François-Joseph ou la fin des Habsbourg

Couronné à dix-huit ans François-Joseph va gouverner son empire pendant soixante-huit ans. Empereur d’Autriche et roi de Hongrie depuis 1867, il sera en butte, durant tout son règne, au nationalisme des minorités qui peuplent ses immenses territoires.
Échouant à imposer une politique absolutiste, y compris dans sa propre famille, l’empereur sera vivement touché par de très nombreux drames familiaux : exécution de son frère, Maximilien, au Mexique, suicide de son fils unique, Rodolphe, assassinat de sa femme, la célèbre Sissi, et enfin assassinat, à Sarajevo, de son neveu et héritier, l’archiduc François-Ferdinand.
Allié aux Allemands qui le poussent à venger cette dernière mort, François-Joseph est entraîné dans le premier conflit mondial qui verra, à son issue, la fin de l’Empire austro-hongrois.
À sa mort, le 22 novembre 1916, la couronne revient à son petit-neveu, Charles Ier, qui abdique en 1918, après le démembrement du pays : l’Empire des Habsbourg, vieux de sept cents ans, est définitivement anéanti…

La reine Hortense

Hortense de Beauharnais (1783-1837).
Hortense de Beauharnais (1783-1837).

Belle, intelligente, belle-fille puis belle-sœur de Napoléon Ier, reine de Hollande, mère de Napoléon III, Hortense de Beauharnais tient une place de choix dans toute l’histoire de l’Empire et sa vie est un véritable roman. Mariée de force, en 1802, au frère de l’Empereur, Louis, elle devient reine de Hollande après que Napoléon ait fait cadeau de ce trône à son cadet. Hortense doit le suivre mais c’est avec infiniment de répugnance qu’elle arrive dans son nouveau pays. Elle le quittera dès 1810, après l’abdication de Louis. À Paris, sa conduite continue de défrayer la chronique. On dit déjà que son dernier fils, Charles-Louis-Napoléon, le futur Napoléon III, est le fils du célèbre amiral hollandais, Verhuelle ! Et, selon certaines rumeurs, vraisemblablement plus fondées que les précédentes, Hortense aurait mis au monde un autre bâtard, fils du comte de Flahaut et donc petit-fils de Talleyrand.
Mais la seconde Restauration sonne le glas des frivolités parisiennes et Hortense, soupçonnée d’avoir aidé aux Cents jours, est exilée… elle ne reverra jamais la France. Installée depuis 1817 au château d’Arenberg, sur les bords du lac de Constance, elle y meurt, le 5 octobre 1837.

Des bienfaits du mécénat

Bas-relief représentant les Médicis, réputés notamment pour leur action en tant que mécènes à la Renaissance.
Bas-relief représentant les Médicis, réputés notamment pour leur action en tant que mécènes à la Renaissance.

