La ruée vers l’or… noir

Découvert depuis des millénaires, le pétrole était déjà utilisé en tant que combustible à Babylone au VIe siècle avant notre ère et servait, en Égypte, à l’embaumement des morts. Pourtant, l’industrie pétrolière ne va commencer qu’au XIXe siècle.
En Europe, on connaît ses propriétés et, dès 1857, la ville de Bucarest est éclairée grâce à cette huile minérale. Mais quand, le 27 août 1859, Drake fore le premier puits en Amérique, le pétrole est vendu comme… élixir de vie et ce n’est que plus tard, lorsqu’ils découvrent son intérêt stratégique, que les États-Unis entrent dans cette course à l’or noir.

Vive le système métrique !

Jean-Baptiste Delambre (1749-1822).
Jean-Baptiste Delambre (1749-1822).

Sous l’Ancien Régime, les mesures en usage sont très compliquées -elles ne reposent pas sur le système décimal- et, par ailleurs, elles varient d’une région à l’autre, ce qui rend les échanges particulièrement laborieux. De nombreux ministres, dont Turgot, tentèrent dans le passé d’améliorer la situation mais leurs efforts furent vains. Et c’est finalement l’Académie des Sciences qui introduit le système des poids et mesures ayant pour base le mètre et le kilogramme : la décision de l’Académie est approuvée par un vote de l’Assemblée constituante, le 26 mars 1791. Ce sont deux savants, Delambre et Méchain, qui contribuent à fixer ces nouvelles mesures. Mais le nouveau système mettra du temps à s’imposer : il ne devient obligatoire en France qu’en janvier 1840.

« Fluctuat nec mergitur »

À l’époque carolingienne, les échevins étaient des légistes, spécialistes du droit coutumier, qui assistaient le seigneur à son tribunal. Mais au XIIIe siècle, sous Philippe Auguste, le terme d’échevin échoit aux représentants des communes et leur pouvoir ne cesse de grandir jusqu’à ce que Saint Louis, plus tard imité par Philippe le Bel, y mette un frein.
C’est le 3 février 1190 que Philippe Auguste crée l’échevinage tel qu’on le concevait au Moyen Âge. Il désigne six échevins parmi les marchands parisiens et leur donne pour symbole un navire, puisque tout le commerce de la capitale transitait sur la Seine, avec cette célèbre devise : Fluctuat nec mergitur…

La Hanse ou la conquête par le commerce

Un groupe de marchands au XIVe siècle (d'après une gravure ancienne).
Un groupe de marchands au XIVe siècle (d’après une gravure ancienne).

Le phénomène n’a rien de bien nouveau : déjà, l’antiquité pratiquait des associations similaires nommées « éranoi » en Grèce ou « collegia opificum » à Rome. Les guildes médiévales ont ceci de particulier qu’elles s’étaient formées sous l’égide spirituelle, par souci de l’entraide, par sentiment fraternel. Héritière de ces guildes, la hanse -dont le nom allemand signifie justement "guilde"- apparaît au XIIe siècle parmi les marchands allemands installés à l’étranger -Visby, dans l’île de Gotland, Bruges ou Londres. Ainsi, dès son origine, la Hanse germanique se vit doté d’une préoccupation supplémentaire, qui va, au fil du temps, devenir sa particularité.
Association de marchands allemands, elle ne se préoccupe pas seulement de l’entraide mais se voit, dès son origine, assignée à l’expansion commerciale. Une expansion commerciale qui va rapidement tournée à la conquête, voir à la colonisation. C’est vers les régions de l’Est que la Hanse -ou Ligue hanséatique dès lors qu’elle regroupera les comptoirs allemands- va principalement orienter son action. Avec Lübeck à sa tête -une ville qui gardera la primauté de l’organisation tout au long de son existence-, la Ligue crée le comptoir commercial de Novgorod, de Riga ou encore de Dantzig. Une pénétration commerciale qui s’accompagnera de christianisation et, surtout, qui incitera la Ligue à s’allier aux chevaliers teutoniques.
Car l’installation dans ces contrées reculées ne devait pas se faire sans heurt ; pas plus que la pérennisation de l’influence des ligues maritimes, opérant dans toute la mer Baltique. C’est ce souci de conserver leur pouvoir commercial, leur vision économique qui va conduire la Hanse à former des confédérations et à officialiser leur statu. L’indépendance acquise par les communes dans toute l’Europe (au XIIIe siècle), celle désirée par la monarchie danoise allaient officialiser la création de la Ligue hanséatique qui, en 1367, crée la confédération de Cologne et lève une armée qui infligera de sévères défaites à Valdemar IV de Danemark. Une victoire qui, en plus des avantages considérables que la Ligue allait obtenir dans l’exploitation du commerce en mer Baltique, sera la naissance de la Ligue proprement dite. Soixante-dix villes environ formeront ainsi La Hanse et chacune conservaient ses institutions, son gouvernement. Seule concession à un gouvernement commun : une diète, installée à Lübeck, à laquelle s’adjoint le grand maître de l’ordre Teutonique. Point de gouvernement commun, rappelons-le, mais un désir commun, qui fera bien mieux qu’une quelconque hiérarchisation des pouvoirs. Parce que la Hanse avait une vision commune qui n’était autre que la conquête par le commerce, pour le commerce. Une vision que l’on retrouve d’ailleurs dans nos propres pays industrialisés et qui veut que l’on exporte -quitte à le faire de force- un système de vie ou de pensée… généralement basé sur la consommation. Une chose est certaine, c’est que cette vision ne perdurera pas ; qu’elle échouera pour la Hanse, en but aux désir d’indépendance et de liberté des pays dans lesquels elle s’était implantée ou que, tout simplement, elle souhaitait diriger via l’économie.

