« L’aigle a courbé la tête »

Waterloo, Waterloo, morne plaine, clame Victor Hugo au souvenir sanglant de cette ultime bataille.
Revenu au pouvoir après s’être évadé de l’île d’Elbe, en 1815, l’Empereur, mis au ban de l’Europe, ne peut réunir que cent vingt-six mille soldats pour affronter les armées coalisées, quatre fois plus nombreuses.
Le combat a lieu le 18 juin 1815, vers Charleroi, dans la plaine de Waterloo. L’issue reste longtemps incertaine mais « l’aigle » a changé : Napoléon n’a plus la même promptitude de décision qui faisait sa force.
Les Anglais et les Prussiens prennent finalement l’avantage. Les Cents jours s’achèvent tragiquement. « L’aigle a courbé la tête… »

Pauvre Maginot !

André Maginot (1877-1932).
André Maginot (1877-1932).

André Maginot est sous-secrétaire d’État à la guerre quand éclate le premier conflit mondial. C’est comme simple soldat qu’il part se battre. Il gagne ses galons de sergent et reçoit de graves blessures.
Dans l’entre-deux guerres, il devient ministre de la Guerre à deux reprises, de 1922 à 1924 puis en 1929 jusqu’à sa mort. C’est lui qui, le 4 janvier 1930, fait adopter une loi qui prévoit la construction d’une ligne fortifiée le long des frontières de l’Est et du Nord. Malheureusement, la fameuse « ligne Maginot », qui a coûté dix milliards de francs-or et derrière laquelle la France se croyait à l’abri, s’arrêtait… à la frontière franco-belge. Il sera donc très facile aux armées du IIIe Reich de la contourner sans coup férir.

L’utopie démocratique

Solon (v. 640-558 av. J.-C.).
Solon (v. 640-558 av. J.-C.).

Que ce soit en Chine, en Birmanie, au Pakistan ou en Russie, le mot démocratie ne paraît pas être de mise. Une horreur que les Occidentaux bien-pensants, les Américains comme les Français, se font fort de dénoncer… avant de vouloir éventuellement l’imposer, comme fut fait, avec le succès que l’on sait, en Irak. Or qu’est-ce que la démocratie, sinon une dictature allégée, voilée ? De fait, depuis son origine, la démocratie a une réputation qui va bien au delà de la réalité. Elle n’est pas et ne saurait être le gouvernement du peuple par le peuple et pour le bien du peuple…
C’est à Athènes, au VIIe siècle avant J.-C., qu’apparaissent les premiers symptômes démocratiques. Après une période de royauté, la prise du pouvoir par l’aristocratie, le principe démocratique allait se faire jour. C’est avec Solon d’abord, avec Clisthène (VIe siècle av. J.-C.) ensuite que les dernières étapes allaient être franchies, conduisant à un régime reconnaissant l’égalité des citoyens, leur représentativité dans la Boulé et créant l’Ecclésia, une assemblée de tous les citoyens à laquelle était décernée l’autorité suprême. Le rêve de tous les démocrates actuels ! Sauf que cette organisation excluait les esclaves, les métèques -les non Athéniens-, les femmes et les enfants bien sûr. Au final, donc, et sur une population de 400 000 individus au Ve siècle av. J.C., un système qui ne concernait guère que 30 à 40 000 citoyens… Un système qui, sous le nom de démocratie, établissait la prise de pouvoir d’une authentique aristocratie politique.
Or c’est bien ce qui apparaît encore au XXIe siècle. Qui pourrait nier que le gouvernement ou la politique sont le fait de quelques élites ? Qui pourrait également nier que ces élites agissent, dans les faits, selon leur bon plaisir ? De Bruxelles à Paris, de Washington à Londres : la démocratie n’en a guère que le nom. La preuve ? L’histoire récente en regorge, de l’imposition du Pacs -passé à l’Assemblée après trois votes successifs-, aux manifestations et autres débordements qui suivirent l’élection de Nicolas Sarkozy ; du traité européen -refusé par référendum et désormais imposé- aux blocages dans les universités. Une minorité, soit gouvernementale soit anti-gouvernementale, peut ainsi imposer son choix à toute une population avec un argument suprême : le bien du peuple. Car tout le monde sait que le peuple est stupide… Quant aux gouvernants eux-mêmes, ils ont perdu, avec l’Europe, une bonne partie de leur pouvoir, le déléguant si volontiers aux eurocrates qui ont beau jeu de rejeter des décisions aussi peu internationales que la TVA dans la restauration.

