Le Japon des origines

Un samouraï japonais.
Un samouraï japonais.

Les origines du Japon sont mystérieuses. On sait cependant que l’archipel était habité au IIe millénaire avant J.-C., et peut-être même avant, au IIIe millénaire. Mais l’histoire, même en partie légendaire, du Japon ne nous est vraiment connue qu’après l’introduction dans l’archipel de la civilisation chinoise. Un événement que va voir l’éclosion de la littérature japonaise dont les deux premiers exemplaires sont deux ouvrages mythico-historiques : le Kojiki et le Nihongi, qui datent respectivement de 712 et de 720 après J.-C.. C’est ainsi que l’on apprend que l’empire japonais a été fondé en 660 avant J.-C. Par Jimmu Tenno, fils de la déesse solaire Amatérasu. Un rapport entre souveraineté et nature que la religion shinto, encore présente de nos jours, ne cessera de mettre en avant, comme elle affirmera la nécessité du culte des ancêtres, si imprégné dans la culture japonaise.
Divisé en clan, le Japon avait sans aucun doute depuis longtemps des rapports avec la Chine. Mais l’influence de la civilisation chinoise ne devait se faire réellement sentir qu’au Vie siècle, sous les règnes de Suiko et de son neveu Shotoku Taishi. C’est à cette époque que les Japonais allaient révéler leur extraordinaire faculté d’assimilation : non seulement ils adoptèrent l’écriture, les moeurs, les techniques et les formes artistiques de la Chine, mais nombre d’entre eux allaient également se convertir au bouddhisme ou l’adapter au shinto traditionnel. Finalement, les Japonais allaient se « convertir » au mode chinois jusque dans leur gouvernement, imposant, en la personne de Yamato, un Etat impérial. En 702, le code Taiho devait achever de poser les bases d’une monarchie absolue, chapeautée par une bureaucratie et une administration à la chinoise.
L’influence chinoise et, parallèlement, bouddhiste ne devait pas s’arrêter là. Au contraire, elle se manifestera durant toute la période dite de Héian, soit du VIIIe au XIIe siècle. Et la cour, établie depuis 784 à Kyoto, la « Cité de la paix », allait devenir la première adepte de ce mode de vie raffiné, certes, mais un peu indolent. Une indolence qui allait grandement faciliter la confiscation du pouvoir par la famille des Fujiwara qui se proclamèrent « kampaku » -régent-, sortes de maires du palais qui devaient diriger le Japon durant des siècles. Le luxe, le plaisir, le relâchement moral aussi devaient marquer cette période et donner naissance à l’âge classique de la littérature japonaise.
Mais alors que le plaisir était de mise à la cour de Kyoto, le véritable pouvoir était aux mains de la noblesse guerrière et féodale qui vivait dans les provinces. Une noblesse au sein de laquelle deux clans devaient se distinguer particulièrement, les Taïra et les Minamoto (Xie-XIIe siècles), lesquels devaient se disputer l’hégémonie sur l’archipel durant pas moins de deux cents ans, donnant naissance, au terme de leur lutte à un Japon féodal, hermétique aux influences extérieures : le Japon des shoguns et des samouraïs.

Sully, l’alter ego d’Henri

Maximilien de Béthune, duc de Sully (1559-1641).
Maximilien de Béthune, duc de Sully (1559-1641).

On a tendance, en histoire comme ailleurs, à mettre une étiquette sur les personnages historiques, y compris et même surtout, les plus éminents. Homme sage et économe, ayant la rigidité du protestant : telle est l’image que l’on se fait de Sully. Ce n’est certes pas faux, mais c’est un peu rapide pour décrire l’un des hommes politiques majeurs du règne de Louis XIV.
Maximilien de Béthune né en 1560 à Rosny, près de Mantes. A l’âge de 11 ans, ce fils de famille protestante s’attache à Henri de Navarre, futur Henri IV. Il le suivra dans toutes ses guerres, se distinguant par ses talents d’ingénieur militaire. Un talent qui ferait presque oublier que Sully a été aussi un militaire de valeur, qui sera même blessé à la bataille d’Ivry en 1590. C’est lui, dit-on, qui poussa Henri IV à abjurer, ce que lui-même se refusera toujours à faire.
Devenu fort riche après son mariage, en 1584, avec Anne de Courtenay, il obtient, en 1598, la charge de surintendant des Finances. Dès ce moment, il s’attachera à remettre l’économie de la France en état ; une économie fort mal en point après des décennies de guerre interne. Pour ce faire, Sully -en fait il n’acquière le titre de duc de Sully qu’en 1606- va réduire les tailles, supprimer les charges inutiles, poursuivre tous les abus et toutes les prodigalités, donner la liberté aux exportations de blé et de vin, abolir nombre de péages, construire des routes, des ponts, le canal de Briare. Surtout, il va encourager formidablement l’agriculture qui peinait à se remettre des temps de guerre.
Devenu, en plus de sa charge de surintendant des Finances, grand maître de l’artillerie et des fortifications, puis gouverneur de la Bastille, surintendant des bâtiments et gouverneur de Poitou, Sully était sans nul doute, à la fin de la vie d’Henri IV, l’homme fort du régime. Un homme d’autant plus fort et d’autant plus fiable, qu’il était l’opposé et le complément indispensable au roi. Fidèle à sa religion quand Henri pouvait passé pour un renégat ; sage et prudent quand le roi se permettait tous les abus ; économe quand la cour engloutissait -déjà- des sommes folles : Sully était, en quelque sorte, la caution morale du roi. Une caution qui n’avait plus lieu d’être au jour de la mort d’Henri. Et, de fait, malgré sa nomination au conseil de régence, il est évident que la carrière du protestant s’arrêta au jour de la mort du roi.
Il se maintiendra pourtant encore six ans, six années pendant lesquelles son pouvoir et son influence ne cessèrent de décroitre, d’être mises à mal. Retiré en 1616 sur ses terres, Sully, dont la carrière avait pourtant été longue, devait encore jouer de son influence pour tenter de ramener ses coreligionnaires à plus d’obéissance vis-à-vis de Louis XIII. Une action qui lui vaudra le titre de maréchal de France en 1634. Mais cette dernière fidélité, au roi et à la France, sera entachée d’amertume pour le monde qui se profilait et qu’il décrira avec tristesse dans ses mémoires. Et c’est dans une certaine indifférence qu’il mourra en 1641. La France, alors, s’était dotée -et depuis de nombreuses années déjà- d’un nouvel homme fort : un certain Richelieu, qui mourra l’année suivante.

