Il était une fois la Prohibition

Elle est enfin là… elle naît l’Amérique sèche !, proclame la Ligue anti-saloon de New York à l’aube du 17 janvier 1920.
En effet, le 18e Amendement, ratifié l’année précédente, entre en vigueur : toute vente, fabrication, transport ou importation d’alcool est désormais interdite sur tout le territoire… Les « secs », opposés à l’alcool, se frottent les mains tandis que les brasseurs s’affolent. La veille, les rues étaient envahies de voitures, de camions ou de charrettes chargés d’alcool que les particuliers ont entreposé chez eux. Le règne de la Prohibition durera treize ans et sera aussi celui des gangsters, tel Al Capone qui fait fortune dans la contrebande d’alcool.
En réalité, « l’Amérique sèche » est un mythe dès le début : les ateliers de contrebande et de fabrication d’alcool fleurissent (il y en a trente-deux mille à New York) et les frontières sont le théâtre d’une agitation frénétique.
Quand, en 1933, le 18e Amendement est abrogé, une véritable explosion de joie déferle sur tout le pays.

Syndicalisme et corporatisme : des mouvements dévoyés

Vitrail du Moyen Age représentant la corporation des maçons.
Vitrail du Moyen Age représentant la corporation des maçons.

Ca y est : on l’annonce sur toutes le sondes, dans tous les journaux, les syndicats sont vent debout. La raison de cette effervescence ? La suppression annoncée –et espérée par la majorité des Français- des régimes spéciaux. Malgré tout, on le sait, certains leaders syndicaux l’ont déjà annoncé : « la rentrée va être musclée ». De fait, cela fait des dizaines d’années que les mouvements syndicaux s’opposent, grèves à l’appui, à toute forme de changement ; des dizaines d’années également que le syndicalisme et le corporatisme handicapent fortement l’économie française. Pourtant, à l’origine, ces mouvements, l’un étant né de l’autre, avaient l’apparence –et le fond d’ailleurs- d’initiatives heureuses.
Il faut remonter à la plus haute Antiquité pour retrouver trace du corporatisme. Solon lui-même édictera les premières règles juridiques de ce corporatisme d’artisans libres –en opposition aux esclaves-, avant de basculer dans la Rome étrusque qui reprendra à son compte le principe, créant des collèges d’artisans réunis pour sacrifier à la même divinité et pour assurer une caisse commune d’aide. La Rome impériale multipliera même ces corporations en faisant, dès lors, des instruments du gouvernement. Leur rôle n’était pas anodin cependant et c’est à elles que l’on devra, aux premiers siècles de notre ère, la fixation salariale. Balayées par les invasions germaniques et les bouleversements qui en résulteront, les corporations vont renaître dans toute l’Europe dès le Xe-XIe siècles, époque qui correspond à un renouveau économique et, surtout, à la part grandissante de l’économie urbaine.
C’est le milieu des marchands qui, cette fois, donne « le coup d’envoi ». Les maçons, les orfèvres, les boulangers, tous les métiers se verront bientôt dotés de leur corporation, une confrérie à la fois professionnelle et religieuse. A elle de réglementer l’évolution dans le métier, de veiller à l’apprentissage, aux respect du statu des maîtres comme des ouvriers. La protection des travailleurs était, bien entendu, une des préoccupations majeures de ces corporations –d’où leur parenté reconnu avec le syndicalisme-, qui assuraient la protection des veuve, des orphelins, des vieillards. Malgré tout, dès le XIVe siècle, le système se dévoie : le pouvoir royal intervient systématiquement et les maîtres se jouent des règles pour accorder à qui bon leur semble et selon leur intérêt une maîtrise devenue indispensable. Cela n’empêchera cependant pas les corporations de se multiplier au fil des siècles jusqu’à ce que la Révolution française les supprime définitivement par la loi Le Chapelier de 1791. Certes, cela faisait des années, que le système était sclérosé, dépassé et même de plus en plus remplacé par les manufacturiers.
La défense des travailleurs

Affiche (dans le plus pur style soviétique) de la CGT.
Affiche (dans le plus pur style soviétique) de la CGT.

