Le Ku Klux Klan sème la terreur

Le 2 novembre 1871, à la Nouvelle-Orléans. Vêtus de blanc, le visage dissimulé par une cagoule, les hommes du Ku Klux Klan s’emparent de deux cent quatre-vingt-dix-sept Noirs qu’ils exécutent sans autre forme de procès. Avec les homosexuels, les femmes de mauvaise vie, les catholiques et les Juifs, ils sont les cibles préférées de ceux que l’on appelle les « Klansmen ».
À la fin de la guerre de Sécession, d’anciens officiers confédérés créent  le Ku Klux Klan, qui fait régner la terreur dans les États du Sud.
Sa méthode : le lynchage ou « loi de Lynch ». Cette « loi » apparue en 1837 est attribuée à un juge de Virginie, Charles Lynch, qui l’utilisait dans sa lutte contre les brigands. Elle s’est très rapidement propagée aux États-Unis et le Ku Klux Klan, qui a fait siennes ces méthodes, a acquis une sombre réputation : flagellation, pendaison, torture sont les moyens qu’il emploie pour la défense des « vraies valeurs » de l’Amérique.
L’épisode de la Nouvelle-Orléans n’est qu’un cas parmi tant d’autres ; le Klan, maintenant apparenté à des organismes néonazis, a fait des milliers de victimes depuis 1865.

Des Trade union au Parti travailliste

L'Angleterre à l'ère de l'industrialisation à outrance, qui ne signifiait pas toujours le plein emploi (iconographie du XIXe siècle).
L’Angleterre à l’ère de l’industrialisation à outrance, qui ne signifiait pas toujours le plein emploi (iconographie du XIXe siècle).

S’il est un parti qui, en France, « à la cote », c’est bien le Parti travailliste et son nouveau ex-premier ministre. Alors que le Parti socialiste français patauge, se déchire et se divise, les Français, de droite comme de gauche, rêvent d’un Tony Blair à la française. Mais Tony Blair a eu beau transformer son parti, originellement le Labour party et le Parti socialiste français ont bien peu en commun. Leur origine même est différente…
Issu des Trade union, les « unions de métiers », le Labour party doit tout aux syndicats. Apparu au XVIIIe siècle, lorsque la révolution industrielle commença à réduire une bonne partie de la population, jadis artisane ou commerçante, en salariés, le trade-unionisme s’apparente aux guildes médiévales. C’est dans l’ouest de l’Angleterre, haut lieu de l’industrie du textile qu’elles voient le jour, dans le but de suppléer aux errances du gouvernement qui se refusait à réglementer les conditions de travail, les salaires ou encore l’apprentissage. Rien de vraiment politique et le premier essai en la matière –le chartisme- se soldera par un échec retentissant. Revenu à l’action purement syndicale, les Trade union entrent alors dans une nouvelle phase : la conquête de droits, la reconnaissance de leurs statuts. Considérées à l’égal d’association par Gladstone, les Trade union prennent un réel essor avec la reconnaissance du droit de grève par Disraéli.
Dès lors, les syndicats acquièrent un pouvoir quasi absolu parmi les salariés de tout secteur, des salariés obligés de se syndiqués et pressurés par des cotisations exorbitantes. Au point qu’un nouvel unionisme voit le jour en 1889. L’affrontement entre les deux conceptions syndicales vont engendrer des grèves qui paralyseront des pans entiers de l’activité économique, jusqu’à ce que les syndicats soient légalement interdits. Dès lors, il ne restait plus aux unionistes qu’une voie pour faire valoir leurs droits : le voie politique. C’est ainsi que sera créé, en 1902, le Labour party.

Ford : pour que l’automobile soit toujours un plaisir !

Henry Ford (1863-1947), d'après un  dessin original.
Henry Ford (1863-1947), d’après un dessin original.

