Marat-Corday : victimes d’un idéal

La mort de Marat peinte par David.
La mort de Marat peinte par David.

Charlotte Corday, Jean-Paul Marat : deux noms liés pour l’éternité ; deux noms qui désignent l’assassin et sa victime ; deux noms qui illustrent admirablement le désarroi dans lequel la France révolutionnaire se trouve à l’aube de sa jeune existence. Car au final, Charlotte Corday, l’assassin, et Marat, la victime, sont tous deux à mettre au nombre des victimes du même idéal : celui de la Révolution.
Lorsque éclate la Révolution française, en 1789, Jean-Paul Marat a déjà largement fait œuvre d’esprit révolutionnaire. Il en est même un des inspirateurs. Ainsi, ce médecin installé depuis 1767 à Londres s’est déjà distingué en écrivant Philosophycal essay on Man (1773) et The Chains of Slavery -Les chaînes de l’esclavage- (1774) : deux titres pour le moins inspirés et engagés. Or l’engagement, c’est justement ce que recherche Marat qui postule à l’Académie des sciences -qui lui ferme ses portes- et qui entre en franc-maçonnerie. De fait, Marat aurait pu demeurer un scientifique exalté, porté à la discussion et à l’agression même si la Révolution n’avait décidé de s’inviter dans sa vie. De fait, les événements de 1789 allaient avoir le mérite, pour Marat, de combler son désir d’action, d’exalter son imagination. Dès septembre 1789, il fonde l’Ami du peuple, un journal dans lequel il combat sans relâche contre les compromissions, l’éventuel détournement de l’idéal révolutionnaire. Du moins de SON idéal.
Car comme de nombreux mouvements révolutionnaires -qu’il s’agisse d’ailleurs du XVIIIe siècle comme du XXe ou du XXIe siècle- la notion de liberté individuelle est très largement bannie au profit d’une vision plus radicale et, disons-le, plus stalinienne du bonheur. Marat est du nombre, lui qui n’a de cesse, non de convaincre mais d’asséner des vérités. C’est ce qu’il fera dans l’Ami du Peuple, au point d’ailleurs de se voir condamné, emprisonné, de devoir s’exiler -en 1790 puis en 1792. Un double exil qui n’allait évidemment pas arranger le caractère déjà ombrageux et extrémiste de Marat mais qui allait lui assurer une popularité encore plus grande. Véritable "martyr", à ces yeux comme à ceux du peuple de Paris, Marat revient en mai 1792 avec la certitude implacable que lui seul détient la vérité. D’ailleurs, a-t-on jamais vu un "martyr", un héros se tromper ? Il se place alors à l’extrémité de l’assemblée, dans les rangs des Montagnards… qu’il aura d’ailleurs l’occasion de "déborder" tant les mesures qu’il préconisent relèvent du fanatisme.
Le 10 août 1792, les Parisiens se lancent à l’assaut des Tuileries. Exit le roi et la monarchie, la France est désormais, très officiellement, une République. Mais une République qui, sous l’impulsion de Marat, se prépare à vivre certaines de ses heures les plus sombres.
Alors que le roi et sa famille étaient enfermés au Temple, une nouvelle Convention, chargée de rédiger la nouvelle constitution, était convoquée. Parallèlement, les nouvelles du front n’étaient guère optimistes : Longwy, Verdun vont capituler entre août et septembre devant les armées coalisées. Le défaitisme, la panique sont perceptibles ; la peur de la trahison permanente. Or, quelles sont les personnes qui, en France, ont tout à gagner à la victoire des coalisés si ce n’est la noblesse ? Des nobles qui étaient tous des traîtres en puissance… Telle était du moins la conviction de Marat qui, en septembre, soulève le peuple de Paris, l’exalte -car il est aussi bon orateur-, le fanatise… et le lance à l’assaut des prisons parisiennes. Des prisons qui sont pleines ; des prisons qui, du 2 au 7 septembre 1792, vont être le théâtre d’un massacre systématique… Au total, on dénombrera pas moins de 1300 morts…
Un coup de maître pour Marat qui a fait la preuve de son pouvoir. Redouté par ses camarades révolutionnaires, en proie aux attaques des Girondins, le conventionnel n’en obtiendra pas moins ce qu’il voulait : la condamnation à mort du roi, la formation du Tribunal révolutionnaire et la création d’un Comité de sûreté générale chargée d’arrêter les suspects. On imagine sans mal que Marat aurait profité pleinement de la Terreur, s’il n’avait été assassiné avant.
En effet, le 13 juillet 1793, alors qu’il prend un bain, Jean-Paul Marat est assassiné par Charlotte Corday. Immédiatement arrêtée, la jeune femme -elle n’avait alors que 25 ans- devait reconnaître son acte et monter courageusement à l’échafaud. Quant à savoir ce qui avait motivé son acte, ce n’est ni la défense de son ordre -elle était noble-, ni celle de la royauté mais bien celle de l’idéal révolutionnaire. Un idéal qui, apparemment, était bien loin de celui prôné par Marat. De fait, Charlotte Corday avait, comme de nombreux membres de la noblesse d’ailleurs, tout de suite adhéré à l’idéal révolutionnaire. Ce qu’elle reprochait à Marat -et certains Girondins, en bon stratèges, sauront l’en convaincre- était justement d’avoir trahi cet idéal par son extrémisme, par les massacres de septembre. Ce qu’elle lui reprochait c’était de dévoyer la Révolution. Idéal contre idéal, Marat comme Corday ne seront guère plus que des victimes de la Révolution. L’un en deviendra le martyr officiel, verra son corps porté au Panthéon, quand l’autre sera célébrée ou honnie, selon la position, comme une contre-révolutionnaire… ce qu’elle n’avait jamais été.