Des Mérovingiennes aux Carolingiennes : histoires d’alliances et de puissance

Bague mérovingienne, attribuée à la reine Arégonde.
Bague mérovingienne, attribuée à la reine Arégonde.

Le rôle des femmes et la délimitation de leur sphère d’influence vont lentement évoluer au cours du haut Moyen Âge, c’est-à-dire du Ve au XIe siècle. Et le jeu des mariages ou l’apparition de certains titres permettent d’interpréter cette évolution.
Longtemps les historiens, et avec eux le commun, ont gardé l’image d’un haut Moyen Âge sanglant -l’épisode de Frédégonde et de Brunehaut en témoigne-, encore totalement barbare et ne laissant aucune place aux femmes. Certes, les rois ou la noblesse vivaient encore selon les règles des anciennes tribus germaines, mais c’est l’idée même d’une société où la femme ne tiendrait aucun rôle qui pourrait paraître rétrograde. Aussi, de plus en plus d’historiens se penchent sur le sujet, à savoir la place des femmes à l’époque mérovingienne et carolingienne : une recherche qui bouleverse les idées reçues.
An 476 : l’Empire romain d’Occident est désormais entièrement aux mains des barbares venus de Germanie. Les  Burgondes, Wisigoths ou Francs qui déferlent sur la Gaule sont bien des barbares… tels que les voyaient les auteurs gallo-romains du Ve siècle ; mais plus que de brûler et d’occire à tour de bras, ils ont introduit un autre système de pensée en Gaule, une société et une hiérarchisation différentes.
Les premiers témoignages que nous ayons sur les tribus germaines sont à mettre au crédit d’auteurs tels que César ou Tacite, au Ier siècle, qui ont observé un communautarisme très fort. En effet, les décisions, y compris celles concernant une expédition guerrière, étaient prises par un conseil regroupant toutes les familles, parmi lesquelles se trouvaient des femmes. À l’origine, il semblerait même que la succession se faisait par les femmes et ce n’est qu’après que ces tribus soient entrées en contact avec l’Empire romain -notamment sur le limes- et lorsque la guerre se révélera être leur principale ressource que la primauté masculine émergera. Mais cela n’empêchera pas les femmes d’avoir encore un certain rôle politique. En effet, lorsqu’un chef de tribu mourait en laissant un enfant pour héritier, c’est sa mère qui assurait la continuité du pouvoir jusqu’à ce que son fils soit en âge de diriger les guerriers. Ainsi, lorsque le roi des Ostrogoths, Théodoric le Grand meurt en 526, son petit-fils, Athalaric, n’a que dix ans. C’est donc Amalasonte, la mère du jeune prince, qui assure la tutelle de l’enfant. Par contre, quand, après la mort prématurée d’Athalaric, en 534, Amalasonte tente de conserver le pouvoir, les guerriers n’ont aucun scrupule à l’évincer. Il est donc clair que les femmes n’ont alors de pouvoir officiel qu’avec « l’excuse » de la régence.
Brunehaut : une politique visionnaire
De la même façon, la célèbre reine Brunehaut gouvernera l’Austrasie durant la minorité de son fils Childebert II puis, après l’empoisonnement de ce dernier, durant celle de ses petits-fils Théodebert II et Thierry II. Mais plus qu’une régente, Brunehaut va se révéler une véritable visionnaire politique. En effet, toute son action auprès de Thierry II -sur lequel elle a tant d’influence que l’on pourrait parler du règne de Brunehaut plutôt que de celui de son petit-fils- tendra à affirmer l’autorité royale sur l’ensemble du monde franc. Une conception unitaire et, il faut bien l’avouer, autoritaire du pouvoir qui s’opposera aux ambitions de l’aristocratie franque ; une conception sans doute trop avancée en ces temps d’anarchie…
Si Brunehaut a échoué en tentant de gouverner -presque- directement, il est un autre aspect du pouvoir que les Mérovingiennes ne négligeront pas, notamment Frédégonde et Brunehaut -encore. En effet, l’influence qu’elles exerceront sur leurs maris respectifs va engendrer une des périodes les plus sanglantes de l’histoire de France.
Tout commence lorsque Sigebert, petit-fils de Clovis, épouse une jeune et belle princesse wisigothe, Brunehaut -dont on a parlé plus haut. Chilpéric, cadet de Sigebert et roi de Neustrie, en conçoit une si grande jalousie qu’il décide simplement de faire de même : il répudie sa première femme, écarte sa concubine -une certaine Frédégonde- et épouse Galswinthe, la propre sœur de Brunehaut. Mais Chilpéric aimait nettement plus les « grands trésors », selon Grégoire de Tours, que lui avait apporté ce mariage, que la mariée elle-même. Peu scrupuleux et peut-être influencé par sa maîtresse, Chilpéric fait assassiner la malheureuse Galswinthe, ce qui lui permet de garder Frédégonde, qu’il épouse peu après… ainsi que les biens que sa femme avait apportés en dot.
Mais c’était compter sans l’influence de Brunehaut sur son mari qui, poussé à la vengeance par la jeune femme, lance ses troupes contre Chilpéric. Vont s’ensuivre plus de trente ans de rivalité, ponctués de meurtres, d’empoisonnements et de guerres entre les deux reines sanglantes, Brunehaut et Frédégonde.
Le jeu des alliances
Comme a pu le suggérer l’épisode de Brunehaut et de Frédégonde, l’assise du pouvoir par voix de mariage n’est pas une évidence à la fin du VIe siècle. Pourtant, c’est par ce système que les tout premiers mérovingiens vont construire leur pouvoir.
En effet, au début de l’époque mérovingienne, on constate que les relations d’alliance se définissent, selon l’historienne Régine Le Jan, « sur un système d’échanges complexes alliant pratiques exogamiques (c’est-à-dire mariages hors de la tribu, du clan) et renouvellement d’alliance ». Les familles royales s’alliaient par le biais du mariage afin d’assurer un équilibre entre les peuples. Ainsi, les rois mérovingiens du début du VIe siècle, épousent-ils des princesses thuringiennes, burgondes, wisigothes ou lombardes et donnent leurs propres filles ou sœurs à des souverains ostrogoths, wisigoths, lombards.