"Mettre l’Amérique sur les roues" : tel était le rêve d’Henry Ford. Fils d’un fermier irlandais émigré aux Etats-Unis, apprenti horloger, monteur dans une usine de machines agricoles, ingénieur électricien, Henry Ford construit son premier modèle automobile en 1892-1893. Un modèle, désigné sous le sigle A qui, comme les suivants d’ailleurs (B, C, F, K, N, R, S et bien sûr le modèle T), n’avait rien de particulièrement révolutionnaire. Mais un modèle qui, comme tous ceux de la Ford Motor Co, avait pour but essentiel de faire de l’automobile un bien de consommation courant. Et c’est là que réside la révolution de Ford. Entre 1908 et 1927, ses usines vont produire pas moins de 15 millions de véhicules. Point de luxe, d’options particulières, de couleurs hardies -Ford mettra des années à se décider à créer des modèles de couleurs différentes-  : mais des véhicules capables, comme ceux qui faisaient le bonheur de la classe la plus riche, de rouler, tout simplement. En Europe, Renault, Citroën, Fiat, Austin, ou encore Morris devaient marcher sur les pas de l’Américain, avec le même succès. Et l’Occident de se couvrir de véhicules. Et les Occidentaux de devenir de parfait conducteurs-consommateurs.
Alors certes, la mode écologique ferait plutôt d’Henry Ford un industriel machiavélique, mais dans les faits, Ford a été à l’origine d’une nouvelle façon de vivre ; il a permis aux plus modestes d’atteindre aux facilités des plus riches et sortit l’automobile de son écrin. En agissant ainsi, nul doute que le fils d’émigrant avait quelque désir de s’enrichir (les bénéfices de la Ford Motor Co atteignaient 700 millions de dollars en 1927), mais sa conscience sociale était suffisamment développer pour que ses ouvriers participent pleinement à son enrichissement. Alors qu’un ouvrier gagnait 11 dollars par semaine, il payait les siens pas moins de 5 dollars par jour, assurant une participation aux bénéfices et donnant accès à des crédits à longs termes. Une politique paternaliste qui allait de paire avec le refus de tout syndicat mais qui sera pour beaucoup dans l’accession au fameux "rêve américain".

La Petite Roquette : la prison des enfants

Afin de faciliter la rééducation des jeunes délinquants, on décide de les sortir des prisons pour adultes dans lesquelles ils étaient cantonnés.
Le 6 novembre 1836, Louis-Philippe inaugure la prison pour mineurs de la Petite Roquette. Destiné aux enfants de huit à vingt ans, ce pénitencier repose sur un système d’isolement total : dès 1839, les espaces collectifs comme les réfectoires et les ateliers disparaissent et la cellule de cinq mètres carrés reste leur seul lieu de vie.
Les délinquants ne travaillent que dans leur cellule ; ils sortent un par un et accompagnés d’un gardien pour éviter toute tentative de communication entre eux ; les deux heures d’école par jour se font sans aucun contact visuel, pas même avec l’instituteur. Condamnés à des peines de quatre à sept ans pour vagabondage, vol ou mendicité, peu nombreux sont ceux qui survivent (on constate des suicides chez des enfants de 12 ans).
Malgré le vote de la loi de 1850 qui prévoit d’envoyer ces mineurs dans des colonies agricoles, la prison de la Petite Roquette, passant outre, persiste à appliquer l’isolement. Et il faudra l’intervention du député Jules Simon et celle de l’impératrice Eugénie pour dévoiler les conditions lamentables dans lesquelles vivent ces enfants. En 1865, l’établissement est enfin fermé.

Et Dieu créa…

Adam et Eve tentés par le serpent, d'après une gravure du Moyen Âge.
Adam et Eve tentés par le serpent, d’après une gravure du Moyen Âge.

