Déméter, l’espoir des défunts

La déesse Déméter, d'après une statue antique.
La déesse Déméter, d’après une statue antique.

Semblable à une graine qui, une fois planté en terre, va renaître et produire une plante nouvelle, le corps, étant inhumé, retrouve la terre nourricière, s’y régénère et peut ainsi entamer une nouvelle vie. Ainsi succède éternellement la mort à la vie puis la vie à la mort, au sein même de la nature. Telle était la conception naturelle de la religion grecque archaïque, la religion des Grandes Déesses. Parmi celles-ci, Déméter a un rôle essentiel.
Dans la religion primitive, la terre divinisée était représentée par une déesse unique, souveraine du sol fécond, de cette terre où germe la végétation et, découlant d’une démarche intellectuelle naturelle, des profondeurs mêmes de la terre. Une terre qui, naturellement va devenir la dernière demeure des défunts, de ceux qu’elle avait nourris au fil des ans et des récoltes. Sans doute est-ce là qu’il faut chercher l’origine de l’inhumation. Sans doute est-ce là également qu’il faut voir la distinction dans la divinité même de la Terre qui, d’une personnification unique va prendre l’apparence de deux puis de trois déesses : Gê –ou Gaïa-, Déméter et Coré-Perséphone représentent tous les aspects de la terre, depuis l’entité cosmique jusqu’aux profondeurs des Enfers. A Déméter reviendra le rôle ô combien sympathique de déesse de la fécondité, celle qui règne sur la végétation et donne les moissons abondantes. Des attributs qui feraient presque oublier le rôle « infernal » de la Déméter primitive. Un rôle sombre qu’elle délèguera ensuite à son « fille » Coré-Perséphone.
Si le terme de « chthôn », qui désigne les profondeurs du sol, est devenu un des épithètes de Gê, qui est dite « chthonia » chez Eschyle, il sera, par la suite, attribué à Déméter. Du jour ou Gê-méter devient Gê et Déméter, deux personnalités différentes, c’est à cette dernière que sera confié les dépouilles des défunts. A elle que reviendra la charge de gardienne des morts et des Enfers, raison pour laquelle on la représentait avec « l’erkos », la clef du royaume des morts. A Athènes, on qualifiait également les morts inhumés de « Dêmêtreioi », « ceux qui sont à Déméter », alors qu’à Sparte on faisait des sacrifices à cette déesse douze jours après un décès. Autant de rites qui font de Déméter une divinité éminemment chtonienne et infernale. Une divinité qui, avec la célébration des mystères d’Eleusis, va conserver une place non négligeable dans le rapport à la mort, présidant désormais aux plus belles espérances.
On a dit que la notion primitive de la religion grecque faisait de la terre la source régénératrice, celle qui nourrit le grain et fait naître et renaître les plantes. De là était né le rite de l’inhumation. De là est né également la conception d’un autre monde, d’une survivance à la mort. Les mystères d’Eleusis, comme tous les mystères orientaux d’ailleurs, feront perdurer cette notion en la spiritualisant, jusqu’à atteindre au concept même d’immortalité de l’âme. Déjà présente dans la mythologie homérique, cette notion va toucher au principe de la double destinée des âmes. Aux initiés une immortalité heureuse, aux non-initiés une immortalité terne ou pire. Aux uns la récompense et le bonheur, aux autres les peines et les supplices. Les sacrifices, les purifications, les rites vont être autant d’actions méritoires à faire valoir pour accéder au sort envié des âmes élues par la déesse. De fait, Déméter devient alors l’espoir des défunts, la déesse des Enfers heureux…

Petite histoire du manuscrit

Copiste de la fin du Moyen Âge (détail d'un manuscrit).
Copiste de la fin du Moyen Âge (détail d’un manuscrit).

