La Petite Roquette : la prison des enfants

Afin de faciliter la rééducation des jeunes délinquants, on décide de les sortir des prisons pour adultes dans lesquelles ils étaient cantonnés.
Le 6 novembre 1836, Louis-Philippe inaugure la prison pour mineurs de la Petite Roquette. Destiné aux enfants de huit à vingt ans, ce pénitencier repose sur un système d’isolement total : dès 1839, les espaces collectifs comme les réfectoires et les ateliers disparaissent et la cellule de cinq mètres carrés reste leur seul lieu de vie.
Les délinquants ne travaillent que dans leur cellule ; ils sortent un par un et accompagnés d’un gardien pour éviter toute tentative de communication entre eux ; les deux heures d’école par jour se font sans aucun contact visuel, pas même avec l’instituteur. Condamnés à des peines de quatre à sept ans pour vagabondage, vol ou mendicité, peu nombreux sont ceux qui survivent (on constate des suicides chez des enfants de 12 ans).
Malgré le vote de la loi de 1850 qui prévoit d’envoyer ces mineurs dans des colonies agricoles, la prison de la Petite Roquette, passant outre, persiste à appliquer l’isolement. Et il faudra l’intervention du député Jules Simon et celle de l’impératrice Eugénie pour dévoiler les conditions lamentables dans lesquelles vivent ces enfants. En 1865, l’établissement est enfin fermé.

Et Dieu créa…

Adam et Eve tentés par le serpent, d'après une gravure du Moyen Âge.
Adam et Eve tentés par le serpent, d’après une gravure du Moyen Âge.

Le créationnisme, qui semble être un des sujets de prédiction des médias ces dernières années –depuis l’élection de Georges Bush notamment-, n’est certes pas vieux comme le monde, mais date au moins de l’acceptation des théories darwiniennes. De fait, il remet totalement en doute les théories du scientifique, prônant une lecture littérale de la Bible. Le monde ne serait donc pas né d’un quelconque Big Bang, mais aurait été créé en sept jours et l’homme n’aurait subi aucune évolution. Bref, le créationnisme fait de la Genèse un récit historique. Et si l’on trouve un parc d’attractions sur le thème de la Création, si les écoles françaises, belges, suisses ont reçu un atlas anti-évolutionniste d’un éditeur turc, ce n’est pas un hasard. La géographie du créationnisme l’explique tout naturellement.
Fortement présent dans les pays protestants, notamment aux Etats-Unis et en Australie, et dans le monde musulman, le créationnisme se nourrit véritablement d’un aspect commun à ces deux religions, le fondamentalisme des uns et des autres lui donnant un nouvel essor. Et si l’on y regarde de plus près, ni les pays catholiques, ni Israël ne connaissent de mouvement similaire. Et c’est clairement dans la lecture que protestants et musulmans font de la Bible qu’il faut voir une différence.
Depuis les origines du christianisme, les théologiens se sont efforcés de lire la Bible non pas littéralement mais comme un ouvrage fait de symboles. D’ailleurs, c’est bien là le travail du théologien que d’essayer de cerner Dieu à travers les Ecritures. Une définition qui, de fait, exclue toute lecture littérale. Rien d’étonnant, donc, si Origène (IIe-IIIe siècles) se permet de moquer gentiment celui qui croirait que le monde a réellement été créé en sept jours, rien d’étonnant non plus si l’Eglise ne lança jamais une attaque en règle des théories évolutionnistes. Car si l’homme a évolué, personne, pas même Darwin (1809-1882), n’a supposé que le monde n’avait pas de créateur… Voilà qui ne remettait nullement en cause la foi catholique, l’évolution de l’homme et du monde étant alors reconnue comme voulu par Dieu, comme la création complexe du Divin. De la même façon, les juifs ont toujours fait une lecture symbolique de la Bible et des Psaumes. Dieu a toujours usé –presque abusé- de symboles, de détours et il n’y a guère de raison qu’il ait agi différemment en inspirant le récit de la Genèse.
Mais si ni les juifs, ni les catholiques ne sont créationnistes, d’où vient que la troisième religion monothéiste et qu’une « branche » du christianisme le soient devenues ? On a dit que cela tenait à leur lecture de la Bible. Mais en quoi peut-elle être différente ?

