Le baccalauréat

Quand, en mars 1808, Napoléon Ier crée le baccalauréat, l’épreuve consiste uniquement en une traduction orale d’un texte latin. Dès 1820, on ajoute une épreuve écrite, toujours de latin, et trois interrogations orales sur la philosophie, la rhétorique et aussi l’histoire. Tout au long du XIXe siècle, le baccalauréat évolue dans ses statuts, mais ce n’est que le 6 décembre 1902 que sa forme moderne est adoptée.
En effet, la nouvelle réforme crée quatre sections : latin-grec (A), latin-langues (B), latin-sciences (C) et langues-sciences (D),

les plus prisés étant les bacs A et C. Cette première révolution du baccalauréat est suivie d’une seconde, à la même époque. En effet, en un siècle, les candidats passent du nombre de trente et un à celui de sept mille et les jeunes filles ont accès à cette épreuve, ce qui leur permet de prétendre à des carrières de plus en plus élevées.

Colonisation : la faute à qui ?

Armée musulmane en marche (IXe siècle), d'après une iconographie du début du XXe siècle.
Armée musulmane en marche (IXe siècle), d’après une iconographie du début du XXe siècle.

Il semblerait que depuis peu il soit de bon ton de dénoncer « la » colonisation. Par ce terme, on entend bien entendu celle des pays du Maghreb et de l’Afrique noire par les Européens ; par ce terme également, les adeptes de la repentance désignent aux foudres de l’histoire l’esclavage et la volonté d’imposer à d’autres peuples un mode de vie, une culture toute occidentale. Jacques Chirac s’en était fait l’écho, voulant bien reconnaître à nos ancêtres tous les torts. Le président actuel se veut plus modéré, estimant, il y a quelques jours que « nul ne peut demander aux générations d’aujourd’hui d’expier ce crime perpétré par les générations passées [et] nul ne  peut demander aux fils de se repentir des fautes de leurs pères ». C’est là toute la question de la repentance qui n’est rien d’autre qu’une la conséquence d’une autosatisfaction insolente, dénonçant les « crimes » de ses ancêtres pour, implicitement, se désigner aux yeux du monde comme « un homme bien ».
Considération philosophique que tout cela ! Mais qu’en est-il de l’histoire ? De fait, l’idée même de ne parler que de « la » colonisation, comme s’il n’y en avait eu qu’une, est rien moins que réductrice.
Ce phénomène a traversé toutes les cultures, toutes les civilisations et, si l’on veut bien s’en souvenir, prend alors un aspect nettement moins criminel. Les Grecs, déjà, l’avaient pratiqué à grande échelle, Ioniens, Doriens et Eoliens succédant aux Phéniciens sur les rives méditerranéennes dès le IIe millénaire avant J.-C.. Soyons bien clair, il ne s’agissait pas de simples conquêtes mais bien d’installations pérennes de comptoirs commerciaux puis de centres culturels. Les Ptolémées ne feront rien d’autre en Egypte, colonisant tout un empire. Sans parler de Massilia (Marseille), de Syracuse, de la Corse. Sans parler des conquêtes arabo musulmanes au Moyen Âge qui porteront l’étendard d’Allah jusqu’aux portes de l’Europe. Les Chinois s’établiront au Vietnâm –et il suffit de voir, encore aujourd’hui les différences ethniques entre les Vietnamiens- et en Corée. Que dire également du vaste mouvement de découvertes initié au XVe-XVIe siècles par les Portugais et les Espagnols et prolongé par la France, la Hollande et l’Angleterre. Un élan qui, d’ailleurs, brisera les colonisateurs que furent les Incas et les Aztèques.
A y regarder de prêt, il apparaît donc que la colonisation dont on fait si volontiers reproche à l’Europe, est un phénomène historique éternel. Un phénomène qui, il faut bien le dire, ne mérite sans doute pas d’être qualifié de « crime contre l’humanité ».

La Question romaine : la valse hésitation de Napoléon III

Napoléon III (1808-1873).
Napoléon III (1808-1873).

Depuis l’époque carolingienne, et plus précisément depuis la donation de Pépin, l’Eglise avait acquis des Etats qui étaient sensé assurer son indépendance et ne placer le pape sous l’autorité de personne. Telle était le sens de cette donation, comme ce sera le sens de celle de la comtesse Mathilde qui, au XIIe siècle, avait légué au Saint-Siège tous ses Etats, comprenant la Toscane et une grande partie de la Lombardie. Une seconde dotation qui, dans les faits, donnait une réelle indépendance au pouvoir spirituel sur le plan temporel. Le Moyen Âge sera émaillé de tentatives de reconquête de ces Etats comme d’épisodes illustrant la lutte entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel -notamment sous les Hohenstaufen. La question, finalement, semblait être réglée quand, au XIXe siècle, l’Italie partie à la conquête de son indépendance… sous le regard bienveillant de la France.
La Question romaine concerne le problème posé par la survivance de ces Etats pontificaux à cette époque et dans ce contexte.
Caricature anglaise représentant Napoléon III servant à la fois le pape et Garibaldi.
Caricature anglaise représentant Napoléon III servant à la fois le pape et Garibaldi.