On présente généralement l’imprimerie comme une véritable révolution. C’est effectivement le cas même si l’imprimerie n’a pas inventé la diffusion mais l’a placé dans une perspective plus large. En effet, nombre d’ouvrages antiques ou médiévaux ont été copiés et diffusés assez largement. C’est ce que l’on nomme les « manuscrits ». L’imprimerie ne fera que reprendre ce principe, destiné à répandre un ouvrage, à une échelle plus large, due à la facilité de fabrication que permettra la mécanique.
Le plus ancien manuscrit en langue française est celui de la Cantilène de sainte Eulalie, que l’on date de 881 après J.-C.. Et encore ne contient-il qu’un fragment de texte en français. Le plus ancien texte français est en fait un acte politique, le fameux Serment de Strasbourg qui verra la division de l’empire de Charlemagne entre ses héritiers. Prononcé en 843, le Serment de Strasbourg sous forme de manuscrit ne verra le jour qu’à la fin du Xe siècle. Il est cependant assez intéressant de noter que c’est donc un texte politique, l’acte de fondation de la Francie, de la Lotharingie et de la Germanie qui va initier la diffusion des textes en français.
Au Ixe siècle, la forme du livre est, en Occident, fixée depuis longtemps. C’est un ensemble de parchemins cousus entre eux et que l’on nomme « codex » et qui prend la place de rouleaux de parchemin nommés « volumen ». De nombreux documents, y compris littéraires, perdureront cependant sous la forme de rouleau et cela jusqu’au XVe siècle.
Avec le fin’amor et la littérature courtoise, la diffusion des manuscrits est déjà relativement importante mais elle ne prendra un essor significatif qu’au XIIIe siècle, période durant laquelle la langue française va subir de profonds changements. Des changements d’ailleurs tels qu’un François Villon, bachelier puis maître ès arts et poète du Xve siècle, montrera une ignorance totale de l’ancien français, c’est-à-dire du français antérieur au XIIIe siècle. Autant que la langue, le style littéraire va évoluer, au point que l’œuvre de Chrétien de Troyes, qui suscitait l’admiration et qui sera largement diffusée au XIIIe siècle, tombera en désuétude jusqu’au XVe siècle, époque vers laquelle quelques amateurs et mécènes se constituent de grandes bibliothèques. Et encore, le XVe siècle, avec notamment la Bibliothèque de Charles V qui initie la Bibliothèque nationale de France, est-elle essentiellement constituée de manuscrits scientifiques ou historiques. La vraie redécouverte de la littérature médiévale ne se fera qu’au XVIe siècle, date à laquelle apparaît l’imprimerie.

Civa, le dieu des dieux

Buste de Civa.
Buste de Civa.

Pour les adeptes de du civaïsme, qui représentent un mouvement sectaire de l’hindouisme, Civa est le dieu suprême ; il est en fait l’héritier de Yogin, retrouvé à Mohenjo-Daro, un des principaux centres de la civilisation de l’Indus, ce qui fait de lui le plus ancien des dieux indiens.
Comme Civa lui-même représente l’alpha et l’omega de la vie, qu’il est l’ensemble de l’univers, son culte possède des aspects extrêmement contradictoires, depuis les pratiques d’ascèse les plus primitives et même brutales, jusqu’à un idéalisme absolu. Les sectes civaïtes prônant l’ascèse ont généralement fait du yoga la forme la plus visible de leur règle de vie. Certains, intransigeants, refusent tout rapport avec les représentants d’autres divinités et vénèrent en Civa le dieu de la fécondité.
Dès le Ier siècle de notre ère, le civaïsme rayonnait dans toute l’Inde méridionale et c’est contre le bouddhisme qu’il eut à combattre en une lutte violente. Malgré tout, le civaïsme parvint à se maintenir, jusqu’à connaître un âge d’or au Xe-XIe siècles lorsque les monarques indiens l’adoptèrent. Le culte de Vishnou devait engendrer, au XIIIe siècle, un net recul du civaïsme jusqu’à sa disparition quasi complète, excepté dans le sud de l’Inde, avec Bénarès pour capitale.

Livie : un « maître » pour Agrippine

Auguste et Livie (détail d'une peinture de J.-B. Wicar).
Auguste et Livie (détail d’une peinture de J.-B. Wicar).