Une entreprise finance les travaux de restauration d’un palais, d’un château, d’un tableau et aussitôt les « personnes autorisées » -par qui, mystère- poussent des cris d’orfraie, mettant tout le monde en garde contre la perte de l’indépendance culturelle, la publicité détournée. Passe encore pour ce dernier aspect. Mais est-ce vraiment parce que l’entreprise Vinci finance, à hauteur de 12 millions d’euros les travaux de la galerie des Glaces à Versailles, que la culture perd une once de liberté et d’indépendance ? A contrario, quel est l’apport culturel d’un défilé « osé », signé Lacroix, dans la chapelle de ce même château ?
Il y a peu, le magazine Marianne s’émouvait du manque de renouveau culturel, du conformisme –et on sait que sa dénonciation fait le fond de commerce du journal- en vigueur dans le milieu artistique, autant côté créateurs que côté critiques. Le magazine posait alors la question de la perte culturelle, du malaise en vigueur dans ce milieu, sans pour autant faire l’effort de poser les vraies questions.
Au regard de l’histoire, il est aisé de déterminer les grands élans culturels. Au Moyen Âge, temps de l’amour courtois, des romans de chevalerie, des cathédrales bien sûr, l’art était tout entier tendu vers un double idéal : Dieu et la fidélité. A la Renaissance, où les Antiques sont ressuscités, où la peinture et la sculpture atteignent leur apogée, c’est vers l’homme que l’homme regarde. Mais dans un cas comme dans l’autre, ces mouvements artistiques sont nés sous la protection, voire l’impulsion de mécènes. Idem au temps des Lumières, où quelques princes ou grands seigneurs ont financé avec ardeur les auteurs révolutionnaires, preuve, s’il en faut, que cette pratique n’empêche nullement l’éclosion des idées…
De fait, jamais la culture n’aura été aussi conformiste que de nos jours. Jamais non plus elle n’aura été aussi subventionnée. Assurés de voir leurs œuvres soutenues par l’argent des concitoyens, les auteurs ne sont guère préoccupés que de plaire à « l’élite » culturelle, celle, justement, dont ils font eux-mêmes partie. Une histoire de famille en somme –rondelette d’ailleurs. Et comme toutes les histoires de famille, une histoire dont on ne doit surtout pas se mêler. Que ces œuvres soient totalement hermétiques au grand public importe peu… sauf que c’est avec l’argent de l’Etat –et donc le nôtre- que sont réalisés ces « chefs-d’œuvre ».  Que ces œuvres ou ces manifestations jouent toujours le jeu du même anti-conformisme ultra conformiste –du principe qui veut que l’on fasse du « choquant » parce que c’est « tendance », que l’on fasse de l’avant-gardiste avec du réchauffé d’il y a 15 ou 20 ans-, importe peu encore à ces génies du culturellement correct. Cela importe peu car la sanction du public ne peut que révéler la carence culturelle du commun !
De fait, le dernier festival d’Avignon a, semble-t-il, sonné comme un avertissement aux chantres de la culture hermétique ; un festival où le massacre de certaines œuvres a été sifflé, hué… Un avertissement, cependant, qui ne vaut rien tant que ce sera aux Français de payer pour des œuvres apparemment réservées à une élite. Non pas que l’élitisme soit mauvais en soi, mais parce que cet élitisme culturel devrait n’être que le résultat de la tocade de quelque mécène, d’un amateur généreux. Voilà qui permettrait aux artistes de ne plus produire pour eux-mêmes, ayant déjà un spectateur de choix : leur financier.

Ciano ou les regrets d’un impérialiste

Le comte Galeazzo Ciano (1903-1944).
Le comte Galeazzo Ciano (1903-1944).

Déjà, la carrière politique et militaire de Galeazzo Ciano semblait toute tracée : son père s’était distingué dans l’attaque de sous-marins au cours de la Première Guerre mondiale et avait adhéré dans la foulée au parti fasciste. En 1930, Galeazzo suit promptement les traces de son père et, tout jeune diplomate, épouse, en 1930, la fille de Mussolini, Edda. Devenu sous-secrétaire d’Etat puis ministre de la presse et de la propagande (1935), le jeune comte Ciano participe à la guerre d’Ethiopie en tant qu’aviateur puis devient, en 1936, ministre des Affaires étrangères. Un poste essentiel en cette période de bouleversement européen ; un poste qui va faire de lui le principal artisan de la politique impérialiste de l’Italie, politique consacrée, en 1939, par l’axe Rome-Berlin. Dès lors, l’Italie de Mussolini est entraînée dans le sillage de la politique belliqueuse de l’Allemagne… ce qui est justement ce que Ciano veut éviter. Le calcul est mauvais car, malgré les réticences de Ciano, l’Italie ne peut plus faire marche arrière. De fait, Ciano a bel et bien piégé son pays, s’est piégé lui-même et ses réticences ou son opposition, de plus en plus marquée, vis-à-vis de son beau-père, Mussolini, ne changeront rient à l’affaire. Sauf pour l’intéressé lui-même qui, en 1943, se voit retirer le ministère des Affaires étrangères.
Devenu ambassadeur auprès du Vatican, Ciano ne désarme cependant pas et, en juillet 1943, vote la motion qui désavoue Mussolini. La sanction sera immédiate : le gouvernement de la République italienne le fait arrêté en novembre et, en janvier de l’année suivante, il est condamné à mort. Il mourra deux jours plus tard, fusillé dans le dos, sans avoir pu réparer ce qu’il avait si magnifiquement provoqué… par amour d’une Italie grande et forte.