Charles IX : l’homme de la Saint-Barthélemy

Charles IX (1550-1574).
Charles IX (1550-1574).

Le règne de François II avait été marqué par la militarisation et la politisation du conflit religieux. Par sa radicalisation également, une radicalisation parfaitement illustrée par le célèbre massacre de la Saint-Barthélemy, qui apparaît comme l’événement majeur du règne de Charles IX.
Un règne qui, pourtant, avait commencé sous le signe de la modération. Les Guise ayant perdu leur toute-puissance avec la mort de François II, c’est Catherine de Médicis, mère du roi, qui assure la régence. En cela, elle se fait conseiller par Michel de L’Hospital, homme de compromis s’il en fut. La nomination d’Antoine de Bourbon au rang de lieutenant général du royaume, le colloque de Poissy ensuite apparaissaient comme des signes tangibles du désir de compromis de la régente. La paix d’Amboise et le traité de Saint-Germain seront également à mettre au compte de cette tentative –finalement vaine- de parvenir à une entente, tout comme le mariage de Marguerite de Valois, sœur du roi, avec Henri de Navarre, un des chefs du parti huguenot. Dès lors, comment croire à cette idée si répandue qui veut que le roi Charles ait été, autant que sa mère, un fanatique. Pourtant, Charles IX a bien été à l’origine de la Saint-Barthélemy… De fait, le roi n’a certainement pas désirer ce massacre. Par contre, il est vrai qu’il avait ordonné l’arrestation et la condamnation –donc l’élimination- des chefs protestants, pensant que, ces derniers, une fois éliminés, la guerre fratricide cesserait.
Et il est vrai que la guerre était avant tout le fait des nobles –des deux camps-, comme le prouvent toutes les conjurations, les négociations avortées. Une condamnation destinée également à devancer la réaction protestante attendue après l’attentat manqué contre l’amiral de Coligny -22 août. Le 24 août 1572, donc, les soldats du roi entament leur sinistre besogne. Mais ce que n’avait pas prévu le souverain, c’est la réaction parisienne : le peuple, pris d’une soudaine folie meurtrière, se lance à son tour dans l’action, massacrant sans mesure.
Tel sera le fait marquant du règne de Charles IX qui, dit-on, en mourra de remords quelques semaines plus tard.

Les multiples « visages » du gnosticisme

Tableau intitulé :
Tableau intitulé : "les larmes de saint Pierre", Pierre étant le chef historique de l’Eglise.