Affiche contemporaine.
Affiche contemporaine.

Belle démocratie que celle-ci… De fait, les Occidentaux ont beau jeu de jouer les preux chevaliers, les bien-pensants, les donneurs de leçons en parlant de l’Irak ou, plus récemment, de la Russie. Certes, nos élites ont beau jeu de jouer les offusquer face à l’unanimité de Poutine et, disons-le, à sa seconde prise de pouvoir. Ils ont beau jeu de s’offusquer du peu de place laissée à l’opposition, à la discussion… Sans doute ces mêmes élites ont-elles oublié qu’il n’y a pas si longtemps, en France, nous assistions à la même omniprésence politique, au même manque de discussion. C’était lors d’une élection entre Chirac et Le Pen et on disait alors qu’il fallait « sauver la démocratie » !

Colonisation : retour à l’antique

Une patère phénicienne, dont on remarque bien que le style se reproduira sur tout le pourtour méditerranéen.
Une patère phénicienne, dont on remarque bien que le style se reproduira sur tout le pourtour méditerranéen..

La colonisation est un phénomène qui a existé de tout temps. Seulement, elle n’a pas toujours eu le même objectif. On a tendance, en France notamment, à donner une vision de la colonisation européenne du XIXe siècle, extrêmement négative. Peuples oppressés, ressources pillées : tout ça pour le plus grand bonheur de l’homme blanc. Outre le fait que ces colonisations n’ont rien rapporté en terme économique ; qu’elles partaient plutôt d’un "bon sentiment", à savoir propager la modernité au monde entier, ces colonisations n’ont rien de commun avec celles pratiquées auparavant.
De fait, le phénomène de colonisation apparaît dès la plus haute Antiquité. Les Phéniciens vont essaimer leurs comptoirs à travers tout le pourtour méditerranéen. Les Grecs vont s’installer à Massilia, mais également en Espagne, en Sicile, en Afrique du Nord. Originellement à but purement commercial, la colonisation grecque va aboutir à un réseau de cités promouvant les valeurs grecques, des valeurs politiques et culturelles essentiellement. C’est ce que l’on a appelé la Grande Grèce. Un temps mis à mal par les Phéniciens et les Carthaginois, également grands fondateurs de comptoirs, la colonisation grecque connaîtra un nouvel essor après l’avènement d’Alexandre le Grand. Au pas de ses "légions" ou de ses armées, l’hellénisme va se propager à travers tout le Proche-Orient ainsi qu’en Egypte. Rome, enfin, se gardera bien de coloniser, préférant conquérir et étendre son pouvoir au point de créer un empire.
Mais l’Antiquité n’est pas la seule période à avoir connu un désir de colonisation. On l’oubli souvent mais l’extension des Teutoniques et de la Hanse germanique vers les pays slaves ou scandinaves n’est rien d’autre qu’une colonisation à visée essentiellement commerciale. Comme le sera la colonisation du XVe-XVIe siècles, initiée par le Portugal et fortement développée par l’Espagne, puis par l’Angleterre et, dans une moindre mesure, la France.
Il en résulte que dans toutes ces colonisations, c’est l’économie qui est le moteur de la colonisation. Contrairement à la colonisation, notamment française, des deux siècles qui nous précèdent. C’est pourtant bien celle-ci qui est décriée si volontiers. Sans doute parce qu’elle est relativement récente ; sans doute aussi parce que l’on peine à approfondir le sujet, de peur d’être taxé de toutes sortes d’épithètes peu flatteurs.
Mais qu’en est-il de la colonisation aux jours d’aujourd’hui ? Qu’en est-il de certains conflits dont on peut fortement douté qu’ils suivent une logique humanitaire ou même philosophique ? Certainement, on aura à cœur de les dénoncer, mais ils ne sont que la partie immergée de l’iceberg. Dans la réalité, la colonisation des esprits est en marche si l’on songe que le monde entier semble devoir obéir à une même règle, à une même vision du monde, à une même façon de vivre. C’est pourtant bien ce type de colonisation qui a montré sa faiblesse ; c’est ce type de colonisation qui a révélé son impossibilité dans les faits. Comment expliquer, dès lors, que cette nouvelle colonisation n’attise pas les reproches de ceux-là même qui dénoncent si aisément LA colonisation en tant que telle.