Messaline, Agrippine : voilà des noms que l’on connaît et pas de la meilleure façon qui soit. Mais Livie dans tout ça ? La femme d’Auguste est loin d’être exempte de tout reproche ; elle ressemblerait même assez à Agrippine, dont on peut dire qu’elle sera, par son histoire, une sorte de maître dans l’art de conspirer.
Cette héritière de la gens Claudia avait épousé Tiberius Claudius Nero dont elle avait un fils, le futur empereur Tibère, et dont elle attendait un second fils, Drusus, lorsqu’Auguste s’éprit d’elle et en fit son épouse (38 avant J.-C.). Son mariage avec le plus haut représentant de l’Etat étant demeuré stérile, Livie n’aura de cesse de mettre son ou ses fils sur le trône de cet empire qui se dessinait à grands pas. Mais être la femme d’Auguste ne permettait pas tout ; surtout, cela n’éliminait pas tous les autres prétendants à la succession de celui qui avait volontairement refusé d’être empereur en titre tout en en assumant toutes les fonctions. C’était donc un destin exceptionnel que Livie voulait pour les fils de Tiberius Claudius Nero.
De fait, sa propre succession sera la grande affaire d’Auguste. Pour se faire, il octroie à son neveu -le fils de sa soeur- le pontificat et l’édilité alors même qu’il n’est qu’un adolescent ; il octroie à Marcus Agrippa, un de ses meilleurs généraux, deux consulats successifs, puis en fait son gendre. Et si ses beaux-fils, les fils de Livie, deviennent « imperator », Auguste adopte les fils d’Agrippa, Caïus et Lucius. Il semble bien que ce soit sur eux que le maître de Rome ait fondé le plus d’espoir. C’est donc sur eux que Livie s’acharnera.
Tel est du moins le témoignage de Tacite qui, dans ses Annales, qui évoque clairement une possible machination « de leur marâtre Livie ». Caïus et Lucius, de fait, mourront. Drusus étant mort depuis déjà quelques années, restait Tibère Néron, qu’Auguste adoptera.

L'empereur Tibère (42 avant J.-C.- 37 après J.-C.).
L’empereur Tibère (42 avant J.-C.- 37 après J.-C.).

Tacite raconte qu’il « le prend pour fils, pour collègue au pouvoir, pour associé à sa puissance tribucienne » -système imaginé par Auguste pour se faire délégué les pouvoirs d’un tribun de la plèbe alors qu’il était d’une famille aristocrate et donc interdit à cette fonction. Tibère sera présenté aux armées comme plus tard les nouveaux empereurs, validant, par cette action, leur accession. Mais la voie royale n’était pas si dégagée que cela. Certes, Auguste n’avait pas de fils, mais il avait un petit-fils. Et la voix du sang est parfois plus forte que tout. Là encore, Livie devait jouer de son influence sur Auguste en faisant exilé Agrippa Postumus, l’unique descendant direct d’Auguste, ce qui laissera le champ libre à Tibère. Ce dernier n’eut alors qu’une seule contrainte : se soumettre, ce qu’il faisait déjà depuis longtemps, et adopter le fils de son frère, Germanicus. De toutes les façons, Livie avait gagné : c’était ses fils ou ses héritiers qui allaient succéder à Auguste.
Mais comme Agrippine, qui, quelques années plus tard fera tout pour faire adopter son fils, Néron, par l’empereur Claude, au détriment de son fils naturel -quitte à l’éliminer physiquement-, Livie, « la meilleure des mères » ne sera guère payée en retour. Le manque d’appétence de Tibère pour le pouvoir impérial, n’explique pas tout. Car Tibère fera tout pour s’éloigner, pour éloigner sa mère de sa vie, comme le fera Néron, de manière plus radicale il est vrai. Au final, Livie apparaît comme le mentor de celles dont l’histoire a retenu le nom. Elle apparaît comme une femme qui, avant son fils lui-même, avait compris que tout se jouait sur le présence et l’élimination ; bref, sur l’omniprésence. Et Auguste, si attentif à sa succession, si préoccupé de créé cet empire, ne le verra pas ou, du moins, n’y mettra guère de frein.

Les Slaves : une irruption dans l’histoire

Le tsar Vladimir Ier (958-1015).
Le tsar Vladimir Ier (958-1015).