Dès les premières années après la mort du Christ, certaines doctrines ou croyances vont secouer l’Eglise, éloigner d’elle certains fidèles. Mais ce que l’on considère comme une des premières hérésies apparaît plus comme une philosophie que comme une doctrine, comme une déviance que comme une hérésie. Le gnosticisme -du nom de gnôsis, connaissance, en grec- est un courant de pensée, une philosophie résultant de la rencontre des cultes orientaux païens, de la philosophie hellénistique, du monothéisme juif et, ensuite, du christianisme. C’est sans doute ce qui explique, en grande partie, l’extraordinaire variété de courants au sein du gnosticisme. S’étant d’abord développé en parallèle avec le christianisme, cette "philosophie religieuse", si l’on peut la nommer ainsi, va finalement se lier à lui, s’y intégrer au point de devenir une hérésie chrétienne. Ou plutôt "des hérésies" chrétiennes, car, comme il a été dit plus haut, la variété de ses courants va se retrouver dans sa dimension chrétienne et donc dans le nombre de courants hérétiques influencés par la pensée gnostique.
De fait, malgré la complexité du "monde gnostique", malgré la diversité de courants que l’on dénombre, on peut distinguer un fond commun.
Tout commence avec cette éternelle question : comment un Dieu bon par nature a-t-il pu créer un monde si mauvais ? À partir de cette interrogation, un point ressort particulièrement : Dieu est esprit, le monde matière ; Dieu est bon, le monde mauvais. Donc l’esprit est bon et la matière mauvaise.
La question des deux principes, celui du Bien et celui du Mal, était déjà présente chez les Esséniens, une secte juive adepte de la pauvreté et de la stricte observance de la Loi. Elle apparaît également chez Simon le Magicien -ou le Samaritain- dont les Actes des Apôtres nous rapportent les faits et gestes. Selon saint Irénée (IIe siècle), qui se distinguera dans la lutte contre les gnostiques, Simon croyait et enseignait que le monde avait été créé par les anges mais, qu’ayant dévoyé le monde, ils en furent finalement dépossédés. La dimension eschatologique de son annonce à laquelle se mêlait des éléments plus ou moins magiques, ainsi que l’idée d’un dualisme latent dans une création réinventée font de Simon le Samaritain, s’il n’est pas considéré comme étant lui-même un gnostique, le premier père de la gnose.
Baptisé par Philippe puis écarté par Pierre de la communauté « orthodoxe » -dans le sens de détenteur de la doctrine vraie-, Simon, qui possédait sans aucun doute « le don des langues », va entraîner dans son erreur une grande partie de la nouvelle communauté chrétienne de Samarie et influencer nombre de communautés judéo-chrétiennes. Mais si Simon n’est pas gnostique, ses disciples, les Simoniens, le sont totalement. Et pour eux, comme pour tous les gnostiques, la question de la dualité du monde, celle des deux principes va se faire plus pertinente que chez Simon.
Ainsi, il apparaît que Dieu -identifié à celui de l’Ancien Testament- a créé le monde et l’homme. Entre lui et sa création se trouvent des éons, sortes d’intermédiaires plus ou moins proches de la perfection, celle-ci dépendant de leur proximité avec Dieu. Un de ces éons fut un jour exclu du monde des éons et créa une autre « communauté » d’éons, mauvais comme lui. Si les termes sont différents, on reconnaît bien là l’épisode de la révolte de Lucifer et de la chute des anges. Le christianisme dans tout ça ? Selon les gnostiques, un germe divin a été déposé dans le monde et la rédemption n’est rien d’autre que la délivrance, l’émergence de ce germe. C’est ce qu’accomplit le Christ, être d’exception uni à un éon supérieur -donc proche de la perfection divine. La rédemption est donc bien réelle, c’est cette libération du monde, mais elle n’est plus due aux souffrances, à la Passion et à la mort du Christ, seulement à son enseignement et à sa sagesse.
On le voit, la doctrine gnostique n’a plus guère de lien avec celle professée par l’Eglise. De déviante, elle est devenue étrangère au christianisme et finalement hérétique. On date de 70 le passage des Simoniens dans le "camp" de l’hérésie. De fait, de simplement déviante, la doctrine simonienne et, plus largement, gnostique est devenue totalement étrangère à celle professée par l’Eglise. Et de fait, si Simon le Magicien s’attache avant tout à la question de la création, il ne se lance pas dans une réflexion sur la divinité elle-même pas plus que sur l’Incarnation et la Rédemption. Il en semble pas mettre en doute la personne de Jésus pas plus que sa divinité. Par contre, les gnostiques "purs", pourrait-on dire, remettent totalement en cause la personne divine du Nazaréen. Certes, il demeure le Rédempteur, mais il n’est plus Dieu incarné ; il n’est pas le Fils de Dieu, tout juste un "être d’exception" dont le corps sert de réceptacle à un éon supérieur. Un peu comme une possession en fait.
On le voit, c’est la différence de croyance en la personne du Christ qui fait la différence entre la déviance et l’hérésie. C’est cette même différence que l’on retrouve dans différentes hérésies influencées par le gnosticisme, qu’elles soient nées dans les milieux judéo-chrétiens ou proprement chrétien.