Dès la seconde moitié du VIe siècle, considérant sans doute que leur autorité est solidement assise, les souverains mérovingiens se sentent autorisés à épouser des femmes de l’aristocratie et même des « non-libres » comme Austregilde, Frédégonde, Nanthilde ou Bathilde, brisant ainsi les règles de l’alliance dont ils sont censés être les garants. Des quatre fils de Clotaire, par exemple, seul Sigebert optera pour le vieux système d’alliance exogamique en épousant Brunehaut, fille du roi des Wisigoths Athanagild. Caribert et Chilpéric, quant à eux, épouseront -en premières noces- des femmes de l’aristocratie franque (Ingoberge et Audovère) et Gontran passera de concubine en concubine.
Mais si les rois eux-mêmes ne semblaient pas faire la distinction entre les épouses issues de maisons royales et les autres, il n’en est pas de même des chroniqueurs. Ainsi, il apparaît que Brunehaut est désignée, dès le début, sous le titre de reine -à la rigueur de princesse-, alors que les épouses non-libres des Mérovingiens ne l’obtiennent qu’après avoir donné une descendance. Frédégonde, par exemple, est désignée sous le terme d’épouse de Chilpéric et n’obtient le titre de reine qu’après la naissance de son premier fils.
On voit clairement ici l’importance de la maternité dans le statut de la femme, situation que l’on retrouve dans la société germanique originelle.
En effet, si, selon la loi germanique, l’homme a une prééminence certaine sur la femme dans le mariage -prééminence d’abord dans le domaine sexuel puisque la polygamie est autorisée pour les hommes et que l’adultère féminin est prohibé, essentiellement pour des raisons simples de légitimité- le statut de la femme apparaît très clairement dans les cas d’offenses à payer. Chez les Germains, comme chez les Scandinaves d’ailleurs, existait un système permettant de payer pour racheter une offense, une blessure, un meurtre même, système que l’on pourrait comparer aux « dommages et intérêts » modernes. Et il apparaît que serrer le bras d’une femme, ce qui constitue chez les Germains une grave offense, donne lieu à un dédommagement plus important que si l’on a blessé gravement un homme. L’amende pour le meurtre d’une femme est égale à celle à payer pour l’assassinat d’un homme (200 sous). Mieux encore : si la femme tuée était en âge d’être mère, le dédommagement s’élève à 600 sous et à 800 si elle était enceinte !
La légitimation dynastique
La femme a donc un grand rôle comme mère ou comme future mère, mais, en tant que femme, elle sera longtemps assujettie à un homme : d’abord son père puis son mari et tous les hommes de la famille si son époux meurt. Mais dans une société où la force guerrière joue un rôle si essentiel, la position des hommes et des femmes ne peut qu’être inégale. Et si même les plus énergiques des femmes du haut Moyen Âge se sont, un jour ou l’autre, inclinées devant la force d’un homme, cela n’a cependant pas empêché les femmes d’exercer un certain pouvoir, comme on l’a vu pour les Mérovingiennes.
À l’époque carolingienne, alors que la royauté a repris le bon vieux système des alliances « utiles », les femmes ont surtout, selon Régine Le Jan, « légitimé le pouvoir exercé par les hommes de leur famille ». Le mariage entre personnes de même condition contribuait nécessairement à légitimer ce pouvoir, « la mère transmettant à ses enfants la noblesse de sa propre famille » et bien sûr les droits l’accompagnant.
Dans les familles royales de l’époque carolingienne, le rôle -et donc le pouvoir- de la femme va plus loin, est ancré plus profondément. La raison tient tout d’abord au fait que les rois carolingiens étaient sacrés et que cette légitimité de personne sacrée venait automatiquement de leur filiation. En effet, un roi est roi non seulement parce qu’il a été couronné, non seulement parce qu’il a reçu l’onction, mais surtout parce qu’il est le fils du roi précédent ! Un fait que l’on traduira plus tard par la formule :
-Le roi est mort, vive le roi !
Voilà qui explique l’importance des origines paternelle… et maternelle.
Parallèlement à cette évolution dans les mentalités, il apparaît que la reine est désormais étroitement associée au trône et à cet aspect sacré du roi. Deux changements, la légitimation dynastique et l’association de la reine, qui apparaissent pour la première fois avec l’avènement de Pépin le Bref : en effet, le Pippinide sera béni et oint en même temps que son épouse, la reine Berthe au grands pieds. Ainsi, dès le début et bien qu’issue de l’aristocratie, la dynastie pippinide assoie doublement son pouvoir, au point de le rendre inaliénable.
Bien que de haute ascendance, bien que sacrés, les premiers carolingiens vont mettre en place une politique d’alliance qui doit favoriser l’assise de leur pouvoir à l’intérieur de leurs frontières. C’est pourquoi ils développent tout d’abord une politique d’alliance avec l’aristocratie de leur royaume (hypogamie). Parallèlement, ils restreignent les mariages de leurs propres filles, afin de ne pas morceler le domaine royal. Cette double politique va admirablement servir les premiers souverains carolingiens qui constituent ainsi un solide réseau familial, permettant d’assurer le trône, par la fidélité des grands du royaume, en même temps que la paix sociale. Ce n’est qu’à la fin de la dynastie carolingienne que l’on voit apparaître des reines issues de famille royales voisines. Mais, à ce moment, le trône paraît solide et, surtout, les Carolingiens règnent sur toute l’Europe : toute alliance n’est donc plus qu’une affaire de famille…