Le Parlement anglais face à la traite

« Il se prépare actuellement dans les deux chambres du Parlement une discussion digne de la curiosité de ceux qui prennent part à la cause de l’humanité, raconte, le 22 mai 1789, la Gazette de Leyde. Il s’agit de la suppression pleine et entière de la traite des nègres, projet qu’on attribue au Premier ministre, mais qu’on combat dès à présent avec beaucoup de chaleur par les armes de la politique et de l’intérêt du commerce.
Le gouvernement a déjà fait imprimer, pour l’usage de la Chambre des Communes, le rapport du Conseil privé contenant toutes les recherches qu’on puisse désirer sur la navigation de la côte d’Afrique, le commerce des esclaves noirs et les réclamations des planteurs noirs des Antilles. Le 20, il fut présenté aux Communes plusieurs requêtes contre ce projet, nommément de la part des négociants et armateurs de Londres, intéressés au commerce de la côte d’Afrique ; des agents des planteurs et autres demeurant à Liverpool ; de la corporation de Liverpool même ; des agents de l’île d’Antigua ; des manufacturiers de Manchester, etc. L’on sent que le principal argument de toutes ces pétitions est de dire que, parce que le commerce ou les manufactures des requérants perdraient beaucoup à la suppression de la traite des nègres, il faut absolument la maintenir ; et que, pour ne point porter atteinte à la bourse, aux richesses, au luxe des Européens, le malheur et la destruction de l’espèce noire de la race humaine doivent être perpétués à jamais. »
Les intérêts commerçiaux passeraient-ils encore avant les beaux sentiments ?

Création des assignats

À la fin de l’année 1789, la France a une dette publique de quatre milliards deux cent soixante-deux millions. Le comte de Mirabeau et Talleyrand-Périgord, évêque d’Autun, suggèrent à l’Assemblée de confisquer les biens ecclésiastiques puis de les mettre en vente au profit de l’État. En échange, celui-ci se charge d’assurer les frais du culte ainsi que l’entretien du clergé. L’Assemblée se rallie à cette proposition et, en décembre 1789, met en vente des « bons gagés », les assignats, sur les biens du clergé.
L’assignat devient rapidement une véritable monnaie de papier, mais sa trop grande profusion et la fabrication de faux qui inondent rapidement le marché lui font perdre toute sa valeur. La dette ne fait alors qu’augmenter…