Il était une fois la Prohibition

Elle est enfin là… elle naît l’Amérique sèche !, proclame la Ligue anti-saloon de New York à l’aube du 17 janvier 1920.
En effet, le 18e Amendement, ratifié l’année précédente, entre en vigueur : toute vente, fabrication, transport ou importation d’alcool est désormais interdite sur tout le territoire… Les « secs », opposés à l’alcool, se frottent les mains tandis que les brasseurs s’affolent. La veille, les rues étaient envahies de voitures, de camions ou de charrettes chargés d’alcool que les particuliers ont entreposé chez eux. Le règne de la Prohibition durera treize ans et sera aussi celui des gangsters, tel Al Capone qui fait fortune dans la contrebande d’alcool.
En réalité, « l’Amérique sèche » est un mythe dès le début : les ateliers de contrebande et de fabrication d’alcool fleurissent (il y en a trente-deux mille à New York) et les frontières sont le théâtre d’une agitation frénétique.
Quand, en 1933, le 18e Amendement est abrogé, une véritable explosion de joie déferle sur tout le pays.

Pershing : le retour !

Le Pershing 1-A.
Le Pershing 1-A.

Le 1er juin dernier, l’Associated press, relayée par de nombreux médias, reprenait les déclarations du président des Etats-Unis annonçant la mise en place d’un bouclier anti-missiles basé en Pologne et en République tchèque. Les pays visés ? L’Iran, soupçonnée de vouloir se doter de l’arme nucléaire, et la Corée du Nord, qui la possède déjà. Il y a comme un air de déjà vu dans cette décision. Un déjà vu qui ressemble à s’y méprendre à la Guerre froide et, plus précisément, au déploiement des missiles Pershing sur le territoire européen.
Dans les années 1970, alors que la course à l’armement semble s’essoufler. Les deux « grands », URSS et USA, ont désormais opté pour un « équilibre de la terreur » sans lequel on aboutirait, immanquablement, sur une destruction totale et réciproque. Au contraire même, les deux acteurs principaux de la Guerre froide en viennent à signer, en 1967, un traité de non-prolifération des armes nucléaires. Outre que ce traité exclu de fait les Européens de la scène internationale, il paraît annoncer un statu quo, laissant les USA maîtres du monde occidental et l’URSS gérer ses pays satellites à sa guise.
C’est pourtant bien à cette époque de détente que les Etats-Unis d’Amérique vont déployer pas moins de 108 missiles Pershing, directement pointés sur l’URSS et ses satellites. Des missiles qui, depuis l’Angleterre et la RFA, forment une sorte de pendant défensif au rideau de fer soviétique.
La portée, pourtant assez importante des missiles (1600 km) appelait un tel déploiement en Europe. Par contre, on est en droit de se demander, à l’image de Vladimir Poutine, quelle raison véritable a conduit les Américains à installer leur bouclier anti-missile si loin de l’Iran, objectif avoué du président Bush ? La Turquie, qui a déjà servie de base arrière aux Américains lors de la Seconde guerre du Golf, n’aurait-elle pas été préférable à la Pologne et à la République tchèque ? Et si on est en droit de s’interroger sur la stratégie, on est également en droit de s’interroger sur les motivations réelles des Américains. Le président russe ne s’en prive pas, craignant pour la sécurité de son pays. Non sans raison, sans doute, lorsque l’on voit sa politique, intérieure et extérieure, conduite de manière quasi dictatoriale. Sans doute sait-il trop bien –et nous aussi- quel sort les Etats-Unis réservent à certains dictateurs ; quelle guerre ils ont déjà mené afin d’apporter la liberté aux quatre coins du monde…

Théodore II, le négus d’Ethiopie

Théodore II d'Ethiopie (gravure du XIXe siècle).
Théodore II d’Ethiopie (gravure du XIXe siècle).

