Arcole : une histoire d’eau

Bonaparte au pont d’Arcole (détail de la peinture de Gros).
Bonaparte au pont d’Arcole (détail de la peinture de Gros).

Il était grand –par l’ambition- , il était beau, il sentait bon le sable chaud… enfin, plutôt la boue. Car si tout le monde connaît le tableau mettant en scène Napoléon traversant le pont d’Arcole l’étendard à la main, la réalité est bien loin de cette image.
Cela s’est passé du 15 au 17 novembre 1796. A la tête de l’armée d’Italie, Bonaparte, qui n’est pas encore Napoléon Ier, lance ses 38 000 hommes à l’assaut de l’Italie. Une coalition autrichienne et italienne lui barre le passage. Arcole, n’est certes qu’un épisode de cette conquête, mais c’est certainement le plus célèbre. A ce moment, Masséna et Auguereau ont battu en retraite face à l’avance autrichienne. Reste le pont d’Arcole, qui sépare les Français des armée d’Alvinczy.
La bataille se soldera par une victoire pour le camp français mais jamais Bonaparte ne traversa ce fameux pont, comme le célèbrera le peintre Antoine Gros. Jamais il ne le passera car c’est dans l’eau, ses hommes étant éparses, que Bonaparte parvint de l’autre côté de la rive. Au final, le bouillant général corse parviendra à son but : conquérir l’Italie. Une conquête faite dans la boue, ce qui n’enlève rien au génie du bouillant général.
Au final, si Gros, élève de David, détourna l’histoire par sa représentation de la bataille du pont d’Arcole, ce n’est sans doute que pour rendre hommage au stratège et au meneur d’hommes qu’était et que sera longtemps Napoléon Bonaparte.

 

Pour une civilisation comptable

Jacques Attali (photo récente).
Jacques Attali (photo récente).

Une civilisation comptable. A priori, les deux mots sont antinomiques, totalement opposés ; pourtant, on peut légitimement se demander si le président de la République a cette vision-là de la civilisation. Il y a peu, un article du Point signé Baverez (le point édition du 17 janvier 2008) titrait "La civilisation n’est pas une politique". Non, en effet, la civilisation doit, ou du moins devrait, conduire à une vision plus grande, plus lointaine, ce qui entraînerait l’application de telle ou telle politique. Car qu’est-ce que la civilisation si ce n’est un ensemble de progrès, d’évolutions techniques et morales, politiques et artistiques qui imprègnent une société, qui l’amènent vers un même but. La civilisation des Grecs antiques fera l’apologie de la démocratie ; la civilisation égyptienne est celle du divin ; celle de Mésopotamie a découvert et développé l’écriture mais également le principe juridique quant à la civilisation européenne médiévale, ceux sont les valeurs judéo-chrétiennes qui l’on guidé, formé. D’accord ou non avec ses valeurs, ces principes, il n’empêche que l’on peut les considérer comme des principes nobles, élevant l’humain, lui donnant un but qui va au delà de sa propre personne. Et c’est ce que semblait proposer, sans la définir vraiment, monsieur Sarkozy en évoquant un "politique de civilisation". Résultat : le rapport Attali dont on nous dit et on nous assure qu’il sera, pour une bonne part, mis en application.
Or qu’est-ce que ce rapport si ce n’est l’inverse absolu de la civilisation, d’une politique de civilisation ? Qu’est-ce si ce n’est une analyse comptable du monde et de la société. Certes, l’économie est importante ; elle doit, très certainement, être réformé. Mais de là à ne voir en l’homme qu’un numéro… Or c’est exactement ce que fait ce fameux rapport, soi-disant rédigé par des économistes autant que par des philosophes, des écrivains, bref des êtres sensés avoir une idée autre que le simple jeu boursier. Inutile de revenir sur la suppression des départements, des numerus clausus des pharmaciens que le président de la République -brossage dans la sens du poil oblige- n’appliquera pas. Mais qu’en est-il de la question de l’immigration que le Figaro, dans un numéro anticipateur, a fortement décrié ? Qu’en est-il de la question des personnes âgées -pas des seniors, mais de ceux qui sont à charge… Car monsieur Attali a toutes les réponses, toutes les solutions. La France a besoin, aura besoin de plus de bras : il suffit « d’organiser la venue de 2 millions d’étrangers par an entre 2020 et 2040, ce qui se traduirait, sur l’ensemble de la période considérée et du fait de l’élargissement des familles par l’entrée sur notre sol de 93 millions d’immigrés », soit 68% de la population d’alors. La France a besoin de bras ? Qu’on fasse travailler les seniors… mais seulement jusqu’à ce qu’ils puissent « rapporter », la vieillesse étant, quant à elle, source de coûts énormes, le problème sera réglé par l’euthanasie -puisque monsieur Attali s’est déjà clairement positionné pour cette solution- ! Que l’Europe n’arrive déjà pas à assimiler les pays qu’elle a accueilli en son sein, n’est pas un problème pour monsieur Attali qui ne raisonne qu’en terme de chiffre, de coût, de main d’œuvre. Une vision qui fleure bon le taylorisme à l’échelle étatique, voir même le communisme. Une vision dans laquelle l’être humain n’est plus qu’un chiffre, un potentiel de travail ou de dépense ; une vision qui annonce un nouveau type de civilisation : la civilisation comptable !

