Assassinat d’Abraham Lincoln

Le président Abraham Lincoln (1809-1865).
Le président Abraham Lincoln (1809-1865).

Quand la guerre de Sécession éclate aux États-Unis, en avril 1861, Abraham Lincoln vient à peine d’être élu président. A l’orée de ces combats qui vont durer quatre ans, les forces en présence sont inégales : vingt-trois millions d’habitants pour le Nord, l’Ouest et les États du Sud restés fidèles à l’Union contre neuf millions -dont 40 % d’esclaves- pour le Sud. Malgré une résistance acharnée, les troupes sudistes, à bout de ressources, subissent de terribles revers, notamment à Gettysburg et à Richmond. Le 9 avril 1865, leur commandant en chef, le général Lee, se rend aux forces fédérales, mettant ainsi fin à la guerre de Sécession. Mais au moment où le pays n’a jamais eu autant besoin de refaire son unité et de réintégrer en douceur les États vaincus dans l’Union, il perd le seul homme capable d’assurer au mieux cette double tâche.
Cinq jours après la reddition du général Lee, le président Abraham Lincoln est assassiné par un fanatique, John Booth. Assassinat aux conséquences dramatiques : le programme de « reconstruction » élaboré par Lincoln et destiné à réconcilier la nation américaine avec elle-même sera profondément modifié par son successeur, le général Grant.

La Chine en vient « aux poings »

Prêtre chinois au XIXe siècle (gravure d'époque).
Prêtre chinois au XIXe siècle (gravure d’époque).

Les Boxers ou "confrérie des poings". C’est sous ce nom que l’on désigne un vaste mouvement de révolte anti chrétien qui embrasse la Chine entre 1898 et 1900. Désireux de "délivrer la Chine du nord des démons qui usurpent la place du Ciel en poussant les Chinois à adhérer au christianisme", comme le proclame cet extrait d’un texte affiché à Pékin en 1899, les Boxers "aux pouvoirs surnaturels" sont recrutés parmi les jeunes gens de la Chine du Nord, en pleine récession, et parmi les bateliers, inaptes à suivre les nouvelles techniques de navigation. De fait, les "étrangers", notamment les chrétiens, font ici office de boucs émissaires. Un rôle largement relayé auprès de la population par les élites chinoises qui peinent à justifier leur manquement. Un rôle sensé faire oublier la gêne de la population chinoise, perdue dans un monde en pleine mutation.
En fait, c’est la modernité que rejettent les Boxers, les religieux occidentaux n’en étant guère que les "représentants" les plus visibles et les plus proches du peuple. Déjà, en 1830, les Jésuites avaient fait les frais de l’opposition à la pénétration européenne. Une pénétration qui apparaît jusqu’au cœur du pouvoir, les Jésuites étant particulièrement écoutés des empereurs Ming. Cette fois, c’est du pouvoir lui-même, et plus précisément de l’impératrice Tseu-Hi, que viendra le signal de la révolte… et du massacre.
En juin 1900, habilement encadrée par les Boxers, la population pékinoise devait envahir les missions catholiques et les légations étrangères : les prêtres sont massacrés, le ministre allemand assassiné, les légations envahies.
La réaction des puissances occidentales, mises en péril dans cette région du globe pourtant riche en promesse, ne se fera guère attendre. Une armée alliée, placée sous commandement allemand, devait envahir Pékin, arrêter les chefs des Boxers et les exécuter et mettre en fuite le gouvernement impérial. Désormais, les empereurs chinois ne seront plus jamais indépendants ; quant à l’Europe, elle aura tout loisir de poursuivre son expansion économique.

Le droit du bon droit

Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères françaises, co-fondateur de Médecins sans Frontières.
Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères françaises, co-fondateur de Médecins sans Frontières.