Charles Darwin (1809-1882).
Charles Darwin (1809-1882).

Le protestantisme est une religion née d’une dissension au sein de l’Eglise catholique. Parmi les points d’achoppement, la volonté, par les protestants, de permettre une lecture libre de la Bible. Chacun pouvait alors trouver la source de sa Foi dans une lecture non dirigée du livre sacré, ce qui, jusque-là était tout bonnement impossible, sa lecture et sa possession n’étant réservé qu’à une élite religieuse et intellectuelle. Le désir des protestants était donc que la parole de Dieu soit accessible à tous. C’est ce que l’on appel, le libre arbitre, chacun, selon eux, étant capable de puiser ses propres dogmes de Foi dans la Parole divine. Un sentiment que l’on pourrait qualifier de noble, de moins rétrograde mais qui, finalement, n’aboutira qu’à une lecture littérale de la Bible. Il n’est pas donné à tout le monde d’être théologien !
Et c’est pour exactement la même raison que la grande majorité des musulmans est créationniste. Le monde musulman est divisé en deux groupes : les chiites, qui prônent une interprétation –par des chefs religieux bien sûr- du Coran et des textes sacrés, et les sunnites, 90% du monde musulman, qui refusent catégoriquement cette possibilité. Aucun écrits ne saurait être remis en question, aucun texte ne peut donner lieu à une lecture autre que littérale. Or, pour les musulmans, l’Ancien Testament est un texte sacré –ils parlent d’ailleurs de ce de « la religion du Livre » qui comprend les trois religions monothéistes. Pour eux, donc, la Genèse ne saurait être une image ou un symbole… Et si les musulmans ne sont entrés dans la « querelle » créationnistes que récemment –aux Etats-Unis, elle a commencé en 1920-, c’est essentiellement parce que les musulmans ne vivent plus uniquement dans des pays confessant leur foi, une foi et une croyance alors mise en opposition avec les enseignements des contrées les accueillant. C’est aussi, et cela vaut pour les protestants américains ou australiens, parce que les uns et les autres sont entrés dans un processus de fondamentalisation. Mais si les médias prennent un malin plaisir à évoquer ces créationnistes –par définition rétrogrades-, s’ils relèvent volontiers leur acharnement, parfois leur violence, il est certain que la communauté scientifique, notamment américaine, a sa part de responsabilité en refusant tout bonnement de discuter de la chose. Car si la position des créationnistes, protestants ou musulmans, est inébranlable, certaines branches du créationnisme, telle l’ID, Intelligent Design (dessein intelligent) qui défendent la réalité d’une entité divine, sont mises au même rang que les autres, au nom de la Science. Une science qui prétend qu’il n’y a pas de réponse, juste parce qu’elle ne l’a pas trouvé…

Colonisation : retour à l’antique

Une patère phénicienne, dont on remarque bien que le style se reproduira sur tout le pourtour méditerranéen.
Une patère phénicienne, dont on remarque bien que le style se reproduira sur tout le pourtour méditerranéen..