Alger est tombée ce matin

Audiance donnée au Général Hulin par le Bey d’Alger (1802)

Depuis le XVIIe siècle, l’Algérie était gouvernée par des deys, assistés par une élite turque, qui devinrent rapidement les champions de la guerre de course en Méditerranée. À tel point d’ailleurs que, ne pouvant rien contre les pirates algériens, la plupart des puissance occidentales durent verser un tribut annuel pour assurer leur sécurité.
Pourtant, au début du XIXe siècle, la France, contrairement aux autres puissances européennes, entretient de bonnes relations commerciales avec le dey d’Alger. Mais, en 1827, à la suite d’une obscure affaire de créances dues par la France, le dey Hussein soufflette le consul de France !
La réplique française ne se fait pas attendre : après avoir établi un blocus sur Alger, le roi Charles X décide, en 1830, de lancer une expédition militaire. Trente sept mille hommes, commandés par l’amiral Duperré et par le maréchal de Bourmont, débarquent sur les côtes algériennes le 14 juin. Après la victoire française de Staouéli, Alger capitule. C’était le matin du 5 juillet 1830.

Obama ou la couleur de la peau…

Barack Obama, candidat démocrate à la présidentielle américaine.
Barack Obama, candidat démocrate à la présidentielle américaine.

Non, l’élection américaine ne se jouera pas sur le critère de la race ! Obama est noir ? Et alors ! C’est en tous cas ce que l’on ne cesse de nous asséner depuis des semaines, des mois. Pourtant, rien n’est plus faux. C’est même tout le contraire. Obama ne sera pas le candidat de certains Américains, non parce qu’il est démocrate, non parce qu’il n’a jamais eu de postes « à responsabilité » internationales. Obama ne sera pas le candidat de ces Américains-là parce qu’il est noir. Et qu’ils n’imaginent pas la patrie de Washington et de Lincoln gouvernée par un Noir. Mentalité raciste ? Mentalité raciale plutôt… Exactement la même mentalité, le même critère qui inspirera nombre de ceux qui voteront Obama.
L’évident engouement qui s’est emparé des médias, américains comme européens, des hommes politiques –notamment français-, des « élites » du monde occidental a tout à voir avec la couleur de peau de monsieur Obama. C’est parce qu’il est Noir qu’ils le soutiennent ; parce qu’il est Noir qu’ils en ont fait « leur candidat » et cela avant même que le sénateur de l’Illinois ait gagné les primaires.
Les députés français qui, interrogés par les médias français, se sont majoritairement prononcés en faveur de monsieur Obama ne connaissaient rien de son programme, ne faisaient guère de différence avec Hillary Clinton… sauf pour la couleur de sa peau. De la même façon, le ralliement du républicain Powell au candidat démocrate, après celui de toutes les élites noires de ce pays, apparaît comme un signe, un symbole fort : celui d’une Amérique noire unie pour élire son président noir. Quelle image pour le monde ! Quelle revanche pour les Noirs américains ! Quel dommage pour monsieur Obama ! De fait, s’il est élu, Obama sera toujours taxé de n’avoir remporté cette élection que par son image, par un effet de discrimination positive ou encore par remord d’une certaine Amérique. Et c’est bien dommage car cet homme, certainement, possède de grands talents… qui s’effacent, qui disparaissent à cause de la couleur de sa peau. Une couleur de peau qui, le 4 novembre prochain, qu’on le veuille ou non, sera ce qui comptera le plus dans cette élection, que ce soit dans un sens ou dans un autre…