Le héros d’un seul peuple

Monnaie portant le portrait présumé de Vercingétorix.
Monnaie portant le portrait présumé de Vercingétorix.

Comme le dit assez justement l’historien Paul Martin, « Vercingétorix est, à quelques nuances près, l’homme d’un seul livre, celui de Jules César, et le héros d’un seul peuple, le peuple français ».
Homme d’un seul livre parce qu’il semble bien que seul Jules César ait trouvé quelque intérêt, que ce soit un intérêt militaire ou, plus vraisemblablement, un intérêt politique, à évoquer le chef arverne.
En effet, pas un historien romain pour ne serait-ce que l’évoquer. Pas une ligne dans les monumentales Histoires de Justin quand le sort même de l’Arverne, celui d’un homme à abattre, aurait du lui valoir quelque estime, une oraison funèbre. Mais Vercingétorix, vaincu à Alésia, était-il vraiment « l’homme à abattre » ? Ou n’était-il qu’un prisonnier encombrant dont le corps martyrisé ne vaudra guère plus que d’être jeté -voué- aux gémonies romaines -lieu où l’on exposait les corps des suppliciés.
En fait, Vercingétorix apparaît plus, au regard de l’histoire, comme le symbole d’un monde déjà révolu : celui de l’unité gauloise et de la puissance arverne.

Lorsque Vercingétorix né à Gergovie, la capitale des Arvernes, la puissance de ces derniers n’est déjà plus qu’un lointain souvenir. Les Belges, au nord, les Romains, au sud, ont fait voler en éclat la toute-puissance arverne. Et c’est à Rome, en 120 avant J.-C., que reviendra « l’honneur » de jouer le premier acte de cette perte d’autorité en retirant de l’influence arverne les Volques, les Sallyens ou les Allobroges qui allaient intégrer la Provincia romaine. Un premier « coup de canif » dans le « bouclier arverne » qui annonçait la fin d’un monde. Pourtant, les Arvernes possédaient encore de beaux restes et étendait leur puissance sur la Limagne, l’Arvernie et la Sequanie ainsi que sur quelques peuples vassaux comme les Cadurques, les Rutènes ou les Gabales. C’est à ce reste de puissance, à cet espoir de reconquête que Vercingétorix et ses compatriotes vont s’accrocher… en vain.

Ravenne, la dernière capitale

Détail d'une des célèbres mosaïque de Ravenne (Ve siècle).
Détail d’une des célèbres mosaïque de Ravenne (Ve siècle).

Déjà sous Auguste, Ravenne avait acquis un statu particulier lorsque l’empereur avait fait de son avant-port, Classis, la station principale de la flotte de l’Adriatique. Il faudra cependant la menace barbare pour en faire la capitale de l’empire romain d’Occident. En effet, en 404 et sous le conseil de Stilicon, l’empereur Honorius décida de quitter Rome et d’établir sa nouvelle capitale à Ravenne. Les raisons de ce choix ? Les marécages entourant la cité, ce qui la rendait plus aisément défendable que la cité érigée par Romulus. Un calcul qui ne suffira pas à sauver l’empire romain des barbares qui finiront par s’emparer de l’empire et par s’établir eux-même à Ravenne. Odoacre et surtout Théodoric vont d’ailleurs donner à Ravenne son véritable rôle politique tout en ornant la capitale de ce qui était leur empire de palais et d’églises magnifiques. De fait, Ravenne, qui est la dernière capitale, est surtout une capitale marquée du sceau des barbares. Au mausolée de l’impératrice Galla Placidia succédera ainsi la basilique arienne Sant’Apollinare Nuovo, le baptistère santa Maria et le tombeau de Théodoric, la fameuse Rotonde. Nourrit au lait de la culture classique, élevé durant son enfance à Constantinople, Théodoric avait, par ses constructions, imprégné de style byzantin les rues de sa capitale… qui devait tomber, en 540, sous les coups de Bélisaire et donc sous domination byzantine.
L’architecture ne s’en trouvera que plus marquée encore, jusqu’à sa prise, au VIIIe siècle, par le Lombard Aistofl, puis par Pépin le Bref qui devait la donner au nouveau « maître de Rome » : le pape. Une autorité toute nominale et que les Souverains pontifes n’exerceront jamais vraiment tant l’influence des évêques de Ravenne était grande… au point d’ailleurs de souhaiter et de tenter d’obtenir l’indépendance. Finalement, c’est Frédéric II de Hohenstaufen qui tranchera en s’emparant de la ville et en en faisant un de ses fleurons.

