Ferdinand de Lesseps : un héritage impérissable

Ferdinand de Lesseps (1805-1894).
Ferdinand de Lesseps (1805-1894).

À l’inauguration du canal de Suez, en 1869, Ferdinand de Lesseps acquiert une très grande popularité. Enivré par ce succès, il décide, en 1876, de percer l’isthme de Panama. L’idée, en fait, est très ancienne : dès 1529, on a pensé à cette entreprise, compte tenu de la minceur de cet isthme, mais elle ne commence à prendre corps qu’à la fin du XIXe siècle. En 1872, les États-Unis envisagent la percée par l’isthme de Tehuantepec au Mexique et, quatre ans plus tard, se constitue en France un « Comité pour le percement d’un canal interocéanique », dont la présidence échoit tout naturellement à Ferdinand de Lesseps.
Pour mener à bout cette tâche gigantesque, il faut beaucoup d’argent et, faisant appel à l’épargne publique, on crée, le 20 octobre 1880, la « Compagnie universelle du canal interocéanique ».
Les travaux commencent aussitôt et c’est avec la même foi qu’à Suez que Lesseps entreprend le percement de l’isthme de Panama. Cependant, les difficultés financières s’accumulent. Malgré la succession d’emprunts que Lesseps lance et la fortune colossale qu’il engloutit, la compagnie de Panama fait faillite, en février 1889.
Cet échec touche si profondément Ferdinand de Lesseps qu’il tombe dans une sorte d’hébétude et finit par sombrer dans l’inconscience. Il meurt, le 7 décembre 1894, sans avoir eu connaissance de la condamnation qui le frappait : cinq ans de prison et trois mille francs d’amende.

La ruée vers l’or… noir

Découvert depuis des millénaires, le pétrole était déjà utilisé en tant que combustible à Babylone au VIe siècle avant notre ère et servait, en Égypte, à l’embaumement des morts. Pourtant, l’industrie pétrolière ne va commencer qu’au XIXe siècle.
En Europe, on connaît ses propriétés et, dès 1857, la ville de Bucarest est éclairée grâce à cette huile minérale. Mais quand, le 27 août 1859, Drake fore le premier puits en Amérique, le pétrole est vendu comme… élixir de vie et ce n’est que plus tard, lorsqu’ils découvrent son intérêt stratégique, que les États-Unis entrent dans cette course à l’or noir.

Vive le système métrique !

Jean-Baptiste Delambre (1749-1822).
Jean-Baptiste Delambre (1749-1822).

Sous l’Ancien Régime, les mesures en usage sont très compliquées -elles ne reposent pas sur le système décimal- et, par ailleurs, elles varient d’une région à l’autre, ce qui rend les échanges particulièrement laborieux. De nombreux ministres, dont Turgot, tentèrent dans le passé d’améliorer la situation mais leurs efforts furent vains. Et c’est finalement l’Académie des Sciences qui introduit le système des poids et mesures ayant pour base le mètre et le kilogramme : la décision de l’Académie est approuvée par un vote de l’Assemblée constituante, le 26 mars 1791. Ce sont deux savants, Delambre et Méchain, qui contribuent à fixer ces nouvelles mesures. Mais le nouveau système mettra du temps à s’imposer : il ne devient obligatoire en France qu’en janvier 1840.

« Fluctuat nec mergitur »

À l’époque carolingienne, les échevins étaient des légistes, spécialistes du droit coutumier, qui assistaient le seigneur à son tribunal. Mais au XIIIe siècle, sous Philippe Auguste, le terme d’échevin échoit aux représentants des communes et leur pouvoir ne cesse de grandir jusqu’à ce que Saint Louis, plus tard imité par Philippe le Bel, y mette un frein.
C’est le 3 février 1190 que Philippe Auguste crée l’échevinage tel qu’on le concevait au Moyen Âge. Il désigne six échevins parmi les marchands parisiens et leur donne pour symbole un navire, puisque tout le commerce de la capitale transitait sur la Seine, avec cette célèbre devise : Fluctuat nec mergitur…

La Hanse ou la conquête par le commerce

Un groupe de marchands au XIVe siècle (d'après une gravure ancienne).
Un groupe de marchands au XIVe siècle (d’après une gravure ancienne).

