Gettysburg : un tournant sanglant

Le général Robert Edward Lee (1807-1870)

À l’aube du 1er juillet 1863, les armées sudistes et nordistes se font face, prêtes à l’attaque. Le choc sera sanglant et la bataille durera trois jours entiers…
La guerre de Sécession, qui ravage les États-Unis de 1861 à 1865, a pour lointaine origine les différences profondes entre l’économie du sud et celle du nord du pays. Alors que le Nord s’industrialise et entend instaurer une politique protectionniste, le Sud reste avant tout un pays agricole, cultivant en majorité du coton et dont la monoculture est entièrement tournée vers l’étranger.
De divergences en controverses, le Nord et le Sud vont finalement en arriver à la guerre civile avec la question de l’esclavage.
Le Nord est abolitionniste, ce qui est certes fort honorable mais surtout plus aisé quand l’économie de l’État ne repose pas sur l’esclavage, comme pour les États du Sud. Le premier État à brandir l’étendard de la révolte sera la Caroline du Sud, après l’élection de l’abolitionniste Abraham Lincoln à la présidence.
Lorsque la guerre civile éclate, en 1861, Jefferson Davis, à la tête de onze États, fonde la Confédération. Face à elle, les Nordistes sont deux fois plus nombreux et surtout bien mieux armés. Les premiers combats seront pourtant à l’avantage des Confédérés… jusqu’à la terrible boucherie de Gettysburg. Le général sudiste Lee tentait alors d’envahir le Nord pour la seconde fois, il marchait sur Washington quand il fut arrêté à Gettysburg.
Dès lors, l’initiative passe aux soldats de l’Union, les Nordistes, qui finiront par l’emporter en 1865.

Stauffenberg : l’orgueil d’une nation

Claus von Stauffenberg (1907-1944).
Claus von Stauffenberg (1907-1944).

20 juillet 1944, le colonel de la Wehrmacht, Claus von Stauffenberg pénètre dans la salle où doit se tenir une réunion entre le Führer et quelques hauts responsables du régime. Chef d’état-major du général Fromm, il a tout loisir d’y déposer une serviette. Celle-ci contient une bombe qui doit exploser durant la réunion. C’est l’opération Walkyrie. Son but : éliminer Hitler, Gœring et Himmler. Par deux fois déjà, l’opération avait été annulée en raison de l’absence de l’un ou l’autre. Cette fois, le trio visé est bien là. La bombe explosera… Lorsque la poussière se dissipe, Hitler, titubant, légèrement brûlé et portant des blessures légères, sort des décombres de la pièce. Himmler et Gœring s’en sortent également. L’opération a été un échec et elle va déclencher la colère du Führer qui lance une véritable campagne d’épuration au sein de la Wehrmacht. Il faut dire que depuis 1938, nombreux étaient les officiers craignant une dérive du régime. Nombreux avaient été ceux qui s’étaient élevés contre une guerre européenne, guerre qui, au final, ne pouvait conduire l’Allemagne qu’à la destruction. Nombreuses, enfin, avait été les tentatives d’attentats contre le Führer. L’opération Walkyrie, qui apparaît comme une tentative désespérée d’arrêter le massacre, reste la plus célèbre. Elle sera aussi la plus durement réprimée. Stauffenberg, depuis toujours opposé au régime nazi, est arrêté et exécuté dès le lendemain avec trois de ses camarades.
Une commission spéciale, forte de quatre cents agents, est constituée avec pour but unique la traque des comploteurs. Leurs familles sont également éliminées ou envoyées dans les camps. Des officiers, parmi les plus prestigieux de l’Allemagne, sont dégradés puis pendus avec des raffinements d’horreur. Trois d’entre eux préféreront mettre fin à leurs jours. Leurs noms : Edwin Rommel, le « Renard du désert », Ludwig Beck et Henning von Trescow.
L’opération Walkyrie aura été un échec sur toute la ligne… Malgré tout, elle rappelle à tous que l’Allemagne a su, à travers ces hommes, conserver son honneur. Un honneur qu’aujourd’hui elle revendique haut et fort dans son opposition au film dont Tom Cruise doit tenir la tenir la vedette. Et c’est là tout l’intérêt de la polémique sur l’acteur scientologue : après des années d’auto-flagellation, il semblerait bien que l’Allemagne ait décidé de ne pas oublier ses héros, de ne pas nier son passé, tout son passé, y compris –et enfin- ce qu’il a de plus glorieux.

La démocratie par le sport

Un des logos édités à l'occasion des JO de Pékin.
Un des logos édités à l’occasion des JO de Pékin.