Mais leur suppression brutale va intervenir au moment où l’ère industrielle prend son essor et c’est un ouvrier désemparé qui va se retrouver face à un capitalisme outrancier. On sait le résultat : des conditions de travail indignes, des ouvriers pressurés. Il faudra attendre la prise de pouvoir de Napoléon III pour voir apparaître un semblant de mouvement ouvrier. Des mouvements qui se voient accorder le droit de grève ou celui, plus élémentaire, de se réunir. Des mouvements qui vont devoir battre en retraite rapidement, en fait dès la mise en place de la très bourgeoise IIIe République. Malgré tout, le monde ouvrier va recréer, avec acharnement, un groupement attaché à la défense des travailleurs. De tous les travailleurs. C’est du moins l’objectif affiché aux premiers jours du syndicalisme, digne héritier des corporations des origines. Défense des travailleurs et de leur famille, amélioration des conditions de travail paraissent en tête des revendications syndicales. Des revendications partagées par le plus grand nombre si l’on en croit le nombre étonnant de syndicats à la fin du XIXe et au début du XXe siècle –on en comptera un peu plus de 5000. Regroupé en un syndicat unique, la mythique CGT, qui née en 1902, le syndicalisme affiche un apolitisme réel –il est d’ailleurs spécifié dans la charte d’Amiens en 1905. Un apolitisme qui ne durera guère : noyauté par les partis de gauche, toujours plus à la gauche de la gauche, le syndicalisme made in XXIe siècle est un syndicalisme tout simplement dévoyé. La baisse de fréquentation qu’il connaît ces dernières années en France tient autant à son engagement politique déclaré qu’à son manque de réalisme. Car ce n’est pas le syndicalisme qui pose problème en soi, mais bien le syndicalisme à la Française, les autres pays européens –notamment scandinaves- connaissant une affiliation à l’un ou l’autre syndicat de près de 80% des travailleurs. Mais depuis longtemps les mouvements syndicaux ont décrété l’immobilisme comme religion d’Etat, au point d’empêcher la création de tout nouveau syndicat.

Bismarck n’ira pas à Canossa !

Otto von Bismarck (1815-1898), chancelier de l'Empire.
Otto von Bismarck (1815-1898), chancelier de l’Empire.

En 1077, Henri IV, empereur germanique, avait attendu, tête nue et pieds nus, d’être reçu par Grégoire VII au château de Canossa. Huit cents ans plus tard, la lutte d’influence et de pouvoir entre la papauté et l’Allemagne est toujours d’actualité.
C’est avec inquiétude que Bismarck avait vu l’émergence d’un parti catholique, le parti du Centre. Capable de mettre en péril l’unité de l’empire que le chancelier avait fondé, d’autant plus que les Allemands du Sud avaient de nettes tendances séparatistes ; dopé par la proclamation, en 1870, de l’infaillibilité pontificale, ce parti du Centre allait faire l’objet, de la part du chancelier allemand d’une guerre, d’un combat. Le combat pour la civilisation ou "kulturkampf" : c’est ainsi que l’on désignera l’action de Bismarck de 1871 à 1878. Et, de fait, c’est une véritable guerre que le chancelier allait mener en intimidant le clergé, en anéantissant l’enseignement catholique.Les inspections des écoles catholiques se virent dès lors confiées à des laïcs, les Jésuites se virent exclu de l’enseignement, les évêques et les prêtres devinrent des fonctionnaires ("lois de mai" 1873 et 1874), les futurs prêtres se virent contraints de faire leurs études dans des établissements d’Etat et les évêques se virent interdit de prononcer des excommunications.
"Nous n’irons pas à Canossa", avait déclaré le chancelier devant le Reichstag. Mais si l’on pouvait refuser l’humiliation, il s’agissait bien là d’une persécution, à laquelle les catholiques allemands devaient répondre. Assemblés autour de Windthorst, chef du parti du Centre, la résistance catholique s’organisa, au point que des évêques et des prêtres prussiens se laissèrent emprisonnés. A moins de tenter une persécution franche et donc de risquer de s’aliéner une large partie de l’Europe, Bismarck, qui était désormais plus préoccupé du péril socialiste que du "péril" catholique -pour laquelle il avait besoin des voix du Centre-, allait revoir son action. Les "lois de mai" furent révisées en même temps que les relations diplomatiques avec le Vatican furent rétablies, et la loi contre les Jésuites abrogée.
Bismarck n’était pas allait à Canossa, certes, mais il avait malgré tout dû réviser son jugement.