Le phénomène n’a rien de bien nouveau : déjà, l’antiquité pratiquait des associations similaires nommées « éranoi » en Grèce ou « collegia opificum » à Rome. Les guildes médiévales ont ceci de particulier qu’elles s’étaient formées sous l’égide spirituelle, par souci de l’entraide, par sentiment fraternel. Héritière de ces guildes, la hanse -dont le nom allemand signifie justement "guilde"- apparaît au XIIe siècle parmi les marchands allemands installés à l’étranger -Visby, dans l’île de Gotland, Bruges ou Londres. Ainsi, dès son origine, la Hanse germanique se vit doté d’une préoccupation supplémentaire, qui va, au fil du temps, devenir sa particularité.
Association de marchands allemands, elle ne se préoccupe pas seulement de l’entraide mais se voit, dès son origine, assignée à l’expansion commerciale. Une expansion commerciale qui va rapidement tournée à la conquête, voir à la colonisation. C’est vers les régions de l’Est que la Hanse -ou Ligue hanséatique dès lors qu’elle regroupera les comptoirs allemands- va principalement orienter son action. Avec Lübeck à sa tête -une ville qui gardera la primauté de l’organisation tout au long de son existence-, la Ligue crée le comptoir commercial de Novgorod, de Riga ou encore de Dantzig. Une pénétration commerciale qui s’accompagnera de christianisation et, surtout, qui incitera la Ligue à s’allier aux chevaliers teutoniques.
Car l’installation dans ces contrées reculées ne devait pas se faire sans heurt ; pas plus que la pérennisation de l’influence des ligues maritimes, opérant dans toute la mer Baltique. C’est ce souci de conserver leur pouvoir commercial, leur vision économique qui va conduire la Hanse à former des confédérations et à officialiser leur statu. L’indépendance acquise par les communes dans toute l’Europe (au XIIIe siècle), celle désirée par la monarchie danoise allaient officialiser la création de la Ligue hanséatique qui, en 1367, crée la confédération de Cologne et lève une armée qui infligera de sévères défaites à Valdemar IV de Danemark. Une victoire qui, en plus des avantages considérables que la Ligue allait obtenir dans l’exploitation du commerce en mer Baltique, sera la naissance de la Ligue proprement dite. Soixante-dix villes environ formeront ainsi La Hanse et chacune conservaient ses institutions, son gouvernement. Seule concession à un gouvernement commun : une diète, installée à Lübeck, à laquelle s’adjoint le grand maître de l’ordre Teutonique. Point de gouvernement commun, rappelons-le, mais un désir commun, qui fera bien mieux qu’une quelconque hiérarchisation des pouvoirs. Parce que la Hanse avait une vision commune qui n’était autre que la conquête par le commerce, pour le commerce. Une vision que l’on retrouve d’ailleurs dans nos propres pays industrialisés et qui veut que l’on exporte -quitte à le faire de force- un système de vie ou de pensée… généralement basé sur la consommation. Une chose est certaine, c’est que cette vision ne perdurera pas ; qu’elle échouera pour la Hanse, en but aux désir d’indépendance et de liberté des pays dans lesquels elle s’était implantée ou que, tout simplement, elle souhaitait diriger via l’économie.

Le Parlement anglais face à la traite

« Il se prépare actuellement dans les deux chambres du Parlement une discussion digne de la curiosité de ceux qui prennent part à la cause de l’humanité, raconte, le 22 mai 1789, la Gazette de Leyde. Il s’agit de la suppression pleine et entière de la traite des nègres, projet qu’on attribue au Premier ministre, mais qu’on combat dès à présent avec beaucoup de chaleur par les armes de la politique et de l’intérêt du commerce.
Le gouvernement a déjà fait imprimer, pour l’usage de la Chambre des Communes, le rapport du Conseil privé contenant toutes les recherches qu’on puisse désirer sur la navigation de la côte d’Afrique, le commerce des esclaves noirs et les réclamations des planteurs noirs des Antilles. Le 20, il fut présenté aux Communes plusieurs requêtes contre ce projet, nommément de la part des négociants et armateurs de Londres, intéressés au commerce de la côte d’Afrique ; des agents des planteurs et autres demeurant à Liverpool ; de la corporation de Liverpool même ; des agents de l’île d’Antigua ; des manufacturiers de Manchester, etc. L’on sent que le principal argument de toutes ces pétitions est de dire que, parce que le commerce ou les manufactures des requérants perdraient beaucoup à la suppression de la traite des nègres, il faut absolument la maintenir ; et que, pour ne point porter atteinte à la bourse, aux richesses, au luxe des Européens, le malheur et la destruction de l’espèce noire de la race humaine doivent être perpétués à jamais. »
Les intérêts commerçiaux passeraient-ils encore avant les beaux sentiments ?