Brazza « l’Africain »

Pierre Savorgnan de Brazza (1852-1905) part pour sa toute première exploration en Afrique en 1875. Cet  officier de marine, Italien d’origine, à l’âme aventureuse, explore les côtes du Gabon et remonte le cours de l’Ogooué près duquel il fonde Franceville. Lors d’un second voyage, il reprend la route fluviale de l’Ogooué, atteint le Congo qu’il place sous protectorat français, fonde Brazzaville et devient, en 1886, commissaire général au Congo. Durant ces années de commissariat, il prend la défense des populations noires face au trafic de colons peu scupuleux. Nombre de députés se dressent alors contre lui  et le destituent en 1897. Déçu, amer, il meurt le 14 septembre 1905 à Dakar.

Ciano ou les regrets d’un impérialiste

Le comte Galeazzo Ciano (1903-1944).
Le comte Galeazzo Ciano (1903-1944).

Déjà, la carrière politique et militaire de Galeazzo Ciano semblait toute tracée : son père s’était distingué dans l’attaque de sous-marins au cours de la Première Guerre mondiale et avait adhéré dans la foulée au parti fasciste. En 1930, Galeazzo suit promptement les traces de son père et, tout jeune diplomate, épouse, en 1930, la fille de Mussolini, Edda. Devenu sous-secrétaire d’Etat puis ministre de la presse et de la propagande (1935), le jeune comte Ciano participe à la guerre d’Ethiopie en tant qu’aviateur puis devient, en 1936, ministre des Affaires étrangères. Un poste essentiel en cette période de bouleversement européen ; un poste qui va faire de lui le principal artisan de la politique impérialiste de l’Italie, politique consacrée, en 1939, par l’axe Rome-Berlin. Dès lors, l’Italie de Mussolini est entraînée dans le sillage de la politique belliqueuse de l’Allemagne… ce qui est justement ce que Ciano veut éviter. Le calcul est mauvais car, malgré les réticences de Ciano, l’Italie ne peut plus faire marche arrière. De fait, Ciano a bel et bien piégé son pays, s’est piégé lui-même et ses réticences ou son opposition, de plus en plus marquée, vis-à-vis de son beau-père, Mussolini, ne changeront rient à l’affaire. Sauf pour l’intéressé lui-même qui, en 1943, se voit retirer le ministère des Affaires étrangères.
Devenu ambassadeur auprès du Vatican, Ciano ne désarme cependant pas et, en juillet 1943, vote la motion qui désavoue Mussolini. La sanction sera immédiate : le gouvernement de la République italienne le fait arrêté en novembre et, en janvier de l’année suivante, il est condamné à mort. Il mourra deux jours plus tard, fusillé dans le dos, sans avoir pu réparer ce qu’il avait si magnifiquement provoqué… par amour d’une Italie grande et forte.

Baden-Powell : scout toujours !

Robert Baden-Powell (1857-1940).
Robert Baden-Powell (1857-1940).

Mon but est simple, explique Baden-Powell. Il fallait transformer les enfants en soldats. Pas des soldats pour combattre sur le champ de bataille mais pour remporter des victoires sur… la vie !
Général anglais, devenu une idole populaire après sa victorieuse défense de Maféking, durant la guerre des Bœrs, Baden-Powell met ses expériences vécues en Afrique du Sud au service de l’éducation de la jeunesse. En 1907, dans une île au large de la Grande-Bretagne, il organise le tout premier camp, invitant des groupes de jeunes à vivre en contact avec la nature, à développer leur sens de l’observation et à se soumettre à un entraînement physique particulier.
C’est la naissance du scoutisme qui connaîtra, en peu de temps, un succès mondial.
Pendant trente ans, avec l’aide de sa sœur Agnès, il assure le développement du mouvement et ce n’est qu’en 1937 que Baden-Powell, alors âgé de soixante-dix ans, met fin à ses activités. Il se retire alors au Kenya, où il meurt le 18 novembre 1940.

Mustapha Kemal : un héritage perdu ?

Mustapha Kemal Atatürk (1881-1938).
Mustapha Kemal Atatürk (1881-1938).

