Le PCF : chronique d’une mort annoncée

Sigle du Parti communiste.
Sigle du Parti communiste.

L’imbroglio politique dans lequel la France est plongée depuis quelque temps ne manque pas d’en étonner plus d’un. Divisions au sein du PS, qui va bien finir par opérer une scission ; création du Modem et d’un centre droit affilié à l’UMP ; multiplication des listes –dans l’espoir de gagner quelque argent- à la veille des législatives… A croire que le monde politique français est devenu fou ! Ce n’est pourtant pas la première fois que la politique française opère de profondes mutations : René Rémond, décédé peu avant les élections présidentielles, avait fait sa réputation en explorant l’évolution de la droite –ou plutôt des droites- en France. Initialement monarchiste, regroupant Ultras, les Orléanistes –monarchie constitutionnelle- et les bonapartistes, celle-ci était devenue républicaine et libérale, repoussant la gauche vers les mouvements socialiste et communiste. Naturellement, en fonction du paysage politique lui-même, en fonction également des événements nationaux et mondiaux, les partis politiques sont amenés à évoluer. C’est de cette évolution également que sont nés les partis socialistes et communistes, scindant en deux une idéologie originellement commune. L’histoire va révéler une certaine évolution du Parti socialiste, contrairement au Parti communiste, dont les principes paraissaient immuables. Comment expliquer, alors, la lente érosion du Parti communiste et, aujourd’hui, sa quasi disparition ?
Aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, le PCF, jouant habillement sur le registre de la Résistance, atteignait des sommets en terme d’adhésion et de suffrages. Soixante ans plus tard, il ne recueille plus que 1,93% des voix lors d’une élection présidentielle. La faute à qui ? La faute à quoi ?
La fin des illusions

Le crucifié du Goulag (iconographie du XXe siècle).
Le crucifié du Goulag (iconographie du XXe siècle).

En 1974, le monde semblait découvrir avec effarement des conditions de vie des soviétiques avec la parution de l’Archipel du Goulag, d’Alexandre Soljénitsyne. L’existence des goulags devait mettre un terme à l’idéalisation du monde soviétique et conduire le PCF à abandonner officiellement sa référence à l’URSS. Une décision qui ne remettait nullement en cause les valeurs profondes que défendaient les communistes français. Si cela s’est traduit par une baisse des suffrages en leur faveur, elle ne fut que minime. La mort annoncée du Parti communiste ne devait pas venir de l’URSS mais bien du Parti lui-même. On aura beau jeu de dire que la multiplication des partis « à la gauche de la gauche » achèvera de faire sombrer le PCF. Telle est en tout cas l’analyse de beaucoup de commentateurs et du PCF lui-même. C’est donc aux autres qu’incombe la faute : les autres partis, les électeurs, par définition volatiles en France… En bref, pas une fois les dirigeants communistes ne se remettront en cause. Et pourtant : une simple étude des dates et des chiffres, des discours et des interventions télévisées apportent une toute autre réponse.
1974 et la publication de l’Archipel du Goulag ne sera qu’un mauvais coup. Le coup fatal, c’est le PCF qui se le donnera en ne se faisant plus le chantre du prolétariat français. Car, à cette époque, de nouveaux travailleurs investissent le marché du travail français. Et c’est en masse qu’ils arrivent suite aux demandes répétées d’un patronat à l’affût d’une main-d’œuvre bon marché.
Le Goulag… des travailleurs français

Affiche célébrant l'avènement du communisme.
Affiche célébrant l’avènement du communisme.

