L’épopée de Marie-Caroline

Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, duchesse de Berry (1798-1870).
Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, duchesse de Berry (1798-1870).

Veuve de Charles de Berry et mère du duc de Bordeaux, Henri, dernier espoir des légitimistes, Marie-Caroline de Berry accompagne Charles X dans son exil anglais en 1830. Cependant, contrairement à son beau-père, la jeune duchesse de Berry est loin de s’avouer vaincue : son fils a droit au trône de France et elle a l’intention de le reprendre à cet usurpateur de Louis-Philippe !
Elle met donc un plan au point, rallie ses partisans et débarque en Provence en 1831. Et l’aventure commence… mal ! Les Marseillais sont assez peu convaincus par l’enthousiasme de la duchesse de Berry : elle quitte donc rapidement la Provence et gagne la Vendée. Là, elle en est persuadée, la région toute entière marchera bientôt derrière elle. Mais Marie-Caroline semble oublier que les Français en ont assez des guerres et des luttes intestines : seuls quelques acharnés sont prêts à la suivre. Le 30 mai 1832, elle a cinq cents hommes sous ses ordres, conduits par Charette et La Roberie : ils se font massacrer…
L’insurrection a échoué, la duchesse de Berry est recherchée. Elle se réfugie à Nantes, où elle reste cachée pendant plus de quatre mois.
Mais, le 7 novembre 1832, la maison, désignée par un traître, est investie par les gardes nationaux. La duchesse et ses compagnons se cachent durant des heures derrière la cheminée. Quand les soldats y font un feu, ils sont obligés de se rendre…
C’est ainsi que se termine l’aventure de Marie-Caroline de Berry. Héroïque ou bien imprudente, la duchesse était surtout totalement aveuglée par son but et son périple ne pouvait qu’échouer. Son fils ne sera jamais Henri V, roi de France…

Petiot, le « Docteur Satan »

C’est dans le Paris de l’Occupation que se déroule le dernier des crimes célèbres de ce numéro. Une époque troublée qui va servir de théâtre aux fantasmes de l’un des plus grands criminels de l’histoire de France. L’histoire du docteur Petiot, si admirablement relatée dans le film éponyme, avec dans le rôle titre Michel Serrault, est étroitement liée aux événements de la Seconde Guerre mondiale, d’où la difficulté du sujet. Dans cet article, l’auteur relate les faits tels qu’ils nous sont connus mais trop de questions n’ont toujours pas trouvé de réponses.
Le 11 mars 1944, un habitant de la rue Lesueur prévient les pompiers ; un incendie semble s’être déclaré dans la cheminée d’un immeuble abandonné, au numéro 21 de cette rue cossue située dans le XVIe arrondissement. Une odeur pestilentielle de chair brûlée flotte dans l’air devenu irrespirable. Le propriétaire, un certain docteur Petiot, a été prévenu mais il tarde à venir. Les pompiers décident donc de pénétrer sans plus attendre dans l’immeuble.
Tout semble à l’abandon sauf une cave et une cuisine qui débouche sur une cour intérieure. En traversant la cour, les pompiers entrent dans un petit bâtiment comprenant un bureau, un couloir et un réduit sans fenêtre qui ressemble étrangement à une cellule. À côté, un cellier sert de débarras. Au fond, dans un angle de la pièce, les pompiers découvrent avec horreur des troncs humains, des bras et des jambes en vrac… La cheminée, pleine jusqu’à la gueule de membres humains divers, fonctionne à plein régime.
L’alerte est immédiatement donnée et c’est au commissaire Massu qu’est confiée l’enquête. Mais alors que la rue Lesueur est en effervescence, personne ne remarque la sombre silhouette qui s’éclipse à la vue des policiers…
Le lendemain, le commissaire Massu se rend au domicile du propriétaire, rue Caumartin. Sa femme est là pour répondre aux questions des policiers :
-Mon mari ? Non, il est absent. Il a été appelé hier. Sans doute un accouchement difficile…
Petiot ne reparaîtra plus…
Ce « bon docteur » Petiot
Né en 1897 à Auxerre, Marcel Petiot apparaît très tôt comme étant un enfant très intelligent mais souvent difficile. Renvoyé deux fois, il finit par étudier tout seul et passe son bac à dix-huit ans avec succès. En 1916, Marcel s’engage au 98e R.I.. La guerre, pour lui, sera vite un lointain souvenir : légèrement blessé au pied, il est examiné par des psychiatres lors de sa convalescence qui le déclarent mentalement déséquilibré et enfin le réforment.
Profitant des avantages donnés aux Anciens combattants, il entreprend des études de médecine qu’il achève brillamment en 1921. Trois ans après, il s’établit à Villeneuve-sur-Yonne.
Ce jeune docteur plaît beaucoup : il est vif, dynamique, amusant même, quoiqu’un tantinet cabotin. Surtout, il sait être « compréhensif » pour les jeunes filles imprudentes et soigne bien volontiers les pauvres gens pour presque rien… Ah ! Ce bon docteur Petiot ! Plus tard, on découvrira qu’il inscrivait en cachette ses patients à l’assistance médicale et détournait leurs prestations…
En 1926, la jeune bonne de Petiot, Louise, déclare, un peu trop fort, être enceinte des œuvres de son employeur. Mauvais point ! D’autant que Petiot compte entamer bientôt une carrière politique. Et c’est alors que, curieusement, la jeune Louise disparaît…
Quelques bruits courent, on découvre aussi d’étranges disparitions d’argent ou d’objets précieux après les visites du docteur, mais c’est insuffisant pour ébranler les consciences et Petiot est élu maire de Villeneuve-sur-Yonne l’année suivante. Tout sourit au brave docteur qui épouse la fille d’un riche charcutier d’Auxerre et qui est élu secrétaire général du département de l’Yonne, en 1928.
Des rumeurs persistantes