C’est en 1855 que Kassa (1820-1868), chef d’un petit canton de la province de Gondar, unifie, par la conquête et les alliances, l’Éthiopie tout entière et se proclame négus. Dès lors, l’Éthiopie entre dans une ère nouvelle, ce que confirme le nouveau négus qui prend le nom de Théodore II, d’anciennes légendes annonçant qu’un Théodore rendrait sa puissance au pays. C’est d’ailleurs ce que fera Théodore II qui veut faire de sa terre un pays moderne : il réorganise donc la justice, l’administration, la police et remplace les chefs de clans, les ras, par des gouverneurs de province. Mais, à peine l’Éthiopie est-elle engagée sur la voie du modernisme, que le négus, qui jusque-là comptait sur les Occidentaux, réalise que l’Éthiopie est désormais une proie idéale pour les colonialistes. Théodore II chasse donc le consul de France et enferme le représentant britannique… ce qui entraîne nécessairement une intervention des Anglais. Isolé après avoir décimé les chefs locaux, Théodore II doit rapidement se replier et finalement se suicide, le 16 avril 1868, dans sa forteresse de Magdala.

Kennedy ou le mythe américain

John Fitzgerald Kennedy (1917-1963).
John Fitzgerald Kennedy (1917-1963).

Il est le plus populaire des présidents américains. Il symbolise à lui tout seul l’Amérique moderne des années 60, celle qui conduira à la reconnaissance des droits des noirs, celle de la conquête des étoiles. Pourtant, si l’on regarde avec quelque attention le bilan politique de Kennedy, force est de constater qu’il paraît bien maigre au vu de la réputation de l’homme. De fait, Kennedy l’homme autant que Kennedy le politique tient avant tout du mythe historique. Un mythe qui né de l’instant où le président s’effondre, touché par une balle.
Fils d’un ambassadeur, officier de marine dans le Pacifique durant la Deuxième Guerre mondiale, journaliste, vainqueur du prix Pulitzer en 1957 pour son livre Profiles i courage, John Fitzgerald Kennedy avait décidément tous les atouts pour accéder à la plus haute fonction. Des atouts soigneusement promus, parfois même un peu arrangés par son diplomate de père, Joseph Kennedy, une sorte d’autocrate version familiale et qui avait décidé du destin exceptionnel de son fils. Pour atteindre au but, le fils deviendra la représentant du Massachussets au Congrès -de 1946 à 1953- puis au Sénat -de 1953 à 1960.
On a beaucoup écrit sur l’immense popularité de Kennedy. Pourtant, il lui faudra batailler ferme pour accéder au pouvoir suprême. Et la première étape n’était pas des moindres puisqu’il s’agissait de convaincre le Parti démocrate d’en faire son champion sur des thèmes aussi novateurs et peu porteurs que l’Alliance for progress -soit l’aide aux pays sous-développés-, l’intégration raciale, l’assistance aux vieillards. Des thèmes typiques des Démocrates outre-Atlantique… à la fin du Xxe siècle et au début du XXIe. Mais des thèmes qui, à l’époque, marquaient une réelle rupture avec les politiques précédentes. De fait, Kennedy est un homme de son temps et, cela, personne ne saurait le lui contester. Malgré tout, ce n’est guère qu’avec une avance de 120 000 voix sur 70 millions de suffrages qu’il est élu président des Etats-Unis en novembre 1960. Une élection qui fait de lui le plus jeune président des Etats-Unis ; une élection qui fait de lui le premier catholique à atteindre au poste suprême.