Fidèle à son credo, le PCF va se faire le défenseur des travailleurs français, allant jusqu’à demander que « la venue de nouveaux travailleurs » soit « déterminée, chaque année, en fonction de la politique d’ensemble et des besoins de l’économie ». Ces propos, tenus par Georges Marchais en 1981, illustre la parfaite fidélité du discours du PCF avec les textes de la IIe Internationale. Des propos que Robert Hue et Madame Buffet ne tiendront jamais. Se mettant au diapason des socialistes et des giscardiens, le PCF va, de fait, y perdre son âme… et le soutien de millions de Français. Une stratégie qui va leur faire perdre tout crédit auprès des classes populaires et qui fera passer le PCF de 21,5% des voix en 1969 à 1,93% en 2007.
Floués, trahis par ceux qui étaient leurs meilleurs défenseurs, les travailleurs français vont se tourner massivement vers l’abstention et le vote national, selon une étude publiée par Le Monde en 2002. Et effectivement, le parallèle est saisissant entre le déclin du PCF et la montée du Front national au fil des années. Quant à savoir à qui profitera de sa mort…

Les Zoulous : les Huns d’Afrique

Episode de la guerre des Zoulous (gravure du XIXe siècle).
Episode de la guerre des Zoulous (gravure du XIXe siècle).

Parmi les peuples d’Afrique, demeurés relativement obscurs pour les occidentaux, un nom se détache nettement, sans pour autant que l’on sache ce qu’il représente : celui du peuple zoulou. Issu de la tribu Bantou, créé presque de toutes pièces au XVIIIe siècle, le peuple zoulou doit sa notoriété à… la terreur qu’il inspira. En fait, ils sont à comparer aux Huns et leur chef, Tchaka (v. 1787-1828), au célèbre Attila. C’est Tchaka en effet qui fera la célébrité de son peuple, lui qui va en faire une véritable machine de guerre, imposant son autorité et sa loi sanguinaire aux Ngoni du Natal, aux Souazi, aux Sothos, aux Xosa… jusqu’à ses propres frères se chargent de l’assassiner. La conquête pas plus que la terreur qui l’accompagner n’allait cesser pour autant, les lieutenants de Tchaka prenant alors le relais, avec d’ailleurs plus de succès : une partie de la Rhodésie, du Mozambique, les royaumes de Bangouélo et de Nyassa tomberont sous influence zoulou, bouleversant toute l’Afrique australe. Au point même que cette explosion conquérante finira par inquiéter les Boers d’Afrique du Sud, lesquels trouveront leur salut dans l’aide britannique… qui finira tout bonnement par annexer le Zoulouland et le rattacher au Natal.

Au nom de tous les Celtes ?

Un druide gaulois (gravure du XIXe siècle).
Un druide gaulois (gravure du XIXe siècle).

Depuis des mois, la Bretagne était le théâtre de profanations en tout genre : destructions de croix et de calvaires, saccages d’église, incendies, en juin dernier, d’une chapelle du XVIe siècle à Loqueffret… Le 21 juin 2007, l ‘énigme paraît résolue. Les profanateurs : une bande de trois ou quatre individus qui se présentent eux-mêmes comme le dernier rempart contre « la lente extinction de la culture païenne et des croyances druidiques en Bretagne ». Une piètre ligne de défense en vérité. Car si la religion celte a disparu, c’était il y a des siècles. Quant au druidisme actuellement en vigueur, il ne date guère que du XVIIe siècle. C’est sous l’impulsion d’un William Stuckley en Angleterre ou d’un Iolo Morgannwg –né Edward Williams- au Pays de Galles que le néo-druidisme fait son apparition en Europe. La redécouverte du monde celte par les Antiquaires –nom donné à des passionnés d’histoire au XVIIe-XVIIIe siècles- avait été à l’origine de ce renouveau druidique. Un druidisme teinté de romantisme, mâtiné de franc-maçonnerie et, surtout, relativement ignorant du monde celte. Car s’il est une chose positive que provoqua le néo-druidisme, c’est, sans conteste, un regain d’intérêt des historiens sur cette période de l’histoire européenne. Un regain d’intérêt qui annonçait et annonce encore un champ de découvertes passionnantes.
Qu’est-ce réellement que le druidisme ? Si l’on en croit les dernières recherches en la matière, le druidisme était avant tout une concentration de connaissance et de savoir. Et la culture païenne dont se réclament les incendiaires de Loqueffret, apparaît avant tout comme une religion basée sur le culte de la Terre-mère, une religion entièrement tournée vers l’échéance suprême, celle du passage vers l’Autre monde. En cela, le néo-druidisme respecte la religion des premiers siècles. Une religion qui se veut en plein accord avec les mystères de la Nature –qui pour l’occasion mérite un « N » majuscule-, la célébrant par des rituels bien innocents.