Les premiers téléphones publics

C’est tout à fait accidentellement qu’en 1876 Alexandre Graham Bell invente le téléphone. Il ne faut que quelques années pour que ce nouveau mode de communication ne devienne indispensable ; les particuliers les plus aisés s’en dotent rapidement et, dès 1881, le réseau urbain parisien compte mille six cent deux abonnés.
Mais la seconde révolution de cette invention a lieu le 6 février 1901 quand apparaissent les premiers téléphones publics à Paris : parler à distance est maintenant à la portée de tous.
Depuis, ce qui est sans nul doute la découverte la plus novatrice du XIXe siècle n’a pas cessé d’évoluer vers des techniques toutes plus élaborées les unes que les autres.

Champollion, l’art des langues

Statue de Jean-François Champollion (1790-1832).
Statue de Jean-François Champollion (1790-1832).

L’arabe, l’hébreu, le chaldéen, l’éthiopien, le copte : durant des années, Jean-François Champollion, fils d’un libraire de Figeac, allait se passionner pour les langues étrangères, les « langues O »… Mais c’est en perçant le mystère de l’écriture des anciens Egyptiens qu’il va acquérir une renommée véritablement mondiale.
Depuis déjà le XVIIIe siècle, l’Egypte était « à la mode ». L’expédition de Bonaparte et les publications savantes qui allaient s’ensuivre devaient accentuer cet engouement, aussi bien auprès des spécialistes que des amateurs. Mais qu’est-ce que l’étude d’une civilisation si l’on n’en maîtrise pas la langue ? De fait, lorsque Champollion s’y attelle en 1809, cela fait près de 1500 ans que la compréhension des hiéroglyphes a disparu.
La pierre de Rosette, découverte lors de l’expédition d’Egypte par un officier français, est une stèle sur laquelle figurent trois inscriptions, dont l’une est un décret daté de 196 avant J.-C., publié sous Ptolémée V. Un décret rédigé en grec ; un décret qui trouve certainement sa traduction hiéroglyphique dans les deux inscriptions qui l’accompagnent.
C’est sur cette hypothèse que les savants d’Europe se penchent après que l’Angleterre, qui s’était emparée de la stèle, en ait réalisé des copies. Et c’est sur cette hypothèse également que Champollion se met au défi de résoudre l’énigme. Aidé de cartouches contenant les noms des souverains égyptiens, tablant sur une combinaison de signes phonétiques et d’idéogrammes, Champollion mettra pas moins de 13 ans à percer le secret des hiéroglyphes. Lorsqu’il y parvient, en 1822, il n’a jamais mis le pied en Egypte –il ne s’y rendra qu’en 1828. Pourtant, il est, à ce jour, le plus grand découvreur de l’Egypte ancienne.

Hanovre : entre Allemagne et Angleterre

Georges V de Hanovre (1819-1878).
Georges V de Hanovre (1819-1878).