Dans l’enfer d’Hiroshima

L'explosion de la bombe atomique, d'après une iconographie récente.
L’explosion de la bombe atomique, d’après une iconographie récente.

Nous sommes le 6 août 1945. Il est 8h15 et le colonel Tibbets, de l’armée américaine, sait qu’il va accomplir un acte historique. A bord de l’Enola Gay se trouve la première bombe atomique. Une bombe qu’il s’apprête à lâcher sur la ville portuaire d’Hiroshima. Par cette action, les Etats-Unis espèrent mettre un terme à près de trois ans de lutte avec l’Empire du Soleil levant. Stoppée nette dans son élan conquérant à la bataille de Midway, l’armée nippone luttait pied à pied depuis 1942. Mais rien, ni son acharnement, ni même les actions des « Kamikase » -du nom d’un typhon qui sauva le Japon de l’invasion mongole au XIIIe siècle, ne semble devoir enrayer l’avancée américaine qui, bientôt, encercle l’archipel. Après la capitulation de l’Allemagne, en mai 1945, et alors que les Etats-Unis sont désormais à même de concentrer toutes leurs forces sur ce dernier îlot de résistance, il semble que la reddition du Japon ne soit plus qu’une question de temps. Mais les Américains s’impatientent et le Japon résiste, refusant, dans un dernier baroud d’honneur, la reddition sans condition réclamée par la Proclamation de Postdam (26 juillet 1945). Truman prend alors une décision terrible et ordonne l’utilisation de la première bombe nucléaire. Hiroshima sera la cible, ses habitants les cobayes pour ce premier essai grandeur nature.
De fait, si le colonel Tibbets avait certainement conscience, en libérant la bombe H, d’entrer dans l’histoire, il a certainement regretté son geste et sa place. De fait, le bilan sera terrible : sur les 250 000 habitants de la ville, 75 000 seront tués, 90 000 blessés –souvent atrocement brûlés- et 70% de la ville sera réduite en cendres.
On le sait, le 9 août suivant, une seconde bombe frappera Nagasaki. Bilan : 100 000 morts. Des morts qui auraient certainement pu être épargnés, le gouvernement japonais ayant déjà tiré les leçons d’Hiroshima. Quant à la capitulation tant attendue, elle sera annoncée, par voix radiophonique, par l’empereur Hiro Hito le 16 août au matin.

Adieu vieille Europe !

Armes de la Serbie à l'époque de Pierre Ier.
Armes de la Serbie à l’époque de Pierre Ier.

20 juin 1389 : les troupes ottomanes, conduites par le sultan Mourad Ier, remportent une  victoire sans précédent sur les Serbes et les Bulgares chrétiens. Une victoire qui met fin à l’indépendance serbe ; une victoire qui annonce la domination ottomane sur cette région du monde ; une victoire, enfin, qui a pour nom Kosovo Polié ou bataille du Champ des Merles. Suivra l’annexion de plusieurs provinces européennes au joug ottoman ; l’avancée jusqu’à Vienne même, au XVIe siècle, avec en représailles l’installation de Serbes chrétiens au Kosovo et, en réponse, l’albanisation intensifiée et l’islamisation de cette même région.
17 février 2008 : l’histoire se répète. La victoire, là encore, a pour nom Kosovo ; et là encore, elle annonce une avancée sans précédent de l’islam en Europe. Une différence, et de taille, pourtant : l’indifférence générale dans laquelle se déroule se fait historique. La bénédiction même de l’Europe qui entonne ici son chant funèbre. A force de nier ses racines, de refuser toute référence à une civilisation commune, l’Europe s’est encartée dans un système économique –d’ailleurs déficient- qui ne risque guère de soulever les foules ; plus, même, elle s’est donnée le rôle du fossoyeur en enterrant, avec ses propres deniers, toute idée de culture commune. Alors :
Adieu vieille Europe,
Que le diable t’emporte !