Alger est tombée ce matin

Audiance donnée au Général Hulin par le Bey d’Alger (1802)

Depuis le XVIIe siècle, l’Algérie était gouvernée par des deys, assistés par une élite turque, qui devinrent rapidement les champions de la guerre de course en Méditerranée. À tel point d’ailleurs que, ne pouvant rien contre les pirates algériens, la plupart des puissance occidentales durent verser un tribut annuel pour assurer leur sécurité.
Pourtant, au début du XIXe siècle, la France, contrairement aux autres puissances européennes, entretient de bonnes relations commerciales avec le dey d’Alger. Mais, en 1827, à la suite d’une obscure affaire de créances dues par la France, le dey Hussein soufflette le consul de France !
La réplique française ne se fait pas attendre : après avoir établi un blocus sur Alger, le roi Charles X décide, en 1830, de lancer une expédition militaire. Trente sept mille hommes, commandés par l’amiral Duperré et par le maréchal de Bourmont, débarquent sur les côtes algériennes le 14 juin. Après la victoire française de Staouéli, Alger capitule. C’était le matin du 5 juillet 1830.

Et Dieu créa…

Adam et Eve tentés par le serpent, d'après une gravure du Moyen Âge.
Adam et Eve tentés par le serpent, d’après une gravure du Moyen Âge.

Le créationnisme, qui semble être un des sujets de prédiction des médias ces dernières années –depuis l’élection de Georges Bush notamment-, n’est certes pas vieux comme le monde, mais date au moins de l’acceptation des théories darwiniennes. De fait, il remet totalement en doute les théories du scientifique, prônant une lecture littérale de la Bible. Le monde ne serait donc pas né d’un quelconque Big Bang, mais aurait été créé en sept jours et l’homme n’aurait subi aucune évolution. Bref, le créationnisme fait de la Genèse un récit historique. Et si l’on trouve un parc d’attractions sur le thème de la Création, si les écoles françaises, belges, suisses ont reçu un atlas anti-évolutionniste d’un éditeur turc, ce n’est pas un hasard. La géographie du créationnisme l’explique tout naturellement.
Fortement présent dans les pays protestants, notamment aux Etats-Unis et en Australie, et dans le monde musulman, le créationnisme se nourrit véritablement d’un aspect commun à ces deux religions, le fondamentalisme des uns et des autres lui donnant un nouvel essor. Et si l’on y regarde de plus près, ni les pays catholiques, ni Israël ne connaissent de mouvement similaire. Et c’est clairement dans la lecture que protestants et musulmans font de la Bible qu’il faut voir une différence.
Depuis les origines du christianisme, les théologiens se sont efforcés de lire la Bible non pas littéralement mais comme un ouvrage fait de symboles. D’ailleurs, c’est bien là le travail du théologien que d’essayer de cerner Dieu à travers les Ecritures. Une définition qui, de fait, exclue toute lecture littérale. Rien d’étonnant, donc, si Origène (IIe-IIIe siècles) se permet de moquer gentiment celui qui croirait que le monde a réellement été créé en sept jours, rien d’étonnant non plus si l’Eglise ne lança jamais une attaque en règle des théories évolutionnistes. Car si l’homme a évolué, personne, pas même Darwin (1809-1882), n’a supposé que le monde n’avait pas de créateur… Voilà qui ne remettait nullement en cause la foi catholique, l’évolution de l’homme et du monde étant alors reconnue comme voulu par Dieu, comme la création complexe du Divin. De la même façon, les juifs ont toujours fait une lecture symbolique de la Bible et des Psaumes. Dieu a toujours usé –presque abusé- de symboles, de détours et il n’y a guère de raison qu’il ait agi différemment en inspirant le récit de la Genèse.
Mais si ni les juifs, ni les catholiques ne sont créationnistes, d’où vient que la troisième religion monothéiste et qu’une « branche » du christianisme le soient devenues ? On a dit que cela tenait à leur lecture de la Bible. Mais en quoi peut-elle être différente ?