Avant d’être annexé par la belliqueuse Prusse en 1866, le duché de Hanovre, bordé par les Pays-Bas d’un côté, la mer du Nord de l’autre et l’Elbe du troisième, était une terre riche et convoitée. Riche parce qu’elle était par nature un lieu de passage ; convoitée parce qu’une telle richesse ne pouvait que faire des envieux.
Territoire des Chérusques -que les Romains échouèrent à soumettre-, des Lombards et des Chauques, Hanovre fut ensuite largement occupé par les Saxons. Intégré au duché de Bunswick, l’Etat de Hanovre ne se constitua qu’après la réunion, au Moyen Âge, de plusieurs principautés issues des diverses branches de la famille de Brunswick. Ce n’est qu’au XVIIe siècle qu’Ernest-August, duc de Brunswick-Lüneburg, obtint de l’empereur Léopold Ier un acte qui lui conférait, à lui et à ses descendants mâles par ordre de primogéniture, la dignité électorale. Un acte qui unifiait les quatre provinces de Lüneburg, Kalenberg, Göttingen et Grubenhagen et qui donnait à ce nouvel Etat une véritable indépendance.
Marié à Sophie, fille de l’électeur palatin et petite-fille de Jacques Ier Stuart, Ernest-August avait également acquis quelques droits possibles à la succession de la couronne d’Angleterre. Poursuivant la politique indépendantiste, unioniste et matrimoniale de son père, Georges-Louis devait unir à ses domaines le reste de l’ancien duché de Brunswick en épousant Sophie-Dorothée, qui en était l’héritière.
C’est lui également qui, conformément à l’Acte d’établissement de 1701 et en tant qu’héritier de la reine Anne, devait monter sur le trône d’Angleterre en 1714 sous le nom de Georges Ier. De 1714 à 1837, le duché de Hanovre devait donc être gouverné par les rois d’Angleterre, sans pour autant intégrer le royaume. Cela ne devait d’ailleurs pas empêcher les rois d’Angleterre d’agir conformément aux besoins de leur duché d’origine. Ainsi, Georges Ier devait forcer le roi de Danemark à lui céder les duchés de Brême et de Verden et Georges II acquérir le pays de Hadeln et le comté de Bentheim. Enfin, en 1802, l’évêché d’Osnabrück allait être la dernière acquisition du duché de Hanovre.
Napoléon Ier étant empereur de France et l’Angleterre ayant rompu la paix d’Amiens (1803), le Hanovre fut immédiatement occupé par la France qui, trois ans plus tard, allait le céder à la Prusse, l’occupant pourtant un an plus tard. Le duché fut alors démembré, une partie allant au royaume de Westphalie, à la tête duquel se trouvait Jérôme Bonaparte, et le reste intégrant tout simplement l’empire français. En 1813, les Hanovriens seront les premiers à se soulever contre les Français, ce qui devait lui valoir de recouvrer son indépendance et de devenir un royaume après le congrès de Vienne (1814). Séparé de l’héritage anglais après l’accession au trône britannique de Victoria -en Hanovre, la primogéniture mâle perdurait-, le Hanovre devint le royaume du duc de Cumberland, frère cadet de Guillaume IV d’Angleterre qui prit le titre de roi sous le nom d’Ernest-August Ier. Obligé, après la révolution de 1848, d’accepter une constitution, Ernest-August devait léguer à son fils, Georges V, un royaume fragilisé. Fragilisé par l’absence, désormais, de soutien britannique et par la montée en puissance de la Prusse, lancée dans une politique d’unification de toute l’Allemagne. Au final et malgré une alliance avec l’Autriche, le Hanovre dut capituler devant les troupes prussiennes qui, en 1866, permirent l’annexion de ce royaume qui ne fut plus qu’une province parmi les autres.