Lorsque, en 2001 la Chine fut désignée pour accueillir les jeux olympiques de 2008, le monde occidental démocrate, le monde libre a feint, avec un bel ensemble, de croire que la dictature communiste allait disparaître d’elle-même. Seuls quelques organismes, quelques mouvements réclamant la libération du peuple tibétain devaient émettre quelques doutes sur ce choix ; doutes bien vite balayés d’ailleurs. De fait, depuis huit ans, le monde entier s’est convaincu que, tout simplement, la Chine avait changé de régime. La preuve : l’explosion de son économie. Comme si les pays communistes n’avaient pas compris, comme les autres, que le pouvoir se situe désormais dans cette branche. Comme si ses dirigeants étaient prêts à abandonner une dictature si parfaitement organisée, assujettissant si parfaitement l’homme. Et il est clair que le déroulement des jeux olympiques en Chine ne pouvait qu’ouvrir un peu plus le pays vers le monde… et lui servir de sésame. La démocratie par le sport ? Certainement, certains y ont cru ! Certains ont voulu y croire parce que leurs intérêts s’en trouvaient améliorés. Et sans doute est-ce les mêmes qui ont su imposer le choix chinois lors de la sélection de 2001.
Peut-être même pourrait-on croire qu’il existe encore quelques naïfs sur cette terre… Mais la naïveté, comme les bons sentiments, est un sentiment dangereux… surtout pour les autres. Car si les JO étaient une fenêtre économique de plus pour la Chine, ils étaient également, pour tous les opposants au régime chinois, une ouverture à ne pas laisser passer. Combien ont payé, depuis huit ans, le choix du comité olympique ? Combien, connaissant la versatilité des sentiments démocratiques des bien-pensants -toujours à la dernière mode-, ont attendu la veille du grand événement pour que leur action ait un impact minimum ? Combien, enfin, ont pris tous les risques, les derniers risques, pour tenter d’alerter le monde sur une situation qui, miraculeusement, avait presque tourné à l’idéal ?
La situation au Tibet -pays qui, depuis le XVIIIe siècle, est passé sous domination chinoise puis anglaise avant de retrouver la Chine communiste- paraît soudain alerter le monde. Et c’est certainement grâce -ou à cause de- la diaspora tibétaine que le monde libre découvre avec horreur et stupeur que la Chine est toujours soumise à un régime répressif. De fait, les Tibétains et leurs soutiens sont passés maîtres en communication et sauront sans doute exploiter cet événement au maximum. Mais cela suffira-t-il comparé aux énormes enjeux économiques. Cela aidera-t-il aussi les opposants chinois, qui n’ont certainement pas droit à la même publicité ni au même soutien que les Tibétains, peuple devenu symbolique et martyr chez les adeptes de la bonne conscience ? Peu importe d’ailleurs car, au final, tout le monde sera perdant. Tout cela parce que quelques "esprits éclairés" auront voulu croire aux vertus de la démocratie par le sport…

Assassinat d’Abraham Lincoln

Le président Abraham Lincoln (1809-1865).
Le président Abraham Lincoln (1809-1865).

Quand la guerre de Sécession éclate aux États-Unis, en avril 1861, Abraham Lincoln vient à peine d’être élu président. A l’orée de ces combats qui vont durer quatre ans, les forces en présence sont inégales : vingt-trois millions d’habitants pour le Nord, l’Ouest et les États du Sud restés fidèles à l’Union contre neuf millions -dont 40 % d’esclaves- pour le Sud. Malgré une résistance acharnée, les troupes sudistes, à bout de ressources, subissent de terribles revers, notamment à Gettysburg et à Richmond. Le 9 avril 1865, leur commandant en chef, le général Lee, se rend aux forces fédérales, mettant ainsi fin à la guerre de Sécession. Mais au moment où le pays n’a jamais eu autant besoin de refaire son unité et de réintégrer en douceur les États vaincus dans l’Union, il perd le seul homme capable d’assurer au mieux cette double tâche.
Cinq jours après la reddition du général Lee, le président Abraham Lincoln est assassiné par un fanatique, John Booth. Assassinat aux conséquences dramatiques : le programme de « reconstruction » élaboré par Lincoln et destiné à réconcilier la nation américaine avec elle-même sera profondément modifié par son successeur, le général Grant.

Nicolas Ier… le Grand ?

Statue en pied de Louis XIV jeune.
Statue en pied de Louis XIV jeune.