Depuis la bataille de Lépante (1571), symbole du réveil de la résistance européenne à l’avancée ottomane, l’empire des sultans d’Istanbul ne cessait de perdre de son influence, de ses possessions. Au point qu’au XIXe siècle, Bismarck avait du intervenir pour enpêcher la Russie d’anéantir totalement la Turquie. De fait, au XIXe siècle, l’immense Empire ottoman n’est plus qu’un vague souvenir et les sultans ont toutes les peines du monde à conserver l’indépendance de la Turquie elle-même. En 1880, avec la création de l’administration de la Dette publique, l’économie turque passe presque entièrement sous la tutelle des Français et des Anglais. Une situation de quasi soumission qui, comme de juste, allait avoir quelques répercussions. La première sera le réveil de la puissance califale ou du moins son exaltation, avec pour but avouer de recréer l’unité autour de l’islam. Massacres contre les chrétiens, notamment les Arméniens, agitation des minorités, discrédit international : Abdul Hamid II avait tout faux. La gronde enflait, notamment dans les rangs de l’armée. Et c’est de là que va sortir, en 1895, le Mouvement des Jeunes Turcs qui mettent en place un sultan de pacotille et s’emparent du pouvoir –qu’ils exercent assez mal d’ailleurs- jusqu’en 1918.
Photo officielle d'Atatürk.
Photo officielle d’Atatürk.

Né du refus de la soumission, porté par un nationalisme exacerbé, le Mouvement des Jeunes Turcs ne durera guère mais servira de base à celui de Mustapha Kemal. En effet, ce sont exactement les mêmes sentiments qui, en 1920, animeront la révolte du général originaire de Salonique –maintenant Thessalonique. En 1923, le sultan Mohamed VI, qui avait été prêt à livrer le gouvernement du pays aux Européens, est déposé, le sultanat aboli. Le 29 octobre, la République était proclamée et Mustapha Kemal, surnommé « ghazi » -le victorieux- après ses victoires contre les Grecs, nommé président de la République turque. Une République nouvelle que Kemal va créer de toutes pièces, rompant brutalement avec l’Empire ottoman. Le califat avait été, à l’origine, un gouvernement de chefs de guerre sainte ; c’est en se revendiquant de l’islam qu’ils avaient conquis une large partie de l’Europe ; c’est également ainsi qu’ils avaient tenté de faire l’union des peuples vivant dans leur empire. Kemal allait rompre totalement avec cette vision, prônant une Turquie réduite dans ses frontières mais unie, cohérente, une République laïque. Débutée par l’abolition du califat, la laïcisation de l’Etat allait être menée avec énergie, notamment dans les domaines scolaire et judiciaire (le code turc sera largement inspiré du code civil suisse). Les confréries religieuses seront abolies, le costume religieux interdit hors des lieux de culte (1934) et la séparation de la religion et de l’Etat officialisée (1928).
Un Etat laïc ?
Nationalisme et occidentalisation semblent avoir été les moteurs des réformes kémalistes : adoption du calendrier occidental et de l’alphabet latin, abolition de la polygamie, loi sur le divorce, droit de vote accordé aux femmes. Jusqu’aux noms de famille qui deviendront obligatoires –Kemal recevra le sien de l’Assemblée qui le nommera Atatürk, « père de tous les Turcs ». Autant de réformes qui allaient faire entrer la Turquie dans l’ère moderne. Mais pour combien de temps ?
Le parti unique, la quasi dictature de Kemal, qui reste au pouvoir jusqu’à sa mort, en 1938, ne devait guère résister à ses successeurs, pas plus qu’à la Seconde Guerre mondiale. Du multipartisme, de la démocratisation allaient naître la corruption, la répression et finalement l’islamisation du pays. Et de l’héritage d’Atatürk peu de choses demeurent finalement, les principales étant la modernisation du pays et sa laïcisation. Une laïcité que la Turquie actuelle –dotée d’un président islamiste- revendique avec d’autant plus de vigueur qu’elle est toute relative. La religion est en effet mentionnée sur les papiers d’identité, l’islam est subventionné à travers ses mosquées et toutes sortes de réformes prônées par Kemal –comme le port du voile interdit dans les lieux publiques- ont été abolies… ou du moins oubliées. Au final, dans la Turquie du XXIe siècle, que reste-t-il vraiment de l’héritage de Mustapha Kemal ?