La colonisation est un phénomène qui a existé de tout temps. Seulement, elle n’a pas toujours eu le même objectif. On a tendance, en France notamment, à donner une vision de la colonisation européenne du XIXe siècle, extrêmement négative. Peuples oppressés, ressources pillées : tout ça pour le plus grand bonheur de l’homme blanc. Outre le fait que ces colonisations n’ont rien rapporté en terme économique ; qu’elles partaient plutôt d’un "bon sentiment", à savoir propager la modernité au monde entier, ces colonisations n’ont rien de commun avec celles pratiquées auparavant.
De fait, le phénomène de colonisation apparaît dès la plus haute Antiquité. Les Phéniciens vont essaimer leurs comptoirs à travers tout le pourtour méditerranéen. Les Grecs vont s’installer à Massilia, mais également en Espagne, en Sicile, en Afrique du Nord. Originellement à but purement commercial, la colonisation grecque va aboutir à un réseau de cités promouvant les valeurs grecques, des valeurs politiques et culturelles essentiellement. C’est ce que l’on a appelé la Grande Grèce. Un temps mis à mal par les Phéniciens et les Carthaginois, également grands fondateurs de comptoirs, la colonisation grecque connaîtra un nouvel essor après l’avènement d’Alexandre le Grand. Au pas de ses "légions" ou de ses armées, l’hellénisme va se propager à travers tout le Proche-Orient ainsi qu’en Egypte. Rome, enfin, se gardera bien de coloniser, préférant conquérir et étendre son pouvoir au point de créer un empire.
Mais l’Antiquité n’est pas la seule période à avoir connu un désir de colonisation. On l’oubli souvent mais l’extension des Teutoniques et de la Hanse germanique vers les pays slaves ou scandinaves n’est rien d’autre qu’une colonisation à visée essentiellement commerciale. Comme le sera la colonisation du XVe-XVIe siècles, initiée par le Portugal et fortement développée par l’Espagne, puis par l’Angleterre et, dans une moindre mesure, la France.
Il en résulte que dans toutes ces colonisations, c’est l’économie qui est le moteur de la colonisation. Contrairement à la colonisation, notamment française, des deux siècles qui nous précèdent. C’est pourtant bien celle-ci qui est décriée si volontiers. Sans doute parce qu’elle est relativement récente ; sans doute aussi parce que l’on peine à approfondir le sujet, de peur d’être taxé de toutes sortes d’épithètes peu flatteurs.
Mais qu’en est-il de la colonisation aux jours d’aujourd’hui ? Qu’en est-il de certains conflits dont on peut fortement douté qu’ils suivent une logique humanitaire ou même philosophique ? Certainement, on aura à cœur de les dénoncer, mais ils ne sont que la partie immergée de l’iceberg. Dans la réalité, la colonisation des esprits est en marche si l’on songe que le monde entier semble devoir obéir à une même règle, à une même vision du monde, à une même façon de vivre. C’est pourtant bien ce type de colonisation qui a montré sa faiblesse ; c’est ce type de colonisation qui a révélé son impossibilité dans les faits. Comment expliquer, dès lors, que cette nouvelle colonisation n’attise pas les reproches de ceux-là même qui dénoncent si aisément LA colonisation en tant que telle.

Le baccalauréat

Quand, en mars 1808, Napoléon Ier crée le baccalauréat, l’épreuve consiste uniquement en une traduction orale d’un texte latin. Dès 1820, on ajoute une épreuve écrite, toujours de latin, et trois interrogations orales sur la philosophie, la rhétorique et aussi l’histoire. Tout au long du XIXe siècle, le baccalauréat évolue dans ses statuts, mais ce n’est que le 6 décembre 1902 que sa forme moderne est adoptée.
En effet, la nouvelle réforme crée quatre sections : latin-grec (A), latin-langues (B), latin-sciences (C) et langues-sciences (D),

les plus prisés étant les bacs A et C. Cette première révolution du baccalauréat est suivie d’une seconde, à la même époque. En effet, en un siècle, les candidats passent du nombre de trente et un à celui de sept mille et les jeunes filles ont accès à cette épreuve, ce qui leur permet de prétendre à des carrières de plus en plus élevées.

Colonisation : la faute à qui ?

Armée musulmane en marche (IXe siècle), d'après une iconographie du début du XXe siècle.
Armée musulmane en marche (IXe siècle), d’après une iconographie du début du XXe siècle.

