodaux, religieux des siècles précédents. Tout est bon pour faire des quelques mille ans qui constituent le Moyen Age une période sombre, obscure même. Tout est bon pour présenter les souverains de la Renaissance et des Lumières comme des monarques décadents, oppressifs. Etre historiens, au XIXe siècle, c’était faire œuvre de propagande ! Et il faut croire que rien n’a vraiment changé. A une exception près cependant : si les historiens que XXe siècle n’ont guère eu de mal, pour peu qu’ils s’y soient attachés, à revenir sur les " vérités révélées " du siècle précédent, c’est que la loi, déjà, le leur permettait. Une leçon semble-t-il pour les néo-propagandistes de l’histoire, ceux du XXIe siècle, qui ont pris soin d’empêcher, d’interdire toute recherche, tout débat.
D’où la question : qu’est-ce qui effraie tant les Darcos, Chirac ou autres promoteurs de la législation en histoire pour vouloir ainsi étouffer tout débat ? On se doute bien que l’An Mil, l’Inquisition ou le droit de cuissage ne sont pas en cause dans ce débat. Non, il y a autre chose en cause. Une histoire plus récente, plus douloureuse aussi et qui mériterait, plus que tout autre, d’être ouverte au débat. La cantonner dans un statu quo victimaire ne fait que renforcer l’opposition communautariste au détriment du sentiment national. C’est, en substance, ce que dénonce Elie Barnavi, historien, ancien ministre des Affaires étrangères israélien en France, lorsqu’il proclame que "l’historien ne peut pas travailler sous la menace de la loi" (Marianne n°599). Une opinion que seul un Elie Barnavi peut défendre sans être accusé de révisionnisme. Une opinion pourtant partagée par nombre d’historiens désormais interdits de penser, interdits de débattre, bref, interdits d’exercer leur métier. Des historiens révoltés par l’oppression des lois mémorielles au point de signer un manifeste Liberté pour l’histoire. Des historiens qui, manifestement, n’ont guère été entendu par le pouvoir qui confond encore histoire et mémoire et qui marque clairement son dédain des historiens en les excluant de l’enseignement de leur propre matière. Belle image de cette démocratie qu’on prétend ainsi défendre. Belle confiance aussi accordé aux historiens, comme si eux-mêmes ne savaient pas juger du travail de leurs pairs…

Proclamation de la République cisalpine

Léonard Duphot

 La République cisalpine, organisée par Napoléon Bonaparte, proclamée le 29 juin 1797 et reconnue par l’Autriche au traité de Campoformio, se composait, des pays de Bergame, du Milanais avec Mantoue de Brescia et de Crémone et de la république de Cispadane agrandie de la Valtenine.
Un officier supérieur de l’armée française, Léonard Duphot, qui s’était fait remarquer pendant la campagne d’Italie, fut chargé d’organiser les troupes de la République cisalpine. Mais, à peine Joseph Bonaparte et Duphot, entrèrent-ils dans la ville de Rome que des émeutes éclatèrent. Au cours de l’une d’elles, Duphot tomba, mortellement touché. La République cisalpine était née dans le sang…

Le fils de l’Aigle

Napoléon II, duc de Reichstadt (1811-1832).
Napoléon II, duc de Reichstadt (1811-1832).

Mil huit cent onze ! Ô temps où des peuples sans nombre
Attendaient, prosternés sous un nuage sombre,
Que le ciel eût dit oui !

Le 20 mars 1811, l’Aigle a un Aiglon, Napoléon a un fils ! Après son divorce avec Joséphine, qui ne lui donne pas d’enfant, Napoléon Ier épouse, en 1809, Marie-Louise d’Autriche, la fille de l’empereur François Ier, dans l’espoir d’avoir un héritier. Quand son vœu se réalise, Napoléon est ivre de joie.
Le 22 juin 1815, après les Cent-Jours, le « petit roi de Rome » devient donc Napoléon II : son père vient d’abdiquer en sa faveur. Mais la France préfère se doter d’un souverain de l’ancienne lignée, Louis XVIII et l’Aiglon devient duc de Parme. Réfugié à la cour de son grand-père, en Autriche, où il va prendre le titre de duc de Reichstadt, il mène une vie princière mais tout est mis en œuvre pour effacer jusqu’au souvenir de son père. Quand il meurt à l’âge de vingt-deux ans, le dernier espoir des Bonapartistes s’évanouit.
Plus d’un siècle plus tard, le IIIe Reich décrète le transport des restes de Napoléon II aux Invalides : l’Aiglon est allé rejoindre l’Aigle…

« Il neigeait… »

La retraite de Russie (gravure du XIXe siècle).
La retraite de Russie (gravure du XIXe siècle).