En mars 1930, la police découvre le corps à moitié calciné de Madame Debauwe, gérante de la coopérative laitière de Villeneuve-sur-Yonne. Elle a été achevée à coups de marteau et la laiterie a été incendiée. La veille, elle avait encaissé la somme de deux cent quatre-vingt mille francs…
Les rumeurs persistent. On insinue qu’elle était la maîtresse du docteur Petiot et un certain Frascot affirme même l’avoir vu rôder vers la laiterie peu avant le début de l’incendie. Petiot est bien soupçonné… mais seulement soupçonné. Les preuves manquent et le témoin meurt, fort opportunément, il faut le reconnaître. Frascot sortait d’ailleurs d’une visite chez le médecin quand il a été foudroyé par une crise cardiaque. C’est du moins ce qui est inscrit sur le permis d’inhumer signé par ce même médecin… c’est-à-dire Marcel Petiot !
Ces indices sont insuffisants pour la police mais la population, elle, ne tarde pas à réagir : Petiot, qui vient aussi d’être condamné pour vol d’électricité, est révoqué de ses fonctions de maire. Les rumeurs persistantes le poussent à abandonner aussi son cabinet. En 1933, il s’installe à Paris.
Cet intermède bourguignon permet cependant à Petiot de « prendre ses marques » ; c’est pour lui une sorte d’entraînement. Il est déjà escroc et assassin. Plus tard, il ne fera jamais que développer ces activités à une plus grande échelle…
Petiot s’installe donc avec sa petite famille dans un hôtel particulier de la rue Caumartin et s’adonne dès lors à la médecine « de pointe ». C’est que notre bon docteur est un véritable génie, un inventeur, un « médecin-miracle », comme il le sous-entend dans la publicité dont il inonde tout le quartier :
Vous êtes prié de bien vouloir noter que le cabinet médical, tenu précédemment au premier étage, 66, rue Caumartin, sera désormais  occupé par le Dr Marcel Petiot, diplômé de la Faculté de Médecine de Paris en 1921, Conseiller général de l’Yonne, ex-interne de l’hôpital, directeur de clinique, médecin-chef de l’Office médical de la Seine.
Ce cabinet, en plein centre de Paris, vous offre toutes facilités d’accès (autobus, métro : stations Saint-Lazare et Caumartin).
Il comporte les matériels des plus modernes et des plus perfectionnés, avec rayons X, UV, UR, et radiothérapie superficielle ou même profonde, laboratoire de galvanisation, ionisation, ergothérapie, diathérapie (toutes fréquences, ondes courtes à grande puissance, fièvre artificielle, bistouris électriques, outillage chirurgical, œnothérapie, aérothérapie, etc.).
Le docteur Petiot fut le promoteur en 1921-1923 d’une technique parvenant à supprimer complètement les douleurs dans les accouchements, sans anesthésie générale ou régionale et sans instrument dangereux. Cette méthode permet la suppression de la douleur dans les affections les plus pénibles (sciatique, rhumatisme, névralgie, zona, névrite, ulcération, cancer).
Auteur d’ouvrages originaux sur les maladies nerveuses et leurs traitements modernes (spécialement des affections à crises périodiques et cures de désintoxication).
Créateur, avec un physicien connu, d’un matériel et d’une technique permettant la guérison de toute tumeur non généralisée ou affectant des organes vitaux (ganglions externes ou internes, loupes, lipomes, polypes, végétations, verrues, taches rouges, goitres, déformations, tatouages, cicatrices, etc. et même fibromes et tumeurs malignes ou cancers, même profonds).
Le docteur Petiot vous sera parfaitement reconnaissant de bien noter dans vos annuaires, son adresse : 66, rue Caumartin Paris IXe, ainsi que son numéro de teléphone : PIG 7711.

Et évidemment, comme souvent pour les charlatans les plus audacieux, les résultats ne se font pas attendre ! Petiot se constitue ainsi une clientèle solide et remplit son compte en banque tout en satisfaisant sa mégalomanie : il achète deux propriétés en province et un hôtel particulier… rue Lesueur.
C’est en 1936 que se situe un petit intermède qui nous donne un indice supplémentaire sur la personnalité du docteur. Le 4 avril de cette année-là, Petiot est pris en flagrant délit de vol à l’étalage à la librairie Gibert, dans le Quartier latin. Face aux juges, il déclare avec emphase qu’un « génie ne se préoccupe pas de basses choses matérielles ! » Bien sûr, dans l’histoire, le génie c’est lui. Peu impressionné par ce mégalomane, les juges l’envoient faire une cure de sept mois dans un hôpital psychiatrique. Simple péripétie qui ne mettra guère fin à la carrière de ce mythomane. À sa sortie, en février 1937, Petiot reprend ses activités et obtient même la charge de médecin d’État civil du IXe arrondissement !
Le réseau du docteur Eugène