Il semblerait que depuis peu il soit de bon ton de dénoncer « la » colonisation. Par ce terme, on entend bien entendu celle des pays du Maghreb et de l’Afrique noire par les Européens ; par ce terme également, les adeptes de la repentance désignent aux foudres de l’histoire l’esclavage et la volonté d’imposer à d’autres peuples un mode de vie, une culture toute occidentale. Jacques Chirac s’en était fait l’écho, voulant bien reconnaître à nos ancêtres tous les torts. Le président actuel se veut plus modéré, estimant, il y a quelques jours que « nul ne peut demander aux générations d’aujourd’hui d’expier ce crime perpétré par les générations passées [et] nul ne  peut demander aux fils de se repentir des fautes de leurs pères ». C’est là toute la question de la repentance qui n’est rien d’autre qu’une la conséquence d’une autosatisfaction insolente, dénonçant les « crimes » de ses ancêtres pour, implicitement, se désigner aux yeux du monde comme « un homme bien ».
Considération philosophique que tout cela ! Mais qu’en est-il de l’histoire ? De fait, l’idée même de ne parler que de « la » colonisation, comme s’il n’y en avait eu qu’une, est rien moins que réductrice.
Ce phénomène a traversé toutes les cultures, toutes les civilisations et, si l’on veut bien s’en souvenir, prend alors un aspect nettement moins criminel. Les Grecs, déjà, l’avaient pratiqué à grande échelle, Ioniens, Doriens et Eoliens succédant aux Phéniciens sur les rives méditerranéennes dès le IIe millénaire avant J.-C.. Soyons bien clair, il ne s’agissait pas de simples conquêtes mais bien d’installations pérennes de comptoirs commerciaux puis de centres culturels. Les Ptolémées ne feront rien d’autre en Egypte, colonisant tout un empire. Sans parler de Massilia (Marseille), de Syracuse, de la Corse. Sans parler des conquêtes arabo musulmanes au Moyen Âge qui porteront l’étendard d’Allah jusqu’aux portes de l’Europe. Les Chinois s’établiront au Vietnâm –et il suffit de voir, encore aujourd’hui les différences ethniques entre les Vietnamiens- et en Corée. Que dire également du vaste mouvement de découvertes initié au XVe-XVIe siècles par les Portugais et les Espagnols et prolongé par la France, la Hollande et l’Angleterre. Un élan qui, d’ailleurs, brisera les colonisateurs que furent les Incas et les Aztèques.
A y regarder de prêt, il apparaît donc que la colonisation dont on fait si volontiers reproche à l’Europe, est un phénomène historique éternel. Un phénomène qui, il faut bien le dire, ne mérite sans doute pas d’être qualifié de « crime contre l’humanité ».

La Question romaine : la valse hésitation de Napoléon III

Napoléon III (1808-1873).
Napoléon III (1808-1873).

Depuis l’époque carolingienne, et plus précisément depuis la donation de Pépin, l’Eglise avait acquis des Etats qui étaient sensé assurer son indépendance et ne placer le pape sous l’autorité de personne. Telle était le sens de cette donation, comme ce sera le sens de celle de la comtesse Mathilde qui, au XIIe siècle, avait légué au Saint-Siège tous ses Etats, comprenant la Toscane et une grande partie de la Lombardie. Une seconde dotation qui, dans les faits, donnait une réelle indépendance au pouvoir spirituel sur le plan temporel. Le Moyen Âge sera émaillé de tentatives de reconquête de ces Etats comme d’épisodes illustrant la lutte entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel -notamment sous les Hohenstaufen. La question, finalement, semblait être réglée quand, au XIXe siècle, l’Italie partie à la conquête de son indépendance… sous le regard bienveillant de la France.
La Question romaine concerne le problème posé par la survivance de ces Etats pontificaux à cette époque et dans ce contexte.
Caricature anglaise représentant Napoléon III servant à la fois le pape et Garibaldi.
Caricature anglaise représentant Napoléon III servant à la fois le pape et Garibaldi.

A partir de 1848, l’Italie entre dans une ère de révolution unitaire et républicaine. La France la soutient à tout point de vu… exceptée sur la Question des Etats du pape. Et de fait, c’est à une véritable valse hésitation de Napoléon III que l’on assiste. Après avoir tenté de raisonner le pape par les ambassades de Rayneval et de Grammont afin de convaincre le pape Pie IX de laisser le Piémont entrer dans l’unité italienne, Napoléon III s’engagea militairement aux côtés des Piémontais dans la guerre de 1859. Mais le dilemme de l’empereur français était de savoir où devait s’arrêter l’indépendance : l’Italie toute entière devait-elle s’affranchir ou laisser au Pape ses Etats ? S’aliéner les catholiques de toute l’Europe -et notamment les Français ou irriter les Italiens ? Influencé par sa femme, favorable au pape, et par les intérêts de son cousin, gendre de Victor-Emmanuel II, Napoléon III n’arrivait pas à se décider. En 1860, il conseilla au Pape, par brochure interposer, de se résigner à céder ses Etats -"plus l’Etat est petit plus le souverain sera grand"- ce qui devait soulever une forte opposition des catholiques français. La même année, Cavour se vit encouragé à faire passer des troupes piémontaises par les Etats pontificaux pour empêcher Garibaldi de proclamer une République italienne à Naples. Mais, parallèlement à cela, l’empereur allait envoyer une garnison militaire à Rome et entretenir chez les catholiques l’espoir d’un maintien du pouvoir temporel du Souverain pontife.
Au final, personne n’était réellement satisfait et Napoléon III devait promettre le retrait de la garnison française pour 1866, à condition que l’Italie renonce à envahir Rome. L’arrivée imminente des troupes de Garibladi allait annoncer le retour des troupes françaises qui ne quitteront la Ville éternelle qu’en 1870… laissant libre cours aux troupes garibaldiennes.