Les saints des derniers jours

Brigham Young (1801-1877)

Le 24 juillet 1847, arrive sur les bords du lac Salé une longue caravane de pionniers. Ils viennent de parcourir quelques mille sept cents kilomètres, fuyant la colère des « Gentils » et abandonnant le corps de leur premier prophète, Joseph Smith junior.
C’est à l’âge de quinze ans que Smith a une première vision du dessein de Dieu à travers le Livre de Mormon, découvert grâce à l’ange Moroni. En 1827, il fonde « l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours », annonçant l’avènement prochain d’un règne terrestre de Dieu, que lui, Smith, doit préparer en soumettant le monde. Peu à peu, Smith devra abandonner ses prétentions -il se présentera tout de même à la présidence des États-Unis et se contentera de fonder Nauvoo, la « nouvelle Jérusalem ».
Fuyant la persécutions des autres communautés, les mormons, dirigés par Brigham Young, s’installent donc à Salt Lake City, faisant de l’Utah un État totalement indépendant du reste des États-Unis. Young promulguera, en 1852, le dogme de la polygamie, déjà annoncé par Smith et qui avait occasionné une première scission dans l’Église des saints des derniers jours. Ce n’est d’ailleurs que cinquante ans plus tard, quand les mormons auront décidé d’abandonner -officiellement du moins- la polygamie, qu’ils pourront être admis dans l’Union.

L’ONU : au nom de l’inefficacité internationale

Sigle officiel de l'ONU.
Sigle officiel de l’ONU.

Le conseil de sécurité de l’ONU « déplore » la répression du Myanmar –comprenez la Birmanie. Il aura fallu pas moins de six jours pour obtenir ces quelques mots. Certainement de quoi effrayer la junte militaire ! D’autant que cette déclaration ne s’accompagne d’aucune contrainte. Une déclaration qui nous est, malgré tout, présentée comme une quasi victoire. C’est donc là tout l’impact, tout l’intérêt de l’ONU : montrer du doigt –pas trop quand même- et déplorer, regretter ? Certes, il s’agit là d’un vocabulaire tout ce qu’il y a de plus diplomatique, mais ces mots valaient-ils six jours de négociations au sein de l’Organisation des Nations unies ?
Fondée en juin 1945 pour succéder à la SDN (Société des Nations), il semble bien que l’ONU soit tombée dans les mêmes travers que son prédécesseur. Car c’est pour son  inefficacité, flagrante avec l’éclatement de la Deuxième Guerre mondiale, que la SDN sera dissoute. Une inefficacité qui semble être également le lot de l’ONU, créé par les puissances alliées contre celles de l’Axe.
Résultat : une organisation littéralement à la botte des Etats-Unis ou totalement incapable de la moindre résolution sitôt qu’une des grandes puissances met son veto. L’intervention onusienne en Corée, en 1950, illustre parfaitement ces deux cas de figures : elle s’est faite sur ordres des USA et n’a pu être possible qu’en raison du retrait momentanée de l’URSS du conseil de sécurité. La création des casques bleus (1956), le tribunal international de La Haye n’y change rien. Force est de constater que l’action de l’ONU s’est révélée parfaitement inefficace pour peu qu’une grande puissance s’y oppose. L’organisation est donc, elle-même, parfaitement inutile.
Quant à savoir si l’ONU connaîtra le même sort que la SDN, cela dépendra sans doute du bon vouloir des maîtres du jeu et de l’intérêt qu’ils auront à conserver ce coûteux pantin…

Le communisme au pouvoir

Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine (1870-1924).
Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine (1870-1924).