Le Nouvel empire ou la grande Egypte

Buste géant de Ramsès II (v. 1304 avant J.-C.-v. 1213 avant J.-C.).
Buste géant de Ramsès II (v. 1304 avant J.-C.-v. 1213 avant J.-C.).

Cinq siècles : c’est le temps que durera le Nouvel empire (1567-1085 avant J.-C.). Cinq siècles durant lesquels la forme pyramidale est celle qui symbolise le mieux l’Egypte. Pyramide du pouvoir, d’abord, avec le pharaon, fils des dieux, qui voit son caractère divin confirmé et étendu à toute sa famille, notamment sa sœur élevée au rang d’épouse d’Amon –une divinité qui prend alors l’allure de la racine de la dynastie. Une divinisation des pharaons et de toute leur famille qui explique aussi la multiplication des temples consacrés au culte des ancêtres des souverains ; des temples qui comptent parmi les joyaux de l’architecture égyptienne, comme Louxor ou Abou Simbel. Souverain divin, le pharaon multiplie alors les lois, répercute ses exigences auprès des vizirs et d’une hiérarchie de fonctionnaires qui font de la société égyptienne une pyramide dont le pharaon est la pointe et le peuple la base. Enfin, la forme pyramidale se retrouve dans l’éclosion d’une Egypte ouverte sur le monde, une Egypte qui fait converger vers elle tous les commerces, notamment des matières les plus précieuses. De fait, au cours de ces cinq siècles, l’Egypte devient le cœur du monde méditerranéen, étend son pouvoir bien au delà de la vallée du Nil à travers des colonies et des protectorats.
Le Nouvel empire s’ouvre en 1567 avant J.-C. lorsque un prince thébain, Ahmosis, expulse les Hyksos vers le nord puis définitivement hors d’Egypte. Une expulsion qui sera suivie de la réunification du pays, imposée par le nouveau pharaon et confirmée par son fils, Aménophis Ier –forme grec du nom égyptien Amenhotep. Une unification qui devait passer autant par la conquête militaire que par l’homogénéisation de l’administration –les charges des fonctionnaires étant désormais obtenues au mérite et non héréditairement-, de la législation –qui se structure, sous l’autorité de pharaon, au Nouvel empire-, du culte et du calendrier. Le culte unifié, centralisé en quelque sorte autour de pharaon et de sa famille.
Vainqueur des Hyksos, Aménophis Ier va également unifier la politique de conquête de l’Egypte. ‘abord destinée à protéger le nouveau royaume d’invasions extérieures, cette politique va ensuite viser à assurer un pouvoir sur des contrées riches de Nubie notamment, qui devient une colonie placée sous l’autorité d’un vice-roi devant payer tribut et dont les princes seront élevés à la cour de pharaon afin d’assurer leur fidélité. Au Nord, Canaan, la Phénicie et, plus fragilement, la Syrie deviendront des protectorats, les princes de ces contrées bénéficiant du système de fonctionnariat égyptien, avec plus ou moins de succès.
C’est à Thoutmôsis III (1504-1450 avant J.-C.) que revient le mérite de la domination égyptienne. Marchant sur les pas de son père, Thoutmôsis II, et de sa belle-mère, Hatchepsout, il mènera pas moins de dix-sept campagnes qui, en vingt ans, briseront les coalitions mitanienne et kadeshienne en Asie, portant à l’Euphrate les frontières de l’Egypte.
Thoutmôsis III n’est d’ailleurs pas le seul nom célèbre de cette période qui, en réalité, se révélera la plus féconde en caractères exceptionnels. Akhénaton, Néfertiti, Horemheb et Ramsès II : autant de noms qui célèbrent la grandeur de l’Egypte. Une grandeur incontestablement atteinte au Nouvel empire. Une grandeur qui commencera à décliner dès la fin du règne de Ramsès III (1198-1166 avant J.-C.). Dernier grand pharaon conquérant, Ramsès III prend le pouvoir après une guerre de succession dont les peuples voisins ont décidé de profiter. Les Peuples de le mer –sans doute des Mycéniens et des Achéens ou, selon d’autres théories, des Européens- avaient vaincu les Hittites, Chypre et Ougarit ; les Sardes, les Grecs achéens, les Libyens enfin assaillent l’Egypte de toutes parts. Une agression, une invasion que Ramsès III saura repousser, annihiler même en incorporant les Libyens parmi ses armées qui se dotent donc de mercenaires. Une politique qui a un coût, économique autant que symbolique. Une politique qui, de paire avec la révolte des prêtres d’Amon, reléguera la pharaon au rang de simple mortel, exposant la personne du souverain aux attaques et aux complots.
Ramsès III ne sera pas le seul à être victime des conspirations ; tous ses successeurs auront à freiner les ambitions des fonctionnaires tout en constatant la perte d’influence de l’Egypte dans le monde antique. A l’anarchie grandissante, succédera la guerre civile entre le pharaon Ramsès XI et les prêtres d’Amon. Et la victoire de ces derniers annoncera la fin du Nouvel empire.