L’Evangile selon saint Jean

Icône représentant saint Jean l'Evangéliste.
Icône représentant saint Jean l’Evangéliste.

Depuis toujours, en fait depuis les premiers temps de l’Eglise, les chrétiens se sont intéressés à l’authenticité des livres saints. Et celui qui paraissait jouir de la plus grande autorité ou du moins qui faisait référence plus que les autres était l’Evangile de Jean. Il faut dire que la tradition et les plus grands dignitaires de l’Eglise primitive font référence à cet Evangile, en citant des passages entiers ou, mieux, affirmant que l’apôtre saint Jean, le « disciple que Jésus aimait » était bel et bien l’auteur de cet écrit. Le « Canon de Muratori », écrit à Rome en 180, révèle que « l’Evangile de Jean a été rendu public et remis aux églises par Jean lui-même, de son vivant, d’après ce que dit Papias de Hiérapolis ». Or, Papias est reconnu comme un disciple de Jean. La longévité de l’apôtre est d’ailleurs un allié précieux : elle lui a permis de connaître bien des penseurs de l’Eglise, de participer, non plus à une Eglise en devenir, comme Pierre ou Paul, mais à une Eglise avec qui il faut déjà compter ; une Eglise pourvue, non seulement d’évangélisateurs et de convertis, mais aussi d’une hiérarchie reconnue et établie. Et c’est son témoignage direct qu’il livre alors à ceux qui n’ont pas connus le Christ mais qui croient en la divinité du Nazaréen.
L’histoire, elle aussi, confirme l’authenticité de cette affirmation et Tertullien, qui écrit au Iie siècle, affirme même que l’évêque saint Polycarpe a été sacré par Jean lui-même. L’histoire le dit et la tradition le confirme comme le confirme l’étude même de cet évangile à nul autre pareil. En effet, alors que les trois premiers évangiles rapportent les faits et gestes du « Maître », l’Evangile de Jean semble vouloir non pas raconter, mais convaincre. Il n’est pas là pour relater une histoire, mais pour faire office de catéchisme. Au point, d’ailleurs, que certains érudits pensent que Jean aurait écrit son Evangile après les trois autres -la dénomination de « quatrième évangile » ne serait pas alors de pure forme- afin de palier à certaines de leurs faiblesses, à certains de leurs manques. Une oeuvre doctrinale inspirée, qui fait la part belle à la Trinité, raison pour laquelle, sans doute, cet Evangile se verra en but aux attaques de toutes sortes.

Hoche : l’homme de l’est

Lazare Hoche (1768-1797) d'après le tableau de Simon Gérard.
Lazare Hoche (1768-1797) d’après le tableau de Simon Gérard.