Druide dirigeant une réunion de clan, d'après une gravure du XIXe siècle.
Druide dirigeant une réunion de clan, d’après une gravure du XIXe siècle.

Aucune innocence, par contre, dans l’action du TABM, le True Armoric Black Metal, qui a revendiqué les déprédations de ces derniers mois en Bretagne. Sataniste, anti-chrétien comme le suggère son nom même, le TABM n’a certainement rien compris à la culture celte qu’il revendique si violemment. S’indigner « qu’en Bretagne, la chrétienté ait pris le pas sur les cultes païens et autres croyances ancestrales d’Armorique », c’est oublier, un peu vite, que l’expulsion des Tuatha de Danann vers le monde de l’Autre monde date des Celtes eux-mêmes. Une expulsion qui, si l’on s’en réfère à la mythologie irlandaise, doit tout à l’arrivée des Gaëls –les hommes. C’est oublier également que si ces messieurs ont pu ne serait-ce que se prévaloir de quelques croyances celtiques, c’est aux moines chrétiens qu’ils le doivent. C’est oublier enfin l’essence même du druidisme : l’accumulation de connaissances. Pas sa destruction.

Promotion au mérite ?

L'aigle impérial.
L’aigle impérial.

Sous la monarchie, le titre nobiliaire était héréditaire, sous l’Empire, il faut le mériter « par le courage, l’ingéniosité ou… la fidélité à l’Empereur » : tel est le sens de la loi édictée par Napoléon Ier, le 1er mars 1808.
Prenant exemple sur les Bourbons, l’Empereur s’entoure alors d’une cour somptueuse et, pour lui donner l’éclat qu’il convient, il crée une noblesse impériale. Les titulaires de certaines fonctions deviennent donc comtes ou barons. Ses ministres et ses maréchaux reçoivent le titre de ducs et de princes. Ainsi, un simple officier corse, qui a la chance d’être l’époux d’Élisa, la sœur de l’Empereur, devient, par la grâce de ce dernier, prince de Lucques et de Piombino.
Pourtant l’éclat des titres n’empêche guère nombre de nouveaux princes, ducs et barons de trahir l’Empereur pour embrasser la cause des Bourbons. Non sans un certain cynisme, Charles de Talleyrand, qui fut l’un des traîtres, reconnaît que «la gratitude ne fut pas la qualité première de la noblesse d’Empire ».

Le Ku Klux Klan sème la terreur

Le 2 novembre 1871, à la Nouvelle-Orléans. Vêtus de blanc, le visage dissimulé par une cagoule, les hommes du Ku Klux Klan s’emparent de deux cent quatre-vingt-dix-sept Noirs qu’ils exécutent sans autre forme de procès. Avec les homosexuels, les femmes de mauvaise vie, les catholiques et les Juifs, ils sont les cibles préférées de ceux que l’on appelle les « Klansmen ».
À la fin de la guerre de Sécession, d’anciens officiers confédérés créent  le Ku Klux Klan, qui fait régner la terreur dans les États du Sud.
Sa méthode : le lynchage ou « loi de Lynch ». Cette « loi » apparue en 1837 est attribuée à un juge de Virginie, Charles Lynch, qui l’utilisait dans sa lutte contre les brigands. Elle s’est très rapidement propagée aux États-Unis et le Ku Klux Klan, qui a fait siennes ces méthodes, a acquis une sombre réputation : flagellation, pendaison, torture sont les moyens qu’il emploie pour la défense des « vraies valeurs » de l’Amérique.
L’épisode de la Nouvelle-Orléans n’est qu’un cas parmi tant d’autres ; le Klan, maintenant apparenté à des organismes néonazis, a fait des milliers de victimes depuis 1865.