La Touraine en apanage

Pièce de monnaie de la tribu des Turones (Ier siècle après J.-C.).
Pièce de monnaie de la tribu des Turones (Ier siècle après J.-C.).

Lorsque les Romains pénètrent en Gaule, ceux sont les Turones qui peuplent la riche province de Touraine. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils s’accommodèrent aisément de la conquête romaine, au point que la principale cité de la région, Turones, rebaptisée Caesarodunum -aujourd’hui Tours-, devint la capitale de toute la Lyonnaise IIIe, soit de la Touraine, mais aussi de l’Anjou, du Maine et de l’actuelle Bretagne.
Soumise en 480 après J.-C. Par les Wisigoths, la Touraine allait passer aux mains des Francs après la victoire de Clovis à Vouillé, en 507. Objet de toutes les convoitises tant la région était riche, tant sa situation, favorisant les échanges, en faisait un acteur incontournable au niveau commercial, la Touraine sera au cœur de nombreux conflits entre les princes mérovingiens, jusqu’à ce qu’elle acquière son indépendance, au Xe siècle, sous le gouvernement des comtes de Touraine. Une indépendance qui ne sera que de courte durée : enjeu d’une rivalité entre la maison d’Anjou et celle de Blois, la Touraine allait tombée dans l’escarcelle des premiers sous le règne de Geoffroi II Martel et donc, indirectement et dans les années à venir, dans celle de la maison d’Angleterre lorsque celle-ci aura pour chef un Plantagenêt.
La Touraine, si richement dotée par la nature, sera une des premières possessions que Philippe Auguste s’empressera de reprendre aux Anglais en la confisquant à Jean sans Terre. Désormais, elle restera dans le giron français et deviendra même l’apanage de nombreux princes du sang, tels que Philippe le Hardi, qui aura ensuite la Bourgogne, le futur Charles VII, quant il n’était pas encore dauphin et que ce titre revenait à son frère aîné. Le titre de duc de Touraine devait s’éteindre avec François, duc d’Alençon et frère d’Henri III, en même temps que s’éteignait la lignée des Capétiens-Valois (1584). La province sera dès lors réunie, de manière définitive, à la couronne de France.

Retour sur une religion méconnue : la religion romaine

Statuette d'un prêtre romain.
Statuette d’un prêtre romain.

Les Romains eux-mêmes se voyaient volontiers comme les plus religieux, les plus pieux des hommes. De fait, la religion faisait partie de la vie quotidienne ; elle lui imposait son rythme, depuis les premiers jours de la vie jusqu’aux derniers. Mais cette religion du quotidien était également dépourvue de mythologie propre, au point d’avoir adopté sans vergogne les divinités du panthéon grec et même celles d’autres régions, notamment des divinités orientales. Cette vision, qui est celle que les historiens ont eu pendant des siècles, est aujourd’hui sujet à révision et les spécialistes se penchent avec un intérêt nouveau sur la vision du divin chez les Romains.
Si la religion était si présente dans tous les actes de la vie, c’est avant tout parce que les Romains voyaient la main des dieux partout, dans tout. C’est également parce que, dans l’espoir de parer à toute éventualité et de ne surtout pas fâcher les dieux, tout en ignorant d’ailleurs ce qu’ils désirent vraiment. Durant la période archaïque, ces divinités n’avaient pas non plus d’apparence humaine, comme les divinités grecques. Des divinités que les Romains adopteront à l’époque classique, sans pour autant abandonner leurs rites. De fait, et c’est un trait particulier de la religion romaine, rien n’est jamais supprimé. Au fil des siècles, malgré l’apport de religions nouvelles, aucun rite ne sera abandonné. Et c’est finalement fort logique et s’explique par la conception même de la religion romaine. En effet, on a dit que si les rites étaient intimement lié au quotidien de la vie, c’était dans le but de toujours satisfaire aux dieux, de parer à toute éventualité. La chose se répète dans l’addition des rites et des croyances, car pourquoi abandonné quelque chose qui pourrait éventuellement servir encore ?
Tête de Jupiter (statue antique).
Tête de Jupiter (statue antique).