Vladimir Ilitch Oulianov, connu sous le nom de Lénine, a rêvé, pour l’humanité, d’un monde meilleur où devaient régner l’égalité, la justice et la fraternité et son rêve a accouché d’un monstre…
Quand la révolution, qu’il a préparée minutieusement avec ses amis bolcheviques, éclate le 8 mars 1917, Lénine est alors en exil volontaire à Zurich, en Suisse.
Dès qu’il apprend cette nouvelle, il adresse à ses camarades en Russie ses fameuses Lettres de loin. Dans ce document majeur de l’histoire de la révolution russe, le dirigeant bolchevique encourage ses partisans et fixe les lignes de son programme. Avec l’aide des socialistes suisses, il parvient à retourner en Russie dans un wagon plombé puis entre triomphalement à Pétrograd, le 16 avril 1917. Dès son arrivée, il préconise la paix immédiate avec l’Allemagne, alors en guerre avec la Russie et invite même les soldats russes à fraterniser avec les Allemands.
Bien plus, Lénine exige la restitution intégrale des usines aux ouvriers et de la terre aux paysans ! Tant d’excès poussent le gouvernement légal de Kerenski à ordonner l’arrestation de Lénine qui prend la fuite et se réfugie en Finlande. C’est là qu’il affine son programme et qu’il définit la nature du futur État prolétarien « sans classe » dans son célèbre ouvrage L’État et la Révolution.
On connaît la suite. Après de multiples péripéties, souvent sanglantes, les Bolcheviques réussiront à prendre le pouvoir total en octobre 1917. À la tête du pays, Lénine tente, tant bien que mal, de canaliser la violence qui submergeait la Russie. Après sa mort, survenue le 21 janvier 1924, un de ses disciples lui succède à la tête de l’Union soviétique.
Le vieux rêve va désormais laisser la place aux déportations massives, au Goulag et aux massacres des innocents : le successeur s’appelle… Joseph Staline.

L’exception polonaise

L'aigle ornant les armes de la Pologne.
L’aigle ornant les armes de la Pologne.

Dans quelques jours, la Pologne sera appelée à élire les représentants de son parlement. Une Pologne qui détonne dan cette Europe relativement uniforme ; une Pologne qui, malgré une adhésion récente, est bien loin de courber l’échine face aux revendications de pays plus anciens. De fait, c’est elle-même qui revendique. Et haut et fort encore. La raison de cette « exception polonaise » ? Deux siècles et demi de soumission quasi permanente aux autres puissances d’Europe. Deux siècles et demi au terme desquels elle compte bien ne plus subir, mais imposer.
Le « gâteau polonais » : c’est ainsi que l’on avait surnommé cette terre, dénuée de frontière naturelle, placée au cœur des échanges commerciaux. Un « gâteau » que la Prusse –puis l’Allemagne-, l’Autriche et la Russie se partageront pas moins de trois fois de 1772 à 1795 puis une quatrième en 1815, suite à la défaite napoléonienne.
La Pologne indépendante, réapparu à l’aube de la Première Guerre mondiale, allait sombrer une nouvelle fois en devenant la cible numéro 1 du Reich. Les raisons de ce choix polonais sont multiples mais la plus évidente était la faiblesse de la Pologne. Sa faiblesse et la relative indifférence que son sort, au fil des siècles, avait engendré. Enfin, l’Allemagne du Reich, fille naturelle de la Prusse, voyait dans cette terre un vivier de main d’œuvre, d’être tout juste bons à servir. Une terre, selon Heinrich Himmler,  « peuplée de sous-hommes d’Orient ».
Mise en esclavage des Polonais, qui seront deux millions à être déportés comme travailleurs en Allemagne ; germanisation des esprits, avec la fermeture des universités, notamment ; soumission des élites, afin que ce peuple sache, qu’il « ne doit avoir qu’un seul seigneur et que celui-ci doit être allemand » (Martin Bormann). Un véritable régime de terreur se mettra en place sous le contrôle du gouverneur  général Franck. Une terreur qui fait de la Pologne le premier des pays martyrs de la guerre.
On a calculé, rapporte l’historienne Andrea Riccardi, que les opérations de guerre firent près de 650 000 victimes. Les autres moururent à cause des mesures prises par les nazis. Varsovie fut détruite à 90% ; pendant la période 1939-1945, moururent 850 000 habitants de la capitale, dont 450 000 dans les prisons et dans les camps.
Au total, la Pologne perdra 6 millions de ses fils et de ses filles –y compris les juifs. On comprend dès lors que ce pays, qui subira ensuite plus de cinquante ans de communiste et de mainmise soviétique ait à cœur de défendre son identité, sa spécificité, surtout et y compris dans un système de nivellement politique et moral tel que celui de l’Union européenne.