Des Trade union au Parti travailliste

L'Angleterre à l'ère de l'industrialisation à outrance, qui ne signifiait pas toujours le plein emploi (iconographie du XIXe siècle).
L’Angleterre à l’ère de l’industrialisation à outrance, qui ne signifiait pas toujours le plein emploi (iconographie du XIXe siècle).

S’il est un parti qui, en France, « à la cote », c’est bien le Parti travailliste et son nouveau ex-premier ministre. Alors que le Parti socialiste français patauge, se déchire et se divise, les Français, de droite comme de gauche, rêvent d’un Tony Blair à la française. Mais Tony Blair a eu beau transformer son parti, originellement le Labour party et le Parti socialiste français ont bien peu en commun. Leur origine même est différente…
Issu des Trade union, les « unions de métiers », le Labour party doit tout aux syndicats. Apparu au XVIIIe siècle, lorsque la révolution industrielle commença à réduire une bonne partie de la population, jadis artisane ou commerçante, en salariés, le trade-unionisme s’apparente aux guildes médiévales. C’est dans l’ouest de l’Angleterre, haut lieu de l’industrie du textile qu’elles voient le jour, dans le but de suppléer aux errances du gouvernement qui se refusait à réglementer les conditions de travail, les salaires ou encore l’apprentissage. Rien de vraiment politique et le premier essai en la matière –le chartisme- se soldera par un échec retentissant. Revenu à l’action purement syndicale, les Trade union entrent alors dans une nouvelle phase : la conquête de droits, la reconnaissance de leurs statuts. Considérées à l’égal d’association par Gladstone, les Trade union prennent un réel essor avec la reconnaissance du droit de grève par Disraéli.
Dès lors, les syndicats acquièrent un pouvoir quasi absolu parmi les salariés de tout secteur, des salariés obligés de se syndiqués et pressurés par des cotisations exorbitantes. Au point qu’un nouvel unionisme voit le jour en 1889. L’affrontement entre les deux conceptions syndicales vont engendrer des grèves qui paralyseront des pans entiers de l’activité économique, jusqu’à ce que les syndicats soient légalement interdits. Dès lors, il ne restait plus aux unionistes qu’une voie pour faire valoir leurs droits : le voie politique. C’est ainsi que sera créé, en 1902, le Labour party.

Ford : pour que l’automobile soit toujours un plaisir !

Henry Ford (1863-1947), d'après un  dessin original.
Henry Ford (1863-1947), d’après un dessin original.