Gettysburg : un tournant sanglant

Le général Robert Edward Lee (1807-1870)

À l’aube du 1er juillet 1863, les armées sudistes et nordistes se font face, prêtes à l’attaque. Le choc sera sanglant et la bataille durera trois jours entiers…
La guerre de Sécession, qui ravage les États-Unis de 1861 à 1865, a pour lointaine origine les différences profondes entre l’économie du sud et celle du nord du pays. Alors que le Nord s’industrialise et entend instaurer une politique protectionniste, le Sud reste avant tout un pays agricole, cultivant en majorité du coton et dont la monoculture est entièrement tournée vers l’étranger.
De divergences en controverses, le Nord et le Sud vont finalement en arriver à la guerre civile avec la question de l’esclavage.
Le Nord est abolitionniste, ce qui est certes fort honorable mais surtout plus aisé quand l’économie de l’État ne repose pas sur l’esclavage, comme pour les États du Sud. Le premier État à brandir l’étendard de la révolte sera la Caroline du Sud, après l’élection de l’abolitionniste Abraham Lincoln à la présidence.
Lorsque la guerre civile éclate, en 1861, Jefferson Davis, à la tête de onze États, fonde la Confédération. Face à elle, les Nordistes sont deux fois plus nombreux et surtout bien mieux armés. Les premiers combats seront pourtant à l’avantage des Confédérés… jusqu’à la terrible boucherie de Gettysburg. Le général sudiste Lee tentait alors d’envahir le Nord pour la seconde fois, il marchait sur Washington quand il fut arrêté à Gettysburg.
Dès lors, l’initiative passe aux soldats de l’Union, les Nordistes, qui finiront par l’emporter en 1865.

Mais qu’est-ce qui effraie tant monsieur Darcos ?

Xavier Darcos, actuel ministre de l'Education nationale.
Xavier Darcos, actuel ministre de l’Education nationale.

Qu’est-ce qui effraie tant monsieur Darcos ? Monsieur Darcos et nombre de ses prédécesseurs d’ailleurs qui se voient proposer, maintenant, d’écrire eux-mêmes les programmes d’histoire ! Cela semble incroyable ? En fait c’est presque naturel tant l’histoire est un sujet sensible, une matière apte à la propagation d’idées, voire d’idéaux. Les pseudos historiens du XIXe siècle, ceux de la lignée de Michelet, ceux que Jules Ferry cautionnera, sont de cette école. Leur but, alors, la réécriture de l’histoire, notamment médiévale et monarchique, dans le but de promouvoir l’idéal révolutionnaire mais aussi patriotique. Exagérations, mensonges, inventions : tout est bon pour salir les principes féodaux, religieux des siècles précédents. Tout est bon pour faire des quelques mille ans qui constituent le Moyen Age une période sombre, obscure même. Tout est bon pour présenter les souverains de la Renaissance et des Lumières comme des monarques décadents, oppressifs. Etre historiens, au XIXe siècle, c’était faire œuvre de propagande ! Et il faut croire que rien n’a vraiment changé. A une exception près cependant : si les historiens que XXe siècle n’ont guère eu de mal, pour peu qu’ils s’y soient attachés, à revenir sur les " vérités révélées " du siècle précédent, c’est que la loi, déjà, le leur permettait. Une leçon semble-t-il pour les néo-propagandistes de l’histoire, ceux du XXIe siècle, qui ont pris soin d’empêcher, d’interdire toute recherche, tout débat.
D’où la question : qu’est-ce qui effraie tant les Darcos, Chirac ou autres promoteurs de la législation en histoire pour vouloir ainsi étouffer tout débat ? On se doute bien que l’An Mil, l’Inquisition ou le droit de cuissage ne sont pas en cause dans ce débat. Non, il y a autre chose en cause. Une histoire plus récente, plus douloureuse aussi et qui mériterait, plus que tout autre, d’être ouverte au débat. La cantonner dans un statu quo victimaire ne fait que renforcer l’opposition communautariste au détriment du sentiment national. C’est, en substance, ce que dénonce Elie Barnavi, historien, ancien ministre des Affaires étrangères israélien en France, lorsqu’il proclame que "l’historien ne peut pas travailler sous la menace de la loi" (Marianne n°599). Une opinion que seul un Elie Barnavi peut défendre sans être accusé de révisionnisme. Une opinion pourtant partagée par nombre d’historiens désormais interdits de penser, interdits de débattre, bref, interdits d’exercer leur métier. Des historiens révoltés par l’oppression des lois mémorielles au point de signer un manifeste Liberté pour l’histoire. Des historiens qui, manifestement, n’ont guère été entendu par le pouvoir qui confond encore histoire et mémoire et qui marque clairement son dédain des historiens en les excluant de l’enseignement de leur propre matière. Belle image de cette démocratie qu’on prétend ainsi défendre. Belle confiance aussi accordé aux historiens, comme si eux-mêmes ne savaient pas juger du travail de leurs pairs…