Création des assignats

À la fin de l’année 1789, la France a une dette publique de quatre milliards deux cent soixante-deux millions. Le comte de Mirabeau et Talleyrand-Périgord, évêque d’Autun, suggèrent à l’Assemblée de confisquer les biens ecclésiastiques puis de les mettre en vente au profit de l’État. En échange, celui-ci se charge d’assurer les frais du culte ainsi que l’entretien du clergé. L’Assemblée se rallie à cette proposition et, en décembre 1789, met en vente des « bons gagés », les assignats, sur les biens du clergé.
L’assignat devient rapidement une véritable monnaie de papier, mais sa trop grande profusion et la fabrication de faux qui inondent rapidement le marché lui font perdre toute sa valeur. La dette ne fait alors qu’augmenter…

Médias : propagande d’hier et d’aujourd’hui

Voltaire (gravure ancienne) saura jouer de la propagande autant au niveau politique que judiciaire ou historique.
Voltaire (gravure ancienne) saura jouer de la propagande autant au niveau politique que judiciaire ou historique.

Allez savoir pourquoi, une majorité de Français semble intimement convaincue que la presse et, plus généralement, les médias sont entièrement aux ordres des politiques, notamment du gouvernement actuellement en place. Sans doute les accusations de deux candidats malheureux aux dernières élections présidentielles ont-elles fait leur chemin. Certes, éthiquement, le journaliste se doit d’être impartial. Mais l’a-t-il jamais été ?
De fait, la presse est née de la contestation et de la propagande, deux démarches qui, par nature, impliquent un engagement. Les exemples historiques ne manquent pas. Ainsi, les Mazarinades faisaient-elles plus que tourner le cardinal-ministre en ridicule : elles contenaient une critique de sa politique, critique qui eut un tel impact que Mazarin du se réfugier quelques temps hors de France. Les libelles contre Louis XVI et Marie-Antoinette vont, en leur temps, exacerber la rancœur d’un peuple affamé et accélérer le processus révolutionnaire. Les Placards, portés jusque sur la porte de la chambre de François Ier, entraîneront la réaffirmation de la Foi du souverain et les premières persécutions contre les protestants français. Voltaire, enfin, pour ne citer que lui, fera sa carrière sur la propagande plus que sur la philosophie, jouant de l’affrontement et de la provocation avec un art consommé.
Et ce que l’histoire nous dit, le présent le réaffirme, du moins en partie. Car quel média peut prétendre n’être qu’un simple rapporteur de faits ? Des faits que l’on présente de telle ou telle manière, des faits que l’on analyse, que l’on décrypte, autant d’actions qui engendre un engagement ou, pour le moins, l’expression d’une opinion. Ce qui paraît évident pour la presse écrite qui, sans complexe, affiche ses opinions politiques, vaut également pour les autres médias. Et si le message n’est pas nécessairement politique, il est, toujours, vecteur d’une idée ou d’une pensée, qui ne laisse guère de place à la discussion. Ainsi en est-il également de toute la culture actuelle –musique, cinéma, littérature- qui, tout en se voulant ouvertement « anti-système », affiche une linéarité de pensée proprement lénifiante.
Et c’est sans doute là que se situe la véritable différence entre les « médias » historiques et les médias actuels. Car s’il y a encore propagande, l’opposition, elle, a disparu, noyée dans un système de pensée uniformisée.

L’homme est-il un animal comme les autres ?

Le pape Benoît XVI.
Le pape Benoît XVI.