Ce n’est pas en tant que cavalier que Lazare Hoche va initialement fréquenter les écuries mais comme palefrenier des écuries royales. Entré en 1784 aux gardes françaises, il est caporal lorsque éclate la Révolution. Un bouleversement qui va lui permettre de gravir les échelons à une vitesse vertigineuse, au point d’obtenir le commandement de l’armée de la Moselle en 1793. Il avait alors vingt-cinq ans.
Un premier échec, à Kaiserslautern, ne devait pas augurer de la suite ; Würmser, Landau qui suivirent allaient libérer l’Alsace de la présence prussienne. Un haut fait d’armes qui failli bien lui coûter la vie. En effet, comme son rival Pichegru avait les faveurs de Saint-Just, Hoche fut traduit devant le Comité de salut public et jeté en prison. Il ne devra sa libération, et peut-être la vie, qu’à la chute de Robespierre en 1794.
C’est à ce moment que les autorités révolutionnaires décidèrent de confier à Lazare Hoche ce qui sera sa grande affaire : mater l’insurrection vendéenne. Comme toujours, Hoche allait parvenir à ses fins, enterrant pour des décennies les ambitions royalistes dans les eaux peu profondes de la baie de Quiberon.
Hoche ne quittera l’ouest vendéen que pour retrouver les rigueurs du climat de l’est. En février 1797, il est appelé au commandement de l’armée de Sambre-et-Meuse. Là, il franchit le Rhin, bat les Autrichiens à Neuwied et ne devra la fin de ses succès militaires que par le jeu de la diplomatie qui, déjà, avait entamé les pourparlers de paix. Devenu, pour quelques mois seulement, ministre de la Guerre, Hoche n’avait encore que vingt-neuf ans lorsqu’il se vit confier l’armée d’Allemagne, qui unissant armée du Rhin et armée de Sambre-et-Meuse. Ce n’est que peu après avoir obtenu ce commandement que Lazare Hoche mourut, le 18 octobre 1797, d’une maladie de poitrine semble-t-il.

Sylla, le fils des dieux

Buste de Sylla (138 avant J.-C.-78 avant J.-C.).
Buste de Sylla (138 avant J.-C.-78 avant J.-C.).

La fin du IIe siècle et le début du Ier siècle avant J.-C., avaient vu l’émergence de nouvelles revendications à Rome. Les Gracques avaient initié un mouvement qui allait aboutir, entre 91 et 95 avant J.-C., à une véritable guerre sociale opposant les Populares, partisans de la plèbe, et les Optimates, les clans sénatoriaux. Marius, homme d’humble extraction qui avait accédé au consulat en 107 avant J.-C., avait tenté de mener à bien les guerres extérieures -celle contre Jugurtha notamment-, et quelques réformes, mais les lois romaines elles-mêmes, le statu des uns et des autres se trouvait bouleversé du fait même des conquêtes. Des peuples de la péninsule avaient réclamé le statu de citoyen romain, avaient même créé une ligue indépendante ; les partis classiques se déchiraient, au point d’arriver à la guerre civile.
C’est dans cette situation critique pour Rome, qu’apparaît Sylla. Un homme qui va jouer le premier acte qui mènera à l’empire, donc à la fin de la République.
Aristocrate ambitieux, militaire de talent lors de la guerre sociale, Sylla atteint le rang de consul en 88 avant J.-C.. Surtout, il est un adversaire acharné des Populares et milite pour la conservation du pouvoir par les grandes familles romaines. Mais Sylla est plus qu’un conservateur. En fait, il se voit comme l’homme que les dieux ont désigné pour… régner. Exactement comme César après lui, comme Auguste et comme tous les empereurs qui feront l’empire.
Le premier acte augurant la fin de la République va se jouer alors que Sylla, élu consul, part en guerre contre Mithridate, roi du Pont. A peine Sylla, mandaté par le Sénat, a-t-il quitté Rome que les Populares font transférer ses pouvoirs sur le vieux Marius. Sylla est alors à Capoue avec ses légions. Des légions qui, depuis la réforme militaire de Marius -et c’est là toute l’ironie de la chose- n’ont plus à débourser le cens minimum, ce qui permet à des prolétaires de s’engager et de faire carrière. Cette réforme, qui avait pour but d’accroître le nombre de militaires et d’ouvrir des perspectives aux plus pauvres, aura un impact que, sans doute, Marius n’avait pas prévu. Car ces légionnaires de carrière seront désormais dévoués corps et âme à leur général, permettant tous les coups d’Etat, toutes les audaces. Ce que Marius n’avait pas compris, Sylla, qui se disait lui-même fils de Vénus, le comprendra et l’appliquera. A peine apprend-il sa destitution qu’il reprend la route de Rome avec ses troupes. Et c’est toujours avec ses légionnaires qu’il fait son entrée dans l’enceinte sacrée, ce qui bafoue les lois le plus sacrées de la République. Sylla reprend la main… puis reprend la route de l’Orient, ce qui allait le tenir éloigné de Rome de 87 à 83 avant J.-C..  A son retour, alors qu’il est vainqueur de Mithridate, la guerre civile fait rage entre ses partisans et les marianistes. Une fois encore, Sylla va utiliser son armée -car elle est désormais sienne pleinement, totalement- pour mettre le siège devant Rome. Devenu le maître de la cité, il se fait plébisciter dictateur. Une position qui va lui permettre de se débarrasser de ses adversaires, les armes à la main. La suite, ce sera la diminution des pouvoirs du Sénat et des magistrats -notamment ceux de la plèbe-, ce qui laisse à penser que, peut-être, il ambitionnait de restaurer la monarchie. Etonnament, pourtant, Sylla abdique en 79 avant J.-C.. Il mourra l’année suivante.
Si les intentions de Sylla ne sont pas parfaitement claires, elles laissent augurer que l’idée de l’empire -ou du rétablissement de la monarchie, comme on veut- était dans la logique des choses. Une logique que César ne poussera pas jusqu’au bout -sans doute du fait de son assassinat- mais qui permet de comprendre comment, quelques dizaines d’années après Sylla et après cinq siècles de République, les Romains acceptèrent, sans grande difficulté, l’empire.