L’origine des Slaves, comme celle des Germains d’ailleurs, est fort obscure. C’est durant le Ier millénaire avant J.-C. que l’on voit se dessiner les premières tribus, entre le Dniepr et la Vistule. Les Slaves se trouvaient alors en contact avec les Germains, les Celtes et les Illyriens à l’ouest, avec les Baltes au nord, les Finno-Ouriens au nord-est et les Scythes à l’est. Et les Slaves vont subir l’influence de tous ces différents peuples. Ils vont migrer aussi et, cela, à de nombreuses reprises. Etonnement, les Slaves vont malgré tout conserver leur unité linguistique… jusqu’au Ixe siècle de notre ère, donc bien des siècles après le début de leur migration.
De culture relativement primitive, les Slaves s’adonnaient à l’agriculture et à l’apiculture ; ils se révélaient fort habiles dans la navigation des fleuves et des rivières mais fort peu pour le commerce. Divisés en petits clans, inaptes à l’autorité, ils se révéleront finalement incapables de créer leurs propres Etats et ce sont des maîtres étrangers qui, en imposant leur autorité aux populations slaves, édifieront ces Etats.
Le premier à faire mention des Slaves est Pline qui les désignent sous le nom de Vénèdes. Un nom sans doute tiré de celui employé par les Germains qui appelaient les Slaves "Wendes". Sans doute les mouvements de peuples slaves commencèrent avant le début de l’ère chrétienne. Mais ils passèrent inaperçus aux yeux des Romains qui avaient, en première ligne, à affronter les Germains. D’ailleurs, au IIe siècle de notre ère, la plupart des Slaves étaient soumis aux Goths ; domination à laquelle succédera celle des Huns.
C’est véritablement au VIe siècle que les Slaves font irruption dans les récits des chroniqueurs occidentaux. Mais il est presque certain que les Slaves avaient déjà pénétré dans les régions balkaniques dans le sillage des Germains et des Goths. A la fin du VIe siècle, ils sont déjà établis en Slovaquie, en Bohême, en Carinthie, en Slovénie ; et à partir du règne de Justinien (518-565), le péril slave devient une constante de l’histoire byzantine.  Traversant le Danube, les Slaves envahiront toute la péninsule balkanique en direction de la Méditerranée. Ils submergèrent la Serbie, la Grèce, la Croatie ; à l’ouest, dans la grande plaine allemande, ils acquirent les terres abandonnées par les Germains, atteignant Bamberg, Passau, Trieste. C’est certainement leur manque d’unité qui devait permettre aux Germains, au Xe siècle, de les refouler au delà de l’Oder.

Saint Basile : du monastère à la défense de la Foi

Vision de saint Basile tuant Julien l'Apostat.
Vision de saint Basile tuant Julien l’Apostat.

C’est à Césarée de Cappadoce, dans une riche famille chrétienne, que naît, vers 330, Basile. Ce fils d’un célèbre rhéteur, il sera étudiant à Constantinople puis à Athènes où il devait rencontrer saint Grégoire de Naziance mais aussi Julien l’Apostat, dont il sera le condisciple. Ce n’est qu’après son retour en Cappadoce, où il exerçait aussi la fonction de rhéteur, que Basile décida de se faire baptiser et de quitter le monde. Deux années durant, il parcourut les routes qui le conduisaient auprès des moines d’Egypte, de Syrie, de Palestine, de Mésopotamie, manifestement en quête d’un style de vie, d’une règle à s’appliquer lui-même. C’est d’ailleurs ce qu’il fit dès son retour en Cappadoce (359). Là, avec quelques amis, il se débarrassa de tout ses biens et se retira dans un de ses domaines, l’Annesi situé aux bords de l’Iris, qu’il transforma en monastère. Ses Grandes règles (359-362) et ses Petites règles (365-370) expose clairement sa conception de la vie monacale. Une vie familiale, humaine, restreinte à un nombre réduit et qui allait bientôt séduire tout l’Orient.
Tiré de sa solitude par l’évêque de Césarée en 362, Basile devient prêtre cette même année et se voit chargé par l’évêque de toute l’administration du diocèse. Un diocèse dont Basile allait devenir évêque à son tour en 370.
Dans sa charge, il allait mener une intense activité de prédicateur, que l’on retrouve dans les Homélies sur les psaumes ou les Homélies sur l’Hexaméron ; logiquement, il allait également réorganiser la vie monacale du diocèse et fonder, à côté du monastère qu’il avait créé, une vaste résidence comprenant des écoles, un orphelinat, une léproserie.
Mais c’est dans sa défense de l’orthodoxie contre l’arianisme -qui niait la divinité du Christ, seconde personne de la Trinité- que Basile devait se distinguer, notamment en s’opposant à l’empereur Valens. Ses oeuvres, essentielles dans la compréhension de cette période de l’histoire de l’Eglise et dans l’argumentation qui suivra, sont généralement considérées également comme des oeuvres littéraires et font de saint Basile le plus classique des Pères de l’Eglise.