Le créationnisme, qui semble être un des sujets de prédiction des médias ces dernières années –depuis l’élection de Georges Bush notamment-, n’est certes pas vieux comme le monde, mais date au moins de l’acceptation des théories darwiniennes. De fait, il remet totalement en doute les théories du scientifique, prônant une lecture littérale de la Bible. Le monde ne serait donc pas né d’un quelconque Big Bang, mais aurait été créé en sept jours et l’homme n’aurait subi aucune évolution. Bref, le créationnisme fait de la Genèse un récit historique. Et si l’on trouve un parc d’attractions sur le thème de la Création, si les écoles françaises, belges, suisses ont reçu un atlas anti-évolutionniste d’un éditeur turc, ce n’est pas un hasard. La géographie du créationnisme l’explique tout naturellement.
Fortement présent dans les pays protestants, notamment aux Etats-Unis et en Australie, et dans le monde musulman, le créationnisme se nourrit véritablement d’un aspect commun à ces deux religions, le fondamentalisme des uns et des autres lui donnant un nouvel essor. Et si l’on y regarde de plus près, ni les pays catholiques, ni Israël ne connaissent de mouvement similaire. Et c’est clairement dans la lecture que protestants et musulmans font de la Bible qu’il faut voir une différence.
Depuis les origines du christianisme, les théologiens se sont efforcés de lire la Bible non pas littéralement mais comme un ouvrage fait de symboles. D’ailleurs, c’est bien là le travail du théologien que d’essayer de cerner Dieu à travers les Ecritures. Une définition qui, de fait, exclue toute lecture littérale. Rien d’étonnant, donc, si Origène (IIe-IIIe siècles) se permet de moquer gentiment celui qui croirait que le monde a réellement été créé en sept jours, rien d’étonnant non plus si l’Eglise ne lança jamais une attaque en règle des théories évolutionnistes. Car si l’homme a évolué, personne, pas même Darwin (1809-1882), n’a supposé que le monde n’avait pas de créateur… Voilà qui ne remettait nullement en cause la foi catholique, l’évolution de l’homme et du monde étant alors reconnue comme voulu par Dieu, comme la création complexe du Divin. De la même façon, les juifs ont toujours fait une lecture symbolique de la Bible et des Psaumes. Dieu a toujours usé –presque abusé- de symboles, de détours et il n’y a guère de raison qu’il ait agi différemment en inspirant le récit de la Genèse.
Mais si ni les juifs, ni les catholiques ne sont créationnistes, d’où vient que la troisième religion monothéiste et qu’une « branche » du christianisme le soient devenues ? On a dit que cela tenait à leur lecture de la Bible. Mais en quoi peut-elle être différente ?

Charles Darwin (1809-1882).
Charles Darwin (1809-1882).

Le protestantisme est une religion née d’une dissension au sein de l’Eglise catholique. Parmi les points d’achoppement, la volonté, par les protestants, de permettre une lecture libre de la Bible. Chacun pouvait alors trouver la source de sa Foi dans une lecture non dirigée du livre sacré, ce qui, jusque-là était tout bonnement impossible, sa lecture et sa possession n’étant réservé qu’à une élite religieuse et intellectuelle. Le désir des protestants était donc que la parole de Dieu soit accessible à tous. C’est ce que l’on appel, le libre arbitre, chacun, selon eux, étant capable de puiser ses propres dogmes de Foi dans la Parole divine. Un sentiment que l’on pourrait qualifier de noble, de moins rétrograde mais qui, finalement, n’aboutira qu’à une lecture littérale de la Bible. Il n’est pas donné à tout le monde d’être théologien !
Et c’est pour exactement la même raison que la grande majorité des musulmans est créationniste. Le monde musulman est divisé en deux groupes : les chiites, qui prônent une interprétation –par des chefs religieux bien sûr- du Coran et des textes sacrés, et les sunnites, 90% du monde musulman, qui refusent catégoriquement cette possibilité. Aucun écrits ne saurait être remis en question, aucun texte ne peut donner lieu à une lecture autre que littérale. Or, pour les musulmans, l’Ancien Testament est un texte sacré –ils parlent d’ailleurs de ce de « la religion du Livre » qui comprend les trois religions monothéistes. Pour eux, donc, la Genèse ne saurait être une image ou un symbole… Et si les musulmans ne sont entrés dans la « querelle » créationnistes que récemment –aux Etats-Unis, elle a commencé en 1920-, c’est essentiellement parce que les musulmans ne vivent plus uniquement dans des pays confessant leur foi, une foi et une croyance alors mise en opposition avec les enseignements des contrées les accueillant. C’est aussi, et cela vaut pour les protestants américains ou australiens, parce que les uns et les autres sont entrés dans un processus de fondamentalisation. Mais si les médias prennent un malin plaisir à évoquer ces créationnistes –par définition rétrogrades-, s’ils relèvent volontiers leur acharnement, parfois leur violence, il est certain que la communauté scientifique, notamment américaine, a sa part de responsabilité en refusant tout bonnement de discuter de la chose. Car si la position des créationnistes, protestants ou musulmans, est inébranlable, certaines branches du créationnisme, telle l’ID, Intelligent Design (dessein intelligent) qui défendent la réalité d’une entité divine, sont mises au même rang que les autres, au nom de la Science. Une science qui prétend qu’il n’y a pas de réponse, juste parce qu’elle ne l’a pas trouvé…