Exécution de Mata Hari

Margaretha Zelle, plus connue sous le nom de Mata Hari et devenue durant la guerre l’agent H. 21, est fusillée le 15 octobre 1917.
D’origine néerlandaise, Mata Hari est, depuis 1905, célèbre dans le monde du spectacle pour ses fameuses danses de Java. Profitant de sa renommée, elle entretient de nombreuses relations dans les milieux politiques, militaires et diplomatiques. Et quand la guerre éclate en 1914, Mata Hari poursuit ses déplacements à travers l’Europe.
Les services secrets britanniques, qui la soupçonnent d’être une espionne à la solde des Allemands, transmettent le dossier au chef du Deuxième Bureau français, le capitaine Ladoux. Mata Hari, qui se sait surveillée, demande à entrer dans les services secrets… français. Ladoux accepte et lui confie une fausse mission. Mata Hari, qui doit se rendre à Lisbonne, s’arrête à Madrid qui est le centre le plus important de l’espionnage allemand : le doute n’est plus permis. Le piège se referme dès le retour de l’agent H. 21 en France. Après un procès-éclair, la jeune femme est condamnée à mort. Le matin de son exécution, l’espionne la plus célèbre de l’histoire refuse d’avoir les mains liées et affronte la mort sans bandeau sur les yeux.

Les « colonnes noires » de Sherman

William Tecumseh Sherman (1820-1891).
William Tecumseh Sherman (1820-1891).

Il est des hommes célèbres, des guerriers, qui ne marquent les mémoires que par les ravages qu’ils ont fait. C’est le cas de Hoche, c’est également celui de Sherman.
Sorti de l’académie militaire de West Point en 1840, William Tecumseh Sherman consacre treize années de sa vie à la carrière militaire avant de se reconvertir dans le civil. Acteur de la pacification de la Floride, il contracte un "beau" mariage et devient banquier à San Francisco. Lorsque débute la guerre de Sécession, Sherman réintègre l’armée mais comme directeur de l’Académie militaire de Louisiane. Ce n’est qu’en 1863 qu’il reprend réellement du service en prenant la tête du 15e corps d’armée du Tennessee avec lequel il se distingue aux batailles de Vicksburg et de Chattanooga. En 1864, il est nommé commandant de l’armée du sud-ouest et c’est en tant que tel qu’il commet un premier fait d’armes malheureux : en septembre 1864, Sherman enlève la ville d’Atlanta aux armées sudistes et livre la ville aux flammes deux mois plus tard. Un épisode rendu célèbre par les images d’Autant en emporte le vent et qui fait entrer Sherman dans l’histoire.
Dès lors, rien ne semble devoir arrêter Sherman, aussi bien dans sa marche glorieuse que dans sa politique de terre brûlée. De fait, sa progression vers la mer et à travers la Géorgie ne sera qu’un long cortège de destructions, de dévastations. En vingt-cinq jours à peine, il fait parcourir pas moins de cinq cents kilomètres à une armée de 65 000 hommes. De Savannah, il poursuit sa route et répand la terreur dans toute la Caroline du Sud, forçant finalement à la reddition le général Johnston. La fin de la guerre (1865) suit de près ce dernier haut fait et Sherman, qui aurait pu être rendu à la vie civil, poursuivra sa carrière militaire comme commandant en chef de l’armée américaine de 1869 à 1884. Il mourra sept ans plus tard, à soixante-et-onze ans.

Gordon Pacha : histoire d’un mercenaire

Charles Gordon, dit Gordon Pacha (1833-1885).
Charles Gordon, dit Gordon Pacha (1833-1885).

Charles Gordon, dit Gordon Pacha, bien que général de l’armée britannique, peut être considéré comme un véritable mercenaire (l’appât du gain en moins), mettant son épée au service des uns et des autres.
Entre 1863 et 1864, alors qu’il est au service de l’empereur de Chine, il mate la révolte des Taiping ; puis, dix ans plus tard, il est appelé à la rescousse par le gouvernement égyptien et soumet le Soudan oriental. Et c’est au Soudan que Gordon va consacrer la plus grande partie de sa carrière et de son intérêt : il maîtrise la révolte du Darfour et lutte contre le trafic des esclaves. Surtout, il se fait totalement adopter par la population soudanaise. Après un rapide séjour en Inde, Gordon Pacha, à la demande du gouvernement britannique, repart au Soudan pour mettre en place le rapatriement des Européens, menacés par la révolte du Mahdi.
Décidé à soutenir les Soudanais jusqu’au bout et abandonné par son gouvernement, Gordon va s’enfermer, avec des forces dérisoires, dans la ville de Khartoum, assiégée. Les secours promis ne venant pas, Khartoum est prise par le Mahdi après dix mois de siège. Gordon Pacha meurt, lors de la prise de la ville, le 26 janvier 1885.