A partir de 1848, l’Italie entre dans une ère de révolution unitaire et républicaine. La France la soutient à tout point de vu… exceptée sur la Question des Etats du pape. Et de fait, c’est à une véritable valse hésitation de Napoléon III que l’on assiste. Après avoir tenté de raisonner le pape par les ambassades de Rayneval et de Grammont afin de convaincre le pape Pie IX de laisser le Piémont entrer dans l’unité italienne, Napoléon III s’engagea militairement aux côtés des Piémontais dans la guerre de 1859. Mais le dilemme de l’empereur français était de savoir où devait s’arrêter l’indépendance : l’Italie toute entière devait-elle s’affranchir ou laisser au Pape ses Etats ? S’aliéner les catholiques de toute l’Europe -et notamment les Français ou irriter les Italiens ? Influencé par sa femme, favorable au pape, et par les intérêts de son cousin, gendre de Victor-Emmanuel II, Napoléon III n’arrivait pas à se décider. En 1860, il conseilla au Pape, par brochure interposer, de se résigner à céder ses Etats -"plus l’Etat est petit plus le souverain sera grand"- ce qui devait soulever une forte opposition des catholiques français. La même année, Cavour se vit encouragé à faire passer des troupes piémontaises par les Etats pontificaux pour empêcher Garibaldi de proclamer une République italienne à Naples. Mais, parallèlement à cela, l’empereur allait envoyer une garnison militaire à Rome et entretenir chez les catholiques l’espoir d’un maintien du pouvoir temporel du Souverain pontife.
Au final, personne n’était réellement satisfait et Napoléon III devait promettre le retrait de la garnison française pour 1866, à condition que l’Italie renonce à envahir Rome. L’arrivée imminente des troupes de Garibladi allait annoncer le retour des troupes françaises qui ne quitteront la Ville éternelle qu’en 1870… laissant libre cours aux troupes garibaldiennes.

Création des assignats

À la fin de l’année 1789, la France a une dette publique de quatre milliards deux cent soixante-deux millions. Le comte de Mirabeau et Talleyrand-Périgord, évêque d’Autun, suggèrent à l’Assemblée de confisquer les biens ecclésiastiques puis de les mettre en vente au profit de l’État. En échange, celui-ci se charge d’assurer les frais du culte ainsi que l’entretien du clergé. L’Assemblée se rallie à cette proposition et, en décembre 1789, met en vente des « bons gagés », les assignats, sur les biens du clergé.
L’assignat devient rapidement une véritable monnaie de papier, mais sa trop grande profusion et la fabrication de faux qui inondent rapidement le marché lui font perdre toute sa valeur. La dette ne fait alors qu’augmenter…

Médias : propagande d’hier et d’aujourd’hui

Voltaire (gravure ancienne) saura jouer de la propagande autant au niveau politique que judiciaire ou historique.
Voltaire (gravure ancienne) saura jouer de la propagande autant au niveau politique que judiciaire ou historique.