Le 14 septembre 1812, la Grande Armée atteint Moscou. Avides de repos, les soldats de Napoléon pensent trouver l’abondance dans ces édifices, « tous couverts d’un fer poli et coloré », raconte Ségur.
Un rayon de soleil faisait étinceler cette ville superbe de mille couleurs variées. Napoléon s’arrêta lui-même, transporté de joie. Une exclamation de joie lui échappa.
Mais la stupeur remplace la joie : Moscou est déserte… Rostopchine l’a vouée aux flammes. Trois jours, il faudra trois jours pour que l’incendie dévaste totalement la capitale russe et fasse fuir les Français.
Le 17 septembre, le rêve moscovite de l’Empereur s’est évanoui, comme l’a si bien décrit Hugo :
Il neigeait. On était vaincu par sa conquête.
Pour la première fois, l’aigle baissait la tête.
Sombres jours ! L’Empereur revenait lentement,
Laissant derrière lui brûler Moscou fumant.
Il neigeait.

Les « colonnes noires » de Sherman

William Tecumseh Sherman (1820-1891).
William Tecumseh Sherman (1820-1891).

Il est des hommes célèbres, des guerriers, qui ne marquent les mémoires que par les ravages qu’ils ont fait. C’est le cas de Hoche, c’est également celui de Sherman.
Sorti de l’académie militaire de West Point en 1840, William Tecumseh Sherman consacre treize années de sa vie à la carrière militaire avant de se reconvertir dans le civil. Acteur de la pacification de la Floride, il contracte un "beau" mariage et devient banquier à San Francisco. Lorsque débute la guerre de Sécession, Sherman réintègre l’armée mais comme directeur de l’Académie militaire de Louisiane. Ce n’est qu’en 1863 qu’il reprend réellement du service en prenant la tête du 15e corps d’armée du Tennessee avec lequel il se distingue aux batailles de Vicksburg et de Chattanooga. En 1864, il est nommé commandant de l’armée du sud-ouest et c’est en tant que tel qu’il commet un premier fait d’armes malheureux : en septembre 1864, Sherman enlève la ville d’Atlanta aux armées sudistes et livre la ville aux flammes deux mois plus tard. Un épisode rendu célèbre par les images d’Autant en emporte le vent et qui fait entrer Sherman dans l’histoire.
Dès lors, rien ne semble devoir arrêter Sherman, aussi bien dans sa marche glorieuse que dans sa politique de terre brûlée. De fait, sa progression vers la mer et à travers la Géorgie ne sera qu’un long cortège de destructions, de dévastations. En vingt-cinq jours à peine, il fait parcourir pas moins de cinq cents kilomètres à une armée de 65 000 hommes. De Savannah, il poursuit sa route et répand la terreur dans toute la Caroline du Sud, forçant finalement à la reddition le général Johnston. La fin de la guerre (1865) suit de près ce dernier haut fait et Sherman, qui aurait pu être rendu à la vie civil, poursuivra sa carrière militaire comme commandant en chef de l’armée américaine de 1869 à 1884. Il mourra sept ans plus tard, à soixante-et-onze ans.

Abd El-Kader, « sultan des Arabes »

Abd El-Kader (1808-1883)
Partis en 1830 pour une simple expédition punitive contre le dey d’Alger, les Français se retrouvent rapidement maîtres de la ville et de plusieurs ports. Limitant la présence française au littoral, Louis-Philippe favorise alors les alliances avec les chefs indigènes.
Le marabout Abd El-Kader, proclamé le 22 novembre 1832, «sultan des Arabes» par des tribus de l’Oranie, devient l’allié des Français.
Soutenu par la France, il s’empare rapidement de la plus grande partie du territoire algérien alors aux mains des Turcs et organise un État arabe unifié.
Mais, en octobre 1839, Abd El-Kader rompt les accords avec la France qu’il suspecte de chercher à étendre la colonisation et décrète la guerre sainte. La Mitidja est envahie et les colons massacrés. Alors s’engage une guerre sans merci. Adoptant les techniques guerrières de son ennemi, le général Bugeaud, qui s’appuie sur la Légion étrangère, les « Bat’ d’Af » (bataillons d’Afrique) et les spahis, prend très rapidement l’avantage. Après trois ans de guerre, le général Bugeaud contrôle la plus grande partie du pays.
Le marabout Abd El-Kader, traqué, fuit désespérément devant les Français. Le 16 mai 1843, il est pris au piège par le duc d’Aumale qui lance la charge : Abd El-Kader s’enfuit, perdant ainsi le soutien du peuple. L’Algérie se soumet rapidement et le « sultan des Arabes », réfugié en Turquie, meurt en 1883.

Arcole : une histoire d’eau

Bonaparte au pont d’Arcole (détail de la peinture de Gros).
Bonaparte au pont d’Arcole (détail de la peinture de Gros).