La présidence Kennedy sera celle du glamour, de la jeunesse et du charme. Trois aspects qui, grâce à une maîtrise parfaite des médias, vont contribuer à la légende Kennedy. Par contre, politiquement, nous sommes bien loin du héros de l’Amérique nouvelle. Certes, Kennedy ne présida que trois ans. Trois années qui ne suffiront qu’à entamer des chantiers et à essuyer quelques échecs retentissants. Ainsi sur le dossier des droits civiques des noirs, Kennedy n’ira pas plus loin que la promesse de campagne et c’est son successeur, Lyndon Johnson qui le fera voter par le Congrès (1964). Ainsi c’est également Kennedy qui allait augmenter l’aide au Vietnam, non parce qu’il était " en voix de développement" mais bien parce qu’il était un rempart à conserver contre le communisme asiatique. Une aide qui, en 1964, va se transformer en "escalade américaine" et en guerre du Vietnam. D’ailleurs il n’y a pas qu’au Vietnam que Kennedy décidera d’intervenir : en 1961, il subit l’échec cinglant de la Baie des Cochons, une tentative avortée contre le régime castriste de Cuba, et ne se révélera honorable dans sa gestion de la crise que lors de l’installation des missiles de Cuba. Rien de bien glorieux donc. Rien qui justifie l’auréole dont on a entouré le bilan politique de Kennedy, mais rien qui justifie non plus son assassinat.
C’est alors que le président est en pleine campagne pour le mandat suivant que les événements vont se dérouler.
Le 22 novembre 1963, John Kennedy et sa femme, Jacqueline, atterrissent à Dallas, Texas. Le cortège doit traverser la ville. Le président et sa femme, accompagnés du gouverneur Connaly et de son épouse sont dans une décapotable qui avance lentement, laissant tout loisir aux badauds d’applaudir le couple présidentiel. Des gardes du corps entourent le véhicule, en nombre. Peu importe, cependant, car dans cette voiture, Kennedy est une cible de choix atteignable par n’importe qui depuis l’étage d’un immeuble. Le cortège est à mi-parcourt lorsqu’un coup de feu éclate. Suivi d’un autre. Puis d’un autre. Au total 3 balles seront tirées sur la voiture présidentielle -c’est du moins la version officielle. Une atteindra Kennedy à la tête, une autre au dos et ressortira par la gorge, une autre blessera en trois endroits le gouverneur Connaly. Quelques heures plus tard, le médecin de l’hôpital de Dallas annonce au monde entier la terrible nouvelle : "The president is dead" -"le président est mort".
Désormais, Kennedy entre au panthéon des héros nationaux ; il fait l’objet d’un véritable culte… ce qui ne pouvait que fausser toute tentative d’éclaircissement de son assassinat. Car la question reste entière et la commission Warren -désignée par Lindon Johnson-, qui rejette l’idée d’un complot sudiste, castriste ou communiste ne convainc personne. Pourtant, on imagine mal le seul Lee Harvey Oswald, assassin présumé abattu deux jours après le président, décider d’un tel acte. Et si Oswald était bien l’assassin -conclusion à laquelle parviendra la commission Warren- qui a voulu la mort du président et pourquoi ? Les accointances mafieuses des Kennedy, et notamment de Joseph, père du président assassiné ; les attaques de Bob Kennedy contre cette même mafia lors de la présidence de son frère ; les velléités d’indépendance de certains services, comme la CIA ou le FBI -indépendance que le président avait dans l’idée de réduire, notamment après l’échec de la Baie des Cochons : difficile de savoir ou est le mythe et où est la vérité. Difficile de faire la part de l’histoire et celle de la légende. Pourtant ces questions échauffent les esprits, même 45 ans plus tard. Et certainement, elles continueront à le faire tant que la vérité ne sera pas dévoilée. Mais pourra-t-elle jamais l’être ?