Allez savoir pourquoi, une majorité de Français semble intimement convaincue que la presse et, plus généralement, les médias sont entièrement aux ordres des politiques, notamment du gouvernement actuellement en place. Sans doute les accusations de deux candidats malheureux aux dernières élections présidentielles ont-elles fait leur chemin. Certes, éthiquement, le journaliste se doit d’être impartial. Mais l’a-t-il jamais été ?
De fait, la presse est née de la contestation et de la propagande, deux démarches qui, par nature, impliquent un engagement. Les exemples historiques ne manquent pas. Ainsi, les Mazarinades faisaient-elles plus que tourner le cardinal-ministre en ridicule : elles contenaient une critique de sa politique, critique qui eut un tel impact que Mazarin du se réfugier quelques temps hors de France. Les libelles contre Louis XVI et Marie-Antoinette vont, en leur temps, exacerber la rancœur d’un peuple affamé et accélérer le processus révolutionnaire. Les Placards, portés jusque sur la porte de la chambre de François Ier, entraîneront la réaffirmation de la Foi du souverain et les premières persécutions contre les protestants français. Voltaire, enfin, pour ne citer que lui, fera sa carrière sur la propagande plus que sur la philosophie, jouant de l’affrontement et de la provocation avec un art consommé.
Et ce que l’histoire nous dit, le présent le réaffirme, du moins en partie. Car quel média peut prétendre n’être qu’un simple rapporteur de faits ? Des faits que l’on présente de telle ou telle manière, des faits que l’on analyse, que l’on décrypte, autant d’actions qui engendre un engagement ou, pour le moins, l’expression d’une opinion. Ce qui paraît évident pour la presse écrite qui, sans complexe, affiche ses opinions politiques, vaut également pour les autres médias. Et si le message n’est pas nécessairement politique, il est, toujours, vecteur d’une idée ou d’une pensée, qui ne laisse guère de place à la discussion. Ainsi en est-il également de toute la culture actuelle –musique, cinéma, littérature- qui, tout en se voulant ouvertement « anti-système », affiche une linéarité de pensée proprement lénifiante.
Et c’est sans doute là que se situe la véritable différence entre les « médias » historiques et les médias actuels. Car s’il y a encore propagande, l’opposition, elle, a disparu, noyée dans un système de pensée uniformisée.

L’homme est-il un animal comme les autres ?

Le pape Benoît XVI.
Le pape Benoît XVI.

L’homme est un animal. Mais n’est-il que cela ? Et n’est-il qu’un animal sexuel ? C’est ni plus ni moins la question que pose l’Eglise catholique depuis pas moins de vingt ans, depuis l’apparition du sida et la promotion du préservatif comme seul moyen d’échapper à cette maladie. Benoît XVI ne fait que réaffirmer la position de l’Eglise, celle de Jean-Paul II avant lui. Et comme son prédécesseur, voici que les foudres médiatiques s’abattent sur lui avec toujours le même discours, la même critique. Pourtant, on peut légitimement se poser la question de savoir qui des deux est le plus criminel : celui qui prône l’assouvissement de ses instincts, quel qu’en soit le prix ; ou celui qui prêche pour une sexualité dépassionnée ? Qui est le plus criminel : celui qui vante l’amour libre, consommable, multiple ; ou celui qui se fait le chantre de la fidélité ? Car c’est bien là la vraie question, le vrai débat pour l’Eglise catholique. Un débat que les sociétés civiles se refusent à admettre parce que la consommation -quelle soit sexuelle ou autre- prime sur tout ; parce qu’il semble aberrant de penser que les passions peuvent être maîtrisées… que l’on soit Européen ou Africain, Blanc ou Noir.
Il est étonnant de constater que ce que l’Eglise affirme depuis vingt ans à travers le monde entier, choque plus particulièrement lorsque ces propos sont tenus en Afrique. Serait-ce que le pape est le seul à considérer que, comme les Européens, les Africains sont capables de parvenir à "une humanisation de la sexualité, c’est-à-dire à un renouveau spirituel et humain qui apporte avec soi une nouvelle façon de se comporter l’un avec l’autre" ? Cette citation de Benoît XVI fait immédiatement suite à ses propos disant que "on ne peut pas résoudre ce problème par la distribution de préservatif" et que les médias ont abondamment relayés. De fait, il est évident que le discours axé uniquement sur le préservatif et son usage a montré ses limites. Pourquoi, dès lors, un autre discours serait-il impensable ? Pourquoi, aussi, les médias n’ont-ils donné qu’une information tronquée ? Pourquoi ont-ils volontairement -car on ne saurait les accuser de ne pas savoir faire leur métier, n’est-ce pas ?- oublié la demande papale pour la gratuité des soins concernant les malades du sida ?
Mais, contrairement au pape, les journalistes français ne semblent pas considérer que les Africains sont aptes à s’élever au-dessus de leurs instincts sexuels. L’infidélité et le multi-partenariat sont parmi les causes principales de l’extension du sida. Les médecins le savent, l’Eglise le sait et on peut supposer que les médias également. Serait-ce alors que ces mêmes médias considèrent que seul l’Européen -à qui l’Eglise tient le même discours, rappelons-le- est le seul à pouvoir atteindre à un niveau qui ne se cantonne pas à l’animalité ? Serait-ce que, contrairement au pape, qui appelait à Yaoundé les Africains à la responsabilité dans la lutte contre le sida, les médias, intellectuels et politiques français pensent que les Africains en sont incapables ? Serait-ce que, au fond d’eux, nos élites voient les Africains comme inférieurs aux Européens au point qu’ils aient besoin qu’on leur tienne des discours différents ?