Colonisation : retour à l’antique

Une patère phénicienne, dont on remarque bien que le style se reproduira sur tout le pourtour méditerranéen.
Une patère phénicienne, dont on remarque bien que le style se reproduira sur tout le pourtour méditerranéen..

La colonisation est un phénomène qui a existé de tout temps. Seulement, elle n’a pas toujours eu le même objectif. On a tendance, en France notamment, à donner une vision de la colonisation européenne du XIXe siècle, extrêmement négative. Peuples oppressés, ressources pillées : tout ça pour le plus grand bonheur de l’homme blanc. Outre le fait que ces colonisations n’ont rien rapporté en terme économique ; qu’elles partaient plutôt d’un "bon sentiment", à savoir propager la modernité au monde entier, ces colonisations n’ont rien de commun avec celles pratiquées auparavant.
De fait, le phénomène de colonisation apparaît dès la plus haute Antiquité. Les Phéniciens vont essaimer leurs comptoirs à travers tout le pourtour méditerranéen. Les Grecs vont s’installer à Massilia, mais également en Espagne, en Sicile, en Afrique du Nord. Originellement à but purement commercial, la colonisation grecque va aboutir à un réseau de cités promouvant les valeurs grecques, des valeurs politiques et culturelles essentiellement. C’est ce que l’on a appelé la Grande Grèce. Un temps mis à mal par les Phéniciens et les Carthaginois, également grands fondateurs de comptoirs, la colonisation grecque connaîtra un nouvel essor après l’avènement d’Alexandre le Grand. Au pas de ses "légions" ou de ses armées, l’hellénisme va se propager à travers tout le Proche-Orient ainsi qu’en Egypte. Rome, enfin, se gardera bien de coloniser, préférant conquérir et étendre son pouvoir au point de créer un empire.
Mais l’Antiquité n’est pas la seule période à avoir connu un désir de colonisation. On l’oubli souvent mais l’extension des Teutoniques et de la Hanse germanique vers les pays slaves ou scandinaves n’est rien d’autre qu’une colonisation à visée essentiellement commerciale. Comme le sera la colonisation du XVe-XVIe siècles, initiée par le Portugal et fortement développée par l’Espagne, puis par l’Angleterre et, dans une moindre mesure, la France.
Il en résulte que dans toutes ces colonisations, c’est l’économie qui est le moteur de la colonisation. Contrairement à la colonisation, notamment française, des deux siècles qui nous précèdent. C’est pourtant bien celle-ci qui est décriée si volontiers. Sans doute parce qu’elle est relativement récente ; sans doute aussi parce que l’on peine à approfondir le sujet, de peur d’être taxé de toutes sortes d’épithètes peu flatteurs.
Mais qu’en est-il de la colonisation aux jours d’aujourd’hui ? Qu’en est-il de certains conflits dont on peut fortement douté qu’ils suivent une logique humanitaire ou même philosophique ? Certainement, on aura à cœur de les dénoncer, mais ils ne sont que la partie immergée de l’iceberg. Dans la réalité, la colonisation des esprits est en marche si l’on songe que le monde entier semble devoir obéir à une même règle, à une même vision du monde, à une même façon de vivre. C’est pourtant bien ce type de colonisation qui a montré sa faiblesse ; c’est ce type de colonisation qui a révélé son impossibilité dans les faits. Comment expliquer, dès lors, que cette nouvelle colonisation n’attise pas les reproches de ceux-là même qui dénoncent si aisément LA colonisation en tant que telle.