Qui plus est, si les nouvelles religions attirent, elles n’ont pas le poids politique de la religion primitive. En effet, et c’est un autre aspect essentiel de la religion romaine, la religion est une sorte de garant de la légitimité du pouvoir. Et l’Etat est le médiateur entre les hommes et le divin. C’est pourquoi l’Etat romain est si attentif au respect des rites. D’ailleurs, le mot « religio » signifie « lien » ; un lien que les pouvoirs politiques ont le devoir de maintenir afin de maintenir la bienveillance des dieux ou de détourner leur colère.
On a dit qu’il n’y avait pas de mythologie proprement romaine. En fait, il semblerait bien que cette mythologie ait existé, mais qu’elle ait ensuite été désacralisée pour devenir un récit historique. Ce qui est certain, par contre, c’est que la vision romaine est imprégnée, comme toutes les mythologies indo-européennes, des trois éléments de la société : la souveraineté, représentée ici par Jupiter ; la guerre, incarnée par Mars ; enfin la fécondité et la prospérité qui seraient représentées par Quirinus. Jupiter, Mars et Quirinus, le trio que les trois flamines majeures illustrent. Que Jupiter et Mars soient un apport grec est évident, mais cela ne remet pas en question le schéma des trois divinités, représentants les trois fonctions majeures de la société. Qui plus est ils font sans doute une entrée assez rapide dans la religion romaine puisqu’on date du Ive siècle avant J.-C. l’apport des Grecs, via les Etrusques hellénisés et les marchands. Quant au dieu représentant la fécondité, son nom originel importe peu ; il correspond en fait à une constante dans les mythologies indo-européennes qui associent monde souterrain, chtonien, et fécondité -la mort et la vie.
Après Mars et Jupiter, les apports des différentes religions orientales vont se multiplier, au point, parfois, de prendre le pas sur la religion romaine. Cette dernière va devoir sa survie, comme on l’a dit, à son syncrétisme, à son pouvoir d’absorption. Une absorption d’autant plus facile que certains dieux sont forts proches des divinités vénérés dans la péninsule. C’est notamment le cas d’Aplu, dieu étrusque doté de pouvoirs guérisseurs. Au Ve siècle avant J.-C., lors d’une épidémie meurtrière, un temple voué au dieu Apollon est édifié à Rome. Aplu et Apollon, l’un vénéré à Rome, l’autre à Véies, une cité toute proche, ne feront bientôt qu’un, au point qu’Aplu le guérisseur disparaîtra. Dans les faits, d’ailleurs, Apollon guérisseur également, mais cette fois parce qu’il va perdre son don de la médecine au profit de son fils, Asclépios -Esculape pour les Romains- qui sera honoré à Rome dès le IIIe siècle.
Evolutive, dans un mouvement et une adaptation quasi permanente, la religion romaine apparaît dès lors comme bien plus complexe que la vision que l’on en avait initialement. Et son étude ne fait que commencer.

Verrochio : l’orfèvre inconnu

Le David de Verrochio (bronze).
Le David de Verrochio (bronze).

On pourrait dire que cet artiste est un inconnu à double titre : son nom n’est pas le sien réellement et, outre la peinture et la sculpture auxquelles son nom est attaché pour l’éternité, le commun ignore son premier métier.
De fait, Andréa di Michele di Francesco Cioni était orfèvre. Et c’est en référence à son maître en orfèvrerie qu’il prendra le nom d’Andréa del Verrochio. De cette époque, il ne reste guère de trace ; tout juste un bas-relief représentant la Décollation de saint Jean-Baptiste pour l’autel d’une église de Florence.
Verrochio est donc plus connu comme peintre. Et encore, les œuvres que l’on peut lui attribuer avec certitudes sont tout juste au nombre de deux. La Madone de la cathédrale de Pistoia sera exécutée avec son élève, Lorenzo di Credi ; et le Baptême du Christ, actuellement conservé au musée des Offices, à Florence, verra la « patte » de Léonard de Vinci qui exécutera les deux anges du tableau.
Reste, enfin, la sculpture. Et là encore, l’œuvre de Verrochio est peu connue. Certes, son David est demeuré célèbre, comme les commandes de Laurent de Médicis qui lui fera exécuter le tombeau de Pierre et de Jean, ses frères, ainsi que l’Enfant eu poisson de la cour du Palais Vieux ou encore le Christ et saint Thomas, qui ornera l’église d’or de San Michele.
Autant d’œuvres d’art qui auraient du mettre Verrochio au rang des plus célèbres artistes de son temps. Car comme eux, il est un des plus grands. Seulement voilà, il est comme eux, à la même époque qu’eux. De fait, le grand « défaut » de Verrochio est sans nul doute d’avoir vécu à une époque si foisonnante en œuvres d’art et en artistes. Un phénomène que son mécène, d’ailleurs, ne cessera d’accentuer.