Il était une fois la Prohibition

Elle est enfin là… elle naît l’Amérique sèche !, proclame la Ligue anti-saloon de New York à l’aube du 17 janvier 1920.
En effet, le 18e Amendement, ratifié l’année précédente, entre en vigueur : toute vente, fabrication, transport ou importation d’alcool est désormais interdite sur tout le territoire… Les « secs », opposés à l’alcool, se frottent les mains tandis que les brasseurs s’affolent. La veille, les rues étaient envahies de voitures, de camions ou de charrettes chargés d’alcool que les particuliers ont entreposé chez eux. Le règne de la Prohibition durera treize ans et sera aussi celui des gangsters, tel Al Capone qui fait fortune dans la contrebande d’alcool.
En réalité, « l’Amérique sèche » est un mythe dès le début : les ateliers de contrebande et de fabrication d’alcool fleurissent (il y en a trente-deux mille à New York) et les frontières sont le théâtre d’une agitation frénétique.
Quand, en 1933, le 18e Amendement est abrogé, une véritable explosion de joie déferle sur tout le pays.

Syndicalisme et corporatisme : des mouvements dévoyés

Vitrail du Moyen Age représentant la corporation des maçons.
Vitrail du Moyen Age représentant la corporation des maçons.

Ca y est : on l’annonce sur toutes le sondes, dans tous les journaux, les syndicats sont vent debout. La raison de cette effervescence ? La suppression annoncée –et espérée par la majorité des Français- des régimes spéciaux. Malgré tout, on le sait, certains leaders syndicaux l’ont déjà annoncé : « la rentrée va être musclée ». De fait, cela fait des dizaines d’années que les mouvements syndicaux s’opposent, grèves à l’appui, à toute forme de changement ; des dizaines d’années également que le syndicalisme et le corporatisme handicapent fortement l’économie française. Pourtant, à l’origine, ces mouvements, l’un étant né de l’autre, avaient l’apparence –et le fond d’ailleurs- d’initiatives heureuses.
Il faut remonter à la plus haute Antiquité pour retrouver trace du corporatisme. Solon lui-même édictera les premières règles juridiques de ce corporatisme d’artisans libres –en opposition aux esclaves-, avant de basculer dans la Rome étrusque qui reprendra à son compte le principe, créant des collèges d’artisans réunis pour sacrifier à la même divinité et pour assurer une caisse commune d’aide. La Rome impériale multipliera même ces corporations en faisant, dès lors, des instruments du gouvernement. Leur rôle n’était pas anodin cependant et c’est à elles que l’on devra, aux premiers siècles de notre ère, la fixation salariale. Balayées par les invasions germaniques et les bouleversements qui en résulteront, les corporations vont renaître dans toute l’Europe dès le Xe-XIe siècles, époque qui correspond à un renouveau économique et, surtout, à la part grandissante de l’économie urbaine.
C’est le milieu des marchands qui, cette fois, donne « le coup d’envoi ». Les maçons, les orfèvres, les boulangers, tous les métiers se verront bientôt dotés de leur corporation, une confrérie à la fois professionnelle et religieuse. A elle de réglementer l’évolution dans le métier, de veiller à l’apprentissage, aux respect du statu des maîtres comme des ouvriers. La protection des travailleurs était, bien entendu, une des préoccupations majeures de ces corporations –d’où leur parenté reconnu avec le syndicalisme-, qui assuraient la protection des veuve, des orphelins, des vieillards. Malgré tout, dès le XIVe siècle, le système se dévoie : le pouvoir royal intervient systématiquement et les maîtres se jouent des règles pour accorder à qui bon leur semble et selon leur intérêt une maîtrise devenue indispensable. Cela n’empêchera cependant pas les corporations de se multiplier au fil des siècles jusqu’à ce que la Révolution française les supprime définitivement par la loi Le Chapelier de 1791. Certes, cela faisait des années, que le système était sclérosé, dépassé et même de plus en plus remplacé par les manufacturiers.
La défense des travailleurs

Affiche (dans le plus pur style soviétique) de la CGT.
Affiche (dans le plus pur style soviétique) de la CGT.