Géorgie-Russie : le jeu du chat et de la souris

Vladimir Poutine (photo récente).
Vladimir Poutine (photo récente).

Les spécialistes de la géopolitique vous le diront : les tensions entre la Russie et la Géorgie ne datent pas d’hier. La quasi annexion, au début des années 1990, de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, des territoires séparatistes géorgiens, y sont pour beaucoup. D’où une succession d’escarmouches, de provocations, d’expulsions diverses. Mais si les spécialistes de géopolitique peuvent dirent beaucoup sur l’affrontement entre ces deux pays, les historiens également, car le jeu du chat et de la souris, les soumissions et la résistance, le protectorat et la révolte remontent à quelques siècles.
L’histoire commune de la Russie et de la Géorgie remonte au XVIIIe siècle. Coupée du monde chrétien depuis la prise de Constantinople par les Turcs (1453), la Géorgie devient, et pour trois siècles, un enjeu dans la lutte entre les Ottomans et les Perses avant que ces derniers ne confient son gouvernement à Teimourov II, issu de la dynastie des Bagratides. Réunificateurs de la Géorgie médiévale, vainqueurs de l’islam, les Bagratides avaient conduit la Géorgie à son apogée et l’avaient protégé de la poussée ottomane durant près de quatre siècles. Mais lorsqu’au XVIIIe siècle, leurs descendants accèdent au trône, l’âme des Bagratides semble s’être quelque peu émoussée.
Pressé par les Perses, Irakli II, qui succède à Teimourov, se jette littéralement dans la gueule du loup en reconnaissant, en 1793, la suzeraineté de la Russie. Autant dire que Catherine II, alors au pouvoir, n’allait pas laisser passer une occasion pareille et, en 1801, la suzeraineté se transforme en annexion pure et simple. Toutes les provinces géorgiennes passeront ainsi sous la coupe russe et subir, notamment sous Alexandre III, une intense politique de russification.

Joseph Staline (1879-1953) d'après un dessin original.
Joseph Staline (1879-1953) d’après un dessin original.

La résistance géorgienne n’y fera rien et il faudra la fin du tsarisme et la révolution bolchevik pour que la Géorgie acquière son indépendance. Une indépendance qu’elle proclamera en 1918, tout en se plaçant dans le même temps sous protectorat allemand. Un bien mauvais choix à la veille de sa défaite… Sans protecteur au lendemain de la Grande guerre, la Géorgie aurait pu jouer la carte de la véritable indépendance, mais il semble bien que cette contrée ne savait se passer de « tuteur ». Aussi renouvela-t-elle l’erreur d’Irakli II et se plaçant sous la protection des Soviétiques… qui, comme les tsars avant eux, s’empressèrent de l’annexer.
Au final cependant, et les protagonistes actuels feraient bien de s’en inspirer, on se demande qui fut le gagnant et qui fut le perdant. Seraient-ce les Géorgiens, englobés dans une République de Transcaucasie avant de devenir un pays satellite ? Ou seraient-ce les Russes qui, durant près de trente ans, subiront la tyrannie d’un fils de la généreuse Géorgie, la tyrannie de Joseph Djougatchvili, plus connu sous le nom de Staline ?