Paris sous l'Occupation
Paris sous l’Occupation

En 1939, la guerre éclate et l’année suivante Paris est occupé par les Allemands : ce sera l’occasion pour Petiot d’assouvir tous ses instincts…
Il achète donc l’immeuble de la rue Lesueur qui, avant de servir d’officine du crime, sera un lieu de trafic. En effet, Petiot, comme toujours, utilise tous les moyens pour s’enrichir et il s’adonne, bien qu’à une petite échelle, à la vente de drogue. C’est aussi à cette époque que Petiot commence les travaux de la rue Lesueur. Sait-il déjà à quoi lui servira cet immeuble ? Toujours est-il qu’il fait construire un mur dans la cour intérieure, afin d’échapper à la curiosité de ses voisins, et qu’il aménage la « cellule » où périront ses victimes : une porte que l’on ne peut ouvrir que de l’intérieur, une fausse porte et un judas, installé de façon à voir ce qui se passe dans la pièce.
Fin 1941, un voisin du médecin, Joachim Guschinow, un fourreur juif, confie à son cher ami Petiot qu’il aimerait quitter la France. Le médecin peut-il l’aider ? Ne connaît-il pas, ainsi qu’il l’a laissé entendre, un réseau qui lui permettrait d’échapper aux nazis ? Petiot saute sur l’occasion et se présente même comme… le chef du réseau d’évasion :
-Prenez tout ce que vous avez de valeur, ce sera ça de moins pour les boches. Dans quelques semaines vous serez en Argentine et alors… à vous la belle vie !
Le 2 février 1942, Guschinow se rend rue Lesueur avec des diamants cachés dans ses vêtements d’une valeur de deux millions de francs. Jamais plus il ne réapparaîtra…
Quelques semaines après, Jean-Marc Van Brever, un toxicomane notoire qui avait dénoncé Petiot comme trafiquant de drogue, disparaît. Ensuite c’est le tour d’une Madame Khayt, qui avait refusé d’être impliquée dans une des « magouilles » de Petiot.
Cependant ces victimes-là ne sont « qu’accidentelles ». Un véritable vivier est à sa portée : les juifs -les riches bien sûr- qui tentent de fuir la France occupée. En juin 1942, Petiot monte son « réseau » clandestin : il devient le docteur Eugène. À la même époque, disparaît Paul Braunberger, un médecin, suivi le mois suivant de la famille Kneller, le père, la mère et le petit René, âgé de huit ans à peine. En janvier 1943, Petiot lance les « tarifs de groupe » : quatre couples, les Basch, les Woolf, les Stevens et les Anspach « s’embarquent » à leur tour…
Dans les mains de la Gestapo
À cette clientèle choisie, s’ajoutent quelques malfrats, heureux de se « mettre au vert » pour quelque temps. Parmi eux, François Albertini, dit le Corse ; Joseph Réocreux, dit aussi Jo le Boxeur, accompagné de ses deux « gagneuses » : Claudia Chamoux, dite Lulu, vingt ans de métier, et Annette Petit, une mineure. Puis c’est le tour de Joseph Piéreschi, dit Zé, d’Adrien Estébétéguy, le Basque, de Paulette Grippay, dite la Chinoise, et de Gisèle Rossmy. Ce petit monde, qui trempe avec bonheur dans le proxénétisme et qui n’hésite pas, le cas échéant, à donner un petit « coup de main » à la Gestapo, disparaît donc grâce aux bons soins du docteur Eugène, moyennant cent mille francs par tête.
Le réseau de Petiot connaît un franc succès ! Un peu trop même, puisque la Gestapo commence à avoir de sérieux soupçons. Elle décide donc de piéger ce fameux docteur Eugène. En mai 1943, la Gestapo extirpe Yvan Dreyfus de sa cellule à Compiègne afin qu’il infiltre le réseau du docteur Eugène. De son côté, Dreyfus compte « semer » la Gestapo et utiliser le réseau pour fuir vers l’Amérique du Sud. Le jeune industriel remonte donc toute la filière, passant par les « rabatteurs » habituels de Petiot, un maquilleur de théâtre et un coiffeur de la rue des Mathurins. Il rencontre finalement le docteur Eugène et… disparaît dans le charnier de la rue Lesueur en mai 1943. C’est Béretta, un autre « bouc émissaire » qui fera tomber Petiot. Ce dernier est arrêté le 21 mai 1943 par la Gestapo et conduit à la prison de Fresnes.
Pendant huit mois, Petiot subit la torture et les interrogatoires sans fin de la Gestapo… en vain. Jamais, il n’avouera quoique ce soit. À partir de cet épisode sanglant, il se forgera le mythe du grand résistant, mythe qu’il saura exploiter le moment venu…
Trahi par son écriture

Avis de recherche concernant Petiot et sa femme
Avis de recherche concernant Petiot et sa femme