Elisabeth Bathory : la comtesse sanglante

Affiche d'un des nombreux films consacrés à la comtesse Bathory (sorti en 2008).
Affiche d’un des nombreux films consacrés à la comtesse Bathory (sorti en 2008).

C’est sans aucun doute à sa haute naissance qu’Elisabeth Bathory doit d’avoir survécu aux accusations qui furent portées contre elle. Née dans une célèbre et très ancienne famille noble de Hongrie, nièce du roi de Pologne Etienne Ier Bathory, Elisabeth Bathory est un véritable folklore à elle seule. Car cette jeune femme, au demeurant fort riche, mariée à un soldat de prestige, va commettre une série de crimes sanglants. D’où son surnom de "comtesse sanglante" ou de "comtesse Dracula". Des surnoms aussi évocateurs et peu flatteurs l’un que l’autre ; des surnoms dus autant à la nature des crimes de la comtesse qu’à l’endroit où les faits se déroulèrent.
C’est en 1575, alors qu’elle âgée que de 15 ans, qu’Elisabeth Bathory épouse un général de l’armée hongroise, le comte Ferenc Nadasdy. Le couple s’installe alors dans les Carpates, au château de Csej, qu’il a acquis depuis peu. La fonction du comte, devenu commandant en chef des armées hongroises, la guerre contre les Ottomans, qui commence en 1593, vont donner tout loisir à son épouse pour assouvir ses plus bas instincts. Elle le fera des années durant, jusqu’à ce qu’en 1604, alors que les rumeurs les plus folles circulent dans la région, un prêtre se rende à la cour de Vienne pour avertir la cour. Il le fera publiquement, ce qui n’empêchera pas la justice impériale de ne commencer son enquête… qu’en 1610. Autant dire que la comtesse devait être certaine de son impunité ; autant dire que la justice répugnait à s’attaquer à un aussi haut personnage. Pourtant, les faits appelaient l’urgence.
En effet, lorsque l’enquête débute, elle révèle que, depuis des années, la comtesse se livrait à toutes sortes de tortures, de privations, assassinait les jeunes filles des environs. Utilisant le même système que Gilles de Rais, la comtesse s’en prendra, au début, aux filles des environs, des filles attirées par l’espoir d’une place au château. Plus tard, il semblerait qu’elle fera tout pour attirer également les filles de la petite noblesse, invitées à compléter leur éducation. Sans compter les enlèvements, les rapts. Trente-cinq, cinquante, six cent cinquante victimes comme le déclare Bathory dans son journal ! Le nombre des victimes est totalement invérifiable, d’autant que le "journal" en question n’a jamais été retrouvé ; d’autant que le folklore va s’y mettre aussi, faisant d’Elisabeth Bathory un monstre sanglant, un véritable vampire assoiffé de sang.
La légende veut en effet que ce soit afin de se plonger dans des bains de sang que la comtesse aurait perpétré ses crimes. Des bains sensés lui assurer l’immortalité ! On parle même -et elle est visible- d’une machine infernale, semblable à un sarcophage doté de piques internes et qui permettait de saigner les victimes… Sans compter les tortures répétées, l’affamement, dont Elisabeth saura usé et abusé. Autant d’horreurs qui auraient du lui valoir mille mort et qui ne lui coûteront que l’enfermement à vie. Ses trois complices, mal servis par la naissance, auront moins de chance et seront brûlés vifs en 1611. Elisabeth Bathory, quant à elle, survivra encore quatre ans à son procès.
Sa mort, en 1614, marquera le début de la légende de la comtesse sanglante mais également des mystères entourant cette légende. Car tout n’est pas clair dans cette affaire. Le nombre de victimes, qui passe de 35 à 650 ; le manque d’empressement de la justice impériale ; la clémence de cette même justice. Car haute naissance ou non, on peut légitimement supposé que de tels crimes auraient pu engendrer un châtiment plus sévère. Ce sera la cas pour Gilles de Rais, notamment.
De fait, les interrogations sont telles que certains chercheurs ont évoqué l’idée d’un complot, d’une invention pure et simple. Le but : s’emparer de la fortune d’Elisabeth et l’empêcher de soutenir les prétentions de son cousin, Gabriel Bathory, prince de Transylvanie -le fils d’Etienne Ier- contre les Habsbourg. La comtesse aurait ainsi été écartée et punie. Une thèse qui a ses promoteurs et qui alimente encore plus la légende entourant le personnage de la comtesse sanglante.

Archiloque, l’art de la satyre

Clio, muse grecque de la poésie, d'après une statue antique.
Clio, muse grecque de la poésie, d’après une statue antique.