Le triomphe de la laïcité

Emile Combes (1835-1921).
Emile Combes (1835-1921).
Quand le radical Émile Combes entre au gouvernement, il fait de la lutte contre le cléricalisme l’objet principal de son activité ministérielle. Il applique avec rigueur la loi de 1901 sur les congrégations et supprime deux mille cinq cents écoles libres. Émile Combes se montre si intransigeant avec les clercs que même le président du conseil, Waldeck-Rousseau, proteste : après tout, les congrégations ont été éliminées !
Mais Combes ne semble pas satisfait et s’attire rapidement les foudres de l’Assemblée qui le contraint à démissionner le 18 janvier 1905.

Cela n’empêche cependant pas le cabinet qui lui succède de mettre en application les lois que Combes a proposées. Ainsi, le 9 décembre 1905, la loi de séparation de l’Église et de l’État, à laquelle Combes tenait particulièrement, est promulguée. La France, fille aînée de l’Église depuis l’avènement de Clovis, est désormais un État laïc.

Mustapha Kemal : un héritage perdu ?

Mustapha Kemal Atatürk (1881-1938).
Mustapha Kemal Atatürk (1881-1938).

Depuis la bataille de Lépante (1571), symbole du réveil de la résistance européenne à l’avancée ottomane, l’empire des sultans d’Istanbul ne cessait de perdre de son influence, de ses possessions. Au point qu’au XIXe siècle, Bismarck avait du intervenir pour enpêcher la Russie d’anéantir totalement la Turquie. De fait, au XIXe siècle, l’immense Empire ottoman n’est plus qu’un vague souvenir et les sultans ont toutes les peines du monde à conserver l’indépendance de la Turquie elle-même. En 1880, avec la création de l’administration de la Dette publique, l’économie turque passe presque entièrement sous la tutelle des Français et des Anglais. Une situation de quasi soumission qui, comme de juste, allait avoir quelques répercussions. La première sera le réveil de la puissance califale ou du moins son exaltation, avec pour but avouer de recréer l’unité autour de l’islam. Massacres contre les chrétiens, notamment les Arméniens, agitation des minorités, discrédit international : Abdul Hamid II avait tout faux. La gronde enflait, notamment dans les rangs de l’armée. Et c’est de là que va sortir, en 1895, le Mouvement des Jeunes Turcs qui mettent en place un sultan de pacotille et s’emparent du pouvoir –qu’ils exercent assez mal d’ailleurs- jusqu’en 1918.
Photo officielle d'Atatürk.
Photo officielle d’Atatürk.

Né du refus de la soumission, porté par un nationalisme exacerbé, le Mouvement des Jeunes Turcs ne durera guère mais servira de base à celui de Mustapha Kemal. En effet, ce sont exactement les mêmes sentiments qui, en 1920, animeront la révolte du général originaire de Salonique –maintenant Thessalonique. En 1923, le sultan Mohamed VI, qui avait été prêt à livrer le gouvernement du pays aux Européens, est déposé, le sultanat aboli. Le 29 octobre, la République était proclamée et Mustapha Kemal, surnommé « ghazi » -le victorieux- après ses victoires contre les Grecs, nommé président de la République turque. Une République nouvelle que Kemal va créer de toutes pièces, rompant brutalement avec l’Empire ottoman. Le califat avait été, à l’origine, un gouvernement de chefs de guerre sainte ; c’est en se revendiquant de l’islam qu’ils avaient conquis une large partie de l’Europe ; c’est également ainsi qu’ils avaient tenté de faire l’union des peuples vivant dans leur empire. Kemal allait rompre totalement avec cette vision, prônant une Turquie réduite dans ses frontières mais unie, cohérente, une République laïque. Débutée par l’abolition du califat, la laïcisation de l’Etat allait être menée avec énergie, notamment dans les domaines scolaire et judiciaire (le code turc sera largement inspiré du code civil suisse). Les confréries religieuses seront abolies, le costume religieux interdit hors des lieux de culte (1934) et la séparation de la religion et de l’Etat officialisée (1928).
Un Etat laïc ?
Nationalisme et occidentalisation semblent avoir été les moteurs des réformes kémalistes : adoption du calendrier occidental et de l’alphabet latin, abolition de la polygamie, loi sur le divorce, droit de vote accordé aux femmes. Jusqu’aux noms de famille qui deviendront obligatoires –Kemal recevra le sien de l’Assemblée qui le nommera Atatürk, « père de tous les Turcs ». Autant de réformes qui allaient faire entrer la Turquie dans l’ère moderne. Mais pour combien de temps ?
Le parti unique, la quasi dictature de Kemal, qui reste au pouvoir jusqu’à sa mort, en 1938, ne devait guère résister à ses successeurs, pas plus qu’à la Seconde Guerre mondiale. Du multipartisme, de la démocratisation allaient naître la corruption, la répression et finalement l’islamisation du pays. Et de l’héritage d’Atatürk peu de choses demeurent finalement, les principales étant la modernisation du pays et sa laïcisation. Une laïcité que la Turquie actuelle –dotée d’un président islamiste- revendique avec d’autant plus de vigueur qu’elle est toute relative. La religion est en effet mentionnée sur les papiers d’identité, l’islam est subventionné à travers ses mosquées et toutes sortes de réformes prônées par Kemal –comme le port du voile interdit dans les lieux publiques- ont été abolies… ou du moins oubliées. Au final, dans la Turquie du XXIe siècle, que reste-t-il vraiment de l’héritage de Mustapha Kemal ?