Le travail de l’historien consiste, en grande partie, à faire des parallèles entre différentes périodes du passé ou entre passé et présent. Avouons-le tout de suite, il y a des parallèles plus évidents que d’autres ou même plus amusants. Quoi que…
Le 9 mars 1661, Louis XIV a 23 ans lorsqu’il déclare à ses ministres :
-Le cardinal de Mazarin est mort, messieurs les ministres ; c’est à moi que vous vous adresserez désormais. Je veux, à l’avenir, gouverner moi-même le royaume [ … ] Et s’il arrive que j’ai besoin de vos conseils, je vous en demanderai.
Des paroles de roi que l’on pourrait, presque mot pour mot, mettre dans la bouche du premier des Français.  
Et le parallèle ne s’arrête pas là, il s’étend même à tout le système de gouvernement, les ministres jouant le rôle des grands commis d’Etat, les parlementaires celui de la noblesse, tour à tour flattée ou rabrouée, cantonnée dans un rôle de représentation avec, parfois, un titre ou une distinction.
Autant d’os à ronger alors que la noblesse du grand siècle était totalement écartée du pouvoir, placée constamment sous l’œil du maître dans une cage dorée nommée Versailles. Nous n’en sommes pas là ? Peut-être mais il apparaît que le Parlement actuel, appelé à enregistrer, presque les yeux fermés, les décisions présidentielles, finit par s’adonner à l’oisiveté –certains députés trouvent même à travailler ailleurs-, par bruisser de rumeurs de cour…

Mais qu’est-ce qui effraie tant monsieur Darcos ?

Xavier Darcos, actuel ministre de l'Education nationale.
Xavier Darcos, actuel ministre de l’Education nationale.

Qu’est-ce qui effraie tant monsieur Darcos ? Monsieur Darcos et nombre de ses prédécesseurs d’ailleurs qui se voient proposer, maintenant, d’écrire eux-mêmes les programmes d’histoire ! Cela semble incroyable ? En fait c’est presque naturel tant l’histoire est un sujet sensible, une matière apte à la propagation d’idées, voire d’idéaux. Les pseudos historiens du XIXe siècle, ceux de la lignée de Michelet, ceux que Jules Ferry cautionnera, sont de cette école. Leur but, alors, la réécriture de l’histoire, notamment médiévale et monarchique, dans le but de promouvoir l’idéal révolutionnaire mais aussi patriotique. Exagérations, mensonges, inventions : tout est bon pour salir les principes féodaux, religieux des siècles précédents. Tout est bon pour faire des quelques mille ans qui constituent le Moyen Age une période sombre, obscure même. Tout est bon pour présenter les souverains de la Renaissance et des Lumières comme des monarques décadents, oppressifs. Etre historiens, au XIXe siècle, c’était faire œuvre de propagande ! Et il faut croire que rien n’a vraiment changé. A une exception près cependant : si les historiens que XXe siècle n’ont guère eu de mal, pour peu qu’ils s’y soient attachés, à revenir sur les " vérités révélées " du siècle précédent, c’est que la loi, déjà, le leur permettait. Une leçon semble-t-il pour les néo-propagandistes de l’histoire, ceux du XXIe siècle, qui ont pris soin d’empêcher, d’interdire toute recherche, tout débat.
D’où la question : qu’est-ce qui effraie tant les Darcos, Chirac ou autres promoteurs de la législation en histoire pour vouloir ainsi étouffer tout débat ? On se doute bien que l’An Mil, l’Inquisition ou le droit de cuissage ne sont pas en cause dans ce débat. Non, il y a autre chose en cause. Une histoire plus récente, plus douloureuse aussi et qui mériterait, plus que tout autre, d’être ouverte au débat. La cantonner dans un statu quo victimaire ne fait que renforcer l’opposition communautariste au détriment du sentiment national. C’est, en substance, ce que dénonce Elie Barnavi, historien, ancien ministre des Affaires étrangères israélien en France, lorsqu’il proclame que "l’historien ne peut pas travailler sous la menace de la loi" (Marianne n°599). Une opinion que seul un Elie Barnavi peut défendre sans être accusé de révisionnisme. Une opinion pourtant partagée par nombre d’historiens désormais interdits de penser, interdits de débattre, bref, interdits d’exercer leur métier. Des historiens révoltés par l’oppression des lois mémorielles au point de signer un manifeste Liberté pour l’histoire. Des historiens qui, manifestement, n’ont guère été entendu par le pouvoir qui confond encore histoire et mémoire et qui marque clairement son dédain des historiens en les excluant de l’enseignement de leur propre matière. Belle image de cette démocratie qu’on prétend ainsi défendre. Belle confiance aussi accordé aux historiens, comme si eux-mêmes ne savaient pas juger du travail de leurs pairs…

Proclamation de la République cisalpine

Léonard Duphot

 La République cisalpine, organisée par Napoléon Bonaparte, proclamée le 29 juin 1797 et reconnue par l’Autriche au traité de Campoformio, se composait, des pays de Bergame, du Milanais avec Mantoue de Brescia et de Crémone et de la république de Cispadane agrandie de la Valtenine.
Un officier supérieur de l’armée française, Léonard Duphot, qui s’était fait remarquer pendant la campagne d’Italie, fut chargé d’organiser les troupes de la République cisalpine. Mais, à peine Joseph Bonaparte et Duphot, entrèrent-ils dans la ville de Rome que des émeutes éclatèrent. Au cours de l’une d’elles, Duphot tomba, mortellement touché. La République cisalpine était née dans le sang…

Le fils de l’Aigle

Napoléon II, duc de Reichstadt (1811-1832).
Napoléon II, duc de Reichstadt (1811-1832).