Les fils d’Enée

Enée, d'après le détail d'une fresque du Ier siècle après J.-C.).
Enée, d’après le détail d’une fresque du Ier siècle après J.-C.).

« Voici le fils de Mars, Romulus, que sa mère Ilia, du sang d’Assaracus, mettra au monde. Vois-tu comme deux aigrettes se dressent sur sa tête ? C’est le père des dieux lui-même qui déjà le distingue par cet honneur. C’est sous ses auspices, mon fils, que la grande et illustre Rome égalera son empire à travers l’univers, sa fierté à l’Olympe et un seul rempart entourera sept collines. Ville bénie dans sa postérité de héros (…). Et maintenant, tourne tes yeux, regarde cette nation, tes Romains ».
Virgile, dans son Enéide, n’invente rien. Ou, plutôt, il relate, avec talent, ce dont les Romains sont convaincus et qui, depuis, des années, fait la base de leur histoire, à savoir qu’ils sont les descendants des Troyens, apparus dans le Latium sous la conduite d’Enée. Mais cette histoire tient-elle plus du mythe que de la réalité ? De fait, les recherches historiques et archéologiques semblent accréditer les principaux chapitres de la fondation de Rome et de siècles de la royauté.
C’est vers le milieu du IIe millénaire avant J.-C. Que l’on date l’arrivée, en Italie, de peuples indo-européens. Un période qui correspond, en gros, à l’histoire de l’arrivée d’Enée et de ses compagnons.  Entre le IXe et le VIIe siècle, les monts Albains et les collines de la future Rome sont peuplés, laissant les plaines, marécageuses, à l’abandon. C’est également au VIIe siècle avant J.-C. que ces villages vont s’unir pour former une coalition, la ligue septimoniale, unifiée essentiellement par des liens religieux. Le capitole, le Quirinal, le Viminal restent en dehors de la ligue et sont sans doute, à l’époque, occupés par des Sabins.

Tout va changer lorsque, au VIIe-VIe siècle avant J.-C., la péninsule italienne va être occupée par les Etrusques, peuple non-indo-européen dont l’origine n’a pas encore été établie avec certitude. Ceux sont ces mêmes Etrusques qui vont conquérir les sites de la Ligue et fonder une ville, plaçant à sa tête un « lucumon », nom que l’on retrouve dans la légende romaine comme étant celui du premier roi étrusque. D’ailleurs, la légende même de la fondation de Rome par Romulus évoque clairement un rite étrusque ; le nom même de Rome est sans doute un nom étrusque, ce qui fait dire, sans grande chance de se tromper, que Rome était une fondation étrusque qui intégrera les Sabins et les Latins. Plus tard l’histoire légendaire de premiers siècles de Rome intégrera cette mainmise en proposant les règnes de trois souverains étrusques : Tarquin l’Ancien, Servius Tullius et Tarquin le Superbe. A ce dernier succèdera la République, que l’histoire romaine date de 509 avant J.-C.. Dans les faits, il semblerait cependant que la fin de la monarchie étrusque se prolonge plus avant. La preuve : l’édification du grand temple du Capitole, qui est, aux yeux des archéologue, une initiative étrusque. Peu importe cependant, la monarchie étrusque était sur la fin et la République romaine en marche.

Le règne malheureux de Richard II

Richard II allant à la rencontre des serfs révoltés (miniature du Moyen Âge).
Richard II allant à la rencontre des serfs révoltés (miniature du Moyen Âge).