Libéré le 8 février 1944, le médecin décide alors d’effacer les preuves de ses crimes, c’est-à-dire les cadavres. Quand la Gestapo l’avait arrêté, elle ignorait l’existence de l’immeuble de la rue Lesueur mais les choses peuvent changer… Petiot s’active donc, avec les conséquences que l’on sait, c’est-à-dire la découverte du charnier le 11 mars 1944 et… la disparition du docteur Eugène !
Malgré les recherches frénétiques de la police, Petiot demeure introuvable. Et la plus grande difficulté de la police n’est pas de déterminer l’identité du meurtrier mais bien celle des victimes ! En attendant l’arrestation de Petiot, les policiers accumulent les preuves. Ainsi on découvre quelques quarante-sept valises confiées par celui que la presse appelle désormais le Docteur Satan à un couple habitant l’Yonne. La police espère déterminer, grâce aux vingt-six sacs à mains, aux vingt-et-un manteaux de laine, aux trente-trois cravates, aux quatre-vingt-six chaussures, aux soixante-dix-neuf robes, bref, grâce aux mille sept cent soixante pièces d’habillement, le nombre des victimes, leurs classes sociales et aussi, éventuellement, leurs identités…
Le 19 septembre 1944, soit sept mois après, un journaliste en mal de copie, Jacques Yonnet, publie un article sous le titre : « Petiot soldat du Reich ». L’article fait mouche : le mois suivant, le journal Résistance publie un droit de réponse… du docteur Petiot lui-même. On l’accuse de collaboration, lui un authentique résistant !
Dans les milieux policiers aussi bien que militaires, c’est le branle-bas ! D’après la lettre-réponse, il est clair que le Docteur Satan se cache dans les rangs de la Résistance et à Paris même. Une autre enquête commence, minutieuse. On prend des renseignements, on compare les écritures… Et c’est là que Petiot se fait prendre. Le 31 octobre 1944, le capitaine Simonin arrête le capitaine Wetterwald, alias Valéry dans la Résistance, médecin-capitaine au 1er Bataillon, alias Marcel Petiot !
Le réseau Fly-Tox

Petiot au cours de son procès
Petiot au cours de son procès

Ce n’est pourtant qu’au cours de la deuxième journée de son procès, commencé le 18 mars 1946, que Petiot se justifie. Et à un juge qui l’accuse d’avoir tué vingt-sept personnes, il répond avec emphase :
-Comment vingt-sept ? Soixante-trois, vous voulez dire !
Et qui sont ses victimes ? Des traîtres à la France, des collabos, des nazis, déclare-t-il. Car Petiot n’est pas un vulgaire assassin. Il est le chef d’un réseau de Résistance : le réseau Fly-Tox. Personne n’en a entendu parler ? Normal, c’était la guerre ! Toutes les personnes qu’il a citées comme étant ses contacts sont mortes ou inconnues ? Normal, c’était ça la Résistance !
Entourant ses « activités résistantes » d’une aura de mystère propre à dérouter, Petiot construit tout son système de défense autour de ce mythe. Car, jusqu’à preuve du contraire, ce fameux réseau Fly-Tox n’a jamais existé… C’est pourtant suffisant pour semer le doute dans l’esprit des juges et des enquêteurs. De toute évidence Petiot connaît bien la Résistance. D’où tient-il ses renseignements ? Personne ne le sait ni ne le saura jamais. Petiot a sans doute appris beaucoup de choses durant son séjour entre les mains de la Gestapo et c’est là qu’il a pris l’identité du capitaine Valéry. Mais certaines des révélations qu’il fait à ses juges ont de quoi laisser perplexe…
Petiot a beau se défendre d’avoir tué « pour la France », il n’en reste pas moins que certaines de ses victimes, comme Yvan Dreyfus ou même le petit René Kneller, que l’on peut difficilement accuser de collaboration, étaient parfaitement innocentes. Les juges ne s’y laisseront pas prendre. Petiot est un psychopathe. Il a seulement profité de toutes les opportunités que cette période troublée lui fournissaient.
Le 4 avril 1946, à minuit dix, malgré une défense brillamment menée par maître Floriot, le docteur Marcel Petiot est reconnu coupable de vingt-quatre des vingt-sept meurtres qui lui sont reprochés. Pour cela, il est condamné à la peine capitale.
La sentence est appliquée dans la cour de la prison le 25 mai 1946. Jusqu’au bout, Petiot -et il sera bien le seul- aura espéré une grâce présidentielle et aura proclamé qu’il avait agi pour la France. Il n’aura rien perdu de sa morgue et de son emphase. Le couperet tombe à 5h05.
Petiot a emporté ses secrets dans la tombe. L’argent ? Disparu ! Deux cents millions évanouis ! Deux cents millions pour vingt-quatre vies humaines. Quant à la vérité, nous ne la saurons sans doute jamais.

Landru : le sieur de Gambais

Henri Désiré Landru (1869-1922) lors de son procès.
Henri Désiré Landru (1869-1922) lors de son procès.