Mil huit cent onze ! Ô temps où des peuples sans nombre
Attendaient, prosternés sous un nuage sombre,
Que le ciel eût dit oui !

Le 20 mars 1811, l’Aigle a un Aiglon, Napoléon a un fils ! Après son divorce avec Joséphine, qui ne lui donne pas d’enfant, Napoléon Ier épouse, en 1809, Marie-Louise d’Autriche, la fille de l’empereur François Ier, dans l’espoir d’avoir un héritier. Quand son vœu se réalise, Napoléon est ivre de joie.
Le 22 juin 1815, après les Cent-Jours, le « petit roi de Rome » devient donc Napoléon II : son père vient d’abdiquer en sa faveur. Mais la France préfère se doter d’un souverain de l’ancienne lignée, Louis XVIII et l’Aiglon devient duc de Parme. Réfugié à la cour de son grand-père, en Autriche, où il va prendre le titre de duc de Reichstadt, il mène une vie princière mais tout est mis en œuvre pour effacer jusqu’au souvenir de son père. Quand il meurt à l’âge de vingt-deux ans, le dernier espoir des Bonapartistes s’évanouit.
Plus d’un siècle plus tard, le IIIe Reich décrète le transport des restes de Napoléon II aux Invalides : l’Aiglon est allé rejoindre l’Aigle…

« Il neigeait… »

La retraite de Russie (gravure du XIXe siècle).
La retraite de Russie (gravure du XIXe siècle).

Le 14 septembre 1812, la Grande Armée atteint Moscou. Avides de repos, les soldats de Napoléon pensent trouver l’abondance dans ces édifices, « tous couverts d’un fer poli et coloré », raconte Ségur.
Un rayon de soleil faisait étinceler cette ville superbe de mille couleurs variées. Napoléon s’arrêta lui-même, transporté de joie. Une exclamation de joie lui échappa.
Mais la stupeur remplace la joie : Moscou est déserte… Rostopchine l’a vouée aux flammes. Trois jours, il faudra trois jours pour que l’incendie dévaste totalement la capitale russe et fasse fuir les Français.
Le 17 septembre, le rêve moscovite de l’Empereur s’est évanoui, comme l’a si bien décrit Hugo :
Il neigeait. On était vaincu par sa conquête.
Pour la première fois, l’aigle baissait la tête.
Sombres jours ! L’Empereur revenait lentement,
Laissant derrière lui brûler Moscou fumant.
Il neigeait.

Les « colonnes noires » de Sherman

William Tecumseh Sherman (1820-1891).
William Tecumseh Sherman (1820-1891).

Il est des hommes célèbres, des guerriers, qui ne marquent les mémoires que par les ravages qu’ils ont fait. C’est le cas de Hoche, c’est également celui de Sherman.
Sorti de l’académie militaire de West Point en 1840, William Tecumseh Sherman consacre treize années de sa vie à la carrière militaire avant de se reconvertir dans le civil. Acteur de la pacification de la Floride, il contracte un "beau" mariage et devient banquier à San Francisco. Lorsque débute la guerre de Sécession, Sherman réintègre l’armée mais comme directeur de l’Académie militaire de Louisiane. Ce n’est qu’en 1863 qu’il reprend réellement du service en prenant la tête du 15e corps d’armée du Tennessee avec lequel il se distingue aux batailles de Vicksburg et de Chattanooga. En 1864, il est nommé commandant de l’armée du sud-ouest et c’est en tant que tel qu’il commet un premier fait d’armes malheureux : en septembre 1864, Sherman enlève la ville d’Atlanta aux armées sudistes et livre la ville aux flammes deux mois plus tard. Un épisode rendu célèbre par les images d’Autant en emporte le vent et qui fait entrer Sherman dans l’histoire.
Dès lors, rien ne semble devoir arrêter Sherman, aussi bien dans sa marche glorieuse que dans sa politique de terre brûlée. De fait, sa progression vers la mer et à travers la Géorgie ne sera qu’un long cortège de destructions, de dévastations. En vingt-cinq jours à peine, il fait parcourir pas moins de cinq cents kilomètres à une armée de 65 000 hommes. De Savannah, il poursuit sa route et répand la terreur dans toute la Caroline du Sud, forçant finalement à la reddition le général Johnston. La fin de la guerre (1865) suit de près ce dernier haut fait et Sherman, qui aurait pu être rendu à la vie civil, poursuivra sa carrière militaire comme commandant en chef de l’armée américaine de 1869 à 1884. Il mourra sept ans plus tard, à soixante-et-onze ans.