Il était grand –par l’ambition- , il était beau, il sentait bon le sable chaud… enfin, plutôt la boue. Car si tout le monde connaît le tableau mettant en scène Napoléon traversant le pont d’Arcole l’étendard à la main, la réalité est bien loin de cette image.
Cela s’est passé du 15 au 17 novembre 1796. A la tête de l’armée d’Italie, Bonaparte, qui n’est pas encore Napoléon Ier, lance ses 38 000 hommes à l’assaut de l’Italie. Une coalition autrichienne et italienne lui barre le passage. Arcole, n’est certes qu’un épisode de cette conquête, mais c’est certainement le plus célèbre. A ce moment, Masséna et Auguereau ont battu en retraite face à l’avance autrichienne. Reste le pont d’Arcole, qui sépare les Français des armée d’Alvinczy.
La bataille se soldera par une victoire pour le camp français mais jamais Bonaparte ne traversa ce fameux pont, comme le célèbrera le peintre Antoine Gros. Jamais il ne le passera car c’est dans l’eau, ses hommes étant éparses, que Bonaparte parvint de l’autre côté de la rive. Au final, le bouillant général corse parviendra à son but : conquérir l’Italie. Une conquête faite dans la boue, ce qui n’enlève rien au génie du bouillant général.
Au final, si Gros, élève de David, détourna l’histoire par sa représentation de la bataille du pont d’Arcole, ce n’est sans doute que pour rendre hommage au stratège et au meneur d’hommes qu’était et que sera longtemps Napoléon Bonaparte.

 

Le piège de l’éternelle France-Afrique

Idriss Déby, président du Tchad.
Idriss Déby, président du Tchad.

Décidément, rien ne change. La grâce et la libération des Français de l’Arche de Zoé par le président tchadien Idriss Déby en est, une fois encore, la preuve évidente… Car qui doutait de cette issue ? Sincèrement, pas grand monde, pas même les protagonistes et leurs avocats. Pas même le président de la République, Nicolas Sarkozy, qui relègue ainsi allègrement ses désirs de "politique de rupture" entre la France et l’Afrique au rang des pieux souvenirs. La "France-Afrique de papa" est toujours là et bien là, n’en déplaise à Jean-Marie Bockel qui aura payé de sa place ses déclarations sécessionnistes.
Au delà de l’affaire judiciaire, de la tromperie voire de l’escroquerie, l’affaire de l’Arche de Zoé n’est en effet rien d’autre qu’une illustration de la relation liant la France et l’Afrique. A plus d’un titre ; sur plus d’un plan. C’est d’abord sur la notion de supériorité des Occidentaux sur les Africains que cette affaire frappe. Une supériorité que les premiers à dénoncer sont ceux-là mêmes qui, inconsciemment, l’appliquent ; que les premiers à honnir sont ces défenseurs aveugles des droits de l’homme. Aveugles au point de désirer imposer toujours et partout les droits de l’homme, même à ceux qui n’en veulent pas -et tant pis pour la liberté ; aveugles au point de se voir en sauveurs du monde, même lorsque ce "monde" n’a nul besoin ou nul envie d’être sauvé ; aveugles au point de vouloir imposer, dans un autre pays, une autre culture, le mode de vie occidental. Ces aveugles-là sont ni plus ni moins que les héritiers directs des colonisateurs occidentaux qui, au XIXe siècle, avaient lancé les navires français dans le but de "sauver" cette même Afrique. Point de rupture donc, dans la bonne conscience des âmes occidentales ; point de rupture mais au contraire une colonisation par l’esprit qui semble ancrée dans les mentalités…
Au plus haut niveau de l’Etat, les choses ne semblent guère plus évoluées. Après avoir clamé haut et fort son désir de "rupture", Nicolas Sarkozy est tombé dans le piège de l’éternelle France-Afrique. La libération des membres de l’Arche de Zoé, leur rapatriement en France et, surtout, la grâce obtenue de la part du président Déby marquent le retour aux fondamentaux franco-africains. Un retour que Jean-Marie Bockel a payé de son portefeuille et, n’en déplaise à François Fillon, que la France entière a payé de ses deniers. Point de rançon, dites-vous ? Mais qu’en est-il de l’intervention française qui, il y a un mois à peine, sauvait le palais et la place du président Déby ? Une intervention que rien ne justifiait ; une intervention qui n’avait pas lieu d’être et qui ne devait pas avoir lieu… jusqu’à l’affaire de l’Arche de Zoé. Que la politique africaine de la France soit dépendante de quelques illuminés bien-pensants et imbus de leur propre générosité est assez grave. Si grave d’ailleurs que l’on ne peut que minimiser leur impact. Faisons la part des choses et supposons donc que c’est l’Etat français qui a pris l’initiative de modifier son désir de changement politique. Allez, supposons… mais il n’en reste pas moins que l’image reste, aux yeux du monde entier, aux yeux des Français et des Africains avant tout, que la France est totalement incapable de changer sa vision africaine et que l’Afrique sait, avec une réelle adresse d’ailleurs, en jouer… Le piège, car s’en est un pour les uns comme pour les autres, n’est donc pas prêt de se refermer…