Le baccalauréat

Quand, en mars 1808, Napoléon Ier crée le baccalauréat, l’épreuve consiste uniquement en une traduction orale d’un texte latin. Dès 1820, on ajoute une épreuve écrite, toujours de latin, et trois interrogations orales sur la philosophie, la rhétorique et aussi l’histoire. Tout au long du XIXe siècle, le baccalauréat évolue dans ses statuts, mais ce n’est que le 6 décembre 1902 que sa forme moderne est adoptée.
En effet, la nouvelle réforme crée quatre sections : latin-grec (A), latin-langues (B), latin-sciences (C) et langues-sciences (D),

les plus prisés étant les bacs A et C. Cette première révolution du baccalauréat est suivie d’une seconde, à la même époque. En effet, en un siècle, les candidats passent du nombre de trente et un à celui de sept mille et les jeunes filles ont accès à cette épreuve, ce qui leur permet de prétendre à des carrières de plus en plus élevées.

Colonisation : la faute à qui ?

Armée musulmane en marche (IXe siècle), d'après une iconographie du début du XXe siècle.
Armée musulmane en marche (IXe siècle), d’après une iconographie du début du XXe siècle.

Il semblerait que depuis peu il soit de bon ton de dénoncer « la » colonisation. Par ce terme, on entend bien entendu celle des pays du Maghreb et de l’Afrique noire par les Européens ; par ce terme également, les adeptes de la repentance désignent aux foudres de l’histoire l’esclavage et la volonté d’imposer à d’autres peuples un mode de vie, une culture toute occidentale. Jacques Chirac s’en était fait l’écho, voulant bien reconnaître à nos ancêtres tous les torts. Le président actuel se veut plus modéré, estimant, il y a quelques jours que « nul ne peut demander aux générations d’aujourd’hui d’expier ce crime perpétré par les générations passées [et] nul ne  peut demander aux fils de se repentir des fautes de leurs pères ». C’est là toute la question de la repentance qui n’est rien d’autre qu’une la conséquence d’une autosatisfaction insolente, dénonçant les « crimes » de ses ancêtres pour, implicitement, se désigner aux yeux du monde comme « un homme bien ».
Considération philosophique que tout cela ! Mais qu’en est-il de l’histoire ? De fait, l’idée même de ne parler que de « la » colonisation, comme s’il n’y en avait eu qu’une, est rien moins que réductrice.
Ce phénomène a traversé toutes les cultures, toutes les civilisations et, si l’on veut bien s’en souvenir, prend alors un aspect nettement moins criminel. Les Grecs, déjà, l’avaient pratiqué à grande échelle, Ioniens, Doriens et Eoliens succédant aux Phéniciens sur les rives méditerranéennes dès le IIe millénaire avant J.-C.. Soyons bien clair, il ne s’agissait pas de simples conquêtes mais bien d’installations pérennes de comptoirs commerciaux puis de centres culturels. Les Ptolémées ne feront rien d’autre en Egypte, colonisant tout un empire. Sans parler de Massilia (Marseille), de Syracuse, de la Corse. Sans parler des conquêtes arabo musulmanes au Moyen Âge qui porteront l’étendard d’Allah jusqu’aux portes de l’Europe. Les Chinois s’établiront au Vietnâm –et il suffit de voir, encore aujourd’hui les différences ethniques entre les Vietnamiens- et en Corée. Que dire également du vaste mouvement de découvertes initié au XVe-XVIe siècles par les Portugais et les Espagnols et prolongé par la France, la Hollande et l’Angleterre. Un élan qui, d’ailleurs, brisera les colonisateurs que furent les Incas et les Aztèques.
A y regarder de prêt, il apparaît donc que la colonisation dont on fait si volontiers reproche à l’Europe, est un phénomène historique éternel. Un phénomène qui, il faut bien le dire, ne mérite sans doute pas d’être qualifié de « crime contre l’humanité ».