L’homme est un animal. Mais n’est-il que cela ? Et n’est-il qu’un animal sexuel ? C’est ni plus ni moins la question que pose l’Eglise catholique depuis pas moins de vingt ans, depuis l’apparition du sida et la promotion du préservatif comme seul moyen d’échapper à cette maladie. Benoît XVI ne fait que réaffirmer la position de l’Eglise, celle de Jean-Paul II avant lui. Et comme son prédécesseur, voici que les foudres médiatiques s’abattent sur lui avec toujours le même discours, la même critique. Pourtant, on peut légitimement se poser la question de savoir qui des deux est le plus criminel : celui qui prône l’assouvissement de ses instincts, quel qu’en soit le prix ; ou celui qui prêche pour une sexualité dépassionnée ? Qui est le plus criminel : celui qui vante l’amour libre, consommable, multiple ; ou celui qui se fait le chantre de la fidélité ? Car c’est bien là la vraie question, le vrai débat pour l’Eglise catholique. Un débat que les sociétés civiles se refusent à admettre parce que la consommation -quelle soit sexuelle ou autre- prime sur tout ; parce qu’il semble aberrant de penser que les passions peuvent être maîtrisées… que l’on soit Européen ou Africain, Blanc ou Noir.
Il est étonnant de constater que ce que l’Eglise affirme depuis vingt ans à travers le monde entier, choque plus particulièrement lorsque ces propos sont tenus en Afrique. Serait-ce que le pape est le seul à considérer que, comme les Européens, les Africains sont capables de parvenir à "une humanisation de la sexualité, c’est-à-dire à un renouveau spirituel et humain qui apporte avec soi une nouvelle façon de se comporter l’un avec l’autre" ? Cette citation de Benoît XVI fait immédiatement suite à ses propos disant que "on ne peut pas résoudre ce problème par la distribution de préservatif" et que les médias ont abondamment relayés. De fait, il est évident que le discours axé uniquement sur le préservatif et son usage a montré ses limites. Pourquoi, dès lors, un autre discours serait-il impensable ? Pourquoi, aussi, les médias n’ont-ils donné qu’une information tronquée ? Pourquoi ont-ils volontairement -car on ne saurait les accuser de ne pas savoir faire leur métier, n’est-ce pas ?- oublié la demande papale pour la gratuité des soins concernant les malades du sida ?
Mais, contrairement au pape, les journalistes français ne semblent pas considérer que les Africains sont aptes à s’élever au-dessus de leurs instincts sexuels. L’infidélité et le multi-partenariat sont parmi les causes principales de l’extension du sida. Les médecins le savent, l’Eglise le sait et on peut supposer que les médias également. Serait-ce alors que ces mêmes médias considèrent que seul l’Européen -à qui l’Eglise tient le même discours, rappelons-le- est le seul à pouvoir atteindre à un niveau qui ne se cantonne pas à l’animalité ? Serait-ce que, contrairement au pape, qui appelait à Yaoundé les Africains à la responsabilité dans la lutte contre le sida, les médias, intellectuels et politiques français pensent que les Africains en sont incapables ? Serait-ce que, au fond d’eux, nos élites voient les Africains comme inférieurs aux Européens au point qu’ils aient besoin qu’on leur tienne des discours différents ?

Il était une fois la Prohibition

Elle est enfin là… elle naît l’Amérique sèche !, proclame la Ligue anti-saloon de New York à l’aube du 17 janvier 1920.
En effet, le 18e Amendement, ratifié l’année précédente, entre en vigueur : toute vente, fabrication, transport ou importation d’alcool est désormais interdite sur tout le territoire… Les « secs », opposés à l’alcool, se frottent les mains tandis que les brasseurs s’affolent. La veille, les rues étaient envahies de voitures, de camions ou de charrettes chargés d’alcool que les particuliers ont entreposé chez eux. Le règne de la Prohibition durera treize ans et sera aussi celui des gangsters, tel Al Capone qui fait fortune dans la contrebande d’alcool.
En réalité, « l’Amérique sèche » est un mythe dès le début : les ateliers de contrebande et de fabrication d’alcool fleurissent (il y en a trente-deux mille à New York) et les frontières sont le théâtre d’une agitation frénétique.
Quand, en 1933, le 18e Amendement est abrogé, une véritable explosion de joie déferle sur tout le pays.