Tyrannie contre démocratie : le faux débat

Vladimir Poutine, en premier plan, suivi de son dauphin et successeur, Dimitri Medvedev.
Vladimir Poutine, en premier plan, suivi de son dauphin et successeur, Dimitri Medvedev .

Les élections se suivent et ne se ressemblent pas. Il y a peu, Medvedev devenait le président d’un gouvernement poutiniste allègrement qualifié par les journalistes occidentaux de despotique ; demain, l’Amérique risque bien de se voir voler son élection présidentielle par excès de démocratie. Reste à savoir lequel, du Russe ou de l’Américain, est le plus légitime. Reste également à savoir lequel, dans ces circonstances, apportera le plus à son pays. Car après tout, c’est bien là qu’est la question…
Le monde occidental se fait volontiers l’avocat, pis, le chantre de la démocratie. Au point, d’ailleurs, de vouloir l’imposer au monde entier ! Une démocratie qui aux Etats-Unis même, est en train de montrer une faille inattendue. De fait, la compétition Obama-Clinton -compétition de l’image plus que du fond d’ailleurs- est si serrée que, quelle qu’en soit l’issue, une large partie des électeurs démocrates vont se sentir floués. Et cela pour la bonne et simple raison que les deux candidats, au coude à coude, sont également légitimes… mais qu’il va bien falloir en choisir un ! Choix fait par les caucus ou les primaires actuelles -par ailleurs difficiles à comprendre dans leur fonctionnement- ou par les grands électeurs, ce qui serait un comble. A force de démocratie, donc, les démocrates américains seront, à coup sûrs, les grands perdants de cette élection.
A contrario, si l’élection russe n’a guère fait planer le suspens, si Medvedev est devenu, comme prévu, "calife à la place du calife", faut-il réellement y voir un mal. Certes, les bien-pensants de notre belle démocratie ont déjà crié au viol de leur héroïne ; ils ont déjà fustigés ceux qui ont osé féliciter le nouveau président russe, mais qui sont-ils pour donner des leçons de moral au peuple russe ? De fait, on peut toujours contester les méthodes gouvernementales de Poutine, force est de constater que le tsar rouge a su sortir -et de quelle manière !- son pays de l’ornière dans laquelle la démocratie eltsinienne l’avait plongé. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, eux qui annoncent une augmentation des revenus de 2,5% et autant pour les retraites (Le Point-février 2008). Et hors les chiffres, que reste-t-il si ce n’est la rhétorique, les grands mots opposés à la réalité de quelques millions de personnes ? Qu’importe aux Russes les grands principes, les mots aussi nobles que démocratie, liberté, égalité, fraternité ! Qu’importe tant qu’ils vivent mieux ! D’ailleurs, sur les principes, ils ont déjà donné… et constatés que les mots ne nourrissent guère.
Les Grecs du VIe siècle avant J.-C. l’avaient déjà constaté eux qui, des années durant, ont préféré la tyrannie à la démocratie. Une tyrannie qui correspondra à une ère sans précédent de prospérité économique et culturelle -grands travaux publics, expansion coloniale et commerciale, protection des arts et des lettres. Une tyrannie qui servira de prémices à l’avènement démocratique -qui, pour information, ne reconnaissait le droit de s’exprimer qu’à 30 000 citoyens sur une population de pas moins de 400 000 âmes…
Quant à savoir lequel, dans ces circonstances, du dirigeant russe ou du futur dirigeant américain est le plus "légitime", ne serait-ce pas celui qui fait la prospérité de son peuple ?