Hérode, le roi des juifs… qui n’était pas vraiment juif

Jean le Baptiste présenté devant Hérode Antipas (miniature du Moyen Âge).
Jean le Baptiste présenté devant Hérode Antipas (miniature du Moyen Âge).

Si le nom d’Hérode est resté dans l’histoire, c’est, justement ou curieusement, grâce à celui que cette famille n’aura de cesse de souhaiter la fin : Jésus de Nazareth. Le premier de cette lignée de souverains, Hérode Antipater, n’était même pas originaire de Judée mais était Iduméen, un peuple arabe présenté par la Bible comme descendant d’Esaü. Les Iduméens ou Edomites étaient en fait un peuple installé sur la rive sud de la mer Morte et qui, lors de l’arrivée des Hébreux en pays de Canaan, tentèrent, en vain, de leur barrer la route. Plus tard, ils seront soumis par David et par Salomon et aideront même Nabuchodonosor à s’emparer de Jérusalem (587 avant J.-C.), traitrise qui allait leur permettre d’occuper  tout le sud du royaume de Juda. C’est à ce moment que les Iduméens devaient se convertir au judaïsme, ce qui faisait d’eux des juifs de religion mais non des Hébreux, ce qui, pour les conquérants romains, avait son importance.
Lorsque la Judée tomba sous la coupe romaine, le roi de Juda était Hyrcan II, souverain ô combien faible, dont le maire du palais, Hérode Antipater, fidèle à la longue tradition de son peuple, était tout dévoué aux Romains. Un faveur qui devait se reporter sur son fils, Hérode le Grand -qui n’a de grand que le surnom-, d’abord gouverneur de Galilée pour les Romains puis, par la grâce et la faveur de Marc Antoine, roi de Judée sur décision du Sénat romain (40 avant J.-C.).
Reprenant Jérusalem, tombée au mains des Parthes, Hérode le Grand allait faire de la fidélité à Rome la pierre angulaire de sa politique, choisissant clairement et sans état d’âme le parti du plus fort en toutes circonstances. C’est ainsi, d’ailleurs, qu’il abandonna Marc Antoine, à qui il devait tout, pour rallier le parti d’Octave après seulement la bataille d’Actium.
En fait, le nouveau souverain n’avait guère le choix tant sa personne déplaisait aux juifs qui ne voyaient en lui qu’un étranger, un usurpateur. Ce qu’il était, malgré les efforts qu’il déploiera pour se donner un sang -à défaut d’âme- plus juif. C’est ainsi qu’Hérode s’allia à une princesse de la famille des Macchabées. Une alliance qui ne devait pas peser bien lourd face à la véritable conversion aux moeurs grecques qu’Hérode devait afficher. Epris de culture grecque, il devait cependant toujours respecter les coutumes juives et sera le principal artisan de la reconstruction du temple de Jérusalem. De fait, le seul moyen de sauvegarder son trône et la paix intérieure va être d’éliminer, purement et simplement, cette même famille Macchabées avec laquelle il s’était allié. Le frère de sa femme, la mère de sa femme, sa femme elle même allaient subir un sort indigne. Plus tard, ce sont ses propres enfants -nés de ses dix épouses- qui tomberont sous la lame des bourreaux, tant il craignait pour son trône. Une autre naissance sera ainsi salué par un flot de sang : celle de Jésus de Nazareth, dont Hérode avait appris la naissance et qui était désigné par les textes comme le futur « roi des juifs ».
C’est finalement entre trois de ses fils qu’Hérode allait partager son royaume. Archélaos reçut la Judée, l’Iduménie et la Samarie avec le titre de roi des juifs ; Antipas reçut la Galilée et la Pérée quant son frère Philippe dû se contenter de ce qui était au delà du Jourdain. Ambitieux, grand bâtisseur comme son père -il fera édifier la cité de Tibériade, nommée ainsi en l’honneur de l’empereur Tibère- Hérode Antipas avait reçut la « meilleure part » de l’héritage paternel. De fait, Antipas possédait, à l’égal de son père, la même passion pour les femmes et la même inclinaison à verser le sang. S’étant fait cédé par son frère Philippe la femme de celui-ci, sa nièce Hérodiade, il devait s’attirer les foudres de Jean le Baptiste, qui prêcher alors en Galilée. La tête de Jean-Baptiste sera un des plus fameux crimes à mettre au crédit d’Hérode Antipas avec celui, et non des moindres, d’avoir cédé Jésus de Nazareth aux prêtres juifs qui obtiendront très facilement sa condamnation. Pourtant, Hérode Antipas n’était point roi, juste gouverneur. C’est d’ailleurs ce qui causera sa perte…
En effet, alors qu’il s’était rendu à Rome dans l’espoir d’obtenir de Caligula ce fameux titre de « roi », Antipas se vit accusé d’avoir trahi la cause romaine par Agrippa, frère d’Hérodiade. Il fut déchu de sa tétrachie , dépouillé de ses Etats en faveur d’Agrippa, interné à Lugdunum puis en Espagne où il mourra en 44 après J.-C..