Mais leur suppression brutale va intervenir au moment où l’ère industrielle prend son essor et c’est un ouvrier désemparé qui va se retrouver face à un capitalisme outrancier. On sait le résultat : des conditions de travail indignes, des ouvriers pressurés. Il faudra attendre la prise de pouvoir de Napoléon III pour voir apparaître un semblant de mouvement ouvrier. Des mouvements qui se voient accorder le droit de grève ou celui, plus élémentaire, de se réunir. Des mouvements qui vont devoir battre en retraite rapidement, en fait dès la mise en place de la très bourgeoise IIIe République. Malgré tout, le monde ouvrier va recréer, avec acharnement, un groupement attaché à la défense des travailleurs. De tous les travailleurs. C’est du moins l’objectif affiché aux premiers jours du syndicalisme, digne héritier des corporations des origines. Défense des travailleurs et de leur famille, amélioration des conditions de travail paraissent en tête des revendications syndicales. Des revendications partagées par le plus grand nombre si l’on en croit le nombre étonnant de syndicats à la fin du XIXe et au début du XXe siècle –on en comptera un peu plus de 5000. Regroupé en un syndicat unique, la mythique CGT, qui née en 1902, le syndicalisme affiche un apolitisme réel –il est d’ailleurs spécifié dans la charte d’Amiens en 1905. Un apolitisme qui ne durera guère : noyauté par les partis de gauche, toujours plus à la gauche de la gauche, le syndicalisme made in XXIe siècle est un syndicalisme tout simplement dévoyé. La baisse de fréquentation qu’il connaît ces dernières années en France tient autant à son engagement politique déclaré qu’à son manque de réalisme. Car ce n’est pas le syndicalisme qui pose problème en soi, mais bien le syndicalisme à la Française, les autres pays européens –notamment scandinaves- connaissant une affiliation à l’un ou l’autre syndicat de près de 80% des travailleurs. Mais depuis longtemps les mouvements syndicaux ont décrété l’immobilisme comme religion d’Etat, au point d’empêcher la création de tout nouveau syndicat.

Bismarck n’ira pas à Canossa !

Otto von Bismarck (1815-1898), chancelier de l'Empire.
Otto von Bismarck (1815-1898), chancelier de l’Empire.

En 1077, Henri IV, empereur germanique, avait attendu, tête nue et pieds nus, d’être reçu par Grégoire VII au château de Canossa. Huit cents ans plus tard, la lutte d’influence et de pouvoir entre la papauté et l’Allemagne est toujours d’actualité.
C’est avec inquiétude que Bismarck avait vu l’émergence d’un parti catholique, le parti du Centre. Capable de mettre en péril l’unité de l’empire que le chancelier avait fondé, d’autant plus que les Allemands du Sud avaient de nettes tendances séparatistes ; dopé par la proclamation, en 1870, de l’infaillibilité pontificale, ce parti du Centre allait faire l’objet, de la part du chancelier allemand d’une guerre, d’un combat. Le combat pour la civilisation ou "kulturkampf" : c’est ainsi que l’on désignera l’action de Bismarck de 1871 à 1878. Et, de fait, c’est une véritable guerre que le chancelier allait mener en intimidant le clergé, en anéantissant l’enseignement catholique.Les inspections des écoles catholiques se virent dès lors confiées à des laïcs, les Jésuites se virent exclu de l’enseignement, les évêques et les prêtres devinrent des fonctionnaires ("lois de mai" 1873 et 1874), les futurs prêtres se virent contraints de faire leurs études dans des établissements d’Etat et les évêques se virent interdit de prononcer des excommunications.
"Nous n’irons pas à Canossa", avait déclaré le chancelier devant le Reichstag. Mais si l’on pouvait refuser l’humiliation, il s’agissait bien là d’une persécution, à laquelle les catholiques allemands devaient répondre. Assemblés autour de Windthorst, chef du parti du Centre, la résistance catholique s’organisa, au point que des évêques et des prêtres prussiens se laissèrent emprisonnés. A moins de tenter une persécution franche et donc de risquer de s’aliéner une large partie de l’Europe, Bismarck, qui était désormais plus préoccupé du péril socialiste que du "péril" catholique -pour laquelle il avait besoin des voix du Centre-, allait revoir son action. Les "lois de mai" furent révisées en même temps que les relations diplomatiques avec le Vatican furent rétablies, et la loi contre les Jésuites abrogée.
Bismarck n’était pas allait à Canossa, certes, mais il avait malgré tout dû réviser son jugement.

Les premiers téléphones publics

C’est tout à fait accidentellement qu’en 1876 Alexandre Graham Bell invente le téléphone. Il ne faut que quelques années pour que ce nouveau mode de communication ne devienne indispensable ; les particuliers les plus aisés s’en dotent rapidement et, dès 1881, le réseau urbain parisien compte mille six cent deux abonnés.
Mais la seconde révolution de cette invention a lieu le 6 février 1901 quand apparaissent les premiers téléphones publics à Paris : parler à distance est maintenant à la portée de tous.
Depuis, ce qui est sans nul doute la découverte la plus novatrice du XIXe siècle n’a pas cessé d’évoluer vers des techniques toutes plus élaborées les unes que les autres.