"Mettre l’Amérique sur les roues" : tel était le rêve d’Henry Ford. Fils d’un fermier irlandais émigré aux Etats-Unis, apprenti horloger, monteur dans une usine de machines agricoles, ingénieur électricien, Henry Ford construit son premier modèle automobile en 1892-1893. Un modèle, désigné sous le sigle A qui, comme les suivants d’ailleurs (B, C, F, K, N, R, S et bien sûr le modèle T), n’avait rien de particulièrement révolutionnaire. Mais un modèle qui, comme tous ceux de la Ford Motor Co, avait pour but essentiel de faire de l’automobile un bien de consommation courant. Et c’est là que réside la révolution de Ford. Entre 1908 et 1927, ses usines vont produire pas moins de 15 millions de véhicules. Point de luxe, d’options particulières, de couleurs hardies -Ford mettra des années à se décider à créer des modèles de couleurs différentes-  : mais des véhicules capables, comme ceux qui faisaient le bonheur de la classe la plus riche, de rouler, tout simplement. En Europe, Renault, Citroën, Fiat, Austin, ou encore Morris devaient marcher sur les pas de l’Américain, avec le même succès. Et l’Occident de se couvrir de véhicules. Et les Occidentaux de devenir de parfait conducteurs-consommateurs.
Alors certes, la mode écologique ferait plutôt d’Henry Ford un industriel machiavélique, mais dans les faits, Ford a été à l’origine d’une nouvelle façon de vivre ; il a permis aux plus modestes d’atteindre aux facilités des plus riches et sortit l’automobile de son écrin. En agissant ainsi, nul doute que le fils d’émigrant avait quelque désir de s’enrichir (les bénéfices de la Ford Motor Co atteignaient 700 millions de dollars en 1927), mais sa conscience sociale était suffisamment développer pour que ses ouvriers participent pleinement à son enrichissement. Alors qu’un ouvrier gagnait 11 dollars par semaine, il payait les siens pas moins de 5 dollars par jour, assurant une participation aux bénéfices et donnant accès à des crédits à longs termes. Une politique paternaliste qui allait de paire avec le refus de tout syndicat mais qui sera pour beaucoup dans l’accession au fameux "rêve américain".

La Petite Roquette : la prison des enfants

Afin de faciliter la rééducation des jeunes délinquants, on décide de les sortir des prisons pour adultes dans lesquelles ils étaient cantonnés.
Le 6 novembre 1836, Louis-Philippe inaugure la prison pour mineurs de la Petite Roquette. Destiné aux enfants de huit à vingt ans, ce pénitencier repose sur un système d’isolement total : dès 1839, les espaces collectifs comme les réfectoires et les ateliers disparaissent et la cellule de cinq mètres carrés reste leur seul lieu de vie.
Les délinquants ne travaillent que dans leur cellule ; ils sortent un par un et accompagnés d’un gardien pour éviter toute tentative de communication entre eux ; les deux heures d’école par jour se font sans aucun contact visuel, pas même avec l’instituteur. Condamnés à des peines de quatre à sept ans pour vagabondage, vol ou mendicité, peu nombreux sont ceux qui survivent (on constate des suicides chez des enfants de 12 ans).
Malgré le vote de la loi de 1850 qui prévoit d’envoyer ces mineurs dans des colonies agricoles, la prison de la Petite Roquette, passant outre, persiste à appliquer l’isolement. Et il faudra l’intervention du député Jules Simon et celle de l’impératrice Eugénie pour dévoiler les conditions lamentables dans lesquelles vivent ces enfants. En 1865, l’établissement est enfin fermé.

Et Dieu créa…

Adam et Eve tentés par le serpent, d'après une gravure du Moyen Âge.
Adam et Eve tentés par le serpent, d’après une gravure du Moyen Âge.