Pour trouver l’inspiration, Archiloque n’eut qu’à reprendre sa vie, tant elle fut pleine de rebondissements et, surtout, émaillée de malheurs.
Fils d’un citoyen important de Paros et d’une esclave, Archiloque devait, tout d’abord, être, légitimement, privé de l’héritage paternel ; amoureux d’une jeune fille, il fut sèchement éconduit par le père de celle-ci, le père et la fille devenant dès lors les cibles de ses satyres. Des satyres tellement cruelles que tous deux finiront par se pendre. La misère allait ensuite pousser Archiloque à s’engager dans le métier des armes… où seule sa plume allait trouver quelques inspirations. De fait, il apparaît que le poète faisait un bien piètre soldat, se vantant d’avoir fuit dans le combat, raillant les valeurs militaires et tout ce qui faisait la base de la fierté grecque. Malgré tout, il semblerait bien que ce soit lors d’un combat, vers 640 avant J.-C., qu’Archiloque devait périr.
Si la vie d’Archiloque fut loin d’être brillante, sa réputation, après sa mort, subit un tout autre sort. Considéré comme l’inventeur des rythmes jambiques, le poète devait être considéré comme l’égal d’Homère, avec, en sus, un véritable désir de choquer, de dénoncer le monde grec tel qu’il était.

Les Seldjoukides font main basse sur le monde musulman

La bataille de Manzikert.
La bataille de Manzikert.

C’est dans le Turkestan occidental que voit le jour, au cours du Xe siècle, la tribu des Seldjoukides. Son nom vient de son premier chef, Seldjouk, qui conduisit sa tribu des bords de la Syr-Daria au Turkestan avant qu’elle ne s’établisse dans la région de Boukhara (vers 985). Soldats de Samanides -une dynastie persane-, les Seldjoukides allaient bénéficier de la chute de ces derniers pour se faire céder, par les Ghaznévides qui leur succédaient, le Khorassan. C’est là, vers 1035, que les Seldjoukides vont se révéler sous l’impulsion de Toghroul-beg, leur chef.
Ardent musulman sunnite, ce dernier devait soumettre toute la Perse et apporter son soutien au calife de Bagdad, alors sous la coupe de chiites.De fait, l’expansion des Seldjoukides devait très largement bénéficier de l’anarchie dans laquelle se trouvait le monde musulman au XIe siècle. Car à l’opposition religieuse entre chiites et sunnites, s’ajoutait le morcellement politique. A Bagdad, par exemple, le calife, sous tutelle iranienne, voyait battue en brèche l’autorité des Fatimides d’Egypte ; la Syrie était le proie des luttes entre les dynastie locales depuis que les Ommeyyades avaient disparu du champ politique.
Toghroul-beg allait pleinement profiter de la situation. Entré en maître à Bagdad après avoir soumis toute la Perse, Toghroul-beg devait s’imposer comme vicaire temporel du calife abbasside qui lui donnera le titre de « sultan » en sus de sa propre fille. Le successeur de Toghroul-beg, son neveu Alp-Arslan tentera d’intégrer les Seldjoukides dans un Etat centralisé et hiérarchisé.
Une volonté qui n’allait pas sans quelques difficultés tant les habitudes de nomades des Seldjoukides étaient ancrées en eux. De fait, la force des Seldjoukides, si elle résidait en un armée puissante basée sur la garde personnelle du sultan, sera de maintenir les fonctionnaires iraniens en place depuis des années et qui avaient fait leurs preuves dans l’administration civile. Avec l’armée, ce sera, quasiment, la seule preuve d’unité et la seule force des Seldjoukides, les discordes internes alimentant la faiblesse innée des nouveaux maîtres de la Perse. D’ailleurs, l’époque des « grands Seldjoukides », ne durera guère plus d’un demi siècle, de 1040 à 1090. Alp-Arslan s’emparera ainsi de l’Arménie, d’Alep et infligera à l’empereur de Byzance, Romain Diogène, une terrible défaite à Manzikert (1071), ouvrant les portes de l’empire aux invasions turques. Son fils, Malik-Chah, adjoindra à l’empire seldjoukide la plus grande partie de l’Asie mineure, enlevée à Byzance. La citée même que Constantin avait édifié manqua de tomber et seul les troubles internes, les révoltes de la Secte des Assassins notamment, devait la sauver… pour encore quatre siècles.
Après la mort de Malik-Chah, l’empire seldjoukide sera divisé au sens propre comme au figuré. Le plus important des sultanats qui en sortiront, sera celui de « Roum », du nom de « romain » ou byzantin et qui regroupait les terres enlevées aux Byzantins. Dans cette région, les Seldjoukides auront non seulement à faire avec les Byzantins mais, bientôt, avec les croisés. Il faudra que les Turcs seldjoukides montrent enfin un front uni pour mettre un terme aux victoires croisées, qu’ils entament même une contre-croisade sous l’impulsion d’une autre dynastie turque de Syrie, les Zenguides, qui enlèveront Edesse aux Francs et, sous Nour el-Din, continueront de mettre les Etats croisés en danger.
Malgré de fortes rivalités lors que chaque succession, les Seldjoukides d’Asie mineure marqueront encore, au cours du XIIIe siècle, de nombreuses victoires contre les Grecs, les Vénitiens ou les Arméniens. Le sultanat de Roum devait atteindre son extension la plus grande sous le règne de Kaïkobat Ier, qui l’étendit sur toute l’Anatolie. Pour peu de temps cependant : en 1237, Kaïkobat fut empoisonné par son propre fils, le pays secoué par une révolte turkmène et les envahisseurs Mongols firent leur apparition. L’empire des Seldjoukides ne survivra pas à cette double menace et en 1307 c’est un Mongol qui s’installe en vice-roi à Konya.