Charles Darwin (1809-1882).
Charles Darwin (1809-1882).

Le protestantisme est une religion née d’une dissension au sein de l’Eglise catholique. Parmi les points d’achoppement, la volonté, par les protestants, de permettre une lecture libre de la Bible. Chacun pouvait alors trouver la source de sa Foi dans une lecture non dirigée du livre sacré, ce qui, jusque-là était tout bonnement impossible, sa lecture et sa possession n’étant réservé qu’à une élite religieuse et intellectuelle. Le désir des protestants était donc que la parole de Dieu soit accessible à tous. C’est ce que l’on appel, le libre arbitre, chacun, selon eux, étant capable de puiser ses propres dogmes de Foi dans la Parole divine. Un sentiment que l’on pourrait qualifier de noble, de moins rétrograde mais qui, finalement, n’aboutira qu’à une lecture littérale de la Bible. Il n’est pas donné à tout le monde d’être théologien !
Et c’est pour exactement la même raison que la grande majorité des musulmans est créationniste. Le monde musulman est divisé en deux groupes : les chiites, qui prônent une interprétation –par des chefs religieux bien sûr- du Coran et des textes sacrés, et les sunnites, 90% du monde musulman, qui refusent catégoriquement cette possibilité. Aucun écrits ne saurait être remis en question, aucun texte ne peut donner lieu à une lecture autre que littérale. Or, pour les musulmans, l’Ancien Testament est un texte sacré –ils parlent d’ailleurs de ce de « la religion du Livre » qui comprend les trois religions monothéistes. Pour eux, donc, la Genèse ne saurait être une image ou un symbole… Et si les musulmans ne sont entrés dans la « querelle » créationnistes que récemment –aux Etats-Unis, elle a commencé en 1920-, c’est essentiellement parce que les musulmans ne vivent plus uniquement dans des pays confessant leur foi, une foi et une croyance alors mise en opposition avec les enseignements des contrées les accueillant. C’est aussi, et cela vaut pour les protestants américains ou australiens, parce que les uns et les autres sont entrés dans un processus de fondamentalisation. Mais si les médias prennent un malin plaisir à évoquer ces créationnistes –par définition rétrogrades-, s’ils relèvent volontiers leur acharnement, parfois leur violence, il est certain que la communauté scientifique, notamment américaine, a sa part de responsabilité en refusant tout bonnement de discuter de la chose. Car si la position des créationnistes, protestants ou musulmans, est inébranlable, certaines branches du créationnisme, telle l’ID, Intelligent Design (dessein intelligent) qui défendent la réalité d’une entité divine, sont mises au même rang que les autres, au nom de la Science. Une science qui prétend qu’il n’y a pas de réponse, juste parce qu’elle ne l’a pas trouvé…

La gloire du « Spirit of Saint Louis »

Charles Lindbergh (1909-1974).
Charles Lindbergh (1909-1974).