Jeanne Cuchet, veuve, 39 ans ; Line Laborde, veuve, 47 ans ; Marie-Angélique Guillin, veuve, 52 ans ; Berthe-Anna Héon, veuve, 55 ans ; Anna Collomb, veuve, 39 ans ; Lyane Jaume, en instance de divorce, 36 ans ; Andrée Babelay, célibataire, 19 ans ; Célestine Buisson, veuve, 44 ans ; Annette Pascal, divorcée, 36 ans ; Marie-Téhrèse Marchadier, célibataire, 39 ans.
Elles sont veuves pour la plupart, souvent d’âge mûr -si l’on excepte Andrée Babelay- et, à défaut de "prince charmant", rêvaient de s’établir, de convoler. C’est exactement ce que leur proposait Henri Désiré Landru, un homme d’apparence quelconque, petit, à moitié chauve mais qui, en ces années 1914-1919, avait le mérite de ne pas être au front, de ne pas être mort. Il est certain que la "carrière criminelle" de Landru aurait été toute autre sans cette guerre qui devait laisser le pays exsangue, ses fils dans la boue des champs de bataille. Le nombre d’hommes est alors plus que réduit alors que celui des veuves, à l’inverse, ne cessent d’augmenter. Dire que certaines femmes étaient moins "regardantes" serait trop facile. Car si Landru eut le succès qu’on lui connaît, il est certain qu’il le dut à son charme autant qu’à la situation des femmes en France pendant la guerre. Une guerre qui, simplement, devait faire quelque peu oublier la prudence généralement de mise. Une guerre qui allait révéler chez lui ses instincts les plus meurtriers.
Rien, apparemment, ne destinait Landru à être un tueur en série. Issu d’une famille modeste mais travailleuse, Henri Désiré a 22 ans lorsqu’il se marie -en 1891- avec Marie-Catherine Rémy. Elle lui donnera quatre enfants et, avec elle, il semble mener une existence des plus ordinaires. Mécanicien, comptable, vendeur, fabricant de bicyclettes : Landru enchaîne les métiers pendant dix ans avant de se tourner vres une activité plus lucrative : l’escroquerie. Mais Landru n’est pas si doué que cela : deux ans de prison en 1904, treize mois en 1906, trois ans en 1910. Tel est le "palmarès" de Landru. Assez pitoyable s’il n’y avait, déjà, une escroquerie à l’annonce matrimoniale. Ce sera la dernière arrestation de Landru. L’affaire se déroule à Lille et lui rapportera quelques 10 000 francs.
En fait, on peut sérieusement se demander ce qui va motiver réellement les crimes de Landru. En effet, en cinq ans de méfaits, après onze meurtres -en effet, le fils de Jeanne Cuchet, sa première victime, mourra également de la main de Landru-, Henri Désiré ne récoltera pas plus de 35 642 francs. Une misère au vu des risques encourus ; une misère au vu de l’investissement, en temps et en argent. Car Landru n’a pas ménagé sa peine. Lorsque la guerre éclate, en 1914, Landru est déjà sous le coup d’une quatrième condamnation par contumace ; une condamnation pour laquelle il devrait se voir infliger la relégation à Guyane. Doté d’une fausse identité, il prend la fuite, devient déserteur… et reprend ses escroqueries. Sa dernière affaire, notamment, sera le cœur de son dispositif. Amélioré.
M. 47 ans, traitement 4 000 francs et économies, allant s’établir en colonie, désire conn. Vue mariage, Dame âge indif. Situation même modeste si seule, qui consente à le suivre. Proposition sérieuse. Agence et interm. s’abstenir.
Voilà l’annonce que Landru va passer dans les journaux. C’est peu dire que l’appât va fonctionner à merveille : près de 300 femmes répondront à ses annonces. Landru, quant à lui, met sur pied une organisation méticuleuse : répondant sous 90 pseudonymes, louant 7 appartements, 2 maisons, 2 garages, il dresse des sortes de "fiches signalétiques" sur les femmes qui lui répondent. Et à celles qui l’intéresse, il renvoie une lettre, identique :
Je voudrais un amour durable, des sentiments qui puissent assurer un bonheur durable. Je suis assez indépendant pour vous déclarer, tout de suite, que, de mon côté, les conditions d’avoir financier n’entreront en rien dans le choix d’une épouse.
Une douce musique pour ces femmes. Une musique fausse comme le prouve la lecture du carnet de Landru. De fait, si cette affaire est si intéressante, a tant passionné à l’époque, c’est aussi en raison de ce fameux carnet. Un carnet sur lequel Landru notait la situation familiale, financière, le physique de ses correspondantes. Un carnet dans lequel il note toutes les dépenses, comme l’achat d’un aller et retour et d’un aller pour Gambais ; un carnet qui va devenir une pièce à conviction essentielle dans le dossier de l’accusation.
De fait, Landru aurait pu poursuivre longtemps ses méfaits si les familles des victimes de ce don Juan n’avaient fini par s’inquiéter. La famille de Madame Buisson, celle de Madame Collomb ont déjà écrit au maire de Gambais -dans les Yvelines- où leurs parentes semblent avoir disparu. Mais le fiancé de ces dames est alors un certain monsieur Fremyet… que personne ne connaît à Gambais. Le 9 avril 1919, le hasard veut que la sœur de Madame Buisson, mademoiselle Lacoste, croise le fameux Fremyet à la Samaritaine, à Paris. Elle tente de la suivre puis prévient la police… qui, deux jours plus tard, arrête un certain Guillet, alias Henri Désiré Landru dans l’appartement qu’il partage avec sa maîtresse rue Rochechouart. Dans l’appartement et dans un garage qu’il loue, la police découvre des vêtements féminins, de la lingerie, une perruque, des valises, du mobilier, des pièces d’identité -90, on l’a dit-, un fichier portant le nom de 283 femmes et des carnets de compte, minutieusement mis à jour. Interrogé, Landru garde le silence mais la découverte d’ossements carbonisés dans sa cuisinière de Gambais relance l’affaire.
Il faudra pas moins de deux ans et demi, notamment en raison du silence de Landru, pour parvenir à ficeler l’instruction. En novembre 1921, à Versailles, s’ouvre son procès. L’assistance est nombreuse tant le mythe Landru fascine. N’a-t-on pas trouvé quelques 4 000 bulletins de vote portant son nom aux dernières élections ?
La défense de Landru, admirablement soutenue par son avocat, Me Moro-Giafferi, est toujours la même : il est escroc, certes, mais d’assassinats, point. De fait, malgré l’accumulation de preuve, le manque de cadavres pose problème et engendre même le doute. C’est là-dessus que compte Moro-Giafferi qui, à la fin du procès, tente d’emporter la conviction du jury :
-Regardez cette porte, leur enjoint-il. Regardez ! Elles sont là, dans l’antichambre du prétoire ; elles attendent pour entrer ; les prétendues victimes de Landru, elles vont apparaître… La porte va s’ouvrir…
Tout tourne la tête et l’avocat de conclure :
-Vous voyez bien que votre conviction n’est pas faite !
Un coup de maître, mais un coup dans l’eau. Car son client n’a pas suivi. Tout le monde a regardé la porte… sauf lui.
Après trois heures de délibérations, Henri Désiré Landru est condamné à la peine capitale. Il sera exécuté le 23 février 1922 dans la cour de la prison.