La machine humaine selon Taylor

Frederick Winslow Taylor (1856-1915).
Frederick Winslow Taylor (1856-1915).

Une chose est certaine : nul ne pourra accuser Frederick Winslow Taylor de n’avoir pas étudié à fond son  sujet. Issu d’une famille bourgeoise aisée, il commencera néanmoins à travailler comme simple ouvrier avant de prendre la fonction d’ingénieur. Inventeurs des aciers à coupe rapide, il devait se passionner pour la rentabilisation du temps et inventer, après 26 années d’études et pas moins d’un million de dollars d’investissement, le principe du taylorisme. Semblable au stakhanovisme, le taylorisme est tout bonnement l’application d’un temps donné pour un minimum de gestes, aboutissant à un maximum de rendement. Bref, le travail à la chaîne, calculé, minuté pour que chaque opération donnée ne dépasse jamais le temps imparti. Un système certainement fort rentable mais qui « sous couvert de la simplification et de l’économie de gestes », selon G. Friedmann, conduit tout simplement à un avilissement de l’être humain désormais réduit à le simple fonction d’une machine. Un système qui annihile toute initiative, tout besoin de connaissance professionnelle ou de qualification ; un système qui nie clairement la personnalité même de l’homme comme un être pensant.

François-Joseph ou la fin des Habsbourg

Couronné à dix-huit ans François-Joseph va gouverner son empire pendant soixante-huit ans. Empereur d’Autriche et roi de Hongrie depuis 1867, il sera en butte, durant tout son règne, au nationalisme des minorités qui peuplent ses immenses territoires.
Échouant à imposer une politique absolutiste, y compris dans sa propre famille, l’empereur sera vivement touché par de très nombreux drames familiaux : exécution de son frère, Maximilien, au Mexique, suicide de son fils unique, Rodolphe, assassinat de sa femme, la célèbre Sissi, et enfin assassinat, à Sarajevo, de son neveu et héritier, l’archiduc François-Ferdinand.
Allié aux Allemands qui le poussent à venger cette dernière mort, François-Joseph est entraîné dans le premier conflit mondial qui verra, à son issue, la fin de l’Empire austro-hongrois.
À sa mort, le 22 novembre 1916, la couronne revient à son petit-neveu, Charles Ier, qui abdique en 1918, après le démembrement du pays : l’Empire des Habsbourg, vieux de sept cents ans, est définitivement anéanti…

Caroline de Brünswick : le dernier affront

Caroline de Brunswick (1768-1821).
Caroline de Brunswick (1768-1821).

Le nom sonne terriblement allemand et pourtant toute l’histoire de la princesse Caroline de Brünswick, qui fut reine de Grande-Bretagne et d’Irlande, va se jouer à la cour d’Angleterre. Certes, reine, elle le fut, mais sur le papier surtout…
Seconde fille de Charles-Guillaume de Brünswick et de la princesse Augsuta, sœur de Georges III d’Angleterre, Caroline avait été mariée, en 1795 au princes de Galles, le futur Georges IV. De cette union devait naître, l’année suivante, la princesse Charlotte, mais les deux époux, qui s’étaient toujours mal entendus, décidèrent de se séparer d’un commun accord. La conduite de Caroline, après cette séparation, allait donner lieu à de graves soupçons, à des scandales même, au point que la princesse, après s’être vu intenter un procès pour adultère, quitta l’Angleterre pour parcourir l’Europe. L’accession au trône de Georges IV, en 1820, allait changer quelque peu la donne. Georges IV lui offrit alors une rente annuelle de 50 000 livres à la condition qu’elle renonce à son titre de reine -et donc à ses prérogatives- et qu’elle ne foule pas le sol anglais. La proposition était tentante, pour ne pas dire plus, mais Caroline la refusa. Un second procès pour adultère s’ouvrit donc et Caroline, remarquablement défendue, parvint même à gagner à sa cause l’opinion publique.
Le roi, sommé de céder, refusa de le faire et, le jour de son couronnement, interdit l’accès de la cathédrale de Westminster à celle qui était toujours son épouse. Un ultime affront auquel la princesse ne devait pas survivre : elle mourut moins d’un moins après, le 16 août 1821.