Voir le monde à travers le regard de Dieu, selon le mot de l’écrivain Karen Blixen : tel fut la passion du plus célèbre pilote de toute l’histoire de l’aviation, Charles Augustus Lindbergh.
Né en même temps que l’aviation, ce fils d’un parlementaire d’origine scandinave abandonne très vite ses études pour se consacrer à son rêve : voler. Mais c’est à l’occasion d’un concours qu’il acquiert la notoriété : en 1927, un hôtel parisien offre un prix de 25000 dollars au premier aviateur qui traversera l’Atlantique de New York à Paris. Le 20 mai suivant, à bord du Spirit of Saint Louis, Charles Lindbergh quitte New York et, après seulement trente-trois heures de vol, atterrit au Bourget où l’attend une foule enthousiaste : Lindbergh est entré dans la légende. C’était le 21 mai 1927.

Pie XII : « Après beaucoup de prières et de larmes »

Eugenio Pacelli, devenu Pie XII (1876-1958).
Eugenio Pacelli, devenu Pie XII (1876-1958).

On a eu beau jeu, durant des années, de critiquer le fameux silence de Pie XII. La consultation des archives du Vatican apporte cependant un éclairage nouveau -plus objectif sans doute- sur l’action de l’Église, et plus précisément de son chef, durant la Seconde Guerre mondiale. Certes, des représentants de la communauté juive avaient déjà manifesté leur gratitude envers Pie XII mais sans qu’on tienne vraiment compte de leur témoignage. Ainsi, Eugenio Zolli, grand rabbin de Rome pendant la guerre plus tard converti au catholicisme, écrivait :
Le judaïsme a une grande dette de reconnaissance envers Sa Sainteté Pie XII pour ses appels pressants et répétés, formulés en sa faveur.
Plus tard, Pinchas Lapide, ancien consul d’Israël en Italie, déclarera :
L’Église catholique sauva davantage de vies juives pendant la guerre que toutes les autres églises, institutions religieuses et organisations de sauvetage réunies. Le Saint-Siège, les nonces et l’Église catholique toute entière sauvèrent quelques quatre cent mille juifs d’une mort certaine.
De fait, et bien que le Saint-Père, alors qu’il n’était encore que monseigneur Pacelli, ait signé le concordat entre Rome et le régime du Reich, Pie XII a non seulement condamné avec violence la politique nazie mais il a œuvré, en sous-main, pour sauver les hommes. Il déclarait, dans un document publié en 1954 :
Après beaucoup de prières et de larmes, je réalise qu’une condamnation venant de moi non seulement échouerait à aider les juifs, mais qu’elle pourrait faire empirer leur situation (…). Une protestation officielle m’aurait sans doute fait gagner les louanges et le respect du monde civilisé, mais elle aurait fait subir aux pauvres juifs une persécution encore pire qu’avant.
Une rectification historique qui ne rencontrera peut-être que peu d’écho, nous en sommes conscients, à une heure où le prêt-à-penser fait des ravages, notamment dans les milieux historiques, et alors que nous voyons des artistes comme des politiques réécrire l’histoire au gré de leurs convictions…

La « révolution safran » : acte 2

Des moines bouddhistes (photo récente).
Des moines bouddhistes (photo récente).