La Question romaine : la valse hésitation de Napoléon III

Napoléon III (1808-1873).
Napoléon III (1808-1873).

Depuis l’époque carolingienne, et plus précisément depuis la donation de Pépin, l’Eglise avait acquis des Etats qui étaient sensé assurer son indépendance et ne placer le pape sous l’autorité de personne. Telle était le sens de cette donation, comme ce sera le sens de celle de la comtesse Mathilde qui, au XIIe siècle, avait légué au Saint-Siège tous ses Etats, comprenant la Toscane et une grande partie de la Lombardie. Une seconde dotation qui, dans les faits, donnait une réelle indépendance au pouvoir spirituel sur le plan temporel. Le Moyen Âge sera émaillé de tentatives de reconquête de ces Etats comme d’épisodes illustrant la lutte entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel -notamment sous les Hohenstaufen. La question, finalement, semblait être réglée quand, au XIXe siècle, l’Italie partie à la conquête de son indépendance… sous le regard bienveillant de la France.
La Question romaine concerne le problème posé par la survivance de ces Etats pontificaux à cette époque et dans ce contexte.
Caricature anglaise représentant Napoléon III servant à la fois le pape et Garibaldi.
Caricature anglaise représentant Napoléon III servant à la fois le pape et Garibaldi.

A partir de 1848, l’Italie entre dans une ère de révolution unitaire et républicaine. La France la soutient à tout point de vu… exceptée sur la Question des Etats du pape. Et de fait, c’est à une véritable valse hésitation de Napoléon III que l’on assiste. Après avoir tenté de raisonner le pape par les ambassades de Rayneval et de Grammont afin de convaincre le pape Pie IX de laisser le Piémont entrer dans l’unité italienne, Napoléon III s’engagea militairement aux côtés des Piémontais dans la guerre de 1859. Mais le dilemme de l’empereur français était de savoir où devait s’arrêter l’indépendance : l’Italie toute entière devait-elle s’affranchir ou laisser au Pape ses Etats ? S’aliéner les catholiques de toute l’Europe -et notamment les Français ou irriter les Italiens ? Influencé par sa femme, favorable au pape, et par les intérêts de son cousin, gendre de Victor-Emmanuel II, Napoléon III n’arrivait pas à se décider. En 1860, il conseilla au Pape, par brochure interposer, de se résigner à céder ses Etats -"plus l’Etat est petit plus le souverain sera grand"- ce qui devait soulever une forte opposition des catholiques français. La même année, Cavour se vit encouragé à faire passer des troupes piémontaises par les Etats pontificaux pour empêcher Garibaldi de proclamer une République italienne à Naples. Mais, parallèlement à cela, l’empereur allait envoyer une garnison militaire à Rome et entretenir chez les catholiques l’espoir d’un maintien du pouvoir temporel du Souverain pontife.
Au final, personne n’était réellement satisfait et Napoléon III devait promettre le retrait de la garnison française pour 1866, à condition que l’Italie renonce à envahir Rome. L’arrivée imminente des troupes de Garibladi allait annoncer le retour des troupes françaises qui ne quitteront la Ville éternelle qu’en 1870… laissant libre cours aux troupes garibaldiennes.

Création des assignats

À la fin de l’année 1789, la France a une dette publique de quatre milliards deux cent soixante-deux millions. Le comte de Mirabeau et Talleyrand-Périgord, évêque d’Autun, suggèrent à l’Assemblée de confisquer les biens ecclésiastiques puis de les mettre en vente au profit de l’État. En échange, celui-ci se charge d’assurer les frais du culte ainsi que l’entretien du clergé. L’Assemblée se rallie à cette proposition et, en décembre 1789, met en vente des « bons gagés », les assignats, sur les biens du clergé.
L’assignat devient rapidement une véritable monnaie de papier, mais sa trop grande profusion et la fabrication de faux qui inondent rapidement le marché lui font perdre toute sa valeur. La dette ne fait alors qu’augmenter…