Il était une fois la Prohibition

Elle est enfin là… elle naît l’Amérique sèche !, proclame la Ligue anti-saloon de New York à l’aube du 17 janvier 1920.
En effet, le 18e Amendement, ratifié l’année précédente, entre en vigueur : toute vente, fabrication, transport ou importation d’alcool est désormais interdite sur tout le territoire… Les « secs », opposés à l’alcool, se frottent les mains tandis que les brasseurs s’affolent. La veille, les rues étaient envahies de voitures, de camions ou de charrettes chargés d’alcool que les particuliers ont entreposé chez eux. Le règne de la Prohibition durera treize ans et sera aussi celui des gangsters, tel Al Capone qui fait fortune dans la contrebande d’alcool.
En réalité, « l’Amérique sèche » est un mythe dès le début : les ateliers de contrebande et de fabrication d’alcool fleurissent (il y en a trente-deux mille à New York) et les frontières sont le théâtre d’une agitation frénétique.
Quand, en 1933, le 18e Amendement est abrogé, une véritable explosion de joie déferle sur tout le pays.

Création de l’administration des Douanes

Jean-Baptiste Colbert (1619-1693).
Jean-Baptiste Colbert (1619-1693).

Le système douanier de l’Ancien Régime était des plus complexes ; il existait alors, entre les différentes régions, d’innombrables droits : péages, droits de haut passage, d’entrée… Pour Colbert, toutes ces barrières intérieures entravent le négoce dans le royaume, mais malgré ses efforts, il ne parvient pas à les abolir complètement.
Le 5 novembre 1790, l’Assemblée constituante, reprenant le projet du « grand commis de l’État », supprime les divers droits de passage et crée l’administration des Douanes. Régie par un Code instauré en 1791, elle devient alors un organisme chargé de faire payer une taxe uniquement sur les marchandises qui franchissent les frontières terrestres et maritimes, ce qui constitue un énorme progrès par rapport à l’inextricable système de l’Ancien Régime.

La gabelle devient générale

Philippe IV le Bel (1268-1314).
Philippe IV le Bel (1268-1314).

Instituée par Philippe IV le Bel en 1286, la gabelle, impôt sur le sel, devient le monopole de l’État sous Philippe VI de Valois. Par l’ordonnance royale du 16 mars 1341, Philippe VI s’empare de tout le sel entreposé sur le territoire et ainsi, alors même qu’il met la population à l’abri de toutes difficultés d’approvisionnement, en tire un sérieux profit financier. Rares sont les provinces, comme le Poitou, l’Auvergne, l’Angoumois, le Périgord ou le Limousin qui peuvent acheter l’exemption à la gabelle.
Seule la Bretagne, trop pauvre, jouit du droit de « franc-salé ».
Ailleurs cet impôt est général, mais on distingue les pays de « petite gabell e», comme la Provence, le Lyonnais, le Languedoc et le Dauphiné qui paient le sel moins cher, des pays de « grande gabelle » où l’impôt pèse de tout son poids sur chaque individu.
Une contrebande intense sévit durant la monarchie entre les pays de grande et de petite gabelle et Louis XIV la classera au rang de crime. Extrêmement impopulaire, la gabelle n’est supprimée qu’en 1790.

Excellence des produits français

Le savoir-faire de la manufacture des Gobelins.
Le savoir-faire de la manufacture des Gobelins.

Ce qu’il y a de mieux dans tous les coins du monde se fabrique actuellement en France et telle est la vague de ces produits que, de toutes parts, affluent les commandes pour s’en fournir : c’est l’hommage rendu aux « manufactures » françaises par l’ambassadeur de Venise auprès de Louis XIV. Dans sa lettre, datée du 4 avril 1668 au doge de Venise, l’ambassadeur exprime le souhait de voir ses concitoyens s’inspirer de l’exemple si fructueux des Français et il désigne l’auteur de ce « miracle » qui est Colbert.
L’ambassadeur, très admiratif, cite les nombreuses réalisations de ce « ministre hors du commun » : les manufactures des Gobelins, d’Aubusson, de Beauvais, spécialisées dans la tapisserie, celles de Lyon qui fabriquent velours, taffetas et brocarts, les forges de Clamecy et de Saint-Etienne, les papeteries d’Angoulême, les sucreries de Rouen et de Bordeaux, les salines, les houillères, les mines et enfin les nombreux ateliers et arsenaux de marine, qui sont la gloire du règne…