Birmanie : le nom d’un pays magnifique, un nom associé depuis des années à son icône Aung San Suu Kyi. Depuis quelques jours, ce nom est dans tous les médias : les moines sont dans la rue, cristallisant autour d’eux, grâce notamment à l’autorité morale qu’ils représentent, la révolte sourde de toute une population. Un engagement inespéré de la part de ceux qui se voulaient, jusqu’à ces derniers jours, neutres. Un engagement qui a permis de baptiser ce mouvement du nom très médiatique de « révolution safran ». Un engagement, enfin, qui fait écho à une autre révolte des moines bouddhistes… vieille d’un siècle.
Située aux confins de l’Inde et de la Chine, de tous temps la Birmanie a fait l’objet de nombreuses convoitises, aussi bien pour son  intérêt stratégique que commercial. C’est l’Angleterre qui, bien entendu, va se révéler la plus intéressée par cette contrée, finissant, après trois guerres successives (entre 1824 et 1885) par annexer le royaume qui devient une province de l’empire des Indes. C’est là que se jouera le premier acte de la révolution safran : les moines sortent de leur passivité et engagent la lutte pour l’indépendance. Une indépendance relative, il est vrai, que le pays obtient en 1923.
L’instruction publique, la santé, l’agriculture deviendront des ministères réservés aux Birmans et, en 1937, c’est l’autonomie et le détachement des Indes qu’ils obtiennent. La Deuxième Guerre mondiale –durant laquelle la Birmanie est envahie par les Japonais- achèvera de saper la mainmise anglaise qui reconnaît l’indépendance pleine et entière du pays en 1947 et l’avènement d’une démocratie… qui s’éteint avec la prise de pouvoir par les miliaires en 1962. Un pouvoir que la junte n’a, depuis lors, jamais lâché. Coupée du monde, regardée avec une certaine indifférence par les puissances occidentales, la Birmanie ne semblait plus avoir d’espoir que dans son opposante la plus célèbre… jusqu’à ces derniers jours. Il aura donc fallu une brusque augmentation du coût de la vie –qui, naturellement, diminue les offrandes, seul moyen de subsistance des moines- pour que ces derniers, restés jusque-là dans une prudente neutralité, retrouvent l’engagement de leurs aînés. Reste à espérer que le second acte de la « révolution safran » trouve le même écho qu’il y a un siècle…

Obama ou la couleur de la peau…

Barack Obama, candidat démocrate à la présidentielle américaine.
Barack Obama, candidat démocrate à la présidentielle américaine.

Non, l’élection américaine ne se jouera pas sur le critère de la race ! Obama est noir ? Et alors ! C’est en tous cas ce que l’on ne cesse de nous asséner depuis des semaines, des mois. Pourtant, rien n’est plus faux. C’est même tout le contraire. Obama ne sera pas le candidat de certains Américains, non parce qu’il est démocrate, non parce qu’il n’a jamais eu de postes « à responsabilité » internationales. Obama ne sera pas le candidat de ces Américains-là parce qu’il est noir. Et qu’ils n’imaginent pas la patrie de Washington et de Lincoln gouvernée par un Noir. Mentalité raciste ? Mentalité raciale plutôt… Exactement la même mentalité, le même critère qui inspirera nombre de ceux qui voteront Obama.
L’évident engouement qui s’est emparé des médias, américains comme européens, des hommes politiques –notamment français-, des « élites » du monde occidental a tout à voir avec la couleur de peau de monsieur Obama. C’est parce qu’il est Noir qu’ils le soutiennent ; parce qu’il est Noir qu’ils en ont fait « leur candidat » et cela avant même que le sénateur de l’Illinois ait gagné les primaires.
Les députés français qui, interrogés par les médias français, se sont majoritairement prononcés en faveur de monsieur Obama ne connaissaient rien de son programme, ne faisaient guère de différence avec Hillary Clinton… sauf pour la couleur de sa peau. De la même façon, le ralliement du républicain Powell au candidat démocrate, après celui de toutes les élites noires de ce pays, apparaît comme un signe, un symbole fort : celui d’une Amérique noire unie pour élire son président noir. Quelle image pour le monde ! Quelle revanche pour les Noirs américains ! Quel dommage pour monsieur Obama ! De fait, s’il est élu, Obama sera toujours taxé de n’avoir remporté cette élection que par son image, par un effet de discrimination positive ou encore par remord d’une certaine Amérique. Et c’est bien dommage car cet homme, certainement, possède de grands talents… qui s’effacent, qui disparaissent à cause de la couleur de sa peau. Une couleur de peau qui, le 4 novembre prochain, qu’on le veuille ou non, sera ce qui comptera le plus dans cette élection, que ce soit dans un sens ou dans un autre…