Jackson, l’idole de l’Ouest

Andrew Jackson (1767-1845), d'après un tableau exposé à la National Gallery of Art de Washington.
Andrew Jackson (1767-1845), d’après un tableau exposé à la National Gallery of Art de Washington.

Dès l’âge de treize ans, Andrew Jackson, qui a perdu sa mère et ses deux frères durant l’occupation anglaise, prend une part active à la guerre d’Indépendance américaine. Une fois le traité de Versailles ratifié et l’indépendance proclamée, Jackson se plonge dans l’étude du droit.
Mais, malgré le traité de Versailles, l’Angleterre ne désarmait pas et, entre 1812 et 1815, Jackson eut à nouveau l’occasion de s’illustrer dans la guerre contre les terribles « Habits rouges ». Le 8 janvier 1815, il les écrase même à la Nouvelle-Orléans et conquiert la Floride…
Son action courageuse pendant le conflit avec l’Angleterre fera de lui l’idole de l’Ouest américain et contribuera sans aucun doute à son élection au poste suprême en 1829 et en 1837.

Sur la tombe de sa maîtresse

Caricature anti-boulangiste, mettant en scène le général Boulanger (1837-1891).
Caricature anti-boulangiste, mettant en scène le général Boulanger (1837-1891).

La vie et la carrière du général Boulanger pourraient être le sujet d’un roman d’aventures ; mais sa mort ne saurait dépasser le cadre des publications racoleuses…
C’est comme militaire que Boulanger se distingue d’abord : soldat de mérite, il combat vaillamment en Kabylie, en Italie, en Cochinchine et enfin durant la guerre de 1870, si bien qu’il est nommé, en 1886, ministre de la Guerre du gouvernement Freycinet. De belle allure, se montrant très ferme avec l’Allemagne, soucieux de réorganiser l’armée, Boulanger acquiert rapidement une immense popularité et rassemble autour de sa personne tous les mécontents du régime : républicains autoritaires, radicaux, bonapartistes, nationalistes et même nationalistes. Devenu une menace pour le gouvernement, Boulanger est mis à la retraite en 1888… et se lance donc dans une carrière politique. Élu député lors des élections partielles de juillet 1888, il se présente à nouveau en 1889 : il est élu dans quatre départements et à Paris. La France est dans sa main : il n’a plus qu’à marcher sur l’Élysée. Mais Boulanger tergiverse, recule, laissant au gouvernement le temps de se ressaisir. L’occasion est manquée ! Exilé à Bruxelles, le général Boulanger, qui avait su ébranler le socle de la République, se suicide, le 30 septembre 1891, sur la tombe de sa maîtresse.

La triste fin de Berthier

Ce 1er juin 1815, le maréchal Berthier tombait d’un balcon de Bamberg : maladresse, assassinat ou encore suicide ?
Fils d’un ingénieur géographe de l’armée, Louis Alexandre Berthier était né pour être soldat. À dix-sept ans, il devient officier, prend part à la guerre d’Indépendance américaine et obtient le grade de major général de la garde de Versailles. Il protègera la famille royale pendant les journées d’octobre 1789 puis, enrôlé dans l’armée d’Italie, s’attachera à Bonaparte. Dès lors, ses pas suivront avec fidélité ceux du Corse : il s’embarque pour l’Égypte et participe au 18 Brumaire.
Berthier ne s’était pas trompé en donnant son âme à Bonaparte : il devient ministre de la Guerre en 1800, est promu maréchal en 1804 puis major général de la Grande Armée en 1805. Marié à Élisabeth de Bavière, il obtient le titre de prince de Neuchâtel et de Wagram.
Docile, ponctuel, bon soldat, il était très apprécié de l’empereur. Pourtant, en 1814, Berthier s’empressera de trahir son chef pour se rallier aux Bourbons. C’est d’ailleurs durant les Cent-Jours, alors qu’il s’enfuyait avec la cour de Louis XVIII, qu’il meurt.

Kennedy ou le mythe américain

John Fitzgerald Kennedy (1917-1963).
John Fitzgerald Kennedy (1917-1963).