Si Edouard III avait initié la guerre contre la France, avec comme ambition affichée de s’emparer de sa couronne, c’était plus pour mettre un terme aux velléités de révoltes de nobles que par conviction que cet héritage lui revenait. D’ailleurs, dans les premières années du règne de Philippe VI, il n’avait guère manifesté quelques prétentions que ce soit. Toujours est-il qu’Edouard, comme Philippe d’ailleurs, avait besoin de cette guerre et qu’il la provoquera. Dans les premières années du conflit, les victoires anglaises, notamment celle de Crécy, en 1347, et celle de Poitiers, en 1356, semblent lui donner raison. Mais le conflit traîne en longueur ; il épuise le royaume anglais  qui a aussi eu à subir, de 1347 à 1350, les ravages de la peste noire. Autant dire que lorsqu’Edouard meurt, en 1377, le pays est exsangue. La couronne revient alors au fils aîné de son fils aîné, le fameux Prince Noir. Le petit-fils d’Edouard III ceint la couronne sous le nom de Richard II. Le jeune homme est alors encore fort jeune et ce sont ses oncles qui le conseillent. Son premier acte d’autorité, dès l’année 1381, va augurer d’un règne personnel pour le moins malheureux.
Cette année-là, après qu’un village ait refusé de payer un impôt qu’il juge abusif, voit éclater en Angleterre une révolte paysanne d’une grande ampleur. Un agitateur en particulier anime la révolte, un chapelain du nom de John Ball. Ball convainc les paysans d’aller trouver le roi et de lui exposer directement leurs griefs.
La masse des mécontents grandit, de village en village, tuant tous ceux qui ressemblent de près ou de loin à un représentant du pouvoir. A Londres, le roi et son entourage ont trouvé refuge dans la Tour de Londres lorsque la cité est investie par les révoltés, auxquels se sont d’ailleurs ajoutés quelques bandits. Le sang coule, jusqu’à ce que Richard décide d’affronter la foule. Il se présente donc dans un champ, aux abords de Londres et accorde des chartes d’affranchissement. A peine calmée, la révolte reprend de nouveau et le roi reprend les négociations. Le maire de Londres a alors un geste malheureux : il frappe le chef des rebelles. La masse est prête à en découdre lorsque Richard se présente, seul, face à elle. Les paysans, subjugués, acceptent de le suivre hors de la ville où ils sont massacrés sans pitié…
Richard a imprimé sa marque : celle de la trahison. Mais si ce premier acte sera sans conséquence directe pour le jeune roi, le second sera fatal.
 A la mort de son oncle, le duc de Lancastre, Richard s’empare de son héritage, privant son cousin Henri de ses droits légitimes. Ce dernier ne tarde pas à réagir en préparant un coup d’Etat : Richard est jeté en prison et Henri de Lancastre couronné sous le nom d’Henri V.
Le règne, bref, de Richard II n’aura donc été marqué que par deux faits, deux méfaits. Un règne bien malheureux en vérité.

Stanislas, le roi qui ne l’était pas

Stanislas II Poniatowski (1732-1798).
Stanislas II Poniatowski (1732-1798).

Depuis des années, la Pologne était l’objet de toutes les convoitises et, surtout, de toutes les prédations. On s’en emparait ; on se le partageait sans vergogne aucune. Stanislas Poniatowski, tout en étant le dernier des rois de Pologne, illustre à lui tout seul le destin polonais.
C’est au cours d’un voyage en Russie que, Stanislas Poniatowski, aristocrate bien né, va faire la connaissance de la future tsarine Catherine II. Nous sommes alors en 1755 et, au cours de ce séjour, Poniatowski devient l’amant de la princesse. C’est ce qui aller faire sa fortune et décider du sort de la Pologne pour les années à venir. Deux ans après cette première rencontre, Poniatowski est nommé ambassadeur de Pologne en Russie et, en 1764, après que Catherine II soit devenue tsarine, il est « élu » au trône de Pologne. Elu entre guillemets car il est bien évident que la main de Catherine II est toute entière dans cette élection. D’ailleurs, Poniatowski, devenu Stanislas II, acquit peut-être un trône mais certainement pas la liberté et l’indépendance. Une indépendance que la Russie, malgré tout l’amour que la tsarine avait pour son amant, ne lui accordera jamais.
Stanislas II, prenant son rôle très à coeur, tentera honnêtement de réformer et de redresser la Pologne. Pour se faire, il s’alliera notamment au parti réformateur Czartoryski. Mais la Russie et la Prusse, qui avait le même intérêt pour la Pologne, saperont toutes les tentatives de Stanislas. Les privilèges politiques de la noblesse seront ainsi établis, annihilant tout pouvoir de la monarchie ; les dissidents protestants seront soutenus face aux catholiques dans leur demande d’obtenir les mêmes droits. Bref, tout était fait, depuis la Russie, pour que la Pologne reste divisée et ingouvernable. Face à ces attaques, un parti patriote se forma en 1768. Mais la Ligue de Bar, qui avait réclamé la déchéance de Stanislas, fut battue et la Russie, la Prusse et l’Autriche procédèrent à un premier partage de la Pologne. Dans ce qui restait de Pologne « indépendante », pour peu que ce mot ait encore un sens lorsque l’on évoque la Pologne de cette époque, Stanislas II tenta malgré tout de reprendre sa politique de réformes. Il déclara la monarchie héréditaire, fit entrer la bourgeoisie dans la représentation nationale pour contrebalancer les pouvoirs de la noblesse et améliora la condition paysanne. Mais ces quelques réformes devaient suffire à lui aliéner la noblesse qui trouva appui, contre le roi, auprès de la Russie. En 1793, après l’échec militaire de Stanislas, un second partage devait avoir lieu. Cette fois-ci, Stanislas ne conserva guère que le titre de roi et, lorsque l’insurrection de Kosciuszko eut été écrasée par les Russes, il abdiqua (1795), abdication qui sera suivie d’un troisième partage de la Pologne.
La main-mise russe ira jusqu’au bout : Stanislas, dernier roi de Pologne, obtiendra de s’exiler à Saint-Petersbourg où il finira ses jours.