Le créationnisme, qui semble être un des sujets de prédiction des médias ces dernières années –depuis l’élection de Georges Bush notamment-, n’est certes pas vieux comme le monde, mais date au moins de l’acceptation des théories darwiniennes. De fait, il remet totalement en doute les théories du scientifique, prônant une lecture littérale de la Bible. Le monde ne serait donc pas né d’un quelconque Big Bang, mais aurait été créé en sept jours et l’homme n’aurait subi aucune évolution. Bref, le créationnisme fait de la Genèse un récit historique. Et si l’on trouve un parc d’attractions sur le thème de la Création, si les écoles françaises, belges, suisses ont reçu un atlas anti-évolutionniste d’un éditeur turc, ce n’est pas un hasard. La géographie du créationnisme l’explique tout naturellement.
Fortement présent dans les pays protestants, notamment aux Etats-Unis et en Australie, et dans le monde musulman, le créationnisme se nourrit véritablement d’un aspect commun à ces deux religions, le fondamentalisme des uns et des autres lui donnant un nouvel essor. Et si l’on y regarde de plus près, ni les pays catholiques, ni Israël ne connaissent de mouvement similaire. Et c’est clairement dans la lecture que protestants et musulmans font de la Bible qu’il faut voir une différence.
Depuis les origines du christianisme, les théologiens se sont efforcés de lire la Bible non pas littéralement mais comme un ouvrage fait de symboles. D’ailleurs, c’est bien là le travail du théologien que d’essayer de cerner Dieu à travers les Ecritures. Une définition qui, de fait, exclue toute lecture littérale. Rien d’étonnant, donc, si Origène (IIe-IIIe siècles) se permet de moquer gentiment celui qui croirait que le monde a réellement été créé en sept jours, rien d’étonnant non plus si l’Eglise ne lança jamais une attaque en règle des théories évolutionnistes. Car si l’homme a évolué, personne, pas même Darwin (1809-1882), n’a supposé que le monde n’avait pas de créateur… Voilà qui ne remettait nullement en cause la foi catholique, l’évolution de l’homme et du monde étant alors reconnue comme voulu par Dieu, comme la création complexe du Divin. De la même façon, les juifs ont toujours fait une lecture symbolique de la Bible et des Psaumes. Dieu a toujours usé –presque abusé- de symboles, de détours et il n’y a guère de raison qu’il ait agi différemment en inspirant le récit de la Genèse.
Mais si ni les juifs, ni les catholiques ne sont créationnistes, d’où vient que la troisième religion monothéiste et qu’une « branche » du christianisme le soient devenues ? On a dit que cela tenait à leur lecture de la Bible. Mais en quoi peut-elle être différente ?

Charles Darwin (1809-1882).
Charles Darwin (1809-1882).

Le protestantisme est une religion née d’une dissension au sein de l’Eglise catholique. Parmi les points d’achoppement, la volonté, par les protestants, de permettre une lecture libre de la Bible. Chacun pouvait alors trouver la source de sa Foi dans une lecture non dirigée du livre sacré, ce qui, jusque-là était tout bonnement impossible, sa lecture et sa possession n’étant réservé qu’à une élite religieuse et intellectuelle. Le désir des protestants était donc que la parole de Dieu soit accessible à tous. C’est ce que l’on appel, le libre arbitre, chacun, selon eux, étant capable de puiser ses propres dogmes de Foi dans la Parole divine. Un sentiment que l’on pourrait qualifier de noble, de moins rétrograde mais qui, finalement, n’aboutira qu’à une lecture littérale de la Bible. Il n’est pas donné à tout le monde d’être théologien !
Et c’est pour exactement la même raison que la grande majorité des musulmans est créationniste. Le monde musulman est divisé en deux groupes : les chiites, qui prônent une interprétation –par des chefs religieux bien sûr- du Coran et des textes sacrés, et les sunnites, 90% du monde musulman, qui refusent catégoriquement cette possibilité. Aucun écrits ne saurait être remis en question, aucun texte ne peut donner lieu à une lecture autre que littérale. Or, pour les musulmans, l’Ancien Testament est un texte sacré –ils parlent d’ailleurs de ce de « la religion du Livre » qui comprend les trois religions monothéistes. Pour eux, donc, la Genèse ne saurait être une image ou un symbole… Et si les musulmans ne sont entrés dans la « querelle » créationnistes que récemment –aux Etats-Unis, elle a commencé en 1920-, c’est essentiellement parce que les musulmans ne vivent plus uniquement dans des pays confessant leur foi, une foi et une croyance alors mise en opposition avec les enseignements des contrées les accueillant. C’est aussi, et cela vaut pour les protestants américains ou australiens, parce que les uns et les autres sont entrés dans un processus de fondamentalisation. Mais si les médias prennent un malin plaisir à évoquer ces créationnistes –par définition rétrogrades-, s’ils relèvent volontiers leur acharnement, parfois leur violence, il est certain que la communauté scientifique, notamment américaine, a sa part de responsabilité en refusant tout bonnement de discuter de la chose. Car si la position des créationnistes, protestants ou musulmans, est inébranlable, certaines branches du créationnisme, telle l’ID, Intelligent Design (dessein intelligent) qui défendent la réalité d’une entité divine, sont mises au même rang que les autres, au nom de la Science. Une science qui prétend qu’il n’y a pas de réponse, juste parce qu’elle ne l’a pas trouvé…