Depuis des années, certains politiques –parmi lesquels l’actuel ministre des Affaires étrangères français- se sont faits les chantres du droit d’ingérence. Un « droit » qui, par nature, implique de se substituer à une autorité existante, dans un pays autre, afin de lui dicter quelques mesures de bonnes conduites. Toute la question est alors de savoir quels sont les critères de bonne conduite, les bonnes valeurs ? Qui définit le bon du mauvais ?
L’affaire de l’Arche de Zoé met en exergue ce problème, au point que désormais nombre de politiques, journalistes ou faiseurs d’opinion se la posent ouvertement. Car même si, dans ce cas précis, les faits sont poussés à l’extrême, l’ensemble de cette affaire repose clairement la question de l’ingérence et surtout des critères justifiant cette ingérence. Des critères qui n’ont jamais été définis et qui, de fait, dépendent entièrement de l’interprétation que l’on fait du bien et du mal, du bon et du mauvais, du confort et de l’inconfort, de l’admissible et de ce qui ne l’est pas. Les déclarations du fondateur de l’Arche de Zoé sont, sur ce thème, un véritable cas d’école lorsqu’il justifie son action sur le « il n’y a qu’à voir comme ils vivent » ! On croit rêver. C’est exactement comme si un Américain débarquait dans une famille française et décidait d’enlever ses enfants aux parents sous prétexte que la maison n’est pas assez chauffée, les vêtements pas assez « mode » et les ados pas assez ronds.
La question est alors de savoir si le monde entier doit vivre sur les mêmes bases matérielles, intellectuelles et spirituelles. Actuellement, ce n’est pas le cas, mais l’uniformisation du monde et du mode de vie sont-elle nécessaires ? Comme le rappelait fort justement l’historien Jacques Marseille dans une émission de radio du 3 novembre au matin, la colonisation a commencé avec de bons sentiments. Avec le désir d’imposer à d’autres pays, d’autres cultures celle des occidentaux, sous prétexte que ces derniers la considéraient comme le summum de l’aboutissement intellectuel. Avec le désir de faire partager le savoir, les découvertes, la spiritualité…
Imposer, serait-ce la meilleure des valeurs, c’est nier aux autres tout système de pensée propre. C’est nier sa liberté d’être humain, exactement comme Robespierre et Saint-Just voulurent imposer leurs idéaux par la Terreur. Pourtant, ils ne rêvaient jamais que d’égalité…

Victoire de Navarin

En Grèce, en Grèce ! adieu vous tous ! il faut partir !…
En Grèce, ô mes amis ! vengeance ! liberté !

Quand en avril 1822 l’armée turque réprime dans le sang la révolte des habitants de l’île de Chio, les poètes, les artistes européens se mobilisent. Les massacres de Chio, qui ont fait plus de vingt mille victimes, sont un des premiers épisodes de la guerre d’indépendance que la Grèce mène contre la Turquie.
La cruauté montrée par les Turcs indigne toute l’Europe  qui se prend alors d’une passion sans limite pour la Grèce. Les intellectuels, les journalistes ainsi que les poètes férus d’orientalisme tel Byron font pression pour que les gouvernements interviennent. Leur action est telle que, en juillet 1827, l’Angleterre, la France et la Russie exigent, conjointement, l’autonomie de la Grèce.
Le 20 octobre 1827, les navires européens écrasent les flottes turque et égyptienne à Navarin. L’Empire ottoman, obligé de céder, reconnaît l’indépendance de la Grèce, en 1830.

Le piège de l’éternelle France-Afrique

Idriss Déby, président du Tchad.
Idriss Déby, président du Tchad.

Décidément, rien ne change. La grâce et la libération des Français de l’Arche de Zoé par le président tchadien Idriss Déby en est, une fois encore, la preuve évidente… Car qui doutait de cette issue ? Sincèrement, pas grand monde, pas même les protagonistes et leurs avocats. Pas même le président de la République, Nicolas Sarkozy, qui relègue ainsi allègrement ses désirs de "politique de rupture" entre la France et l’Afrique au rang des pieux souvenirs. La "France-Afrique de papa" est toujours là et bien là, n’en déplaise à Jean-Marie Bockel qui aura payé de sa place ses déclarations sécessionnistes.
Au delà de l’affaire judiciaire, de la tromperie voire de l’escroquerie, l’affaire de l’Arche de Zoé n’est en effet rien d’autre qu’une illustration de la relation liant la France et l’Afrique. A plus d’un titre ; sur plus d’un plan. C’est d’abord sur la notion de supériorité des Occidentaux sur les Africains que cette affaire frappe. Une supériorité que les premiers à dénoncer sont ceux-là mêmes qui, inconsciemment, l’appliquent ; que les premiers à honnir sont ces défenseurs aveugles des droits de l’homme. Aveugles au point de désirer imposer toujours et partout les droits de l’homme, même à ceux qui n’en veulent pas -et tant pis pour la liberté ; aveugles au point de se voir en sauveurs du monde, même lorsque ce "monde" n’a nul besoin ou nul envie d’être sauvé ; aveugles au point de vouloir imposer, dans un autre pays, une autre culture, le mode de vie occidental. Ces aveugles-là sont ni plus ni moins que les héritiers directs des colonisateurs occidentaux qui, au XIXe siècle, avaient lancé les navires français dans le but de "sauver" cette même Afrique. Point de rupture donc, dans la bonne conscience des âmes occidentales ; point de rupture mais au contraire une colonisation par l’esprit qui semble ancrée dans les mentalités…
Au plus haut niveau de l’Etat, les choses ne semblent guère plus évoluées. Après avoir clamé haut et fort son désir de "rupture", Nicolas Sarkozy est tombé dans le piège de l’éternelle France-Afrique. La libération des membres de l’Arche de Zoé, leur rapatriement en France et, surtout, la grâce obtenue de la part du président Déby marquent le retour aux fondamentaux franco-africains. Un retour que Jean-Marie Bockel a payé de son portefeuille et, n’en déplaise à François Fillon, que la France entière a payé de ses deniers. Point de rançon, dites-vous ? Mais qu’en est-il de l’intervention française qui, il y a un mois à peine, sauvait le palais et la place du président Déby ? Une intervention que rien ne justifiait ; une intervention qui n’avait pas lieu d’être et qui ne devait pas avoir lieu… jusqu’à l’affaire de l’Arche de Zoé. Que la politique africaine de la France soit dépendante de quelques illuminés bien-pensants et imbus de leur propre générosité est assez grave. Si grave d’ailleurs que l’on ne peut que minimiser leur impact. Faisons la part des choses et supposons donc que c’est l’Etat français qui a pris l’initiative de modifier son désir de changement politique. Allez, supposons… mais il n’en reste pas moins que l’image reste, aux yeux du monde entier, aux yeux des Français et des Africains avant tout, que la France est totalement incapable de changer sa vision africaine et que l’Afrique sait, avec une réelle adresse d’ailleurs, en jouer… Le piège, car s’en est un pour les uns comme pour les autres, n’est donc pas prêt de se refermer…