Il est le plus populaire des présidents américains. Il symbolise à lui tout seul l’Amérique moderne des années 60, celle qui conduira à la reconnaissance des droits des noirs, celle de la conquête des étoiles. Pourtant, si l’on regarde avec quelque attention le bilan politique de Kennedy, force est de constater qu’il paraît bien maigre au vu de la réputation de l’homme. De fait, Kennedy l’homme autant que Kennedy le politique tient avant tout du mythe historique. Un mythe qui né de l’instant où le président s’effondre, touché par une balle.
Fils d’un ambassadeur, officier de marine dans le Pacifique durant la Deuxième Guerre mondiale, journaliste, vainqueur du prix Pulitzer en 1957 pour son livre Profiles i courage, John Fitzgerald Kennedy avait décidément tous les atouts pour accéder à la plus haute fonction. Des atouts soigneusement promus, parfois même un peu arrangés par son diplomate de père, Joseph Kennedy, une sorte d’autocrate version familiale et qui avait décidé du destin exceptionnel de son fils. Pour atteindre au but, le fils deviendra la représentant du Massachussets au Congrès -de 1946 à 1953- puis au Sénat -de 1953 à 1960.
On a beaucoup écrit sur l’immense popularité de Kennedy. Pourtant, il lui faudra batailler ferme pour accéder au pouvoir suprême. Et la première étape n’était pas des moindres puisqu’il s’agissait de convaincre le Parti démocrate d’en faire son champion sur des thèmes aussi novateurs et peu porteurs que l’Alliance for progress -soit l’aide aux pays sous-développés-, l’intégration raciale, l’assistance aux vieillards. Des thèmes typiques des Démocrates outre-Atlantique… à la fin du Xxe siècle et au début du XXIe. Mais des thèmes qui, à l’époque, marquaient une réelle rupture avec les politiques précédentes. De fait, Kennedy est un homme de son temps et, cela, personne ne saurait le lui contester. Malgré tout, ce n’est guère qu’avec une avance de 120 000 voix sur 70 millions de suffrages qu’il est élu président des Etats-Unis en novembre 1960. Une élection qui fait de lui le plus jeune président des Etats-Unis ; une élection qui fait de lui le premier catholique à atteindre au poste suprême.
La présidence Kennedy sera celle du glamour, de la jeunesse et du charme. Trois aspects qui, grâce à une maîtrise parfaite des médias, vont contribuer à la légende Kennedy. Par contre, politiquement, nous sommes bien loin du héros de l’Amérique nouvelle. Certes, Kennedy ne présida que trois ans. Trois années qui ne suffiront qu’à entamer des chantiers et à essuyer quelques échecs retentissants. Ainsi sur le dossier des droits civiques des noirs, Kennedy n’ira pas plus loin que la promesse de campagne et c’est son successeur, Lyndon Johnson qui le fera voter par le Congrès (1964). Ainsi c’est également Kennedy qui allait augmenter l’aide au Vietnam, non parce qu’il était " en voix de développement" mais bien parce qu’il était un rempart à conserver contre le communisme asiatique. Une aide qui, en 1964, va se transformer en "escalade américaine" et en guerre du Vietnam. D’ailleurs il n’y a pas qu’au Vietnam que Kennedy décidera d’intervenir : en 1961, il subit l’échec cinglant de la Baie des Cochons, une tentative avortée contre le régime castriste de Cuba, et ne se révélera honorable dans sa gestion de la crise que lors de l’installation des missiles de Cuba. Rien de bien glorieux donc. Rien qui justifie l’auréole dont on a entouré le bilan politique de Kennedy, mais rien qui justifie non plus son assassinat.
C’est alors que le président est en pleine campagne pour le mandat suivant que les événements vont se dérouler.
Le 22 novembre 1963, John Kennedy et sa femme, Jacqueline, atterrissent à Dallas, Texas. Le cortège doit traverser la ville. Le président et sa femme, accompagnés du gouverneur Connaly et de son épouse sont dans une décapotable qui avance lentement, laissant tout loisir aux badauds d’applaudir le couple présidentiel. Des gardes du corps entourent le véhicule, en nombre. Peu importe, cependant, car dans cette voiture, Kennedy est une cible de choix atteignable par n’importe qui depuis l’étage d’un immeuble. Le cortège est à mi-parcourt lorsqu’un coup de feu éclate. Suivi d’un autre. Puis d’un autre. Au total 3 balles seront tirées sur la voiture présidentielle -c’est du moins la version officielle. Une atteindra Kennedy à la tête, une autre au dos et ressortira par la gorge, une autre blessera en trois endroits le gouverneur Connaly. Quelques heures plus tard, le médecin de l’hôpital de Dallas annonce au monde entier la terrible nouvelle : "The president is dead" -"le président est mort".
Désormais, Kennedy entre au panthéon des héros nationaux ; il fait l’objet d’un véritable culte… ce qui ne pouvait que fausser toute tentative d’éclaircissement de son assassinat. Car la question reste entière et la commission Warren -désignée par Lindon Johnson-, qui rejette l’idée d’un complot sudiste, castriste ou communiste ne convainc personne. Pourtant, on imagine mal le seul Lee Harvey Oswald, assassin présumé abattu deux jours après le président, décider d’un tel acte. Et si Oswald était bien l’assassin -conclusion à laquelle parviendra la commission Warren- qui a voulu la mort du président et pourquoi ? Les accointances mafieuses des Kennedy, et notamment de Joseph, père du président assassiné ; les attaques de Bob Kennedy contre cette même mafia lors de la présidence de son frère ; les velléités d’indépendance de certains services, comme la CIA ou le FBI -indépendance que le président avait dans l’idée de réduire, notamment après l’échec de la Baie des Cochons : difficile de savoir ou est le mythe et où est la vérité. Difficile de faire la part de l’histoire et celle de la légende. Pourtant ces questions échauffent les esprits, même 45 ans plus tard. Et certainement, elles continueront à le faire tant que la vérité ne sera pas dévoilée. Mais pourra-t-elle jamais l’être ?