Colonisation : retour à l’antique

Une patère phénicienne, dont on remarque bien que le style se reproduira sur tout le pourtour méditerranéen.
Une patère phénicienne, dont on remarque bien que le style se reproduira sur tout le pourtour méditerranéen..

La colonisation est un phénomène qui a existé de tout temps. Seulement, elle n’a pas toujours eu le même objectif. On a tendance, en France notamment, à donner une vision de la colonisation européenne du XIXe siècle, extrêmement négative. Peuples oppressés, ressources pillées : tout ça pour le plus grand bonheur de l’homme blanc. Outre le fait que ces colonisations n’ont rien rapporté en terme économique ; qu’elles partaient plutôt d’un "bon sentiment", à savoir propager la modernité au monde entier, ces colonisations n’ont rien de commun avec celles pratiquées auparavant.
De fait, le phénomène de colonisation apparaît dès la plus haute Antiquité. Les Phéniciens vont essaimer leurs comptoirs à travers tout le pourtour méditerranéen. Les Grecs vont s’installer à Massilia, mais également en Espagne, en Sicile, en Afrique du Nord. Originellement à but purement commercial, la colonisation grecque va aboutir à un réseau de cités promouvant les valeurs grecques, des valeurs politiques et culturelles essentiellement. C’est ce que l’on a appelé la Grande Grèce. Un temps mis à mal par les Phéniciens et les Carthaginois, également grands fondateurs de comptoirs, la colonisation grecque connaîtra un nouvel essor après l’avènement d’Alexandre le Grand. Au pas de ses "légions" ou de ses armées, l’hellénisme va se propager à travers tout le Proche-Orient ainsi qu’en Egypte. Rome, enfin, se gardera bien de coloniser, préférant conquérir et étendre son pouvoir au point de créer un empire.
Mais l’Antiquité n’est pas la seule période à avoir connu un désir de colonisation. On l’oubli souvent mais l’extension des Teutoniques et de la Hanse germanique vers les pays slaves ou scandinaves n’est rien d’autre qu’une colonisation à visée essentiellement commerciale. Comme le sera la colonisation du XVe-XVIe siècles, initiée par le Portugal et fortement développée par l’Espagne, puis par l’Angleterre et, dans une moindre mesure, la France.
Il en résulte que dans toutes ces colonisations, c’est l’économie qui est le moteur de la colonisation. Contrairement à la colonisation, notamment française, des deux siècles qui nous précèdent. C’est pourtant bien celle-ci qui est décriée si volontiers. Sans doute parce qu’elle est relativement récente ; sans doute aussi parce que l’on peine à approfondir le sujet, de peur d’être taxé de toutes sortes d’épithètes peu flatteurs.
Mais qu’en est-il de la colonisation aux jours d’aujourd’hui ? Qu’en est-il de certains conflits dont on peut fortement douté qu’ils suivent une logique humanitaire ou même philosophique ? Certainement, on aura à cœur de les dénoncer, mais ils ne sont que la partie immergée de l’iceberg. Dans la réalité, la colonisation des esprits est en marche si l’on songe que le monde entier semble devoir obéir à une même règle, à une même vision du monde, à une même façon de vivre. C’est pourtant bien ce type de colonisation qui a montré sa faiblesse ; c’est ce type de colonisation qui a révélé son impossibilité dans les faits. Comment expliquer, dès lors, que cette nouvelle colonisation n’attise pas les reproches de ceux-là même qui dénoncent si aisément LA colonisation en tant que telle.