« Carpe diem »

Horace (65 avant J.-C.-8 avant J.-C.).
Horace (65 avant J.-C.-8 avant J.-C.).

« Carpe diem ; cueille l’instant le jour, l’instant », écrivit un jour Quintus Horatius Flaccus. Une phrase qui a sans doute valeur de leçon pour le célèbre écrivain.
Fils d’un affranchi plutôt aisé devenu receveur dans les vente publique, Horace allait bénéficier d’une éducation soignée, d’abord sous la direction du sévère Orbilius, à Rome, puis à Athènes. Les luttes de pouvoir qui devaient suivre l’assassinat de César allaient cependant détourner le jeune homme de ses études et lui faire épouser le parti de Brutus qui avait levé une armée afin de combattre Octave et Antoine. C’est en tant que tribun militaire qu’Horace assiste à la bataille de Philippes (42 avant J.-C.) où il est, comme les autres, pris dans la déroute. Le jeune homme devient déserteur et doit alors se cacher. Et de retour à Rome, il découvre que ses biens ont été confisqués et vendus. Seule un reste de fortune va lui permettre de s’acheter une modeste charge de secrétaire à la questure, charge qui lui permet alors de vivre et de composer des vers.
C’est vers 41 et vers 35 qu’il compose, respectivement, ses premières Epodes et ses premières Satyres, des débuts qui lui valent rapidement l’estiment de Virgile et de Varius. Ceux sont d’ailleurs eux qui vont présenter Horace au célèbre Mécène qui, comme son nom l’indique, se plaisait à subvenir aux besoins de quelques artistes.
Devenu un intime de son protecteur, Horace se voit attribuer, en 33 avant J.-C., une petite maison et une rente qui lui permettra de refuser, avec quelque morgue, une place de secrétaire d’Auguste. C’est que le fils de l’affranchi, l’ancien déserteur de l’armée de Brutus aime par-dessus tout le plaisir et l’insolence. Surtout l’insolence d’ailleurs. Un art auquel il se livre avec délectation, tout comme il se livre, en bon épicurien qu’il est, aux plaisirs de la vie avec un enthousiasme raisonné. Le plaisir, la douceur de la vie, le piquant de la joute verbale -à laquelle il s’adonnera volontiers dans la querelle romaine des Anciens et des Modernes- voilà qui devaient définir la vie d’Horace. Une vie qui s’achèvera en 8 après J.-C., quelques jours à peine après son ami Mécène et qui lui vaudront, sur ordre d’Auguste, des funérailles somptueuses.