Le complot du général Malet

Général Claude François de Malet (1754-1812).
Général Claude François de Malet (1754-1812).

Bonaparte n’est plus ! Le tyran est tombé…!
Le 23 octobre 1812, à trois heures du matin, le général Malet, conspirateur connu de l’empereur, s’évade de la maison de santé où il est interné suite à un complot fomenté quatre ans auparavant. Aidé de ses compagnons d’internement, il annonce la mort de Napoléon Ier, alors en Russie. Profitant du choc provoqué par cette nouvelle, il s’empare de tous les postes-clefs de la capitale. Puis il annonce l’installation d’un nouveau régime. Mais, dans la matinée, Malet est fait prisonnier par le gouverneur de Paris, moins crédule que les autres.
Rapidement, les conjurés sont arrêtés, ce qui met fin au complot.
Le 28 octobre 1812, après un procès-éclair, le général Malet et onze de ses partisans sont fusillés.

Le parti de l’Ordre ou la manipulation du prince-président

Charles de Montalembert (1810-1870), un des fondateurs du parti de l'Ordre.
Charles de Montalembert (1810-1870), un des fondateurs du parti de l’Ordre.

On a souvent fait de Napoléon III un être falot, peu au fait de la politique. Pourtant, c’est avec une habileté remarquable que, durant les années 1849 à 1851, il va manipuler, à son avantage, le parti de l’Ordre.
Le règne de Louis-Philippe Ier (1830-1848) avait été celui de la bourgeoisie. Une bourgeoisie qui faisait reposer ses ambitions sur l’industrialisation et sur la spéculation boursière, deux phénomènes qui, vers 1846-1847, allaient sombrer dans une crise sans précédent. La paupérisation des campagnes mais surtout des milieux ouvriers, le vent de révolte que semblait souffler menaçaient le régime tout entier. Et il paraissait évident que Louis-Philippe, qui avait mollement mené la campagne d’Algérie, qui avait mollement répondu aux désirs guerriers des anglophobes et qui avait tout bonnement ignoré la révolte de la rue, ne saurait faire face. L’opposition républicaine, de son côté, s’était concentrée dans une opposition au régime électoral. Le renvoi de Guizot, en 1847, ne devait être que le prélude à l’inévitable : l’insurrection de Paris et l’abdication du roi. En 1848, la IIe République était donc proclamée. Une république qui avait elle-même ses opposants, parmi lesquels les légitimistes, les orléanistes et les divers forces de droite regroupées en un seul mouvement : le parti de l’Ordre.
Né en 1849, ce parti de l’Ordre avait pour chef des hommes comme Odilon Barrot, Montalembert, Molé, Berryer. On compta même Victor Hugo parmi ses membres, mais pour peu de temps. Largement majoritaire à l’Assemblée de 1849, le parti de l’Ordre devait donner entière satisfaction aux catholiques en initiant l’expédition de Rome, en promulguant la loi Falloux sur l’enseignement secondaire. Mais les lois sur la presse, celle sur la déportation des insurgés d’Algérie ou encore celle sur la restriction du suffrage universel devaient fortement le déconsidérer dans l’opinion. Sans compter un oubli total des problèmes sociaux au cœur de la révolution de 1848. Voilà qui allait faire le jeu de Louis-Napoléon Bonaparte qui se présentera alors comme un dictateur populaire et social.