Caïus Gracchus, une oeuvre immense et méconnue

Tiberius et Caïus Gracchus (ou Gracques), d'après Eugène Guillaume.
Tiberius et Caïus Gracchus (ou Gracques), d’après Eugène Guillaume.

En 133 avant J.-C., c’est Tiberius Gracchus, son frère, qui, le premier, s’illustre. La question agraire, celle de l’Ager publicus, est en train de bouleverser la donne économique de la cité romaine et de toute la péninsule. A ce problème, qui met en concurrence de petits propriétaires terriens avec les possesseurs de vastes domaines -possesseurs généralement issus de la noblesse-, Tiberius, tribun de la plèbe, propose une loi qui limiterait la possession de terres provenant de l’Ager publicus. Il annonce même la création d’un triumvirat chargé de veiller à la bonne répartition de ces terres. Devant l’opposition, incarnée par le tribun Octavius, Tiberius va répondre par la destitiution d’Octavius… ce que le droit romain interdit formellement car tout tribun de la plèbe est jugé inviolable. Tiberius, ainsi que trois cents de ces partisans, payeront de leur vie cette violation.
Dix ans plus tard, c’est son Caïus qui se lance dans la bataille. Fils d’un consul et d’un censeur, petit-fils par sa mère de Scipion l’Africain, héros des guerres puniques, Caïus Gracchus est nettement plus énergique que son frère. En 123 et 122, il est élu tribun de la plèbe, comme son frère dix ans auparavant, mais sous son consulat, Caïus va faire bien plus que son frère. En deux ans seulement, il fait voter une loi agraire -qui reprend, en gros, celle de son frère ; mais assure également une distribution de blé aux pauvres -loi frumentaire-, annonce qu’un légionnaire sera désormais équipé par l’Etat, ce qui aura pour conséquence d’augmenter les contingents.
Politiquement, il annonce le renforcement du droit d’appel des tribuns et octroi le droit de cité aux Italiens, puis fait entrer les chevaliers dans les tribunaux destinés à juger les sénateurs et, enfin, annonce la fondation de colonies, destinées à absorber le trop plein de population romaine. Un véritable programme politique qui touche au social, au politique, au judiciaire et au militaire.
L’oeuvre de Caïus Gracchus est immense, mais largement méconnue, en raison notamment de la loi agraire, héritée de son frère et dans lequel on cantonne généralement son action. Mais cette oeuvre ne sera qu’éphémère : à peine Caïus revenu à la vie courante, à peine son mandat de tribun achevé, il sera assassiné durant une émeute (121 avant J.-C.).
L’oeuvre des Gracques -nom francisé des Gracchus- aurait pu être sans lendemain. Elle en a souvent l’apparence, les lois qu’ils avaient édictés ayant été rapidement abandonnées. Mais dans les faits, elle marquera profondément la République romaine. D’abord parce que, rapidement, leur histoire, leurs morts vont les élevés au rang de mythes. Ensuite et surtout parce qu’une nouvelle génération va reprendre leur flambeau. Et dans les rangs même de la noblesse que ce flambeau sera repris. Une noblesse qui se divise désormais en deux camps : les « Populares », qui disposent désormais d’un véritable programme politique, et les « Optimates » qui regroupe les plus conservateurs des membres du Sénat. C’est entre ces deux camps que va se jouer la guerre civile qui mettra fin, quelques décennies plus tard à la République.