La reine Hortense

Hortense de Beauharnais (1783-1837).
Hortense de Beauharnais (1783-1837).

Belle, intelligente, belle-fille puis belle-sœur de Napoléon Ier, reine de Hollande, mère de Napoléon III, Hortense de Beauharnais tient une place de choix dans toute l’histoire de l’Empire et sa vie est un véritable roman. Mariée de force, en 1802, au frère de l’Empereur, Louis, elle devient reine de Hollande après que Napoléon ait fait cadeau de ce trône à son cadet. Hortense doit le suivre mais c’est avec infiniment de répugnance qu’elle arrive dans son nouveau pays. Elle le quittera dès 1810, après l’abdication de Louis. À Paris, sa conduite continue de défrayer la chronique. On dit déjà que son dernier fils, Charles-Louis-Napoléon, le futur Napoléon III, est le fils du célèbre amiral hollandais, Verhuelle ! Et, selon certaines rumeurs, vraisemblablement plus fondées que les précédentes, Hortense aurait mis au monde un autre bâtard, fils du comte de Flahaut et donc petit-fils de Talleyrand.
Mais la seconde Restauration sonne le glas des frivolités parisiennes et Hortense, soupçonnée d’avoir aidé aux Cents jours, est exilée… elle ne reverra jamais la France. Installée depuis 1817 au château d’Arenberg, sur les bords du lac de Constance, elle y meurt, le 5 octobre 1837.

JFK

John Fitzgerald Kennedy (1917-1963).
John Fitzgerald Kennedy (1917-1963).

Issu d’une famille irlandaise dont la fortune avait été édifiée au siècle précédent, John Fitzgerald Kennedy se voit lancer dans l’arène politique par son père, Joseph, ancien ambassadeur des États-Unis à Londres. Ses études à Harvard, son engagement même dans la marine durant la Seconde Guerre mondiale, tout a été programmé pour faire de « Jack » un homme politique d’envergure.
Et en effet, en 1947, il est élu à la chambre des Représentants comme démocrate puis sénateur de 1953 à 1960. Candidat démocrate durant la campagne électorale de 1960, Kennedy rompt avec l’image habituelle du politicien. Jeune -il n’a que 43 ans-, dynamique, fréquentant le « gratin » intellectuel et artistique, doté d’une femme superbe : il a toutes les chances de son côté. Malgré tout, ce n’est que d’extrême justesse qu’il sera élu. Premier président catholique, plus jeune président des États-Unis, John Fitzgerald Kennedy compte aussi marquer l’histoire : il tente d’améliorer les relations américano-soviétiques -malgré l’épisode des missiles de Cuba qu’il réglera de mains de maître-, apporte un début de solutions aux problèmes raciaux et sociaux, instaure le Kennedy Round, censé ouvrir l’économie américaine au marché européen, se déclare favorable au désarmement nucléaire… tout en initiant un engagement toujours croissant du pays au Vietnam.
Tout cela, en si peu de temps, fait certainement de Kennedy un personnage marquant de l’histoire des États-Unis. Sa mort devait faire de lui un personnage de légende : le 22 novembre 1963, alors qu’il entame une tournée électorale au Texas, le président John Fitzgerald Kennedy est assassiné. Dans les jours qui viennent et pour des années, l’Amérique entière pleure un homme qu’elle a désormais placé au rang de héros.
Sa vie, encore maintenant -soit quarante ans plus tard- passionne les foules, qui se moquent bien des zones d’ombre du personnage, des rumeurs sur des liens mafieux. Encore maintenant, on s’interroge sur sa mort, sur les commanditaires de cet assassinat, d’autant que la thèse Lee Harvey Oswald ne convainc plus personne. Encore maintenant JFK est entouré d’une auréole de gloire et de perfection que rien, sans doute, ne pourra troubler.

Abd El-Kader, « sultan des Arabes »

Abd El-Kader (1808-1883)
Partis en 1830 pour une simple expédition punitive contre le dey d’Alger, les Français se retrouvent rapidement maîtres de la ville et de plusieurs ports. Limitant la présence française au littoral, Louis-Philippe favorise alors les alliances avec les chefs indigènes.
Le marabout Abd El-Kader, proclamé le 22 novembre 1832, «sultan des Arabes» par des tribus de l’Oranie, devient l’allié des Français.
Soutenu par la France, il s’empare rapidement de la plus grande partie du territoire algérien alors aux mains des Turcs et organise un État arabe unifié.
Mais, en octobre 1839, Abd El-Kader rompt les accords avec la France qu’il suspecte de chercher à étendre la colonisation et décrète la guerre sainte. La Mitidja est envahie et les colons massacrés. Alors s’engage une guerre sans merci. Adoptant les techniques guerrières de son ennemi, le général Bugeaud, qui s’appuie sur la Légion étrangère, les « Bat’ d’Af » (bataillons d’Afrique) et les spahis, prend très rapidement l’avantage. Après trois ans de guerre, le général Bugeaud contrôle la plus grande partie du pays.
Le marabout Abd El-Kader, traqué, fuit désespérément devant les Français. Le 16 mai 1843, il est pris au piège par le duc d’Aumale qui lance la charge : Abd El-Kader s’enfuit, perdant ainsi le soutien du peuple. L’Algérie se soumet rapidement et le « sultan des Arabes », réfugié en Turquie, meurt en 1883.