Grèves : le retour en arrière

Affiche appelant à la grève (document actuel).
Affiche appelant à la grève (document actuel).

En 1868, le congrès de l’Internationale, qui se déroulait à Bruxelles, tout en rappelant que la grève est souvent utile, voire même nécessaire, déclarait clairement qu’elle ne pouvait, en aucun cas, être le  seul moyen d’assurer l’émancipation des travailleurs.
De fait, la grève n’était alors qu’un phénomène relativement récent. Inexistante dans les civilisations anciennes, presque inconnue au Moyen Age où l’on favorisait les règlements de conflits à l’amiable, notamment grâce au système corporatif, ce n’est qu’au XVIe siècle que le phénomène allait réellement voir le jour. Sévèrement réprimées sous l’Ancien régime, interdites par la loi Le Chapelier de 1791 puis par le code Napoléon, les grèves allaient tout naturellement prendre leur essor parallèlement à celui de l’industrialisation, se durcir au rythme de la dégradation des conditions de travail. Ce n’est donc pas sans de bonnes raisons que ces mouvements de protestations ouvrières vont ponctuer la seconde moitié du XIXe siècle et, surtout, le XXe siècle.
Pourtant, ce qui apparaissait comme une révolte naturelle contre des conditions de travail indignes allait rapidement prendre un tour nettement politique. Les anarchistes ne voulaient que jouer des grèves pour initier la révolution ; quand des syndicalistes comme Georges Sorel défendaient son principe comme celui d’un « mythe social » entretenant l’antagonisme entre ouvriers et bourgeois. Un « mythe social » qui trouve un curieux écho en ces temps de grèves. Pourtant, force est de constater que les grèves qui ont ponctué et qui ponctuent encore les événements en France n’opposent pas ouvriers et bourgeois mais protestataires et travailleurs. Et qui sont les premiers ? Quelques étudiants en mal de mai 68, d’idéal et de conviction ; les héritiers des anarchistes du XIXe-XXe siècle. Et à leur côté, des privilégiés, campés sur des avantages acquis en un temps où la pénibilité de leur métier ne leur laissait guère de chance d’aller au delà de 55 ans.

Rome, capitale de l’Italie

Cela fait quinze siècles que Rome a perdu son statut de capitale et dix siècles qu’elle est devenue le siège des États pontificaux. Mais, en 1861, l’Italie est unie, ou presque… Il ne manque plus qu’une ville, Rome, que les Italiens veulent pour capitale. Le pape Pie IX refusant toute concession, Garibaldi, le héros de l’indépendance italienne, tente de nombreux raids qui échouent face aux troupes françaises envoyées par Napoléon III. Mais, en 1870, quand les Français sont rappelés dans leur pays, l’armée italienne en profite pour s’emparer de Rome.
Désormais, plus rien ne peut arrêter l’unité et, le 2 octobre 1867, un plébiscite ratifie l’annexion des États pontificaux à l’Italie et Rome devient la capitale.

Le Tigre enflamme la France

Clémenceau, dit le Tigre, à la tribune de l'Assemblée (gravure tirée d'un journal de l'époque).
Clémenceau, dit le Tigre, à la tribune de l’Assemblée (gravure tirée d’un journal de l’époque).

Lorsque, le 16 novembre 1917, Clémenceau est appelé à former un nouveau gouvernement, la France est à bout, désespérée. La guerre des tranchées semble ne jamais devoir finir, 110 000 soldats, tués ou blessés, ont été laminés lors de l’offensive de Nivelle sur la Somme et les mutineries se multiplient. La lassitude et le défaitisme gagnent les soldats comme les civils. Le Tigre décide de redonner confiance au peuple français : il forme un cabinet de guerre jusqu’au boutiste -sans un seul ministre socialiste-, lance un emprunt de dix milliards et place Foch à la tête des armées alliés. Dans ses discours, il balaye toutes les objections de la Chambre des députés, il est prêt à toutes les alliances -y compris avec l’Action française-, si cela peut assurer le triomphe de la France.
Nous ne sommes pas au pouvoir pour assurer le triomphe d’un parti, devait-il proclamer alors devant ses pairs. Nos ambitions sont plus hautes : elles visent à sauvegarder l’intégrité de l’héroïque moral du peuple français. Chacun de nous a aujourd’hui le droit de dire : je suis fils d’une vieille et belle histoire, je suis le fils d’un peuple qui a pensé, a écrit, a agi et nos petits-neveux penseront, écriront, agiront de même.
Un an après ce discours enflammé, l’armistice était signé…